Léon XIII

Lettre encyclique Au milieu des sollicitudes

16 février 1892

Sur les rapports entre l'Église et l'État, la liberté des catholiques et la condamnation de la rébellion

Donné à Rome, le 16 février de l’année 1892,
de Notre Pontificat la quatorzième.

À Nos Vénérables Frères les Archevêques, Évêques, au cler­gé et à tous les catho­liques de France.
Léon XIII, Pape
Vénérables Frères, très chers Fils.

Au milieu des sol­li­ci­tudes de l’Église uni­ver­selle, bien des fois dans le cours de Notre Pontificat Nous Nous sommes plu à témoi­gner de Notre affec­tion pour la France et pour son noble peuple. Et Nous avons vou­lu, par une de nos Encycliques encore pré­sente à la mémoire de tous, dire solen­nel­le­ment, sur ce sujet, tout le fond de Notre âme. C’est pré­ci­sé­ment cette affec­tion qui Nous a tenu sans cesse atten­tif à suivre du regard, puis à repas­ser en Nous-​même l’ensemble des faits, tan­tôt tristes, tan­tôt conso­lants, qui, depuis plu­sieurs années, se sont dérou­lés par­mi vous.

En péné­trant à fond, à l’heure pré­sente encore, la por­tée du vaste com­plot que cer­tains hommes ont for­mé d’anéantir en France le chris­tia­nisme, et l’animosité qu’ils mettent à pour­suivre la réa­li­sa­tion de leur des­sein, fou­lant aux pieds les plus élé­men­taires notions de liber­té et de jus­tice pour le sen­ti­ment de la majo­ri­té de la nation, et de res­pect pour les droits inalié­nables de l’Église catho­lique, com­ment ne serions-​Nous pas sai­si d’une vive dou­leur ? Et quand Nous voyons se révé­ler, l’une après l’autre, les consé­quences funestes de ces cou­pables attaques qui conspirent à la ruine des moeurs, de la reli­gion et même des inté­rêts poli­tiques sage­ment com­pris, com­ment expri­mer les amer­tumes qui Nous inondent et les appré­hen­sions qui nous assiègent ?

D’autre part, Nous Nous sen­tons gran­de­ment conso­lé, lorsque Nous voyons ce même peuple fran­çais redou­bler, pour le Saint-​Siège, d’affection et de zèle, à mesure qu’il le voit plus délais­sé, Nous devrions dire plus com­bat­tu sur la terre. À plu­sieurs reprises, mus par un pro­fond sen­ti­ment de reli­gion et de vrai patrio­tisme, les repré­sen­tants de toutes les classes sociales sont accou­rus, de France jusqu’à Nous, heu­reux de sub­ve­nir aux néces­si­tés inces­santes de l’Église, dési­reux de Nous deman­der lumière et conseil, pour être sûrs qu’au milieu des pré­sentes tri­bu­la­tions, ils ne s’écarteront en rien des ensei­gne­ments du Chef des croyants. Et Nous, réci­pro­que­ment, soit par écrit soit de vive voix, Nous avons ouver­te­ment dit à Nos fils ce qu’ils avaient droit de deman­der à leur Père. Et loin de les por­ter au décou­ra­ge­ment, nous les avons for­te­ment exhor­tés à redou­bler d’amour et d’efforts dans la défense de la foi catho­lique, en même temps que de leur patrie : deux devoirs de pre­mier ordre, aux­quels nul homme, en cette vie, ne peut se soustraire.

Et aujourd’hui encore, Nous croyons oppor­tun, néces­saire même, d’élever de nou­veau la voix, pour exhor­ter plus ins­tam­ment, Nous ne dirons pas seule­ment les catho­liques, mais tous les Français hon­nêtes et sen­sés à repous­ser loin d’eux tout germe de dis­sen­ti­ments poli­tiques, afin de consa­crer uni­que­ment leurs forces à la paci­fi­ca­tion de leur patrie. Cette paci­fi­ca­tion, tous en com­prennent le prix ; tous, de plus en plus, l’appellent de leurs voeux, et Nous qui la dési­rons plus que per­sonne, puisque Nous repré­sen­tons sur la terre le Dieu de la paix [1]), Nous convions, par les pré­sentes Lettres, toutes les âmes droites, tous les coeurs géné­reux, à Nous secon­der pour la rendre stable et féconde.

Avant tout, pre­nons comme point de départ une véri­té notoire, sous­crite par tout homme de bon sens et hau­te­ment pro­cla­mée par l’histoire de tous les peuples, à savoir que la reli­gion, et la reli­gion seule, peut créer le lien social ; que seule elle suf­fit à main­te­nir sur de solides fon­de­ments la paix d’une nation. Quand diverses familles, sans renon­cer aux droits et aux devoirs de la socié­té domes­tique, s’unissent sous l’inspiration de la nature, pour se consti­tuer membres d’une autre famille plus vaste, appe­lée la socié­té civile, leur but n’est pas seule­ment d’y trou­ver le moyen de pour­voir à leur bien-​être maté­riel, mais sur­tout d’y pui­ser le bien­fait de leur per­fec­tion­ne­ment moral. Autrement la socié­té s’élèverait peu au-​dessus d’une agré­ga­tion d’êtres sans rai­son, dont toute la vie est dans la satis­fac­tion des ins­tincts sen­suels. Il y a plus : sans ce per­fec­tion­ne­ment moral, dif­fi­ci­le­ment on démon­tre­rait que la socié­té civile, loin de deve­nir pour l’homme, en tant qu’homme, un avan­tage, ne tour­ne­rait pas à son détriment.

