Grégoire XVI

Bref Quo graviora

4 octobre 1833

Condamnation d'un mouvement de fausse réforme menaçant l'Eglise

Aux évêques de la pro­vince de Rhénanie supé­rieure.
Vénérables frères, salu­ta­tions et béné­dic­tion apostolique

Alors que d’odieuses machi­na­tions enne­mies menacent l’Eglise Catholique de plus grands maux, les papes qui ont été pla­cés dans le siège de Saint Pierre doivent être bien plus rapides et prendre des mesures pour les repous­ser. Les papes se sont vus délé­guer le suprême pou­voir de faire croitre et de diri­ger l’Eglise. Notre pré­dé­ces­seur Pie VIII com­prit très bien cela. Beaucoup de choses osées ont été ten­tées – et non en vain – contre l’enseignement de l’Eglise et son auto­ri­té divine dans la pro­vince ecclé­sias­tique de Rhénanie. Dès qu’il l’apprit, Pie VIII vous envoya une lettre, à la fin du mois de Juin, en 1830, pour abor­der votre pro­blème pas­to­ral, si cela était effec­ti­ve­ment néces­saire. Cette lettre vous pres­sa de pro­té­ger les droits de l’Eglise de tout votre zèle, de gar­der la bonne doc­trine, et de mon­trer à ceux qui doivent agir com­ment contrer ces idées néfastes pour l’Eglise avec rai­son et jus­tice, idées contre les­quelles vous devriez avoir ardem­ment lut­té pour les faire reti­rer. Il fut extrê­me­ment pré­oc­cu­pé par la situa­tion de ces Eglises à cause de l’immense scan­dale cau­sé par les réformes. Il sol­li­ci­ta une réponse de votre part dès que pos­sible, soit confir­mant ses sou­haits et cal­mant sa peine, soit – et cette pos­si­bi­li­té ne doit pas être envi­sa­gée – contraire à sa volon­té, de sorte qu’il puisse prendre les mesures requises par le devoir de sa charge apostolique.

Ces exhor­ta­tions et encou­ra­ge­ments d’un si grand pape à pro­pos d’un sujet si sérieux devraient vous ani­mer. Cela est appro­prié pour ceux qui ont été appe­lés à par­ta­ger l’administration et la défense de l’Eglise. De plus, ce que notre pré­dé­ces­seur n’avait jamais envi­sa­gé, et ce qui l’aurait cer­tai­ne­ment énor­mé­ment per­tur­bé s’il était encore en vie, nous a été réser­vé et nous nous en lamen­tons. Ceci est arri­vé en dépit du fait que nous avons été dési­gnés à sa place avec des mérites gran­de­ment infé­rieurs et que nous n’avons aucun désir de tenir cette posi­tion. Nous ne pou­vons dire qu’un sujet aus­si oppo­sé aux sou­haits du Siège Apostolique ait ces­sé d’être. Ce siège est donc géné­ra­le­ment igno­rant des tous les efforts que vous avez réa­li­sé par­mi ces chefs pour le bien-​être de la reli­gion Catholique et de tous les résul­tats que vous avez obte­nu. Nous atten­dons encore plus de rap­ports détaillés, rap­ports que Pie VIII vous a gran­de­ment com­man­dés, bien que trois années se soient écou­lées. En véri­té nous ne pou­vons pas non plus sup­po­ser que vous n’avez pas négli­gé votre devoir, ce devoir étant que quelque remède salu­taire ait été appor­té aux bles­sures infli­gées à l’Eglise Catholique en temps vou­lu. Au contraire, la pos­si­bi­li­té d’une afflic­tion plus grande encore se pré­pare. Ces pro­blèmes sont déjà rati­fiés et entrés en vigueur au détri­ment de l’Eglise et contre les accords pas­sés entre le Saint Siège et les chefs de l’union. L’Eglise a donc été assu­jet­tie à un escla­vage indigne, en ayant été vio­lem­ment dépouillé de la liber­té que le Christ lui don­na. De plus, sa condi­tion dans ces régions s’est dété­rio­rée du fait des nou­velles causes sur­gis­sant de toute part, condi­tion que nous (et vous) ne pou­vons accep­ter. A par­tir de cette cohorte de prêtres, des hommes sur­viennent et pro­fèrent des choses dia­bo­liques. Ils condamnent sans honte cette trom­peuse (comme ils l’appellent) res­tau­ra­tion et régé­né­ra­tion des réfor­ma­teurs, attris­tant par-​là trop rapi­de­ment le Siège Apostolique. Ils agissent ain­si pour atti­rer et trom­per les igno­rants. C’est pour­quoi, quel que soit le groupe dans lequel ils se ras­semblent et ont des confé­rences ou des dis­cus­sions, ils n’hésitent jamais à calom­nier l’Eglise Catholique pour, comme ils le disent, la réformer.

