Concile Vatican II, 4e session

7 décembre 1965

Décret Ad Gentes

Sur l'activité missionnaire de l'Eglise

Table des matières

Rome, à Saint-​Pierre, le 7 décembre 1965

Paul, évêque,
Serviteur des ser­vi­teurs de Dieu,

Avec les Pères du Saint Concile,
Pour que le sou­ve­nir s’en main­tienne à jamais.

1. Préambule

Envoyée par Dieu aux nations pour être « le sacre­ment uni­ver­sel du salut [1] », l’Église, en ver­tu des exi­gences intimes de sa propre catho­li­ci­té et obéis­sant au com­man­de­ment de son fon­da­teur (cf. Mc 16, 16), est ten­due de tout son effort vers la pré­di­ca­tion de l’Évangile à tous les hommes. Les Apôtres eux-​mêmes, en effet, sur les­quels l’Église a été fon­dée ont sui­vi les traces du Christ, « ont prê­ché la parole de véri­té et engen­dré des Églises [2] ». Le devoir de leurs suc­ces­seurs est de per­pé­tuer cette œuvre, afin que, « la Parole de Dieu soit divul­guée et glo­ri­fiée » (2 Th 3, 1), le Royaume de Dieu annon­cé et ins­tau­ré dans le monde entier.

Mais dans l’ordre actuel des choses, dont découlent de nou­velles condi­tions pour l’humanité, l’Église, sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt 5, 13–14), est appe­lée de façon plus pres­sante à sau­ver et à réno­ver toute créa­ture, afin que tout soit res­tau­ré dans le Christ, et qu’en lui les hommes consti­tuent une seule famille et un seul Peuple de Dieu.

Aussi le saint Concile, tout en ren­dant grâce à Dieu pour les œuvres magni­fiques accom­plies par le zèle géné­reux de l’Église tout entière, désire-​t-​il esquis­ser les prin­cipes de l’activité mis­sion­naire et ras­sem­bler les forces de tous les fidèles pour que le Peuple de Dieu, s’avançant sur la voie étroite de la croix, étende par­tout le règne du Christ Seigneur qui embrasse les siècles de son regard (cf. Si 36, 19), et qu’il pré­pare les voies à son avènement.

Ch. I. Principes doctrinaux

2. Le des­sein du Père

Par nature, l’Église, durant son pèle­ri­nage sur terre, est mis­sion­naire, puisqu’elle-même tire son ori­gine de la mis­sion du Fils et de la mis­sion du Saint-​Esprit, selon le des­sein de Dieu le Père [3].

Ce des­sein découle de « l’amour dans sa source », autre­ment dit de la cha­ri­té de Dieu le Père qui, étant le prin­cipe sans prin­cipe, de qui le Fils est engen­dré, de qui le Saint- Esprit pro­cède par le Fils, nous a créés libre­ment dans sa sur­abon­dante bon­té et misé­ri­corde, et nous a de plus appe­lés gra­cieu­se­ment à par­ta­ger avec lui sa vie et sa gloire ; qui a répan­du sur nous sans comp­ter sa misé­ri­corde et ne cesse de la répandre, en sorte que lui, qui est le créa­teur de toutes choses, devienne enfin « tout en tous » (1 Co 15, 28) en pro­cu­rant à la fois sa gloire et notre bon­heur. Il a plu à Dieu d’appeler les hommes à par­ti­ci­per à sa vie, non pas seule­ment de façon indi­vi­duelle sans aucun lien les uns avec les autres, mais de les consti­tuer en un peuple dans lequel ses enfants, qui étaient dis­per­sés, seraient ras­sem­blés dans l’unité (cf. Jn 11, 52).

3. La mis­sion du Fils

Ce des­sein uni­ver­sel de Dieu pour le salut du genre humain ne se réa­lise pas seule­ment d’une manière pour ain­si dire secrète dans l’âme des hommes, ou encore par des ini­tia­tives même reli­gieuses, grâce aux­quelles ils cherchent Dieu de bien des manières « pour l’atteindre si pos­sible et le trou­ver ; aus­si bien n’est-il pas loin de cha­cun de nous » (cf. Ac 17, 27) ; car ces ini­tia­tives ont besoin d’être éclai­rées et redres­sées, bien que, de par un des­sein bien­veillant de la Providence divine, on puisse par­fois les consi­dé­rer comme une orien­ta­tion vers le vrai Dieu ou une pré­pa­ra­tion à l’Évangile [4]. Pour affer­mir la paix, autre­ment dit la com­mu­nion avec lui, et pour éta­blir la fra­ter­ni­té entre les hommes, – les hommes qui sont pécheurs – il déci­da de s’engager dans l’histoire humaine d’une façon nou­velle et défi­ni­tive, en envoyant son Fils dans notre chair, afin d’arracher par lui les hommes à l’empire des ténèbres et de Satan (cf. Col 1, 13 ; Ac 10, 38), et de se récon­ci­lier en lui le monde (cf. 2 Co 5, 19). Son Fils, par qui aus­si il a fait les siècles [5], il l’a éta­bli héri­tier de toutes choses, afin de tout res­tau­rer en lui (cf. Ep 1, 10).

Car le Christ Jésus a été envoyé dans le monde comme le véri­table média­teur entre Dieu et les hommes. Puisqu’il est Dieu, « toute la plé­ni­tude de la divi­ni­té habite en lui cor­po­rel­le­ment » (Col 2, 9) ; dans sa nature humaine, il est le nou­vel Adam, il est consti­tué Tête de l’humanité renou­ve­lée, il est rem­pli de grâce et de véri­té (Jn 1, 14). Aussi par les voies d’une incar­na­tion véri­table, le Fils de Dieu est-​il venu pour faire par­ti­ci­per les hommes à la nature divine ; il s’est fait pauvre alors qu’il était riche afin de nous enri­chir par sa pau­vre­té (2 Co 8, 9). Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être ser­vi, mais pour ser­vir lui-​même et don­ner sa vie en ran­çon pour beau­coup, c’est-à-dire pour tous (cf. Mc 10, 45). Les saints Pères pro­clament sans cesse que n’est pas gué­ri ce qui n’a pas été assu­mé par le Christ [6]. Mais il a assu­mé la nature humaine dans toute sa réa­li­té, telle qu’on la trouve chez nous, mal­heu­reux et pauvres, mais elle est chez lui sans péché (cf. He 4, 15 ; 9, 28). Parlant de lui-​même, le Christ, que le Père a consa­cré et envoyé dans le monde (cf. Jn 10, 36), a dit ces paroles : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consa­cré par son onc­tion ; il m’a envoyé por­ter la bonne nou­velle aux pauvres, annon­cer aux cap­tifs la déli­vrance et aux aveugles le retour à la vue » (Lc 4, 18) ; et encore : « Le Fils de l’Homme est venu cher­cher et sau­ver ce qui était per­du » (Lc 19, 10).

Ce qui a été une fois pro­cla­mé par le Seigneur ou accom­pli en lui pour le salut du genre humain doit être pro­cla­mé et répan­du jusqu’aux extré­mi­tés de la terre (Ac 1, 8), en com­men­çant par Jérusalem (cf. Lc 24, 47), de sorte que ce qui a été accom­pli une fois pour toutes en vue du salut de tous, pro­duise ses effets chez tous au cours des âges.

4. La mis­sion du Saint-Esprit

Mais pour obte­nir plei­ne­ment le résul­tat, le Christ a envoyé d’auprès du Père le Saint Esprit, qui accom­pli­rait son œuvre de salut à l’intérieur des âmes et pous­se­rait l’Église à s’étendre. Sans l’ombre d’un doute le Saint-​Esprit était déjà à l’œuvre avant la glo­ri­fi­ca­tion du Christ [7]. Pourtant, le jour de la Pentecôte, il des­cen­dit sur les dis­ciples pour demeu­rer avec eux à jamais (cf. Jn 14, 16) ; l’Église se mani­fes­ta publi­que­ment devant la mul­ti­tude, la dif­fu­sion de l’Évangile par­mi les nations com­men­ça avec la pré­di­ca­tion ; enfin fut pré­fi­gu­rée l’union des peuples dans la catho­li­ci­té de la foi, par l’Église de la Nouvelle Alliance, qui parle toutes les langues, com­prend et embrasse dans sa cha­ri­té toutes les langues, et triomphe ain­si de la dis­per­sion de Babel [8]. Car c’est à la Pentecôte que com­men­cèrent « les Actes des Apôtres », tout comme c’est lorsque le Saint-​Esprit vint sur la Vierge Marie que le Christ fut conçu, et lorsque le même Esprit Saint des­cen­dit sur le Christ pen­dant sa prière que le Christ fut pous­sé à com­men­cer son minis­tère [9]. Le Christ Jésus lui-​même, avant de don­ner libre­ment sa vie pour le monde, a de telle sorte orga­ni­sé le minis­tère apos­to­lique et pro­mis d’envoyer le Saint-​Esprit, que ce minis­tère et cette mis­sion sont tous deux asso­ciés pour mener à bien, tou­jours et par­tout, l’œuvre du salut [10]. À tra­vers toutes les époques, c’est le Saint-​Esprit qui « uni­fie l’Église tout entière dans la com­mu­nion et le minis­tère, qui la munit des divers dons hié­rar­chiques et cha­ris­ma­tiques [11] », vivi­fiant à la façon d’une âme [12] les ins­ti­tu­tions ecclé­sias­tiques et insuf­flant dans le cœur des fidèles le même esprit mis­sion­naire, qui avait pous­sé le Christ lui-​même. Parfois même il devance visi­ble­ment l’action apos­to­lique [13], tout comme il ne cesse de l’accompagner et de la diri­ger de diverses manières [14].

5. L’Église envoyée par le Christ

Dès le début de son minis­tère, le Seigneur Jésus « appe­la à lui ceux qu’il vou­lut, et en ins­ti­tua douze pour être ses com­pa­gnons et pour les envoyer prê­cher » (Mc 3, 13 ; cf. Mt 10, 1–42). Les Apôtres furent ain­si les germes du Nouvel Israël et en même temps l’origine de la hié­rar­chie sacrée. Puis, une fois qu’il eut par sa mort et sa résur­rec­tion accom­pli en lui-​même les mys­tères de notre salut et de la réno­va­tion de toutes choses, le Seigneur, qui avait reçu tout pou­voir au ciel et sur la terre (cf. Mt 28, 18), fon­da son Église comme sacre­ment du salut, avant d’être enle­vé au ciel (cf. Ac 1, 11) ; tout comme il avait été lui-​même envoyé par le Père (cf. Jn 20, 21), il envoya ses Apôtres dans le monde entier en leur don­nant cet ordre : « Allez donc, de toutes les nations faites des dis­ciples, les bap­ti­sant au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, et leur appre­nant à obser­ver tout ce que je vous ai pres­crit » (Mt 28, 19 s.) ; « Allez par le monde entier pro­cla­mer la bonne nou­velle à toute la créa­tion. Celui qui croi­ra et sera bap­ti­sé sera sau­vé, celui qui ne croi­ra pas sera condam­né » (Mc 16, 15 s.). C’est de là que découle pour l’Église le devoir de pro­pa­ger la foi et le salut appor­tés par le Christ, d’une part en ver­tu du man­dat exprès qu’a héri­té des Apôtres l’ordre des évêques, assis­té par les prêtres en union avec le suc­ces­seur de Pierre, pas­teur suprême de l’Église, et d’autre part en ver­tu de l’influx vital que le Christ com­mu­nique à ses membres : le Christ « dont le Corps tout entier reçoit concorde et cohé­sion, par toutes sortes de join­tures qui le nour­rissent et l’actionnent selon le rôle de chaque par­tie, opé­rant ain­si sa crois­sance et se construi­sant lui-​même dans la cha­ri­té » (Ep 4, 16). La mis­sion de l’Église s’accomplit donc par l’opération au moyen de laquelle, obéis­sant à l’ordre du Christ et mue par la grâce de l’Esprit Saint et la cha­ri­té, elle devient effec­ti­ve­ment pré­sente à tous les hommes et à tous les peuples, pour les ame­ner par l’exemple de sa vie, par la pré­di­ca­tion, par les sacre­ments et les autres moyens de grâce, à la foi, à la liber­té, à la paix du Christ, de telle sorte qu’elle leur soit ouverte comme la voie libre et sûre pour par­ti­ci­per plei­ne­ment au mys­tère du Christ.

Cette mis­sion conti­nue et déploie au cours de l’histoire la mis­sion du Christ lui-​même, qui fut envoyé pour annon­cer aux pauvres la bonne nou­velle ; c’est donc par la même voie qu’a sui­vie le Christ lui-​même que, sous la pous­sée de l’Esprit du Christ, l’Église doit mar­cher, c’est-à-dire par la voie de la pau­vre­té, de l’obéissance, du ser­vice et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sor­ti vic­to­rieux par sa résur­rec­tion. Car c’est ain­si dans l’espérance qu’ont mar­ché tous les apôtres, qui ont ache­vé par leurs mul­tiples tri­bu­la­tions et souf­frances ce qui manque à la pas­sion du Christ au pro­fit de son Corps, l’Église (cf. Col 1, 24) ; sou­vent aus­si le sang des chré­tiens fut une semence [15].

6. L’activité missionnaire

Cette tâche, c’est par l’ordre des évêques, à la tête duquel se trouve le suc­ces­seur de Pierre, qu’elle doit être accom­plie, avec la prière et la col­la­bo­ra­tion de toute l’Église ; elle est unique et la même, par­tout, en toute situa­tion, bien qu’elle ne soit pas menée de la même manière du fait des cir­cons­tances. Par consé­quent, les dif­fé­rences qu’il faut recon­naître dans cette acti­vi­té de l’Église ne découlent pas de la nature intime de la mis­sion mais des condi­tions dans les­quelles elle est accom­plie. Ces condi­tions dépendent soit de l’Église, soit même des peuples, des groupes humains ou des hommes à qui s’adresse la mis­sion. Car l’Église, bien que de soi elle pos­sède la tota­li­té ou la plé­ni­tude des moyens de salut, n’agit pas ni ne peut agir tou­jours et immé­dia­te­ment selon tous ses moyens ; elle connaît des com­men­ce­ments et des degrés dans l’action par laquelle elle s’efforce de conduire à sa réa­li­sa­tion le des­sein de Dieu ; bien plus, elle est par­fois contrainte, après des débuts heu­reux, de déplo­rer de nou­veau un recul, ou tout au moins de demeu­rer dans un état d’incomplétude et d’insuffisance. En ce qui concerne les hommes, les groupes humains et les peuples, elle ne les atteint et ne les pénètre que pro­gres­si­ve­ment, et les assume ain­si dans la plé­ni­tude catho­lique. Les actes propres, les moyens adap­tés doivent s’accorder avec chaque condi­tion ou état.

Les ini­tia­tives par­ti­cu­lières par les­quelles les pré­di­ca­teurs de l’Évangile envoyés par l’Église et allant dans le monde entier s’acquittent de la tâche d’annoncer l’Évangile et d’implanter l’Église par­mi les peuples ou les groupes humains qui ne croient pas encore au Christ, sont com­mu­né­ment appe­lées « mis­sions » ; elles s’accomplissent par l’activité mis­sion­naire et sont menées d’ordinaire dans des ter­ri­toires déter­mi­nés recon­nus par le Saint-​Siège. La fin propre de cette acti­vi­té mis­sion­naire est l’évangélisation et la plan­ta­tion de l’Église dans les peuples ou les groupes humains dans les­quels elle n’a pas encore été enra­ci­née [16]. Il faut que, nées de la Parole de Dieu, des Églises autoch­tones par­ti­cu­lières, suf­fi­sam­ment éta­blies, croissent par­tout dans le monde, jouissent de leurs res­sources propres et d’une cer­taine matu­ri­té ; il faut que, pour­vues de leur hié­rar­chie propre unie à un peuple fidèle et des moyens accor­dés à leur génie, néces­saires pour mener une vie plei­ne­ment chré­tienne, elles contri­buent au bien de toute l’Église. Mais le moyen prin­ci­pal de cette implan­ta­tion, est la pro­cla­ma­tion de l’Évangile de Jésus Christ ; c’est pour annon­cer l’Évangile que le Seigneur a envoyé ses dis­ciples dans le monde entier, afin que les hommes, ayant acquis une nou­velle nais­sance par la Parole de Dieu (cf. 1 P 1, 23), soient agré­gés par le bap­tême à l’Église qui, en tant que Corps du Verbe incar­né, est nour­rie et vit de la Parole de Dieu et du pain eucha­ris­tique (cf. Ac 2, 42).

Pour cette acti­vi­té mis­sion­naire de l’Église, diverses situa­tions se pré­sentent par­fois mêlées les unes aux autres : situa­tion d’abord de début ou de plan­ta­tion, puis de nou­veau­té ou de jeu­nesse. Quand tout cela est accom­pli, l’action mis­sion­naire de l’Église ne cesse pas pour autant : le devoir incombe aux Églises par­ti­cu­lières déjà for­mées de la conti­nuer et de prê­cher l’Évangile à tous ceux qui sont encore au-dehors.

En outre, il n’est pas rare que les groupes humains au sein des­quels l’Église existe, ne soient com­plè­te­ment trans­for­més pour des rai­sons diverses ; des situa­tions nou­velles peuvent en résul­ter. L’Église doit alors exa­mi­ner si ces situa­tions exigent de nou­veau une acti­vi­té mis­sion­naire. De plus les cir­cons­tances sont par­fois telles que manque pour un temps la pos­si­bi­li­té de pro­po­ser direc­te­ment et immé­dia­te­ment le mes­sage évan­gé­lique ; c’est alors que les mis­sion­naires peuvent et doivent don­ner avec patience et pru­dence, avec une grande confiance en même temps, au moins le témoi­gnage de la cha­ri­té et de la bien­fai­sance du Christ, pré­pa­rer ain­si les voies au Seigneur et le rendre pré­sent d’une cer­taine manière.

