Paul VI

Décret Apostolicam Actuositatem

18 novembre 1965

Sur l'apostolat des laïcs

Rome, à Saint-​Pierre, le 18 novembre 1965

PAUL, ÉVÊQUE,

SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU,

AVEC LES PÈRES DU SAINT CONCILE,

POUR QUE LE SOUVENIR S’EN MAINTIENNE À JAMAIS.

PRÉAMBULE

1. Le saint Concile, dans sa volon­té de rendre plus intense l’activité apos­to­lique du Peuple de Dieu [1], se tourne avec une grande atten­tion vers les chré­tiens laïcs, dont il a déjà rap­pe­lé en d’autres docu­ments le rôle propre et abso­lu­ment néces­saire dans la mis­sion de l’Église [2]. L’apostolat des laïcs, en effet, ne peut jamais man­quer à l’Église, car il est une consé­quence de leur voca­tion chré­tienne. L’Écriture elle-​même montre par­fai­te­ment (cf. Ac 11, 19–21 ; 18, 26 ; Rm 16, 1–16 ; Ph 4, 3) com­bien cette acti­vi­té se mani­fes­ta spon­ta­né­ment aux pre­miers jours de l’Église et com­bien elle fut féconde.

Notre temps n’exige pas un moindre zèle de la part des laïcs ; les cir­cons­tances actuelles réclament d’eux au contraire un apos­to­lat tou­jours plus intense et plus éten­du. En effet l’augmentation constante de la popu­la­tion, le pro­grès des sciences et des tech­niques, la soli­da­ri­té plus étroite entre les hommes ont non seule­ment élar­gi à l’infini le champ de l’apostolat des laïcs, en grande par­tie ouvert à eux seuls, mais ils ont fait sur­gir de nou­veaux pro­blèmes, qui réclament de leur part une vigi­lance et une recherche toutes par­ti­cu­lières. Cet apos­to­lat devient d’autant plus urgent que s’est affir­mée, comme c’est nor­mal, l’autonomie de nom­breux sec­teurs de la vie humaine, entraî­nant par­fois un cer­tain délais­se­ment de l’ordre moral et reli­gieux, au grand péril de la vie chré­tienne. Il faut ajou­ter qu’en de nom­breuses régions les prêtres sont très peu nom­breux ou par­fois pri­vés de la liber­té indis­pen­sable à leur minis­tère, de sorte que, sans le tra­vail des laïcs, l’Église et son action ne pour­raient que dif­fi­ci­le­ment être présentes.

Le signe de cette urgente néces­si­té aux mul­tiples aspects est l’action mani­feste du Saint-​Esprit qui rend aujourd’hui les laïcs de plus en plus conscients de leur propre res­pon­sa­bi­li­té et les invite par­tout à ser­vir le Christ et l’Église. Dans ce décret le Concile se pro­pose d’éclairer la nature de l’apostolat des laïcs, son carac­tère et sa varié­té, d’en énon­cer les prin­cipes fon­da­men­taux et de don­ner des direc­tives pas­to­rales pour qu’il s’exerce plus effi­ca­ce­ment. La révi­sion du droit canon concer­nant l’apostolat des laïcs devra prendre pour règle tout ce qui est conte­nu dans ce décret.

CHAPITRE PREMIER : Vocation des laïcs à l’apostolat

2. Participation des laïcs à la mis­sion de l’Église

L’Église est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le Père ; elle fait ain­si par­ti­ci­per tous les hommes à la rédemp­tion et au salut [4]; par eux elle ordonne en véri­té le monde entier au Christ. On appelle apos­to­lat toute acti­vi­té du Corps mys­tique qui tend vers ce but : l’Église l’exerce par tous ses membres, tou­te­fois de diverses manières. En effet, la voca­tion chré­tienne est aus­si par nature voca­tion à l’apostolat. Dans l’organisme d’un corps vivant aucun membre ne se com­porte de manière pure­ment pas­sive, mais par­ti­cipe à la vie et à l’activité géné­rale du corps. Ainsi dans le Corps du Christ qui est l’Église, « tout le corps opère sa crois­sance selon le rôle de chaque par­tie » (Ep 4, 16). Bien plus, les membres de ce corps sont tel­le­ment unis et soli­daires (cf. Ep 4, 16) qu’un membre qui ne tra­vaille pas selon ses pos­si­bi­li­tés à la crois­sance du corps doit être répu­té inutile à l’Église et à lui-même.

Il y a dans l’Église diver­si­té de minis­tères, mais uni­té de mis­sion. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs suc­ces­seurs la charge d’enseigner, de sanc­ti­fier et de gou­ver­ner en son nom et par son pou­voir. Mais les laïcs ren­dus par­ti­ci­pants de la charge sacer­do­tale, pro­phé­tique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mis­sion du Peuple de Dieu tout entier [5]. Ils exercent concrè­te­ment leur apos­to­lat en se dépen­sant à l’évangélisation et à la sanc­ti­fi­ca­tion des hommes ; il en est de même quand ils s’efforcent de péné­trer l’ordre tem­po­rel d’esprit évan­gé­lique et tra­vaillent à son pro­grès de telle manière que, en ce domaine, leur action rende clai­re­ment témoi­gnage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires pro­fanes ; ils sont appe­lés par Dieu à exer­cer leur apos­to­lat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien.

3. Fondements de l’apostolat des laïcs 

Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit d’être apôtres. Insérés qu’ils sont par le bap­tême dans le Corps mys­tique du Christ, for­ti­fiés grâce à la confir­ma­tion par la puis­sance du Saint-​Esprit, c’est le Seigneur lui-​même qui les députe à l’apostolat. S’ils sont consa­crés sacer­doce royal et nation sainte (cf. 1 P 2, 4–10), c’est pour faire de toutes leurs actions des offrandes spi­ri­tuelles, et pour rendre témoi­gnage au Christ sur toute la terre. Les sacre­ments et sur­tout la sainte Eucharistie leur com­mu­niquent et nour­rissent en eux cette cha­ri­té qui est comme l’âme de tout apos­to­lat [6].

L’apostolat se vit dans la foi, l’espérance et la cha­ri­té que le Saint-​Esprit répand dans les cœurs de tous les membres de l’Église. Bien plus, le pré­cepte de la cha­ri­té, qui est le plus grand com­man­de­ment du Seigneur, presse tous les chré­tiens de tra­vailler à la gloire de Dieu par la venue de son règne et à la com­mu­ni­ca­tion de la vie éter­nelle à tous les hommes : « Qu’ils connaissent le seul vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus Christ » (cf. Jn 17, 3).

À tous les chré­tiens donc incombe la très belle tâche de tra­vailler sans cesse pour faire connaître et accep­ter le mes­sage divin du salut par tous les hommes sur toute la terre. Pour l’exercice de cet apos­to­lat, le Saint-​Esprit qui sanc­ti­fie le Peuple de Dieu par les sacre­ments et le minis­tère accorde en outre aux fidèles des dons par­ti­cu­liers (cf. 1 Co 12, 7), les « répar­tis­sant à cha­cun comme il l’entend » (cf. 1 Co 12, 11) pour que tous et « cha­cun selon la grâce reçue se met­tant au ser­vice des autres » soient eux-​mêmes « comme de bons inten­dants de la grâce mul­ti­forme de Dieu » (1 P 4, 10), en vue de l’édification du Corps tout entier dans la cha­ri­té (cf. Ep 4, 16). De la récep­tion de ces cha­rismes, même les plus simples, résulte pour cha­cun des croyants le droit et le devoir d’exercer ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes et l’édification de l’Église, dans la liber­té du Saint-​Esprit qui « souffle où il veut » (Jn 3, 8), de même qu’en com­mu­nion avec ses frères dans le Christ et très par­ti­cu­liè­re­ment avec ses pas­teurs. C’est à eux qu’il appar­tient de por­ter un juge­ment sur l’authenticité et le bon usage de ces dons, non pas pour éteindre l’Esprit, mais pour éprou­ver tout et rete­nir ce qui est bon (cf. 1 Th 5, 12.19.21) [7].

4. De la spi­ri­tua­li­té des laïcs dans l’ordre de l’apostolat

Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église, il est évident que la fécon­di­té de l’apostolat des laïcs dépend de leur union vitale avec le Christ, selon cette parole du Seigneur : « Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-​là porte beau­coup de fruits. Car sans moi vous ne pou­vez rien faire » (Jn 15, 5). Cette vie d’intime union avec le Christ dans l’Église est ali­men­tée par des nour­ri­tures spi­ri­tuelles com­munes à tous les fidèles, en par­ti­cu­lier par la par­ti­ci­pa­tion active à la sainte litur­gie [8]. Les laïcs doivent les employer de telle sorte que, rem­plis­sant par­fai­te­ment les obli­ga­tions du monde dans les condi­tions ordi­naires de l’existence, ils ne séparent pas l’union du Christ et leur vie, mais gran­dissent dans cette union en accom­plis­sant leurs tra­vaux selon la volon­té de Dieu. De cette manière les laïcs pro­gres­se­ront en sain­te­té avec ardeur et joie, s’efforçant de sur­mon­ter les dif­fi­cul­tés inévi­tables avec pru­dence et patience [9]. Ni le soin de leur famille ni les affaires tem­po­relles ne doivent être étran­gers à leur spi­ri­tua­li­té, selon ce mot de l’Apôtre : « Tout ce que vous faites, en paroles ou en œuvres, faites-​le au nom du Seigneur Jésus Christ, ren­dant grâces par lui à Dieu le Père » (Col 3, 17).

Une telle vie exige un conti­nuel exer­cice de la foi, de l’espérance et de la charité.

Seules la lumière de la foi et la médi­ta­tion de la Parole de Dieu peuvent per­mettre tou­jours et par­tout de recon­naître Dieu « en qui nous avons la vie, le mou­ve­ment et l’être » (Ac 17, 28) ; c’est ain­si seule­ment qu’on pour­ra cher­cher en tout sa volon­té, dis­cer­ner le Christ dans tous les hommes, proches ou étran­gers, juger sai­ne­ment du vrai sens et de la valeur des réa­li­tés tem­po­relles, en elles-​mêmes et par rap­port à la fin de l’homme.

Ceux qui ont cette foi vivent dans l’espérance de la révé­la­tion des fils de Dieu se sou­ve­nant de la croix et de la résur­rec­tion du Seigneur.

Dans le pèle­ri­nage qu’est cette vie, cachés en Dieu avec le Christ, déli­vrés de la ser­vi­tude des richesses, à la recherche des biens qui demeurent éter­nel­le­ment, ils mettent géné­reu­se­ment en œuvre toutes leurs forces pour étendre le règne de Dieu, ani­mer et par­faire les réa­li­tés tem­po­relles selon l’esprit chré­tien. Dans les dif­fi­cul­tés de l’existence, ils puisent le cou­rage dans l’espérance, esti­mant que « les souf­frances de cette vie ne sont pro­por­tion­nées à la gloire future qui doit se révé­ler en nous » (Rm 8, 18).