Beaucoup de prêtres de la ville d’Offenburg ont ouver­te­ment mon­tré il y a peu cette sorte d’aveuglement, selon F. L. Mersy, leur doyen, conseiller, et chef. Ils ne pro­po­saient plus à l’approbation de leur Archevêque de Freiburg les divers points de la réforme éla­bo­rés dans leurs réunions. Dans les branches rurales indi­vi­duelles, ils répan­dirent les mêmes idées et sus­ci­tèrent une conspi­ra­tion mal­fai­sante. De plus, main­te­nant encore, ils ont pro­duit un pam­phlet avec beau­coup d’ajouts et osèrent l’imprimer sous le titre auda­cieux : « Les réformes sont-​elles néces­saires dans l’Eglise Catholique ? ». Nous sou­hai­tons que les prêtres d’Offenburg se réunissent ensemble et démontrent publi­que­ment et ouver­te­ment leur dévo­tion, et que les autres, du dio­cèse de Freiburg et du reste des pro­vinces ecclé­sias­tiques ne s’en inquiètent pas. Nous sou­hai­tons que cette sédi­tion malé­fique des réfor­ma­teurs soit conte­nue aux limites de cette ville ! Mais nous avons enten­du il y a long­temps et nous nous rap­pe­lons avec beau­coup de peine que ce mécon­ten­te­ment s’est éten­du à presque toutes les régions, spé­cia­le­ment dans le dio­cèse de Rothenburg, et qu’il s’est même répan­du hors de la pro­vince ecclé­sias­tique de Rhénanie.

Vous savez, véné­rables frères, de quels prin­cipes erro­nés les hommes sus­men­tion­nés et leurs dis­ciples dépendent, et d’où leur désir qui les motive à com­men­cer une révo­lu­tion dans l’Eglise tire son ori­gine. Nous ne pen­sons pas qu’il est super­flu de cla­ri­fier beau­coup de ces choses et de les expli­quer ici. Une idée fausse s’est, pen­dant long­temps, for­te­ment déve­lop­pée et lar­ge­ment répan­due dans ces régions. Cette idée est répan­due par un sys­tème impie et absurde d’indifférence envers le fait reli­gieux qui pré­tend que la reli­gion Chrétienne peut se per­fec­tion­ner dans le temps. Alors que les mécènes d’une telle idée fausse ont peur d’adapter la pos­si­bi­li­té ban­cale de per­fec­tion des véri­tés de la foi, ils l’établissent dans l’administration exté­rieure et dans la dis­ci­pline de l’Eglise. De plus, dans le but de mélan­ger leur erreur et la foi, ils usurpent l’autorité des théo­lo­giens Catholiques illi­ci­te­ment et avec l’intention de trom­per. Ces théo­lo­giens mettent en avant, ici et là, en sous-​entendant un chan­ge­ment, une dis­tinc­tion entre l’enseignement et la dis­ci­pline de l’Eglise, en pré­ten­dant qu’elle sera tou­jours droite et ne sera jamais atteinte par aucune modi­fi­ca­tion. A par­tir de là, ils affirment caté­go­ri­que­ment qu’il y a beau­coup de choses dans la dis­ci­pline de l’Eglise, de nos jours, dans son gou­ver­ne­ment et dans la forme de son culte exté­rieur qui ne cor­res­pondent pas à notre époque. Selon eux, ces choses doivent être chan­gées, car elles sont dom­ma­geables pour la crois­sance et la pros­pé­ri­té de la reli­gion Catholique, et avant que l’enseignement de la foi et de la morale en subisse les consé­quences. C’est pour­quoi, en mon­trant un zèle pour la reli­gion et en se mon­trant en tant qu’exemples de pié­té, ils forcent les réformes, conçoivent des chan­ge­ments et pré­tendent renou­ve­ler l’Eglise.

