Boniface VIII

Bulle pontificale Unam Sanctam

18 novembre 1302

Sur la supériorité du spirituel sur le temporel

Table des matières

Le 18 novembre 1302
Boniface, Évêque, évêque, ser­vi­teur des ser­vi­teurs de Dieu, pour Mémoire à la Postérité. 

Français

La foi nous oblige ins­tam­ment à croire et à tenir une seule sainte Eglise catho­lique et en même temps apos­to­lique, et nous la croyons fer­me­ment et la confes­sons sim­ple­ment, elle hors de laquelle il n’y a ni salut, ni rémis­sion des péchés, comme l’Époux le pro­clame dans le can­tique : « ma colombe est unique, elle est par­faite. Elle est la mère qui a été choi­sie pour être sa géni­trice. » Elle repré­sente l’u­nique corps mys­tique corps dont le Christ est la tête, Dieu cepen­dant étant celle du Christ. En elle il y a « un seul Seigneur, une seule foi, et un seul bap­tême » [1]. Unique en effet fut l’arche de Noé au temps du déluge, qui pré­fi­gu­rait l’u­nique Eglise ; ache­vée à une cou­dée, elle avait un seul pilote et chef, à savoir Noé, et hors d’elle, nous l’a­vons lu, tout ce qui sub­sis­tait sur terre fut détruit.

Nous la véné­rons éga­le­ment comme l’u­nique, car le Seigneur dit dans le pro­phète : « Dieu, délivre mon âme de l’é­pée, et des pattes du chien mon unique » [2]. Car il a prié à la fois pour l’âme, c’est-​à-​dire pour lui-​même, la tête, et pour le corps, puisque le corps il l’a appe­lé l’u­nique, c’est-​à-​dire l’Eglise, à cause de l’u­ni­té de l’é­poux, de la foi, des sacre­ments, et de la cha­ri­té de l’Eglise. Elle est cette « tunique sans cou­ture » [3] du Seigneur qui n’a pas été déchi­rée, mais tirée au sort.

C’est pour­quoi cette Eglise une et unique n’a qu’un seul corps, une seule tête, non pas deux têtes comme pour un monstre, à savoir le Christ et le vicaire du Christ, Pierre, et le suc­ces­seur de Pierre, car le Seigneur dit à Pierre lui- même : « Pais mes bre­bis » [4]. Il dit « mes » en géné­ral, et non telle ou telle en par­ti­cu­lier, d’où l’on com­prend que toutes lui ont été confiées. Si donc les Grecs ou d’autres disent qu’ils n’ont pas été confiés à Pierre et à ses suc­ces­seurs, il leur faut recon­naître qu’ils ne font pas par­tie des bre­bis du Christ, car le Seigneur dit lui-​même en Jean : « il y a un seul ber­cail, un seul et unique pas­teur » [5].

Le pouvoir spirituel de l’Eglise

Les paroles de l’Évangile nous l’en­seignent : en elle et en son pou­voir il y a deux glaives, le spi­ri­tuel et le tem­po­rel […] [6] … Les deux sont donc au pou­voir de l’Eglise, le glaive spi­ri­tuel et le glaive maté­riel. Cependant l’un doit être manié pour l’Eglise, l’autre par l’Eglise. L’autre par la main du prêtre, l’un par la main du roi et du sol­dat, mais au consen­te­ment et au gré du prêtre.

Or il convient que le glaive soit sous le glaive, et que l’au­to­ri­té tem­po­relle soit sou­mise au pou­voir spirituel…Que le pou­voir spi­ri­tuel doive l’emporter en digni­té et en noblesse sur toute espèce de pou­voir ter­restre, il nous faut le recon­naître d’au­tant plus net­te­ment que les réa­li­tés spi­ri­tuelles ont le pas sur les tem­po­relles… Comme la Vérité l’at­teste : il appar­tient au pou­voir spi­ri­tuel d’é­ta­blir le pou­voir ter­restre, et de le juger s’il n’a pas été bon…