Poussés par la cha­ri­té qui vient de Dieu, ils pra­tiquent le bien à l’égard de tous, sur­tout de leurs frères dans la foi (cf. Ga 6, 10), reje­tant « toute malice, toute fraude, hypo­cri­sie, envie, toute médi­sance » (1 P 2, 1), entraî­nant ain­si les hommes vers le Christ. Or, la cha­ri­té divine, qui « est répan­due dans les cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été don­né » (Rm 5, 5), rend les laïcs capables d’exprimer concrè­te­ment dans leur vie l’esprit des Béatitudes. Suivant Jésus pauvre, ils ne connaissent ni dépres­sion dans la pri­va­tion, ni orgueil dans l’abondance ; imi­tant le Christ humble, ils ne deviennent pas avides d’une vaine gloire (cf. Ga 5, 26), mais ils s’efforcent de plaire à Dieu plu­tôt qu’aux hommes, tou­jours prêts à tout aban­don­ner pour le Christ (cf. Lc 14, 26) et à souf­frir per­sé­cu­tion pour la jus­tice (cf. Mt 5, 10) se sou­ve­nant de la parole du Seigneur : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-​même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » (Mt 16, 24). Entretenant entre eux une ami­tié chré­tienne, ils se prêtent un mutuel appui en toutes nécessités.

Cette spi­ri­tua­li­té des laïcs doit revê­tir des carac­té­ris­tiques par­ti­cu­lières sui­vant les condi­tions de vie de cha­cun : vie conju­gale et fami­liale, céli­bat et veu­vage, état de mala­die, acti­vi­té pro­fes­sion­nelle et sociale. Chacun doit donc déve­lop­per sans cesse les qua­li­tés et les dons reçus et en par­ti­cu­lier ceux qui sont adap­tés à ses condi­tions de vie et se ser­vir des dons per­son­nels de l’Esprit Saint.

Enfin les laïcs qui selon leur voca­tion par­ti­cu­lière se sont agré­gés à des asso­cia­tions ou ins­ti­tuts approu­vés par l’Église doivent s’efforcer de tou­jours mieux réa­li­ser les carac­tères de la spi­ri­tua­li­té qui leur est propre.

Qu’ils estiment beau­coup la com­pé­tence pro­fes­sion­nelle, le sens fami­lial et civique, et les ver­tus qui regardent la vie sociale telles que la pro­bi­té, l’esprit de jus­tice, la sin­cé­ri­té, la déli­ca­tesse, la force d’âme : sans elles il n’y a pas de vraie vie chrétienne.

La Bienheureuse Vierge Marie, Reine des Apôtres, est l’exemple par­fait de cette vie spi­ri­tuelle et apos­to­lique. Tandis qu’elle menait sur terre une vie sem­blable à celle de tous, rem­plie par les soins et les labeurs fami­liaux, Marie demeu­rait tou­jours inti­me­ment unie à son Fils et coopé­rait à l’œuvre du Sauveur à un titre abso­lu­ment unique. Aujourd’hui où elle est au ciel, « son amour mater­nel la rend atten­tive aux frères de son Fils dont le pèle­ri­nage n’est pas ache­vé, et qui se trouvent enga­gés dans les peines et les épreuves jusqu’à ce qu’ils par­viennent à la patrie bien­heu­reuse [10] ». Tous doivent avoir envers elle une vraie dévo­tion et confier leur vie et leur apos­to­lat à sa sol­li­ci­tude maternelle.

CHAPITRE II : Les buts à atteindre 

5. Introduction

L’œuvre de rédemp­tion du Christ, qui concerne essen­tiel­le­ment le salut des hommes, embrasse aus­si le renou­vel­le­ment de tout l’ordre tem­po­rel. La mis­sion de l’Église, par consé­quent, n’est pas seule­ment d’apporter aux hommes le mes­sage du Christ et sa grâce, mais aus­si de péné­trer et de par­faire par l’esprit évan­gé­lique l’ordre tem­po­rel. Les fidèles laïcs accom­plis­sant cette mis­sion de l’Église, exercent donc leur apos­to­lat aus­si bien dans l’Église que dans le monde, dans l’ordre spi­ri­tuel que dans l’ordre tem­po­rel. Bien que ces ordres soient dis­tincts, ils sont liés dans l’unique des­sein divin ; aus­si Dieu lui-​même veut-​il, dans le Christ, réas­su­mer le monde tout entier, pour en faire une nou­velle créa­ture en com­men­çant dès cette terre et en lui don­nant sa plé­ni­tude au der­nier jour. Le laïc, qui est tout ensemble membre du Peuple de Dieu et de la cité des hommes n’a qu’une conscience chré­tienne. Celle-​ci doit le gui­der sans cesse dans les deux domaines.

6. L’apostolat des­ti­né à évan­gé­li­ser et sanc­ti­fier les hommes 

La mis­sion de l’Église concerne le salut des hommes, qui s’obtient par la foi au Christ et par sa grâce. Par son apos­to­lat l’Église et tous ses membres doivent donc d’abord annon­cer au monde le mes­sage du Christ par leurs paroles et leurs actes et lui com­mu­ni­quer sa grâce. Cela s’accomplit prin­ci­pa­le­ment par le minis­tère de la parole et des sacre­ments. Confié spé­cia­le­ment au cler­gé, il com­porte pour des laïcs un rôle propre de grande impor­tance, qui fait d’eux les « coopé­ra­teurs de la véri­té » (3 Jn 8). Dans ce domaine sur­tout l’apostolat des laïcs et le minis­tère pas­to­ral se com­plètent mutuellement.

Les laïcs ont d’innombrables occa­sions d’exercer l’apostolat d’évangélisation et de sanc­ti­fi­ca­tion. Le témoi­gnage même de la vie chré­tienne et les œuvres accom­plies dans un esprit sur­na­tu­rel sont puis­sants pour atti­rer les hommes à la foi et à Dieu ; le Seigneur dit en effet : « Que votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos œuvres bonnes et glo­ri­fient votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16). Cet apos­to­lat cepen­dant ne consiste pas dans le seul témoi­gnage de la vie ; le véri­table apôtre cherche les occa­sions d’annoncer le Christ par la parole, soit aux incroyants pour les aider à che­mi­ner vers la foi, soit aux fidèles pour les ins­truire, les for­ti­fier, les inci­ter à une vie plus fer­vente, « car la cha­ri­té du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). C’est dans les cœurs de tous que doivent réson­ner ces paroles de l’Apôtre : « Malheur à moi si je n’évangélise pas » (1 Co 9, 16) [11].

À une époque où se posent des ques­tions nou­velles et où se répandent de très graves erreurs ten­dant à rui­ner radi­ca­le­ment la reli­gion, l’ordre moral et la socié­té humaine elle-​même, le Concile exhorte ins­tam­ment les laïcs, cha­cun sui­vant ses talents et sa for­ma­tion doc­tri­nale, à prendre une part plus active selon l’esprit de l’Église, dans l’approfondissement et la défense des prin­cipes chré­tiens comme dans leur appli­ca­tion adap­tée aux pro­blèmes de notre temps.

7. Le renou­vel­le­ment chré­tien de l’ordre temporel 

Tel est le des­sein de Dieu sur le monde : que les hommes, d’un com­mun accord, construisent l’ordre des réa­li­tés tem­po­relles et le rendent sans cesse plus par­fait. Tout ce qui com­pose l’ordre tem­po­rel : les biens de la vie et de la famille, la culture, les réa­li­tés éco­no­miques, les métiers et les pro­fes­sions, les ins­ti­tu­tions de la com­mu­nau­té poli­tique, les rela­tions inter­na­tio­nales et les autres réa­li­tés du même genre, leur évo­lu­tion et leur pro­grès, n’ont pas seule­ment valeur de moyen par rap­port à la fin der­nière de l’homme. Ils pos­sèdent une valeur propre, mise en eux par Dieu lui-​même, soit qu’on regarde cha­cun d’entre eux, soit qu’on les consi­dère comme par­ties de l’ensemble de l’univers tem­po­rel : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait et c’était très bon » (Gn 1, 31). Cette bon­té natu­relle qui est leur reçoit une digni­té par­ti­cu­lière en rai­son de leur rela­tion avec la per­sonne humaine au ser­vice de laquelle ils ont été créés. Enfin il a plu à Dieu de ras­sem­bler toutes les réa­li­tés, aus­si bien natu­relles que sur­na­tu­relles, en un seul tout dans le Christ « pour que celui-​ci ait la pri­mau­té en tout » (Col 1, 18). Cette des­ti­na­tion, loin de pri­ver l’ordre natu­rel de son auto­no­mie, de ses fins, de ses lois propres, de ses moyens, de son impor­tance pour le bien des hommes, rend au contraire plus par­faites sa force et sa valeur propre ; elle le hausse en même temps au niveau de la voca­tion inté­grale de l’homme ici-bas.

Au cours de l’histoire, l’usage des choses tem­po­relles a été souillé par de graves aber­ra­tions. Atteints par la faute ori­gi­nelle, les hommes sont tom­bés sou­vent en de nom­breuses erreurs sur le vrai Dieu, la nature humaine et les prin­cipes de la loi morale : alors les mœurs et les ins­ti­tu­tions humaines s’en sont trou­vées cor­rom­pues, la per­sonne humaine elle-​même bien sou­vent mépri­sée. De nos jours encore, cer­tains, se fiant plus que de rai­son aux pro­grès de la science et de la tech­nique, sont enclins à une sorte d’idolâtrie des choses tem­po­relles : ils en deviennent les esclaves plu­tôt que les maîtres.

C’est le tra­vail de toute l’Église de rendre les hommes capables de bien construire l’ordre tem­po­rel et de l’orienter vers Dieu par le Christ. Il revient aux pas­teurs d’énoncer clai­re­ment les prin­cipes concer­nant la fin de la créa­tion et l’usage du monde et d’apporter une aide morale et spi­ri­tuelle pour que les réa­li­tés tem­po­relles soient renou­ve­lées dans le Christ.

Les laïcs doivent assu­mer comme leur tâche propre le renou­vel­le­ment de l’ordre tem­po­rel. Éclairés par la lumière de l’Évangile, conduits par l’esprit de l’Église, entraî­nés par la cha­ri­té chré­tienne, ils doivent en ce domaine agir par eux-​mêmes d’une manière bien déter­mi­née. Membres de la cité, ils ont à coopé­rer avec les autres citoyens sui­vant leur com­pé­tence par­ti­cu­lière en assu­mant leur propre res­pon­sa­bi­li­té et à cher­cher par­tout et en tout la jus­tice du Royaume de Dieu. L’ordre tem­po­rel est à renou­ve­ler de telle manière que, dans le res­pect de ses lois propres et en confor­mi­té avec elles, il devienne plus conforme aux prin­cipes supé­rieurs de la vie chré­tienne et soit adap­té aux condi­tions diverses des lieux, des temps et des peuples. Parmi les tâches de cet apos­to­lat l’action sociale chré­tienne a un rôle émi­nent à jouer. Le Concile désire le voir s’étendre aujourd’hui à tout le sec­teur tem­po­rel sans oublier le plan cultu­rel [12].

8. L’action cari­ta­tive, sceau de l’apostolat chrétien 

Tout apos­to­lat trouve dans la cha­ri­té son ori­gine et sa force, mais cer­taines œuvres sont par nature aptes à deve­nir une expres­sion par­ti­cu­liè­re­ment par­lante de cette cha­ri­té : le Christ a vou­lu qu’elles soient le signe de sa mis­sion mes­sia­nique (cf. Mt 11, 4–5).