De tels réfor­ma­teurs uti­lisent véri­ta­ble­ment ces prin­cipes. De plus, ils les révèlent et les pré­sentent dans beau­coup de pam­phlets qu’ils dis­tri­buent en par­ti­cu­lier en Allemagne. Ceci est main­te­nant très clair sur la bro­chure impri­mée à Offenburg. Cela res­sort clai­re­ment des choses que le sus­men­tion­né F. L. Mersy, chef de la réunion sédi­tieuse qui a été tenue là-​bas, a com­pi­lées impru­dem­ment dans sa repu­bli­ca­tion du même livre. Alors que ces hommes étaient en pleine élu­cu­bra­tion, ils pro­po­sèrent de s’attaquer aux erreurs condam­nées par l’Eglise dans la pro­po­si­tion 78 de la consti­tu­tion 78 Auctorem fidei (publiée par Notre pré­dé­ces­seur Pie VI le 28 août 1794). Ils atta­quèrent aus­si la pure doc­trine qu’ils pré­tendent vou­loir conser­ver sans tâche, soit ils ne com­prennent pas la situa­tion, soit ils pré­tendent astu­cieu­se­ment ne pas la com­prendre. Tandis qu’ils sou­tiennent que l’entièreté de l’apparence exté­rieure de l’Eglise puisse être chan­gée indif­fé­rem­ment, ne prêtent-​ils pas sujet aux chan­ge­ments ces articles de dis­ci­pline qui trouvent leur fon­de­ment dans la loi divine et qui sont inti­me­ment liés à la doc­trine de la foi ? Est-​ce que la loi des croyants ne génère donc pas la loi des actes ? De plus, n’essayent-ils pas de rendre l’Eglise humaine en la pri­vant de l’autorité divine et infaillible, alors qu’elle est gou­ver­née par cette volon­té divine ? Et consi­dé­rer que la dis­ci­pline actuelle de d’Eglise se fonde sur des erreurs, des obs­cu­ran­tismes et d’autres choses incon­ve­nantes ne cause-​t-​il pas le même effet ? Ils pensent que cette dis­ci­pline contient beau­coup d’éléments inutiles, pré­ten­dant qu’elle va contre la sûre­té de la reli­gion Catholique. Pourquoi se fait-​il que des indi­vi­dus pri­vés s’approprient ce qui n’appartient qu’au Pape ?

Nous allons main­te­nant dis­cu­ter de ces par­ties de la dis­ci­pline qui sont en vigueur et s’appliquent à toute l’Eglise. Parce qu’elles sont indé­pen­dantes de l’instruction ecclé­sias­tique, elles peuvent être sou­mises au chan­ge­ment, mais uni­que­ment par le pape, que le Christ a pla­cé à la tête de l’Eglise toute entière pour juger la néces­si­té des chan­ge­ments pour diverses rai­sons de cir­cons­tances. Ainsi, comme St Gélase l’écrivit : « Pesez les décrets des canons et consi­dé­rez les pré­ceptes de vos pré­dé­ces­seurs, pour que ces choses que les besoins du temps néces­si­taient d’être relâ­chées pour la restruc­tu­ra­tion de l’Eglise puissent être modé­rées par des consi­dé­ra­tions pru­dentes et réflé­chies. Il est pénible de vous rete­nir avec un long dis­cours trai­tant des faux prin­cipes des­quels les réfor­ma­teurs dépendent, véné­rables frères. Ils ajoutent la pré­ci­pi­ta­tion à l’erreur selon l’habituelle licence ver­bale de telles per­sonnes, puisqu’ils attaquent ce Saint Siège comme s’il était trop atta­ché à des cou­tumes obso­lètes et ne voyait pas assez pro­fon­dé­ment les signes du temps. Ils accusent ce Saint Siège de deve­nir aveugle à la lumière des nou­velles connais­sances, et d’avoir du mal à dis­tin­guer ces choses qui relèvent de la sub­stance de la reli­gion d’avec celles qui concernent uni­que­ment sa forme exté­rieure. Ils disent qu’il ali­mente la super­sti­tion, encou­rage les abus, et fina­le­ment se com­porte comme s’il ne se pré­oc­cu­pait pas des inté­rêts de l’Eglise Catholique dans ces temps chan­geants. Où cela mène-​t-​il ? En réa­li­té, il en est ain­si car le Saint Siège de Saint Pierre sur lequel Jésus-​Christ a pla­cé la fon­da­tion de Son Eglise est un sujet de jalou­sie. Son auto­ri­té divine est sou­mise à la haine des peuples, et l’union des autres églises avec celui-​ci est rom­pue. Les dis­si­dents aban­donnent l’espoir qu’ils puis­sant obte­nir ce qu’ils sou­haitent de ce Siège Apostolique. Ils affirment que l’Eglise – une nation, comme ils la nomment – doit être gou­ver­née par ses propres lois. A par­tir de là ils pour­suivent ain­si pour accor­der la pleine auto­ri­té de révo­quer ou abro­ger les lois de toute l’Eglise à chaque pas­teur indi­vi­duel­le­ment, si l’opportunisme de leurs dio­cèses leurs per­met. Qu’aurons-nous ensuite ? Puisqu’ils n’ont sai­si aucun avan­tage sur vous, ils essayent de sous­traire ces mêmes prêtres de leur sou­mis­sion à leurs évêques. Ils n’ont pas peur de concé­der aux prêtres le droit d’administrer les dio­cèses. Il est assez clair que ces hommes, en agis­sant contre la véri­té de la foi, ont ren­ver­sé la hié­rar­chie ecclé­sias­tique qui a été éta­blie par la volon­té divine et défi­nie par les pères du Concile de Trente. Il est aus­si clair qu’ils sou­haitent reve­nir aux mêmes erreurs des pro­po­si­tions 6,7,8 et 9 pros­crites par la consti­tu­tion dog­ma­tique sus­men­tion­née Auctorem fidei.

