Vatican II et la Franc-​Maçonnerie : le relativisme en commun


Introduction : La fin de l’incompatibilité ? 

De 1974 à 1980 ont eu lieu, entre l’Église catho­lique et les Grandes Loges unies d’Allemagne, des entre­tiens offi­ciels, dans le but de véri­fier si la posi­tion de la Franc-​maçonnerie s’était modi­fiée et si, éven­tuel­le­ment, on pou­vait désor­mais recon­naître la com­pa­ti­bi­li­té entre l’appartenance à la Franc-​maçonnerie et l’appartenance à l’Église catho­lique. La Documentation catho­lique (notée DC) du 3 mai 1981 a publié la tra­duc­tion inté­grale de ce docu­ment qui montre l’incompatibilité qui existe tou­jours entre l’Église catho­lique et la Franc-​maçonnerie. Les évêques alle­mands ont soin de pré­ci­ser que « la recherche a pré­ci­sé­ment por­té sur la Franc-​maçonnerie qui témoigne de la bien­veillance à l’égard de l’Église catho­lique. » Or, concluent-​ils, « même ici, des dif­fi­cul­tés insur­mon­tables doivent être constatées. »

Récemment, le 21 mai 2017, les évêques ivoi­riens pro­cla­mèrent l’incompatibilité entre la foi catho­lique et la Franc-​maçonnerie, certes sur des cri­tères moins fermes que ceux des évêques alle­mands, mais tou­jours prin­ci­pa­le­ment en rai­son du rela­ti­visme : « Dans cette dyna­mique, la Vérité est rela­ti­vi­sée et l’idée même d’une Révélation est refu­sée » (DC n° 2528, p. 122).

Au contraire, Mgr Thomas, évêque de Versailles, don­na, en décembre 1992, une confé­rence à la Grande Loge de France à Paris. Elle fut publiée dans le numé­ro 89 de la revue de cette même loge, Points de vue ini­tia­tiques. Mgr Thomas rap­pelle toutes les condam­na­tions de l’Église contre la Franc-​maçonnerie de 1738 à 1983, mais, a‑t-​il dit, « aujourd’hui c’est deve­nu un cas d’application du juge­ment de conscience ». Tout scru­pule étant ain­si levé, il conti­nue sa confé­rence et com­pare l’Église et la Franc-​maçonnerie pour déter­mi­ner si elles sont une reli­gion, une ini­tia­tion, une fra­ter­ni­té, une réfé­rence à Dieu. Il aborde enfin le secret maçon­nique. Puis il conclut comme il suit : « C’est par une ultime ques­tion que je vou­drais conclure ce trop long expo­sé. Peut-​on deve­nir franc-​maçon quand on est chré­tien, catho­lique ? Et peut-​on deve­nir chré­tien quand on est franc-​maçon ? Les faits eux-​mêmes répondent oui aux deux ques­tions. Les faits sont tenaces. Ils ne disent pas tout. Il nous fau­dra donc cher­cher ensemble ce qui peut faire bar­rage à l’appartenance d’un chré­tien à la Franc-​maçonnerie, ou ce qui peut faire bar­rage à la foi chré­tienne chez un hon­nête franc-​maçon qui cherche Dieu et voit constam­ment la Bible ouverte sous ses yeux lorsqu’il tra­vaille en loge. L’un et l’autre ne sont ni des athées stu­pides ni des liber­tins irré­li­gieux. » Il est à noter que la der­nière phrase de cette cita­tion est qua­si­ment une cita­tion des Constitutions d’Anderson, les­quelles sont l’un des textes ori­gi­nels de la Maçonnerie et aux­quelles se réfé­rent tous les maçons.

Dans le même esprit un prêtre du dio­cèse d’Annecy, bien for­mé dans le moule moder­niste et ordon­né en 1996, ne vit aucun obs­tacle à son adhé­sion à la Franc-​maçonnerie en 2001, ni aucune contra­dic­tion entre celle-​ci et la foi chré­tienne. On pour­ra lire à ce sujet le Fideliter n° 239 (pp. 21–27).

Compatibles ou incom­pa­tibles ? Notre juge­ment por­te­ra d’une part sur le rela­ti­visme et sur sa consé­quence immé­diate, la tolé­rance, et d’autre part sur l’inclination du Concile Vatican II (et de ses réformes) vers ce relativisme.

Le rela­ti­visme consiste à mettre toute connais­sance en dépen­dance des temps, des lieux, des cir­cons­tances et des per­sonnes de sorte qu’il n’y ait jamais de véri­té abso­lue et définitive.

1. Le relativisme 

Le rela­ti­visme fait par­tie de la convic­tion fon­da­men­tale des francs-​maçons : il refuse tout ensei­gne­ment dog­ma­tique qui contraint les intelligences. 

Ne pas contraindre les intelligences 

Dans leur étude publiée par la Documentation catho­lique du 3 mai 1981 (col. 446), les évêques alle­mands appuient leur affir­ma­tion sur une « source recon­nue comme objec­tive », le Lexique inter­na­tio­nal franc-​maçon d’Eugen Lennhoff-​Oskar Posner (Internationales Freimaurer Lexikon, Vienne, 1975). Celui-​ci déclare sur cette ques­tion : « La Franc-​maçonnerie est sans doute la seule struc­ture qui, avec le temps, ait réus­si à lar­ge­ment main­te­nir l’idéologie et la pra­tique à l’écart des dogmes. La Franc-​maçonnerie doit donc être consi­dé­rée comme un mou­ve­ment qui s’efforce de ras­sem­bler, pour pro­mou­voir l’idéal huma­ni­taire, des hommes dont les dis­po­si­tions sont empreintes de rela­ti­visme » (op. cit., p. 1300).

Par consé­quent, le maçon refuse toute sou­mis­sion à un dogme : il doit être un homme libre qui, posant comme fon­de­ment la rela­ti­vi­té de toute véri­té, « ne connaît aucune sou­mis­sion à un dogme et à une pas­sion » (op. cit., p. 524, ss). 

De là vient une oppo­si­tion irré­duc­tible à l’Église catho­lique : « Toutes les ins­ti­tu­tions qui reposent sur un fon­de­ment dog­ma­tique, et dont l’Église catho­lique peut être consi­dé­rée comme la plus repré­sen­ta­tive, exercent une contrainte de foi » (op. cit. p. 374).

Les papes de Vatican II

Mais qu’ont vou­lu les papes du Concile Vatican II, si ce n’est un cer­tain rela­ti­visme ? Sans nier le dogme qui contraint les esprits, ils le mettent de côté en ne condam­nant pas les erreurs, en n’engageant pas l’infaillibilité et en usant du lan­gage moderne pour pré­sen­ter la vérité.

- Ils refu­sèrent de condam­ner l’erreur. À l’ouverture du concile Vatican II, lors du dis­cours du 11 octobre 1962, Jean XXIII donne le ton : « L’Église n’a jamais ces­sé de s’opposer à ces erreurs. Elle les a même sou­vent condam­nées, et très sévè­re­ment. Mais aujourd’hui, l’Épouse du Christ pré­fère recou­rir au remède de la misé­ri­corde, plu­tôt que de bran­dir les armes de la sévé­ri­té. Elle estime que, plu­tôt que de condam­ner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en met­tant davan­tage en valeur les richesses de sa doc­trine. » De même, Paul VI, le 29 sep­tembre 1963, affir­ma « que l’autorité de l’Église ne peut se limi­ter à condam­ner les erreurs qui la blessent, mais qu’elle doit pro­cla­mer des ensei­gne­ments posi­tifs, d’intérêt vital, qui rendent la foi féconde ».

