7 décembre 1990

Lettre encyclique Redemptoris Missio

Sur la valeur permanente du précepte missionnaire

Table des matières

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, le 7 décembre 1990 , XXVe anni­ver­saire du Décret conci­liaire « Ad gentes », en la trei­zième année de mon pontificat.

Vénérés Frères, chers Fils, Salut et Bénédiction apostolique !

INTRODUCTION

1. La mis­sion du Christ Rédempteur, confiée à l’Eglise, est encore bien loin de son achè­ve­ment. Au terme du deuxième mil­lé­naire après sa venue, un regard d’en­semble por­té sur l’hu­ma­ni­té montre que cette mis­sion en est encore à ses débuts et que nous devons nous enga­ger de toutes nos forces à son ser­vice. C’est l’Esprit qui pousse à annon­cer les grandes œuvres de Dieu : « Annoncer l’Evangile, en effet, n’est pas pour moi un titre de gloire ; c’est une néces­si­té qui m’in­combe. Oui, mal­heur à moi si je n’an­non­çais pas l’Evangile ! » (1 Co 9, 16).

Je res­sens impé­rieu­se­ment le devoir de répé­ter ce cri de saint Paul, au nom de toute l’Eglise. Dès le début de mon pon­ti­fi­cat, j’ai choi­si de voya­ger jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre pour mani­fes­ter ce zèle mis­sion­naire ; et, pré­ci­sé­ment, le contact direct avec les peuples qui ignorent le Christ m’a convain­cu davan­tage encore de l’ur­gence de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire à laquelle je consacre la pré­sente encyclique.

Le deuxième Concile du Vatican a vou­lu renou­ve­ler la vie et l’ac­ti­vi­té de l’Eglise en fonc­tion des besoins du monde contem­po­rain ; il en a sou­li­gné le carac­tère mis­sion­naire en le fon­dant de manière dyna­mique sur la mis­sion tri­ni­taire elle-​même. L’élan mis­sion­naire appar­tient donc à la nature intime de la vie chré­tienne et il ins­pire aus­si l’œ­cu­mé­nisme : « Que tous soient un … afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

2. Les fruits mis­sion­naires du Concile sont déjà abon­dants : les Eglises locales se sont mul­ti­pliées, avec leurs évêques, leur cler­gé et leur per­son­nel apos­to­lique ; on constate une inser­tion plus pro­fonde des com­mu­nau­tés chré­tiennes dans la vie des peuples, la com­mu­nion entre les Eglises entraîne un échange intense de biens spi­ri­tuels et de dons ; l’en­ga­ge­ment des laïcs dans l’é­van­gé­li­sa­tion est en train de modi­fier la vie ecclé­siale ; les Eglises par­ti­cu­lières s’ouvrent à la ren­contre, au dia­logue et à la col­la­bo­ra­tion avec les membres d’autres Eglises chré­tiennes et d’autres reli­gions. Et sur­tout, une conscience nou­velle s’af­firme, à savoir que la mis­sion concerne tous les chré­tiens, tous les dio­cèses et toutes les paroisses, toutes les ins­ti­tu­tions et toutes les asso­cia­tions ecclésiales.

Cependant, en ce « nou­veau prin­temps » du chris­tia­nisme, on ne peut taire une ten­dance néga­tive que ce docu­ment désire contri­buer à sur­mon­ter : il semble que la mis­sion spé­ci­fique ad gentes devienne moins active, ce qui ne va assu­ré­ment pas dans le sens des direc­tives du Concile et de l’en­sei­gne­ment ulté­rieur du Magistère. Des dif­fi­cul­tés internes et externes ont affai­bli l’é­lan mis­sion­naire de l’Eglise à l’é­gard des non-​chrétiens, et c’est là un fait qui doit inquié­ter tous ceux qui croient au Christ. Dans l’his­toire de l’Eglise, en effet, le dyna­misme mis­sion­naire a tou­jours été un signe de vita­li­té, de même que son affai­blis­se­ment est le signe d’une crise de la foi(1).

Vingt-​cinq ans après la conclu­sion du Concile et la publi­ca­tion du décret Ad gentes sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, quinze ans après l’ex­hor­ta­tion apos­to­lique Evangelii nun­tian­di du Pape Paul VI, je vou­drais invi­ter l’Eglise à renou­ve­ler son enga­ge­ment mis­sion­naire, pour­sui­vant ain­si l’en­sei­gne­ment de mes pré­dé­ces­seurs à ce sujet(2). Le pré­sent docu­ment a un objec­tif d’ordre interne : le renou­veau de la foi et de la vie chré­tienne. En effet, la mis­sion renou­velle l’Eglise, ren­force la foi et l’i­den­ti­té chré­tienne, donne un regain d’en­thou­siasme et des moti­va­tions nou­velles. La foi s’af­fer­mit lors­qu’on la donne ! La nou­velle évan­gé­li­sa­tion des peuples chré­tiens trou­ve­ra ins­pi­ra­tion et sou­tien dans l’en­ga­ge­ment pour la mis­sion universelle.