Le plus grand com­man­de­ment de la loi est d’aimer Dieu de tout son cœur et le pro­chain comme soi-​même (cf. Mt 22, 37–40). De cette loi de l’amour du pro­chain, le Christ a fait son com­man­de­ment per­son­nel. Il l’a enri­chi d’un sens nou­veau quand il vou­lut, s’identifiant à ses frères, être l’objet de cette cha­ri­té disant : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). En assu­mant la nature humaine c’est toute l’humanité qu’il s’est unie par une soli­da­ri­té sur­na­tu­relle qui en fait une seule famille ; il a fait de la cha­ri­té le signe de ses dis­ciples, par ces paroles : « À ceci tous vous recon­naî­tront pour mes dis­ciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35).

En ses débuts, la sainte Église en joi­gnant « l’agapè » à la Cène eucha­ris­tique la mani­fes­tait tout entière réunie autour du Christ par le lien de la cha­ri­té, ain­si en tout temps elle se fait recon­naître à ce signe d’amour ; tout en se réjouis­sant des ini­tia­tives d’autrui, elle tient aux œuvres cha­ri­tables comme à une par­tie de sa mis­sion propre et comme à un droit inalié­nable. C’est pour­quoi la misé­ri­corde envers les pauvres et les faibles, les œuvres dites de cha­ri­té et de secours mutuel pour le sou­la­ge­ment de toutes les souf­frances humaines sont par­ti­cu­liè­re­ment en hon­neur dans l’Église [13].

Aujourd’hui ces acti­vi­tés et ces œuvres de cha­ri­té sont beau­coup plus pres­santes et doivent davan­tage prendre les dimen­sions de l’univers, car les moyens de com­mu­ni­ca­tion sont plus aisés et plus rapides, la dis­tance entre les hommes est pour ain­si dire vain­cue, les habi­tants du monde entier deviennent comme les membres d’une seule famille. L’action de la cha­ri­té peut et doit atteindre aujourd’hui tous les hommes et toutes les détresses. Partout où se trouvent ceux qui souffrent du manque de nour­ri­ture et de bois­son, de vête­ments, de loge­ment, de remèdes, de tra­vail, d’instruction, des moyens de mener une vie vrai­ment humaine, ceux qui sont tour­men­tés par les épreuves ou la mala­die, ceux qui subissent l’exil ou la pri­son, la cha­ri­té chré­tienne doit les cher­cher et les décou­vrir, les récon­for­ter avec un soin empres­sé, et les sou­la­ger par une aide adap­tée. Cette obli­ga­tion s’impose en tout pre­mier lieu aux hommes et aux peuples qui sont les mieux pour­vus [14].

Pour que cet exer­cice de la cha­ri­té soit tou­jours au-​dessus de toute cri­tique et appa­raisse comme tel, il faut voir dans le pro­chain l’image de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ notre Seigneur à qui est offert en réa­li­té tout ce qui est don­né au pauvre. La liber­té et la digni­té de la per­sonne secou­rue doivent être res­pec­tées avec la plus grande déli­ca­tesse. La pure­té d’intention ne doit être enta­chée d’aucune recherche d’intérêt propre ni d’aucun désir de domi­na­tion [15]. Il faut satis­faire d’abord aux exi­gences de la jus­tice de peur que l’on n’offre comme don de la cha­ri­té ce qui est déjà dû en jus­tice. Que dis­pa­raissent la cause des maux et pas seule­ment leurs effets et que l’aide appor­tée s’organise de telle sorte que les béné­fi­ciaires se libèrent peu à peu de leur dépen­dance à l’égard d’autrui et deviennent capables de se suffire.

Les laïcs doivent donc esti­mer pro­fon­dé­ment et aider, selon leur pou­voir, les œuvres de cha­ri­té et les ini­tia­tives concer­nant l’assistance sociale, qu’elles soient pri­vées ou publiques, sans oublier les ini­tia­tives inter­na­tio­nales ; par elles on apporte un secours effi­cace aux per­sonnes et aux peuples qui souffrent. Qu’en cela ils col­la­borent avec tous les hommes de bonne volon­té [16].

CHAPITRE III : Les divers champs d’apostolat

9. Introduction

Les laïcs exercent leur apos­to­lat mul­ti­forme tant dans l’Église que dans le monde. Dans l’un et l’autre cas leur sont ouverts divers champs d’action apos­to­lique. Nous nous pro­po­sons de rap­pe­ler ici les prin­ci­paux d’entre eux : les com­mu­nau­tés ecclé­siales, la famille, les jeunes, les milieux sociaux, les sec­teurs natio­naux et inter­na­tio­naux. Comme de nos jours les femmes ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la socié­té, il est très impor­tant que gran­disse aus­si leur par­ti­ci­pa­tion dans les divers sec­teurs de l’apostolat de l’Église.

10. Les com­mu­nau­tés ecclésiales 

Participant à la fonc­tion du Christ Prêtre, Prophète et Roi, les laïcs ont leur part active dans la vie et l’action de l’Église. Dans les com­mu­nau­tés ecclé­siales, leur action est si néces­saire que sans elle l’apostolat des pas­teurs ne peut, la plu­part du temps, obte­nir son plein effet. À l’image des hommes et des femmes qui aidaient Paul dans l’annonce de l’Évangile (cf. Ac 18, 18–26 ; Rm 16, 3), les laïcs qui ont vrai­ment l’esprit apos­to­lique viennent, en effet, en aide à leurs frères, et récon­fortent aus­si bien les pas­teurs que les autres membres du peuple fidèle (cf. 1 Co 16, 17–18). Nourris par leur par­ti­ci­pa­tion active à la vie litur­gique de leur com­mu­nau­té, ils s’emploient avec zèle à ses œuvres apos­to­liques ; ils ache­minent vers l’Église des hommes qui en étaient peut-​être fort éloi­gnés ; ils col­la­borent avec ardeur à la dif­fu­sion de la Parole de Dieu, par­ti­cu­liè­re­ment par les caté­chismes ; en appor­tant leur com­pé­tence ils rendent plus effi­cace le minis­tère auprès des âmes de même que l’administration des biens de l’Église.

La paroisse offre un exemple remar­quable d’apostolat com­mu­nau­taire, car elle ras­semble dans l’unité tout ce qui se trouve en elle de diver­si­tés humaines et elle les insère dans l’universalité de l’Église [17]. Que les laïcs prennent l’habitude de tra­vailler dans la paroisse en étroite union avec leurs prêtres [18], d’apporter à la com­mu­nau­té de l’Église leurs propres pro­blèmes, ceux du monde et les ques­tions tou­chant le salut des hommes pour les exa­mi­ner et les résoudre en tenant compte de l’avis de tous. Selon leurs pos­si­bi­li­tés, ils appor­te­ront leur concours à toute entre­prise apos­to­lique et mis­sion­naire de leur famille ecclésiale.

Les laïcs déve­lop­pe­ront sans cesse le sens du dio­cèse, dont la paroisse est comme une cel­lule ; ils seront tou­jours prompts à l’invitation de leur pas­teur à par­ti­ci­per aux ini­tia­tives du dio­cèse. De plus, pour répondre aux néces­si­tés des villes et des régions rurales [19], ils ne bor­ne­ront pas leur coopé­ra­tion aux limites de la paroisse ou du dio­cèse, mais ils s’efforceront de l’élargir au plan inter­pa­rois­sial, inter­dio­cé­sain, natio­nal et inter­na­tio­nal : d’autant plus que l’accroissement constant des migra­tions de popu­la­tion, la mul­ti­pli­ca­tion des liens mutuels, la faci­li­té des com­mu­ni­ca­tions ne per­mettent plus à une par­tie de la socié­té de demeu­rer repliée sur elle-​même. Les laïcs se pré­oc­cupent donc des exi­gences du Peuple de Dieu répan­du sur toute la terre. Ils feront leurs en par­ti­cu­lier les œuvres mis­sion­naires en leur appor­tant une aide maté­rielle, voire même en concours per­son­nel : c’est pour les chré­tiens un devoir et un hon­neur que de res­ti­tuer à Dieu une par­tie des biens qu’ils reçoivent de lui.

11. La famille 

Le Créateur a fait de la com­mu­nau­té conju­gale l’origine et le fon­de­ment de la socié­té humaine. Par sa grâce, il en a fait aus­si un mys­tère d’une grande por­tée dans le Christ et dans l’Église (cf. Ep 5, 32). Aussi l’apostolat des époux et des familles a‑t-​il une sin­gu­lière impor­tance pour l’Église comme pour la socié­té civile.

Les époux chré­tiens sont l’un pour l’autre, pour leurs enfants et les autres membres de leur famille, les coopé­ra­teurs de la grâce et les témoins de la foi. Ils sont les pre­miers à trans­mettre la foi à leurs enfants et à en être auprès d’eux les édu­ca­teurs. Ils les forment par la parole et l’exemple à une vie chré­tienne et apos­to­lique ; ils les aident avec sagesse dans le choix de leur voca­tion et favo­risent de leur mieux une voca­tion sacrée s’ils la découvrent en eux.

Ce fut tou­jours le devoir des époux, mais c’est aujourd’hui l’aspect le plus impor­tant de leur apos­to­lat, de mani­fes­ter et de prou­ver par toute leur vie l’indissolubilité et la sain­te­té du lien matri­mo­nial ; d’affirmer avec vigueur le droit et le devoir assi­gnés aux parents et aux tuteurs d’élever chré­tien­ne­ment leurs enfants ; de défendre la digni­té et l’autonomie de la famille. Ils doivent donc col­la­bo­rer, eux et tous les fidèles, avec les hommes de bonne volon­té, pour que ces droits soient par­fai­te­ment sau­ve­gar­dés dans la légis­la­tion civile ; pour qu’il soit tenu compte, dans le gou­ver­ne­ment du pays, des exi­gences des familles concer­nant l’habitation, l’éducation des enfants, les condi­tions de tra­vail, la sécu­ri­té sociale et les impôts et que dans les migra­tions la vie com­mune de la famille soit par­fai­te­ment res­pec­tée [20].

Cette mis­sion d’être la cel­lule pre­mière et vitale de la socié­té, la famille elle-​même l’a reçue de Dieu. Elle la rem­pli­ra si par la pié­té de ses membres et la prière faite à Dieu en com­mun elle se pré­sente comme un sanc­tuaire de l’Église à la mai­son ; si toute la famille s’insère dans le culte litur­gique de l’Église ; si enfin elle pra­tique une hos­pi­ta­li­té active et devient pro­mo­trice de la jus­tice et de bons ser­vices à l’égard de tous les frères qui sont dans le besoin. Parmi les diverses œuvres d’apostolat fami­lial, citons en par­ti­cu­lier : adop­ter des enfants aban­don­nés, accueillir aima­ble­ment les étran­gers, aider à la bonne marche des écoles, conseiller et aider les ado­les­cents, aider les fian­cés à se mieux pré­pa­rer au mariage, don­ner son concours au caté­chisme, sou­te­nir époux et familles dans leurs dif­fi­cul­tés maté­rielles ou morales, pro­cu­rer aux vieillards non seule­ment l’indispensable mais les justes fruits du pro­grès éco­no­mique. Toujours et par­tout mais spé­cia­le­ment dans les régions où com­mencent à se répandre les pre­mières semences de l’Évangile, dans celles où l’Église en est à ses débuts, dans celles aus­si où elle se heurte à de graves obs­tacles, les familles rendent au Christ un très pré­cieux témoi­gnage face au monde en s’attachant par toute leur vie à l’Église et en pré­sen­tant l’exemple d’un foyer chré­tien [21].