Ainsi il est clair que l’activité mis­sion­naire découle pro­fon­dé­ment de la nature même de l’Église ; elle en pro­page la foi qui sauve, elle en réa­lise l’unité catho­lique en la répan­dant, elle reçoit sa force de son apos­to­li­ci­té, elle met en œuvre le sens col­lé­gial de sa hié­rar­chie, elle en atteste, répand et déve­loppe la sain­te­té. Ainsi l’activité mis­sion­naire par­mi les nations dif­fère tant de l’activité pas­to­rale à déployer à l’égard des fidèles que des ini­tia­tives à prendre pour réta­blir l’unité des chré­tiens. Cependant ces deux domaines sont très étroi­te­ment liés à l’activité mis­sion­naire de l’Église [17] : la divi­sion des chré­tiens, en effet, nuit [18] à la cause très sacrée de l’annonce de l’Évangile à toute créa­ture, et pour beau­coup elle ferme l’accès à la foi. Ainsi de par la néces­si­té de la mis­sion, tous les bap­ti­sés sont appe­lés à s’assembler en un seul trou­peau, afin de pou­voir ain­si de façon una­nime rendre témoi­gnage du Christ leur Seigneur devant les nations. S’ils sont encore inca­pables de don­ner le témoi­gnage d’une foi unique, il faut au moins qu’ils soient ani­més par une estime et une cha­ri­té réciproques.

7. Raison et néces­si­té de l’activité missionnaire

La rai­son de cette acti­vi­té mis­sion­naire découle de la volon­té de Dieu, qui « veut que tous les hommes soient sau­vés et par­viennent à la connais­sance de la véri­té. Car il n’y a qu’un seul Dieu, et un seul média­teur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus Christ, qui s’est livré en ran­çon pour tous » (1 Tm 2, 4–5) ; « et il n’existe de salut en aucun autre » (Ac 4, 12). Il faut donc que tous se conver­tissent au Christ, connu par la pré­di­ca­tion de l’Église, et qu’ils soient eux aus­si incor­po­rés par le bap­tême à l’Église, qui est son Corps. Car le Christ lui-​même, « en ensei­gnant en termes for­mels la néces­si­té de la foi et du bap­tême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), a du même coup confir­mé la néces­si­té de l’Église dans laquelle les hommes entrent par le bap­tême comme par une porte. C’est pour­quoi les hommes ne peuvent être sau­vés qui, n’ignorant pas que l’Église a été fon­dée comme néces­saire par Dieu par l’intermédiaire de Jésus Christ, n’auront cepen­dant pas vou­lu y entrer ou y per­sé­vé­rer [19] ». Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui ame­ner à la foi sans laquelle il est impos­sible de plaire à Dieu (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, la néces­si­té incombe cepen­dant à l’Église (cf. 1 Co 9, 16) – et en même temps elle en a le droit sacré – d’évangéliser, et par consé­quent son acti­vi­té mis­sion­naire garde, aujourd’hui comme tou­jours, toute sa force et sa nécessité.

C’est par elle que le Corps mys­tique du Christ ras­semble et ordonne sans cesse ses forces en vue de son propre accrois­se­ment (cf. Ep 4, 11–16). C’est pour mener à bien cette acti­vi­té que les membres de l’Église sont pous­sés par la cha­ri­té, qui les fait aimer Dieu, et les fait dési­rer par­ta­ger avec tous les hommes les biens spi­ri­tuels de la vie future comme ceux de la vie présente.

Par cette acti­vi­té mis­sion­naire enfin, Dieu est plei­ne­ment glo­ri­fié, du moment que les hommes accueillent consciem­ment et plei­ne­ment son œuvre salu­taire qu’il a réa­li­sée dans le Christ. C’est ain­si que par elle se réa­lise le des­sein de Dieu, que le Christ a ser­vi par obéis­sance et par amour pour la gloire du Père qui l’a envoyé [20] : que le genre humain tout entier consti­tue un seul Peuple de Dieu, se ras­semble dans le corps unique du Christ, soit construit en un seul temple du Saint-​Esprit ; ce qui, en expri­mant la concorde fra­ter­nelle, répond au désir intime de tous les hommes. C’est ain­si qu’enfin s’accomplit vrai­ment le des­sein du Créateur for­mant l’homme à son image et à sa res­sem­blance, quand tous ceux qui par­ti­cipent à la nature humaine, une fois qu’ils auront été régé­né­rés dans le Christ par le Saint-​Esprit, reflé­te­ront ensemble la gloire de Dieu (cf. 2 Co 3, 18) et pour­ront dire : « Notre Père [21] ».

8. L’activité mis­sion­naire dans la vie et l’histoire humaine

L’activité mis­sion­naire pos­sède un lien intime avec la nature humaine elle-​même et ses aspi­ra­tions. Car en mani­fes­tant le Christ, l’Église révèle aux hommes par le fait même la véri­té authen­tique de leur condi­tion et de leur voca­tion inté­grale, le Christ étant le prin­cipe et le modèle de cette huma­ni­té réno­vée, péné­trée d’amour fra­ter­nel, de sin­cé­ri­té, d’esprit paci­fique, à laquelle tous aspirent. Le Christ, et l’Église qui rend témoi­gnage à son sujet par la pré­di­ca­tion évan­gé­lique, trans­cendent tout par­ti­cu­la­risme de race ou de nation, et par consé­quent ils ne peuvent jamais être consi­dé­rés, ni lui ni elle, comme étran­gers nulle part ni à l’égard de qui que ce soit [22]. Le Christ lui-​même est la véri­té et la voie dont la pré­di­ca­tion évan­gé­lique ouvre l’accès à tous, en por­tant aux oreilles de tous ces paroles du même Christ : « Faites péni­tence et croyez à l’évangile » (Mc 1, 15). Puisque celui qui ne croit pas est déjà jugé (cf. Jn 3, 18), les paroles du Christ sont des paroles à la fois de juge­ment et de grâce, de mort et de vie. Car c’est seule­ment en fai­sant mou­rir ce qui est vieux que nous pou­vons par­ve­nir à la nou­veau­té de vie : cela vaut d’abord des per­sonnes ; mais cela vaut aus­si des divers biens de ce monde, qui sont mar­qués en même temps par le péché de l’homme et la béné­dic­tion de Dieu : « Car tous ont péché et sont pri­vés de la gloire de Dieu » (Rm 3, 23). Personne n’est déli­vré du péché ni éle­vé au-​dessus de lui-​même par lui-​même et ou par ses propres efforts, per­sonne n’est entiè­re­ment libé­ré de sa fai­blesse ni de sa soli­tude ni de son escla­vage [23], mais tous ont besoin du Christ le modèle, le maître, le libé­ra­teur, le sau­veur, celui qui donne la vie. En toute véri­té, dans l’histoire humaine, même au point de vue tem­po­rel, l’Évangile a été un ferment de liber­té et de pro­grès, et il se pré­sente tou­jours comme un ferment de fra­ter­ni­té, d’unité et de paix. Ce n’est donc pas sans rai­son que le Christ est hono­ré par les fidèles comme « l’attente des nations et leur Sauveur [24].

9. Caractère escha­to­lo­gique de l’activité missionnaire

Aussi le temps de l’activité mis­sion­naire se situe-​t-​il entre le pre­mier avè­ne­ment du Seigneur et le second, lors duquel, des quatre vents, telle une mois­son, l’Église sera ras­sem­blée dans le Royaume de Dieu [25]. Car avant la venue du Seigneur, il faut que l’Évangile soit pro­cla­mé par­mi toutes les nations (cf. Mc 13, 10).

L’activité mis­sion­naire n’est rien d’autre et rien de moins que la mani­fes­ta­tion du des­sein de Dieu, son épi­pha­nie et sa réa­li­sa­tion dans le monde et son his­toire, dans laquelle Dieu conduit clai­re­ment à son terme, par la mis­sion, l’histoire du salut. Par la parole de la pré­di­ca­tion et par la célé­bra­tion des sacre­ments, dont la sainte Eucharistie est le centre et le som­met, elle rend pré­sent le Christ, auteur du salut. Tout ce qui se trou­vait déjà de véri­té et de grâce chez les nations comme par une secrète pré­sence de Dieu, elle le libère des influences mau­vaises et le rend au Christ son auteur, qui détruit l’empire du diable et arrête la malice infi­ni­ment diverse du crime. Aussi tout ce qu’on découvre de bon semé dans le cœur et l’esprit des hommes ou dans les rites par­ti­cu­liers et les cultures par­ti­cu­lières des peuples, non seule­ment ne périt pas, mais est puri­fié, éle­vé et por­té à son achè­ve­ment pour la gloire de Dieu, la confu­sion du démon et le bon­heur de l’homme [26]. Ainsi l’activité mis­sion­naire tend à la plé­ni­tude escha­to­lo­gique [27]: c’est par elle en effet que jusqu’à la mesure et à l’époque que le Père a fixées dans sa puis­sance (cf. Ac 1, 7), se déve­loppe le Peuple de Dieu, auquel s’adresse la parole pro­phé­tique : « Élargis l’espace de la tente, déploie les ten­tures sans contrainte » (Is 54, 2) [28]; c’est par elle que s’accroît le Corps mys­tique jusqu’à la mesure de l’âge de la plé­ni­tude du Christ (cf. Ep 4, 13), et que le temple spi­ri­tuel où Dieu est ado­ré en esprit et en véri­té (cf. Jn 4, 23), gran­dit et s’édifie sur le fon­de­ment des Apôtres et des pro­phètes, le Christ Jésus étant lui-​même la pierre d’angle (Ep 2, 20).

Ch. II. L’œuvre missionnaire elle-même

10. Introduction

L’Église, envoyée par le Christ pour mani­fes­ter et com­mu­ni­quer la cha­ri­té de Dieu à tous les hommes et à toutes les nations, a conscience qu’elle a à faire une œuvre mis­sion­naire énorme. Car deux mil­liards d’hommes, dont le nombre s’accroît de jour en jour, qui sont ras­sem­blés en des grou­pe­ments impor­tants et déter­mi­nés par les liens stables de la vie cultu­relle, par les antiques tra­di­tions reli­gieuses, par les liai­sons solides des rela­tions sociales, n’ont pas encore enten­du le mes­sage évan­gé­lique ou l’ont à peine enten­du ; les uns suivent l’une des grandes reli­gions, les autres demeurent étran­gers à la connais­sance de Dieu lui-​même, d’autres nient expres­sé­ment son exis­tence, par­fois même la com­battent. L’Église, afin de pou­voir pré­sen­ter à tous le mys­tère du salut et la vie appor­tée par Dieu, doit s’insérer dans tous ces groupes humains du même mou­ve­ment dont le Christ lui-​même, par son incar­na­tion, s’est lié aux condi­tions sociales et cultu­relles déter­mi­nées des hommes avec les­quels il a vécu.

Article 1. Le témoignage chrétien

11. Le témoi­gnage de la vie et le dialogue

Il faut que l’Église soit pré­sente dans ces groupes humains par ses enfants, qui y vivent ou sont envoyés vers eux. Car tous les fidèles, par­tout où ils vivent, sont tenus de mani­fes­ter, par l’exemple de leur vie et le témoi­gnage de leur parole, l’homme nou­veau qu’ils ont revê­tu par le bap­tême et la force du Saint-​Esprit qui les a for­ti­fiés par la confir­ma­tion, afin que les autres, consi­dé­rant leurs bonnes œuvres, glo­ri­fient le Père (cf. Mt 5, 16) et per­çoivent plus plei­ne­ment le sens authen­tique de la vie humaine et le lien uni­ver­sel de com­mu­nion entre les hommes.

Pour qu’ils puissent don­ner avec fruit ce témoi­gnage au Christ, ils doivent se joindre à ces hommes dans l’estime et la cha­ri­té, se recon­naître comme des membres du groupe humain dans lequel ils vivent, avoir part à la vie cultu­relle et sociale au moyen des diverses rela­tions et des diverses affaires humaines ; ils doivent être fami­liers avec leurs tra­di­tions natio­nales et reli­gieuses, décou­vrir avec joie et res­pect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées ; ils doivent en même temps être atten­tifs à la trans­for­ma­tion pro­fonde qui s’opère par­mi les nations, et tra­vailler à ce que les hommes de notre temps, trop appli­qués à la science et à la tech­nique du monde moderne, ne soient pas détour­nés des choses divines ; bien au contraire, à ce qu’ils soient éveillés à un désir plus ardent de la véri­té et de la cha­ri­té révé­lées par Dieu. Le Christ lui-​même a scru­té le cœur des hommes et les a ame­nés par un dia­logue vrai­ment humain à la lumière divine ; de même ses dis­ciples, pro­fon­dé­ment péné­trés de l’Esprit du Christ, doivent connaître les hommes au milieu des­quels ils vivent, enga­ger conver­sa­tion avec eux, afin qu’eux aus­si apprennent dans un dia­logue sin­cère et patient, quelles richesses Dieu, dans sa muni­fi­cence, a dis­pen­sées aux nations ; ils doivent en même temps s’efforcer d’éclairer ces richesses de la lumière évan­gé­lique, de les libé­rer, de les rame­ner sous la Seigneurie du Dieu Sauveur.

12. Présence de la charité

La pré­sence des chré­tiens dans les groupes humains doit être ani­mée de cette cha­ri­té dont nous a aimés Dieu, qui veut que nous aus­si nous nous aimions mutuel­le­ment de la même cha­ri­té (cf. 1 Jn 4, 11). La cha­ri­té chré­tienne s’étend véri­ta­ble­ment à tous les hommes, sans aucune dis­tinc­tion de race, de condi­tion sociale ou de reli­gion ; elle n’attend aucun pro­fit ni aucune recon­nais­sance. Dieu nous a aimés d’un amour gra­tuit ; de même, que les fidèles soient pré­oc­cu­pés dans leur cha­ri­té de l’homme lui-​même, en l’aimant du même mou­ve­ment dont Dieu nous a cher­chés. Le Christ par­cou­rait toutes les villes et bour­gades en gué­ris­sant toutes les mala­dies et infir­mi­tés, en signe de l’avènement du Règne de Dieu (cf. Mt 9, 35 s. ; Ac 10, 38) ; de même l’Église est par ses fils en liai­son avec les hommes de quelque condi­tion qu’ils soient ; elle l’est sur­tout avec les pauvres et ceux qui souffrent et de tout son cœur elle se dépense pour eux (cf. 2 Co 12, 15). Elle par­ti­cipe à leurs joies et à leurs souf­frances, elle connaît les aspi­ra­tions et les pro­blèmes de leur vie, elle souffre avec eux dans les angoisses de la mort. À ceux qui cherchent la paix, elle désire répondre dans un dia­logue fra­ter­nel, en leur appor­tant la paix et la lumière qui viennent de l’Évangile.

Les chré­tiens doivent donc tra­vailler, en col­la­bo­ra­tion avec tous les autres, à orga­ni­ser de manière droite les affaires éco­no­miques et sociales. Ils doivent se dévouer avec un soin spé­cial à l’éducation des enfants et des jeunes au moyen des écoles de toute sorte, qu’il faut consi­dé­rer non seule­ment comme un moyen pri­vi­lé­gié pour for­mer et faire pro­gres­ser la jeu­nesse chré­tienne, mais en même temps comme un ser­vice de très haute valeur pour les hommes, sur­tout pour les nations en voie de déve­lop­pe­ment, pour pro­mou­voir la digni­té humaine et pré­pa­rer des condi­tions plus humaines. Ils doivent en outre prendre leur part dans les efforts de ces peuples qui, en fai­sant la guerre à la faim, à l’ignorance et aux mala­dies, s’appliquent à amé­lio­rer les condi­tions de la vie et à affer­mir la paix dans le monde. Dans cette acti­vi­té, les fidèles doivent sou­hai­ter ardem­ment appor­ter, de façon pru­dente, leur contri­bu­tion aux ini­tia­tives lan­cées par les ins­ti­tu­tions pri­vées et publiques, par les gou­ver­ne­ments, par les orga­nismes inter­na­tio­naux, par les diverses com­mu­nau­tés chré­tiennes et par les reli­gions non chrétiennes.

Mais l’Église ne veut en aucune manière s’ingérer dans le gou­ver­ne­ment de la cité ter­restre. Elle ne reven­dique pour elle-​même d’autre titre que celui d’être au ser­vice des hommes, Dieu aidant, par sa cha­ri­té et son dévoue­ment fidèle (cf. Mt 20, 26 ; 23, 11) [29].

Dans leur vie et leur acti­vi­té, les dis­ciples du Christ, étroi­te­ment unis aux hommes, espèrent leur pré­sen­ter le vrai témoi­gnage du Christ et tra­vailler en vue de leur salut, même là où ils ne peuvent annon­cer plei­ne­ment le Christ. Car ils ne recherchent pas le pro­grès et la pros­pé­ri­té pure­ment maté­riels des hommes ; mais ils entendent pro­mou­voir leur digni­té et leur union fra­ter­nelle, en ensei­gnant les véri­tés reli­gieuses et morales que le Christ a éclai­rées de sa lumière ; et ain­si, ils ouvrent pas à pas un che­min plus par­fait vers Dieu. C’est ain­si que les hommes sont aidés dans l’obtention de leur salut par la cha­ri­té envers Dieu et le pro­chain ; c’est ain­si que com­mence à luire le mys­tère du Christ, en qui est appa­ru l’homme nou­veau, créé selon Dieu (cf. Ep 4, 24), en qui la cha­ri­té de Dieu se révèle.