- Ils vou­lurent ne pas ensei­gner de façon dog­ma­tique mais de façon pas­to­rale. C’est l’intention vou­lue par Jean XXIII dans le dis­cours du 11 octobre 1962. C’est aus­si pour­quoi Jean XXIII et Paul VI n’engagèrent pas leur infailli­bi­li­té. Paul VI le rap­pelle en 1964 : « Étant don­né le carac­tère pas­to­ral du Concile, il a évi­té de pro­non­cer d’une manière extra­or­di­naire des dogmes com­por­tant la note d’infaillibilité » (DC n° 1466, col. 418–420).

Sans nier l’autorité magis­té­rielle de l’Église, ces deux papes la mirent de côté, lais­sant ain­si les intel­li­gences libres de toute contrainte impo­sée par un dogme ou par la condam­na­tion d’une erreur. De quoi satis­faire les « frères » !

- Mais plus encore, Jean XXIII, dans son Allocution au Sacré Collège du 23 décembre 1962, pré­ten­dit pré­sen­ter les véri­tés de la foi en « sui­vant les modes de recherche et de for­mu­la­tion lit­té­raire de la pen­sée moderne » (DC 1391, col. 101), tout « en leur conser­vant tou­te­fois le même sens et la même por­tée ». À cette fin, dans son dis­cours du 11 octobre 1962, il s’appuyait sur cette dis­tinc­tion : « autre est le dépôt lui-​même de la foi, c’est-à-dire les véri­tés conte­nues dans notre véné­rable doc­trine, et autre est la forme sous laquelle ces véri­tés sont énon­cées » (DC 1387, col. 1382–1383).

Or, il est évident que chan­ger les mots pour expri­mer la doc­trine avec de nou­veaux concepts issus d’une nou­velle phi­lo­so­phie, c’est chan­ger néces­sai­re­ment la doctrine.

Pie XII, dans son ency­clique Humani gene­ris de 1950, condamne ces nova­teurs qui ont la volon­té « d’affaiblir le plus pos­sible la signi­fi­ca­tion des dogmes et de libé­rer le dogme de la for­mu­la­tion en usage dans l’Église depuis si long­temps et des notions phi­lo­so­phiques en vigueur chez les Docteurs catho­liques, » afin, « pensent-​ils, de don­ner satis­fac­tion aux besoins du jour en expri­mant le dogme au moyen des notions de la phi­lo­so­phie moderne, de l’immanentisme, par exemple, de l’idéalisme, de l’existentialisme ou de tout autre sys­tème à venir ». C’est pour­quoi pour­suit le pape, « tant d’efforts non seule­ment conduisent à ce qu’on appelle le « rela­ti­visme » dog­ma­tique, mais le com­portent déjà en fait : le mépris de la doc­trine com­mu­né­ment ensei­gnée et le mépris des termes par les­quels on le signi­fie le favo­risent déjà trop » (n° 14–16).

Jean XXIII est d’avance condam­né par le pape Pie XII. Mais il est loué par les maçons dans le Bulletin du Centre de Documentation du Grand Orient de France, de mai-​juin 1963 : « Nous jugeons à leur juste valeur l’audace et le cou­rage que repré­sente un mes­sage qui, s’il n’annule bien enten­du aucune des condam­na­tions anté­rieures pro­non­cées jadis par l’Église, leur enlève en fait leur por­tée puisque chré­tiens et non chré­tiens sont appe­lés à tra­vailler ensemble, à for­mer la com­mu­nau­té uni­ver­selle des hommes » (n° 39, p. 86).

La libre recherche de la véri­té

Pour les maçons, il n’y a qu’une cer­ti­tude c’est qu’il n’y a pas de cer­ti­tude : il faut sans cesse tout remettre en ques­tion et cher­cher la vérité…

L’un d’eux, Richard Dupuy, ancien grand-​maître de la Grande Loge, lors du convent annuel de son obé­dience en 1968, met bien en évi­dence cette dis­po­si­tion d’esprit : « La méthode maçon­nique, c’est la remise en cause per­pé­tuelle de ce qui est acquis… C’est la cer­ti­tude que nous avons au plus pro­fond de nous-​mêmes, de par notre ini­tia­tion tra­di­tion­nelle, que nous sommes inca­pables d’énoncer une fois pour toutes une véri­té éter­nelle, une véri­té abso­lue, mais que nous sommes capables de décou­vrir la véri­té à la condi­tion que nous ayons la volon­té de la recher­cher per­pé­tuel­le­ment et de remettre en ques­tion les cer­ti­tudes dans les­quelles nous étions assis la veille. »

Un autre grand-​maître de la même loge, Pierre Simon, exprime la même contes­ta­tion : « Au fond, les méthodes maçon­niques ne sont autres qu’une contes­ta­tion per­ma­nente ; pour nous, il n’existe pas de véri­tés éter­nelles ; il n’y a que des tra­di­tions constam­ment remises en ques­tion » (Le Monde, 1er juillet 1970).

Que dit le Concile ?

Voici tout d’abord ce que dit la décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse, Dignitatis huma­nae (DH) :

« Mais la véri­té doit être cher­chée selon la manière propre à la digni­té de la per­sonne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, avec l’aide du magis­tère, c’est-à-dire de l’enseignement, de l’échange et du dia­logue par les­quels les uns exposent aux autres la véri­té qu’ils ont trou­vée ou pensent avoir trou­vée, afin de s’aider mutuel­le­ment dans la quête de la véri­té ; la véri­té une fois connue, c’est par un assen­ti­ment per­son­nel qu’il faut y adhé­rer fer­me­ment » (DH n° 3, § 2).

Or, cela semble peu com­pa­tible avec l’enseignement du concile Vatican I en 1870. En effet, quand le magis­tère catho­lique enseigne avec auto­ri­té, il n’y a plus de libre recherche, mais l’obligation d’adhérer à la véri­té par la sou­mis­sion de l’intelligence et de la volon­té à l’autorité de Dieu qui révèle (Constitution Dei Filius).

Ensuite cette véri­té en matière reli­gieuse semble, selon le concile Vatican II, le résul­tat d’une recherche com­mune entre per­sonnes de convic­tions variées : elle ne peut donc pas dépas­ser l’ordre natu­rel et risque fort d’être le fruit d’un consen­sus plus que d’une sou­mis­sion au réel ou à Dieu ensei­gnant. Comment alors trou­ver et adhé­rer à la véri­té sur­na­tu­relle ensei­gnée par voie d’autorité ?

Ensuite ce même Concile, dans sa consti­tu­tion sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et spes (GS), conforte nos cri­tiques : « Par fidé­li­té à la conscience, les chré­tiens, unis aux autres hommes, doivent cher­cher ensemble la véri­té et la solu­tion juste de tant de pro­blèmes moraux que sou­lèvent aus­si bien la vie pri­vée que la vie sociale. Plus la conscience droite l’emporte, plus les per­sonnes et les groupes s’éloignent d’une déci­sion aveugle et tendent à se confor­mer aux normes objec­tives de la mora­li­té » (GS n° 16, § 2).

Comment trou­ver la solu­tion aux pro­blèmes moraux conforme à la sagesse divine si cette recherche est faite avec des hommes aux convic­tions toutes diverses ? Et les catho­liques doivent-​ils cher­cher cette solu­tion par fidé­li­té à leur conscience ou par fidé­li­té au magis­tère catho­lique ? Comment pourraient-​ils gar­der cette der­nière fidé­li­té avec des hommes aux opi­nions dif­fé­rentes ? Et si c’est là « la conscience droite » qui doit l’emporter, n’est-on pas en plein subjectivisme ?