Il semble que cela concerne clai­re­ment ces prêtres d’Offenburg. Les doc­trines condam­nées sont spé­cia­le­ment conte­nues dans les ajouts insé­rés dans la réédi­tion du pam­phlet de telle façon qu’il n’y ait plus de place pour le doute. Il semble main­te­nant être une bonne idée de revoir indi­vi­duel­le­ment quelques-​unes des erreurs, par­mi tant d’autres, que ce pam­phlet répand par­tout. Ici appa­raissent pour la pre­mière fois les objec­tions des par­ti­sans du vil com­plot contre le céli­bat clé­ri­cal. Ils n’osent pas cri­ti­quer ouver­te­ment la loi du céli­bat, comme d’autres le font néan­moins ; néan­moins ils en bavardent avec une audace seule­ment équi­va­lente à leur erreur ! Ils veulent que les prêtres qui ne sou­haitent pas gar­der la loi du céli­bat et dont les mœurs sont déjà si déses­pé­ré­ment cor­rom­pues puissent retour­ner au sta­tut de laïc afin qu’ils puissent contrac­ter des mariages valides au sein de l’Eglise. Ceci n’est guère conci­liable avec l’intention des pères du Concile de Trente, qui fut expli­quée dans la ses­sion 7, au canon 9 trai­tant des sacre­ments en géné­ral, tout comme dans la ses­sion 23, cha­pitre 4 et canon 4. Il ne Nous échappe pas, quel que soient les moyens qu’ils uti­lisent, qu’ils tentent de défor­mer l’enseignement du Concile de Trente.

Ils sou­tiennent que selon l’opinion du Concile de Trente, celui qui a été prêtre ne peut rede­ve­nir un laïc par sa propre auto­ri­té. Il peut le faire uni­que­ment avec l’autorité de l’Eglise, et ils com­prennent par le mot « Eglise » chaque évêque à qui ils attri­buent le pou­voir de réduire les prêtres à l’état laïc. Ils affirment ensuite que le carac­tère attri­bué dans l’Ordre, que le Concile décla­rait indé­lé­bile, fai­sait qu’il était impos­sible de répé­ter le sacre­ment de l’Ordre. Mais cela n’empêche pas selon eux, qu’un prêtre devienne laïc de la façon sus­men­tion­née. Finalement, ils ne se gardent pas de comp­ter le même carac­tère par­mi les opi­nions dépas­sées des sco­las­tiques. Alors qu’ils ima­ginent de telles choses, que peuvent-​ils faire d’autre que se d’accumuler erreur sur erreur, iro­ni­sant vul­gai­re­ment contre le sens authen­tique des décrets du Concile de Trente main­te­nus par l’Eglise toute entière ?

