Pie VI

Bref Adeo nota

23 avril 1791

Sur la révolte des peuples d'Avignon et du Comtat Venaissin, faisant partie des États du pape, avec la lettre d'envoi à l'archevêque d'Avignon. Où se trouve stigmatisée la déclaration des droits de l'homme

Note de La Porte Latine

L’année 1790 voit les troubles de la Révolution qui ont agité jusqu’ici la France s’étendre à la population d’Avignon, Etat pontifical. Malgré des efforts d’apaisement de la part du souverain pontife Pie VI, les agitations s’accroissent et le Comtat Venaissain n’en est pas exempt. Le 11 juin, des « aristocrates » sont assassinés et une assemblée d’avignonnais vote la rupture avec Rome et le rattachement de la ville à la France gouvernée par les révolutionnaires.
Pie VI adresse alors une lettre ou « Bref » sur la révolte des peuples d’Avignon et du Comtat Venaissin, faisant partie des Etats du pape.
Le pape répond aux accusations dont son gouvernement est l’objet, révèle les exactions et les cruautés des agitateurs qui ont répandu le sang, annule tous les actes frauduleux et sanctionne les fautifs, tout en souhaitant leur conversion.
Surtout, ce texte contient une affirmation claire, jaillie de la bouche du successeur de Pierre, de ce que les droits de l’homme affirmés par la Déclaration de 1789 sont contraires à la religion et à la société. Un rappel on ne peut plus bienvenu à l’heure de confusion où nous sommes parvenus.

fraternité sainte pie X

A nos véné­rables frères l’ar­che­vêque d’Avignon, les évêques de Carpentras, de Cavaillon et de Vaison, et à nos chers fils, les cha­pitres, le cler­gé et le peuple de la ville d’Avignon et du Comtat Venaissin, en nos États

Pie VI, pape.

Vénérables frères et chers fils, salut et béné­dic­tion apostolique.

Les atten­tats que l’on s’est per­mis contre la reli­gion et contre les droits de la sou­ve­rai­ne­té dans nos États, tant d’Avi­gnon que du com­tat Venaissin, sont trop notoires, le bruit s en est trop répan­du dans toute la terre, pour qu’il soit néces­saire de les rap­pe­ler ici en détail. Ces deux peuples, sans doute, se sont ren­dus bien cou­pables envers nous. Mais dans sa défec­tion, le peuple d’Avignon est bien plus cri­mi­nel encore que le peuple du Comtat.

2. En effet, les Avignonnais ne se sont pas conten­tés d’avoir, pour ain­si dire, arbo­ré eux-​mêmes l’étendard de la révolte, en s’attachant à un petit nombre d’hommes per­vers, qui n’ont évi­té que par notre clé­mence les peines qu’ils avaient méri­tées par leurs for­faits ; mais ils en sont venus à ce point d’audace de for­cer, à main armée, les Comtadins à se lier avec eux pour l’exécution de leurs cou­pables com­plots ; de les contraindre par ce moyen à entrer dans tous leurs pro­jets et d’employer les me­naces, les meurtres et les sup­plices contre les habi­tants, tant du Comtat que d’Avignon, qui ont cru devoir leur résister.

3. Nous pour­rions éta­blir, par un grand nombre de preuves, l’existence de ces abo­mi­nables com­plots ; mais on ne sau­rait les révo­quer en doute, quand on voit des citoyens recommanda­bles, et même des ecclé­sias­tiques cruel­le­ment mas­sa­crés [1], la ville de Cavaillon prise d’assaut et livrée au pillage [2], la ville de Carpentras atta­quée comme une ville enne­mie, enfin tous les autres excès d’une licence effré­née, qui dévouent pour tou­jours leurs infâmes auteurs à l’opprobre et à l’infamie. Semblables au cruel Jason que les saintes Écritures nous repré­sentent comme l’ennemi de Dieu et de sa patrie [3] ils n’ont pas même épar­gné le sang de leurs conci­toyens, pour rendre les habi­tants d’Avignon et du Comtat infi­dèles aux lois de Dieu et de leur pays. Ils ont oublié qu’un pareil suc­cès contre ses proches est le plus grand de tous les maux, et puisqu’ils ont pu se glo­ri­fier d’une vic­toire rem­por­tée contre leurs conci­toyens, comme si elle avait été obte­nue contre des enne­mis [4], ils méritent, ain­si que Jason, d’être char­gés de la haine publique, et de deve­nir aux yeux de l’univers un ob­jet d’exé­cra­tion, comme traîtres aux lois et à leur patrie [5].

4. On com­men­ça par répandre que le motif de la révolte était le poids des charges dont le peuple était acca­blé. Ce n’était là qu’une gros­sière impos­ture, qu’une calom­nie sen­sible à tous les yeux. On sait bien que l’on ne paie aucune espèce d’impôts à Avignon et dans tout le Comtat ; le gou­ver­ne­ment même y est si doux et si modé­ré, que tous les autres peuples enviaient le bon­heur dont on y jouit. Il ne fut donc pas dif­fi­cile de recon­naître que l’unique cause de tant de désordres était un amour effré­né de la liber­té. C’était pour l’obtenir qu’on disait haute­ment qu’il fal­lait à tout prix adop­ter dans son entier la constitu­tion décré­tée par l’Assemblée natio­nale de France, tant pour le gou­ver­ne­ment civil, que pour le gou­ver­ne­ment ecclé­sias­tique et reli­gieux ; et que le moyen d’assurer aux peuples d’Avignon et du Comtat un bon­heur plus par­fait et plus durable était de les sou­mettre à la domi­na­tion de la France.

5. Durant le cours de ces cou­pables manœuvres, nous n’avons pas lais­sé de prou­ver à nos peuples, que nous conser­vions même pour les ingrats tous les sen­ti­ments de bien­veillance dont un père et un bon prince doivent être ani­més. Car nous n’avons épar­gné ni soins ni dépenses pour les garan­tir de l’excessive cher­té des grains dont ils étaient mena­cés [6]; et nous les aver­tîmes pater­nel­le­ment de se mettre en garde contre les embûches secrètes que, sous spé­cieux pré­texte de liber­té, on dres­sait à leur fidé­li­té, à la reli­gion et au bien public. Nous leur décla­râmes en même temps que, si par le laps du temps ou la faute des admi­nis­tra­teurs, il s était intro­duit dans le gou­ver­ne­ment, des lois vicieuses ou des usages abu­sifs, nous étions prêts, sur les repré­sen­ta­tions des com­mu­nau­tés, à don­ner les ordres les plus prompts, pour éta­blir par de salu­taires réformes, un ordre de choses plus juste et plus avan­ta­geux. Enfin, pour qu’on ne pût dou­ter de notre empres­se­ment à concou­rir de toute notre auto­ri­té aux chan­ge­ments utiles qu on pour­rait dési­rer, nous arrê­tâmes d’envoyer aus­si­tôt sur les lieux, notre cher fils Jean Celestini, que nous savions être avan­ta­geu­se­ment connu à Avignon, et qui était déjà char­gé dans notre cour des affaires du Comtat Venaissin ; il avait ordre de se rendre le plus prompte­ment pos­sible à Avignon et à Carpentras, d’y dis­cu­ter avec notre vice-​légat et les citoyens les plus recom­man­dables par leurs ta­lents et leur pru­dence, les points aux­quels on paraî­trait atta­cher le plus d’importance, et de se rap­pro­cher, autant qu’il le pour­rait, du vœu du plus grand nombre, en accor­dant tout ce qui serait jugé utile et conve­nable. Ces dis­po­si­tions favo­rables de notre part sont consi­gnées dans les lettres en forme de bref que nous avons écrites, l’une, le 2 mars de l’année der­nière à notre véné­rable frère l’é­vêque de Carpentras, et nos chers fils les dépu­tés à l’as­sem­blée géné­rale de la même ville, et l’autre, le 22 mai de la même année, à nos chers fils les nobles et le peuple de notre ville d’Avignon.