C’est pour­quoi Mgr Lefebvre concluait dans ses Dubia, publiés sous le titre Mes doutes sur la Liberté reli­gieuse(Éditions Clovis), envoyés à Rome en 1986 :

« – La libre recherche en matière reli­gieuse s’avère être une erreur. » Il en donne les rai­sons : « – elle est irréa­liste en elle-​même, puisqu’elle passe sous silence et nie dans la pra­tique la néces­si­té d’une auto­ri­té, d’un maître, pour par­ve­nir à la véri­té (en par­ti­cu­lier l’autorité de Dieu qui révèle) ;

« – elle est imbue de l’erreur du natu­ra­lisme, en ce qu’elle nie dans la pra­tique le péché ori­gi­nel, la déchéance de la digni­té humaine, et sur­tout la bles­sure de l’ignorance dont reste frap­pée l’intelligence humaine ;

« – elle est infec­tée de l’hérésie et même de l’apostasie de l’indifférentisme reli­gieux qui fait de toute reli­gion une voie de salut. Par consé­quent, poursuit-​il, on ne peut rien fon­der sur cette erreur de la libre recherche : la « liber­té reli­gieuse » ne peut invo­quer la liber­té de recherche sans se condam­ner elle-​même ! Bien plus, il nous semble main­te­nant clair que la « liber­té reli­gieuse » récla­mée en ce XX° siècle finis­sant est moti­vée his­to­ri­que­ment par des erreurs plus per­ni­cieuses encore que les erreurs qui sous-​tendaient la pro­cla­ma­tion de la « liber­té de conscience et des cultes » au XIX° siècle. Cette der­nière, nous l’avons dit, était moti­vée par le ratio­na­lisme et le libé­ra­lisme abso­lu de l’époque ; mais qu’est-ce, par rap­port au natu­ra­lisme et sur­tout à l’indifférentisme actuel qui, nous l’avons mon­tré, mani­feste tous les signes d’une apos­ta­sie véri­table ! » (Dubia, ch. X).

Se faire son opi­nion et dialoguer

Puisqu’il n’y a pas de véri­té, ne demeurent que les opi­nions de cha­cun, comme l’exprime clai­re­ment la revue maçon­nique L’Acacia, de mars 1908 citée par Arnaud de Lassus dans Connaissance élé­men­taire de la Franc-​maçonnerie (AFS, 1996) :

« Ce que nous devons pro­po­ser, c’est la convic­tion que cha­cun doit faire soi-​même ses opi­nions, par les résul­tats de ses réflexions ou par les ensei­gne­ments qu’il a reçus et qui lui ont sem­blé bons.

« Et si cha­cun a la liber­té de for­mer soi-​même son opi­nion, il doit res­pec­ter cette même liber­té chez autrui, ne pas s’irriter si son pro­chain pense autre­ment que lui, et le mani­feste, se dire que, puisque l’erreur est une fai­blesse com­mune à l’espèce humaine, il se pour­rait bien que ce fut lui qui errât.

« Ce serait là l’enseignement de la pure doc­trine maçon­nique, qui n’est pas faite pour être enfer­mée dans les temples avec ses sym­boles, mais au contraire pro­pa­gée au dehors » (p. 109).

Le dia­logue est l’un des moyens de se for­mer une opi­nion sur toutes choses et de nour­rir la libre recherche de la vérité.

La réfu­ta­tion de ce dialogue

La réfu­ta­tion de ce dia­logue est éta­blie d’après Romano Amerio dans son Iota unum publié en langue fran­çaise aux Nouvelles Éditions Latines en 1985.

Ce terme de « dia­logue » était incon­nu ou inusi­té avant le Concile. Dans les textes de Vatican II, le terme appa­raît 28 fois, dont 12 dans le décret sur l’œcuménisme, Unitatis redin­te­gra­tio(RU). Ce mot a été si bien répan­du qu’il est deve­nu, dans l’Église, un prin­cipe pre­mier, une caté­go­rie uni­ver­selle de la pen­sée nou­velle. Il est un prin­cipe évo­qué par la décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse : « la véri­té doit être cher­chée (…) avec l’aide du magis­tère, c’est-à-dire de l’enseignement, de l’échange et du dia­logue par les­quels les uns exposent aux autres la véri­té qu’ils ont trou­vée ou pensent avoir trou­vée… » (DH n° 3, § 2)

Mgr Marafini en donne une défi­ni­tion : « La méthode du dia­logue s’entend comme un mou­ve­ment convergent vers la plé­ni­tude de la véri­té et recherche de l’unité pro­fonde. » L’Osservatore Romano des 15–16 novembre 1965 en affirme la néces­si­té : « Celui qui renonce au dia­logue est un fana­tique, un into­lé­rant qui finit tou­jours par être infi­dèle à lui-​même et ensuite à la socié­té dont il fait par­tie. Celui qui dia­logue, au contraire, renonce à être iso­lé, à être condam­né. » Il dit aus­si, le 15 jan­vier 1971 que le dia­logue veut dire « l’impossibilité de s’arrêter à quelque chose qui ne soit pas pro­blème. C’est, en somme, nier le grand prin­cipe, recon­nu en logique, en méta­phy­sique et en morale qu’il faut s’arrêter », c’est-à-dire se fixer sur la véri­té, et non la recher­cher sans cesse.

Le dia­logue conci­liaire s’oppose à la méthode d’évangélisation qui est d’enseigner avec auto­ri­té et non de dialoguer.

En août 1963, Paul VI consa­crait au dia­logue le troi­sième tiers de son ency­clique Ecclesiam suam. Il met­tait en équa­tion le devoir d’évangéliser le monde et le devoir de dia­lo­guer avec le monde. Or, cette iden­ti­té est impos­sible et ne se trouve ni dans l’Écriture Sainte, ni dans le dic­tion­naire. Le mot grec dia­logue ne se trouve nulle part ; son équi­valent latin col­lo­quium n’est employé qu’au sens de confé­rence, conver­sa­tion, dis­pute, jamais au sens moderne de négo­cia­tion concertée.

Au contraire, dans l’Évangile, il est dit que Jésus-​Christ ensei­gnait avec auto­ri­té (Mt 7, 29). Cette conclu­sion se tire de ceci : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre, allez, ensei­gnez toutes les nations… » (Mt 28, 19), ce qui, selon le grec, signi­fie « faire des dis­ciples » de toutes les nations. Le ver­set sui­vant dit : « leur ensei­gnant à obser­ver tout ce que je vous ai com­man­dé ». Enseigner, ici, selon le grec, signi­fie « ins­truire ou apprendre ». Les Apôtres reçoivent donc l’ordre et la puis­sance de faire de tous les peuples d’abord des dis­ciples dociles et atten­tifs et ensuite seule­ment de les ins­truire sur leurs devoirs pra­tiques pour bien obéir à Jésus-Christ.

Les Apôtres, dans les syna­gogues, dis­cutent pour réfu­ter et atta­quer l’erreur. Ils ne dis­cutent pas pour cher­cher la véri­té. Comme Jésus-​Christ « par­lait avec auto­ri­té », de même les Apôtres annoncent une parole qui est par elle-​même pour­vue d’autorité. Ce n’est pas parole d’homme qui peut por­ter à contro­verse, mais parole divine qui s’impose.

De plus, le dia­logue pose une éga­li­té des­truc­trice de la vérité.

Ce vice a pour ori­gine la volon­té de mettre à éga­li­té les deux inter­lo­cu­teurs. Elle s’y applique sous le pré­texte de faci­li­ter la conver­sa­tion en n’imposant pas ses propres convic­tions. L’autre doit décou­vrir… Le car­di­nal König, l’une des che­villes ouvrières du Concile, est imbu de cette illu­sion : « Le dia­logue met les inter­lo­cu­teurs sur un pied d’égalité. Le catho­lique n’y est pas consi­dé­ré comme celui qui pos­sède toute la véri­té, mais comme celui qui, ayant la foi, recherche cette véri­té avec les autres, croyants et non-​croyants » (Revue Informations Catholiques Internationales n° 322, 15 octobre 1968).