Article 2. La prédication de l’Évangile et le rassemblement du Peuple de Dieu

13. Évangélisation et conversion

Partout où Dieu ouvre un champ libre à la pré­di­ca­tion pour pro­cla­mer le mys­tère du Christ (cf. Col 4, 3), on doit annon­cer (cf. 1 Co 9, 16 ; Rm 10, 14) à tous les hommes (cf. Mc 16, 15) avec assu­rance et per­sé­vé­rance (cf. Ac 4, 13.29.31 ; Ac 9, 27–28 ; Ac 13, 46 ; Ac 14, 3 ; Ac 19, 8 ; Ac 26, 26 ; Ac 28, 31 ; 1 Th 2, 2 ; 2 Co 3, 12 ; 2 Co 7, 4 ; Phm 1, 20 ; Ep 3, 12 ; Ep 6, 19–20) le Dieu vivant, et celui qu’il a envoyé pour le salut de tous, Jésus Christ (cf. 1 Th 1, 9–10 ; 1 Co 1, 18–21 ; Ga 3, 13–14 ; Ac 14, 15–17 ; Ac 17, 22–31), pour que les non-​chrétiens, le Saint-​Esprit ouvrant leur cœur (cf. Ac 16, 14), croient, se conver­tissent libre­ment au Seigneur et s’attachent loya­le­ment à lui qui, étant « la voie, la véri­té et la vie » (Jn 14, 6), comble toutes leurs attentes spi­ri­tuelles, bien plus, les dépasse de façon infinie.

Bien sûr, cette conver­sion est à com­prendre comme une conver­sion ini­tiale ; elle est suf­fi­sante cepen­dant pour que l’homme se rende compte que, détour­né du péché, il est intro­duit dans le mys­tère de l’amour de Dieu, qui l’appelle à nouer des rap­ports per­son­nels avec lui dans le Christ. En effet, sous l’action de la grâce de Dieu, le nou­veau conver­ti entre­prend un iti­né­raire spi­ri­tuel par lequel, com­mu­niant déjà par la foi au mys­tère de la mort et de la résur­rec­tion, il passe du vieil homme au nou­vel homme qui a sa per­fec­tion dans le Christ (cf. Col 3, 5–10 ; Ep 4, 20–24). Ce pas­sage, qui entraîne avec lui un chan­ge­ment pro­gres­sif de la men­ta­li­té et des mœurs, doit deve­nir mani­feste avec ses consé­quences sociales et se déve­lop­per peu à peu pen­dant le temps du caté­chu­mé­nat. Comme le Seigneur en qui il croit est un signe de contra­dic­tion (cf. Lc 2, 34 ; Mt 10, 34–39), il n’est pas rare que le conver­ti fasse l’expérience de rup­tures et de sépa­ra­tions, mais aus­si connaisse les joies que Dieu donne sans les mesu­rer (cf. 1 Th 1, 6).

L’Église inter­dit sévè­re­ment de for­cer qui que ce soit à embras­ser la foi, ou de l’y ame­ner ou atti­rer par des pra­tiques indis­crètes, tout comme elle reven­dique avec force le droit pour qui que ce soit de n’être pas détour­né de la foi par des vexa­tions injustes [30].

Selon la très antique cou­tume de l’Église, on doit exa­mi­ner avec soin les motifs de la conver­sion et, s’il est néces­saire, les purifier.

14. Catéchuménat et ini­tia­tion chrétienne

Ceux qui ont reçu de Dieu, par l’intermédiaire de l’Église, la foi au Christ [31], doivent être admis au caté­chu­mé­nat par des céré­mo­nies litur­giques. Le caté­chu­mé­nat n’est point un simple expo­sé des dogmes et des pré­ceptes, mais une for­ma­tion à la vie chré­tienne inté­grale et un appren­tis­sage par les­quels les dis­ciples sont unis au Christ leur Maître. Les caté­chu­mènes doivent donc être ini­tiés, de façon appro­priée, au mys­tère du salut et à la pra­tique des mœurs évan­gé­liques, et intro­duits, par des rites sacrés, à célé­brer à des époques suc­ces­sives [32], dans la vie de la foi, de la litur­gie et de la cha­ri­té du Peuple de Dieu.

Ensuite, déli­vrés de la puis­sance des ténèbres (cf. Col 1, 13) [33], par les sacre­ments de l’initiation chré­tienne, morts avec le Christ, ense­ve­lis avec lui et res­sus­ci­tés avec lui (cf. Rm 6, 4–11 ; Col 2, 12–13 ; 1 P 3, 21–22 ; Mc 16, 16), ils reçoivent l’Esprit d’adoption filiale (cf. 1 Th 3, 5–7 ; Ac 8, 14–17) et célèbrent avec tout le Peuple de Dieu le mémo­rial de la mort et de la résur­rec­tion du Seigneur.

Il faut sou­hai­ter que la litur­gie du temps du Carême et du temps de Pâques soit res­tau­rée de telle manière qu’elle pré­pare l’âme des caté­chu­mènes à la célé­bra­tion du mys­tère pas­cal, pen­dant les solen­ni­tés duquel ils sont régé­né­rés par le bap­tême dans le Christ.

Cette ini­tia­tion chré­tienne au cours du caté­chu­mé­nat doit être l’œuvre non pas des seuls caté­chistes ou des seuls prêtres, mais celle de toute la com­mu­nau­té des fidèles, spé­cia­le­ment celle des par­rains, en sorte que dès le début les caté­chu­mènes sentent qu’ils appar­tiennent au Peuple de Dieu. La vie de l’Église étant apos­to­lique, les caté­chu­mènes doivent de même apprendre à coopé­rer acti­ve­ment par le témoi­gnage de leur vie et la pro­fes­sion de leur foi à l’évangélisation et à l’édification de l’Église.

Enfin le sta­tut juri­dique des caté­chu­mènes doit être fixé clai­re­ment dans le nou­veau Code ; ils sont déjà unis à l’Église [34], ils sont déjà de la mai­son du Christ [35], et il n’est pas rare qu’ils mènent une vie de foi, d’espérance et de charité.

Article 3. La formation de la communauté chrétienne

15. Formation de la com­mu­nau­té chrétienne

Quand l’Esprit Saint, qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la pré­di­ca­tion de l’Évangile, et sus­cite dans les cœurs l’obéissance de la foi, engendre à une nou­velle vie dans le sein de la fon­taine bap­tis­male ceux qui croient au Christ, il les ras­semble en un seul Peuple de Dieu qui est « race élue, sacer­doce royal, nation sainte, peuple acquis » (1 P 2, 9) [36].

Les mis­sion­naires donc, col­la­bo­ra­teurs de Dieu (cf. 1 Co 3, 9), doivent faire naître des assem­blées de fidèles qui, menant une vie digne de l’appel qu’elles ont reçu (cf. Ep 4, 1), soient telles qu’elles puissent exer­cer les fonc­tions à elles confiées par Dieu : sacer­do­tale, pro­phé­tique, royale. C’est de cette manière qu’une com­mu­nau­té chré­tienne devient signe de la pré­sence de Dieu dans le monde : par le sacri­fice eucha­ris­tique, en effet, elle passe au Père avec le Christ [37]; nour­rie [38] avec soin de la Parole de Dieu, elle pré­sente le témoi­gnage du Christ [39]; elle marche enfin dans la cha­ri­té et est enflam­mée d’esprit apos­to­lique [40].

Une com­mu­nau­té chré­tienne doit dès le début être consti­tuée de telle manière qu’elle puisse, dans la mesure du pos­sible, pour­voir elle-​même à ses besoins. Ce ras­sem­ble­ment de fidèles, doté des richesses cultu­relles de sa propre nation, doit être pro­fon­dé­ment enra­ci­né dans le peuple : les familles doivent s’y épa­nouir, péné­trées de l’esprit évan­gé­lique [41] et y être aidées par des écoles valables ; on doit y orga­ni­ser des asso­cia­tions et des groupes grâce aux­quels l’apostolat des laïcs pour­ra péné­trer de l’esprit évan­gé­lique toute la socié­té. La cha­ri­té enfin doit y briller de tout son éclat entre les catho­liques de rites dif­fé­rents [42].

L’esprit œcu­mé­nique doit aus­si être nour­ri par­mi les néo­phytes, qui doivent recon­naître hon­nê­te­ment que des frères qui croient au Christ sont des dis­ciples du Christ, régé­né­rés par le bap­tême, ayant part à de nom­breux biens du Peuple de Dieu. Autant que le per­mettent les situa­tions reli­gieuses, une action œcu­mé­nique doit être menée de telle sorte que, étant ban­nie toute appa­rence d’indifférentisme, de confu­sion­nisme ou d’odieuse riva­li­té, les catho­liques col­la­borent avec les frères sépa­rés, selon les dis­po­si­tions du décret sur l’œcuménisme, dans une com­mune pro­fes­sion de foi en Dieu et en Jésus Christ devant les nations, dans la mesure du pos­sible, et dans la coopé­ra­tion en matière sociale et tech­nique, cultu­relle et reli­gieuse ; qu’ils col­la­borent sur­tout à la cause du Christ leur Seigneur com­mun : que son Nom les unisse ! Cette col­la­bo­ra­tion doit être éta­blie non seule­ment entre les per­sonnes pri­vées, mais aus­si, au juge­ment de l’Ordinaire du lieu, entre les Églises ou com­mu­nau­tés ecclé­siales, et entre leurs œuvres.

Les chré­tiens, venus de tous les peuples et ras­sem­blés dans l’Église « ne se dis­tinguent des autres hommes ni par le gou­ver­ne­ment, ni par la langue, ni par les ins­ti­tu­tions de la vie de la cité [43] » ; aus­si doivent-​ils vivre pour Dieu et le Christ selon les usages de leur pays, pour culti­ver vrai­ment et effi­ca­ce­ment en bons citoyens l’amour de la patrie, en évi­tant cepen­dant de manière abso­lue le mépris à l’égard des races étran­gères, le natio­na­lisme exa­cer­bé, et en pro­mou­vant l’amour uni­ver­sel des hommes.

Dans l’obtention de ces résul­tats, ont une très grande impor­tance et sont dignes d’un inté­rêt par­ti­cu­lier les laïcs, c’est-à-dire les fidèles qui, incor­po­rés au Christ par le bap­tême, vivent dans le monde. C’est leur rôle propre, quand ils sont péné­trés de l’Esprit du Christ, d’animer de l’intérieur, à la façon d’un ferment, les réa­li­tés tem­po­relles, et de les dis­po­ser pour qu’elles soient tou­jours selon le Christ [44].

Il ne suf­fit point cepen­dant que le peuple chré­tien soit pré­sent et éta­bli dans un pays ; il ne suf­fit point non plus qu’il exerce l’apostolat de l’exemple ; il est éta­bli, il est pré­sent dans ce but : annon­cer le Christ aux conci­toyens non chré­tiens par la parole et par l’action, et les aider à accueillir plei­ne­ment le Christ.

En outre, pour la plan­ta­tion de l’Église et le déve­lop­pe­ment de la com­mu­nau­té chré­tienne, sont néces­saires des minis­tères divers, qui, sus­ci­tés par l’appel divin du sein même de l’assemblée des fidèles, doivent être encou­ra­gés et sou­te­nus par tous avec un soin empres­sé : par­mi eux, il y a les fonc­tions des prêtres, des diacres et des caté­chistes, et l’action catho­lique. De même les reli­gieux et les reli­gieuses rem­plissent, par leur prière, ou par leur dévoue­ment actif, une tâche indis­pen­sable pour enra­ci­ner dans les cœurs le règne du Christ, l’y for­ti­fier et l’étendre plus au loin.

16. Établissement du cler­gé local

Avec une immense joie, l’Église rend grâces pour le don inap­pré­ciable de la voca­tion sacer­do­tale que Dieu a accor­dé à un si grand nombre de jeunes par­mi les peuples récem­ment conver­tis au Christ. L’Église, en effet, enfonce des racines plus vigou­reuses en chaque groupe humain, quand les diverses com­mu­nau­tés de fidèles pos­sèdent, tirés de leurs membres, leurs propres ministres du salut, dans l’ordre des évêques, des prêtres et des diacres, qui sont au ser­vice de leurs frères, en sorte que les jeunes Églises acquièrent peu à peu une struc­ture dio­cé­saine avec un cler­gé propre.

Ce qui a été déci­dé par le Concile à pro­pos de la voca­tion et de la for­ma­tion sacer­do­tales, doit être obser­vé conscien­cieu­se­ment dès que l’Église com­mence à s’implanter, et aus­si dans les jeunes Églises. Il faut faire très grand cas de ce qui est dit de la for­ma­tion spi­ri­tuelle à joindre étroi­te­ment à la for­ma­tion doc­tri­nale et pas­to­rale, de la vie à mener en confor­mi­té avec l’Évangile sans consi­dé­ra­tion de l’avantage per­son­nel ou de l’intérêt fami­lial, du sens intime du mys­tère de l’Église à déve­lop­per. Ils appren­dront ain­si de façon mer­veilleuse à se consa­crer tout entiers au ser­vice du Corps du Christ et à l’œuvre de l’Évangile, à s’attacher à leur propre évêque comme de fidèles col­la­bo­ra­teurs, et à appor­ter un concours loyal à leurs confrères [45].

Pour arri­ver à cette fin géné­rale, toute la for­ma­tion des élèves doit être orga­ni­sée à la lumière du mys­tère du salut comme il est expo­sé dans les Écritures ; qu’ils découvrent et vivent ce mys­tère du Christ et du salut des hommes pré­sent dans la litur­gie [46].

Ces exi­gences com­munes de la for­ma­tion sacer­do­tale, même pas­to­rale et pra­tique, selon les dis­po­si­tions du Concile [47], doivent se com­bi­ner avec le zèle à prendre en consi­dé­ra­tion le mode par­ti­cu­lier de pen­ser et d’agir de son propre peuple. Les esprits des élèves doivent donc être ouverts et ren­dus péné­trants pour bien connaître et pou­voir juger la culture de leur pays ; dans les dis­ci­plines phi­lo­so­phiques et théo­lo­giques, ils doivent sai­sir les rai­sons qui créent un désac­cord entre les tra­di­tions et la reli­gion natio­nales, et la reli­gion chré­tienne [48]. De même, la for­ma­tion sacer­do­tale doit tenir compte des néces­si­tés pas­to­rales de la région ; les élèves doivent apprendre l’histoire, le but et la méthode de l’action mis­sion­naire de l’Église, et les condi­tions par­ti­cu­lières d’ordre social, éco­no­mique, cultu­rel de leur propre peuple. Ils doivent être édu­qués dans un esprit d’œcuménisme et pré­pa­rés comme il convient au dia­logue fra­ter­nel avec les non-​chrétiens [49].

Tout cela demande que les études condui­sant au sacer­doce soient menées, autant que faire se peut, en pra­ti­quant les cou­tumes et en par­ta­geant le mode de vie de leur propre peuple [50] . Qu’on veille enfin à don­ner une for­ma­tion à une admi­nis­tra­tion ecclé­sias­tique bien orga­ni­sée, et même une for­ma­tion éco­no­mique. On devra aus­si choi­sir des prêtres capables qui, après une pra­tique pas­to­rale d’une cer­taine durée, pour­ront mener à bon terme des études supé­rieures dans des uni­ver­si­tés même étran­gères, sur­tout à Rome, et dans d’autres ins­ti­tuts scien­ti­fiques, en sorte que les jeunes Églises aient à leur dis­po­si­tion des prêtres venant du cler­gé local, dotés d’une science et d’une expé­rience conve­nables, pour rem­plir les fonc­tions ecclé­sias­tiques plus ardues.

Là où les Conférences épis­co­pales le juge­ront oppor­tun, l’ordre du dia­co­nat devra être réta­bli comme état de vie per­ma­nent, selon les dis­po­si­tions de la Constitution sur l’Église [51]. Il est utile en effet que les hommes qui accom­plissent un minis­tère vrai­ment dia­co­nal, ou en prê­chant la Parole de Dieu, ou en gou­ver­nant au nom du curé et de l’évêque les com­mu­nau­tés chré­tiennes éloi­gnées, ou en exer­çant la cha­ri­té dans les œuvres sociales ou cari­ta­tives, soient for­ti­fiés par l’imposition des mains trans­mise depuis les Apôtres et plus étroi­te­ment unis à l’autel, pour qu’ils s’acquittent de leur minis­tère plus effi­ca­ce­ment, au moyen de la grâce sacra­men­telle du diaconat.

17. Formation des catéchistes

De même elle est digne d’éloge cette armée, qui a si magni­fi­que­ment méri­té de l’œuvre des mis­sions auprès des nations, l’armée des caté­chistes hommes et femmes qui, péné­trés d’esprit apos­to­lique, apportent par leurs labeurs consi­dé­rables une aide sin­gu­lière et abso­lu­ment néces­saire à l’expansion de la foi et de l’Église.

De nos jours, du fait du petit nombre de clercs pour évan­gé­li­ser de si grandes mul­ti­tudes et accom­plir le minis­tère pas­to­ral, la fonc­tion des caté­chistes a une très grande impor­tance. Leur for­ma­tion doit donc être amé­lio­rée et adap­tée au pro­grès cultu­rel de façon à ce qu’ils puissent rem­plir le plus par­fai­te­ment pos­sible leur fonc­tion en col­la­bo­ra­teurs effi­caces de l’ordre sacer­do­tal, – fonc­tion qui se com­plique de charges nou­velles et plus amples.

Il faut donc mul­ti­plier les écoles dio­cé­saines et régio­nales dans les­quelles les futurs caté­chistes étu­die­ront avec soin la doc­trine catho­lique, sur­tout en matière biblique et litur­gique, et aus­si la méthode caté­ché­tique et la pra­tique pas­to­rale, se for­me­ront aux mœurs des chré­tiens [52], s’appliquant sans arrêt à culti­ver la pié­té et la sain­te­té de vie. De plus on devra éta­blir des ses­sions ou des cours qui per­met­tront aux caté­chistes de se renou­ve­ler, à périodes fixes, dans les dis­ci­plines et les tech­niques utiles à leur minis­tère, de nour­rir et de for­ti­fier leur vie spi­ri­tuelle. En outre, à ceux qui se dévouent entiè­re­ment à cette besogne, on devra pro­cu­rer par une juste rému­né­ra­tion un état de vie décent et la sécu­ri­té sociale [53].

