1er août 1897

Lettre encyclique Militantis Ecclesiæ

Sur le centenaire de saint Pierre Canisius

Léon XIII, Pape

Vénérables frères,
Salut et Bénédiction apostolique

L’intérêt de l’Eglise mili­tante, non moins que le sou­ci de son hon­neur exigent que l’on célé­bré fré­quem­ment par des céré­mo­nies solen­nelles la mémoire de ceux que leur ver­tu et leur pié­té émi­nentes ont éle­vés à un rang glo­rieux dans l’Eglise triom­phante. Ces hom­mages publics font revivre le sou­ve­nir de leur sain­te­té, souve­nir qu’il est tou­jours bon de rap­pe­ler, mais dont l’é­vo­ca­tion est par­ticulièrement salu­taire dans les époques hos­tiles à la ver­tu et à la foi. Cette année, où, par un bien­fait de la divine Providence, il Nous est per­mis de fêter le troi­sième cen­te­naire de la mort du grand saint que fut Pierre Canisius, qu’il Nous soit per­mis de Nous réjouir, Nous qui n’a­vons rien plus à cœur que de voir les hommes de bien rani­més par ces mêmes moyens d’action que cet homme employa avec tant de suc­cès au ser­vice de la socié­té chrétienne.

Il existe, en effet, cen­taines ana­lo­gies entre notre époque et celle où vécut Canisius : époque où l’esprit de nou­veau­té et la liber­té de doc­trine furent sui­vies d’une dimi­nu­tion de foi et d’une plus grande per­ver­si­té des mœurs. Délivrer de ce double fléau toutes les classes de la socié­té et prin­ci­pa­le­ment la jeu­nesse, voi­là le but que se pro­posa celui qui fut, après Boniface, l’apôtre de l’Allemagne ; les armes dont il se ser­vit à cet effet furent non seule­ment les dis­cours publics et les dis­cus­sions, mais encore et sur­tout les écoles et les livres.

A son exemple, beau­coup par­mi vous ont employé avec ardeur ces mêmes armes contre des enne­mis fort habiles, et n’ont cesse”, pour la défense et l’honneur de la reli­gion, d’étudier les plus nobles sciences et de culti­ver les arts libé­raux. Ils étaient sou­te­nus en cela par l’approbation décla­rée des Pontifes romains, dont la constante pré­oc­cu­pa­tion a tou­jours été de main­te­nir l’antique splen­deur des lettres et de faire pro­gres­ser toutes les branches de la civi­li­sa­tion. Vous n’ignorez pas, Vénérables Frères, que Nous-​même avons tou­jours eu à cœur de veiller prin­ci­pa­le­ment à la bonne édu­ca­tion de la jeu­nesse et que Nous l’avons assu­rée par­tout, autant que cela Nous a été possible.

Nous pro­fi­tons volon­tiers de cette occa­sion pour pré­sen­ter comme modèle le vaillant chef que fut Pierre Canisius à tous ceux qui com­battent pour le Christ dans le camp de l’Eglise, afin qu’ils se per­suadent qu’à la jus­tice de la cause il faut unir les armes de la science et qu’ils puissent ain­si défendre la reli­gion d’une façon à la fois plus vigou­reuse et plus efficace.

Combien fut grande la tâche entre­prise par cet homme si atta­ché à la foi catho­lique dans l’intérêt de l’Eglise et de la socié­té, c’est ce que l’on com­pren­dra faci­le­ment si l’on consi­dère l’état de l’Alle­magne au com­men­ce­ment de la révolte luthé­rienne : la cor­rup­tion des mœurs, de jour en jour plus pro­fonde, ouvrit la porte à l’erreur, et celle-​ci, à son tour, hâta la déca­dence morale ; le nombre de ceux qui aban­don­naient la foi catho­lique allait tou­jours crois­sant : bien­tôt le venin de l’hé­ré­sie enva­hit la plu­part des pro­vinces, il infes­ta les hommes de tout rang à tel point que beau­coup regar­dèrent la cause de la reli­gion dans cet empire comme extrê­me­ment com­pro­mise et l’existence du remède à oppo­ser au fléau très pro­blé­ma­tique. Tout était per­du, en effet, si Dieu ne fût alors intervenu.