6. Mais nos bien­faits, nos aver­tis­se­ments pater­nels, l’envoi de notre envoyé, tout fut inutile. Fondés sur des ordonnan­ces qu’ils avaient arra­chées à notre vice-​légat, quoique nous les eus­sions déjà décla­rées nulles et de nul effet, les habi­tants d’Avignon, irré­gu­liè­re­ment assem­blés, refu­sèrent de rece­voir le com­mis­saire que nous leur avions envoyé, et le mena­cèrent même de le trai­ter comme per­tur­ba­teur du repos public, s’il met­tait le pied dans la ville, ou dans son ter­ri­toire. Ils prirent de plus la réso­lu­tion de dépouiller de toute auto­ri­té notre cher fils Philippe Casoni notre vice-​légat, ain­si que tous nos autres offi­ciers, dont quelques-​uns, pour se sous­traire aux dan­gers dont ils étaient envi­ron­nés [7], furent obli­gés de prendre la fui­te ; enfin, ils arrê­tèrent de se mettre sous l’obéissance de no­tre très cher fils en Jésus-​Christ, le roi très chré­tien ; et pour y par­ve­nir, ils envoyèrent des dépu­tés, tant au roi lui-​même, qu’à l’assemblée natio­nale de France. Ils firent alors signi­fier à notre vice-​légat par la muni­ci­pa­li­té, l’ordre de sor­tir d’Avignon. Il en sor­tit en effet le 12 juin 1790. Mais aupa­ra­vant, il fit les pro­tes­ta­tions conve­nables, tant de vive voix, en pré­sence des offi­ciers muni­ci­paux qui lui enjoi­gnirent de se reti­rer, que par écrit, en pré­sence de témoins ; aucun notaire d’Avignon n’ayant vou­lu consen­tir à rece­voir ses pro­tes­ta­tions. Par cette rai­son, le vice-​légat arri­vé à Carpentras crut devoir les renou­ve­ler le 16 et le 21 du même mois, devant Olivier, notaire et chan­ce­lier du rec­to­rat, et les fit ins­crire dans les actes du secré­ta­riat pour en conser­ver la mémoire.

7. Dans le même temps, l’assemblée d’Avignon pro­po­sa d’adopter la consti­tu­tion entière de l’Assemblée natio­nale de France, tant en matières civiles qu’en matières reli­gieuses et ec­clésiastiques ; et pour exé­cu­ter ce pro­jet, on se por­ta de tous cô­tés à des excès de fureur, dont l’assemblée natio­nale de France elle-​même ne four­nit aucun exemple.

8. De là, il est résul­té que d’une part l’anarchie la plus déplora­ble a rem­pla­cé l’ancien et légi­time gou­ver­ne­ment, et que d’autre part on a sub­sti­tué aux lois cano­niques, des lois pure­ment hu­maines, dont le but était de détruire toute hié­rar­chie, l’autorité de l’Église et la reli­gion catho­lique elle-​même. En effet ; on a dé­pouillé les églises de leurs biens, on s’est empa­ré de leur argente­rie, des mains sacri­lèges se sont por­tées sur les vases sacrés, qui ont été trans­por­tés à l’hôtel des mon­naies de Marseille ; l’asile des cloîtres a été vio­lé, les vierges saintes y ont été mal­trai­tées, et elles se sont vues for­cées de se sau­ver dans d’autres monas­tères, ou de ren­trer sous leurs toits pater­nels. On ordon­na ensuite, par une pro­cla­ma­tion publique du 30 novembre der­nier, tant à l’ar­chevêque d’Avignon, qui s’était reti­ré dans un autre lieu de son dio­cèse, à Villeneuve, qu’à tous les curés et autres ecclé­sias­tiques, de se rendre dans un court délai à Avignon pour y prê­ter ce ser­ment civique, qui est la cause prin­ci­pale de tous les maux ; on décla­ra en même temps que ceux qui s’y refu­se­raient, seraient répu­tés avoir renon­cé à leurs places, et que leurs églises seraient regar­dées comme vacantes. Cette pro­cla­ma­tion nous rap­pelle ledit cri­mi­nel que l’empereur Constance ren­dit à la sol­li­ci­ta­tion des Ariens contre les légi­times pas­teurs fidèles à leur foi, et qui a exci­té contre lui la juste indi­gna­tion de tous les his­to­riens. Cet édit en effet était à peu près le même, tant pour les obli­ga­tions aux­quelles il assu­jet­tis­sait les ecclé­sias­tiques, que pour les peines dont ils étaient mena­cés ; car il était conçu en ces termes : signez, ou sor­tez de vos églises [8].

9. Les faits répon­dirent aux menaces. Le crime et le sacri­lège ne furent plus épar­gnés. Le 26 du mois de février de cette année, un offi­cier muni­ci­pal, nom­mé Duprat, vint à l’église cathé­drale, accom­pa­gné d’un grand nombre de sol­dats. Il était lui-​même armé, et tenait une épée nue à la main. Les cha­noines sor­taient du chœur ; il les for­ça d’entrer dans la salle du cha­pitre, et eut l’auda­ce de leur enjoindre de la part de la muni­ci­pa­li­té, de pro­cé­der à la nomi­na­tion d’un vicaire géné­ral du cha­pitre. Le pré­texte qu’il mit en avant fut que, d’après les décrets de l’assemblée natio­nale de France et que les Avignonnais avaient adop­tés, l’archevêque, pour avoir refu­sé de se rendre à Avignon dans le temps qui lui avait été pres­crit pour venir y prê­ter le ser­ment civique, devait être regar­dé comme mort civi­le­ment, et son église comme vacante.

10. Les cha­noines se refu­sèrent à l’exécution de cet ordre, comme contraire à toutes les lois de l’Église ; mais l’officier muni­ci­pal leur annon­ça qu’il les empê­che­rait de sor­tir jusqu’à ce qu’ils eussent obéi. Les cha­noines deman­dèrent alors qu’on appe­lât un notaire pour dres­ser procès-​verbal de la vio­lence qui leur était faite. Leur demande fut reje­tée par l’officier muni­ci­pal, qui leur pré­sen­ta une liste sur laquelle on avait écrit les noms de huit per­sonnes, par­mi les­quelles il leur décla­ra qu’ils seraient obli­gés de choi­sir le vicaire géné­ral qu’ils allaient nom­mer ; et en même temps il envoya cher­cher le nom­mé Poncet, notaire, et le nom­mé l’Escuyer, gref­fier de la muni­ci­pa­li­té, et les fit en­trer pour qu’ils assis­tassent à l’élection. Les cha­noines eurent beau per­sis­ter dans leur refus, on les for­ça enfin de don­ner leurs suf­frages, mais les choses s’arrangèrent de manière qu’il n’y ait véri­ta­ble­ment per­sonne d’élu ; car sur dix cha­noines qui se trou­vèrent au cha­pitre, Maillières, cha­noine de la cathé­drale, n’eut que quatre voix, de Prat, autre cha­noine de la cathé­drale, n’en eut que deux. Messangean, cha­noine de l’église col­lé­giale de Saint-​Genest n’en eut éga­le­ment que deux, et les cinq autres qui étaient sur la liste, n’en eurent aucune. Duprat pré­ten­dit ce­pendant que l’élection de Maillières, qui, au heu de la majo­ri­té des voix, comme il était de droit, n’en avait eu que quatre, devait être regar­dée comme cano­nique. Il fit plus ; quel­qu’ef­fort que les cha­noines eussent ten­té pour s’y sous­traire, il les for­ça de signer l’acte d’élection, et défen­dit, sous les peines les plus gra­ves, tant aux notaires qui étaient pré­sents, qu’à tous les autres notaires de la ville qui ne s’étaient pas trou­vés à l’élection, de leur don­ner acte de leurs protestations.