Même dans l’ordre natu­rel, il n’y a pas pari­té ou éga­li­té entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Le maître, com­pé­tent en sa science, est supé­rieur à l’élève qui en com­mence l’étude. Dans l’ordre reli­gieux et sur­na­tu­rel, cette mise à éga­li­té est radi­ca­le­ment impos­sible : celui qui croit enseigne à cause de l’autorité de Dieu qui révèle ; l’autorité divine s’impose (Iota unum, pp. 296–306).

Mais ce faux dia­logue est pro­fon­dé­ment ancré dans les esprits : « Dialoguer signi­fie être convain­cu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses pro­po­si­tions. Dialoguer ne signi­fie pas renon­cer à ses propres idées et tra­di­tions, mais à la pré­ten­tion qu’elles soient uniques et abso­lues. » Langage tout à fait maçon-​nique, mais tenu par le pape François le 24 jan­vier 2014.

2. Relativisme et religion 

Le rela­ti­visme maçon­nique modi­fie pro­fon­dé­ment la concep­tion de Dieu : d’objective, elle devient sub­jec­tive et indéfinie. 

Le rela­ti­visme et Dieu 

Les évêques alle­mands, dans l’étude déjà citée, ont vu la faus­se­té et la consé­quence de ce sub­jec­ti­visme. Voici leur analyse :

« Dans les rituels, le concept de « grand archi­tecte de l’univers » occupe une place cen­trale. Il s’agit là, en dépit de toute la volon­té d’ouverture à l’ensemble du reli­gieux, d’une concep­tion empreinte de déisme.

« Selon cette concep­tion, il n’existe aucune connais­sance objec­tive de Dieu, au sens du concept d’idée per­son­nelle de Dieu dans le théisme. Le « grand archi­tecte de l’univers » est un « Ça » neutre, indé­fi­ni et ouvert à toute com­pré­hen­sion. Chacun peut y intro­duire sa repré­sen­ta­tion de Dieu, le chré­tien comme le musul­man, le confu­cia­niste comme l’animiste ou le fidèle de n’importe quelle reli­gion. Pour le franc-​maçon, le « grand archi­tecte de l’univers » n’est pas un être au sens d’un Dieu per­son­nel ; et c’est pour­quoi il lui suf­fit d’une vive sen­si­bi­li­té reli­gieuse pour recon­naître le « grand archi­tecte de l’univers » » (DC, 3 mai 1981, col. 446).

Les évêques ivoi­riens, en 2017, portent le même juge­ment : « Dans les rituels francs-​maçons, le concept de « Grand archi­tecte de l’univers » occupe une place cen­trale. Et ce « Grand archi­tecte de l’univers » est en fait un conte­nant vide, dans lequel cha­cun est libre d’introduire sa repré­sen­ta­tion de Dieu, le chré­tien comme le musul­man, le confu­cia­niste comme l’adepte des reli­gions tra­di­tion­nelles » (DC, octobre 2017, n° 2528, p. 122).

Cette concep­tion n’est pas propre à l’Allemagne du XXe siècle ou à la Côte d’Ivoire du XXIe siècle, nous la retrou­vons en d’autres cieux, pré­sen­tée par Léon de Poncins dans son livre inti­tu­lé La Franc-​maçonnerie (DPF, 1972) :

Parmi les maçons qui font auto­ri­té, Oswald Wirth dit non sans quelque mépris : « Nous n’avons pas à nier le Divin, mais nous le conce­vons d’une manière moins enfan­tine que ceux qui ont entre­pris témé­rai­re­ment de satis­faire l’indiscrète curio­si­té des foules » (L’idéal ini­tia­tique, p. 165). Et ailleurs, il dévoile le fond de sa pen­sée : « Dieu est ici l’idéal que l’homme porte en lui-​même. C’est la concep­tion qu’il peut avoir du Vrai, du Juste et du Beau. C’est le guide supé­rieur de ses actions, l’architecte qui pré­side à la construc­tion de son être moral. Il ne s’agit point là de l’idole mons­trueuse que la super­sti­tion se forge sur le modèle des des­potes ter­restres. Nous por­tons en nous un Dieu qui est notre prin­cipe pen­sant (La Franc-​Maçonnerie. Le livre de l’apprenti, p. 115). » Autrement dit le grand archi­tecte n’est autre que l’homme déifié.

Plus près de nous un autre Très Puissant Souverain Grand Commandeur, le frère Jean-​Marie Raymond dira : « Nous avons vou­lu cris­tal­li­ser l’Immortalité dans le sym­bole du Grand Architecte de l’Univers, sorte de figu­ra­tion de l’Unité cos­mique, suprême intel­li­gence uni­ver­selle, qui n’est autre que la Vie elle-​même » (pp. 40–43).

À la nou­velle messe

Dieu serait « un conte­nant vide, dans lequel cha­cun est libre d’introduire sa repré­sen­ta­tion de Dieu » selon l’exacte défi­ni­tion des Évêques ivoiriens.

En lisant cette ligne, com­ment ne pas pen­ser à l’offertoire de la Nouvelle Messe ? Le pain et le vin y sont offerts au « Dieu de l’univers ». Tout le contexte est natu­ra­liste : les prières au Saint-​Esprit ou à la Sainte Trinité sont sup­pri­mées, l’offrande de l’Hostie imma­cu­lée et du Calice du salut (les­quels dési­gnent Jésus-​Christ) a dis­pa­ru et est rem­pla­cée par celle du pain et du vin « fruits de la terre et du tra­vail des hommes », etc. Dans ce contexte natu­ra­liste qui est ce « Dieu de l’univers » ? N’est-on pas faci­le­ment por­té à le consi­dé­rer comme « un conte­nant vide, dans lequel cha­cun est libre d’introduire sa repré­sen­ta­tion de Dieu » ?

La ren­contre de deux reli­gions : fraternelle !

« L’homme prêtre et roi de lui-​même qui ne relève que de sa volon­té et de sa conscience », tel est l’idéal maçon­nique défi­ni par G. d’Aviello. Lui font écho ces paroles de J. Mitterrand : « Si mettre l’homme sur l’autel plu­tôt que Dieu est péché de Lucifer, tous les huma­nistes, depuis la Renaissance, com­mettent ce péché : ce fut l’un des griefs invo­qués contre les francs-​maçons quand ils furent pour la pre­mière fois excom­mu­niés par le pape Clément XII en 1738 » (Connaissance, p. 43).

Léon de Poncins dans Christianisme et Franc-​maçonnerie (DPF, 1975) cite une lettre ouverte au Souverain pon­tife de 1937 d’Albert Lantoine, autre repré­sen­tant auto­ri­sé de la fra­ter­nelle, qui pro­pose une trêve et une conci­lia­tion entre l’Église catho­lique et la F.-M. : « La Franc-​maçonnerie pour­suit l’exaltation de l’Homme, l’Église, l’exaltation de Dieu. Rivalité ? Non. Conjonction, mal­gré tout ! Le pen­seur qui ne tran­sige pas avec les impé­ra­tifs de son devoir et le croyant qui ne faillit point aux exi­gences de son culte se rejoignent en esprit par-​dessus la diver­gence de leurs pos­tu­lats » (op. cit. pp. 40–41).