Il res­tait encore, il est vrai, en Allemagne, des hommes à la foi solide, remar­quables par leur science et leur amour de la reli­gion ; il res­tait les princes de la mai­son de Bavière, ceux de la mai­son d’Autriche et, à leur tête, le roi des Romains, Ferdinand Ier, tous réso­lus à conser­ver et à défendre de toutes leurs forces la reli­gion catho­lique. Mais le plus puis­sant appui que Dieu envoya à l’Alle­magne en péril fut sans contre­dit la Société de Loyola ; elle naquit en effet à cette époque trou­blée, et Pierre Canisius fut le pre­mier de sa nation à y entrer.

Ce n’est point ici le lieu de rap­pe­ler en détail la vie de cet homme si émi­nent en sain­te­té : le zèle avec lequel il entre­prit de rame­ner à la concorde et à l’union sa patrie déchi­rée par les dis­sen­sions et les révoltes, l’ardeur qu’il mit à dis­cu­ter publi­que­ment avec les maîtres de l’erreur, com­ment il rani­ma les cœurs par ses dis­cours, les per­sé­cu­tions qu’il eut à subir, les pays qu’il par­cou­rut et les dif­fi­ciles mis­sions dont il se char­gea dans l’intérêt de la foi. Mais, pour en reve­nir à Notre sujet, remar­quons avec quelle constance, quelle habi­le­té, quelle sagesse et quel à‑propos il mania tou­jours les armes de la science.

A son retour de Messine, où il était allé comme pro­fes­seur de belles-​lettres, il se consa­cra à l’enseignement de la science sacrée dans les Académies de Cologne, d’Ingolstadt, de Vienne, et, sui­vant la route royale tra­cée par les doc­teurs les mieux éprou­vés de l’é­cole chré­tienne, il y ouvrit au pro­fit des Germains les tré­sors de la phi­lo­so­phie sco­las­tique. Comme cette der­nière était parti­culièrement en hor­reur aux enne­mis de la foi, parce qu’elle met très vive­ment en lumière la véri­té catho­lique, il la lit ensei­gner publi­que­ment dans les lycées et les col­lèges de la Société de Jésus à la fon­da­tion des­quels il avait appor­té tant de zèle et de soin.

Il ne dédai­gna pas de des­cendre des hau­teurs de la science jus­qu’aux élé­ments des lettres et de se char­ger de l’ins­truc­tion des enfants ; il écri­vit même à leur usage des alpha­bets et des gram­maires. De même que, au sor­tir de la cour des rois avec les­quels il avait eu des entre­tiens, il allait adres­ser la parole au peuple, ain­si, après de doctes écrits sur le dogme ou la morale, il tra­vaillait à la com­po­si­tion de petits livres des­ti­nés à for­ti­fier la foi du peuple, à exci­ter et à nour­rir sa pié­té. Il obtint sur ce point d’ad­mi­rables résul­tats et empê­cha les igno­rants de se lais­ser prendre aux filets de l’er­reur : la Somme qu’il publia à cet effet est un ouvrage com­pact et ser­ré, écrit dans une langue brillante et dont le style n’est pas indigne des Pères de l’Eglise.

Cet ouvrage remar­quable fut accueilli avec enthou­siasme dans presque tous les pays de l’Europe. Moins volu­mi­neux, mais non moins utiles furent les deux célèbres Catéchismes que le Bienheureux écri­vit à l’u­sage des intel­li­gences peu culti­vées : Fini, à l’usage des enfants, l’autre pour les ado­les­cents déjà appli­qués à l’é­tude des lettres. Ces deux ouvrages obtinrent, dès leur publi­ca­tion, une telle faveur auprès des catho­liques, que presque tous les pro­fes­seurs char­gés d’enseigner les élé­ments de la véri­té les eurent entre leurs mains. On ne les employait pas seule­ment dans les écoles comme un lait spi­ri­tuel des­ti­né aux enfants, on les expli­quait même publi­quement aux fidèles dans les églises. Ainsi, pen­dant trois siècles, Canisius fut regar­dé comme le maître des catho­liques en Allemagne, et, dans le lan­gage popu­laire, connaître Canisius et conser­ver la véri­té chré­tienne étaient deux expres­sions synonymes.