Afin d’atteindre plus faci­le­ment les buts de leur apos­to­lat il peut être oppor­tun pour les familles de se consti­tuer en asso­cia­tions [22].

12. Les jeunes 

Les jeunes repré­sentent dans la socié­té moderne une force de grande impor­tance [23] . Les cir­cons­tances de leur vie, leurs habi­tudes d’esprit, les rap­ports avec leurs propres familles se sont com­plè­te­ment trans­for­més. Ils accèdent sou­vent très rapi­de­ment à une nou­velle condi­tion sociale et éco­no­mique. Alors que gran­dit de jour en jour leur impor­tance sociale et même poli­tique, ils appa­raissent assez peu pré­pa­rés à por­ter conve­na­ble­ment le poids de ces charges nouvelles.

Cet accrois­se­ment de leur impor­tance sociale exige d’eux une plus grande acti­vi­té apos­to­lique, et leur carac­tère natu­rel les y dis­pose. Lorsque mûrit la conscience de leur propre per­son­na­li­té, pous­sés par leur ardeur natu­relle et leur acti­vi­té débor­dante, ils prennent leurs propres res­pon­sa­bi­li­tés et dési­rent être par­ties pre­nantes dans la vie sociale et cultu­relle ; si cet élan est péné­tré de l’esprit du Christ, ani­mé par le sens de l’obéissance et l’amour envers l’Église, on peut en espé­rer des fruits très riches. Les jeunes doivent deve­nir les pre­miers apôtres des jeunes, en contact direct avec eux, exer­çant l’apostolat par eux-​mêmes et entre eux, compte tenu du milieu social où ils vivent [24].

Les adultes auront soin d’engager avec les jeunes des dia­logues ami­caux qui per­mettent aux uns et aux autres, en dépas­sant la dif­fé­rence d’âge, de se connaître mutuel­le­ment et de se com­mu­ni­quer leurs propres richesses. C’est par l’exemple d’abord, et, à l’occasion, par un avis judi­cieux et une aide effi­cace que les adultes pour­ront sti­mu­ler les jeunes à l’apostolat. De leur côté les jeunes sau­ront gar­der le res­pect et la confiance à l’égard des adultes, et dans leur désir natu­rel de renou­vel­le­ment ils sau­ront appré­cier comme elles le méritent les tra­di­tions esti­mables. Les enfants ont éga­le­ment une acti­vi­té apos­to­lique qui leur est propre. À la mesure de leurs pos­si­bi­li­tés ils sont les témoins vivants du Christ au milieu de leurs camarades.

13. Le milieu social 

L’apostolat dans le milieu social s’efforce de péné­trer d’esprit chré­tien la men­ta­li­té et les mœurs, les lois et les struc­tures de la com­mu­nau­té où cha­cun vit. Il est tel­le­ment le tra­vail propre et la charge des laïcs que per­sonne ne peut l’assumer comme il faut à leur place. Sur ce ter­rain, les laïcs peuvent mener l’apostolat du sem­blable envers le sem­blable. Là ils com­plètent le témoi­gnage de la vie par celui de la parole [25]. C’est là qu’ils sont le plus aptes à aider leurs frères, dans leur milieu de tra­vail, de pro­fes­sion, d’étude, d’habitation, de loi­sir, de col­lec­ti­vi­té locale.

Les laïcs accom­plissent cette mis­sion de l’Église dans le monde avant tout par cet accord de leur vie avec la foi qui fait d’eux la lumière du monde, et par cette hon­nê­te­té en toute acti­vi­té capable d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien, et de les inci­ter à aller un jour au Christ et à l’Église. Ils dis­posent insen­si­ble­ment tous les cœurs à l’action de la grâce du salut par cette vie de cha­ri­té fra­ter­nelle qui leur fait par­ta­ger les condi­tions de vie et de tra­vail, les souf­frances et les aspi­ra­tions de leurs frères. Enfin par cette pleine conscience de leur res­pon­sa­bi­li­té propre dans la vie de la socié­té, ils s’efforcent d’accomplir leurs devoirs fami­liaux, sociaux et pro­fes­sion­nels avec une telle géné­ro­si­té chré­tienne que leur manière d’agir pénètre peu à peu leur milieu de vie et de travail.

Cet apos­to­lat s’adresse à tous les hommes, aus­si nom­breux qu’ils soient, et n’a le droit d’exclure aucun bien spi­ri­tuel ou tem­po­rel qu’il est pos­sible de leur pro­cu­rer. Mais les apôtres authen­tiques ne se contentent pas de cette seule action, ils ont le sou­ci d’annoncer aus­si le Christ par la parole à ceux qui les entourent. Beaucoup d’hommes en effet ne peuvent rece­voir l’Évangile et recon­naître le Christ que par les laïcs qu’ils côtoient.

14. Les sec­teurs natio­nal et international 

Immense est le champ d’apostolat, sur le plan natio­nal et inter­na­tio­nal, où les laïcs sur­tout sont les inten­dants de la sagesse chré­tienne. Dans le dévoue­ment envers la nation, dans le fidèle accom­plis­se­ment de leurs devoirs civiques les catho­liques se sen­ti­ront tenus de pro­mou­voir le vrai bien com­mun ; c’est ain­si qu’ils pour­ront ame­ner le pou­voir civil à tenir compte de leur opi­nion afin qu’il s’exerce dans la jus­tice et que les lois soient conformes aux exi­gences morales et au bien com­mun. Que les catho­liques com­pé­tents en matière poli­tique, affer­mis comme il convient dans la foi et la doc­trine chré­tienne, ne refusent pas la ges­tion des affaires publiques, car ils peuvent par une bonne admi­nis­tra­tion tra­vailler au bien com­mun et en même temps pré­pa­rer la route à l’Évangile.

Les catho­liques s’attacheront à col­la­bo­rer avec tous les hommes de bonne volon­té pour pro­mou­voir tout ce qui est vrai, juste, saint, digne d’être aimé (cf. Ph 4, 8). Ils entre­ront en dia­logue avec eux, allant à eux avec intel­li­gence et déli­ca­tesse, et recher­che­ront com­ment amé­lio­rer les ins­ti­tu­tions sociales et publiques selon l’esprit de l’Évangile.

Parmi les signes de notre temps, il faut noter par­ti­cu­liè­re­ment ce sens tou­jours crois­sant et iné­luc­table de la soli­da­ri­té de tous les peuples, que l’apostolat des laïcs doit déve­lop­per et trans­for­mer en un désir sin­cère et effec­tif de fra­ter­ni­té. Enfin les laïcs doivent prendre conscience de l’existence du sec­teur inter­na­tio­nal, des ques­tions et des solu­tions doc­tri­nales ou pra­tiques qui s’y font jour, en par­ti­cu­lier en ce qui concerne les peuples qui font effort vers le pro­grès [26].

Tous ceux qui tra­vaillent dans des nations étran­gères, ou leur apportent leur aide, se rap­pel­le­ront que les rela­tions entre peuples doivent être un véri­table échange fra­ter­nel dans lequel les deux par­ties donnent et reçoivent à la fois. Ceux qui voyagent à l’étranger, pour rai­son d’affaires ou de loi­sir, doivent se rap­pe­ler qu’ils sont éga­le­ment par­tout les mes­sa­gers iti­né­rants du Christ et qu’ils ont à se conduire comme tels.

CHAPITRE IV : Les divers modes d’apostolat

15. Introduction

Les laïcs peuvent exer­cer leur action apos­to­lique soit indi­vi­duel­le­ment, soit grou­pés en diverses com­mu­nau­tés ou associations.

16. Importance et mul­ti­pli­ci­té des formes de l’apostolat individuel 

L’apostolat que cha­cun doit exer­cer per­son­nel­le­ment et qui découle tou­jours d’une vie vrai­ment chré­tienne (cf. Jn 4, 14) est le prin­cipe et la condi­tion de tout apos­to­lat des laïcs, même col­lec­tif, et rien ne peut le remplacer.

Cet apos­to­lat indi­vi­duel est tou­jours et par­tout fécond ; il est en cer­taines cir­cons­tances le seul adap­té et le seul pos­sible. Tous les laïcs y sont appe­lés et en ont le devoir, quelle que soit leur condi­tion, même s’ils n’ont pas l’occasion ou la pos­si­bi­li­té de col­la­bo­rer dans des mouvements.

En ce domaine il existe pour les laïcs de mul­tiples manières de par­ti­ci­per à l’édification de l’Église, à la sanc­ti­fi­ca­tion du monde et à son ani­ma­tion dans le Christ. La forme par­ti­cu­lière de l’apostolat indi­vi­duel des laïcs est le témoi­gnage de toute une vie de laïcs, ins­pi­rée par la foi, l’espérance et la cha­ri­té : elle est d’ailleurs un signe très adap­té à notre temps et mani­feste le Christ vivant en ses fidèles. Par l’apostolat de la parole, abso­lu­ment néces­saire en cer­taines cir­cons­tances, les laïcs annoncent le Christ. Par là ils expliquent et répandent sa doc­trine cha­cun selon sa condi­tion, sa com­pé­tence et la pro­fessent avec fidélité.

En outre, parce qu’ils col­la­borent comme citoyens de ce monde à tout ce qui touche la construc­tion et la ges­tion de l’ordre tem­po­rel, les laïcs doivent cher­cher à appro­fon­dir dans la vie fami­liale, pro­fes­sion­nelle, cultu­relle et sociale, à la lumière de la foi leurs rai­sons d’agir et à l’occasion les révé­ler aux autres, conscients ain­si d’être les coopé­ra­teurs du Dieu créa­teur, rédemp­teur et sanc­ti­fi­ca­teur, et de lui rendre gloire. Enfin les laïcs ani­me­ront leur vie par la cha­ri­té et l’exprimeront concrè­te­ment à la mesure de leurs moyens.

Tous se sou­vien­dront que par le culte public et la prière per­son­nelle, par la péni­tence et la libre accep­ta­tion des tra­vaux et des peines de la vie qui les conforme au Christ souf­frant (cf. 2 Co 4, 10 ; Col 1, 24), ils peuvent atteindre tous les hommes et tra­vailler au salut du monde entier.