Or, la mora­li­té dans l’homme, par le fait même qu’elle doit mettre de concert tant de droits et tant de devoirs dis­sem­blables, puisqu’elle entre comme élé­ment dans tout acte humain, sup­pose néces­sai­re­ment Dieu, et, avec Dieu, la reli­gion, ce lien sacré dont le pri­vi­lège est d’unir, anté­rieu­re­ment à tout autre lien, l’homme à Dieu. En effet, l’idée de mora­li­té importe avant tout un ordre de dépen­dance à l’égard du vrai, qui est la lumière de l’esprit ; à l’égard du bien, qui est la fin de la volon­té : sans le vrai, sans le bien, pas de morale digne de ce nom. Et quelle est donc la véri­té prin­ci­pale et essen­tielle, celle dont toute véri­té dérive ? c’est Dieu. Quelle est donc encore la bon­té suprême dont tout autre bien pro­cède ? c’est Dieu. Quel est enfin le créa­teur et le conser­va­teur de notre rai­son, de notre volon­té, de tout notre être, comme il est la fin de notre vie ? Toujours Dieu. Donc, puisque la reli­gion est l’expression inté­rieure et exté­rieure de cette dépen­dance que nous devons à Dieu à titre de jus­tice, il s’en dégage une grave consé­quence qui s’impose : Tous les citoyens sont tenus de s’allier pour main­te­nir dans la nation le sen­ti­ment reli­gieux vrai, et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des pro­tes­ta­tions de la nature et de l’histoire, s’efforçait de chas­ser Dieu de la socié­té, sûre par là d’anéantir le sens moral au fond même de la conscience humaine. Sur ce point, entre hommes qui n’ont pas per­du la notion de l’honnêteté, aucune dis­si­dence ne sau­rait subsister.

Dans les catho­liques fran­çais, le sen­ti­ment reli­gieux doit être encore plus pro­fond et plus uni­ver­sel, puisqu’ils ont le bon­heur d’appartenir à la vraie reli­gion. Si, en effet, les croyances reli­gieuses furent, tou­jours et par­tout, don­nées comme base à la mora­li­té des actions humaines et à l’existence de toute socié­té bien ordon­née, il est évident que la reli­gion catho­lique, par le fait même qu’elle est la vraie Église de Jésus-​Christ, pos­sède plus que toute autre l’efficacité vou­lue pour bien régler la vie, dans la socié­té comme dans l’individu. En faut-​il un écla­tant exemple ? La France elle-​même le four­nit. — À mesure qu’elle pro­gres­sait dans la foi chré­tienne, on la voyait mon­ter gra­duel­le­ment à cette gran­deur morale qu’elle attei­gnit, comme puis­sance poli­tique et mili­taire. C’est qu’à la géné­ro­si­té natu­relle de son coeur, la cha­ri­té chré­tienne était venue ajou­ter une abon­dante source de nou­velles éner­gies ; c’est que Son acti­vi­té mer­veilleuse avait ren­con­tré, tout à la fois comme aiguillon, lumière direc­tive et garan­tie de constance, cette foi chré­tienne qui, par la main de la France, tra­ça dans les annales du genre humain des pages si glo­rieuses. Et, encore aujourd’hui, sa foi ne continue-​t-​elle pas d’ajouter aux gloires pas­sées de nou­velles gloires ? On la voit, inépui­sable de génie et de res­sources, mul­ti­plier sur son propre sol les oeuvres de cha­ri­té ; on l’admire par­tant pour les pays loin­tains où, par son or, par les labeurs de ses mis­sion­naires, au prix même de leur sang, elle pro­page d’un même coup le renom de la France et les bien­faits de la reli­gion catho­lique. Renoncer à de telles gloires, aucun Français, quelles que soient par ailleurs ses convic­tions, ne l’oserait ; ce serait renier la patrie.

Or, l’histoire d’un peuple révèle, d’une manière incon­tes­table, quel est l’élément géné­ra­teur et conser­va­teur de sa gran­deur morale. Aussi, que cet élé­ment vienne à lui man­quer, ni la sur­abon­dance de l’or, ni la force des armes ne sau­raient le sau­ver de la déca­dence morale, peut-​être de la mort. Qui ne com­prend main­te­nant que pour tous les Français qui pro­fessent la reli­gion catho­lique, la grande sol­li­ci­tude doit être d’en assu­rer la conser­va­tion ; et cela avec d’autant plus de dévoue­ment, qu’au milieu d’eux le chris­tia­nisme devient, de la part des sectes, l’objet d’hostilités plus impla­cables ? Sur ce ter­rain, ils ne peuvent se per­mettre ni indo­lence dans l’action, ni divi­sion de par­tis ; l’une accu­se­rait une lâche­té indigne du chré­tien, l’autre serait la cause d’une fai­blesse désastreuse.