Ces exemples don­nés par ce grand Saint indiquent assez aux gens de bien la voie qu’ils doivent suivre. Nous savons, Vénérables Frères, que l’un des plus beaux titres de gloire de votre nation est que vous consa­crez avec sagesse et avec fruit votre talent et votre acti­vité à accroître la gran­deur de votre patrie, la pros­pé­ri­té publique et celle des par­ti­cu­liers. Mais il importe avant toute chose que tout ce qu’il y a par­mi vous d’hommes sages et ver­tueux fassent de vigou­reux efforts pour assu­rer le bien de la reli­gion, qu’ils consacrent à sa gloire et à sa défense toutes les lumières de leur esprit, toutes les res­sources de leur talent, qu’à cette fin ils se mettent au cou­rant de tous les pro­grès des arts et des sciences.

En effet, s’il y eût jamais une époque qui dût deman­der à la science et à l’érudition des armes pour défendre la foi catho­lique, c’est assu­ré­ment le nôtre, où des pro­grès rapides dans toutes les branches de la civi­li­sa­tion four­nissent sou­vent aux enne­mis de la foi chré­tienne l’oc­ca­sion de l’at­ta­quer. Ce sont les mêmes forces qu’il faut consa­crer à repous­ser leur choc ; il faut occu­per la place avant eux et arra­cher de leurs mains les armes avec les­quelles ils s’efforcent de bri­ser tout lien entre Dieu et l’homme.

Les catho­liques, ain­si for­ti­fiés et pré­pa­rés, seront à même de mon­trer que la foi, loin d’être hos­tile à la science, en est comme le som­met ; que, même sur les points où il y a un sem­blant d’opposi­tion ou de contra­dic­tion, elle peut si bien s’ac­cor­der avec la philo­sophie, que les deux s’éclairent mutuel­le­ment ; que la nature n’est point l’en­ne­mie, mais la com­pagne et l’auxi­liaire de la reli­gion ; enfin, que les ins­pi­ra­tions de celle-​ci, non seule­ment enri­chissent tous les genres de connais­sances, mais encore donnent aux lettres et aux arts une nou­velle force et une nou­velle vie.

Quant à l’é­clat que les sciences sacrées retirent des sciences pro­fanes, il est facile à conce­voir pour ceux qui connaissent la nature humaine tou­jours incli­née vers ce qui flatte les sens. Aussi, chez les peuples d’une civi­li­sa­tion plus raf­fi­née, accorde-​t-​on à peine quelque confiance à une sagesse rude, et les doctes laissent-​ils de côté tout ce qui n’est pas empreint d’une cer­taine beau­té et d’un cer­tain charme. Or, nous sommes les débi­teurs des sages, non moins que des igno­rants, si bien que nous devons prendre rang à côté des pre­miers et, s’ils flé­chissent, les rele­ver et les affermir.

A ce point de vue, c’est un vaste champ que celui de l’Eglise. Quand les car­nages ces­sèrent et qu’elle eut repris des forces, les savants appor­tèrent l’é­clat de leur talent et de leur science à cette même foi scel­lée du sang de ses héros. Les Pères furent les pre­miers à tra­vailler à cette œuvre d’embellissement, et la vigueur qu’ils y employèrent n’a jamais été dépas­sée ; leur parole émé­rite était digne d’être enten­due par les Grecs et les Romains.