La spi­ri­tua­li­té du Concile

Comment ne pas pen­ser aus­si­tôt au dis­cours de clô­ture du concile Vatican II, le 7 décembre 1965, où Paul VI tint les pro­pos suivants :

« L’humanisme laïque et pro­fane enfin est appa­ru dans sa ter­rible sta­ture et a, en un cer­tain sens, défié le Concile. La reli­gion du Dieu qui s’est fait homme s’est ren­con­trée avec la reli­gion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu. Qu’est-il arri­vé ? Un choc, une lutte, un ana­thème ? Cela pou­vait arri­ver ; mais cela n’a pas eu lieu. La vieille his­toire du bon Samaritain a été le modèle et la règle de la spi­ri­tua­li­té du Concile. Une sym­pa­thie sans bornes pour les hommes l’a enva­hi tout entier. La décou­verte et l’étude des besoins humains (et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand), a absor­bé l’attention de notre Synode. Reconnaissez-​lui au moins ce mérite, vous, huma­nistes modernes, qui renon­cez à la trans­cen­dance des choses suprêmes, et sachez recon­naître notre nou­vel huma­nisme : nous aus­si, nous plus que qui­conque, nous avons le culte de l’homme. »

Une fra­ter­ni­té universelle

L’ambition de créer une fra­ter­ni­té uni­ver­selle s’enracine dans les fon­de­ments de la Maçonnerie. Les Constitutions d’Anderson, réfé­rence obli­gée de tous les maçons, dévoilent cette inten­tion. Bernard Faÿ la cite dans La Franc-​maçonnerie (La Librairie Française, 1961) : « Mais, bien qu’autrefois les maçons aient eu l’obligation d’appartenir dans chaque pays à la reli­gion du lieu, quelle qu’elle fût, main­te­nant il a paru plus à pro­pos de ne les obli­ger à appar­te­nir qu’à cette reli­gion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, en leur lais­sant le choix de leurs opi­nions indi­vi­duelles ; ain­si il suf­fit qu’ils soient bons et véri­diques, gens d’honneur et de pro­bi­té, quelles que puissent être les reli­gions ou sectes dif­fé­rentes aux­quelles ils appar­tiennent ; par là, la Maçonnerie devien­dra le centre de l’union et le moyen de créer une fra­ter­ni­té véri­table entre des gens qui sans cela seraient res­tés divi­sés pour tou­jours » (op. cit, p. 90).

Cet idéal maçon­nique est bien une reli­gion à pré­ten­tion uni­ver­sa­liste, celle des droits de l’homme. Oswald Wirth, dans Le Livre du Maître (p. 22), ne s’en cache pas : 

« Cesserait-​elle d’en être une parce que les autels de ses Temples sont consa­crés au culte de la Liberté, de la Fraternité, de l’Égalité ? Ayons le cou­rage de nous dire reli­gieux et de nous affir­mer apôtres d’une reli­gion plus sainte que toutes les autres. Propageons la reli­gion de la République qui for­me­ra le cœur des citoyens et culti­ve­ra les ver­tus répu­bli­caines » (La Franc-​maçonnerie, pp. 40–43).

Fraternité encou­ra­gée par les papes

À cette pré­ten­tion de créer une fra­ter­ni­té uni­ver­selle au-​dessus de toutes les reli­gions, les papes du Concile ont su don­ner une réponse encou­ra­geante (cf. Combat de la Foi n° 174, pp. 10–12).

Que ce soit dans le Discours d’ouverture du 11 octobre 1962, ou dans le Message à tous les hommes du 23 octobre 1962, le pape Jean XXIII appelle à une fra­ter­ni­té uni­ver­selle « par-​dessus les fron­tières et les civi­li­sa­tions », c’est-à-dire au-​dessus de toutes les reli­gions, et de toutes les opi­nions philosophiques. 

Quant au Concile lui-​même, il « offre au genre humain la col­la­bo­ra­tion sin­cère de l’Église pour l’instauration d’une fra­ter­ni­té uni­ver­selle » (GS nnos 3 ; 29, § 2 ; 91, § 1). 

La décla­ra­tion sur les reli­gions non chré­tiennes Nostra aetate (NA) affirme sans scru­pule que l’Église « dans sa tâche de pro­mou­voir l’unité et la cha­ri­té entre les hommes, et même entre les peuples, exa­mine ici d’abord ce que les hommes ont en com­mun et qui les pousse à vivre ensemble leur des­ti­née » (NA nos 1 et 5). 

Ces der­nières paroles ne sont pas sans rap­pe­ler les Constitutions d’Anderson citées plus haut… 

3. La liberté religieuse 

Du rela­ti­visme découle le res­pect égal à toutes les reli­gions et aux convic­tions de cha­cun, ce qui doit se tra­duire par la liber­té don­née à toutes les reli­gions dans la vie sociale. Les évêques alle­mands, dans l’étude déjà citée, exposent clai­re­ment cette consé­quence. « La concep­tion franc-​maçonne de la reli­gion, disent-​ils, est rela­ti­viste : toutes les reli­gions sont des ten­ta­tions concur­rentes pour expri­mer la véri­té sur Dieu, qui, en défi­ni­tive, est inac­ces­sible. En effet, la seule chose qui soit conforme à la véri­té de Dieu est le lan­gage à mul­tiples sens, lais­sé à la capa­ci­té d’interprétation de chaque maçon, des sym­boles maçonniques. (…)

Certes, autre­fois, les maçons de chaque pays avaient l’obligation d’appartenir à la reli­gion en vigueur dans leur pays ou leur peuple, mais aujourd’hui il est plu­tôt conseillé de s’engager dans la reli­gion où tous les hommes sont d’accord et de lais­ser à cha­cun ses convic­tions par­ti­cu­lières (Die Alten Pflichten von 1723, Hambourg, 1972, p. 10). Le concept de reli­gion « où tous les hommes sont d’accord » implique une concep­tion rela­ti­viste de la reli­gion qui n’est pas com­pa­tible avec la convic­tion fon­da­men­tale du chris­tia­nisme » (DC, 3 mai 1981, col. 446), c’est-à-dire une seule vraie reli­gion obli­ga­toire pour tous.

« Nos bras sont ouverts pour toutes les convic­tions, s’écrie en 1874 le Grand Orateur du Suprême Conseil (F. Malapert). Nous ne don­nons aucune forme au Grand Architecte de l’Univers, nous lais­sons à cha­cun le soin d’en pen­ser ce qu’il veut. 

« Quant à nous, nous nous incli­nons devant l’infini, l’incompréhensible, et nous n’imposons pas plus la reli­gion de Jupiter que celle d’Adonaï ; toutes sont égales à nos yeux. »

« Imprégnée de pen­sée libre, écrit, de son côté, Albert Lantoine, la fameuse for­mule donne net­te­ment du Grand Architecte la défi­ni­tion sym­bo­liste adé­quate à toutes les confes­sions, et à la concep­tion que doit en avoir la maçon­ne­rie mon­diale. En effet, Anderson ayant pré­ci­sé dans ses Obligations que toutes les reli­gions y sont admises, il est contraire à ces Obligations de pré­tendre faire du Grand Architecte le dieu par­ti­cu­lier d’une de ces reli­gions » (La Franc-​maçonnerie, pp. 40–43).

C’est pour­quoi les maçons défendent le prin­cipe de la laï­ci­té, c’est-à-dire l’État neutre entre les reli­gions. On peut lire, dans le Bulletin du Grand Orient de France, n° 45 de mai-​juin 1964, à la page 80 : « Pour nous la laï­ci­té est la construc­tion de l’État et de l’école sur la rai­son, la soli­da­ri­té et la tolé­rance. Aucun com­pro­mis ne peut être pos­sible avec les affir­ma­tions dog­ma­tiques d’une reli­gion révélée ».