On sou­haite qu’il soit pour­vu d’une manière conve­nable à la for­ma­tion et à l’entretien des caté­chistes par des sub­sides spé­ciaux du S. Dicastère de la Propagation de la foi. Si cela appa­raît néces­saire et indi­qué, on fon­de­ra une œuvre pour les catéchistes.

De plus, les Églises appré­cie­ront avec recon­nais­sance le labeur géné­reux des caté­chistes auxi­liaires, dont l’aide leur sera indis­pen­sable. Ils pré­sident les prières dans leurs com­mu­nau­tés et enseignent la doc­trine. Il faut donc se pré­oc­cu­per comme il convient de leur for­ma­tion doc­tri­nale et spi­ri­tuelle. En outre, il est sou­hai­table que, là où cela paraî­tra oppor­tun, la mis­sion cano­nique soit confiée publi­que­ment, au cours d’une action litur­gique, aux caté­chistes qui auront reçu une for­ma­tion suf­fi­sante, afin qu’ils soient au ser­vice de la foi auprès du peuple avec une plus grande autorité.

18. Promouvoir la vie religieuse

Dès la période de la plan­ta­tion de l’Église, on doit prendre soin d’introduire la vie reli­gieuse : non seule­ment elle apporte une aide pré­cieuse et abso­lu­ment néces­saire à l’activité mis­sion­naire, mais par la consé­cra­tion plus intime faite à Dieu dans l’Église, elle mani­feste aus­si avec éclat et fait com­prendre la nature intime de la voca­tion chré­tienne [54].

Les ins­ti­tuts reli­gieux qui tra­vaillent à la plan­ta­tion de l’Église, pro­fon­dé­ment impré­gnés des richesses mys­tiques qui sont la gloire de la tra­di­tion reli­gieuse de l’Église, doivent s’efforcer de les expri­mer et de les trans­mettre selon le génie et le carac­tère de chaque peuple. Ils doivent exa­mi­ner com­ment les tra­di­tions ascé­tiques et contem­pla­tives, dont les germes ont été quel­que­fois répan­dus par Dieu dans les civi­li­sa­tions antiques avant la pré­di­ca­tion de l’Évangile, peuvent être assu­mées dans la vie reli­gieuse chrétienne.

Dans les jeunes Églises, les diverses formes de vie reli­gieuse doivent être culti­vées avec soin, afin de mon­trer les divers aspects de la mis­sion du Christ et de la vie de l’Église, d’apporter un dévoue­ment aux diverses œuvres pas­to­rales et de pré­pa­rer comme il le faut leurs membres à les accom­plir. Cependant, que les évêques veillent dans leurs confé­rences à ce que des Congrégations pour­sui­vant la même fin apos­to­lique ne se mul­ti­plient pas au détri­ment de la vie reli­gieuse et de l’apostolat.

Sont dignes d’une men­tion spé­ciale les diverses ini­tia­tives en vue de l’enracinement de la vie contem­pla­tive : cer­tains ins­ti­tuts, gar­dant les élé­ments essen­tiels de l’institution monas­tique, tra­vaillent à implan­ter la très riche tra­di­tion de leur ordre ; d’autres reviennent aux formes plus simples du mona­chisme antique ; tous cepen­dant doivent cher­cher une authen­tique adap­ta­tion aux condi­tions locales. La vie contem­pla­tive, rele­vant du déve­lop­pe­ment com­plet de la pré­sence de l’Église, doit être ins­tau­rée par­tout dans les jeunes Églises.

Ch. III. Les Églises particulières

19. Le pro­grès des jeunes Églises

Quand l’assemblée des fidèles est déjà enra­ci­née dans la vie sociale et a épou­sé jusqu’à un cer­tain point la culture locale, qu’elle jouit d’une cer­taine sta­bi­li­té et soli­di­té, l’œuvre de plan­ta­tion de l’Église dans ce groupe humain déter­mi­né atteint dans une cer­taine mesure son terme ; ayant ses res­sources propres, fussent-​elles insuf­fi­santes, en cler­gé local, en reli­gieux et en laïcs, elle est enri­chie de ces minis­tères et ins­ti­tu­tions qui sont néces­saires pour diri­ger et déve­lop­per la vie du Peuple de Dieu sous la conduite de l’évêque.

Dans ces jeunes Églises, la vie du Peuple de Dieu doit acqué­rir sa matu­ri­té dans tous les domaines de la vie chré­tienne, qui doit être renou­ve­lée selon les dis­po­si­tions de ce Concile ; les assem­blées de fidèles deviennent de jour en jour plus consciem­ment des com­mu­nau­tés de foi, de litur­gie et de cha­ri­té ; par leur acti­vi­té civile et apos­to­lique les laïcs tra­vaillent à ins­tau­rer dans la cité un ordre de cha­ri­té et de jus­tice ; les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale sont employés de manière oppor­tune et pru­dente ; grâce à une vie vrai­ment chré­tienne, les familles deviennent des sémi­naires d’apostolat des laïcs et de voca­tions sacer­do­tales et reli­gieuses. La foi enfin est ensei­gnée selon une caté­chèse adap­tée, elle est célé­brée dans une litur­gie conforme au génie du peuple, et, par une légis­la­tion cano­nique appro­priée, elle passe dans les ins­ti­tu­tions hono­rables et dans les cou­tumes locales.

Les évêques, cha­cun avec son pres­by­te­rium, de plus en plus péné­trés du sens du Christ et de l’Église, doivent sen­tir et vivre avec l’Église uni­ver­selle. Intime doit demeu­rer la com­mu­nion des jeunes Églises avec l’Église tout entière ; elles doivent en joindre les élé­ments tra­di­tion­nels à leur culture propre, pour accroître la vie du Corps mys­tique par des échanges mutuels [55]. On doit donc culti­ver les élé­ments théo­lo­giques, psy­cho­lo­giques et humains qui peuvent contri­buer à favo­ri­ser ce sens de la com­mu­nion avec l’Église universelle.

Ces Églises, situées très sou­vent dans des contrées plus pauvres du globe, souffrent encore d’une pénu­rie, d’ordinaire très grave, de prêtres, et d’un manque de sub­sides maté­riels. Aussi ont-​elles un très grand besoin que l’action mis­sion­naire inces­sante de l’Église tout entière leur pro­cure les secours qui servent tout d’abord au déve­lop­pe­ment de l’Église locale et à la matu­ra­tion de la vie chré­tienne. Cette action mis­sion­naire doit aus­si appor­ter son aide à des Églises, fon­dées de longue date, qui se trouvent dans un cer­tain état de régres­sion et de faiblesse.

Cependant ces Églises doivent renou­ve­ler leur zèle pas­to­ral com­mun et les œuvres adap­tées qui per­mettent que les voca­tions pour le cler­gé dio­cé­sain et les ins­ti­tuts reli­gieux s’accroissent en nombre, soient dis­cer­nées avec plus de sûre­té et culti­vées avec un soin plus effi­cace [56], en sorte que peu à peu ces Églises puissent pour­voir à leurs propres besoins et appor­ter de l’aide aux autres.

20. L’activité mis­sion­naire des Églises particulières

L’Église par­ti­cu­lière étant tenue de repré­sen­ter le plus par­fai­te­ment pos­sible l’Église uni­ver­selle, elle doit savoir net­te­ment qu’elle a été envoyée aus­si à ceux, qui ne croyant pas au Christ, demeurent avec elle sur le même ter­ri­toire, afin d’être, par le témoi­gnage de la vie de cha­cun des fidèles et de toute la com­mu­nau­té, un signe qui leur montre le Christ.

De plus, le minis­tère de la parole est indis­pen­sable pour que l’Évangile par­vienne à tous. Il faut donc qu’avant tout l’évêque soit un pré­di­ca­teur de la foi, qui amène au Christ de nou­veaux dis­ciples [57]. Pour s’acquitter comme il faut de cette noble tâche, il doit connaître à fond la situa­tion de son trou­peau, les opi­nions intimes sur Dieu de ses conci­toyens, en tenant soi­gneu­se­ment compte des chan­ge­ments intro­duits par l’urbanisation, les migra­tions et l’indifférentisme religieux.

Dans les jeunes Églises, les prêtres locaux doivent entre­prendre avec ardeur l’œuvre de l’évangélisation, orga­ni­sant une action com­mune avec les mis­sion­naires étran­gers avec les­quels ils forment un seul pres­by­te­rium par­fai­te­ment uni sous l’autorité de l’évêque, non seule­ment pour paître les fidèles et célé­brer le culte divin, mais aus­si pour annon­cer l’évangile à ceux qui sont au-​dehors. Ils doivent se mon­trer prêts, et à l’occasion s’offrir d’un cœur ardent à l’évêque, pour entre­prendre le tra­vail mis­sion­naire dans les régions éloi­gnées et délais­sées de leur propre dio­cèse ou en d’autres diocèses.

Du même zèle doivent brû­ler les reli­gieux et les reli­gieuses, et de même les laïcs à l’égard de leurs conci­toyens, de ceux sur­tout qui sont plus pauvres.

Les confé­rences épis­co­pales doivent veiller à ce que, à des dates fixes, soient orga­ni­sés des cours de renou­vel­le­ment biblique, théo­lo­gique, spi­ri­tuel et pas­to­ral dans l’intention sui­vante : que par­mi les bou­le­ver­se­ments et les chan­ge­ments, le cler­gé acquière une connais­sance plus pleine de la science théo­lo­gique et des méthodes pastorales.

Pour le reste, que soit obser­vé conscien­cieu­se­ment ce que le Concile a déci­dé, spé­cia­le­ment dans le décret sur le minis­tère et la vie des prêtres.

Pour que cette œuvre mis­sion­naire d’une Église par­ti­cu­lière puisse être menée à bien, il faut avoir des ministres capables, qu’on pré­pa­re­ra à temps de la manière qui convient à la situa­tion de chaque Église. Les hommes se réunis­sant de plus en plus en groupes, il convient tout à fait que les confé­rences épis­co­pales aient des échanges sur le dia­logue à ins­tau­rer avec ces groupes. Si en cer­taines régions il se ren­contre des groupes d’hommes qui sont détour­nés d’embrasser la foi catho­lique, du fait qu’ils ne peuvent s’adapter à la forme par­ti­cu­lière que l’Église y a revê­tue, il est sou­hai­table qu’on pour­voie de façon spé­ciale [58] à une telle situa­tion, jusqu’à ce que tous les chré­tiens puissent être ras­sem­blés en une seule com­mu­nau­té. Les évêques doivent appe­ler dans leur dio­cèse ou rece­voir volon­tiers les mis­sion­naires dont le Siège apos­to­lique pour­rait dis­po­ser dans ce but, et favo­ri­ser effi­ca­ce­ment leurs initiatives.

Pour que ce zèle mis­sion­naire com­mence à fleu­rir chez les frères de la même patrie, il convient tout à fait que les jeunes Églises par­ti­cipent effec­ti­ve­ment à la mis­sion uni­ver­selle de l’Église en envoyant elles aus­si des mis­sion­naires qui pour­ront annon­cer l’Évangile par toute la terre, bien qu’elles souffrent d’une pénu­rie de cler­gé. La com­mu­nion avec l’Église uni­ver­selle sera d’une cer­taine manière consom­mée lorsque, elles aus­si, par­ti­ci­pe­ront acti­ve­ment à l’action mis­sion­naire auprès d’autres nations.

21. Promouvoir l’apostolat des laïcs

L’Église n’est pas fon­dée vrai­ment, elle ne vit pas plei­ne­ment, elle n’est pas le signe par­fait du Christ par­mi les hommes si un laï­cat authen­tique n’existe pas et ne tra­vaille pas avec la hié­rar­chie. L’Évangile ne peut s’enraciner pro­fon­dé­ment dans les esprits, la vie, et le tra­vail d’un peuple, sans la pré­sence active des laïcs. Par consé­quent, faut-​il dès la fon­da­tion d’une Église, appor­ter une très grande atten­tion à consti­tuer un laï­cat chré­tien qui atteigne sa maturité.

Les fidèles laïcs, appar­tiennent à la fois au Peuple de Dieu et à la socié­té civile ; ils appar­tiennent à leur peuple, ils y sont nés ; ils ont com­men­cé à avoir part par l’éducation à ses tré­sors cultu­rels, ils sont liés à sa vie par des liens sociaux de forme mul­tiple ; ils sentent ses pro­blèmes comme étant les leurs propres, et ils s’appliquent à les résoudre ; ils appar­tiennent aus­si au Christ, parce qu’ils ont été régé­né­rés dans l’Église par la foi et le bap­tême afin d’être au Christ (cf. 1 Co 15, 23) par la nou­veau­té de leur vie et leur action, afin aus­si que dans le Christ tout soit sou­mis à Dieu, et qu’enfin Dieu soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28).

Leur prin­ci­pal devoir à eux, hommes et femmes, c’est le témoi­gnage du Christ, qu’ils doivent rendre par leur vie et leurs paroles, dans leur famille, dans leur groupe social, dans leur milieu pro­fes­sion­nel. Il faut donc qu’apparaisse en eux l’homme nou­veau créé selon Dieu dans la jus­tice et la sain­te­té véri­table (cf. Ep 4, 24). Ils doivent expri­mer cette nou­veau­té de vie dans le milieu social et cultu­rel de leur patrie, selon les tra­di­tions natio­nales. Ils doivent connaître cette culture, la puri­fier, la conser­ver, la déve­lop­per selon les situa­tions récentes, enfin lui don­ner sa per­fec­tion dans le Christ, afin que la foi au Christ et la vie de l’Église ne soient plus étran­gères à la socié­té dans laquelle ils vivent, mais com­mencent à la péné­trer et à la trans­for­mer. Ils doivent être unis à leurs conci­toyens par une cha­ri­té sin­cère, afin que dans leur com­por­te­ment appa­raisse un nou­veau lien d’unité et de soli­da­ri­té uni­ver­selle, pui­sées dans le mys­tère du Christ. Ils doivent aus­si répandre la foi au Christ par­mi ceux aux­quels ils sont liés par la vie et la pro­fes­sion ; cette obli­ga­tion s’impose d’autant plus que la plu­part des hommes ne peuvent entendre l’Évangile et connaître le Christ que par les laïcs proches d’eux. Bien plus, là ou c’est pos­sible, les laïcs doivent être prêts, en une col­la­bo­ra­tion plus immé­diate avec la hié­rar­chie, à rem­plir une mis­sion spé­ciale pour annon­cer l’Évangile et com­mu­ni­quer la doc­trine chré­tienne, afin de rendre plus vigou­reuse l’Église naissante.

Les ministres de l’Église doivent tenir en grande estime l’apostolat dif­fi­cile des laïcs ; ils doivent for­mer les laïcs pour que, comme membres du Christ, ils prennent conscience de leur res­pon­sa­bi­li­té à l’égard de tous les hommes ; ils doivent les ins­truire pro­fon­dé­ment dans le mys­tère du Christ, les ini­tier aux méthodes pra­tiques, être avec eux dans les dif­fi­cul­tés, selon la pen­sée de la Constitution Lumen gen­tium et du Décret Apostolicam actuo­si­ta­tem.

Les fonc­tions et les res­pon­sa­bi­li­tés propres des pas­teurs étant bien res­pec­tées, la jeune Église tout entière doit rendre un seul témoi­gnage vivant et ferme au Christ, afin de deve­nir un signe écla­tant du salut qui nous arrive dans le Christ.

22. Diversité dans l’unité

La semence, qu’est la Parole de Dieu, venant à ger­mer dans une bonne terre arro­sée de la rosée divine, y puise la sève, la trans­forme et l’assimile pour por­ter enfin un fruit abon­dant. Certes à l’instar de l’économie de l’Incarnation, les jeunes Églises enra­ci­nées dans le Christ et édi­fiées sur le fon­de­ment des Apôtres, assument pour un mer­veilleux échange toutes les richesses des nations qui ont été don­nées au Christ en héri­tage (cf. Ps 2, 8). Elles empruntent aux cou­tumes et aux tra­di­tions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs dis­ci­plines, tout ce qui peut contri­buer à confes­ser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et ordon­ner comme il le faut la vie chré­tienne [59].

Pour réa­li­ser ce des­sein, il est néces­saire que dans chaque grand ter­ri­toire socio­cul­tu­rel, comme on dit, une réflexion théo­lo­gique soit encou­ra­gée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l’Église uni­ver­selle, les faits et les paroles révé­lés par Dieu, consi­gnés dans les Saintes Écritures, expli­qués par les Pères de l’Église et le magis­tère, seront sou­mis à un nou­vel exa­men. Ainsi on sai­si­ra plus net­te­ment par quelles voies la foi, compte tenu de la phi­lo­so­phie et de la sagesse des peuples, peut « cher­cher l’intelligence », et de quelles manières les cou­tumes, le sens de la vie, l’ordre social peuvent s’accorder avec les mœurs que fait connaître la révé­la­tion divine. Ainsi appa­raî­tront des voies vers une plus pro­fonde adap­ta­tion dans toute l’étendue de la vie chré­tienne. De cette manière, toute appa­rence de syn­cré­tisme et de faux par­ti­cu­la­risme sera écar­tée, la vie chré­tienne sera ajus­tée au génie et au carac­tère de chaque culture [60], les tra­di­tions par­ti­cu­lières avec les qua­li­tés propres, éclai­rées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des peuples, seront assu­mées dans l’unité catho­lique. Enfin les nou­velles Églises par­ti­cu­lières, enri­chies de leurs tra­di­tions, auront leur place dans la com­mu­nion ecclé­siale, la pri­mau­té de la Chaire de Pierre, qui pré­side l’universelle assem­blée de la cha­ri­té [61], demeu­rant intacte.

Il faut donc sou­hai­ter, – bien plus, il convient tout à fait –, que les confé­rences épis­co­pales, dans le cadre de chaque grand ter­ri­toire socio­cul­tu­rel, s’unissent de telle manière qu’elles puissent, en plein accord et en met­tant en com­mun leurs avis, pour­suivre ce pro­pos d’adaptation.