11. Dès que l’of­fi­cier muni­ci­pal, pour répondre aux vœux et au désir de la muni­ci­pa­li­té, eut extor­qué aux cha­noines cette pré­ten­due élec­tion, il fit sem­blant de se rap­pe­ler que ces mê­mes cha­noines n avaient pas prê­té le ser­ment civique ; il fit en consé­quence tout ce qui dépen­dit de lui pour les y déter­mi­ner. Les cha­noines s’y refu­sèrent encore constam­ment. Alors, com­me s’il eut d’avance pré­vu ce qui devait arri­ver, il décla­ra sur-​le- champ, au nom de la muni­ci­pa­li­té, que le cha­pitre était suppri­mé, et que les cha­noines ne pour­raient plus à l’avenir dans leurs églises rem­plir aucunes de leurs fonc­tions, ni se ras­sem­bler en corps de quelque manière que ce pût être.

12. Benoît-​François Maillières était presqu’aussi âgé que le célèbre Éléazar dont il est par­lé dans l’histoire sainte [9]. S’il eût sui­vi l’exemple de ce res­pec­table vieillard, il aurait pu, comme lui, se cou­vrir de gloire, et lais­ser un grand exemple aux jeunes gens et à tous ses conci­toyens, par sa fidé­li­té et son res­pect pour la sain­te­té des lois [10]. Mais com­bien il s’est écar­té d’un si beau modèle : Éléazar, en effet, déployant toute la digni­té qui conve­nait à son grand âge, et se rap­pe­lant ce qu’il devait à la noblesse de son ori­gine et à ses che­veux blancs, pré­fé­ra une mort glo­rieuse à une vie traî­née dans l’op­probre et le mépris, et aima mieux sacri­fier le reste dune misé­rable vie, que de se rendre cou­pable en déso­béis­sant à la loi [11].

13. Maillières au contraire, non seule­ment accep­ta au milieu des sol­dats dont la salle du cha­pitre était rem­plie, la place de vicaire géné­ral du cha­pitre, que, du vivant de l’archevêque, les lois divines et ecclé­sias­tiques ne per­met­taient à per­sonne d’oc­cuper, mais, ren­du à sa liber­té, il fit un remer­cie­ment public à la municipalité.

Le 6 mars, après que la messe eut été célé­brée par Mouvans, prêtre de l’Oratoire, qui por­tait l’écharpe muni­ci­pale sur ses habits sacer­do­taux, il eut la har­diesse de prendre pos­ses­sion dans la cathé­drale avec une grande solen­ni­té et au milieu d’une troupe de sol­dats, de l’emploi qui lui avait été conféré.

Il n’eut pas honte d’accepter, avec une com­plai­sance affec­tée, les com­pli­ments, tant de Richard, maire de la ville, que de Vinay, sub­sti­tut du pro­cu­reur de la com­mune, qui le louèrent comme l’un des prin­ci­paux appuis de la révolte.

14. Enfin, il ne tar­da pas à cou­ron­ner par un der­nier crime tous ceux dont il s’était déjà ren­du cou­pable, car il pro­non­ça de nou­veau devant tout le monde un ser­ment civique, par lequel il s’obligeait d’obéir à la nation, à la loi et au roi de France. Il ajou­ta même à ce ser­ment des expres­sions dont les plus ardents révo­lutionnaires ne s’étaient pas même ser­vis en France, puisqu’il pro­mit de se confor­mer par­ti­cu­liè­re­ment à la Constitution ci­vile du cler­gé, quelqu’obstacle qu’il pût y ren­con­trer, et quoi­que pussent dire les enne­mis de la révo­lu­tion et ses propres amis, dont il se voyait abandonné.

15. Pour sou­te­nir ses pre­mières démarches par toute sa conduite, il envoya chez tous les curés une espèce de mande­ment, dans lequel il par­lait de la vacance du siège, et pre­nait sur lui de dis­pen­ser les fidèles d’une par­tie de la loi du carême.

16. Ensuite, le 9 du même mois, par un nou­veau mande­ment, il inter­dit de toutes leurs fonc­tions tous les supé­rieurs des sémi­naires qui avaient refu­sé le ser­ment. De plus, il sup­prima deux sémi­naires, et por­ta enfin la témé­ri­té à un point qu’on aurait peine à croire en nous écri­vant une lettre en date du 5 du même mois, par laquelle il nous fai­sait part à nous-​mêmes de son élec­tion, et nous priait de vou­loir bien l’approuver.

Qui peut dou­ter après cela n’ait souillé sa vieillesse et qu’il ne se soit ren­du lui-​même un objet d’exé­cra­tion [12] ?

17. Voilà en détail com­ment on s est conduit envers nous dans la ville d’Avignon. Pour la ville de Carpentras et les autres com­mu­nau­tés du Comtat, elles nous avaient don­né lieu d’espérer qu’elles ne tar­de­raient pas à ren­trer dans le devoir. Quoiqu’elles eussent en effet for­mé une assem­blée représen­tative, non seule­ment elles accueillirent le vice-​légat que les Avignonnais avaient chas­sé, et Jean Celestini que nous avions envoyé de Rome, mais elles décla­rèrent encore solen­nel­le­ment, le 27 mai de l’année der­nière, quelles n’adopteraient de la Constitution fran­çaise que ce qui convien­drait à leurs inté­rêts, à leur pays et aux cir­cons­tances, et qui pour­rait se conci­lier avec l’obéissance qui nous est due comme à leur sou­ve­rain, et dont elles assu­raient en même temps ne vou­loir jamais s’écarter.

18. Mais bien­tôt après, par l’effet de la vio­lence, des cares­ses ou des embûches des révol­tés d’Avignon, elles prou­vèrent que le res­pect qu’elles affec­taient de témoi­gner pour nous et pour nos ministres était peu sin­cère, puisque tous leurs efforts ne ten­dirent qu’à faire approu­ver, sanc­tion­ner et exé­cu­ter par nous et par nos ministres la consti­tu­tion fran­çaise dans tous ses points, tant en matière civile qu’ecclésiastique.

19. Il est inutile de par­ler ici en détail de toutes les délibéra­tions qui ont été prises par l’assemblée du Comtat. Il nous suf­fit de rappeler :

  • 1°. Les dix-​sept articles sur les droits de l’homme, qui ne sont qu’une fidèle répé­ti­tion de la Déclaration faite par l’as­semblée natio­nale de France de ces mêmes droits, si contraires à la reli­gion et à la socié­té, et que l’assemblée du Comtat n’a adop­tés que pour en faire la base et le fon­de­ment de sa nou­velle consti­tu­tion [13] ;
  • 2°. Dix-​neuf autres articles qui étaient les pre­miers élé­ments de cette nou­velle consti­tu­tion, et qui avaient encore été pui­sés dans la Constitution même de la France.

20. Or, comme il était impos­sible que nous consen­tis­sions à sanc­tion­ner de pareilles déli­bé­ra­tions, et que nos ministres, quels qu’ils fussent, les mettent à exé­cu­tion, l’assemblée repré­sentative du Comtat ne pen­sa plus dès lors à se contraindre. Elle se livra ouver­te­ment à cette pas­sion insen­sée pour la révol­te dont elle était depuis long­temps ani­mée, et que jusqu’alors elle avait cru devoir dissimuler.

