25 octobre 1942

Allocution aux Enfants de Marie

Cultiver la pureté par l'exemple de la Vierge Marie et de sainte Agnès

Table des matières

A l’occasion du LXXVe anni­ver­saire de la fon­da­tion des Enfants de Marie à Rome (1867) par l’abbé Passeri, cha­noine du Latran, le Saint-​Père a reçu en audience les délé­guées d’Italie et leur a adres­sé l’allocution suivante :

C’est avec une joie par­ti­cu­lière que Nous vous accueillons et saluons, chères filles, réunies autour de Nous en cette célé­bra­tion du 75e anni­ver­saire de votre pieuse union. Vous êtes dési­reuses de rece­voir la béné­dic­tion du Vicaire du Christ, béné­dic­tion qui vous aide­ra à mar­cher avec fidé­li­té — mieux encore, à avan­cer tou­jours davan­tage dans une sainte ardeur d’édification et de pié­té — dans le che­min que vous indiquent vos célestes patronnes, la Vierge Im­maculée, Mère de Dieu, et Agnès, la martyre.

Nécessité de la force et de la pureté chez la jeune fille.

Pureté et force : ces deux ver­tus, néces­saires en tous temps, mais plus que jamais dans le nôtre, sont, les deux ensemble, le véri­table charme et la pro­tec­tion de la jeune fille qui réunit en elle la grâce et la digni­té, la rete­nue pleine de modes­tie et la franche et auda­cieuse activité.

L’exemple de Marie Immaculée.

Pure, incom­pa­ra­ble­ment plus pure que tous les anges, dont elle est la Reine, l’Immaculée est aus­si la femme forte, active, fidèle à tous ses devoirs, empres­sée à les accom­plir en toutes cir­cons­tances, fussent-​elles dures et ter­ribles. A peine l’ange Gabriel lui a‑t-​il appor­té le divin mes­sage que vous pou­vez la contem­pler, ser­vante du Seigneur qui contemple l’éminente digni­té et la haute charge où elle est appe­lée : Mère glo­rieuse du Christ, au pied de la croix Mère dou­lou­reuse du Rédempteur, Mère de l’humanité souf­frante et misé­rable, secours des chré­tiens, refuge des pécheurs, conso­la­trice des affli­gés. Consciente de tant de gran­deur et d’un tel far­deau, la Vierge, sans hési­ter, répond oui à l’ange. Alors qu’elle était ren­fermée dans le recueille­ment du Temple, dans la soli­tude de sa petite demeure de Nazareth, la voi­ci main­te­nant qui marche d’un pas rapide par les sen­tiers mon­ta­gneux, impa­tiente de visi­ter et d’assister sa parente Elisabeth ; au début de la vie publique du Christ, nous la voyons, aux noces de Cana, veiller à ce que rien ne manque à la joie des époux et des convives ; per­due dans la foule, elle attend patiem­ment le moment de par­ler à Jésus ; le cœur trans­per­cé d’un glaive, elle se tient debout au pied de la croix de son divin Fils ; au milieu des apôtres, elle prie et les pré­pare à rece­voir la force d’en haut pour la dif­fu­sion de la Bonne Nouvelle.

Vous, chères filles, qui, réunies en ce moment devant Nous, sem­blez être comme une grande nuée toute blanche, sillon­née par vos rubans d’azur pareils à un ciel serein et res­plen­dis­sant, n’oubliez pas que cette pure­té et cette can­deur doivent vous pré­parer aux devoirs de demain, vous sou­te­nir, d’ores et déjà, dans les rudes devoirs d’aujourd’hui. Ce n’est pas tout d’un coup que Marie se trou­va prête à dire sont Fiat ; elle s’y était pré­pa­rée par sa force d’âme non moins que par sa pure­té. Jeunes femmes et jeunes filles de notre temps, vous aus­si vous devez regar­der vers l’avenir ; vous entraî­ner dans la pure­té et dans la force, vous rendre fran­chement promptes à pas­ser du repos de la famille et de votre pieuse union à la vie sainte et joyeuse, mais aus­si dif­fi­cile, d’épouses et de mères chré­tiennes. Dès main­te­nant, employez-​vous à faire alter­ner les heures de liesse et de tran­quilli­té de vos réunions avec l’activité exté­rieure, qui exige de vous un éner­gique et joyeux dévoue­ment, dans l’oubli de vous-​mêmes, dans l’accomplissement des devoirs de votre état, dans les fécondes entre­prises de la charité.