À cette concep­tion s’oppose radi­ca­le­ment le règne social de Jésus-​Christ qui affirme l’unicité de la vraie reli­gion et qui pres­crit à l’État de recon­naître la seule vraie reli­gion et de rendre hon­neur à l’unique vrai Dieu Jésus-​Christ Notre Seigneur et enfin de pros­crire les fausses autant que faire se peut. C’est l’enseignement des papes Léon XIII dans l’encyclique Immortale Dei, et Pie XI dans l’encyclique Quas pri­mas.

Que dit le Concile ?

Que dit le Concile ? La décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse « déclare que la per­sonne humaine a droit à la liber­té reli­gieuse (…) de telle sorte qu’en matière reli­gieuse nul ne soit for­cé d’agir contre sa conscience, ni empê­ché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en pri­vé comme en public, seul ou asso­cié à d’autres » (DH n° 2).

De là décou­le­rait pour l’État le devoir de don­ner à toutes les reli­gions un droit égal dans la vie sociale, et non de les tolé­rer seule­ment comme un mal.

Ce droit à la liber­té reli­gieuse est jugé par l’Église comme faux, et Pie IX, dans l’Encyclique Quanta Cura, condamne les pro­po­si­tions sui­vantes : « Le meilleur gou­ver­ne­ment est celui où on ne recon­naît pas au pou­voir l’office de répri­mer par la sanc­tion des peines les vio­la­teurs de la reli­gion catho­lique, si ce n’est lorsque la paix publique le demande » ; « La liber­té de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme » ; « (Ce droit) doit être pro­cla­mé et garan­ti par la loi dans toute socié­té cor­rec­te­ment constituée ».

Plus tard, Léon XIII, dans l’Encyclique Immortale Dei, condamne l’opinion sui­vante : « l’État doit leur attri­buer à toutes (les reli­gions) l’égalité de droit, du moment que la dis­ci­pline de la chose publique n’en subit pas de détri­ment. Par consé­quent, cha­cun sera libre de se faire juge de toute ques­tion reli­gieuse, cha­cun sera libre d’embrasser la reli­gion qu’il préfère ».

Mais les maçons ont bien com­pris les avan­tages qu’ils pou­vaient tirer de la décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse. La Pensée catho­lique n° 226 de janvier-​février 1987 a rele­vé deux cita­tions éclai­rantes à ce sujet. Le Père Sebott dit, au sujet du Concile : « Avec la décla­ra­tion sur la liber­té reli­gieuse, le IIe concile du Vatican a créé les bases d’un accord pos­sible avec les maçons ». Le franc-​maçon Charles von Bokor affirme la même chose dans son his­toire de la maçon­ne­rie publiée en 1980 sous le titre Équerre et com­pas : « Ce devoir est faci­li­té du fait que le IIe Concile du Vatican s’est expri­mé sans réserves en faveur de l’exercice de la liber­té reli­gieuse et pour la recon­nais­sance de toute idéologie ». 

4. La tolérance 

À cette fausse liber­té est liée l’idée de la tolé­rance de toutes les opi­nions et reli­gions comme telles, comme en ont bien jugé les évêques alle­mands : « Du concept de véri­té découle éga­le­ment l’idée spé­ci­fique de tolé­rance chez les francs-​maçons ». Chez eux, ajoutent-​ils, « domine la tolé­rance à l’égard des idées, quelque oppo­sées qu’elles puissent être entre elles ». C’est pour­quoi, « il faut encore une fois reve­nir à Lennhoff-​Posner (op. cit. p. 1500) : « C’est du rela­ti­visme que découle le point de vue des francs-​maçons sur les pro­blèmes du monde et de l’humanité… Le rela­ti­visme étaie la tolé­rance par des argu­ments ration­nels. La Franc-​maçonnerie est l’un des mou­ve­ments qui sont nés à la fin du Moyen Age, en réac­tion contre le carac­tère incon­di­tion­nel de la doc­trine de l’Église et l’absolutisme poli­tique, en réac­tion contre les fana­tismes de tous ordres » » (DC, 3 mai 1981, col. 447).

Que dit le Concile ?

Le Concile nous invite au res­pect égal envers toutes les per­sonnes, même envers celles qui s’égarent loin du vrai et du bien.

« Le res­pect et l’amour, dit Gaudium et spes, doivent aus­si s’étendre à ceux qui pensent ou agissent autre­ment que nous en matière sociale, poli­tique ou reli­gieuse. D’ailleurs, plus nous nous effor­çons de péné­trer de l’intérieur, avec bien­veillance et amour, leurs manières de voir, plus le dia­logue avec eux devien­dra aisé. » De plus, « celui qui se trompe garde tou­jours sa digni­té de per­sonne, même s’il se four­voie dans des notions fausses ou insuf­fi­santes en matière reli­gieuse » (GS n° 28). 

Enfin, « Le res­pect de ceux qui pro­fessent une opi­nion ou une reli­gion dif­fé­rentes gran­dit de jour en jour » (GS n° 73).

Ce res­pect mal com­pris dérive vers la fausse tolé­rance à l’égard de toutes les opi­nions et de toutes les reli­gions : « toute forme de dis­cri­mi­na­tion tou­chant les droits fon­da­men­taux de la per­sonne, qu’elle soit sociale ou cultu­relle, qu’elle soit fon­dée sur le sexe, la race, la cou­leur de la peau, la condi­tion sociale, la langue ou la reli­gion, doit être dépas­sée et éli­mi­née, comme contraire au des­sein de Dieu » (GS n° 29, § 2 ; NA n° 5).

Conception catho­lique de la tolérance

Premier prin­cipe. Aucun gou­ver­ne­ment ne peut jamais, quelles que soient les cir­cons­tances, ni approu­ver ni don­ner un droit au mal (erreur, cultes faux, vices).

Pie XII, dans son Allocution aux juristes catho­liques Ci riesce du 6 décembre 1953, affirme : « Ce qui ne répond pas à la véri­té et à la loi morale n’a objec­ti­ve­ment aucun droit à l’existence ni à la pro­pa­gande ni à l’action ».

Léon XIII, dans son ency­clique Libertas qui sera citée ici plu­sieurs fois, dit de son côté : « Si, en vue du bien com­mun, et par ce motif exclu­si­ve­ment, la loi des hommes peut ou même doit tolé­rer le mal, jamais pour­tant elle ne doit ni ne peut l’approuver ni le vou­loir en lui-​même ; car, étant de soi la pri­va­tion du bien, le mal s’oppose au bien com­mun, que le légis­la­teur doit vou­loir et défendre du mieux qu’il peut ». « Tout en n’accordant de droits qu’à ce qui est vrai et hon­nête » avait-​il dit d’abord.

La loi et les for­mules légis­la­tives sont pour le bien ; elles ne peuvent jamais être pour le mal, même si elles sont obli­gées de le tolérer.

Deuxième prin­cipe. On peut et doit, en cer­taines cir­cons­tances, tolé­rer le mal en vue d’un plus grand bien à favo­ri­ser ou d’un plus grand mal à évi­ter. Léon XIII dit : « Tout en n’accordant de droits qu’à ce qui est vrai et hon­nête, l’Église ne s’oppose pas, cepen­dant, à la tolé­rance dont la puis­sance publique croit pou­voir user à l’égard de cer­taines choses contraires à la véri­té et à la jus­tice, en vue d’un mal plus grand à évi­ter ou d’un bien plus grand à obte­nir ou à conserver. »

Troisième prin­cipe. On recon­nait que la tolé­rance est un bien ou un mal aux exi­gences du bien com­mun, sage­ment et adé­qua­te­ment enten­du. Le bien com­mun est, pour la tolé­rance civile, l’unique cri­tère de légi­ti­mi­té, et c’en est aus­si l’unique mesure.