Ils ne sup­priment rien d’autre que la vraie doc­trine quand ils parlent témé­rai­re­ment de la ver­tu et de l’utilisation des indul­gences. Ils pro­posent, ouver­te­ment ou à tra­vers des équi­voques, l’idée que les indul­gences peuvent dif­fi­ci­le­ment être cor­ré­lées aux dou­leurs tem­po­relles du péché qui sub­siste et doit être expié, soit dans cette vie, soit dans l’autre. Jusqu’au XIème siècle, ils expliquent qu’il n’y avait aucune autre sanc­tion que les sanc­tions cano­niques que l’Eglise devait sup­pri­mer. Pour la pre­mière fois, à l’époque des guerres saintes, les puni­tions infli­gées par Dieu aux pécheurs étaient sou­mises au pou­voir des clefs. D’ici, poursuivent-​ils, une grande défor­ma­tion émer­gea. Les tré­sors éta­blis par les mérites de Jésus-​Christ et la satis­fac­tion des saints, incon­nus dans les siècles pré­cé­dents, étaient décou­verts par le Pape Clément V. Finalement, de façon brève et ellip­tique, les indul­gences furent uti­li­sées uni­que­ment à cette fin, pour rap­pe­ler les sanc­tions actuelles de l’Eglise et des anciens canons, et donc pour mener les pécheurs à la péni­tence. Où cela peut-​il les mener, à moins de sou­le­ver les pro­po­si­tions pros­crites n°17 et n°19 de Luther, n°9 de Pierre d’Osma, n°60 de Baius, et enfin les n°40, 41 et 42 de la consti­tu­tion cité Auctorem fidei, et de res­tau­rer effron­té­ment des erreurs hos­tiles qui y sont contenues ?

Ces hommes veulent com­plè­te­ment réfor­mer l’institution sacrée de la péni­tence sacra­men­telle. Ils calom­nient inso­lem­ment l’Eglise et l’accusent faus­se­ment d’être dans l’erreur, et leur indé­cence doit être d’autant plus déplo­rée. Ils pré­tendent que l’Eglise, en obli­geant une confes­sion annuelle au mini­mum, en auto­ri­sant les indul­gences en tant que condi­tion sup­plé­men­taire pour le sacre­ment de confes­sion, et en per­met­tant l’Eucharistie pri­vée et les tra­vaux jour­na­liers de pié­té, a affai­bli cette tra­di­tion salu­taire et per­du de son pou­voir et de son effi­ca­ci­té. L’Eglise est la colonne et le fon­de­ment de la véri­té – et l’intégralité de cette véri­té est ensei­gnée par l’Esprit Saint. L’Eglise peut-​elle ordon­ner, géné­rer ou auto­ri­ser ces choses qui ont pour consé­quence la des­truc­tion des âmes et la dis­grâce au détri­ment des sacre­ments ins­ti­tués par le Christ ? Ces par­ti­sans d’idées nou­velles qui sont prompts à pro­mou­voir la vraie pié­té chez les fidèles doivent consi­dé­rer qu’une dimi­nu­tion dans la fré­quence des sacre­ments ou leur entière éli­mi­na­tion fait len­te­ment dépé­rir la reli­gion puis fina­le­ment la fait mourir.

Vénérables frères, il serait trop long de pour­chas­ser les nom­breuses idées erro­nées des réfor­ma­teurs concer­nant le fait d’offrir des messes à des inten­tions par­ti­cu­lières, au sujet duquel ils concluent qu’il faut l’abolir. Ils contestent la pra­tique d’offrir plu­sieurs messes pour le même défunt, ce qu’ils inter­prètent comme étant contraire à l’enseignement de l’Eglise sur la valeur infi­nie du même sacri­fice de la nou­velle loi. Nous ne vou­drons pas non plus dis­cu­ter de leurs erreurs concer­nant le nou­veau rituel écrit en lan­gage ver­na­cu­laire, qu’ils veulent voir plus adap­té aux signes de notre temps. Nous pas­se­rons aus­si sur leurs idées des socié­tés sacrées, des prières publiques et des saints pèle­ri­nages qu’ils désap­prouvent de diverses façons. Ceci doit être suf­fi­sant pour mon­trer que ces idées ne pro­viennent pas d’une autre source cor­rom­pue ni d’aucuns autres prin­cipes que ceux qui ont déjà été solen­nel­le­ment condam­nés par l’Eglise dans la consti­tu­tion Auctorem fidei citée plu­sieurs fois, spé­cia­le­ment dans les pro­po­si­tions 30, 33, 66 et 78.