Comme Marie Immaculée, vous devez mar­cher, sinon à tra­vers les mon­tagnes, du moins par les rues et les places publiques, et, agiles, alertes, mais cir­cons­pectes comme dans les excur­sions mon­ta­gneuses, vous rendre là où vous appellent vos occu­pa­tions ; vous devez, dans votre vie sociale, par­mi vos parents, amis et connais­sances, por­ter avec vous la gen­tillesse et l’aisance, l’honnête agré­ment d’une cour­toi­sie aimable et empres­sée ; vous devez en toute sim­pli­ci­té et pru­dence, vous mêler à une foule si diverse, affli­gée ou fri­vole, indif­férente ou hos­tile ! Debout au pied de la croix, vous avez à domi­ner vos impres­sions de peine ou de décou­ra­ge­ment, à vous main­te­nir fermes dans les épreuves de la vie pour com­pa­tir aux mal­heurs d’autrui, pour conso­ler et for­ti­fier les autres. Ne voyez-​vous pas quelle pure­té et quelle force tout cela requiert, si vous vou­lez vrai­ment avoir le cou­rage de faire chaque jour votre devoir, si vous vou­lez, par­mi tant d’immondices, gar­der intacte la blan­cheur de votre voile, l’azur céleste de votre ruban ?

Les temps actuels sont bien différents des temps passés.

Les temps sont révo­lus, chères enfants, où il était don­né à la jeune fille de conser­ver la fraî­cheur de sa pure­té, comme le lis conserve la neige de ses pétales et l’or de son pis­til, à l’abri du vent et de la pous­sière, dans le jar­din fer­mé de la famille et de l’école, de l’église et de la pieuse union. Il suf­fi­sait alors de la bonne volon­té, avec le sou­tien du sen­ti­ment de la ver­tu, pour gran­dir, fleu­rir, et s’épanouir dans une ado­les­cence et une jeu­nesse toutes de pure­té, de pié­té, de can­deur, igno­rant jusqu’à l’erreur et le mal.

Le monde d’aujourd’hui est bien dif­fé­rent ! Tous ceux qui se penchent avec une plus grande atten­tion et pers­pi­ca­ci­té sur les âmes de notre temps, pour dis­cer­ner les causes et les mani­fes­ta­tions de la crise intel­lec­tuelle et morale qui agite l’humanité, sont unani­mes à signa­ler, par­mi les formes les plus périlleuses d’un tel trouble, l’irréligiosité et l’amoralité qui ont péné­tré une notable par­tie du monde fémi­nin ; ils montrent avec quelle faci­li­té, dès qu’on a ban­ni de l’esprit et du cœur toute pen­sée et tout sen­ti­ment reli­gieux, la femme adhère faci­le­ment aux plus funestes erreurs et, dans l’en­traînement de la pas­sion, se trouve inca­pable de s’arrêter et d’hé­siter devant les consé­quences extrêmes, fussent-​elles les plus dérai­sonnables et les plus répu­gnantes, des doc­trines qui l’ont séduite, et com­ment alors, pour elle, si riche de sen­si­bi­li­té, il n’est plus de frein qui puisse la rete­nir, soit dans le domaine des idées, soit dans le domaine de la conduite morale.

C’est ain­si que dans l’atmosphère trou­blée d’aujourd’hui la plus déli­cate enfant — jusqu’ici si jalou­se­ment gar­dée et défen­due — se trouve, en sor­tant de sa mai­son ou de sa famille, expo­sée par néces­si­té à se sen­tir le front brû­lé par un air embra­sé, ou fouet­té d’un vent gla­cial et les yeux aveu­glés et endo­lo­ris par la pous­sière sou­le­vée sur le chemin.

Dangers et tentations d’aujourd’hui.