21. N’écoutant donc plus que la haine que notre vice-​légat leur avait ins­pi­rée parce qu’il n’avait vou­lu ni se rendre à leurs demandes, ni prê­ter le ser­ment civique, ils le dépouillèrent de toute auto­ri­té, et décla­rèrent qu’on ne devait plus le recon­naître pour notre ministre. Ils se condui­sirent de la même manière à l’égard de Christophe Pieracchi, rec­teur de Carpentras, et de tous nos autres offi­ciers. Ils ins­ti­tuèrent aus­si­tôt un nou­veau tri­bu­nal pour rem­pla­cer l’autorité de notre vice-​légat, nom­mèrent trois conser­va­teurs d’État et nous envoyèrent deux dé­putés avec des ins­truc­tions pleines d’injures et de hau­teur, si mani­fes­te­ment dic­tées par l’esprit de révolte que nous crûmes devoir refu­ser d’admettre à notre audience de pareils députés.

22. Nos ministres, se trou­vant ain­si dépouillés de toute auto­rité, Jean Celestini se vit for­cé de retour­ner à Rome sans avoir pu rem­plir la mis­sion dont nous l’avions char­gé. Tous nos autres offi­ciers, éga­le­ment obli­gés de s’éloigner, se reti­rèrent d’abord à Aubignan, tout près de Carpentras, ensuite à Bouschet sur les fron­tières du Comtat Venaissin. Les troubles s’é­tant en­core accrus, ils pas­sèrent à Montélimar en Dauphiné, enfin à Chambéry où, le 5 mars de la même année, ils renou­ve­lèrent les pro­tes­ta­tions qu’ils avaient déjà cru devoir faire, et les dépo­sèrent au greffe de la chan­cel­le­rie épiscopale.

23. Aurait-​on jamais cru que le départ de nos offi­ciers, ren­du néces­saire par le refus qu’on fai­sait de recon­naître leur auto­ri­té, par les dan­gers qu’ils cour­raient eux-​mêmes pour leur vie (ain­si qu’il résulte des pro­tes­ta­tions qu’ils ont sou­vent réité­rées), put don­ner occa­sion au conseil de la muni­ci­pa­li­té de Carpentras et à quelques autres com­mu­nau­tés, de dire et de répandre que les peuples du Comtat avaient été aban­don­nés par leur sou­ve­rain, qu’ils avaient en consé­quence été déliés de leur ser­ment de fi­délité, et libres, s’ils le vou­laient, de se don­ner au roi très chré­tien de France, ain­si qu’ils prirent la réso­lu­tion de le faire ?

24. Les peuples d’Avignon et du Comtat, au mépris des lois divines et humaines, ont en effet osé se sous­traire à notre do­mination. Mais nous décla­rons que jamais nous n’avons pen­sé à les aban­don­ner. Au contraire, nous sommes réso­lus à leur don­ner par la suite, comme nous l’avons tou­jours fait jusqu’à pré­sent, tous les secours et tous les soins qui seront en notre pou­voir, aus­si­tôt qu’ils revien­dront à nous. Pour leur prou­ver à quel point ces dis­po­si­tions étaient sin­cères de notre part, nous offrîmes de nous-​même à ceux qui s’étaient ren­dus cou­pables de défec­tion, le par­don le plus abso­lu du pas­sé. Un acte de clé­mence aus­si mar­qué fut reçu à Avignon et à Carpentras avec l’audace la plus effré­née. Les déli­bé­ra­tions qui furent prises dans ces deux villes à cette occa­sion sont tel­le­ment révol­tantes, que loin de cher­cher à les faire connaître, nous vou­drions pou­voir les ense­ve­lir dans un éter­nel oubli.

25. L’affection intime que nous leur por­tons n’en a cepen­dant point été alté­rée. Nous n’ignorons pas, nos véné­rables frères, qu’il n’est aucun de vous que ces divers atten­tats n’aient péné­tré de l’horreur la plus pro­fonde, et que vous n’avez rien négli­gé pour rem­plir, autant qu’il était en vous, vos devoirs de pasteurs.

26. Nous savons aus­si que par­mi nos chers fils les cha­noines, les curés et les autres ecclé­sias­tiques d’Avignon et du Comtat, on en compte un grand nombre qui, dis­tin­gués par leur ver­tu, brûlent de l’amour le plus ardent pour la reli­gion, et sont par là même dis­po­sés à tout souf­frir pour la cause de Dieu, de l’Église et de la patrie.

27. Nous sommes assu­rés aus­si que, soit dans l’ordre de la noblesse, soit dans les autres classes des citoyens, il en est beau­coup qui soient ani­més d’un grand zèle pour l’Église, et d’un véri­table atta­che­ment pour notre per­sonne, non seule­ment à Avignon, mais plus encore dans le Comtat, où l’on voit un grand nombre de com­mu­nau­tés entières dont la fidé­li­té pour leur Dieu et pour leur sou­ve­rain est demeu­rée pure et inviolable.

28. Instruits par la divine sagesse, et à son exemple, nous sup­portons les méchants avec patience, en consi­dé­ra­tion des hom­mes justes et ver­tueux qui vivent au milieu d’eux. Malgré l’afflic­tion pro­fonde dont nous sommes péné­trés à la vue des crimes affreux qui ont été com­mis, nous par­le­rons aux bons comme aux méchants le lan­gage d’un père, pour sou­te­nir les pre­miers dans le bien, rap­pe­ler les autres de leur éga­re­ment et leur ins­pi­rer un repen­tir salu­taire qui leur fasse abju­rer leur erreur. D’autant plus qu’aux jours où je vous écris, c’est le temps le plus saint de l’an­née, qui porte avec lui les temps de paix et de réconciliation.

29. Aussi, nous sommes bien loin de regar­der les mal­heurs qui déso­lent le Comtat, ain­si que tout le royaume de France, comme une preuve d’abandon de la part de Dieu. Persuadés que ce sont nos propres péchés et ceux des peuples qui nous les ont atti­rés, nous croyons que si Dieu nous punit, c’est moins pour nous perdre que pour nous cor­ri­ger [14]. Pleins de confiance dans sa misé­ri­corde, nous espé­rons que, tou­ché des prières que nous lui adres­sons pour nous-​mêmes et les peuples confiés à nos soins, il lais­se­ra désar­mer son bras et nous fera trou­ver grâce à ses yeux. L’Écriture nous apprend en effet que la mi­séricorde de Dieu est inépui­sable, qu’il ne nous aban­donne jamais lors même qu’il nous châ­tie avec la plus grande rigueur, et que celui que le Dieu tout-​puissant paraît aban­don­ner dans sa colère [15] peut encore se rele­ver par la grâce et obte­nir de lui son par­don [16].

30. Écoutez, véné­rables frères, et vous aus­si, chers fils, les paroles affec­tueuses et pater­nelles que, d’après le conseil de nos véné­rables frères, les car­di­naux de la sainte Église romaine, nous vous adres­sons en qua­li­té de pas­teur de tous les fidèles pour les objets qui sont du res­sort de l’Église, et comme votre sou­ve­rain pour tout ce qui inté­resse l’ordre civil et poli­tique. Quant au gou­ver­ne­ment ecclé­sias­tique, nous vous pré­ve­nons que nous sommes réso­lus à trai­ter ceux qui ont prê­té et exé­cu­té (ou qui pour­ront par la suite prê­ter et exé­cu­ter) le ser­ment sur la Constitution civile du cler­gé avec la même dou­ceur que nous avons mon­trée à l’égard de ceux qui l’ont prê­té en France, où a pris nais­sance cette consti­tu­tion en par­tie héré­tique, en par­tie schis­ma­tique, et en tout point contraire aux règles, et à la disci­pline ecclé­sias­tique. Notre inten­tion est donc de ne pro­non­cer contre eux que les peines cano­niques énon­cées dans notre lettre du 13 de ce mois, à nos chers fils les car­di­naux de la sainte Église romaine, à nos véné­rables frères les arche­vêques et évêques, et à nos chers fils les cha­pitres, le cler­gé, et le peuple du royaume de France. Nous vous en envoyons donc plu­sieurs exem­plaires, pour que vous les fas­siez connaître avec le pré­sent bref aux cha­pitres, au cler­gé et aux peuples de nos États d’Avignon et du Comtat.