Et ici, avant de pous­ser plus loin, il nous faut signa­ler une calom­nie astu­cieu­se­ment répan­due, pour accré­di­ter contre les catho­liques et contre le Saint-​Siège lui-​même des impu­ta­tions odieuses. — On pré­tend que l’entente et la vigueur d’action incul­quées aux catho­liques pour la défense de leur foi ont, comme secret mobile, bien moins la sau­ve­garde des inté­rêts reli­gieux que l’ambition de ména­ger à l’Église une domi­na­tion poli­tique sur l’État. — Vraiment, c’est vou­loir res­sus­ci­ter une calom­nie bien ancienne, puisque son inven­tion appar­tient aux pre­miers enne­mis du chris­tia­nisme. Ne fut-​elle for­mu­lée tout d’abord contre la per­sonne ado­rable du Rédempteur ? Oui, on l’accusait d’agir par des visées poli­tiques, alors qu’il illu­mi­nait les âmes par sa pré­di­ca­tion et qu’il sou­la­geait les souf­frances cor­po­relles ou spi­ri­tuelles des mal­heu­reux avec les tré­sors de sa divine bon­té : Nous avons trou­vé cet homme tra­vaillant à bou­le­ver­ser notre peuple, défen­dant de payer le tri­but à César, et s’intitulant le Christ-​Roi. Si vous lui ren­dez la liber­té, vous n’êtes pas ami de César : Car qui­conque se pré­tend roi fait de l’opposition à César… César est pour nous le seul roi [2])…

Ce furent ces calom­nies mena­çantes qui arra­chèrent à Pilate la sen­tence de mort contre celui qu’à plu­sieurs reprises il avait décla­ré inno­cent. Et les auteurs de ces men­songes ou d’autres de la même force n’omirent rien pour les pro­pa­ger au loin, par leurs émis­saires, ain­si que saint Justin mar­tyr le repro­chait aux juifs de son temps : Loin de vous repen­tir, après que vous avez appris sa résur­rec­tion d’entre les morts, vous avez envoyé de Jérusalem des hommes, habi­le­ment choi­sis, pour annon­cer qu’une héré­sie et une secte impie avaient été sus­ci­tées par un cer­tain séduc­teur appe­lé Jésus de Galilée [3]). En dif­fa­mant si auda­cieu­se­ment le chris­tia­nisme, ses enne­mis savaient ce qu’ils fai­saient ; leur plan était de sus­ci­ter contre sa pro­pa­ga­tion un for­mi­dable adver­saire, l’Empire romain. La calom­nie fit son che­min ; et les païens, dans leur cré­du­li­té, appe­laient à l’envi les pre­miers chré­tiens des êtres inutiles, des citoyens dan­ge­reux, des fac­tieux, des enne­mis de l’Empire et des empe­reurs [4]. En vain les apo­lo­gistes du chris­tia­nisme par leurs écrits, en vain les chré­tiens par leur belle conduite, s’appliquèrent-ils à démon­trer tout ce qu’avaient d’absurde et de cri­mi­nel ces qua­li­fi­ca­tions : on ne dai­gnait même pas les entendre. Leur nom seul valait une décla­ra­tion de guerre ; et les chré­tiens, par le simple fait qu’ils étaient chré­tiens, non pour aucune autre cause, se voyaient for­cé­ment pla­cés dans cette alter­na­tive : ou l’apostasie ou le martyre.

Les mêmes griefs et les mêmes rigueurs se renou­ve­lèrent plus ou moins dans les siècles sui­vants, chaque fois que se ren­con­trèrent des gou­ver­ne­ments dérai­son­na­ble­ment jaloux de leur pou­voir, et ani­més contre l’Église d’intentions mal­veillantes. Toujours ils sur­ent mettre en avant, devant le public, le pré­texte des pré­ten­dus enva­his­se­ments de l’Église sur l’État, pour four­nir à l’État des appa­rences de droit dans ses empié­te­ments et ses vio­lences envers la reli­gion catholique.

Nous avons tenu à rap­pe­ler, en quelques traits, ce pas­sé, pour que les catho­liques ne se décon­certent pas du pré­sent. La lutte, en sub­stance, est tou­jours la même : tou­jours Jésus-​Christ mis en butte aux contra­dic­teurs du monde : tou­jours les mêmes moyens mis en oeuvre par les enne­mis modernes du chris­tia­nisme, moyens très vieux au fond, modi­fiés à peine dans la forme ; mais tou­jours aus­si mêmes moyens de défense clai­re­ment indi­qués aux chré­tiens des temps pré­sents par nos apo­lo­gistes, nos doc­teurs, nos mar­tyrs. Ce qu’ils ont fait, il nous incombe de le faire à notre tour. Mettons donc au-​dessus de tout la gloire de Dieu et de son Église ; tra­vaillons pour elle, avec une appli­ca­tion constante et effec­tive ; et lais­sons le soin du suc­cès à Jésus-​Christ qui nous dit : Dans le monde, vous serez oppri­més ; mais, ayez confiance, j’ai vain­cu le monde [5].

Pour abou­tir là, Nous l’avons déjà remar­qué, une grande union est néces­saire, et si l’on veut y par­ve­nir, il est indis­pen­sable de mettre de côté toute pré­oc­cu­pa­tion capable d’en amoin­drir la force et l’efficacité. – Ici, nous enten­dons prin­ci­pa­le­ment faire allu­sion aux diver­gences poli­tiques des Français, sur la conduite à tenir envers la République actuelle : ques­tion que nous dési­rons trai­ter avec la clar­té récla­mée par la gra­vi­té du sujet, en par­lant des prin­cipes et en des­cen­dant aux consé­quences pratiques.