Si donc le pou­voir ter­restre dévie, il sera jugé par le pou­voir spi­ri­tuel ; et si un pou­voir spi­ri­tuel infé­rieur dévie, il le sera par celui qui lui est supé­rieur ; mais si le pou­voir suprême dévie, c’est par Dieu seul et non par l’homme qu’il pour­ra être jugé, comme l’at­teste l’Apôtre : « L’homme spi­ri­tuel juge de tout, et n’est lui-​même jugé par per­sonne » [7]. Cette auto­ri­té cepen­dant, bien que don­née à un homme et exer­cée par un homme, n’est pas un pou­voir humain, mais bien plu­tôt divin. Donné à Pierre de la bouche de Dieu, confir­mé pour lui et ses suc­ces­seurs dans le Christ lui- même qu’il a confes­sé, lui, le roc, lorsque le Seigneur dit à Pierre lui-​même : « Tout ce que tu lie­ras », etc. [8]. Quiconque par consé­quent résiste à ce pou­voir ordon­né par Dieu, « résiste à ce que Dieu a ordon­né » [9], à moins qu’il n’i­ma­gine, comme Manès, deux prin­cipes, ce que nous jugeons faux et héré­tique, car au témoi­gnage de Moïse ce n’est pas dans les prin­cipes, mais « dans le prin­cipe (que) Dieu a créé le ciel et la terre » [10].

En consé­quence nous décla­rons, disons et défi­nis­sons qu’il est abso­lu­ment néces­saire au salut, pour toute créa­ture humaine, d’être sou­mise au pon­tife romain.

Latin

Bonifatius, Episcopus, Servus ser­vo­rum Dei. Ad futu­ram rei memoriam.

Unam sanc­tam eccle­siam catho­li­cam et ipsam apos­to­li­cam urgente fide cre­dere cogi­mur et tenere, nosque hanc fir­mi­ter cre­di­mus et sim­pli­ci­ter confi­te­mur, extra quam nec salus est, nec remis­sio pec­ca­to­rum, spon­so in Canticis pro­cla­mante : Una est colum­ba mea, per­fec­ta mea. Una est matris suae elec­ta gene­tri­ci suae [Cant. 6:9]. Quae unum cor­pus mys­ti­cum reprae­sen­tat, cujus caput Christus, Christi vero Deus. In qua unus Dominus, una fides, unum bap­tis­ma. Una nempe fuit dilu­vii tem­pore arca Noë, unam eccle­siam prae­fi­gu­rans, quae in uno cubi­to consum­ma­ta unum, Noë vide­li­cet, guber­na­to­rem habuit et rec­to­rem, extra quam omnia sub­sis­ten­tia super ter­ram legi­mus fuisse deleta.

Hanc autem vene­ra­mur et uni­cam, dicente Domino in Propheta : Erue a fra­mea, Deus, ani­mam meam et de manu canis uni­cam meam. [Psalm. 22:20.] Pro ani­ma enim, id est, pro se ipso, capite simul ora­vit et cor­pore. Quod cor­pus uni­cam sci­li­cet eccle­siam nomi­na­vit, prop­ter spon­si, fidei, sacra­men­to­rum et cari­ta­tis eccle­siae uni­ta­tem. Haec est tuni­ca illa Domini incon­su­ti­lis, quae scis­sa non fuit, sed sorte pro­ve­nit. [Joann. 19.]

Igitur eccle­siae unius et uni­cae unum cor­pus, unum caput, non duo capi­ta, qua­si mons­trum, Christus vide­li­cet et Christi vica­rius, Petrus, Petrique suc­ces­sor, dicente Domino ipsi Petro : Pasce oves meas. [Joann. 21:17.] Meas, inquit, gene­ra­li­ter, non sin­gu­la­ri­ter has vel illas : per quod com­mi­sisse sibi intel­li­gi­tur uni­ver­sas. Sive ergo Graeci sive alii se dicant Petro ejusque suc­ces­so­ri­bus non esse com­mis­sos : fatean­tur necesse est, se de ovi­bus Christi non esse, dicente Domino in Joanne, unum ovile et uni­cum esse pas­to­rem. [Joann. 10:16.]