31. C est pour­quoi, en ver­tu de l’au­to­ri­té apos­to­lique dont nous sommes revê­tus, nous décla­rons nuis, illé­gi­times et sacri­lèges, tous les actes de quelque nature qu’ils soient, qui ont eu pour but, soit à Avignon, soit à Carpentras, soit par­tout ailleurs, d’admettre et d’exé­cu­ter taci­te­ment ou expres­sé­ment la sus­dite Constitution civile du cler­gé, en tota­li­té ou en par­tie. Nous condam­nons, cas­sons et annu­lons tous les sus­dits actes, com­me si nous les avions expres­sé­ment dénommés.

32. Nous cas­sons et annu­lons par-​dessus tout, l’ordonnance du conseil de la muni­ci­pa­li­té d’Avignon, du 8 octobre 1790, par laquelle on a osé avec autant de témé­ri­té que d’impiété, enjoindre à notre véné­rable frère l’ar­che­vêque d’Avignon, aux cha­noines, aux curés et aux autres ecclé­sias­tiques de la même ville, de prê­ter un ser­ment civique, indigne de tout catho­lique, en décla­rant que, faute par eux de prê­ter ledit ser­ment, le siège archi­épis­co­pal, les cures et tous les autres béné­fices, seraient re­gardés comme vacants. Nous décla­rons en consé­quence ladite ordon­nance nulle, sacri­lège, et des­ti­née par sa nature à éta­blir le schisme.

33. Nous blâ­mons éga­le­ment, et cas­sons, l’é­lec­tion faite du sus­dit Maillières à la place du vicaire géné­ral du cha­pitre, la dé­clarant impie, tor­tion­naire, nulle et sacri­lège, tant parce qu’elle est sans exemple dans l’Église de Dieu, qui ne per­met de dé­pouiller du gou­ver­ne­ment de son trou­peau aucun pas­teur légi­time de son vivant que pour des causes cano­niques (et par un juge­ment de l’Église elle-​même ou du Saint-​Siège), que parce que cette élec­tion n’a point été le résul­tat du nombre néces­saire de suf­frages, et que la liber­té y a été entiè­re­ment vio­lée. C’est pour­quoi on doit la regar­der moins comme une élec­tion cano­nique et ecclé­sias­tique, que comme un acte mili­taire et hos­tile. C’est en effet par la force mili­taire qu’on a extor­qué les suf­frages, c’est par elle qu’on a ren­du publique cette élec­tion ir­régulière, au mépris des pro­tes­ta­tions que les cha­noines avaient faites, soit avant, soit après un acte aus­si irré­li­gieux. C’est enfin par elle qu’on est par­ve­nu à mettre l’élu en possession.

34. On peut donc appli­quer à la cir­cons­tance pré­sente ce qu’on lit dans la lettre des pères du concile d’Alexandrie à tous les évêques catho­liques, lorsque saint Athanase fut dépo­sé dans le conci­lia­bule de Tyr. C’était le Comte [17] qui nous pré­si­dait, disaient les pères du concile, c’était lui qui pre­nait la parole, et tous les autres qui étaient pré­sents gar­daient le silence, ou plu­tôt obéis­saient à ses ordres. Il s’opposait à tout ce que les évêques déli­bé­raient ensemble. Il n’avait qu’à com­man­der, et on voyait les pré­lats traî­nés par une sol­da­tesque impu­dente [18]. Aussi le concile déclara-​t-​il avec rai­son qu’une pareille dépo­sition devait plu­tôt être regar­dée comme un acte de l’autorité impé­riale que comme le juge­ment d’un concile [19].

35. On pour­rait éga­le­ment dire ici ce que disait le pape saint Jules, au moment où les évêques ariens pla­cèrent un nom­mé Georges [20] sur le siège du même saint Athanase et le condui­sirent à Alexandrie avec tout l’appareil mili­taire. Georges, écri­vait ce saint pon­tife, entra dans l’église, non au milieu des prêtres et des diacres de la ville, mais envi­ron­né de sol­dats (…) Croyez- moi, ajoutait-​il, car je vous parle comme si j’étais devant Dieu, une pareille conduite est contraire à la pié­té, aux règles, et à l’es­prit de l’Église [21].

36. La nul­li­té de l’élection dudit Maillières emporte avec elle la nul­li­té de tous les actes de la pré­ten­due juri­dic­tion qu’il a exer­cée, dès les pre­miers moments, contre les supé­rieurs de sémi­naires, les curés ver­tueux, et les prêtres reli­gieux, qu’il a pri­vés de leurs emplois, uni­que­ment pour avoir refu­sé de prê­ter le ser­ment anti­ca­tho­lique qu’on exi­geait d’eux, rela­ti­ve­ment à la consti­tu­tion civile du cler­gé. C’est donc encore le cas de lui appli­quer ces paroles du même pape saint Jules : ce qu’on rap­porte, disait-​il, de la conduite de Georges dès le début, ap­prend ce qu’on doit pen­ser de son ordi­na­tion. Les prêtres (…) ont été indi­gne­ment trai­tés, les saints mys­tères pro­fa­nés. On a employé contre plu­sieurs la vio­lence pour les for­cer à approu­ver la consti­tu­tion que Georges avait éta­blie. D’après ces faits, on peut voir quels sont ceux qui enfrei­gnaient l’autorité des ca­nons ; car (…) Georges n’aurait pas vio­lé les lois pour for­cer à l’obéissance s’il avait eu le droit de la com­man­der [22].

37. Quoique Maillières ait cer­tai­ne­ment un grand nombre de crimes très graves à se repro­cher, nous vou­lons cepen­dant lui lais­ser encore le temps et les moyens de se recon­naître, et de répa­rer ses fautes par une satis­fac­tion publique et conve­nable. C’est pour­quoi nous nous abs­te­nons, pour le moment, de pro­noncer contre lui les peines rigou­reuses que les canons nous auto­ri­se­raient à lui infli­ger. Nous conten­tant de le sou­mettre à la moins rigou­reuse de toutes les peines, nous le décla­rons sus­pens de toutes fonc­tions sacer­do­tales, et sou­mis à l’irrégularité, s’il ose en exer­cer aucune.

38. Nous défen­dons encore audit Maillières, sous la même peine de sus­pense, de prendre par la suite le titre de vicaire gé­néral du cha­pitre, et de rem­plir aucune des fonc­tions atta­chées à cette digni­té, dont il n’a été ni régu­liè­re­ment, ni canonique­ment pour­vu. Nous lui défen­dons prin­ci­pa­le­ment de don­ner aucun dimis­soire pour rece­voir les ordres, ni aucune institu­tion quel­conque aux curés, vicaires, direc­teurs de sémi­naires, fonc­tion­naires et autres ministres de l’Église, même élus par le peuple. Déclarant nulles et sans effet les ins­ti­tu­tions et com­missions qu’il a pu don­ner, et tout ce qui en a été la suite, ain­si que tous les autres actes de quelqu’espèce qu’ils soient, qu’il ose­rait faire en cette qua­li­té à l’avenir.