Excités par leur doc­trine et leur élo­quence comme par un aiguillon, d’autres à leur suite consa­crèrent tout leur zèle aux études sacrées et consti­tuèrent un si riche patri­moine de sagesse chré­tienne, qu’en tout temps les ser­vi­teurs de l’Eglise ont pu y pui­ser des armes pour détruire les anciennes erreurs ou anéan­tir les nou­velles fables inven­tées par l’hé­ré­sie. Mais ces tré­sors légués par les savants, plu­sieurs siècles les ont dis­si­pés ; ce qu’il y avait de plus pré­cieux par­mi ces richesses, expo­sé à l’a­vi­di­té des bar­bares, ris­quait de tom­ber dans l’ou­bli. Si les antiques monu­ments du génie et de l’ha­bileté de l’homme, si les objets qui étaient jadis le plus en hon­neur chez les Grecs et les Romains n’ont pas entiè­re­ment péri, c’est uni­quement à l’Eglise qu’il faut l’attribuer.

Puisque l’é­tude des sciences et des arts jette un tel éclat sur la reli­gion, ceux qui se sont voués à ces études doivent déployer, non seule­ment toute leur puis­sance intel­lec­tuelle, mais encore toute leur acti­vi­té pour que la connais­sance qu’ils en ont ne soit pas égoïste et sté­rile. Que les savants sachent donc faire ser­vir leurs études au pro­fit de la répu­blique chré­tienne et consacrent leurs loi­sirs à l’utilité com­mune, afin que leur science ne demeure pas ! pour ain­si dire, à l’é­tat d’é­bauche, mais des­cende sur le ter­rain de l’action pra­tique. Or, celle-​ci se révèle sur­tout dans ren­sei­gne­ment de la jeu­nesse, œuvre si impor­tante, qu’elle réclame la plus grande part de leurs tra­vaux et de leurs soins.

C’est pour­quoi Nous vous exhor­tons, vous prin­ci­pa­le­ment, Véné­rables Frères, à main­te­nir atten­ti­ve­ment les écoles dans l’in­té­gri­té de la loi ou à y res­tau­rer cette der­nière, si besoin en est, à prodi­guer vos soins aux écoles tant anciennes que nou­velles, non seule­ment aux écoles pri­maires, mais encore aux mai­sons d’é­du­ca­tion secon­daire et aux Académies. Quant aux autres catho­liques de votre pays, ils doivent faire en sorte que, dans ren­sei­gne­ment de la jeu­nesse, on res­pecte et on conserve les droits des parents et ceux de l’Eglise.

Voici sur ce point les prin­ci­pales règles à suivre. En pre­mier lieu, les catho­liques ne doivent pas, sur­tout pour les enfants, adop­ter des écoles mixtes, mais avoir des écoles par­ti­cu­lières ; ils doivent pour cela choi­sir des maîtres excel­lents et esti­més. C’est une édu­ca­tion très périlleuse que celle où la reli­gion est alté­rée ou nulle ; or, Nous voyons que, dans les écoles mixtes, l’un et l’autre cas se pro­duisent fré­quem­ment. Et l’on ne doit pas se per­sua­der que l’ins­truc­tion et la pié­té peuvent être sépa­rées impu­né­ment. En effet, s’il est vrai qu’à aucune époque de la vie, pri­vée ou publique, on ne peut s’exempter de la reli­gion, il n’en est point d’où ce devoir doive être moins écar­té que ce pre­mier âge où la sagesse fait défaut, où l’es­prit est ardent et le cœur expo­sé à tant d’at­trayantes causes de corruption.

Organiser l’en­sei­gne­ment de manière à lui enle­ver tout point de contact avec la reli­gion, c’est donc cor­rompre dans l’âme les germes mêmes de la per­fec­tion et de l’honnêteté ; c’est pré­pa­rer, non des défen­seurs à la patrie, mais une peste et un fléau pour le genre humain. Dieu une fois sup­pri­mé, quelle consi­dé­ra­tion pour­rait rete­nir les jeunes gens dans le devoir ou les y rame­ner quand ils se sont écar­tés du sen­tier de la ver­tu et qu’ils des­cendent vers les abîmes du vice ?