Vénérables frères, nous sui­vons un peu plus lar­ge­ment les exemples de Nos pré­dé­ces­seurs en des situa­tions simi­laires, tel que le devoir apos­to­lique semble le deman­der. Nous nous sommes réso­lu à dis­cu­ter de ces choses pour qu’ainsi, en met­tant en évi­dence les erreurs de ces hommes, on sache où les malé­fiques pas­sions d’introduire des nou­veau­tés dans l’Eglise peuvent mener. Comme pour le reste, il est suf­fi­sant de sug­gé­rer que l’amertume des temps dans lequel le Catholicisme se retrouve actuel­le­ment Nous accable avec beau­coup de dou­leur. Nous pleu­rons la pure Epouse de l’Agneau Immaculé, Jésus-​Christ, car elle est tour­men­tée par les attaques d’ennemis inté­rieurs et exté­rieurs, ain­si que par les fléaux qui l’accablent et la réduisent dans cette infâme cap­ti­vi­té. Nous déplo­rons de beau­coup de larmes ce qui est fait par des enfants qui s’écartent scan­da­leu­se­ment d’une mère aimante et pro­fé­rant des men­songes à son encontre.

Que nos esprits ne défaillent pas ! Que nous n’étouffions pas Notre voix Apostolique dans un si sérieux cas de néces­si­té Catholique ! Que nous ne lais­sions pas le trou­peau du Seigneur se faire piller et l’agneau du Christ se faire dévo­rer par toutes les bêtes des champs tan­dis que nous met­tons de côté la force, le juge­ment et la ver­tu de l’esprit du Seigneur, tels des chiens muets inca­pables d’aboyer. C’est pour­quoi il faut que vous sachiez, véné­rables frères, que nous sommes prêts à endu­rer tout ce qui nous menace. Nous n’arrêterons pas tant que l’Eglise Catholique n’aura pas été res­tau­rée à sa liber­té ori­gi­nelle, qui appar­tient tota­le­ment à sa consti­tu­tion divine, et tant que la bouche des calom­nia­teurs n’aura pas été fer­mée. Nous ne pou­vons rien faire de plus que sus­ci­ter votre constance et votre mérite et vous exhor­ter for­te­ment à défendre la cause de l’Esprit de Dieu et de l’Eglise. Vous par­ta­gez, en quelques sortes, les pro­blèmes dont la plé­ni­tude Nous a été don­née. Il en va de votre devoir de pro­té­ger le dépôt de la foi et la doc­trine sacrée. Il en va de votre devoir de conduire toute réforme pro­fane hors de l’Eglise et de vous effor­cer de com­battre de tout votre cœur ceux qui portent atteinte aux droits de ce Saint Siège. Par consé­quent, tirez l’épée de l’esprit, qui est le verbe de Dieu. Prêchez comme l’apôtre Paul vous impres­sionne en la per­sonne de son dis­ciple Timothée. Restez ferme dans les temps pro­pices comme dans les temps dif­fi­ciles. Dénoncez, exhor­tez, répri­man­dez avec patience et ensei­gne­ment. Rien ne doit vous dis­sua­der de vous lan­cer dans tous les conflits pour la gloire de Dieu, la pro­tec­tion de l’Eglise et le salut des âmes qui vous ont été confiées. Méditez com­ment Lui a endu­ré une simi­laire oppo­si­tion de la part des pêcheurs. Si vous crai­gnez la har­diesse des méchants, rappelez-​vous que le juge­ment est arrê­té concer­nant la force de l’épiscopat et le pou­voir divin qui gou­verne l’Eglise. Donc il ne vous reste plus qu’à vous remé­mo­rer le sérieux devoir de votre charge et le juge­ment dif­fi­cile qui pèse sur cha­cun par son auto­ri­té. Les gar­diens de la mai­son d’Israël devraient spé­cia­le­ment médi­ter un moment aux pieds du Seigneur. Nous avons donc confiance que vous serez for­ti­fié d’un zèle pour aider la reli­gion Catholique et pour la pro­té­ger des pièges impies de ses enne­mis. Dans ce zèle vous pour­riez même obte­nir des plus grands résul­tats que ceux que Nous évo­quions. Entièrement déter­mi­né et revi­go­ré dans cette foi, Nous confé­rons ten­dre­ment la béné­dic­tion apos­to­lique à vous et au peuple qui vous est confié à votre foi, en temps que signe pour toute bonne chose.

Donné à Rome, à St. Marie Majeure, sous l’anneau du pois­son­nier, le 4 Octobre 1833 dans la 3e année de Notre Pontificat

fraternité sainte pie X
25 juin 1834
Condamnation de l'indifférentisme et du libéralisme de Lamennais et de son livre "Paroles d'un croyant"
  • Grégoire XVI