39. Nous sus­pen­dons éga­le­ment de toutes les fonc­tions de son ordre le sus­dit Mouvans, prêtre de l’Oratoire, pour avoir cé­lébré la messe lors de la prise de pos­ses­sion du pré­ten­du vicaire géné­ral Maillières, et pour avoir eu l’audace d’ajouter l’écharpe muni­ci­pale aux habits sacer­do­taux dont il était revêtu.

40. Pour vous, nos chers fils, les cha­noines, les ecclésiasti­ques, et les citoyens de toutes les classes de la ville d’Avignon, nous vous défen­dons, dans le Seigneur, de recon­naître le sus­dit vicaire géné­ral du cha­pitre, ain­si que tous autres prêtres, qui ten­teraient par toutes sortes de moyens de s’emparer des paroisses et des autres places ecclé­sias­tiques. Nous vous ordon­nons au contraire de rendre d abord à votre arche­vêque, et ensuite à vos curés légi­times, l’o­béis­sance que vous leur devez. Car ils ne ces­seront pas d’être vos pas­teurs, quand ils seraient obli­gés par la force de s’é­loi­gner, et quand même on aurait élu et consa­cré, par un hor­rible sacri­lège, un nou­vel arche­vêque et ins­ti­tué de nou­veaux curés. Nous avons assez fait connaître toute l’hor­reur que nous ins­pire une pareille pro­fa­na­tion, dans nos brefs adres­sés aux évêques de France, que nous vous avons fait communiquer.

41. Le devoir de votre arche­vêque sera donc de gou­ver­ner son trou­peau, et celui des curés fidèles d’administrer aux peuples qui leur sont confiés, tous les secours spi­ri­tuels, autant qu’il sera en leur pou­voir. Souvenez-​vous qu’il ne vous est pas per­mis, même sous pré­texte de vio­lence ou de néces­si­té, de bri­ser ou de mécon­naître les liens de l’o­béis­sance qui vous attachent à votre arche­vêque et à vos curés. La célèbre facul­té de théo­lo­gie de Paris, as­semblée extra­or­di­nai­re­ment en Sorbonne, le 1er du mois d’avril [23] der­nier, l’a ain­si expres­sé­ment recon­nu et déclaré.

42. Il nous paraît conve­nable de ven­ger ici votre arche­vêque et les autres fonc­tion­naires ecclé­sias­tiques des accu­sa­tions dont ils ont été injus­te­ment char­gés par l’or­don­nance du conseil de la muni­ci­pa­li­té, qui leur a repro­ché d’a­voir enfreint les lois ca­noniques en s’é­loi­gnant d’Avignon. D’après l’autorité des ca- nons ; un arche­vêque, ain­si que les béné­fi­ciers obli­gés par leurs fonc­tions à rési­dence, sont cou­pables sans doute lorsque, sans motif juste et rai­son­nable, le pre­mier s’absente de son dio­cèse, et en reste éloi­gné au-​delà du temps fixé par les lois, et que les autres cessent par leur retraite de des­ser­vir les églises aux­quelles ils sont atta­chés. Mais dans ces cir­cons­tances elles-​mêmes, les auteurs de l’ordonnance ne peuvent pas igno­rer que les canons défendent aux laïcs de rendre aucune sen­tence contre les ec­clésiastiques, et sur­tout de pro­non­cer contre eux la der­nière de toutes les peines, en les pri­vant de leur béné­fice. C’est à l’Église qu’il appar­tient de rendre un juge­ment en pareil cas. Les ca­nons lui laissent à elle seule le droit de gra­duer, pour ain­si dire, les peines qu’elle peut infli­ger, en pri­vant d’abord les cou­pables de leurs reve­nus, en y ajou­tant ensuite les peines spi­ri­tuelles, en les dépouillant enfin de leurs béné­fices eux-​mêmes s’ils se montrent incor­ri­gibles. En consé­quence, s’il s’agit de l’absence d’un métro­po­li­tain, le plus ancien des évêques rési­dents, sous peine de se voir, par le seul fait, inter­dire l’entrée de l’église, est tenu de dénon­cer au bout de trois mois les absents au sou­ve­rain pon­tife, ou par lettre, ou par un dépu­té. Le pape alors, en ver­tu de l’autorité suprême atta­chée à son siège, sévit contre les cou­pables, ou par des peines ordi­naires, ou en nom­mant pour les églises ain­si délais­sées des pas­teurs qui leur soient plus utiles, selon que la contu­mace est plus ou moins grande, et que devant Dieu, il le juge lui-​même plus conve­nable. Telle est, en propres termes, la loi décré­tée sur ce point par le concile de Trente [24].

43. Or, per­sonne n’i­gnore que les troubles exci­tés à Avignon ont été por­tés à un tel point, que les nobles et les ecclé­sias­tiques se sont vus for­cés d’abandonner leur mai­son et leur patrie pour se sous­traire au par­jure, ou aux dan­gers cer­tains dont plu­sieurs citoyens irré­pro­chables ont mal­heu­reu­se­ment été les vic­times. Ces dan­gers mena­çaient non seule­ment les per­sonnes, mais encore les biens. Les ravages com­mis dans la mai­son ain­si que dans les autres pos­ses­sions de l’archevêque ne per­mettent pas d’en douter.

44. Cependant, l’archevêque n’est même pas sor­ti de son dio­cèse, car Villeneuve où il s’est reti­ré, et où il est encore, est du dio­cèse d’Avignon. On n’a donc aucun pré­texte pour l’ac­cuser d’avoir enfreint la loi du concile de Trente, puisqu’elle porte expres­sé­ment que les métro­po­li­tains demeu­re­ront dans leur ville épis­co­pale ou dans leur dio­cèse [25]. Au reste, nous, à qui seul appar­tient de le juger sur ce point, avons la cer­ti­tude que son vœu le plus ardent est de reve­nir à Avignon, et qu’il s’y serait déjà ren­du mal­gré le dan­ger auquel il serait expo­sé, s’il n’avait craint, dans ces déplo­rables cir­cons­tances, que le sacri­fice de sa vie, au lieu d’être utile à son trou­peau, ne devînt pour lui une nou­velle source de malheurs.

45. Ce que nous venons de dire au cler­gé et au peuple d’Avi­gnon, rela­ti­ve­ment à l’obéissance qu’ils doivent à leur archevê­que et à leurs légi­times pas­teurs, nous vous le disons éga­le­ment, mes chers fils, les cha­noines, les ecclé­sias­tiques et autres habi­tants du Comtat. Éloignez-​vous de ces hommes cou­pables qui ont déjà enva­hi, ou qui se dis­posent à enva­hir par la suite, des églises sur les­quelles ils n’ont aucun droit. Fuyez-​les, ne les voyez qu’avec hor­reur. Chérissez au contraire vos évêques et vos curés légi­times. Faites-​vous un devoir de leur obéir et de les écouter.

46. Et vous, peuples d’Avignon et du Comtat ; que la reli­gion enfin unisse vos cœurs et vos esprits. Ne per­dez jamais de vue les lois que Dieu ; l’Église et le Saint-​Siège vous ont don­nées. Car c’est l’esprit de Dieu qui conduit l’Église uni­ver­selle ; et cette Église de Rome qui a été fon­dée par les apôtres. Si ; com­me votre pié­té nous donne lieu de l’espérer ; vous vous mon­trez dociles à notre voix. Dieu ces­se­ra de vous livrer à sa colère pour ne plus écou­ter que sa misé­ri­corde. Vous triom­phe­rez des enne­mis de votre reli­gion ; et vous for­ce­rez à dire de vous-​mê­mes ce que les enne­mis du peuple juif disait de lui au temps des Machabées : qu’il avait le Très-​Haut pour pro­tec­teur, et que sa fi­délité aux lois que Dieu lui avaient don­nées le ren­dait invin­cible [26].