17. L’apostolat indi­vi­duel en cer­taines circonstances 

Cet apos­to­lat indi­vi­duel est par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire et urgent dans les régions où la liber­té de l’Église est gra­ve­ment com­pro­mise. Dans ces cir­cons­tances très dif­fi­ciles, les laïcs rem­pla­çant les prêtres dans la mesure où ils le peuvent, expo­sant leur propre liber­té et par­fois leur vie, enseignent la doc­trine chré­tienne à ceux qui les entourent, les forment à la vie reli­gieuse et à l’esprit catho­lique, les incitent à la récep­tion fré­quente des sacre­ments et à la pié­té sur­tout envers l’Eucharistie [27]. Le Concile du fond du cœur rend grâces à Dieu qui, encore aujourd’hui, ne cesse de sus­ci­ter des laïcs au cou­rage héroïque au milieu des per­sé­cu­tions ; il les entoure de sa pater­nelle affec­tion et leur exprime sa reconnaissance.

L’apostolat indi­vi­duel trouve une grande place là où les catho­liques sont peu nom­breux et dis­per­sés. Dans ces cir­cons­tances, les laïcs qui n’exercent qu’un apos­to­lat per­son­nel, soit pour les rai­sons men­tion­nées plus haut, soit pour des motifs par­ti­cu­liers venant par­fois de leur acti­vi­té pro­fes­sion­nelle, peuvent se ras­sem­bler uti­le­ment par petits groupes, sans aucune forme rigide d’institution ou d’organisation pour­vu que le signe de la com­mu­nau­té de l’Église appa­raisse tou­jours aux autres comme un témoi­gnage authen­tique d’amour.

Ainsi, s’aidant mutuel­le­ment au plan spi­ri­tuel par leur ami­tié et l’échange de leurs expé­riences, ils se pré­parent à sur­mon­ter les incon­vé­nients d’une vie et d’une action trop iso­lées, et à pro­duire des fruits apos­to­liques plus abondants.

18. Importance de l’apostolat organisé 

Les chré­tiens sont donc appe­lés à exer­cer per­son­nel­le­ment l’apostolat dans leurs diverses condi­tions de vie ; il ne faut cepen­dant pas oublier que l’homme est social par nature et qu’il a plu à Dieu de ras­sem­bler ceux qui croient au Christ pour en faire le Peuple de Dieu (cf. 1 P 2, 5–10) et les unir en un seul corps (cf. 1 Co 12, 12). L’apostolat orga­ni­sé cor­res­pond donc bien à la condi­tion humaine et chré­tienne des fidèles ; il pré­sente en même temps le signe de la com­mu­nion et de l’unité de l’Église dans le Christ qui a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

C’est pour­quoi les chré­tiens exer­ce­ront leur apos­to­lat en s’accordant sur un même but [28]. Qu’ils soient apôtres, tant dans leurs com­mu­nau­tés fami­liales que dans les paroisses et les dio­cèses qui expriment en tant que tels le carac­tère com­mu­nau­taire de l’apostolat ; qu’ils le soient aus­si dans les grou­pe­ments libres dans les­quels ils auront choi­si de se réunir.

L’apostolat orga­ni­sé est aus­si très impor­tant parce que sou­vent, soit dans les com­mu­nau­tés ecclé­siales, soit dans les divers milieux de vie, l’apostolat requiert une action d’ensemble. Les orga­ni­sa­tions créées pour un apos­to­lat col­lec­tif sou­tiennent leurs membres, les forment à l’apostolat, ordonnent et dirigent leur action apos­to­lique de telle sorte qu’on puisse en espé­rer des résul­tats beau­coup plus impor­tants que si cha­cun agis­sait isolément.

Dans la conjonc­ture actuelle il est sou­ve­rai­ne­ment néces­saire que là où s’exerce l’activité des laïcs se déve­loppe l’apostolat sous sa forme col­lec­tive et orga­ni­sée ; seule en effet cette étroite conjonc­tion des efforts peut per­mettre d’atteindre com­plè­te­ment tous les buts de l’apostolat d’aujourd’hui et d’en pro­té­ger effi­ca­ce­ment les fruits [29]. Dans cette pers­pec­tive il est par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant que l’apostolat atteigne les men­ta­li­tés col­lec­tives et les condi­tions sociales de ceux dont il se pré­oc­cupe, sinon ceux-​ci seront sou­vent inca­pables de résis­ter à la pres­sion de l’opinion publique ou des institutions.

19. Les mul­tiples formes de l’apostolat organisé 

Il existe une grande varié­té dans les asso­cia­tions d’apostolat [30]. Les unes se pro­posent d’atteindre le but apos­to­lique géné­ral de l’Église ; d’autres des buts d’évangélisation et de sanc­ti­fi­ca­tion envi­sa­gés sous un angle par­ti­cu­lier ; d’autres visent à l’animation chré­tienne de l’ordre tem­po­rel ; d’autres rendent témoi­gnage au Christ plus spé­cia­le­ment par les œuvres de misé­ri­corde et de charité.

Parmi ces grou­pe­ments, il faut en pre­mier lieu consi­dé­rer ceux qui favo­risent et mettent en valeur une union plus intime entre la vie concrète de leurs membres et leur foi. Les orga­ni­sa­tions ne sont pas des fins en soi, mais elles doivent ser­vir la mis­sion de l’Église envers le monde. Leur valeur apos­to­lique dépend de leur confor­mi­té aux buts de l’Église, ain­si que de la qua­li­té chré­tienne de leur témoi­gnage et de l’esprit évan­gé­lique de cha­cun de leurs membres et de l’association tout entière.

La mis­sion uni­ver­selle de l’Église, étant don­né la mise en place pro­gres­sive des struc­tures et l’évolution de la socié­té actuelle, requiert de plus en plus le déve­lop­pe­ment des asso­cia­tions apos­to­liques des catho­liques au plan inter­na­tio­nal. Les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales catho­liques attein­dront mieux leur but, si les groupes qu’elles ras­semblent et leurs membres leur sont plus étroi­te­ment unis.

Le lien néces­saire avec l’autorité ecclé­sias­tique étant assu­ré [31], les laïcs ont le droit de fon­der des asso­cia­tions [32], de les diri­ger et d’adhérer à celles qui existent. Il faut cepen­dant évi­ter la dis­per­sion des forces ; celle-​ci se pro­dui­rait si l’on fon­dait de nou­velles asso­cia­tions et œuvres sans rai­son suf­fi­sante, si l’on en conser­vait d’autres deve­nues inutiles, ou encore si l’on gar­dait des méthodes péri­mées ; enfin il ne sera pas tou­jours oppor­tun de trans­plan­ter sans dis­cer­ne­ment dans un pays déter­mi­né les formes d’apostolat orga­ni­sé qui existent dans un autre [33].

20. L’Action catholique 

Depuis quelques dizaines d’années, dans un grand nombre de pays, des laïcs adon­nés de plus en plus à l’apostolat, se sont réunis en des formes diverses d’action et d’associations qui, en union par­ti­cu­liè­re­ment étroite avec la hié­rar­chie, ont pour­sui­vi et pour­suivent des buts pro­pre­ment apos­to­liques. Parmi ces ins­ti­tu­tions, comme par­mi d’autres sem­blables et plus anciennes, il faut men­tion­ner en pre­mier lieu celles qui, tout en sui­vant diverses méthodes, ont été très fécondes pour le règne du Christ : recom­man­dées et favo­ri­sées à juste titre par les papes et de nom­breux évêques, elles ont reçu d’eux le nom d’Action catho­lique ; elles ont été le plus sou­vent décrites comme une col­la­bo­ra­tion des laïcs à l’apostolat hié­rar­chique [34].

Ces formes d’apostolat, qu’elles portent ou non le nom d’Action catho­lique, exercent aujourd’hui un apos­to­lat pré­cieux. Elles sont consti­tuées par la réunion des élé­ments sui­vants qui les caractérisent :

a) Le but immé­diat des orga­ni­sa­tions de ce genre est le but apos­to­lique de l’Église dans l’ordre de l’évangélisation, de la sanc­ti­fi­ca­tion des hommes et de la for­ma­tion chré­tienne de leur conscience, afin qu’ils soient en mesure de péné­trer de l’esprit de l’Évangile les diverses com­mu­nau­tés et les divers milieux.

b) Les laïcs col­la­bo­rant, selon un mode qui leur est propre, avec la hié­rar­chie, apportent leur expé­rience et assument leur res­pon­sa­bi­li­té dans la direc­tion de ces orga­ni­sa­tions, dans la recherche des condi­tions de mise en œuvre de la pas­to­rale de l’Église, dans l’élaboration et la pour­suite de leur pro­gramme d’action.

c) Ces laïcs agissent unis à la manière d’un corps orga­ni­sé, ce qui exprime de façon plus par­lante la com­mu­nau­té ecclé­siale et rend l’apostolat plus fécond.

d) Ces laïcs, qu’ils soient venus à l’apostolat de leur propre mou­ve­ment ou en réponse à une invi­ta­tion pour l’action et la coopé­ra­tion directe avec l’apostolat hié­rar­chique, agissent sous la haute direc­tion de la hié­rar­chie elle-​même, qui peut même authen­ti­fier cette col­la­bo­ra­tion par un man­dat explicite.

Les orga­ni­sa­tions qui, au juge­ment de la hié­rar­chie, véri­fient l’ensemble de ces carac­tères, doivent être répu­tées comme étant d’Action catho­lique, même si elles ont des struc­tures et des noms variés selon les exi­gences des lieux et des peuples.

Le saint Concile recom­mande ins­tam­ment ces ins­ti­tu­tions qui répondent cer­tai­ne­ment en beau­coup de pays aux néces­si­tés de l’apostolat de l’Église, et il invite les prêtres et les laïcs qui y tra­vaillent à réa­li­ser de plus en plus les carac­té­ris­tiques men­tion­nées plus haut et à coopé­rer tou­jours fra­ter­nel­le­ment dans l’Église avec toutes les autres formes de l’apostolat.

21. Estime des organisations 

Toutes les orga­ni­sa­tions d’apostolat sont à esti­mer comme il convient, mais celles que la hié­rar­chie, selon les besoins des temps et des lieux, aura louées, recom­man­dées, déci­dé de fon­der comme plus urgentes, doivent être mises en pre­mière place par les prêtres, les reli­gieux et les laïcs, et déve­lop­pées par cha­cun sui­vant sa mis­sion. Parmi ces grou­pe­ments, il faut men­tion­ner très spé­cia­le­ment aujourd’hui les asso­cia­tions ou groupes inter­na­tio­naux de catholiques.

22. Les laïcs qui sont à un titre spé­cial au ser­vice de l’Église

Sont dignes d’un res­pect et d’une estime par­ti­cu­lière dans l’Église les laïcs céli­ba­taires ou mariés qui de manière défi­ni­tive ou pour un temps mettent leur per­sonne, leur com­pé­tence pro­fes­sion­nelle au ser­vice des ins­ti­tu­tions et de leurs acti­vi­tés. C’est une grande joie de voir s’augmenter de jour en jour le nombre des laïcs qui se consacrent aux asso­cia­tions et œuvres d’apostolat, soit à l’intérieur de leur pays, soit dans le sec­teur inter­na­tio­nal, soit sur­tout dans des com­mu­nau­tés catho­liques des mis­sions et des églises nais­santes. Les pas­teurs accueille­ront ces laïcs avec joie et recon­nais­sance ; ils veille­ront à ce que leur condi­tion satis­fasse aus­si par­fai­te­ment que pos­sible aux exi­gences de la jus­tice, de l’équité et de la cha­ri­té, sur­tout en ce qui concerne les res­sources néces­saires à leur vie et à celles de leur famille ; ils feront en sorte que ces laïcs dis­posent des moyens néces­saires de for­ma­tion, de sou­tien et de sti­mu­lant spirituels.