L’unique cri­tère de légi­ti­mi­té, Léon XIII le pré­cise : « Si la loi humaine peut ou même doit tolé­rer le mal, c’est à cause du bien com­mun et exclu­si­ve­ment à cause de lui. »

Il fixe aus­si l’unique mesure, soit dans le mode, soit dans la durée : « Appartenant aux prin­cipes de la pru­dence poli­tique, la tolé­rance du mal doit être rigou­reu­se­ment cir­cons­crite dans les limites exi­gées par sa rai­son d’être, c’est-à-dire le salut public. C’est pour­quoi, si elle est nui­sible au bien public, si elle est pour l’État la cause d’un plus grand mal, il suit qu’il n’est pas per­mis d’en user ; car alors toute appa­rence de bien manque. » 

Mais, « Si, en rai­son de condi­tions par­ti­cu­lières, dit encore ce Pape, l’Église acquiesce, pour un État, à cer­taines liber­tés modernes — non, certes, qu’elle les approuve en elles-​mêmes, mais parce qu’elle juge expé­dient de les tolé­rer — et que la situa­tion vienne à s’améliorer, elle use­ra évi­dem­ment de sa liber­té… pour rem­plir, comme c’est son devoir, la mis­sion qu’elle a reçue de Dieu… »

Quatrième prin­cipe. Enfin, alors même que la tolé­rance est bonne et per­mise, elle n’est jamais un indice de pro­grès ou de per­fec­tion. Elle est pro­pre­ment un signe de déca­dence, dont per­sonne n’a lieu d’être fier et qui ne peut être un idéal pour personne. 

Léon XIII dit : « Pour que notre juge­ment reste dans la véri­té, il faut recon­naître que, plus on est obli­gé de tolé­rer de mal dans un État, plus cet État se trouve éloi­gné de la perfection… »

Pour appro­fon­dir ce sujet, on se repor­te­ra avec fruit aux deux livres sui­vants : celui d’A. Roul, L’Église catho­lique et le Droit com­mun et celui de Mgr Lefebvre, Mes doutes sur la liber­té reli­gieuse (Éditions Clovis).

5. La pratique œcuménique 

De cette fausse concep­tion de Dieu, de la liber­té reli­gieuse et de la tolé­rance vient aus­si la pra­tique œcu­mé­nique des papes du Concile : Jean-​Paul II par ses réunions inter­re­li­gieuses, comme Assise en 1986, sui­vi par Benoît XVI dès son élec­tion en 2005, en Allemagne, et par le pape François en jan­vier 2016, au cours d’une vidéo dont il a été par­lé dans un article précédent.

De là encore, la récep­tion à Rome par les papes des repré­sen­tants de toutes les reli­gions ou l’honneur ren­du à leur sta­tue comme à celle de Luther par le pape François, ou pire par la pra­tique des faux cultes : en 1986, le 2 février à Bombay, Jean-​Paul II reçoit sur le front le Tilak, sym­bo­li­sant le troi­sième œil de Shiva ; le 5 février, il reçoit le Vibhuti, c’est-à-dire des cendres « sacrées », signe des ado­ra­teurs de Shiva et de Vishnu (Photos dans Pierre, m’aimes-tu ? par Daniel Leroux, Éditions Fideliter) ; le 30 novembre 2006, dans la mos­quée d’Istanbul, Benoît XVI se déchausse, et prie quelques ins­tants en silence, comme les musul­mans, les mains sur le ventre et tour­né vers la Mecque, etc.

Cette mise en pra­tique rend visible et sen­sible le rela­ti­visme et le fait entrer en pro­fon­deur dans les âmes beau­coup plus que de grands dis­cours : « L’événement d’Assise, dit Jean-​Paul II aux car­di­naux le 22 décembre 1986, peut ain­si être consi­dé­ré comme une illus­tra­tion visible, une leçon de choses, une caté­chèse intel­li­gible à tous, de ce que pré­sup­posent et signi­fient l’engagement œcu­mé­nique et l’engagement pour le dia­logue inter-​religieux recom­man­dé et pro­mu par le concile Vatican II » (DC n°1933 du 1er février 1987, p. 133). 

6. Relativisme et morale 

Le pape François, le 28 juillet 2013, scan­da­li­sa plus d’une bonne âme par cette asser­tion : « Si une per­sonne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volon­té, qui suis-​je pour la juger ? » Si à ces paroles, on joint la pho­to­gra­phie du pape bras des­sus, bras des­sous avec un gay, on com­prend que la ter­rible répro­ba­tion de l’Écriture Sainte à l’égard de ces per­son­nages puisse perdre toute force aux yeux du public.

L’Église catho­lique a tou­jours ensei­gné que le mariage-​sacrement est indis­so­luble et que les per­sonnes qui ont divor­cé et par la suite ont vou­lu contrac­ter une nou­velle union, sont des pécheurs publics et donc à ce titre, vivant publi­que­ment dans une occa­sion pro­chaine et volon­taire de pécher, ne peuvent être en état de grâce et par là même s’approcher de l’Eucharistie qui est le sacre­ment de l’amour de Dieu.

Amoris lae­ti­tia

L’exhortation Amoris Laetitia (AL), au contraire, rela­ti­vise cet ensei­gne­ment de l’Église. Le pape, certes, recon­naît le modèle par­fait et idéal du mariage tel que l’Église l’a tou­jours ensei­gné. Or, selon lui, cet idéal est dif­fi­ci­le­ment réa­li­sable dans les cir­cons­tances du monde actuel. C’est pour­quoi il faut recon­naître que des situa­tions stables non conformes à l’idéal chré­tien (enten­dons : concu­bi­nages, mariages pure­ment civils, etc.) se rap­prochent cepen­dant de l’idéal. Par consé­quent, dit-​il, « quand l’union atteint une sta­bi­li­té consis­tante à tra­vers un lien public, elle est carac­té­ri­sée par une affec­tion pro­fonde, confère des res­pon­sa­bi­li­tés à l’égard des enfants, donne la capa­ci­té de sur­mon­ter les épreuves et peut être consi­dé­rée comme une occa­sion à accom­pa­gner dans le déve­lop­pe­ment menant au sacre­ment du mariage » (AL n° 293). Dès lors, il fau­drait néces­sai­re­ment conclure de ces pro­pos qu’une vie de péché à deux serait une étape vers la sain­te­té du mariage chré­tien ! Et aus­si conclure qu’on pour­rait les admettre aux sacre­ments de confes­sion et de com­mu­nion sans qu’ils quittent leur état de péché d’un manière ou d’une autre. Là est bien la volon­té du pape comme il l’a confir­mée à dif­fé­rentes confé­rences épiscopales.

Le fon­de­ment erro­né de cette atti­tude est posé au n° 305 : « Dans cette même ligne, s’est expri­mée la Commission Théologique Internationale : « La loi natu­relle ne sau­rait donc être pré­sen­tée comme un ensemble déjà consti­tué de règles qui s’imposent a prio­ri au sujet moral, mais elle est une source d’inspiration objec­tive pour sa dé-​marche, émi­nem­ment per­son­nelle, de prise de déci­sion » » (AL n° 305).

« La loi natu­relle, com­mente l’abbé Gleize, n’est donc plus une loi énon­çant un com­man­de­ment obli­ga­toire. Elle se trouve rava­lée au rang d’un simple conseil, d’un sti­mu­lant ou d’une recom­man­da­tion. Une source d’inspiration. Nous retrou­vons ici la pro­po­si­tion condam­née par le pape saint Pie X, dans le décret Lamentabili : « La véri­té n’est pas plus immuable que l’homme lui-​même, puisqu’elle se déve­loppe avec lui, en lui et par lui » » (n° 58). 