Ch. IV. Les missionnaires

23. La voca­tion missionnaire

Bien qu’à tout dis­ciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi [62], le Christ Seigneur appelle tou­jours par­mi ses dis­ciples ceux qu’il veut pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prê­cher aux nations (cf. Mc 3, 13 s.). Aussi par l’Esprit Saint, qui répar­tit comme il lui plaît les cha­rismes pour le bien de l’Église (1 Co 12, 11), inspire-​t- il la voca­tion mis­sion­naire dans le cœur d’individus et suscite-​t-​il en même temps dans l’Église des ins­ti­tuts [63], qui se chargent comme d’un devoir propre de la mis­sion d’évangélisation qui appar­tient à toute l’Église.

Ils sont en effet mar­qués d’une voca­tion spé­ciale, ceux qui, doués d’un carac­tère natu­rel appro­prié, ayant les apti­tudes requises en rai­son de leurs qua­li­tés et de leur intel­li­gence, sont prêts à assu­mer [64] l’œuvre mis­sion­naire, qu’ils soient autoch­tones ou étran­gers : prêtres, reli­gieux, laïcs. Envoyés par l’autorité légi­time, ils partent, dans la foi et l’obéissance, vers ceux qui sont loin du Christ, mis à part pour l’œuvre en vue de laquelle ils ont été choi­sis (cf. Ac 13, 2), comme ministres de l’Évangile « pour que l’offrande des païens soit agréée, étant sanc­ti­fiée par l’Esprit Saint » (Rm 15, 16).

24. La spi­ri­tua­li­té missionnaire

Mais au vrai Dieu qui l’appelle, l’homme doit répondre d’une manière telle que, sans consul­ter la chair ni le sang (cf. Ga 1, 16), il s’attache tout entier à l’œuvre de l’Évangile. Mais cette réponse ne peut être don­née qu’à l’invitation et avec la force de l’Esprit Saint. L’envoyé entre, en effet, dans la vie et la mis­sion de Celui qui « s’est anéan­ti en pre­nant la forme d’esclave » (Ph 2, 7). Il doit donc être prêt à res­ter fidèle à sa voca­tion pen­dant toute sa vie, à renon­cer à lui-​même et à tout ce qu’il a pos­sé­dé jusque-​là, et à « se faire tout à tous » (1 Co 9, 22).

Annonçant l’Évangile par­mi les nations, il doit faire connaître avec assu­rance le mys­tère du Christ, dont il est l’ambassadeur, de telle manière qu’en Lui il ait l’audace de par­ler comme il le faut (cf. Ep 6, 19 s. ; Ac 4, 31) sans rou­gir du scan­dale de la croix. Suivant les traces de son Maître qui était doux et humble de cœur, il doit mon­trer que son joug est doux et son far­deau léger (Mt 11, 29 s.). Par une vie véri­ta­ble­ment évan­gé­lique [65], par une grande constance, par la lon­ga­ni­mi­té, par la dou­ceur, par une cha­ri­té non feinte (cf. 2 Co 6, 4 s.), il doit rendre témoi­gnage à son Seigneur et même, si c’est néces­saire, jusqu’à l’effusion du sang. Il obtien­dra de Dieu cou­rage et force pour recon­naître que, dans les mul­tiples tri­bu­la­tions et la très pro­fonde pau­vre­té qu’il expé­ri­mente, se trouve une abon­dance de joie (cf. 2 Co 8, 2). Il doit être per­sua­dé que l’obéissance est la ver­tu spé­ci­fique du ministre du Christ, qui a rache­té le genre humain par son obéissance.

Les pré­di­ca­teurs de l’Évangile doivent se gar­der de négli­ger la grâce qui est en eux ; ils doivent se renou­ve­ler de jour en jour par une trans­for­ma­tion spi­ri­tuelle (cf. 1 Tm 4, 14 ; Ep 4, 23 ; 2 Co 4, 16). Les Ordinaires et les supé­rieurs devront à dates fixes réunir les mis­sion­naires pour qu’ils soient for­ti­fiés dans l’espérance de leur voca­tion et renou­ve­lés dans leur minis­tère apos­to­lique ; des mai­sons adap­tées pour­ront même être orga­ni­sées dans ce but.

25. Formation spi­ri­tuelle et morale

Le futur mis­sion­naire doit être pré­pa­ré à une si noble tâche par une for­ma­tion spi­ri­tuelle et morale spé­ciale [66]. Il doit être prompt à prendre des ini­tia­tives, avoir de la constance pour mener à leur terme ses œuvres, être per­sé­vé­rant dans les dif­fi­cul­tés ; il doit sup­por­ter patiem­ment, cou­ra­geu­se­ment, la soli­tude, la fatigue, le tra­vail sté­rile. Il ira au-​devant des hommes avec lar­geur d’esprit et ouver­ture de cœur ; il entre­pren­dra volon­tiers les tâches qui lui auront été confiées ; il s’adaptera géné­reu­se­ment aux mœurs étran­gères des peuples, aux situa­tions chan­geantes ; en plein accord avec eux, avec une cha­ri­té réci­proque, il appor­te­ra son tra­vail et son aide à ses frères et à tous ceux qui se consacrent à la même besogne, en sorte qu’ils soient ensemble avec les fidèles, à l’imitation de la com­mu­nau­té apos­to­lique, un seul cœur et une seule âme (cf. Ac 2, 42 ; Ac 4, 32).

Déjà pen­dant le temps de la for­ma­tion, ces dis­po­si­tions d’âme doivent être mises en œuvre, culti­vées, appro­fon­dies et nour­ries par la vie spi­ri­tuelle. Pénétré d’une foi vive et d’une espé­rance inébran­lable, le mis­sion­naire doit être un homme de prière ; il doit être enflam­mé d’un esprit de force, d’amour, de maî­trise de soi (cf. 2 Tm 1, 7) ; il doit apprendre à se suf­fire en toute occa­sion (cf. Ph 4, 11) ; dans un esprit de sacri­fice, il doit por­ter en lui l’état de mort de Jésus, afin que la vie de Jésus opère en ceux à qui il est envoyé (cf. 2 Co 4, 10 s.) ; par zèle des âmes, il doit de tout cœur tout dépen­ser et en outre se dépen­ser lui-​même pour les âmes (cf. 2 Co 12, 15 s.), au point que « par l’exercice quo­ti­dien de sa tâche, il gran­disse dans l’amour de Dieu et du pro­chain [67] ». C’est ain­si que, obéis­sant à la volon­té du Père avec le Christ, il conti­nue­ra la mis­sion du Christ sous l’autorité hié­rar­chique de l’Église, et col­la­bo­re­ra au mys­tère du salut.

26. Formation doc­tri­nale et apostolique

Ceux qui seront envoyés vers les diverses nations, doivent être comme de bons ministres du Christ nour­ris « des ensei­gne­ments de la foi et de la bonne doc­trine » (1 Tm 4, 6), qu’ils pui­se­ront avant tout dans les Saintes Écritures, appro­fon­dis­sant le mys­tère du Christ dont ils seront les hérauts et les témoins.

C’est pour­quoi tous les mis­sion­naires – prêtres, frères, sœurs, laïcs – doivent être pré­pa­rés et for­més, cha­cun selon sa condi­tion, afin d’être à la hau­teur des exi­gences de leur future tâche [68]. Dès le début déjà, leur for­ma­tion doc­tri­nale doit être orga­ni­sée de telle manière qu’elle embrasse l’universalité de l’Église et la diver­si­té des peuples. Cela vaut pour toutes les dis­ci­plines par les­quelles ils sont pré­pa­rés à exer­cer leur minis­tère, et des autres sciences dont ils seront uti­le­ment ins­truits, afin qu’ils aient une connais­sance géné­rale des peuples, des cultures, des reli­gions, tour­née non seule­ment vers le pas­sé, mais aus­si vers le pré­sent. Quiconque en effet doit abor­der un autre peuple, doit tenir en estime son patri­moine, ses langues, ses mœurs. Il est donc abso­lu­ment néces­saire au futur mis­sion­naire de s’adonner aux études mis­sio­lo­giques, c’est-à-dire de connaître la doc­trine et les règles de l’Église concer­nant l’activité mis­sion­naire, de savoir quels che­mins les mes­sa­gers de l’Évangile ont par­cou­rus au cœurs des siècles, ain­si que la situa­tion actuelle des mis­sions, en même temps que les méthodes jugées actuel­le­ment les plus effi­caces [69].

Bien que cette for­ma­tion tout entière doive être péné­trée de sol­li­ci­tude pas­to­rale, une for­ma­tion apos­to­lique par­ti­cu­lière, bien struc­tu­rée, doit être pro­po­sée, tant par des cours que par des exer­cices pra­tiques [70].

Le plus grand nombre pos­sible de frères et de sœurs doivent être ins­truits conve­na­ble­ment de l’art de la caté­chèse, y être pré­pa­rés, afin de pou­voir col­la­bo­rer davan­tage encore à l’apostolat.

Même ceux qui assument pour une période seule­ment un rôle dans l’activité mis­sion­naire, il est néces­saire qu’ils acquièrent une for­ma­tion appro­priée à leur condition.

Ces diverses sortes de for­ma­tion doivent être com­plé­tées dans les pays aux­quels ils sont envoyés, de sorte que les mis­sion­naires connaissent de manière plus éten­due l’histoire, les struc­tures sociales, les cou­tumes des peuples, qu’ils aient des idées plus pré­cises sur l’ordre moral, les pré­ceptes reli­gieux ain­si que les convic­tions intimes qu’ils ont acquises selon leurs tra­di­tions sacrées sur Dieu, le monde et l’homme [71]. Ils doivent apprendre les langues jusqu’à pou­voir les uti­li­ser aisé­ment et cor­rec­te­ment, et trou­ver ain­si un accès plus facile à l’esprit et au cœur des hommes [72]. En outre, ils doivent être ini­tiés aux besoins pas­to­raux par­ti­cu­liers du pays.

Quelques-​uns des mis­sion­naires devront être pré­pa­rés d’une manière plus appro­fon­die auprès des ins­ti­tuts de mis­sio­lo­gies, ou d’autres facul­tés ou uni­ver­si­tés, afin de pou­voir s’acquitter plus effi­ca­ce­ment de cer­taines tâches spé­ciales [73] et rendre ser­vice par leur science aux autres mis­sion­naires dans l’exercice de leur acti­vi­té mis­sion­naire qui, de nos jours sur­tout, pré­sente tant de dif­fi­cul­tés et tant d’opportunités. Il est en outre tout à fait sou­hai­table que les confé­rences épis­co­pales régio­nales aient à leur dis­po­si­tion un bon nombre d’experts de ce genre, et qu’elles usent avec fruit de leur science et de leur expé­rience dans les dif­fi­cul­tés que ren­contre leur tâche. On ne doit pas non plus man­quer de per­sonnes qui sachent uti­li­ser les ins­tru­ments tech­niques et les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale, dont tous doivent appré­cier hau­te­ment l’importance.

27. Les ins­ti­tuts qui tra­vaillent dans les missions

Tout cela, néces­saire pour­tant de façon abso­lue à qui­conque est envoyé aux nations, peut à peine être vrai­ment réa­li­sé par des indi­vi­dus. L’œuvre mis­sion­naire elle-​même, au témoi­gnage de l’expérience, ne pou­vant non plus être accom­plie par des iso­lés, une voca­tion com­mune a ras­sem­blé des per­sonnes en des ins­ti­tuts dans les­quels, en met­tant en com­mun leurs forces, elles pour­ront rece­voir une for­ma­tion adap­tée et s’acquitter de cette œuvre au nom de l’Église et selon la volon­té de l’autorité hié­rar­chique. Depuis de nom­breux siècles, ces ins­ti­tuts ont por­té le poids du jour et de la cha­leur, soit qu’ils se vouent tota­le­ment au labeur mis­sion­naire, soit que cette acti­vi­té absorbe une par­tie seule­ment de leurs efforts. Souvent d’immenses ter­ri­toires leur ont été confiés par le Saint Siège pour être évan­gé­li­sés ; ils y ont ras­sem­blé pour Dieu un nou­veau peuple, une Église locale atta­chée à ses propres pas­teurs. Les Églises qu’ils ont fon­dées par leur sueur, bien plus encore par leur sang, ils seront à leur ser­vice par leur zèle et leur expé­rience en une col­la­bo­ra­tion fra­ter­nelle, ou en pre­nant la charge des âmes, ou en s’acquittant de fonc­tions spé­ciales en vue du bien commun.

Parfois, pour toute l’étendue d’une région, ils assu­me­ront cer­taines tâches plus urgentes, par exemple l’évangélisation de groupes humains ou de peuples qui n’auraient pas encore, pour diverses rai­sons, reçu le mes­sage évan­gé­lique, ou qui jusqu’ici lui ont résis­té [74].

Si besoin est, ils doivent être prêts à for­mer et à aider de leur expé­rience ceux qui se consacrent pour un temps à l’activité missionnaire.

Pour ces rai­sons, et du fait qu’il existe encore des peuples nom­breux qu’il faut ame­ner au Christ, les ins­ti­tuts demeurent abso­lu­ment nécessaires.

Ch. V. L’organisation de l’activité missionnaire

28. Introduction

Les chré­tiens, puisqu’ils ont des cha­rismes dif­fé­rents (cf. Rm 12, 6), doivent col­la­bo­rer à l’œuvre de l’Évangile, cha­cun selon ses pos­si­bi­li­tés, son apti­tude, son cha­risme et son minis­tère (cf. 1 Co 3, 10) ; tous par consé­quent, ceux qui sèment et ceux qui mois­sonnent (cf. Jn 4, 37), ceux qui plantent et ceux qui arrosent, il faut qu’ils soient un (cf. 1 Co 3, 8), afin que, ten­dant tous libre­ment et de manière ordon­née à la même fin [75] », ils dépensent leurs forces d’un même cœur pour l’édification de l’Église. C’est pour­quoi les tra­vaux des pré­di­ca­teurs de l’Évangile et l’aide des autres chré­tiens doivent être diri­gés et coor­don­nés de telle manière que « tout se fasse selon l’ordre » (1 Co 14, 40) dans tous les domaines de l’activité et de la coopé­ra­tion missionnaires.

29. Organisation générale

La charge d’annoncer l’Évangile par toute la terre étant en pre­mier lieu l’affaire du corps épis­co­pal [76], le synode des évêques ou « conseil stable d’évêques pour l’Église uni­ver­selle [77] » doit avoir, par­mi les affaires d’importance géné­rale [78], un sou­ci spé­cial de l’activité mis­sion­naire, qui est une charge très impor­tante et très sacrée de l’Église [79]. Pour toutes les mis­sions et pour toute l’activité mis­sion­naire, il faut qu’il n’y ait qu’un seul dicas­tère com­pé­tent, celui de la « Propagation de la foi », par lequel doivent être diri­gées et coor­don­nées par toute la terre l’œuvre mis­sion­naire et la coopé­ra­tion mis­sion­naire cepen­dant le droit des Églises orien­tales, étant sauf [80].

Bien que l’Esprit Saint sus­cite de diverses manières l’esprit mis­sion­naire dans l’Église de Dieu, bien qu’il ne soit pas rare que l’action de l’Esprit devance l’action de ceux à qui il appar­tient de gou­ver­ner la vie de l’Église, ce dicas­tère doit cepen­dant, pour sa part, pro­mou­voir la voca­tion et la spi­ri­tua­li­té mis­sion­naires, le zèle et la prière pour les mis­sions, et publier à leur sujet des infor­ma­tions authen­tiques et valables. C’est par lui que doivent être sus­ci­tés et répar­tis, selon les besoins plus urgents des régions, les mis­sion­naires. C’est par lui que doit être éta­bli un plan ration­nel d’action ; c’est de lui que doivent pro­ve­nir les normes direc­trices et les prin­cipes adap­tés pour l’évangélisation ; c’est par lui que doivent être don­nées les impul­sions. C’est par lui que doit être lan­cée et coor­don­née une col­lecte effi­cace de res­sources qui seront dis­tri­buées en tenant compte de la néces­si­té ou de l’utilité et de l’étendue des ter­ri­toires, du nombre des fidèles et des infi­dèles, des œuvres et des ins­ti­tuts, des ministres et des missionnaires.

En union avec le Secrétariat pour favo­ri­ser l’unité des chré­tiens, ce dicas­tère doit cher­cher les moyens de pro­cu­rer et d’organiser la col­la­bo­ra­tion fra­ter­nelle ain­si que la bonne entente avec les ini­tia­tives mis­sion­naires d’autres com­mu­nau­tés chré­tiennes, afin que le scan­dale de la divi­sion soit sup­pri­mé dans la mesure du possible.

Aussi est-​il néces­saire que ce dicas­tère soit autant un ins­tru­ment d’administration qu’un organe de direc­tion dyna­mique, qui use de méthodes scien­ti­fiques et de moyens adap­tés aux condi­tions de notre temps, c’est-à-dire en tenant compte de la recherche actuelle en théo­lo­gie, en métho­do­lo­gie et en pas­to­rale missionnaire.

Dans la direc­tion de ce dicas­tère doivent avoir une part active, avec voix déli­bé­ra­tive, des repré­sen­tants choi­sis de tous ceux qui col­la­borent à l’œuvre mis­sion­naire : des évêques du monde entier, après consul­ta­tion des confé­rences épis­co­pales ; des direc­teurs des ins­ti­tuts et des œuvres pon­ti­fi­cales, selon des modes et des méthodes à éta­blir par le Pontife romain. Tous ces repré­sen­tants, qui seront convo­qués à dates fixes, doivent assu­rer, sous l’autorité du Souverain Pontife, l’organisation suprême de toute l’œuvre missionnaire.