47. Après nous être occu­pés du gou­ver­ne­ment ecclé­sias­tique ; il nous reste main­te­nant à vous par­ler du gou­ver­ne­ment civil. Nous ne nous condui­rons pas avec vous à cet égard comme nous l’a­vons fait avec les Français. Quand nous avons écrit à ces der­niers ; nous avons évi­té à des­sein de leur par­ler des nou­velles lois civiles ; décré­tées par l’assemblée natio­nale ; et sanc­tion­nées par le roi ; parce que cet objet ne doit regar­der que le roi de France lui- même. Nous ne pou­vons au contraire gar­der le silence lorsque vous, qui êtes depuis plu­sieurs siècles les sujets du Saint-​Siège et des sou­ve­rains pon­tifes ; osez, sans le concours de notre auto­ri­té sou­ve­raine ; chan­ger la forme de votre gou­ver­ne­ment tem­po­rel. Il est de notre devoir de nous éle­ver contre une vio­la­tion aus­si mani­feste des lois divines et humaines.

48. C’est pour­quoi ; en ver­tu de l’autorité suprême et légi­time qui nous appar­tient comme sou­ve­rain ; nous annu­lons en géné­ral et en par­ti­cu­lier tout ce qui a été fait ; tant à Avignon qu’à Carpentras et dans toutes les autres par­ties du Comtat, contre les droits de notre sou­ve­rai­ne­té. Nous réprou­vons notam­ment, et nous cas­sons comme nulles, les déli­bé­ra­tions vio­lentes et sé­ditieuses qui ont été prises pour se sous­traire à notre auto­ri­té et pas­ser sous la domi­na­tion de la France, déli­bé­ra­tions que le roi très-​chrétien, ain­si que la nation géné­reuse qu’il com­mande, non seule­ment ne peuvent approu­ver, mais sur les­quelles ils ne peuvent même pas se per­mettre de déli­bé­rer sans bles­ser les droits des gens les plus sacrés, ain­si que nous l’a­vons écrit plu­sieurs fois au roi lui-même.

49. Nous improu­vons de même, et annu­lons les délibéra­tions absurdes et sédi­tieuses dont l’objet était d’introduire dans cette par­tie de nos états une admi­nis­tra­tion répu­bli­caine. Nous réprou­vons éga­le­ment, et nous cas­sons ces déli­bé­ra­tions extra­vagantes par les­quelles on a pré­ten­du adop­ter des lois étrangè­res, tant celles qui sont déjà faites que celles qui res­tent encore à faire, et par les­quelles on a eu la démence de pré­fé­rer une lé­gislation nou­velle, dan­ge­reuse et incer­taine, à une consti­tu­tion ancienne, légi­time et appro­priée au pays, et dont vous ain­si que vos ancêtres, connais­siez les avan­tages par la tran­quilli­té et la paix dont vous jouis­siez depuis tant de siècles.

50. Sans par­ler des inno­va­tions qui ont été faites sans no­tre consen­te­ment, au plus fort du trouble et de l’agitation des esprits dans la cha­leur même de la sédi­tion, inno­va­tions que nous vou­lons regar­der comme nulles, quoique nous ne les rap­pelions pas ici en détail, nous cas­sons en par­ti­cu­lier les actes cou­pables de vio­lence par les­quels notre vice-​légat, notre rec­teur et nos autres offi­ciers, ont été d’abord dépouillés de toute auto­ri­té, puis for­cés de s’éloigner lorsque de nou­veaux offi­ciers et de nou­veaux tri­bu­naux ont été établis.

51. Et pour que per­sonne ne puisse dou­ter de la volon­té ferme où nous sommes de conser­ver dans leur entier toutes nos anti­ques pos­ses­sions, et de défendre contre toute espèce d’entreprise tous les autres droits légi­times dont nous jouis­sons depuis si long­temps, nous confir­mons par ces pré­sentes, et même de la ma­nière la plus solen­nelle, non seule­ment les sus­dites pro­tes­ta­tions que notre vice-​légat a sou­vent réité­rées et que nous renou­ve­lons ici, comme si nous les trans­cri­vions mot à mot, mais encore les récla­ma­tions qu a l’exemple de nos pré­dé­ces­seurs, et pour nous confor­mer à l’usage reçu par­mi les sou­ve­rains, nous avons fait re­mettre au roi de France et à toutes les autres cours catho­liques, nous réser­vant dans les cas où ces moyens de dou­ceur seraient insuf­fi­sants, d’employer s’il est néces­saire pour triom­pher de l’injustice et de l’acharnement de nos enne­mis, les moyens plus effi­caces qui sont en notre pouvoir.

52. Pour vous, véné­rables frères et chers fils, qui avez eu le bon­heur de res­ter fidèles, nous vous aver­tis­sons, nous vous ex­hortons avec toute la ten­dresse d’un père, de contri­buer non seule­ment par vos exemples, mais encore par vos dis­cours, à re­tirer du par­ti des sédi­tieux ceux qui, ayant eu le mal­heur de s’y lais­ser enga­ger, se sont par là ren­dus si cou­pables. Engagez-​les à reve­nir à nous. Notre cœur leur est tou­jours ouvert, nous ten­dons les bras pour les rece­voir et les pres­ser contre notre sein.

53. Qu’ils se rap­pellent que presque à chaque page des sain­tes Écritures, Dieu ordonne aux peuples d’être sou­mis à leur sou­ve­rain et d’obéir aux lois qu’il a faites pour leur pays. Qu’ils se gardent avec soin de cet amour des nou­veau­tés qui, quelque­fois utiles en appa­rence, sont tou­jours si dan­ge­reuses. Si dans vos lois il s’est intro­duit quelques abus, nous avons déjà décla­ré et nous décla­rons encore que nous sommes prêts à les déraci­ner et à les détruire. Nous ne négli­ge­rons rien pour répondre à vos vœux.

54. Que les fac­tions, les haines et les ini­mi­tiés ne divisent donc plus les citoyens. Que l’ordre se réta­blisse, que les cœurs jouissent encore des dou­ceurs de la cha­ri­té, de la jus­tice et de la paix. Il ne vous res­te­ra rien à dési­rer pour votre bon­heur si cette paix pré­cieuse est le fruit de votre fidé­li­té aux lois de Dieu, de l’Église et de votre sou­ve­rain, car selon la pro­messe de l’apôtre saint Paul [27], le Dieu de paix et d’a­mour sera avec vous. Pour vous offrir un gage de cette paix que nous prions le Seigneur de vous accor­der à tous, nous vous don­nons, véné­rables frères et chers fils, avec la plus tendre affec­tion, notre béné­dic­tion apostolique.

Donné à Rome, à Saint-​Pierre, le 23 avril de l’année 1791, la dix-​septième de notre pontificat.

Signé : Pie.