CHAPITRE V : Les dis­po­si­tions à observer 

23. Introduction

L’apostolat des laïcs, indi­vi­duel ou col­lec­tif, doit s’insérer à sa vraie place dans l’apostolat de toute l’Église. Qui plus est, son lien avec ceux que l’Esprit Saint a consti­tués pour paître l’Église de Dieu (cf. Ac 20, 28), est un élé­ment essen­tiel de l ’apos­to­lat chré­tien. Non moins néces­saire est la col­la­bo­ra­tion entre les diverses ini­tia­tives apos­to­liques qu’il est du res­sort de la hié­rar­chie d’organiser harmonieusement.

Une estime mutuelle et une bonne coor­di­na­tion de toutes les formes apos­to­liques de l’Église, res­pec­tant le carac­tère par­ti­cu­lier de cha­cune sont en effet abso­lu­ment néces­saires pour pro­mou­voir l’esprit d’unité afin que la cha­ri­té fra­ter­nelle éclate dans tout l’apostolat de l’Église, que les buts com­muns soient atteints et que les riva­li­tés dom­ma­geables soient évi­tées [35].

Cela appa­raît sur­tout néces­saire quand une action par­ti­cu­lière exige, dans l’Église, l’harmonie et la coopé­ra­tion apos­to­lique des deux cler­gés, des reli­gieux et des laïcs.

24. Relations avec la hiérarchie 

Il appar­tient à la hié­rar­chie de favo­ri­ser l’apostolat des laïcs, de lui don­ner prin­cipes et assis­tance spi­ri­tuelle, d’ordonner son exer­cice au bien com­mun de l’Église, et de veiller à ce que la doc­trine et les dis­po­si­tions fon­da­men­tales soient respectées.

Les liens de l’apostolat des laïcs avec la hié­rar­chie peuvent revê­tir des moda­li­tés dif­fé­rentes selon la diver­si­té des formes et des buts de cet apostolat.

On trouve dans l’Église un cer­tain nombre d’initiatives apos­to­liques qui doivent leur ori­gine au libre choix des laïcs et dont la ges­tion relève de leur propre juge­ment pru­den­tiel. De telles ini­tia­tives per­mettent à l’Église, en cer­taines cir­cons­tances, de mieux rem­plir sa mis­sion ; aus­si n’est-il pas rare que la hié­rar­chie les loue et les recom­mande [36], mais aucune ini­tia­tive ne peut pré­tendre au nom de catho­lique, sans le consen­te­ment de l’autorité ecclé­sias­tique légitime.

Certaines formes de l’apostolat des laïcs sont recon­nues expli­ci­te­ment par la hié­rar­chie sous une forme ou sous une autre.

En outre, eu égard aux exi­gences du bien com­mun de l’Église, l’autorité ecclé­sias­tique peut choi­sir et pro­mou­voir d’une façon spé­ciale cer­taines asso­cia­tions et ins­ti­tu­tions apos­to­liques, visant direc­te­ment un but spi­ri­tuel, et assu­mer à leur égard une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière. Ainsi la hié­rar­chie, orga­ni­sant l’apostolat de diverses manières selon les cir­cons­tances, unit plus étroi­te­ment à sa propre charge apos­to­lique telle forme d’apostolat sans tou­te­fois alté­rer la nature propre et la dis­tinc­tion des deux tâches, et par consé­quent sans enle­ver aux laïcs la néces­saire facul­té d’agir de leur propre ini­tia­tive. Cet acte de la hié­rar­chie a reçu le nom de « man­dat » dans divers docu­ments ecclésiastiques.

Enfin il arrive que la hié­rar­chie confie aux laïcs cer­taines charges tou­chant de plus près aux devoirs des pas­teurs : dans l’enseignement de la doc­trine chré­tienne, par exemple, dans cer­tains actes litur­giques et dans le soin des âmes. Par cette mis­sion, les laïcs sont plei­ne­ment sou­mis à la direc­tion du supé­rieur ecclé­sias­tique pour l’exercice de ces charges.

En ce qui concerne les œuvres et ins­ti­tu­tions d’ordre tem­po­rel, le rôle de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique est d’enseigner et d’interpréter authen­ti­que­ment les prin­cipes moraux à suivre en ce domaine. Il lui est éga­le­ment pos­sible de juger, après mûre réflexion et consul­ta­tion de per­sonnes com­pé­tentes, de la confor­mi­té de telle œuvre ou ins­ti­tu­tion avec ces prin­cipes moraux et de se pro­non­cer à leur sujet sur ce qui est exi­gé pour la sau­ve­garde et la pro­mo­tion des biens de l’ordre surnaturel.

25. Aide à appor­ter par le cler­gé à l’apostolat des laïcs 

Les évêques, les curés, et les autres prêtres du cler­gé sécu­lier et du cler­gé régu­lier se sou­vien­dront que le droit et le devoir d’exercer l’apostolat sont com­muns à tous les fidèles, clercs ou laïcs, et que dans l’édification de l’Église les laïcs ont aus­si un rôle propre à jouer [37]. C’est pour­quoi ils tra­vaille­ront fra­ter­nel­le­ment avec les laïcs dans l’Église et pour l’Église et pren­dront spé­cia­le­ment à cœur le sou­tien des laïcs dans leurs œuvres d’apostolat [38].

Les évêques choi­si­ront avec soin des prêtres capables et bien aver­tis pour s’occuper des formes par­ti­cu­lières de l’apostolat des laïcs [39]. Ceux qui exercent ce minis­tère en ver­tu d’une mis­sion reçue de la hié­rar­chie, la repré­sentent dans son action pas­to­rale : tou­jours atta­chés fidè­le­ment à l’esprit et à la doc­trine de l’Église, ils favo­ri­se­ront entre les laïcs et la hié­rar­chie les rela­tions conve­nables ; ils se dépen­se­ront pour nour­rir la vie spi­ri­tuelle et le sens apos­to­lique au sein des asso­cia­tions catho­liques qui leur sont confiées ; ils seront pré­sents à leur action apos­to­lique par leurs avis judi­cieux et favo­ri­se­ront leurs pro­jets ; en dia­logue constant avec les laïcs, ils recher­che­ront atten­ti­ve­ment les formes les plus capables de rendre l’action apos­to­lique plus fruc­tueuse ; ils déve­lop­pe­ront l’esprit d’unité au sein même de l’association aus­si bien qu’entre elle et les autres. Enfin les reli­gieux, frères ou sœurs, esti­me­ront l’action apos­to­lique des laïcs, et, fidèles à l’esprit et aux règles de leur ins­ti­tut, ils se dépen­se­ront volon­tiers à la déve­lop­per [40]; ils s’appliqueront à sou­te­nir, à aider et à com­plé­ter l’action du prêtre.

26. Moyens utiles à la coopé­ra­tion mutuelle 

Au plan des dio­cèses il fau­drait autant que pos­sible qu’il y ait des conseils qui sou­tiennent le tra­vail apos­to­lique de l’Église tant sur le plan de l’évangélisation et de la sanc­ti­fi­ca­tion que sur le plan cari­ta­tif, social et autre : les clercs et les reli­gieux y col­la­bo­re­ront de manière appro­priée avec les laïcs. Ces conseils pour­ront aider à la coor­di­na­tion mutuelle des diverses asso­cia­tions ou ini­tia­tives des laïcs en res­pec­tant la nature propre et l’autonomie de cha­cune [41] .

Des conseils sem­blables, autant que faire se peut, devraient être consti­tués au plan parois­sial, inter­pa­rois­sial, inter­dio­cé­sain, voire même au plan natio­nal et inter­na­tio­nal [42].

Il faut de plus consti­tuer auprès du Saint-​Siège un secré­ta­riat spé­cial pour le ser­vice et la pro­mo­tion de l’apostolat des laïcs. Ce secré­ta­riat serait comme un centre doté de moyens adap­tés pour four­nir des infor­ma­tions au sujet des diverses ini­tia­tives apos­to­liques des laïcs. Il s’attacherait aux recherches sur les pro­blèmes qui sur­gissent aujourd’hui dans ce domaine et assis­te­rait de ses conseils la hié­rar­chie et les laïcs sur le plan des acti­vi­tés apos­to­liques. Les divers mou­ve­ments et orga­ni­sa­tions apos­to­liques des laïcs du monde entier devraient être par­ties pre­nantes de ce secré­ta­riat où se retrou­ve­raient aus­si des clercs pour col­la­bo­rer avec les laïcs.

27. Coopération avec les autres chré­tiens et les non-chrétiens 

Le patri­moine évan­gé­lique com­mun, et le devoir com­mun qui en résulte de por­ter un témoi­gnage chré­tien, recom­mandent et sou­vent exigent la coopé­ra­tion de catho­liques avec les autres chré­tiens ; cette col­la­bo­ra­tion peut être le fait des indi­vi­dus et des com­mu­nau­tés ecclé­siales et concer­ner la par­ti­ci­pa­tion soit à des acti­vi­tés, soit à des asso­cia­tions, sur le plan natio­nal ou inter­na­tio­nal [43].

Les valeurs humaines com­munes réclament aus­si de la part des chré­tiens qui pour­suivent des fins apos­to­liques une coopé­ra­tion de ce genre avec ceux qui ne pro­fessent pas le chris­tia­nisme mais recon­naissent ces valeurs.

Par cette coopé­ra­tion dyna­mique et pru­dente [44], par­ti­cu­liè­re­ment impor­tante dans les acti­vi­tés tem­po­relles, les laïcs apportent un témoi­gnage au Christ Sauveur du monde et à l’unité de la famille humaine.

CHAPITRE VI : Formation à l’apostolat

28. Nécessité d’une for­ma­tion à l’apostolat

L’apostolat ne peut atteindre une pleine effi­ca­ci­té que grâce à une for­ma­tion à la fois dif­fé­ren­ciée et com­plète. C’est ce qu’exigent non seule­ment le constant pro­grès spi­ri­tuel et doc­tri­nal du laïc lui-​même mais aus­si diverses cir­cons­tances tenant aux réa­li­tés, aux per­sonnes et aux obli­ga­tions aux­quelles son acti­vi­té doit pou­voir s’adapter. Cette for­ma­tion à l’apostolat s’appuiera comme sur des fon­de­ments sur les pro­po­si­tions et décla­ra­tions faites ailleurs par le Concile [45]. Un cer­tain nombre de formes d’apostolat requièrent en plus de la for­ma­tion com­mune à tous les chré­tiens une for­ma­tion spé­ci­fique et par­ti­cu­lière en rai­son de la diver­si­té des per­sonnes et des circonstances.

29. Principes de la for­ma­tion des laïcs à l’apostolat

Les laïcs ayant leur manière à eux de par­ti­ci­per à la mis­sion de l’Église, leur for­ma­tion apos­to­lique sera adap­tée au carac­tère sécu­lier propre au laï­cat et à la vie spi­ri­tuelle qui leur convient.