Divers gou­ver­ne­ments poli­tiques se sont suc­cé­dé en France dans le cours de ce siècle, et cha­cun avec sa forme dis­tinc­tive : empires, monar­chies, répu­bliques. En se ren­fer­mant dans les abs­trac­tions, on arri­ve­rait à défi­nir quelle est la meilleure de ses formes, consi­dé­rées en elles­mêmes ; on peut affir­mer éga­le­ment, en toute véri­té, que cha­cune d’elles est bonne, pour­vu qu’elle sache mar­cher droit à sa fin, c’est-à-dire le bien com­mun, pour lequel l’autorité sociale est consti­tuée ; il convient d’ajouter fina­le­ment, qu’à un point de vue rela­tif, telle ou telle forme de gou­ver­ne­ment peut-​être pré­fé­rable, comme s’adaptant mieux au carac­tère et aux moeurs de telle ou telle nation. Dans cet ordre d’idées spé­cu­la­tif, les catho­liques, comme tout citoyen, ont pleine liber­té de pré­fé­rer une forme de gou­ver­ne­ment à l’autre, pré­ci­sé­ment en ver­tu de ce qu’aucune de ces formes sociales ne s’oppose, par elle-​même, aux don­nées de la saine rai­son, ni aux maximes de la doc­trine chré­tienne. Et c’en est assez pour jus­ti­fier plei­ne­ment la sagesse de l’Église alors que, dans ses rela­tions avec les pou­voirs poli­tiques, elle fait abs­trac­tion des formes qui les dif­fé­ren­cient, pour trai­ter avec eux les grands inté­rêts reli­gieux des peuples, sachant qu’elle a le devoir d’en prendre la tutelle, au-​dessus de tout autre inté­rêt. Nos pré­cé­dentes Encycliques ont expo­sé déjà ces prin­cipes ; il était tou­te­fois néces­saire de les rap­pe­ler pour le déve­lop­pe­ment du sujet qui nous occupe aujourd’hui.

Que si l’on des­cend des abs­trac­tions sur le ter­rain des faits, il faut nous bien gar­der de renier les prin­cipes tout à l’heure éta­blis ; ils demeurent inébran­lables. Seulement, en s’incarnant les faits, ils y revêtent un carac­tère de contin­gence, déter­mi­né par le milieu où se pro­duit leur appli­ca­tion. Autrement dit, si chaque forme poli­tique est bonne par elle-​même, et peut être appli­quée au gou­ver­ne­ment des peuples, en fait, cepen­dant, on ne ren­contre pas chez tous les peuples le pou­voir poli­tique sous une même forme ; cha­cun pos­sède la sienne propre. Cette forme naît de l’ensemble des cir­cons­tances his­to­riques ou natio­nales, mais tou­jours humaines, qui font sur­gir dans une nation ses lois tra­di­tion­nelles et même fon­da­men­tales : et, par celles-​ci, se trouve déter­mi­née telle forme par­ti­cu­lière de gou­ver­ne­ment, telle base de trans­mis­sion des pou­voirs suprêmes.

Inutile de rap­pe­ler que tous les indi­vi­dus sont tenus d’accepter ces gou­ver­ne­ments et de ne rien ten­ter pour les ren­ver­ser ou pour en chan­ger la forme. De là vient que l’Église, gar­dienne de la plus vraie et la plus haute notion sur la sou­ve­rai­ne­té poli­tique, puisqu’elle la fait déri­ver de Dieu, a tou­jours réprou­vé les doc­trines et tou­jours condam­né les hommes rebelles à l’autorité légi­time. Et cela, dans le temps même où les dépo­si­taires du pou­voir en abu­saient contre Elle, se pri­vant par là du plus puis­sant appui don­né à leur auto­ri­té, et du moyen le plus effi­cace pour obte­nir du peuple l’obéissance à leurs lois. On ne sau­rait trop médi­ter sur ce sujet les célèbres pres­crip­tions que le Prince des apôtres au milieu des per­sé­cu­tions, don­nait aux pre­miers chré­tiens : « Honorez tout le monde ; aimez la fra­ter­ni­té : crai­gnez Dieu : ren­dez hon­neur au roi [6]). » Et celle de saint Paul : « Je vous en conjure donc avant toutes choses : ayez soin qu’il se fasse au milieu de vous des obsé­cra­tions, des orai­sons, des demandes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois, et pour tous ceux qui sont éle­vés en digni­té, afin que nous menions une vie tran­quille, en toute pié­té et chas­te­té : car cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur [7]).»

Cependant, il faut soi­gneu­se­ment le remar­quer ici : quelle que soit la forme des pou­voirs civils dans une nation, on ne peut la consi­dé­rer comme tel­le­ment défi­ni­tive qu’elle doive demeu­rer immuable, fût-​ce l’intention de ceux qui, à l’origine, l’ont déterminée.

Seule, l’Église de Jésus-​Christ a pu conser­ver et conser­ve­ra sûre­ment jusqu’à la consom­ma­tion des temps sa forme de gou­ver­ne­ment. Fondée par celui qui était, qui est, et qui sera dans les siècles [8]), elle a reçu de lui, dès son ori­gine, tout ce qu’il faut pour pour­suivre sa mis­sion divine à tra­vers l’océan mobile des choses humaines. Et, loin d’avoir besoin de trans­for­mer sa consti­tu­tion essen­tielle, elle n’a même pas le pou­voir de renon­cer aux condi­tions de vraie liber­té et de sou­ve­raine indé­pen­dance, dont la Providence l’a munie dans l’intérêt géné­ral des âmes.