In hac ejusque potes­tate duos esse gla­dios, spi­ri­tua­lem vide­li­cet et tem­po­ra­lem, evan­ge­li­cis dic­tis ins­trui­mur. Nam dicen­ti­bus Apostolis : Ecce gla­dii duo hic [Luc. 22:38], in eccle­sia sci­li­cet, cum apos­to­li loque­ren­tur, non respon­dit Dominus, nimis esse, sed satis. Certe qui in potes­tate Petri tem­po­ra­lem gla­dium esse negat, male ver­bum atten­dit Domini pro­fe­ren­tis : Converte gla­dium tuum in vagi­nam. [Matth. 26:52.] Uterque ergo est in potes­tate eccle­siae, spi­ri­tua­lis sci­li­cet gla­dius et mate­ria­lis. Sed is qui­dem pro eccle­sia, ille vero ab eccle­sia exer­cen­dus, ille sacer­do­tis, is manu regum et mili­tum, sed ad nutum et patien­tiam sacerdotis.

Oportet autem gla­dium esse sub gla­dio, et tem­po­ra­lem auc­to­ri­ta­tem spi­ri­tua­li sub­ji­ci potes­ta­ti. Nam cum dicat Apostolus : Non est potes­tas nisi a Deo ; quae autem sunt, a Deo ordi­na­ta sunt [Rom. 13:1], non autem ordi­na­ta essent, nisi gla­dius esset sub gla­dio, et tan­quam infe­rior redu­ce­re­tur per alium in supre­ma. Nam secun­dum B. Dionysium lex divi­ni­ta­tis est, infi­ma per media in supre­ma redu­ci .… Sic de eccle­sia et eccle­sias­ti­ca potes­tate veri­fi­ca­tur vati­ci­nium Hieremiae [Hier. 1:10]: Ecce consti­tui te hodie super gentes et regna et cete­ra, quae sequuntur.

Ergo, si deviat ter­re­na potes­tas, judi­ca­bi­tur a potes­tate spi­ri­tua­li ; sed, si deviat spi­ri­tua­lis minor, a suo super­io­ri si vero supre­ma, a solo Deo, non ab homine pote­rit judi­ca­ri, tes­tante Apostolo : Spiritualis homo judi­cat omnia, ipse autem a nemine judi­ca­tur. [1 Cor. 2:16.] Est autem haec auc­to­ri­tas, etsi data sit homi­ni, et exer­cea­tur per homi­nem, non huma­na, sed potius divi­na potes­tas, ore divi­no Petro data, sibique suisque suc­ces­so­ri­bus in ipso Christo, quem confes­sus fuit, petra fir­ma­ta, dicente Domino ipsi Petro : Quodcunque liga­ve­ris, etc. [Matth. 16:19.] Quicunque igi­tur huic potes­ta­ti a Deo sic ordi­na­tae resis­tit, Dei ordi­na­tio­ni resis­tit, nisi duo, sicut Manichaeus, fin­gat esse prin­ci­pia, quod fal­sum et hae­re­ti­cum judi­ca­mus, quia, tes­tante Moyse, non in prin­ci­piis, sed in prin­ci­pio coe­lum Deus crea­vit et ter­ram. [Gen. 1:1.]

Porro subesse Romano Pontifici omni huma­nae crea­tu­rae decla­ra­mus, dici­mus, defi­ni­mus et pro­nun­cia­mus omni­no esse de neces­si­tate salutis.

Notes de bas de page

  1. Ep 4,5[]
  2. Ps 22,2[]
  3. Jn 19,23[]
  4. Jn 21,17[]
  5. Jn 10,16[]
  6. Lc 22,38 et Mt 26,52[]
  7. 1Co 2,15[]
  8. Mt 16,19[]
  9. Rm 13,2[]
  10. Gn 1,1[]
fraternité sainte pie X
7 mars 1874
Sur les persécutions dont était victime l'Église de l'Empire d'Autriche-Hongrie et la liberté dont l'Eglise doit jouir à l'égard du pouvoir civil
  • Pie IX