Notes de bas de page

  1. L’abbé de Montaran avait pen­sé périr : la Providence seule l’avait sau­vé des mains de ses bour­reaux. M. de Rochegude, depuis huit jours malade de la goutte, est arra­ché de son lit, de sa mai­son, pour être conduit au gibet L’abbé Offray, un nom­mé Aubert et le ver­tueux M. d’Aulan meurent du même sup­plice. C’était par ces hor­ribles exé­cu­tions que la muni­ci­pa­li­té d’Avignon pré­lu­dait aux mas­sacres de la Glacière, et Jourdan « coupe- tête » aux scènes des 5 et 6 octobre (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  2. Cavaillon dépour­vue d’artillerie et de muni­tion ne pou­vait tenir long­temps contre l’armée des bri­gands qui l’assiégeaient. Elle deman­da à capi­tu­ler et l’obtint. A peine ses portes s’étaient-elles ouvertes sur la foi du trai­té conclu, que la horde com­man­dée par le géné­ral Patrix se répand dans tous les quar­tiers de la ville, fait main basse sur tout ce quelle ren­contre, égor­geant sans dis­tinc­tion d’âge ni de sexe, et livre pen­dant plu­sieurs heures cette mal­heu­reuse ville au pillage (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  3. 2M, 5.[]
  4. 2M, 6et 13.[]
  5. 2M, 8et 14.[]
  6. Ce que Sa Sainteté ne dit pas, il faut l’apprendre à la pos­té­ri­té. Non seule­ment le pape four­nit en 1789 à la ville d’Avignon le blé néces­saire pour éloi­gner le fléau de la famine ; mais encore, en 1790, il le livra à un prix beau­coup moindre qu’il ne lui avait coû­té, et l’on n’a jamais par­lé de le lui rem­bour­ser (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  7. Entre autres, M. Passeri, avocat-​général du pape, qui exer­çait à Avignon depuis plu­sieurs années l’ascendant de la rai­son et des talents. Sa pré­sence inquié­tant les mécon­tents, on vint bien­tôt à bout de le faire sor­tir de la ville, empor­tant avec lui l’estime publique et le témoi­gnage de ses conci­toyens (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  8. S. Athanase dans sa Lettre aux soli­taires, édi­tion de Cologne, t.1, p. 829, lettre C.[]
  9. 2M6.[]
  10. 2M28et31.[]
  11. 2M6,19,20,23 et 25.[]
  12. 2 M 6,25.[]
  13. Même si le sou­ve­rain pon­tife, dans la lettre pré­sente, ne s’a­dresse pas à l’Église univer­selle direc­te­ment, on ne sau­rait mini­mi­ser la por­tée de ce que le pape pré­sente ici comme un simple « rap­pel » : les droits de l’homme et du citoyen, tels qu’ils ont été déter­mi­nés par la Déclaration de l’Assemblée natio­nale de France en 1789, sont « si contraires à la reli­gion et la socié­té »… (note de l’é­di­teur).[]
  14. 2M6,12.[]
  15. 2M6,16.[]
  16. 2M5,20. []
  17. Le Comte Flavius Denys, et non pas le gou­ver­neur, comme ont tra­duit quelques inter­prètes. Il l’avait été de Phénicie en 328, mais ne l’était plus. Les autres gou­ver­neurs, celui de la Palestine, et Archélaus qui l’était de l’Orient, ne paraissent pas avoir été enne­mis de Saint Athanase (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  18. Trad. Par Tillemont, Hist. Ecclés., t. VIII, p. 36, édit. in‑4°, Paris, 1702.[]
  19. S. Athanase dans sa Deuxième apo­lo­gie sur sa fuite, t.1, p. 728, lettre D, et p. 370, lettre C.[]
  20. Le pape, citant un docu­ment ancien, devait citer lit­té­ra­le­ment le texte, et en mar­quer l’édition, ce qu’il a fait. Il ne pou­vait pas s’arrêter aux dif­fi­cul­tés que le texte pro­pose aux savants lorsqu’elles sont étran­gères à son objet. Aussi ne l’a‑t-il pas fait. Mais nous, pour por­ter l’exactitude aus­si loin qu’elle puisse aller, nous croyons devoir obser­ver qu’il y a ici une erreur de nom. Comment le pape saint Jules, mort en 352, a‑t-​il pu par­ler de Georges, dont l’intrusion au siège d’Alexandrie ne date que de l’année 356, c’est-à-dire quatre ans après ? C’est que, dans sa lettre aux Eusébiens Daniel, Placille, Narcisse etc., celle que le pape cite en cet endroit, comme dans celle de saint Athanase aux évêques ortho­doxes, les copistes ont écrit Georges au lieu de Grégoire, alors intrus au siège de saint Athanase. C’est à ce der­nier qu’il faut rendre le reproche que le véné­rable pré­dé­ces­seur de Pie VI fai­sait à son usur­pa­tion et à tous les crimes qui l’avaient accom­pa­gnée. Baronius a rele­vé cette erreur (ad ann. 342, n. 19), et ses cor­rec­tions ont été sui­vies par MM. de Tillemont et Herman, le pre­mier dans ses savants mémoires où il explique et éclair­cit cette confu­sion d’une manière satis­fai­sante, mais trop longue pour être rap­por­tée ici, l’autre (Vie de saint Athanase, t.1, p. 714, n. 2) en recherche les causes avec saga­ci­té, et résout le pro­blème par l’autorité même de saint Athanase. Au reste, les manus­crits mêmes, consul­tés par les béné­dic­tins, en réta­blis­sant la véri­té des faits, ont prou­vé que l’erreur venait uni­quement des copistes (note du pre­mier édi­teur, 1796).[]
  21. Réponse à Danius (ou Dianée, ou Daniel, selon les divers inter­prètes) et autres, qui lui avaient écrit d’Antioche, dans Saint Athanase, t.1, p. 748, lettre C, et p. 749, lettres A et B.[]
  22. Même vol. p. 749, lettre B.[]
  23. C’est par erreur que quelques édi­tions portent la date du 23 février. L’édition d’Augsbourg est seule exacte en fixant cette assem­blée au pri­ma men­sis d’avril. Le témoi­gnage de la facul­té de théo­lo­gie dont parle sa sain­te­té consiste dans sa lettre à M. l’archevêque de Paris, dont voi­ci la copie :

    Révérendissime père en Jésus-​Christ,
    Toujours sin­cère et constante dans son atta­che­ment aux évêques de l’Église de France, aux suc­ces­seurs de saint Denis, envoyé par le siège apos­to­lique, la facul­té de théo­lo­gie n’a pu néan­moins se défendre de sen­ti­ments plus vifs et plus affec­tueux pour les pré­lats qu’elle a éle­vés et nour­ris dans son sein.
    Quelle joie n’a‑t-elle pas éprou­vé lorsque vous fûtes appe­lé par le Seigneur au gou­vernement du dio­cèse de Paris ? Témoin de vos tra­vaux, pleine d’admiration pour vos ver­tus, avec quel empres­se­ment n’a‑t-elle pas applau­di à votre élé­va­tion ?
    A pré­sent que la tris­tesse a suc­cé­dé à la joie, à pré­sent que des revers lamen­tables vous ont éloi­gné de nous, elle se hâte de vous offrir, dans l’excès de l’affliction qui lui est com­mune avec vous, une faible conso­la­tion. Pénétrée de votre dou­leur, elle vous fait part de la sienne.
    Attachée à la foi antique, liée à la chaire de Pierre, ferme dans la tra­di­tion des pères, la facul­té de théo­lo­gie ne recon­naît et ne recon­naî­tra que vous pour son légi­time pas­teur.
    Fait en l’assemblée géné­rale tenue en Sorbonne, ce 1er avril 1791.
    Signé Gayet de Sansale, syn­dic.[]

  24. Sess. 6 de la réforme, ch. 1 et 2, et sess. 23, ch. 1.[]
  25. Sess. 23 de la réforme, ch. 1[]
  26. 2M8, 36.[]
  27. 2 Col 3,11.[]
fraternité sainte pie X
2 octobre 1931
Sur la très dure crise économique, sur le lamentable chômage d’une multitude d’ouvriers et sur les préparatifs militaires croissants
  • Pie XI
15 mai 1931
Sur la restauration de l'ordre social, en pleine conformité avec les préceptes de l'Évangile, à l'occasion du quarantième anniversaire de l'Encyclique Rerum Novarum
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