Un groupe per­ma­nent d’experts consul­teurs, de science ou d’expérience éprou­vées, à qui il appar­tien­dra entre autres choses de recueillir des nou­velles oppor­tunes sur la situa­tion locale des diverses régions et la men­ta­li­té des divers groupes humains, sur les méthodes d’évangélisation à employer, – et de pro­po­ser des conclu­sions scien­ti­fi­que­ment fon­dées pour l’œuvre et la coopé­ra­tion mis­sion­naires – doit être à la dis­po­si­tion de ce dicastère.

Les ins­ti­tuts de reli­gieuses, les œuvres régio­nales pour les mis­sions, les orga­ni­sa­tions de laïcs, par­ti­cu­liè­re­ment les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, doivent être repré­sen­tées de la manière qui convient.

30. Organisation locale dans les missions

Pour que dans l’exercice de l’œuvre mis­sion­naire elle-​même les buts soient atteints et les résul­tats obte­nus, tous ceux qui tra­vaillent à la mis­sion doivent avoir « un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32).

C’est le rôle de l’évêque, comme direc­teur et centre de l’unité dans l’apostolat dio­cé­sain, de pro­mou­voir l’activité mis­sion­naire, de la diri­ger, de la coor­don­ner, de telle manière pour­tant que soit sau­ve­gar­dée et encou­ra­gée la spon­ta­néi­té de ceux qui ont une part dans cette œuvre. Tous les mis­sion­naires, même les reli­gieux exempts, sont sou­mis à son auto­ri­té dans les diverses œuvres qui regardent l’exercice de l’apostolat sacré [81]. En vue d’une meilleure coor­di­na­tion, l’évêque doit consti­tuer, dans la mesure du pos­sible, un conseil pas­to­ral, dans lequel les clercs, les reli­gieux et les laïcs auront leur part par l’intermédiaire de délé­gués choi­sis. L’évêque doit veiller en outre à ce que l’activité apos­to­lique ne soit pas limi­tée aux seuls conver­tis, mais à ce qu’une part égale d’ouvriers et de sub­sides soit des­ti­née à l’évangélisation des non-chrétiens.

31. Coordination régionale

Les confé­rences épis­co­pales doivent trai­ter par des déli­bé­ra­tions com­munes des ques­tions plus graves et des pro­blèmes plus urgents, sans négli­ger cepen­dant les dif­fé­rences locales [82]. Pour qu’on ne dis­perse pas les res­sources insuf­fi­santes en per­sonnes et en res­sources ; pour qu’on ne mul­ti­plie pas sans néces­si­té les ini­tia­tives, il est recom­man­dé de fon­der, en met­tant en com­mun les forces, des œuvres qui ser­vi­ront au bien de tous, par exemple des sémi­naires, des écoles supé­rieures et tech­niques, des centres pas­to­raux, caté­ché­tiques, litur­giques ain­si que des centres de moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale.

Une coopé­ra­tion de ce genre doit être éta­blie, selon l’opportunité, même entre diverses confé­rences épiscopales.

32. Organisation de l’activité des instituts

Il est utile aus­si de coor­don­ner les acti­vi­tés menées par les ins­ti­tuts ou les asso­cia­tions ecclé­sias­tiques. Tous, de quelque genre qu’ils soient, en tout ce qui regarde l’activité mis­sion­naire elle-​même, doivent obéir à l’Ordinaire du lieu. Aussi sera-​t-​il très utile de conclure des conven­tions par­ti­cu­lières, qui régle­ront les rap­ports entre l’Ordinaire du lieu et le direc­teur de l’institut.

Quand un ter­ri­toire a été confié à un ins­ti­tut, le supé­rieur ecclé­sias­tique et l’institut auront à cœur de tout mettre en œuvre pour ce but : que la nou­velle com­mu­nau­té chré­tienne gran­disse et devienne une Église locale qui, en temps oppor­tun, sera gou­ver­née par son propre pas­teur avec son clergé.

Quand cesse le man­dat sur un ter­ri­toire, naît une nou­velle situa­tion. Alors les confé­rences épis­co­pales et les ins­ti­tuts doivent éta­blir, par déli­bé­ra­tion com­mune, les règles qui doivent régir les rap­ports entre les Ordinaires des lieux et les ins­ti­tuts [83]. Il appar­tient au Saint-​Siège d’esquisser les prin­cipes géné­raux selon les­quels les conven­tions régio­nales ou même par­ti­cu­lières doivent être conclues.

Même si les ins­ti­tuts sont prêts à conti­nuer l’œuvre com­men­cée, en col­la­bo­rant au minis­tère ordi­naire du soin des âmes, cepen­dant, à mesure que croî­tra le cler­gé local, il fau­dra veiller à ce que les ins­ti­tuts, dans la mesure com­pa­tible avec leur but, demeurent fidèles au dio­cèse lui-​même, en y assu­mant géné­reu­se­ment des œuvres spé­ciales ou une région déterminée.

33. Coordination entre les instituts

Il faut que les ins­ti­tuts, qui dans le même ter­ri­toire s’appliquent à l’activité mis­sion­naire, trouvent les voies et les modes selon les­quels leurs œuvres seront coor­don­nées. C’est pour­quoi sont de très grande uti­li­té les confé­rences de reli­gieux et les unions de reli­gieuses, dans les­quelles tous les ins­ti­tuts d’une même nation ou d’une même région ont leur part. Ces confé­rences doivent recher­cher ce qui peut être fait en met­tant en com­mun les efforts ; elles doivent entre­te­nir d’étroites rela­tions avec les confé­rences épiscopales.

Tout cela, il convient de l’étendre pour une rai­son sem­blable à la col­la­bo­ra­tion des ins­ti­tuts mis­sion­naires dans le pays dont ils sont ori­gi­naires, en sorte que les ques­tions et les ini­tia­tives com­munes puissent être réso­lues plus faci­le­ment et à moindre frais, comme la for­ma­tion doc­tri­nale des futurs mis­sion­naires, les cours pour les mis­sion­naires, les rap­ports à envoyer aux auto­ri­tés publiques ou aux organes inter­na­tio­naux et supranationaux.

34. Coordination entre les ins­ti­tuts scientifiques

L’exercice régu­lier et ordon­né de l’activité mis­sion­naire exi­geant que les ouvriers évan­gé­liques soient pré­pa­rés scien­ti­fi­que­ment à leur mis­sion, par­ti­cu­liè­re­ment au dia­logue avec les reli­gions et les cultures non chré­tiennes, – et que dans l’exécution elle-​même ils soient aidés effi­ca­ce­ment, on désire que, en faveur des mis­sions, col­la­borent fra­ter­nel­le­ment et géné­reu­se­ment entre eux les divers ins­ti­tuts scien­ti­fiques qui cultivent la mis­sio­lo­gie et d’autres dis­ci­plines ou tech­niques utiles aux mis­sions, comme l’ethnologie et la lin­guis­tique, l’histoire et la science des reli­gions, la socio­lo­gie, les tech­niques pas­to­rales, et autres choses semblables.

Ch. VI. La coopération

35. Introduction

L’Église étant tout entière mis­sion­naire, et l’œuvre de l’évangélisation étant un devoir fon­da­men­tal du Peuple de Dieu, le saint Concile invite tous les chré­tiens à une pro­fonde réno­va­tion inté­rieure, afin qu’ayant une conscience vive de leur propre res­pon­sa­bi­li­té dans la dif­fu­sion de l’Évangile, ils assument leur part dans l’œuvre mis­sion­naire auprès des nations.

36. Devoir mis­sion­naire du Peuple de Dieu tout entier

Comme membres du Christ vivant, auquel ils ont été incor­po­rés et confi­gu­rés par le bap­tême ain­si que par la confir­ma­tion et l’Eucharistie, tous les fidèles sont tenus de coopé­rer à l’expansion et au déve­lop­pe­ment de son Corps, pour l’amener le plus vite pos­sible à sa plé­ni­tude (Ep 4, 13).

C’est pour­quoi tous les fils de l’Église doivent avoir une vive conscience de leur res­pon­sa­bi­li­té à l’égard du monde, nour­rir en eux un esprit véri­ta­ble­ment catho­lique et dépen­ser leurs forces pour l’œuvre de l’évangélisation. Cependant, que tous le sachent, leur pre­mier et leur plus impor­tant devoir pour la dif­fu­sion de la foi, c’est de vivre pro­fon­dé­ment leur vie chré­tienne. Car leur fer­veur au ser­vice de Dieu, leur cha­ri­té à l’égard des autres appor­te­ront un nou­veau souffle spi­ri­tuel à l’Église tout entière, qui appa­raî­tra comme un signal levé sur les nations (cf. Is 11, 12), « lumière du monde » (Mt 5, 14) et « sel de la terre » (Mt 5, 13). Ce témoi­gnage de la vie obtien­dra plus faci­le­ment son effet s’il est ren­du avec d’autres groupes chré­tiens, selon les normes du décret sur l’œcuménisme [84].

Cet esprit renou­ve­lé amè­ne­ra à offrir spon­ta­né­ment à Dieu des prières et des œuvres de péni­tence pour qu’il féconde de sa grâce l’œuvre des mis­sion­naires ; il amè­ne­ra l’éclosion de voca­tions mis­sion­naires, et l’afflux des res­sources dont les mis­sions ont besoin.

Pour que tous et cha­cun des chré­tiens connaissent exac­te­ment la situa­tion pré­sente de l’Église dans le monde, et qu’ils entendent la voix des mul­ti­tudes qui crient : « Viens à notre aide » (cf. Ac 16, 9), on don­ne­ra, en employant les moyens modernes de com­mu­ni­ca­tion sociale, des nou­velles mis­sion­naires telles que, pre­nant conscience de ce que l’activité mis­sion­naire est la leur, ils ouvrent leur cœur aux besoins si immenses et si pro­fonds des hommes et puissent leur venir en aide.

Nécessaire aus­si est la coor­di­na­tion des infor­ma­tions et la coopé­ra­tion avec les organes natio­naux et internationaux.

37. Devoir mis­sion­naire des com­mu­nau­tés chrétiennes

Puisque le Peuple de Dieu vit dans des com­mu­nau­tés, dio­cé­saines et parois­siales sur­tout, et que c’est dans ces com­mu­nau­tés que d’une cer­taine manière il se montre visible, c’est aus­si aux com­mu­nau­tés qu’il appar­tient de rendre témoi­gnage au Christ devant les nations.

La grâce de la réno­va­tion ne peut croître dans des com­mu­nau­tés à moins que cha­cune d’entre elles n’étende le rayon de sa cha­ri­té jusqu’aux extré­mi­tés de la terre, et qu’elle n’ait, pour ceux qui sont loin, une sol­li­ci­tude sem­blable à celle qu’elle a pour ceux qui sont ses propres membres.

C’est ain­si que la com­mu­nau­té tout entière prie, coopère, exerce une acti­vi­té par­mi les nations, par l’intermédiaire de ses fils que Dieu choi­sit pour une tâche si magnifique.

Il serait très utile, pour­vu qu’on ne laisse pas de côté l’œuvre mis­sion­naire uni­ver­selle, de gar­der contact avec les mis­sion­naires issus de la com­mu­nau­té elle-​même, ou avec une paroisse ou un dio­cèse des mis­sions, afin que devienne visible la com­mu­nion entre les com­mu­nau­tés, et que cela tourne à l’édification mutuelle.

38. Devoir mis­sion­naire des évêques

Tous les évêques, en tant que membres du corps épis­co­pal qui suc­cède au col­lège des Apôtres, ont été consa­crés non seule­ment pour un dio­cèse déter­mi­né, mais pour le salut du monde entier. Le com­man­de­ment du Christ de prê­cher l’Évangile à toute créa­ture (Mc 16, 15) les atteint en pre­mier lieu et direc­te­ment, en union avec Pierre et sous l’autorité de Pierre. De là naît cette com­mu­nion et coopé­ra­tion entre Églises aujourd’hui si néces­saire pour conti­nuer l’œuvre de l’évangélisation. En ver­tu de cette com­mu­nion, cha­cune des Églises porte la sol­li­ci­tude de toutes les autres ; les Églises se font connaître réci­pro­que­ment leurs propres besoins ; elles se com­mu­niquent mutuel­le­ment leurs biens, puisque l’extension du Corps du Christ est la charge du col­lège épis­co­pal tout entier [85].

Dans son dio­cèse, avec lequel il ne fait qu’un, l’évêque, quand il anime, fait avan­cer, dirige l’œuvre mis­sion­naire, rend pré­sents et pour ain­si dire visibles l’esprit et l’ardeur mis­sion­naires du Peuple de Dieu, en sorte que le dio­cèse tout entier devient missionnaire.

Il appar­tien­dra à l’évêque d’éveiller dans son peuple, sur­tout par­mi les infirmes et les affli­gés, des âmes qui offrent à Dieu, de tout leur cœur, pour l’évangélisation du monde, prières et œuvres de péni­tence ; d’encourager volon­tiers les voca­tions de jeunes et de clercs pour les ins­ti­tuts mis­sion­naires, accep­tant avec recon­nais­sance que Dieu en choi­sisse quelques-​uns qui entre­ront dans l’activité mis­sion­naire de l’Église ; d’exhorter et d’aider les congré­ga­tions dio­cé­saines à assu­mer leur part propre dans les mis­sions ; de pro­mou­voir auprès de ses fidèles les œuvres des ins­ti­tuts mis­sion­naires, mais par­ti­cu­liè­re­ment les Œuvres pon­ti­fi­cales mis­sion­naires. Car c’est à ces œuvres qu’à bon droit doit être attri­buée la pre­mière place, puisqu’elles sont des moyens pour péné­trer les catho­liques, dès leur enfance, d’un esprit vrai­ment uni­ver­sel et mis­sion­naire, et pour pro­vo­quer une col­lecte effi­cace de fonds au pro­fit de toutes les mis­sions, selon les besoins de cha­cune [86].

Puisque de jour en jour aug­mente le besoin d’ouvriers pour la vigne du Seigneur, et que des prêtres dio­cé­sains dési­rent avoir eux aus­si un rôle tou­jours plus grand dans l’évangélisation du monde, le saint Concile sou­haite vive­ment que les évêques, réflé­chis­sant à la très grave pénu­rie de prêtres qui empêche l’évangélisation de nom­breuses régions, envoient à des dio­cèses man­quant de cler­gé quelques-​uns de leurs meilleurs prêtres qui se pro­posent pour l’œuvre mis­sion­naire, et leur fassent don­ner la pré­pa­ra­tion néces­saire ; ces prêtres y accom­pli­ront en esprit de ser­vice, au moins pour une période, le minis­tère des mis­sions [87].

Pour que l’activité mis­sion­naire des évêques puisse s’exercer plus effi­ca­ce­ment au pro­fit de l’Église tout entière, il est utile que les confé­rences épis­co­pales règlent les affaires qui ont trait à la coopé­ra­tion bien orga­ni­sée de leur propre région.

Dans leurs confé­rences, que les évêques traitent des prêtres du cler­gé dio­cé­sain à consa­crer à l’évangélisation des nations ; de la somme déter­mi­née, pro­por­tion­née à ses propres reve­nus, que chaque dio­cèse est tenu de ver­ser chaque année pour l’œuvre des mis­sions [88]; de la régle­men­ta­tion et de l’organisation des modes et des moyens qui viennent direc­te­ment en aide aux mis­sions ; de l’aide à appor­ter aux ins­ti­tuts mis­sion­naires et aux sémi­naires de cler­gé dio­cé­sain pour les mis­sions, et, si besoin est, de leur fon­da­tion ; de l’encouragement à don­ner à des liens plus étroits entre des ins­ti­tuts de ce genre et les diocèses.

Il appar­tient de même aux confé­rences épis­co­pales d’établir et de pro­mou­voir les œuvres qui per­mettent de rece­voir fra­ter­nel­le­ment et d’entourer d’un soin pas­to­ral conve­nable, ceux qui pour cause de tra­vail et d’étude quittent les ter­ri­toires de mis­sion pour vivre à l’étranger. C’est par ces immi­grants que les peuples éloi­gnés deviennent proches d’une cer­taine manière, et qu’aux com­mu­nau­tés qui sont chré­tiennes de longue date, est offerte l’occasion d’entreprendre le dia­logue avec les nations qui n’ont pas encore enten­du l’Évangile, et de leur mon­trer, dans le ser­vice d’amour et d’aide qui leur est propre, l’authentique visage du Christ [89].

39. Devoir mis­sion­naire des prêtres

Les prêtres repré­sentent le Christ et sont les col­la­bo­ra­teurs de l’ordre épis­co­pal dans la triple fonc­tion sacrée qui, par sa nature même, a trait à la mis­sion de l’Église [90]. Ils doivent donc com­prendre à fond que leur vie a été consa­crée aus­si au ser­vice des mis­sions. Puisque par leur minis­tère propre – qui consiste prin­ci­pa­le­ment dans l’Eucharistie, laquelle donne à l’Église sa per­fec­tion – ils sont en com­mu­nion avec le Christ Tête et amènent d’autres êtres à cette com­mu­nion, ils ne peuvent pas ne pas sen­tir com­bien il manque encore à la plé­ni­tude du Corps, et par consé­quent tout ce qu’il fau­drait faire pour qu’il s’accroisse de jour en jour. Ils ordon­ne­ront donc leur sol­li­ci­tude pas­to­rale de manière qu’elle soit utile à l’expansion de l’Évangile chez les non-chrétiens.

Dans leur charge pas­to­rale, les prêtres sti­mu­le­ront et entre­tien­dront par­mi les fidèles le zèle pour l’évangélisation du monde, en les ins­trui­sant par la caté­chèse et la pré­di­ca­tion de la charge qu’a l’Église d’annoncer le Christ aux nations ; en ensei­gnant aux familles chré­tiennes la néces­si­té et l’honneur de culti­ver des voca­tions mis­sion­naires par­mi leurs propres fils et filles ; en encou­ra­geant chez les jeunes des écoles et des asso­cia­tions catho­liques la fer­veur mis­sion­naire, en sorte que de futurs pré­di­ca­teurs de l’Évangile sortent de ce milieu. Ils doivent apprendre aux fidèles à prier pour les mis­sions ; ne pas rou­gir de leur deman­der des aumônes pour les mis­sions, se fai­sant comme des men­diants pour le Christ et le salut des âmes [91].