Mais quant aux socié­tés pure­ment humaines, c’est un fait gra­vé cent fois dans l’histoire, que le temps, ce grand trans­for­ma­teur de tout ici-​bas, opère dans leurs ins­ti­tu­tions poli­tiques de pro­fonds chan­ge­ments. Parfois, il se borne à modi­fier quelque chose à la forme de gou­ver­ne­ment éta­blie ; autres fois, il va jusqu’à sub­sti­tuer aux formes pri­mi­tives, d’autres formes tota­le­ment dif­fé­rentes, sans en excep­ter le mode de trans­mis­sion du pou­voir souverain.

Et com­ment viennent à se pro­duire ces chan­ge­ments poli­tiques dont Nous par­lons ? Ils suc­cèdent par­fois à des crises vio­lentes, trop sou­vent san­glantes, au milieu des­quelles les gou­ver­ne­ments pré­exis­tants dis­pa­raissent en fait ; voi­là l’anarchie qui domine ; bien­tôt, l’ordre public est bou­le­ver­sé jusque dans ses fon­de­ments. Dès lors, une néces­si­té sociale s’impose à la nation ; elle doit sans retard pour­voir à elle-​même. Comment n’aurait-elle pas le droit, et plus encore le devoir de se défendre contre un état de choses qui la trouble si pro­fon­dé­ment, et de réta­blir la paix publique dans la tran­quilli­té de l’ordre ?

Or, cette néces­si­té sociale jus­ti­fie la créa­tion et l’existence des nou­veaux gou­ver­ne­ments, quelque forme qu’ils prennent ; puisque, dans l’hypothèse où nous rai­son­nons, ces nou­veaux gou­ver­ne­ments sont néces­sai­re­ment requis par l’ordre public, tout ordre public étant impos­sible sans un gou­ver­ne­ment. Il suit de là que, dans de sem­blables conjonc­tures, toute la nou­veau­té se borne à la forme poli­tique des pou­voirs civils, ou à leur mode de trans­mis­sion ; elle n’affecte nul­le­ment le pou­voir consi­dé­ré en lui-​même. Celui-​ci conti­nue d’être immuable et digne de res­pect ; car, envi­sa­gé dans sa nature, il est consti­tué et s’impose pour pour­voir au bien com­mun, but suprême qui donne son ori­gine à la socié­té humaine. En d’autres termes, dans toute hypo­thèse, le pou­voir civil, consi­dé­ré comme tel, est de Dieu et tou­jours de Dieu : « Car il n’y a point de pou­voir si ce n’est de Dieu [9]). »

Par consé­quent, lorsque les nou­veaux gou­ver­ne­ments qui repré­sentent cet immuable pou­voir sont consti­tués, les accep­ter n’est pas seule­ment per­mis, mais récla­mé, voire même impo­sé par la néces­si­té du bien social qui les a faits et les main­tient. D’autant plus que l’insurrection attise la haine entre citoyens, pro­voque les guerres civiles et peut reje­ter la nation dans le chaos de l’anarchie. Et ce grand devoir de res­pect et de dépen­dance per­sé­vé­re­ra, tant que les exi­gences du bien com­mun le deman­de­ront, puisque ce bien est, après Dieu, dans la socié­té, la loi pre­mière et dernière.

Par là s’explique d’elle-même la sagesse de l’Église dans le main­tien de ses rela­tions avec les nom­breux gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé en France, en moins d’un siècle, et jamais sans pro­duire des secousses vio­lentes et pro­fondes. Une telle atti­tude est la plus sûre et la plus salu­taire ligne de conduite pour tous les Français, dans leurs rela­tions civiles avec la répu­blique, qui est le gou­ver­ne­ment actuel de leur nation. Loin d’eux ces dis­sen­ti­ments poli­tiques qui les divisent ; tous leurs efforts doivent se com­bi­ner pour conser­ver ou rele­ver la gran­deur morale de leur patrie.

Mais une dif­fi­cul­té se pré­sente : « Cette répu­blique, fait-​on remar­quer, est ani­mée de sen­ti­ments si anti­chré­tiens que les hommes hon­nêtes, et beau­coup plus les catho­liques, ne pour­raient conscien­cieu­se­ment l’accepter. » Voilà sur­tout ce qui a don­né nais­sance aux dis­sen­ti­ments et les a aggravés.

On eût évi­té ces regret­tables diver­gences, si l’on avait su tenir soi­gneu­se­ment compte de la dis­tinc­tion consi­dé­rable qu’il y a entre Pouvoirs consti­tués et Législation. La légis­la­tion dif­fère à tel point des pou­voirs poli­tiques et de leur forme, que, sous le régime dont la forme est la plus excel­lente, la légis­la­tion peut être détes­table ; tan­dis qu’à l’opposé, sous le régime dont la forme est la plus impar­faite, peut se ren­con­trer une excel­lente légis­la­tion. Prouver, l’histoire à la main, cette véri­té, serait chose facile ; mais à quoi bon ? tous en sont convain­cus. Et qui mieux que l’Église est en mesure de le savoir, elle qui s’est effor­cée d’entretenir des rap­ports habi­tuels avec tous les régimes poli­tiques ? Certes, plus que toute autre puis­sance, elle sau­rait dire ce que lui ont sou­vent appor­té de conso­la­tions ou de dou­leurs les lois des divers gou­ver­ne­ments qui ont suc­ces­si­ve­ment régi les peuples, de l’Empire romain jusqu’à nous.