7. Jusqu’aux simples fidèles 

Ne pen­sons pas que ces dérives vers les prin­cipes maçon­niques res­tent au niveau du pape et des évêques : elles des­cendent jusqu’aux simples fidèles dans le caté­chisme et dans la vie spirituelle.

Le caté­chisme

Sous l’influence de ce qu’on a appe­lé le mou­ve­ment caté­ché­tique, l’enseignement de la doc­trine catho­lique a été sou­mis, sur­tout après 1945, à un pro­ces­sus de muta­tion per­ma­nente, d’inspiration maçon­nique. Il s’agit, selon André Fossion, jésuite, de créer et d’inventer :

Indéfiniment reprise, la tâche caté­ché­tique a pour mis­sion de s’accorder à l’incessante nou­veau­té de Dieu. Elle est appe­lée à défri­cher, à créer, à inven­ter, à se recom­po­ser aus­si bien dans ses conte­nus que dans ses méthodes et son orga­ni­sa­tion » (La caté­chèse fran­çaise, A. de Lassus, AFS, 1985, p. 14).

Selon l’idéologie maçon­nique, les nova­teurs, comme le père de Vaucelles, jésuite, refusent la sou­mis­sion à une doc­trine : « On ne peut que se réjouir du refus d’endoctrinement qui carac­té­rise, de façon géné­rale, les démarches d’initiation à la foi, puisqu’en France les ani­ma­teurs se montrent res­pec­tueux de la liber­té de conscience de leurs audi­teurs et cherchent, sur­tout au niveau de l’adolescence, à les intro­duire à la plu­ra­li­té des réfé­rences et des pra­tiques, si carac­té­ris­tiques de notre monde » (A. de Lassus, op. cit., p. 14).

Les livres de prières

Dans Méditations bibliques, livret édi­té en 1995 par Panorama, à la page 29 au jour du 27 décembre, on peut lire ce qui suit : 

« La famille, telle qu’elle se pré­sen­tait dans sa dimen­sion sociale aux yeux du sage d’Israël et à ceux de saint Paul, appar­tient à une époque, une civi­li­sa­tion, une culture qui ne sont plus les nôtres. En outre, le monde dans lequel s’insérait l’univers fami­lial béné­fi­ciait de la sta­bi­li­té la plus totale, alors que le nôtre est en conti­nuelle muta­tion. La litur­gie a‑t-​elle insé­ré une fête de la Sainte Famille dans le cycle de Noël pour pré­sen­ter aux hommes de ce temps un idéal immuable qui serait aus­si celui que Dieu lui-​même nous pro­po­se­rait de vivre concrè­te­ment ? Certainement pas ! Dieu est vivant, il nous a créés vivants, et il nous veut créa­teurs de vie dans toutes nos institutions. »

Et le texte ajoute : 

« Par-​dessus tout cela qu’il y ait l’amour ». Voilà l’idéal fami­lial, conclut-​il ! Pas d’idéal ni de modèle immuables mais l’amour dont jamais une défi­ni­tion n’est donnée. 

Conclusion

Nous aurions pu abor­der d’autres consé­quences de ces faux prin­cipes comme l’évolution, puisqu’il faut sans cesse tout remettre en ques­tion (voir CF 174), ou la démo­cra­tie (voir CF 171), ou l’inculturation, c’est-à-dire l’adaptation des rites litur­giques à chaque pays et à chaque civi­li­sa­tion. Mais ce que nous avons dit est assez accablant !

Dans son livre L’œcuménisme vu par un franc-​maçon de tra­di­tion paru en 1964, le franc-​maçon Yves Marsaudon pou­vait se réjouir de la péné­tra­tion des idées maçon­niques dans l’Église à la faveur du Concile Vatican II :

« Nous ne pen­sons pas qu’un franc-​maçon digne de ce nom, et qui s’est lui-​même enga­gé à pra­ti­quer la tolé­rance, ne puisse se féli­ci­ter sans aucune res­tric­tion des résul­tats irré­ver­sibles du concile, quelles qu’en soient les conclu­sions momen­ta­nées. Nous applau­dis­sons à ces mani­fes­ta­tions aus­si inat­ten­dues que par­fois bru­tales, mais il était évident que l’Église la plus dog­ma­tique devait un jour dis­pa­raitre ou s’adapter et pour s’adapter reve­nir aux Sources » (A. de Lassus, op. cit., p. 115).

Un jour­na­liste catho­lique, Fesquet, se réjouis­sait lui aus­si en son temps : « Cette libé­ra­tion de la pen­sée catho­lique, trop long­temps pri­son­nière du cou­rant néga­tif de la Contre-​Réforme, per­met en quelque sorte d’opérer la jonc­tion avec la tri­lo­gie de la Révolution fran­çaise, qui a fait le tour du monde pro­fane avant d’être récu­pé­rée par le catho­li­cisme d’où elle était sor­tie non sans défor­ma­tion : Liberté, éga­li­té, fra­ter­ni­té : cette glo­rieuse devise fut somme toute celle de Vatican II, comme l’a sug­gé­ré récem­ment Hans Küng » (Le jour­nal du Concile, p. 1127).

Le franc-​maçon E. Plantagenet, dans La Franc-​maçonnerie en France (p. 41), donne une des­crip­tion ras­su­rante et allé­chante de la F.-M. :

« La Franc-​maçonnerie — disent ses sta­tuts — ins­ti­tu­tion essen­tiel­le­ment phi­lan­thro­pique, phi­lo­so­phique et pro­gres­sive, a pour objet la recherche de la véri­té, l’étude de la morale et la pra­tique de la soli­da­ri­té ; elle tra­vaille à l’amélioration maté­rielle et morale, au per­fec­tion­ne­ment intel­lec­tuel et social de l’humanité. Elle a pour prin­cipe la tolé­rance mutuelle, le res­pect des autres et de soi-​même et la liber­té de conscience.

« Considérant les concep­tions méta­phy­siques comme étant du domaine exclu­sif de l’appréciation indi­vi­duelle de ses membres, elle se refuse à toute affir­ma­tion dogmatique.

« Elle a pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité.

« La Franc-​maçonnerie a pour devoir d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens fra­ter­nels qui unissent les francs-​maçons sur toute la sur­face du globe » ( op. cit., p. 35).

N’est-ce pas une des­crip­tion assez conforme à ce que l’Église est deve­nue depuis 50 ans ? Un aggior­na­men­to réus­si ! hélas !

Nous ne pou­vons que prier avec ins­tance nos lec­teurs de prendre avec fer­me­té et per­sé­vé­rance les anti­dotes. Tout d’abord étu­dier les ouvrages sur la Franc-​maçonnerie, et sur le libé­ra­lisme, en par­ti­cu­lier la vie de Mgr Lefebvre, et, de celui-​ci, les deux ouvrages sui­vants : Ils l’ont décou­ron­né et Mes doutes (Éditions Clovis). Ensuite étu­dier Le caté­chisme catho­lique de la crise dans l’Église de l’abbé Gaudron, prêtre de la Fraternité Saint-​Pie X (Éditions du Sel de la terre). Également étu­dier et médi­ter la doc­trine de l’Église pour se for­ger des fortes convic­tions. Être aus­si com­ba­tifs (donc don­ner des coups et en rece­voir !) pour défendre le règne et l’honneur de Jésus-​Christ et de sa sainte Mère. Enfin être apôtre, plein de zèle pour le salut des âmes et la Gloire de Dieu.? 

Abbé O. du Châtelet+, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Combat de la Foi n° 183 de cédembre 2017 /​La Porte Latine du 25 mars 2018

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