Les pro­fes­seurs des sémi­naires et des uni­ver­si­tés ensei­gne­ront aux jeunes la véri­table situa­tion du monde et de l’Église, pour que la néces­si­té d’une évan­gé­li­sa­tion plus pous­sée des non-​chrétiens res­sorte mieux à leurs yeux et nour­risse leur zèle. Dans l’enseignement des dis­ci­plines dog­ma­tiques, bibliques, morales et his­to­riques, ils devront mettre en lumière les aspects mis­sion­naires qui y sont conte­nus, afin que de cette manière la conscience mis­sion­naire se forme chez les futurs prêtres.

40. Devoir mis­sion­naire des ins­ti­tuts de perfection

Les ins­ti­tuts reli­gieux, de vie contem­pla­tive et active, ont eu jusqu’ici et ont une très grande part dans l’évangélisation du monde. Leurs mérites, le saint Concile les recon­naît de grand cœur, et rend grâces à Dieu pour tant de sacri­fies accep­tés pour la gloire de Dieu et le ser­vice des âmes ; il les exhorte à per­sé­vé­rer sans défaillance dans l’œuvre com­men­cée, puisqu’ils savent que la ver­tu de cha­ri­té, qu’ils sont tenus de pra­ti­quer de façon plus par­faite du fait de leur voca­tion, les pousse et les oblige à un esprit et à un tra­vail vrai­ment catho­liques [92].

Les ins­ti­tuts de vie contem­pla­tive, par leurs prières, leurs œuvres de péni­tence, leurs épreuves, ont une très grande impor­tance dans la conver­sion des âmes, puisque c’est Dieu qui envoie à notre prière, des ouvriers dans sa mois­son (cf. Mt 9, 38), ouvre les cœurs des non-​chrétiens pour qu’ils écoutent l’Évangile (cf. Ac 16, 14) et rend féconde dans leurs cœurs la parole du salut (cf. 1 Co 3, 7). Bien plus, ces ins­ti­tuts sont invi­tés à fon­der des mai­sons dans les ter­ri­toires des mis­sions, comme un cer­tain nombre l’ont fait déjà, afin que, y menant leur vie d’une manière adap­tée aux tra­di­tions authen­ti­que­ment reli­gieuses des peuples, ils rendent par­mi les non-​chrétiens un magni­fique témoi­gnage de la majes­té et de la cha­ri­té de Dieu, et de l’union dans le Christ.

Les ins­ti­tuts de vie active, qu’ils pour­suivent ou non une fin stric­te­ment mis­sion­naire, doivent se poser sin­cè­re­ment devant Dieu la ques­tion de savoir s’ils peuvent étendre leur acti­vi­té en vue de l’expansion du règne de Dieu par­mi les nations ; s’ils peuvent lais­ser à d’autres cer­tains minis­tères, de façon à dépen­ser leurs forces pour les mis­sions ; s’ils peuvent entre­prendre une acti­vi­té dans les mis­sions, en adap­tant, si c’est néces­saire, leurs consti­tu­tions, mais cepen­dant selon l’esprit du fon­da­teur ; si leurs membres prennent part selon leurs forces à l’activité mis­sion­naire ; si leur façon habi­tuelle de vivre est un témoi­gnage de l’Évangile, vrai­ment adap­té au carac­tère et à la situa­tion du peuple.

Puisque, sous l’inspiration du Saint-​Esprit, s’accroissent de jour en jour dans l’Église les ins­ti­tuts sécu­liers, leur aide, sous l’autorité de l’évêque, peut être fruc­tueuse dans les mis­sions à des titres mul­tiples, comme signe d’un don plé­nier à l’évangélisation du monde.

41. Devoir mis­sion­naire des laïcs

Les laïcs coopèrent à l’œuvre d’évangélisation de l’Église et par­ti­cipent à titre de témoins, et en même temps d’instruments vivants à sa mis­sion sal­vi­fique [93], sur­tout si, appe­lés par Dieu, ils sont affec­tés par les évêques à cette œuvre.

Dans les terres déjà chré­tiennes, les laïcs coopèrent à l’œuvre de l’évangélisation en déve­lop­pant en eux-​mêmes et chez les autres la connais­sance et l’amour des mis­sions, en sus­ci­tant des voca­tions dans leur propre famille, dans les asso­cia­tions catho­liques et les écoles, en offrant des sub­sides de toute sorte, afin que le don de la foi qu’ils ont reçu gra­tui­te­ment puisse être aus­si trans­mis à d’autres.

Dans les ter­ri­toires des mis­sions, les laïcs, soit étran­gers soit autoch­tones, doivent ensei­gner dans les écoles, avoir la ges­tion des affaires tem­po­relles, col­la­bo­rer à l’activité parois­siale et dio­cé­saine, éta­blir et pro­mou­voir les diverses formes de l’apostolat des laïcs, pour que les fidèles des jeunes Églises puissent assu­rer le plus vite pos­sible leur propre part dans la vie de l’Église [94].

Enfin les laïcs doivent appor­ter volon­tiers leur coopé­ra­tion économico-​sociale aux peuples en voie de déve­lop­pe­ment ; cette coopé­ra­tion est d’autant plus à louer qu’elle vise à fon­der des ins­ti­tuts qui atteignent les struc­tures fon­da­men­tales de la vie sociale, ou sont des­ti­nés à la for­ma­tion de ceux qui ont la res­pon­sa­bi­li­té de la chose publique.

Sont dignes d’une louange spé­ciale ceux qui, dans les uni­ver­si­tés ou les ins­ti­tuts scien­ti­fiques, font avan­cer, par leurs recherches his­to­riques ou scientifico-​religieuses, la connais­sance des peuples et des reli­gions, aidant les pré­di­ca­teurs de l’Évangile et pré­pa­rant le dia­logue avec les non-chrétiens.

Avec les autres chré­tiens, avec les non-​chrétiens, par­ti­cu­liè­re­ment avec les membres des asso­cia­tions inter­na­tio­nales, ils doivent col­la­bo­rer fra­ter­nel­le­ment, ayant tou­jours devant les yeux que « la construc­tion de la cité ter­restre doit être fon­dée sur le Seigneur et orien­tée vers lui [95] ».

Pour s’acquitter de toutes ces tâches, les laïcs ont besoin d’une indis­pen­sable pré­pa­ra­tion tech­nique et spi­ri­tuelle, qui doit être don­née dans des ins­ti­tuts spé­cia­li­sés, pour que leur vie soit un témoi­gnage pour le Christ par­mi les non-​chrétiens selon ce mot de l’apôtre : « Ne don­nez scan­dale ni aux Juifs ni aux Grecs ni à l’Église de Dieu, tout comme moi je m’efforce de plaire à tous en tout, ne cher­chant pas mon propre inté­rêt, mais celui du plus grand nombre, afin qu’ils soient sau­vés » (1 Co 10, 32–33).

Conclusion

42. Les Pères du Concile, en union avec le Pontife romain, sen­tant très pro­fon­dé­ment le devoir d’étendre par­tout le règne de Dieu, saluent avec toute leur affec­tion tous les mes­sa­gers de l’Évangile, ceux sur­tout qui pour le nom du Christ souffrent la per­sé­cu­tion, et ils s’associent à leurs souf­frances [96].

Ils sont enflam­més eux aus­si du même amour dont le Christ a brû­lé pour les hommes. Conscients que c’est Dieu qui fait que son règne advienne sur la terre, ils répandent leurs prières avec tous les fidèles du Christ pour que, par l’intercession de la Vierge Marie, Reine des Apôtres, les nations soient ame­nées le plus tôt pos­sible à la connais­sance de la véri­té (1 Tm 2, 4), et que la gloire de Dieu qui res­plen­dit sur la face du Christ com­mence à luire pour tous par le Saint-​Esprit (2 Co 4, 6).

Tout l’ensemble et cha­cun des points qui ont été édic­tés dans ce décret ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en ver­tu du pou­voir apos­to­lique que Nous tenons du Christ, en union avec les véné­rables Pères, Nous les approu­vons, arrê­tons et décré­tons dans le Saint-​Esprit, et Nous ordon­nons que ce qui a été éta­bli en Concile soit pro­mul­gué pour la gloire de Dieu.

Rome, à Saint-​Pierre, le 7 décembre 1965

Moi, Paul, évêque de l’Église catholique

(Suivent les signa­tures des Pères)

Signatures des Pères

Moi, PAUL, évêque de l’Église catho­lique
† Ego FRANCISCUS titu­lo Ss. Ioannis et Pauli Presbyter Cardinalis SPELLMAN, Archiepiscopus Neo-​Eboracensis.
† Ego IACOBUS titu­lo Ss. Bonifacii et Alexii Presbyter Cardinalis DE BARROS CÂMARA, Archiepiscopus S. Sebastiani Fluminis Ianuarii.
† Ego IOSEPHUS titu­lo S. Ioannis ante Portam Latinam Presbyter Cardinalis FRINGS, Archiepiscopus Coloniensis.
† Ego ERNESTUS titu­lo S. Sabinae Presbyter Cardinalis RUFFINI, Archiepiscopus Panormitanus.
† Ego ANTONIUS titu­lo S. Laurentii in Panisperna Presbyter Cardinalis CAGGIANO, Archiepiscopus Bonaërensis.
Ego PETRUS titu­lo S. Praxedis Presbyter Cardinalis CIRIACI.
† Ego MAURITIUS titu­lo S. Mariae de Pace Presbyter Cardinalis FELTIN, Archiepiscopus Parisiensis.
† Ego IOSEPHUS titu­lo S. Mariae de Victoria Presbyter Cardinalis SIRI, Archiepiscopus Ianuensis.
† Ego STEPHANUS titu­lo S. Mariae Trans Tiberim Presbyter Cardinalis WYSZYNSKI, Archiepiscopus Gnesnensis et Varsaviensis, Primas Poloniae.
† Ego BENIAMINUS titu­lo S. Vitalis Presbyter Cardinalis DE ARRIBA Y CASTRO, Archiepiscopus Tarraconensis.
† Ego FERDINANDUS titu­lo S. Augustini Presbyter Cardinalis QUIROGA Y PALACIOS, Archiepiscopus Compostellanus.
† Ego PAULUS AEMILIUS titu­lo S. Mariae Angelorum in Thermis Presbyter Cardinalis LEGER, Archiepiscopus Marianopolitanus.
† Ego IOSEPHUS HUMBERTUS titu­lo Ss. Andreae et Gregorii ad Clivum Scauri Presbyter Cardinalis QUINTERO, Archiepiscopus Caracensis.
† Ego ALOISIUS titu­lo S. Mariae Novae Presbyter Cardinalis CONCHA, Archiepiscopus Bogotensis.
Ego IOSEPHUS titu­lo S. Priscae Presbyter Cardinalis DA COSTA NUNES.
Ego HILDEBRANDUS titu­lo S. Sebastiani ad Catacumbas Presbyter Cardinalis ANTONIUTTI.
Ego EPHRAEM titu­lo S. Crucis in Hierusalem Presbyter Cardinalis FORNI.
† Ego IOANNES titu­lo S. Mariae de Aracoeli Presbyter Cardinalis LANDAZURI RICKETTS, Archiepiscopus Limanus, Primas Peruviae.
† Ego RADULFUS titu­lo S. Bernardi ad Thermas Presbyter Cardinalis SILVA HENRIQUEZ, Archiepiscopus S. Iacobi in Chile.
† Ego LEO IOSEPHUS titu­lo S. Petri ad Vincula Presbyter Cardinalis SUENENS, Archiepiscopus Mechliniensis-​Bruxellensis.
† Ego IOSEPHUS titu­lo S. Athanasii Presbyter Cardinalis SLIPYI, Archiepiscopus Maior Ucrainorum.
† Ego LAURENTIUS titu­lo S. Leonis I Presbyter Cardinalis JAEGER, Archiepiscopus Paderbornensis.
† Ego IOSEPHUS titu­lo S. Crucis in via Flaminia Presbyter Cardinalis BERAN, Archiepiscopus Pragensis.
† Ego MAURITIUS titu­lo D.nae N.ae de SS. Sacramento et Martyrum Canadensium Presbyter Cardinalis ROY, Archiepiscopus Quebecensis, Primas Canadiae.
† Ego IOSEPHUS titu­lo S. Teresiae Presbyter Cardinalis MARTIN, Archiepiscopus Rothomagensis.
† Ego AUDOËNUS titu­lo S. Praxedis Presbyter Cardinalis MCCANN, Archiepiscopus Civitatis Capitis.
† Ego LEO STEPHANUS titu­lo S. Balbinae Presbyter Cardinalis DUVAL, Archiepiscopus Algeriensis.
† Ego ERMENEGILDUS titu­lo Reginae Apostolorum Presbyter Cardinalis FLORIT, Archiepiscopus Florentinus.
† Ego FRANCISCUS titu­lo Ss. Petri et Pauli in via Ostiensi Presbyter Cardinalis ŠEPER, Archiepiscopus Zagrabiensis.
Ego CAROLUS S. Mariae in Porticu Diaconus Cardinalis JOURNET.
† Ego ALBERTUS GORI, Patriarcha Hierosolymitanus Latinorum.
† Ego PAULUS II CHEIKHO, Patriarcha Babylonensis Chaldaeorum.
† Ego IGNATIUS PETRUS XVI BATANIAN, Patriarcha Ciliciae Armenorum.
† Ego IOSEPHUS VIEIRA ALVERNAZ, Patriarcha Indiarum Orientalium.
† Ego IOANNES CAROLUS MCQUAID, Archiepiscopus Dublinensis, Primas Hiberniae.
† Ego ANDREAS ROHRACHER, Archiepiscopus Salisburgensis, Primas Germaniae.
† Ego DEMETRIUS MOSCATO, Archiepiscopus Primas Salernitanus et Administrator Perpetuus Acernensis.
† Ego HUGO CAMOZZO, Archiepiscopus Pisanus et Primas Sardiniae et Corsicae.
† Ego ALEXANDER TOKI , Archiepiscopus Antibarensis et Primas Serbiae.
† Ego MICHAEL DARIUS MIRANDA, Archiepiscopus Mexicanus, Primas Mexici.
† Ego FRANCISCUS MARIA DA SILVA, Archiepiscopus Bracharensis, Primas Hispaniarum.
† Ego PAULUS GOUYON, Archiepiscopus Rhedonensis, Primas Britanniae.
† Ego ERNESTUS SENA DE OLIVEIRA, Archiepiscopus Conimbricensis.

Sequuntur cete­rae sub­si­gna­tiones.
Ita est.
† Ego PERICLES FELICI, Archiepiscopus tit. Samosatensis, Ss. Concilii Secretarius Generalis
† Ego IOSEPHUS ROSSI, Episcopus tit. Palmyrenus, Ss. Concilii Notarius
† Ego FRANCISCUS HANNIBAL FERRETTI, Ss. Concilii Notarius