Si la dis­tinc­tion, tout à l’heure éta­blie, a son impor­tance majeure, elle a aus­si sa rai­son mani­feste ; la légis­la­tion est l’oeuvre des hommes inves­tis du pou­voir et qui, de fait, gou­vernent la nation. D’où il résulte qu’en pra­tique la qua­li­té des lois dépend plus de la qua­li­té de ces hommes que de la forme du pou­voir. Ces lois seront donc bonnes ou mau­vaises, selon que les légis­la­teurs auront l’esprit imbu de bons ou de mau­vais prin­cipes et se lais­se­ront diri­ger, ou par la pru­dence poli­tique, ou par la passion.

Qu’en France, depuis plu­sieurs années, divers actes impor­tants de la légis­la­tion aient pro­cé­dé de ten­dances hos­tiles à la reli­gion, et par consé­quent aux inté­rêts de la nation, c’est l’aveu de tous, mal­heu­reu­se­ment confir­mé par l’évidence des faits.

Nous-​même, obéis­sant à un devoir sacré, Nous en adres­sâmes des plaintes vive­ment sen­ties à celui qui était alors à la tête de la République. Ces ten­dances cepen­dant per­sis­tèrent, le mal s’aggrava, et l’on ne aurait s’étonner que les membres de l’Épiscopat fran­çais, pla­cés par l’Esprit- Saint pour régir leurs dif­fé­rentes et illustres Églises, aient regar­dé, encore tout récem­ment, comme une obli­ga­tion, d’exprimer, publi­que­ment leur dou­leur, tou­chant la situa­tion créée en France à la reli­gion catholique.

Pauvre France ! Dieu seul peut mesu­rer l’abîme de maux où elle s’enfoncerait, si cette légis­la­tion, loin de s’améliorer, s’obstinait dans une telle dévia­tion, qui abou­ti­rait à arra­cher de l’esprit et du coeur des Français la reli­gion qui les a faits si grands.

Et voi­là pré­ci­sé­ment le ter­rain sur lequel, tout dis­sen­ti­ment poli­tique mis à part, les gens de bien doivent s’unir comme un seul homme, pour com­battre, par tous les moyens légaux et hon­nêtes, de la légis­la­tion. Le res­pect que l’on doit aux pou­voirs consti­tués ne sau­rait l’interdire : il ne peut impor­ter, ni le res­pect, ni beau­coup moins d’obéissance sans limites à toute mesure légis­la­tive quel­conque, édic­tée par ces mêmes pou­voirs. Qu’on ne l’oublie pas, la loi est une pres­crip­tion ordon­née selon la rai­son et pro­mul­guée, pour le bien de la com­mu­nau­té, par ceux qui ont reçu à cette fin le dépôt du pouvoir.

En consé­quence, jamais on ne peut approu­ver des points de légis­la­tion qui soient hos­tiles à la reli­gion et à Dieu ; c’est, au contraire, un devoir de les réprou­ver. C’est ce que le grand évêque d’Hippone, saint Augustin, met­tait eu par­faite lumière dans ce rai­son­ne­ment plein d’éloquence : « Quelquefois, les puis­sances de la terre sont bonnes et craignent Dieu ; d’autres fois, elles ne le craignent pas. Julien était un empe­reur infi­dèle à Dieu, un apos­tat, un per­vers, ido­lâtre. Les sol­dats chré­tiens ser­virent cet empe­reur infi­dèle. Mais, dès qu’il s’agissait de la cause de Jésus-​Christ, ils ne recon­nais­saient que celui qui est dans le ciel. Julien leur prescrivait-​il d’honorer les idoles et de les encen­ser ? Ils met­taient Dieu au-​dessus du prince. Mais, leur disait-​il, for­mez vos rangs pour mar­cher contre telle nation enne­mie ? à l’instant ils obéis­saient. Ils dis­tin­guaient le Maître éter­nel du maître tem­po­rel, et cepen­dant, en vue du Maître éter­nel, ils se sou­met­taient même à un tel maître tem­po­rel [10]. » Nous le savons, l’athée, par un lamen­table abus de sa rai­son et plus encore de sa volon­té, nie ces prin­cipes. Mais, en défi­ni­tive, l’athéisme est une erreur si mons­trueuse qu’elle ne pour­ra jamais, soit dit à l’honneur de l’humanité, y anéan­tir la conscience des droits de Dieu pour y sub­sti­tuer l’idolâtrie de l’État.

Les prin­cipes qui doivent régler notre conduite envers Dieu et envers les gou­ver­ne­ments humains étant ain­si défi­nis, aucun homme impar­tial ne pour­ra accu­ser les catho­liques fran­çais, si, sans épar­gner ni fatigues ni sacri­fices, ils tra­vaillent à conser­ver à leur patrie ce qui est pour elle une condi­tion de salut, ce qui résume tant de tra­di­tions glo­rieuses enre­gis­trées par l’histoire, et que tout Français a le devoir de ne pas oublier.