En second lieu, il faut non seule­ment que la reli­gion soit ensei­gnée aux enfants à cer­taines heures, mais que tout le reste de l’en­seignement exhale comme une odeur de pié­té chré­tienne. S’il en est autre­ment, si cet arôme sacré ne pénètre pas à la fois l’esprit des maîtres et celui des élèves, l’ins­truc­tion, quelle qu’elle soit, ne pro­dui­ra que peu de fruits et aura même de graves inconvénients.

Chaque science, en effet, porte avec elle ses périls, et des jeunes gens ne sau­raient y échap­per si des freins divins ne retiennent leur intel­li­gence et leur cœur. Il faut donc prendre garde que ce qui est l’essentiel, c’est-à-dire la pra­tique de la pié­té chré­tienne, ne soit relé­guée au second rang ; que, tan­dis que les maîtres épellent labo­rieusement le mot à mot de quoique science ennuyeuse, les jeunes gens n’aient aucun sou­ci de cette véri­table sagesse dont le commen­cement est la crainte de Dieu, et aux pré­ceptes de laquelle ils doivent confor­mer tous les ins­tants de leur vie. Que l’étude et la science aillent donc tou­jours de pair avec la culture de l’âme. Que toutes les branches de l’enseignement soient péné­trées et domi­nées par la reli­gion et que celle-​ci, par sa majes­té et sa dou­ceur, l’emporte tel­le­ment, qu’elle laisse, pour ain­si dire, dans lame des jeunes gens de bien­fai­sants aiguillons.

D’autre part, puisque l’in­ten­tion de l’Eglise a tou­jours été que tous les genres d’é­tudes ser­vissent prin­ci­pa­le­ment à la for­ma­tion reli­gieuse de la jeu­nesse, il est néces­saire, non seule­ment que cette par­tie de l’en­sei­gne­ment ait sa place, et la prin­ci­pale, mais encore que nul ne puisse exer­cer des fonc­tions aus­si graves sans y avoir été jugé apte par le juge­ment de l’Eglise et sans avoir été confir­mé dans cet emploi par l’au­to­ri­té religieuse.

Mais ce n’est pas seule­ment dans l’é­du­ca­tion de l’en­fance que la reli­gion réclame ses droits.

Il fut un temps où le règle­ment de toute Université celle de Paris en par­ti­cu­lier veillait à si bien subor­don­ner tous les ordres d’en­seignement à la science théo­lo­gique que nul n’était consi­dé­ré comme ayant atteint le faîte de la science s’il n’avait obte­nu ses grades en théo­lo­gie. Le res­tau­ra­teur de l’ère augus­tale, Léon X, et depuis, les autres Pontifes Nos pré­dé­ces­seurs, vou­lurent que l’Athénée romain et les autres Universités, à une époque où une guerre impie se déchaî­nait contre l’Eglise, fussent comme les fortes cita­delles, où, sous la conduite et les ins­pi­ra­tions de la sagesse chré­tienne, la jeu­nesse reçût son ensei­gne­ment. Ce sys­tème d’é­tudes, qui accor­dait le pre­mier rang à Dieu et à la reli­gion, pro­dui­sit d’ex­cel­lents résul­tats. On obtint du moins que les jeunes gens ain­si éle­vés demeu­rassent plus fidèles à leurs devoirs. Ces heu­reux résul­tats se renou­velleront chez vous si vous vous effor­cez d’obtenir que dans les écoles secon­daires, les gym­nases, lycées, aca­dé­mies, les droits de la reli­gion soient respectés.

Puissent vos efforts ne jamais se heur­ter à l’obstacle qui rend vaines les meilleurs inten­tions et inutiles tous les tra­vaux : la dis­sen­sion dans les avis et le manque de concorde dans l’ac­tion. Que pour­ront en effet les forces divi­sées des gens de bien contre l’as­saut de nos enne­mis coa­li­sés ? A quoi ser­vi­ra la bra­voure indivi­duelle s’il n’y a pas une tac­tique commune ?