Notes de bas de page

  1. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 48 (1965), p. 53.[]
  2. Saint Augustin, Enarr. in Ps. 44, 23 : PL 36, 508 ; CChr 38, 510.[]
  3. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 2 (1965), p. 5–6.[]
  4. Saint Irénée, Adv. Haer., III, 18, 1 : « Le Verbe exis­tant auprès de Dieu, par qui tout a été fait, et qui était tou­jours pré­sent dans le genre humain » : PG 7, 932. – Idem, IV, 6, 7 : « Depuis le début le Fils, pré­sent dans sa créa­tion, révèle le Père à tous ceux à qui le veut, quand le veut et comme le veut le Père » : PG 7, 990. – Idem, IV, 20, 6 et 7 : PG 7, 1037. – Idem, Demonstration, n. 34 : PO XII, 773 ; Sources chr. 62, Paris, 1958, p. 87. – Clément d’Alexandrie, Protreptique, 112, 1 : GCS Clemens, I, 79. – Idem Stromates, VI, 6, 44, 1 : GCS Clemens, II, 453, VI ; 13, 106, 3–4 ; idem, 485. – Sur la doc­trine elle-​même, cf. Pie XII, Message radio­pho­nique du 31 décembre 1952. – Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 16 (1965), p. 20.[]
  5. He 1, 2 ; Jn 1, 3.10 ; 1 Co 8, 6 ; Col 1, 16.[]
  6. Saint Athanase, Lettre à Épictète, 7 : PG 26, 1060. – Saint Cyrille de Jérusalem, Catech. 4, 9 (PG 33, 465). – Marius Victorinus, Adv. Arium 3, 3 : PL 8, 1101. – Saint Basile, Lettre 261, 2 : PG 32, 969. – Saint Grégoire de Naziance, Lettre 101 : PG 37, 181. – Saint Grégoire de Nysse, Antirrheticus, Adv. Apolin. 17 : PG 45, 1156. – Saint Ambroise, Lettre 48, 5 : PL 16, 1153. – Saint Augustin, Tract. in Io., tr. 23, 6 : PL 35, 1585 ; CChr 36, 236. – En outre, c’est cet argu­ment qui lui sert à démon­trer que le Saint Esprit ne nous a pas rache­tés puisqu’il ne s’est pas incar­né : De Agone Christ. 22, 24 : PL 40, 302. – Saint Cyrille d’Alexandrie, Adv. Nestor. I, 1 : PG 76, 20. – Saint Fulgence, Épître 17, 3, 5 : PL 65, 454. – Idem, Ad Trasimundum III, 21 : PL 65, 284 : De tris­ti­tia et timore.[]
  7. C’est l’Esprit Saint qui a par­lé par les pro­phètes : Symb. de Constantinople : Denz. 150, 86. – Saint Léon le Grand, Sermon 76 : PL 54, 405–406 : « Quand au jour de la Pentecôte l’Esprit Saint rem­plit les dis­ciples du Seigneur, ce ne fut pas le début d’un don mais une lar­gesse sur­ajou­tée à d’autres : les patriarches, les pro­phètes, les prêtres, les saints qui vécurent aux temps anciens ont été nour­ris du même Esprit sanc­ti­fiant… bien que la mesure des dons ait été dif­fé­rente ». De même le Sermon 77, 1 : PL 54, 412. – Léon XIII, Divinum illud : AAS (1897), p. 650–651. De même Saint Jean Chrysostome, bien qu’il insiste sur la nou­veau­té de la mis­sion du Saint-​Esprit au jour de la Pentecôte : In Eph. c. 4, hom. 10, 1 : PG 62, 75.[]
  8. Les saints Pères parlent sou­vent de Babel et de la Pentecôte : Origène, In Genesim, c. 1 (PG 12, 112) ; Saint Grégoire de Naziance, Oratio 41, 16 : PG 26, 449 ; Saint Jean Chrysostome, Hom. 2 pour la Pentecôte 2 : PG 50, 467 ; In Acta Apost. : PG 60, 44 ; Saint Augustin, Enar. in Ps. 54, 11 : PL 36, 636 ; CChr 39, 664 s. ; Sermon 271 : PL 38, 1245 ; Saint Cyrille d’Alexandrie, Glaphyra in Genesim II : PG 699, 79 ; Saint Grégoire le Grand, Hom. in Evang., lib. II, Hom. 30, 4 : PL 76, 1222 ; Saint Bède, In Hexaemer., liv. III : PL 91, 125. Voir aus­si la repré­sen­ta­tion dans l’atrium de la basi­lique Saint-​Marc à Venise. L’Église parle toutes les langues et ain­si ras­semble tous les hommes dans la catho­li­ci­té de la foi : Saint Augustin, Sermons 266, 267, 268, 269 : PL 65, 743–744, Sermon 175, 3 : PL 38, 946 ; Saint Jean Chrysostome, In Epist. 1 ad Cor., hom. 35 : PG 61, 296 ; Saint Cyrille d’Alexandrie, Fragm. in Acta : PG 74, 758 ; Saint Fulgence, Sermon 8, 2–3 : PL 65, 743–744. Sur la Pentecôte comme consé­cra­tion des Apôtres à la mis­sion, cf. J. A. Cramer, Catena in Acta SS. Apostolorum, Oxford, 1838, p. 24 s.[]
  9. Lc 3, 22 ; 4, 1 ; Ac 10, 38.[]
  10. Jn 14–17 ; Paul VI, Discours pro­non­cé au Concile, le 14 sep­tembre 1964 : AAS (1964), p. 807.[]
  11. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 4 : AAS (1965), p. 7.[]
  12. Saint Augustin, Sermon 267, 4 : PL 38, 1231 : « Ce que fait l’âme dans tous les membres d’un même corps, le Saint-​Esprit le fait dans l’Église tout entière. » – Cf. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium, n. 7 avec la note 8 : AAS (1965), p. 11.[]
  13. Ac 10, 44–47 ; 11, 15 ; 15, 8.[]
  14. Ac 4, 8 ; 5, 32 ; 8, 26.29.39 ; 9, 31 ; 10 ; 11, 24.28 ; 13, 2.4.9 ; 16, 6–7 ; 20, 22–23 ; 21, 11, etc.[]
  15. Tertullien, Apologeticum, 50, 13 : PL 1, 534 ; CChr 1, 171.[]
  16. Déjà Saint Thomas parle de la charge apos­to­lique de plan­ter l’Église : cf. Sent., liv. I, dist. 16, q. 1, a. 2, ad 2 et 4 ; a. 3 sol. ; Somme théo­lo­gique I, q. 43, a. 7 ad 6 ; I‑II, q. 106, a. 4, ad 4. – Cf. Benoît XV, Maximum illud, 30 novembre 1919 : AAS (1919), p. 445 et 453. – Pie XI, Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926), p. 74). – Pie XII, 30 avril 1939, aux direct. des Œuvres Pontif. Missionnaires ; id., 24 juin 1944, aux direct. des Œuvres Pontif. Missionnaires : AAS 38 (1944), p. 210 ; de nou­veau : AAS 42 (1950), p. 727, et 43 (1951), p. 508 ; id., 29 juin 1948 au cler­gé indi­gène : AAS 40 (1948), p. 374 ; id., Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 507 ; id., Fidei donum, 15 jan­vier 1957 : AAS 49 (1957), p. 236. – Jean XXIII, Princeps pas­to­rum, 28 novembre 1959 : AAS 56 (1959), p. 835. – Paul VI, homé­lie du 18 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 911. Les papes aus­si bien que les Pères et les sco­las­tiques parlent sou­vent de l’expansion de l’Église : Saint Thomas, Comment. sur Matt. 16, 28 ; Léon XIII, Sancta Dei Civitas : ASS (1880), p. 241 ; Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 442 ; Pie XI, Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926), p. 65.[]
  17. Dans cette notion de l’activité mis­sion­naire sont incluses en toute réa­li­té, comme il est évident, même ces par­ties de l’Amérique latine dans les­quelles n’existe pas de hié­rar­chie propre, et où ne se trouvent ni une matu­ri­té de vie chré­tienne ni une pré­di­ca­tion suf­fi­sante de l’Évangile. La ques­tion de savoir si ces ter­ri­toires sont recon­nus de fait par le Saint-​Siège comme des ter­ri­toires mis­sion­naires n’est pas du res­sort du Concile. C’est pour­quoi rela­ti­ve­ment au lien entre la notion de l’activité mis­sion­naire et cer­tains ter­ri­toires déter­mi­nés, on dit à juste titre que cette acti­vi­té s’exerce « d’ordinaire » dans des ter­ri­toires déter­mi­nés recon­nus par le Saint-​Siège.[]
  18. Conc. Vat. II, Unitatis Redintegratio : AAS 1 (1965), p. 90.[]
  19. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 14 (1965), p. 18.[]
  20. Jn 7, 18 ; 8, 30.44 ; 8, 50 ; 17, 1.[]
  21. Sur cette idée syn­thé­tique voir la doc­trine de saint Irénée sur la réca­pi­tu­la­tion. Cf. aus­si Hippolyte, De Antichristo, 3 : « Aimant tous les hommes et dési­rant les sau­ver tous, vou­lant les rendre tous fils de Dieu et appe­lant tous les saints à for­mer un seul homme par­fait… » : PG 10, 732 ; GCS Hippolyte I, 2, p. 6 ; Benedictiones Jacob, 7 : TU 38–1, p. 18, lin. 4 s. ; Origène, In Io., I, 16 : « Il n’y aura alors qu’un seul acte de connaître Dieu chez ceux qui seront arri­vés à Dieu, sous la conduite de ce Verbe qui est chez Dieu ; en sorte que tous soient for­més avec soin pour connaître le Père comme des enfants, comme le Fils est main­te­nant seul à connaître le Père » : PG 14, 49 ; GCS Orig. IV, 20 ; Saint Augustin, De Sermone Domini in monte, I, 41 : « Aimons ce qui peut être mené jusqu’à ces Royaumes où per­sonne ne dit : mon Père, mais où tous disent à un seul Dieu : notre Père » : PL 34, 1250 ; Saint Cyrille d’Alexandrie, In Io, I : « Car nous sommes tous dans le Christ et la nature com­mune de notre huma­ni­té reprend vie. C’est pour cela qu’il a été appe­lé le nou­vel Adam… Il a habi­té par­mi nous, celui qui par nature est Fils et Dieu ; aus­si nous écrions-​nous dans son Esprit : Abba, Père ! Le Verbe habite en tous en un seul temple, c’est-à-dire dans ce temple qu’il a pris pour nous et qu’il a emprun­té, afin qu’ayant en lui tous les hommes, il récon­ci­liât au Père tous les hommes dans un seul corps, comme le dit Paul » : PG 73, 161–164.[]
  22. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS (1919), p. 445 : « Car de même que l’Église de Dieu est catho­lique et qu’elle n’est étran­gère en aucune race ni aucune nation… » ; cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra : « De droit divin l’Église s’étend à toutes les nations… lorsqu’elle a injec­té dans ce qu’on peut appe­ler les veines d’un peuple sa puis­sance, elle n’est pas, elle ne se consi­dère pas une ins­ti­tu­tion quel­conque, impo­sée de l’extérieur à ce peuple… Aussi, tout ce qui lui paraît bon et hon­nête, ils (c’est-à-dire ceux qui sont renés dans le Christ) le confirment et le mènent à la per­fec­tion » : AAS 53 (1961), p. 444.[]
  23. Saint Irénée, Adv. Haer., III, 15, 3 : PG 7, p. 919 : « Ils furent les pré­di­ca­teurs de la véri­té et les apôtres de la liber­té. »[]
  24. Bréviaire romain, antienne O aux vêpres du 23 décembre.[]
  25. Cf. Mt 24, 31. – Didachè, 10, 5 : Funk I, 32.[]
  26. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium, 17 : AAS (1965), p. 20–21. – Saint Augustin, La Cité de Dieu, 19, 17 : PL 41, 646. – Instr. de la Sainte Congr. de la Propagation de la foi (Collectanea I, n. 135, p. 42).[]
  27. Selon Origène, l’Évangile doit être prê­ché avant la consom­ma­tion de ce monde : Hom. sur saint Luc, XXI (GCS Orig. IX, 136, 21 s. – Comm. sur saint Matth., 39 (ibid., XI, 75, 25 s. ; 76, 4 s. – Hom. sur Jérémie, III, 2 (ibid., VIII, 308, 29 s.). – Saint Thomas, Somme théo­lo­gique, I‑II, q. 106, a. 4 ad 4.[]
  28. Saint Hilaire de Poitiers, Sur le psaume 14 : PL 9, 301 ; Eusèbe de Césarée, Sur Isaïe, 54, 2–3 : PG 24, 462–463 ; Saint Cyrille d’Alexandrie, Sur Isaïe, V, chap. 54, 1–3 : PG 70, 1193.[]
  29. Paul VI, allo­cu­tion au Concile le 21 novembre 1964 : AAS 56 (1964), p. 1013.[]
  30. Conc. Vat. II, Dignitatis Humanae : AAS 2, 4, 10 (1966), p. 930–933, 936 ; Id., Gaudium et Spes : AAS 21 (1966), p. 1040–1042.[]
  31. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 17 (1965), p. 20–21.[]
  32. Conc. Vat. II, Const. Sacrosanctum conci­lium : AAS 64–65 (1964), p. 117.[]
  33. Sur la libé­ra­tion de l’esclavage du démon et des ténèbres dans l’Évangile : cf. Mt 12, 28 ; Jn 8, 44 ; 12, 31 (cf. 1 Jn 3, 8 ; Ep 2, 1–2). – Dans la litur­gie du bap­tême : cf. le Rituel romain.[]
  34. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 14 (1965), p. 19.[]
  35. Saint Augustin, Tract. in Io., 11, 4 : PL 35, 1476.[]
  36. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 9 (1965), p. 13.[]
  37. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 10, 11, 34 (1965), p. 14–16, 39–40.[]
  38. Conc. Vat. II, Dei Verbum : AAS 21 (1965), p. 24.[]
  39. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 12, 35 (1965), p. 16, 40–41.[]
  40. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 23, 26 (1965), p. 28, 41–42.[]
  41. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 11, 35, 41 (1965), p. 15–16, 40–41, 47.[]
  42. Conc. Vat. II, décret Orientalium Ecclesiarum : AAS 30 (1965), p. 77–78.[]
  43. Épître à Diognète, 5 : PG 2, 1173. – Cf. Conc.Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium : AAS 38 (1965), p. 43.[]
  44. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 32 (1965), p. 38. – Id., Apostolicam actuo­si­ta­tem : AAS 5–7 (1966), p. 842–844.[]
  45. Conc. Vat. II, Optatam totius : AAS 4, 8, 9 (1966), p. 716, 718–719.[]
  46. Conc. Vat. II, Sacrosanctum conci­lium : AAS 17 (1964), p. 105.[]
  47. Conc. Vat. II, Optatam totius : AAS 1 (1966), p. 713–714.[]
  48. Jean XXIII, Encycl. Princeps pas­to­rum : AAS 51 (1959), p. 843–844.[]
  49. Conc. Vat. II, Unitatis redin­te­gra­tio : AAS 4 (1965), p. 94–96.[]
  50. Jean XXIII, Princeps pas­to­rum : AAS 51 (1959), p. 842.[]
  51. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 29 (1965), p. 36.[]
  52. Jean XXIII, Encycl. Princeps pas­to­rum : AAS 51 (1959), p. 855.[]
  53. Il s’agit de ce qu’on appelle « caté­chistes à plein temps ».[]
  54. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 31, 44 (1965), p. 37, 50–51.[]
  55. Jean XXIII, Encycl. Princeps Pastorum : AAS 51 (1959), p. 838.[]
  56. Conc. Vat. II, décret De Presbyterorum Ordinis : AAS 11 (1966), p. 1008 ; Optatam totius : AAS 2 (1966), p. 714–715.[]
  57. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 25 (1965), p. 29.[]
  58. Conc. Vat. II, De Presbyterorum Ordinis, 10, où, en vue de faci­li­ter la pas­to­rale pour divers groupes sociaux, on pré­voit l’établissement de pré­la­tures per­son­nelles dans la mesure où l’organisation par­faite de l’apostolat l’exigera : AAS (1966), p. 1007.[]
  59. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 13 (1965), p. 17–18.[]
  60. Paul VI, Alloc. à la cano­ni­sa­tion des Martyrs de l’Ouganda : AAS 56 (1964), p. 908.[]
  61. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 13 (1965), p. 18.[]
  62. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 17 (1965) p. 21.[]
  63. Sous le nom d’instituts sont com­pris les ordres, les congré­ga­tions, les ins­ti­tuts, les asso­cia­tions qui tra­vaillent dans les mis­sions.[]
  64. Cf. Pie XI, Encycl. Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926), p. 69–71. – Pie XII, Encycl. Saeculo exeunte : AAS 32 (1940), p. 256. – Id., Encycl. Evangelii prae­cones : AAS 43 (1951), p. 506.[]
  65. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 449–450.[]
  66. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS (1919), p. 448–449. – Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 507. – Dans la for­ma­tion des prêtres mis­sion­naires, il faut tenir compte aus­si de ce qui est déci­dé au Conc. Vat. II, dans le décret Optatam totius, supra p. 492 s.[]
  67. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 41 (1965), p. 46.[]
  68. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 440. – Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 507.[]
  69. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 448 ; Décret de la S. C. de la Propagation de la foi, 20 mai 1923 : AAS 15 (1923), p. 369–370). – Pie XII, Encycl. Saeculo exeunte : AAS 32 (1940), p. 256. – Id., Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 507. – Jean XXIII, Encycl. Princeps Pastorum : AAS 51 (1959), p. 843–844.[]
  70. Conc. Vat. II, Optatam totius : AAS 19–21 (1966), p. 725–726. – Pie XII, Const. apost. Sedes Sapientiae avec les Statuts géné­raux : AAS (1956), p. 354–365.[]
  71. Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 523–524.[]
  72. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 448. – Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 507.[]
  73. Pie XII, Encycl. Fidei donum : AAS 49 (1957), p. 234.[]
  74. Conc. Vat. II, Presbyterorum Ordinis, 10, où il est ques­tion des dio­cèses et des pré­la­tures per­son­nels et autres de ce genre : AAS (1966), p. 1007.[]
  75. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 18 (1965), p. 22.[]
  76. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 23 (1965), p. 28.[]
  77. Paul VI, motu pro­prio Apostolica Sollicitudo, 15 sep­tembre 1965 : AAS (1965), p. 776.[]
  78. Paul VI, Alloc. au Concile le 21 novembre 1964 : AAS 56 (1964), p. 1011.[]
  79. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 39–40.[]
  80. Si, pour des rai­sons diverses, des mis­sions sont encore pour un temps sou­mises à d’autres dicas­tères, il est utile que ces dicas­tères aient des rap­ports avec la S. C. de la Propagation de la foi, pour que dans l’organisation et la direc­tion de toutes les mis­sions, une méthode et une norme abso­lu­ment constantes et uni­formes puissent exis­ter.[]
  81. Conc. Vat. II, Christus Dominus : AAS 35, 4 (1966), p. 691.[]
  82. Conc. Vat. II, Christus Dominus : AAS 36–38 (1966), p. 692–693.[]
  83. Conc. Vat. II, Christus Dominus : AAS 35, 5–6 (1966), p. 692.[]
  84. Conc. Vat. II, Unitatis redin­te­gra­tio : AAS 12 (1965), p. 99.[]
  85. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 23–24 (1965), p. 27–29.[]
  86. Benoît XV, Encycl. Maximum illud : AAS 11 (1919), p. 453–454. – Pie XI, Encycl. Rerum Ecclesia : AAS 18 (1926), p. 71–73. – Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 49 (1951), p. 525–526.– Id., Encycl. Fidei donum : AAS 49 (1957), p. 241.[]
  87. Pie XII, Encycl. Fidei donum : AAS 49 (1957), p. 245–246.[]
  88. Conc. Vat. II, Christus Dominus : AAS 6 (1966), p. 675–676.[]
  89. Pie XII, Encycl. Fidei donum : AAS 49 (1957), p. 245.[]
  90. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS (1965), p. 34.[]
  91. Pie XI, Encycl. Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926), p. 72.[]
  92. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 44 (1965), p. 50.[]
  93. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 33, 35 (1965), p. 39, 40–41.[]
  94. Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones : AAS 43 (1951), p. 510–514. – Jean XXIII, Encycl. Princeps pas­to­rum : AAS 51 (1959), p. 851–852.[]
  95. Conc. Vat. II, Lumen gen­tium : AAS 46 (1965), p. 52.[]
  96. Pie XII, Encycl. Evangelii prae­cones : AAS 43 (1951), p. 527. – Jean XXIII, Encycl. Princeps Pastorum : AAS 51 (1959), p. 864.[]
fraternité sainte pie X