Oui, vos yeux voient et ver­ront, même sans le vou­loir, des obscé­nités morales ; ils en seront comme éblouis, ils en éprou­ve­ront la mor­sure ; ils doivent pour­tant s’habituer à répri­mer et à mor­ti­fier la curio­si­té mal­saine qui est com­plice des séduc­tions du monde. Comme un vent de tem­pête, vous sen­ti­rez sif­fler à vos oreilles la ten­ta­tion sédui­sante ou nar­quoise : il faut que, sans l’écouter, sans y prendre garde, vous pas­siez outre, dédai­gneuses d’une parole ou d’un regard.

Le vent tiède vien­dra, tôt ou tard, cares­ser votre front, enjô­ler votre cœur, ou peut-​être même le vent brû­lant vien­dra l’embraser d’une flamme trop vive et trop pré­coce ; conservez-​le fidèle à Dieu, à la famille, aux bonnes ami­tiés. Quant à l’autre amour, atten­dez dans la séré­ni­té l’heure fixée par la Providence, où un cœur vierge se donne entiè­re­ment et pour toujours.

Mais, par­mi les vents, la pous­sière et la boue, ne vous attris­tez pas, ne vous décou­ra­gez pas. Le même divin Esprit, qui chante dans le Cantique des Cantiques, le mys­tique jar­din où il se plaît à cueillir des lis (Cant., vi, 2) exalte aus­si l’humble lis des val­lées, qui se dresse par­mi les ronces (Cant., ii, 2).

L’exemple de sainte Agnès.

Votre Mère Immaculée, chères enfants, n’a pas connu la ten­tation, sinon en dehors d’elle, et, avec une incom­pa­rable acui­té, dans le cœur de ses pauvres enfants en proie aux ten­ta­tions. Mais, par contre, votre seconde patronne, sainte Agnès, l’a éprou­vée, et sa ver­tu en reti­ra, non certes un pré­ju­dice ni même une ombre, mais une nou­velle et plus brillante splen­deur. Car sa pure­té n’était pas un lis éclos d’une inno­cence igno­rante et tran­quille, mais la flamme d’un amour ardent, héroïque, plus fort que la mort. Rappe­lez-​vous ce que dit d’elle saint Maxime dans son éloge de votre aimable patronne : « Elle regarde en face qui la flatte et elle le repousse ; qui la menace, et elle le méprise… Elle aime tant sa pure­té que ni les raille­ries, ni les flammes, ni les tour­ments, ni les bour­reaux ne l’effrayent. » [1].

Mais n’allez pas croire que cette force d’âme se soit mani­fes­tée subi­te­ment d’elle-même devant la ten­ta­tion ou l’assaut. Elle s’était depuis long­temps accu­mu­lée dans le cœur. « Agnès, écrit saint Grégoire le Grand, n’aurait pu sou­te­nir pour le Seigneur la mort du corps si d’abord son âme n’avait été morte aux dési­rs terres­tres. » [2] Héroïne d’amour pour le Christ, elle était morte d’abord à elle-​même et au monde, pour vivre en Jésus-Christ.

Force et pure­té : voi­là ce que Nous deman­dons pour vous à la Vierge Immaculée et à la mar­tyre sainte Agnès, comme les deux plus pré­cieux orne­ments de votre cœur. Et pour mieux obte­nir de Dieu, par leur inter­ces­sion, cette grâce signa­lée, Nous vous don­nons, d’un cœur pater­nel, la Bénédiction apostolique.

Source : Documents Pontificaux de S. S. Pie XII, Édition Saint-​Augustin Saint-​Maurice. – D’après le texte ita­lien de Discorsi et Radiomessaggi, t. IV, p. 243 ; cf. la tra­duc­tion fran­çaise des Actes de S. S. Pie XII, t. IV, p. 242.

Notes de bas de page

  1. S. Maxime de Turin, Sermon LVI, pour la fête de sainte Agnès ; Migne, P. L., t. LVII, col. 644[]
  2. Homélie XI, pro­non­cée dans la basi­lique Sainte-​Agnès, le jour de sa fête ; Migne, P. L., LXXVI, col. 1115.[]
fraternité sainte pie X