C’est pour­quoi Nous vous exhor­tons à écar­ter toute contro­verse inutile, toute conten­tion de par­tis, élé­ments de divi­sion pour les âmes, en sorte que tous, n’ayant qu’une voix pour défendre l’Eglise, concentrent leurs forces pour les diri­ger vers un même but, dans un même sen­ti­ment, sou­cieux de gar­der l’u­ni­té de l’esprit dans le lien de la paix.

Ces consi­dé­ra­tions Nous ont invi­té à évo­quer la mémoire d’un grand saint. Puissent ses illustres exemples se gra­ver dans les esprits et y exci­ter cet amour de la sagesse qui le pos­sé­dait lui-​même ; puisse cette même sagesse tra­vailler tou­jours au salut des hommes et à la défense de l’Eglise.

Nous avons la confiance, Vénérables Frères, que vous, qui déployez en cette matière une sol­li­ci­tude par­ti­cu­lière, vous trou­ve­rez par­mi les savants des hommes jaloux de par­ta­ger cette gloire et ces labeurs. Mais ce sont sur­tout ceux à qui la Providence a dévo­lu la belle mis­sion d’en­sei­gner la jeu­nesse qui pour­ront vous prê­ter leur noble concours ; et celui-​ci, par la nature même de leur œuvre, vous est natu­rel­le­ment acquis.

S’ils se rap­pellent que la science, au dire des anciens, mérite plu­tôt le nom d’ha­bi­le­té que celui de sagesse, quand elle est sépa­rée de la jus­tice ; ou mieux, s’ils méditent la parole de l’Ecriture : Ils sont vains les hommes en qui n’est pas la science de Dieu [1], ils appren­dront à se ser­vir des armes de la science, moins pour leur uti­li­té person­nelle que dans l’in­té­rêt géné­ral. Ils pour­ront attendre de leur tra­vail et de leurs efforts les mêmes fruits qu’ob­tint jadis Pierre Canisius dans ses col­lèges et ses mai­sons d’é­du­ca­tion, c’est-​à-​dire des jeunes gens dociles, de bonnes mœurs, ver­tueux, détes­tant les exemples des impies et trou­vant un égal attrait à la science et à la ver­tu. Quand la pié­té aura jeté en eux de pro­fondes racines, il n’y aura presque plus lieu de craindre que leurs âmes soient enva­hies par l’er­reur ou détour­nées de la ver­tu. C’est en eux que l’Eglise et que La socié­té fon­de­ront leurs meilleurs espé­rances ; on ver­ra en eux les citoyens hon­nêtes de l’a­ve­nir dont la sagesse, la pru­dence et la science contri­bue­ront au salut de l’ordre social et à la tran­quillité de la vie domestique.

En ter­mi­nant, Nous éle­vons nos prières vers le Dieu très bon et très grand, le Maître des sciences, vers la Vierge sa Mère, et Nous les prions, par l’intercession de Pierre Canisius, qui, par sa science, méri­ta si bien de l’Eglise catho­lique, d’exaucer les vœux que Nous for­mons pour l’accroissement de l’Eglise et pour le bien de la jeu­nesse. Pleins de cette espé­rance, Nous vous accor­dons de tout Notre cœur, à cha­cun de vous, Vénérables Frères, à votre cler­gé et à tout votre peuple, comme gage des faveurs célestes et comme témoi­gnage de Notre pater­nelle bien­veillance, la béné­dic­tion apostolique.

Donné à Rome, auprès de Saint-​Pierre, le 1er août 1897, la ving­tième année de Notre Pontificat.

LÉON XIII, PAPE.

Source : Lettres apos­to­liques de S. S. Léon XIII, La Bonne Presse.

Notes de bas de page

  1. Sag., xiii, 1.[]
fraternité sainte pie X
4 août 1880
Proclamant Saint Thomas d'Aquin patron des écoles catholiques
  • Léon XIII