Avant de ter­mi­ner notre Lettre, Nous vou­lons tou­cher à deux points connexes entre eux, et qui, se rat­ta­chant de plus près aux inté­rêts reli­gieux, ont pu sus­ci­ter par­mi les catho­liques quelque division.

L’un d’eux est le Concordat qui, pen­dant tant d’années, a faci­li­té en France l’harmonie entre le gou­ver­ne­ment de l’Église et celui de l’État. Sur le main­tien de ce pacte solen­nel et bila­té­ral, tou­jours fidè­le­ment obser­vé de la part du Saint-​Siège, les adver­saires de la reli­gion catho­lique eux­mêmes ne s’accordent pas.

Les plus vio­lents vou­draient son abo­li­tion, pour lais­ser à l’État toute liber­té de moles­ter l’Église de Jésus-Christ.

D’autres, au contraire, avec plus d’astuce, veulent, ou du moins assurent vou­loir la conser­va­tion du Concordat : non pas qu’ils recon­naissent à l’État le devoir de rem­plir envers l’Église les enga­ge­ments sous­crits, mais uni­que­ment pour le faire béné­fi­cier des conces­sions faites par l’Église ; comme si l’on pou­vait à son gré sépa­rer les enga­ge­ments pris des conces­sions obte­nues, alors que ces deux choses font par­tie sub­stan­tielle d’un seul tout. Pour eux, le Concordat ne res­te­rait donc que comme une chaîne propre à entra­ver la liber­té de l’Église, cette liber­té sainte à laquelle elle a un droit divin et inaliénable.

De ces deux opi­nions, laquelle pré­vau­dra ? Nous l’ignorons. Nous avons vou­lu seule­ment le rap­pe­ler, pour recom­man­der aux catho­liques de ne pas pro­vo­quer de scis­sion sur un sujet dont il appar­tient au Saint-​Siège de s’occuper.

Nous ne tien­drons pas le même lan­gage sur l’autre point, concer­nant le prin­cipe de la sépa­ra­tion de l’État et de l’Église, ce qui équi­vaut à sépa­rer la légis­la­tion humaine de la légis­la­tion chré­tienne et divine. Nous ne vou­lons pas nous arrê­ter à démon­trer ici tout ce qu’a d’absurde la théo­rie de cette sépa­ra­tion ; cha­cun le com­pren­dra de lui-​même. Dès que l’État refuse de don­ner à Dieu ce qui est à Dieu, il refuse, par une consé­quence néces­saire, de don­ner aux citoyens ce à quoi ils ont droit comme hommes ; car, qu’on le veuille ou non, les vrais droits de l’homme naissent pré­ci­sé­ment de ses devoirs envers Dieu. D’où il suit que l’État, en man­quant, sous ce rap­port, le but prin­ci­pal de son ins­ti­tu­tion, abou­tit en réa­li­té à se renier lui-​même et à démen­tir ce qui est la rai­son de la propre exis­tence. Ces véri­tés supé­rieures sont si clai­re­ment pro­cla­mées par la voix même de la rai­son natu­relle, qu’elles s’imposent à tout homme que n’aveugle pas la vio­lence de la passion.

Les catho­liques, en consé­quence, ne sau­raient trop se gar­der de sou­te­nir une telle sépa­ra­tion. En effet, vou­loir que l’État se sépare de l’Église, ce serait vou­loir, par une consé­quence logique, que l’Église fût réduite à la liber­té de vivre selon le droit com­mun à tous les citoyens.

Cette situa­tion, il est vrai, se pro­duit dans cer­tains pays. C’est une manière d’être qui, si elle ses nom­breux et graves incon­vé­nients, offre aus­si quelques avan­tages, sur­tout quand le légis­la­teur, par une heu­reuse incon­sé­quence, ne laisse pas que de s’inspirer des prin­cipes chré­tiens ; et ces avan­tages, bien qu’ils ne puissent jus­ti­fier le faux prin­cipe de la sépa­ra­tion, ni auto­ri­ser à le défendre, rendent cepen­dant digne de tolé­rance un état de choses qui, pra­ti­que­ment, n’est pas le pire de tous.

Mais en France, nation catho­lique par ses tra­di­tions et par la foi pré­sente de la grande majo­ri­té de ses fils, l’Église ne doit pas être mise dans la situa­tion pré­caire qu’elle subit chez d’autres peuples. Les catho­liques peuvent d’autant moins pré­co­ni­ser la sépa­ra­tion, qu’ils connaissent mieux les inten­tions des enne­mis qui la dési­rent. Pour ces der­niers, et ils le disent assez clai­re­ment, cette sépa­ra­tion, c’est l’indépendance entière de la légis­la­tion poli­tique envers la légis­la­tion reli­gieuse ; il y a plus, c’est l’indifférence abso­lue du pou­voir à l’égard des inté­rêts de la socié­té chré­tienne, c’està- dire de l’Église, et la néga­tion même de son exis­tence. – Ils font cepen­dant une réserve qui se for­mule ain­si : Dès que l’Église, uti­li­sant les res­sources que le droit com­mun laisse aux moindres des Français, sau­ra, par un redou­ble­ment de son acti­vi­té native, faire pros­pé­rer son oeuvre, aus­si­tôt l’État inter­ve­nant pour­ra et devra mettre les catho­liques fran­çais hors du droit com­mun lui-même.

Pour tout dire, en un mot, l’idéal de ces hommes serait le retour au paga­nisme : l’État ne recon­naît l’Église qu’au jour où il lui plaît de la persécuter.