Cette for­ma­tion à l’apostolat sup­pose une for­ma­tion humaine conforme à la per­son­na­li­té et aux condi­tions de la vie de cha­cun. Le laïc, en effet, grâce à une bonne connais­sance du monde actuel, doit être un membre bien insé­ré dans son groupe social et dans la culture qui est la sienne.

Mais, en pre­mier lieu, le laïc appren­dra à accom­plir la mis­sion du Christ et de l’Église en vivant par la foi le mys­tère divin de la créa­tion et de la rédemp­tion sous la motion de l’Esprit Saint qui anime le Peuple de Dieu et qui sol­li­cite tous les hommes à aimer Dieu comme un père et à aimer le monde et les hommes. Cette for­ma­tion doit être consi­dé­rée comme le fon­de­ment et la condi­tion même de tout apos­to­lat fécond.

Outre la for­ma­tion spi­ri­tuelle, une solide connais­sance doc­tri­nale est requise en matière théo­lo­gique, morale et phi­lo­so­phique ; cette connais­sance devra être adap­tée à l’âge, aux condi­tions de vie ain­si qu’aux apti­tudes de cha­cun. De plus, il ne faut aucu­ne­ment oublier l’importance d’une culture géné­rale appro­priée jointe à une for­ma­tion pra­tique et technique.

En vue de faci­li­ter au mieux les « rela­tions humaines », il convient aus­si de favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment des valeurs authen­ti­que­ment humaines, en par­ti­cu­lier celles qui concernent l’art de vivre en esprit fra­ter­nel, de col­la­bo­rer ain­si que de dia­lo­guer avec les autres.

Parce que la for­ma­tion à l’apostolat ne peut consis­ter dans la seule ins­truc­tion théo­rique, il faut apprendre gra­duel­le­ment et pru­dem­ment dès le début de cette for­ma­tion, à voir toutes choses, à juger, à agir à la lumière de la foi, à se for­mer et à se per­fec­tion­ner soi-​même avec les autres par l’action. C’est ain­si qu’on entre­ra acti­ve­ment dans le ser­vice de l’Église [46]. Cette for­ma­tion est sans cesse à per­fec­tion­ner à cause du déve­lop­pe­ment pro­gres­sif de la per­sonne humaine et de l’évolution même des pro­blèmes ; elle requiert une connais­sance tou­jours plus pro­fonde et une adap­ta­tion constante de l’action. Tout en cher­chant à répondre à ses mul­tiples exi­gences, on aura le sou­ci constant de res­pec­ter l’unité et l’intégrité totale de la per­sonne humaine afin d’en pré­ser­ver et d’en inten­si­fier l’harmonieux équilibre.

De cette manière, le laïc peut s’insérer pro­fon­dé­ment et acti­ve­ment dans la réa­li­té même de l’ordre tem­po­rel et prendre part effi­ca­ce­ment à la marche des choses ; en même temps, comme membre vivant et témoin de l’Église, il rend celle-​ci pré­sente et agis­sante au cœur même des réa­li­tés tem­po­relles [47].

30. Ceux qui doivent for­mer les autres à l’apostolat

La for­ma­tion à l’apostolat doit com­men­cer dès la pre­mière édu­ca­tion des enfants, mais ce sont plus spé­cia­le­ment les ado­les­cents et les jeunes qui doivent être ini­tiés à l’apostolat et mar­qués de son esprit. Cette for­ma­tion sera d’ailleurs à pour­suivre tout au long de la vie en fonc­tion des exi­gences posées par de nou­velles tâches. Il est donc clair qu’il revient à ceux qui ont la charge de l’éducation chré­tienne de s’attacher à cette édu­ca­tion apostolique.

C’est aux parents qu’il incombe, au sein même de la famille, de pré­pa­rer leurs enfants dès leur jeune âge à décou­vrir l’amour de Dieu envers tous les hommes ; ils leur appren­dront peu à peu – et sur­tout par leur exemple – à avoir le sou­ci des besoins de leur pro­chain, tant au plan maté­riel que spi­ri­tuel. C’est la famille tout entière, dans sa com­mu­nau­té de vie, qui doit réa­li­ser ain­si le pre­mier appren­tis­sage de l’apostolat.

Mais il est par ailleurs néces­saire de for­mer les enfants de telle manière que, dépas­sant le cadre fami­lial, ils ouvrent leur esprit à la vie des com­mu­nau­tés, aus­si bien ecclé­siales que tem­po­relles. Leur inté­gra­tion à la com­mu­nau­té parois­siale locale doit être faite de telle manière qu’ils y prennent conscience d’être membres vivants et agis­sants du Peuple de Dieu. Les prêtres auront donc le sou­ci constant de cette for­ma­tion à l’apostolat : dans les caté­chismes, les pré­di­ca­tions, la direc­tion des âmes ain­si que dans les diverses autres fonc­tions du minis­tère pastoral.

Ce sont éga­le­ment les écoles, les col­lèges et les diverses ins­ti­tu­tions catho­liques consa­crées à l’éducation qui doivent sus­ci­ter chez les jeunes le sens catho­lique et l’action apos­to­lique. Si ces moyens font défaut, soit que les jeunes ne fré­quentent pas ces écoles, soit pour toute autre rai­son, que les parents et les pas­teurs, ain­si que les mou­ve­ments d’apostolat, prennent d’autant plus soin d’y pour­voir. Quant aux maîtres et aux édu­ca­teurs, qui, par voca­tion et par devoir d’état, exercent une excel­lente forme de l’apostolat des laïcs, il importe qu’ils soient péné­trés de la doc­trine et de la péda­go­gie néces­saires pour trans­mettre effi­ca­ce­ment cette éducation.

Les grou­pe­ments et asso­cia­tions diverses de laïcs qui se consacrent à l’apostolat ou à toute autre fin spi­ri­tuelle doivent soi­gneu­se­ment et assi­dû­ment favo­ri­ser, selon leurs objec­tifs et leurs propres moda­li­tés, cette for­ma­tion à l’apostolat [48]. Ces orga­nismes consti­tuent d’ailleurs sou­vent la voie ordi­naire de cette for­ma­tion à l’apostolat. On y trouve en effet la for­ma­tion doc­tri­nale, spi­ri­tuelle et pra­tique. Leurs membres réunis en petits groupes avec leurs com­pa­gnons ou leur amis, exa­minent les méthodes et les résul­tats de leur action apos­to­lique et cherchent ensemble dans l’Évangile à juger leur vie quotidienne.

Cette for­ma­tion doit être pour­sui­vie de façon telle qu’elle tienne compte de tout l’apostolat qui incombe aux laïcs, car celui-​ci ne doit pas s’exercer seule­ment à l’intérieur des grou­pe­ments et des asso­cia­tions mais dans toutes les cir­cons­tances de la vie, en par­ti­cu­lier de la vie pro­fes­sion­nelle et sociale. Bien plus, c’est chaque laïc qui doit se pré­pa­rer lui-​même acti­ve­ment à l’apostolat ; ceci est tout par­ti­cu­liè­re­ment vrai des adultes. En avan­çant en âge, en effet, l’esprit s’ouvre davan­tage, et cha­cun est donc plus capable de décou­vrir les talents qui lui ont été dépar­tis par Dieu et peut exer­cer plus effi­ca­ce­ment les cha­rismes que l’Esprit Saint lui a don­nés pour le bien de ses frères.

31. Adaptation de la for­ma­tion aux diverses formes d’apostolat

Les diverses formes d’apostolat néces­sitent une for­ma­tion par­ti­cu­liè­re­ment adaptée.

a) En ce qui concerne l’apostolat d’évangélisation et de sanc­ti­fi­ca­tion, les laïcs doivent être spé­cia­le­ment pré­pa­rés à enga­ger le dia­logue avec les autres, croyants ou non-​croyants, afin de mani­fes­ter à tous le mes­sage du Chris [49].

Mais comme en notre temps le maté­ria­lisme sous des formes diverses se répand un peu par­tout, même par­mi les catho­liques, il est néces­saire que les laïcs non seule­ment étu­dient avec soin la doc­trine, par­ti­cu­liè­re­ment les points remis en cause, mais qu’en face de toute forme de maté­ria­lisme ils donnent le témoi­gnage d’une vie évangélique.

b) En ce qui concerne la trans­for­ma­tion chré­tienne de l’ordre tem­po­rel les laïcs doivent être ins­truits de la véri­table signi­fi­ca­tion et de la valeur des biens tem­po­rels consi­dé­rés tant en eux-​mêmes que dans leurs rap­ports avec toutes les fins de la per­sonne humaine ; ils doivent être entraî­nés à bien user des choses et acqué­rir l’expérience de l’organisation des ins­ti­tu­tions, en res­tant atten­tifs au bien com­mun sui­vant les prin­cipes de la doc­trine morale et sociale de l’Église. Les laïcs doivent assi­mi­ler tout par­ti­cu­liè­re­ment les prin­cipes et les conclu­sions de cette doc­trine sociale, de sorte qu’ils deviennent capables de tra­vailler pour leur part à son déve­lop­pe­ment aus­si bien que de l’appliquer cor­rec­te­ment aux cas par­ti­cu­liers [50].

c) Comme les œuvres de cha­ri­té et de misé­ri­corde pré­sentent un excellent témoi­gnage de vie chré­tienne, la for­ma­tion apos­to­lique doit aus­si invi­ter à les accom­plir, en sorte que dès leur enfance les dis­ciples du Christ apprennent à par­ta­ger les souf­frances de leurs frères et à pour­voir avec géné­ro­si­té à leurs besoins [51].

32. Moyens à prendre 

Les laïcs consa­crés à l’apostolat dis­posent déjà de nom­breux moyens de for­ma­tion : ses­sions, congrès, récol­lec­tions, exer­cices spi­ri­tuels, ren­contres fré­quentes, confé­rences, livres et com­men­taires qui per­mettent d’approfondir la connais­sance de l’Écriture sainte et de la doc­trine catho­lique ain­si que de pro­gres­ser dans la vie spi­ri­tuelle, de connaître les condi­tions de vie du monde, de décou­vrir et d’utiliser les méthodes les plus aptes à l’apostolat [52].

Ces moyens de for­ma­tion sont fonc­tion des diverses formes d’apostolat à mettre en œuvre selon les milieux à atteindre.

Dans ce but ont même été créés des centres d’études ou des ins­ti­tuts supé­rieurs qui ont déjà don­né d’excellents résultats.

Le Concile se réjouit des ini­tia­tives de ce genre et de leur rayon­ne­ment déjà flo­ris­sant en cer­taines contrées et sou­haite leur fon­da­tion là où la néces­si­té s’en fera sen­tir. De plus, il pré­co­nise la créa­tion de centres de docu­men­ta­tion et d’études non seule­ment en matière théo­lo­gique mais aus­si pour les sciences humaines : anthro­po­lo­gie, psy­cho­lo­gie, socio­lo­gie, métho­do­lo­gie, afin de déve­lop­per les apti­tudes des laïcs, hommes, femmes, jeunes et adultes, pour tous les sec­teurs d’apostolat.

EXHORTATION

Le saint Concile adjure donc avec force au nom du Seigneur tous les laïcs de répondre volon­tiers avec élan et géné­ro­si­té à l’appel du Christ qui, en ce moment même, les invite avec plus d’insistance, et à l’impulsion de l’Esprit Saint. Que les jeunes réa­lisent bien que cet appel s’adresse très par­ti­cu­liè­re­ment à eux, qu’ils le reçoivent avec joie et de grand cœur. C’est le Seigneur lui-​même qui, par le Concile, presse à nou­veau tous les laïcs de s’unir inti­me­ment à lui de jour en jour, et de prendre à cœur ses inté­rêts comme leur propre affaire (cf. Ph 2, 5), de s’associer à sa mis­sion de Sauveur ; il les envoie encore une fois en toute ville et en tout lieu où il doit aller lui-​même (cf. Lc 10, 1) ; ain­si à tra­vers la varié­té des formes et des moyens du même et unique apos­to­lat de l’Église, les laïcs se mon­tre­ront ses col­la­bo­ra­teurs, tou­jours au fait des exi­gences du moment pré­sent, « se dépen­sant sans cesse au ser­vice du Seigneur, sachant qu’en lui leur tra­vail ne sau­rait être vain » (cf. 1 Co 15, 58). Tout l’ensemble et cha­cun des points qui ont été édic­tés dans ce décret ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en ver­tu du pou­voir apos­to­lique que Nous tenons du Christ, en union avec les véné­rables Pères, Nous les approu­vons, arrê­tons et décré­tons dans le Saint-​Esprit, et Nous ordon­nons que ce qui a été éta­bli en Concile soit pro­mul­gué pour la gloire de Dieu.

Rome, à Saint-​Pierre, le 18 novembre 1965. 

Moi, Paul, évêque de l’Église catholique.

(Suivent les signa­tures des Pères)

Notes

[1] Cf. Jean XXIII, Const. apost. Humanae Salutis, 25 décembre 1961 : AAS 54 (1962), p. 7–10.
[2] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 33 s. – Cf. aus­si Const. Sacrosanctum conci­lium, n. 26–40. – Décret De ins­tru­men­tis com­mun. socia­lis. – Décret Unitatis redin­te­gra­tio. – Décret Christus Dominus, n. 16, 17, 18. Déclar. Gravissimum edu­ca­tio­nis n. 3, 5, 7.
[3] Cf. Pie XII, Alloc. aux car­di­naux, 18 février 1946 : AAS 38 (1946), p.101–102.-Idem, Sermo ad Iuvenes ope­ra­rios catho­li­cos, 25 août 1957 : AAS 49 (1957), p.843.
[4] Cf. Pie XI, Encycl. Rerum Ecclesiae : AAS 18 (1926), p. 65.
[5] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 31.
[6] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 33, cf. aus­si n. 10.
[7] Cf. Ibid., n. 12.
[8] Cf. Conc. Vat. II, Const. Sacrosanctum conci­lium, n. 11.
[9] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 32 ; cf. aus­si n. 40–41.
[10] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 62 ; cf. aus­si n. 65.
[11] Cf. Pie XI, Encycl. Ubi arca­no, 23 décembre 1922 : AAS 14 (1922), p. 659. – Pie XII, Encycl. Summi Pontificatus, 20 octobre 1939 : AAS 31 (1939), p. 442–443.
[12] Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum Novarum : AAS 23 (1890–1891), p. 647. – Pie XI, Encycl. Quadragesimo Anno : AAS 23 (1931), p. 190. – Pie XII, Message radioph. 1er juin 1941 : AAS 33 (1941), p. 207.
[13] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra : AAS 53 (1961), p. 402.
[14] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra : AAS 53 (1961), p. 440–441.
[15] Cf. Ibid., p. 442–443.
[16] Cf. Pie XII, Alloc. Ad « Pax Romana M.I.I.C. », 25 avril 1957 : AAS 49 (1957), p. 298–299 ; et sur­tout Jean XXIII, Ad Conventum Consilii « Food and Agriculture Organization (F.A.O.) », 10 novembre 1959 : AAS 51 (1951), p. 856, 866.
[17] Cf. Pie X, lettre apost. Creationis dua­rum nova­rum paroe­cia­rum, 1er juin 1905 : AAS 38 (1905), p. 65–67. – Pie XII, Alloc. Aux fidèles de la paroisse Saint-​Saba, 11 jan­vier 1953 : Discours et mes­sages radioph. de Pie XII, 14 (1952–1953), p. 449–454. – Jean XXIII, Alloc. Clero et chris­ti­fi­de­li­bus e dioe­ce­si sub­ur­bi­ca­ria Albanensi, ad Arcem Gandulfi habi­ta, 26 août 1962 : AAS 54 (1962), p. 565–660.
[18] Cf. Léon XIII, Alloc. du 28 jan­vier 1894, Acta 14 (1894), p. 424–425.
[19] Cf. Pie XII, Alloc. ad Parochos, etc., 6 février 1951, Discours et mes­sages radioph. de Pie XII, 12 (1950- 1951), p. 437–443 ; 8 mars 1952 : ibid., 14 (1952–1953), p. 5–10 ; 27 mars 1953 : ibid., 15 (1953–1954), p. 27–35 ; 28 février 1954 : ibid., p. 585–590.
[20] Cf. Pie XI, Encycl. Casti connu­bii : AAS 22 (1930), p. 554. – Pie XII, Message radioph., 1er jan­vier 1941 : AAS 33 (1941), p. 203. Idem, Delegatis ad Conventum unio­nis intern. soda­li­ta­tum ad iura fami­liae tuen­da, 20 sep­tembre 1949 : AAS 41 (1949), p. 552. – Idem, Ad Patresfamilias e Gallia Romam per­egri­nantes, 18 sep­tembre 1951 : AAS 43 (1951), p. 731. – Idem, Message radioph. de Noël, 1952 : AAS 45 (1953), p. 41. – Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 : AAS 53 (1961), p. 429, 439.
[21] 5. Cf. Pie XII, Encycl. Evangelii Praecones, 2 juin 1951 : AAS 43 (1951), p. 514.
[22] Cf. Pie XII, Delegatis ad Conventum Unionis inter­na­tio­na­lis soda­li­ta­tum ad iura fami­liae tuen­da, 20 sep­tembre 1949 : AAS 41 (1949), p. 552.
[23] Cf. Pie X, Alloc. ad catho­li­cam Associationem Iuventutis Gallicae de pie­tate, scien­tia et actione, 25 sep­tembre 1904 : AAS 37 (1904–1905), p. 296–300.
[24] Cf. Pie XII, Épître Dans quelques semaines, ad Archiepiscopum Marianopolitanum, de conven­ti­bus a iuve­ni­bus ope­ra­riis chris­tia­nis cana­dien­si­bus indic­tis, 24 mai 1947 : AAS 39 (1947), p. 257 ; Message radioph. à la j.o.c., Bruxelles, 3 sep­tembre 1950 : AAS 42 (1950), p. 640–641.
[25] Cf. Pie XI, Encycl. Quadragesimo Anno, 15 mai 1931 ; AAS 23 (1931), p. 225–226.
[26] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 : AAS 53 (1961), p. 448–450.
[27] Cf. Pie XII, Alloc. Ad I Conventum ex Omnibus Gentibus Laicorum Apostolatui pro­ve­hen­do, 15 octobre 1951 : AAS 43 (1951), p. 788.
[28] Cf. ibid., p. 787–788.
[29] Cf. Pie XII, Encycl. Le pèle­ri­nage à Lourdes, 2 juillet 1957 : AAS 49 (1957), p. 615.
[30] Cf Pie XII, Alloc. ad Consilium Foederationis inter­na­tio­na­lis viro­rum catho­li­co­rum, 08 décembre 1956 : AAS 49 (1957), p. 26–27.
[31] Cf. infra chap.V, n. 24.
[32] Cf. S.C. du Concile, réso­lu­tion Corrienten., 13 novembre 1920 : AAS 13 (1921), p. 139.
[33] Cf. Jean XXIII, Encycl. Princeps Pastorum, 10 décembre 1959 : AAS 51 (1959), p. 856.
[34] Cf. Pie XI, épître Quae nobis, au card. Bertram, 13 novembre 1928 : AAS 20 (1928), p. 385. – Cf. aus­si Pie XII, Alloc. Ad. A. C. Italicam, 4 sep­tembre 1940 : AAS 32 (1940), p. 362.
[35] Cf. Pie XI, Encycl. Quamvis Nostra, 30 avril 1936 : AAS 28 (1936), p. 160–161.
[36] Cf. S. C. du Concile, réso­lu­tion Corrienten., 13 novembre 1920 : AAS 13 (1921), p. 137–140.
[37] Cf. Pie XII, Alloc. Ad II Conventum ex Omnibus Gentibus Laicorum Apostolatui pro­ve­hen­do, 5 octobre 1957 : AAS 49 (1957), p. 927.
[38] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 37.
[39] Cf. Pie XII, exhort. apost. Menti Nostrae, 23 sep­tembre 1950 : AAS 42 (1950), p. 660.
[40] Cf. Conc. Vat. II, décret Perfecta cari­ta­tis, n. 8.
[41] Cf. Benoît XIV, Du Synode dio­cé­sain, liv. III, c. IX, n. VII-​VIII : Opera omnia in tomos XVII dis­tri­bu­ta, t. XI (Prati, 1844), p. 76–77.
[42] Cf. Pie XI, Encycl. Quamvis Nostra, 30 avril 1936 : AAS 28 (1936), p. 160–161.
[43] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 : AAS 53 (1961), p. 456–457. – Cf. Conc. Vat. II, décret Unitatis redin­te­gra­tio, n. 12.
[44] Cf. Conc. Vat. II, décret Unitatis redin­te­gra­tio, n. 12. Cf. aus­si Const. dogm. Lumen gen­tium n. 15.
[45] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, chap. II, IV, V. – Cf. aus­si décret Unitatis redin­te­gra­tio, n. 4, 6, 7, 12. – Cf. aus­si supra, n. 4.
[46] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium chap. II, IV, V. – Cf. aus­si décret Unitatis redin­te­gra­tio, n. 4, 6, 7, 12. – Cf. aus­si supra, n. 4.
[47] Cf. Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 33.
[48] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 : AAS 53 (1961), p. 455.
[49] Cf. Pie XII, Encycl. Sertum lae­ti­tiae, 1er novembre 1939 : AAS 31 (1939), p. 635–644. – Cf. Idem, Alloc. aux « lau­rea­ti » de l’Action catho­lique ita­lienne, 24 mai 1953 : AAS 45 (1953), p. 413–414.
[50] Cf. Pie XII, Alloc. Ad Congressum Universalem Foederationis Mundialis Iuventutis Feminae Cathol., 18 avril 1952 : AAS (1952), p. 414–419.- Idem, Alloc. Ad Associat. Christianam Operariorum Italiae (ACLI), 1er mai 1955 : AAS 47 (1955), p.470–471.
[51] Cf. Pie XII, Ad dele­ga­tos Conventus Sodalitatum Caritatis, 27 avril 1952, p. 470–471.
[52] Cf. Jean XXIII, Encycl. Mater et Magistra, 15 mai 1961 : ASS 53 (1961), p. 454.

fraternité sainte pie X