Nous avons expli­qué, Vénérables Frères, d’une manière abré­gée mais nette, sinon tous, au moins les prin­ci­paux points sur les­quels les catho­liques fran­çais et tous les hommes sen­sés doivent pra­ti­quer l’union et la concorde, pour gué­rir, autant qu’il est pos­sible encore, les maux dont la France est affli­gée, et pour rele­ver même sa gran­deur morale. Ces points sont : la reli­gion et la patrie, les pou­voir s poli­tiques et la légis­la­tion, la conduite à tenir à l’égard de ces pou­voirs et à l’égard de cette légis­la­tion, le concor­dat, la sépa­ra­tion de l’État et de l’Église.

Nous nour­ris­sons l’espoir et la confiance que l’éclaircissement de ces points dis­si­pe­ra les pré­ju­gés de plu­sieurs hommes de bonne foi, faci­li­te­ra la paci­fi­ca­tion des esprits, et par elle l’union par­faite de tous les catho­liques, pour sou­te­nir la grande cause du Christ qui aime les Francs.

Quelle conso­la­tion pour Notre coeur, de vous encou­ra­ger dans cette voie, et de vous contem­pler tous, répon­dant doci­le­ment à Notre appel ! – Vous, Vénérables Frères, par Votre auto­ri­té, et avec le zèle si éclai­ré pour l’Église et la Patrie qui Vous dis­tingue, Vous appor­te­rez un puis­sant secours à cette oeuvre paci­fi­ca­trice, – Nous aimons même à espé­rer que ceux qui sont au pou­voir vou­dront bien appré­cier Nos paroles, qui visent à la pros­pé­ri­té et au bon­heur de la France.

En atten­dant, comme gage de Notre affec­tion pater­nelle, Nous don­nons à Vous, Vénérables Frères, à Votre Clergé, ain­si qu’à tous les catho­liques de France, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, le 16 février de l’année 1892, de Notre Pontificat la quatorzième.

Léon XIII, Pape

Notes de bas de page

  1. Non enim est dis­sen­sio­nis Deus, sed pacis. (I Cor. xiv, 33[]
  2. Hunc inve­ni­mus sub­ver­ten­tem gen­tem nos­tram, et pro­hi­ben­tem tri­bu­ta dare Cæsari, et dicen­tem se Christum regem esse. (Luc. xxiii, 2) Si hunc dimit­tis, non es ami­cus Cæsaris : omnis enim qui se regem facit contra­di­cit Cæsari… Non habe­mus regem nisi Cæsarem. (Jo. xix, 12–15[]
  3. Tantum abest ut peni­ten­tiam ege­ri­tis, post­quam Eum a mor­tuis resur­rexisse acce­pis­tis, ut etiam… exi­miis delec­tis viris, in omnem ter­ra­rum orbem eos mise­ri­tis, qui renun­ciarent hære­sim et sec­tam quam­dam impiam et ini­quam exci­ta­tam esse a Jesu quo­dam Galilæo sedue­tore. (Dialog. cum Tryphone[]
  4. Tertull. In Apolog. ; Minutius Felix, In Octavio.[]
  5. In mun­do pres­su­ram habe­bi­tis : sed confi­dite, ego vici mun­dum (Jo. xvi, 33).[]
  6. Omnes hono­rate ; fra­ter­ni­ta­tem dili­gite : Deum timete : regem hono­ra­ti­fi­cate. (I Pet. ii, 17[]
  7. Obsecro igi­tur pri­mum omnium fie­ri obse­cra­tiones, ora­tiones, pos­tu­la­tiones, gra­tia­rum actiones, pro omni­bus homi­ni­bus : pro regi­bus, et omni­bus qui in subli­mi­tate sunt, ut quie­tam et tran­quillam vitam aga­mus, in omni pie­tate et cas­ti­tate : hoc enim bonum est, et accep­tum coram Salvatore nos­tro Deo. (I Tim. ii, 1 sqq.[]
  8. Jesus Christus heri, et hodie : ipse et in sæcu­la. (Heb. xiii, 8[]
  9. Non est enim potes­tas nisi a Deo. (Rom. xiii, 1[]
  10. Aliquando…potestates bonæ sunt, et timent Deum ; ali­quan­do non timent Deum. Julianus exti­tit infi­de­lis impe­ra­tor, exti­tit apos­la­ta, ini­quus ido­la­tra : milites chris­tia­ni ser­vie­runt Imperatori infi­de­li : ubi venie­ba­tur ad cau­sam Christi, non agnos­ce­bant nisi Illum qui in cælis erat. Si quan­do vole­bat ut ido­la colerent, ut thu­ri­fi­carent, præ­po­ne­bant illi Deum : quan­do autem dice­bat, pro­du­cite aciem, ite contra illam gen­tem, sta­tim obtem­pe­ra­bant. Distinguebant Dominum æter­num, a domi­no tem­po­ra­li ; et tamen sub­di­ti erant pop­ter Dominum æter­num, etiam domi­no tem­po­ra­li. (In Ps. cxxiv, n. 7, fin.) []
fraternité sainte pie X
7 mars 1874
Sur les persécutions dont était victime l'Église de l'Empire d'Autriche-Hongrie et la liberté dont l'Eglise doit jouir à l'égard du pouvoir civil
  • Pie IX