Mais ce qui me pousse plus encore à pro­cla­mer l’ur­gence de l’é­van­gé­li­sa­tion mis­sion­naire, c’est qu’elle consti­tue le pre­mier ser­vice que l’Eglise peut rendre à tout homme et à l’hu­ma­ni­té entière dans le monde actuel, lequel connaît des conquêtes admi­rables mais semble avoir per­du le sens des réa­li­tés ultimes et de son exis­tence même. « Le Christ Rédempteur — ai-​je écrit dans ma pre­mière ency­clique — révèle plei­ne­ment l’homme à lui-​même.…] L’homme qui veut se com­prendre lui-​même jus­qu’au fond…] doit …] s’ap­pro­cher du Christ. …] La Rédemption réa­li­sée au moyen de la Croix a défi­ni­ti­ve­ment redon­né à l’homme sa digni­té et le sens de son exis­tence dans le monde»(3).

Il ne manque pas d’autres moti­va­tions et d’autres objec­tifs : répondre aux nom­breuses requêtes d’un docu­ment de cette nature ; dis­si­per les doutes et les ambigüi­tés au sujet de la mis­sion ad gentes, en confir­mant dans leurs enga­ge­ments nos frères et sœurs méri­tants qui se consacrent à l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire ain­si que tous ceux qui les aident ; pro­mou­voir les voca­tions mis­sion­naires ; encou­ra­ger les théo­lo­giens à appro­fon­dir et à expo­ser sys­té­ma­ti­que­ment les divers aspects de la mis­sion ; relan­cer la mis­sion de manière spé­ci­fique, en enga­geant les Eglises par­ti­cu­lières, spé­cia­le­ment les jeunes Eglises, à envoyer et à rece­voir des mis­sion­naires ; assu­rer les non-​chrétiens et, en par­ti­cu­lier, les pou­voirs publics des pays vers les­quels s’o­riente l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, que celle-​ci a pour fin unique de ser­vir l’homme en lui révé­lant l’a­mour de Dieu qui s’est mani­fes­té en Jésus Christ.

3. Vous tous les peuples, ouvrez les portes au Christ ! Son Evangile n’en­léve rien à la liber­té de l’homme, au res­pect dû aux cultures, à ce qui est bon en toute reli­gion. En accueillant le Christ, vous vous ouvrez à la Parole défi­ni­tive de Dieu, à Celui en qui Dieu s’est plei­ne­ment fait connaître et en qui il nous a mon­tré la voie pour aller à Lui.

Le nombre de ceux qui ignorent le Christ et ne font pas par­tie de l’Eglise aug­mente conti­nuel­le­ment, et même il a presque dou­blé depuis la fin du Concile. A l’é­gard de ce nombre immense d’hommes que le Père aime et pour qui il a envoyé son Fils, l’ur­gence de la mis­sion est évidente.

D’autre part, notre temps offre à l’Eglise de nou­veaux motifs d’a­gir en ce domaine : l’é­crou­le­ment d’i­déo­lo­gies et de sys­tèmes poli­tiques oppres­sifs ; l’ou­ver­ture des fron­tières et l’é­di­fi­ca­tion d’un monde plus uni, grâce au déve­lop­pe­ment des com­mu­ni­ca­tions ; dans les peuples, la recon­nais­sance crois­sante des valeurs évan­gé­liques que Jésus a incar­nées dans sa vie (paix, jus­tice, fra­ter­ni­té, atten­tion aux plus petits); un modèle de déve­lop­pe­ment éco­no­mique et tech­nique sans âme mais qui invite à cher­cher la véri­té sur Dieu, sur l’homme, sur le sens de la vie.

Dieu ouvre à l’Eglise les hori­zons d’une huma­ni­té plus dis­po­sée à rece­voir la semence évan­gé­lique. J’estime que le moment est venu d’en­ga­ger toutes les forces ecclé­siales dans la nou­velle évan­gé­li­sa­tion et dans la mis­sion ad gentes. Aucun de ceux qui croient au Christ, aucune ins­ti­tu­tion de l’Eglise ne peut se sous­traire à ce devoir suprême : annon­cer le Christ à tous les peuples.

CHAPITRE I – JÉSUS CHRIST, L’UNIQUE SAUVEUR

4. « A toutes les époques, et plus par­ti­cu­liè­re­ment à la nôtre, le devoir fon­da­men­tal de l’Eglise – comme je le rap­pe­lais dans ma pre­mière ency­clique qui avait valeur de pro­gramme – est de diri­ger le regard de l’homme, d’o­rien­ter la conscience et l’ex­pé­rience de toute l’hu­ma­ni­té vers le mys­tère du Christ»(4).

La mis­sion uni­ver­selle de l’Eglise découle de la foi en Jésus Christ, comme le pro­clame la pro­fes­sion de foi tri­ni­taire : « Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles …]. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il des­cen­dit du ciel. Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme»(5). L’événement de la Rédemption est le fon­de­ment du salut de tous, « parce que cha­cun a été inclus dans le mys­tère de la Rédemption, et Jésus Christ s’est uni à cha­cun, pour tou­jours, à tra­vers ce mystère»(6). La mis­sion ne peut être com­prise et fon­dée que dans la foi.

Et pour­tant, à cause des chan­ge­ments de l’é­poque moderne et de la dif­fu­sion de nou­velles concep­tions théo­lo­giques, cer­tains s’in­ter­rogent : la mis­sion auprès des non-​chrétiens est-​elle encore actuelle ? N’est-​elle pas rem­pla­cée par le dia­logue inter-​religieux ? La pro­mo­tion humaine n’est-​elle pas un objec­tif suf­fi­sant ? Le res­pect de la conscience et de la liber­té n’exclut-​il pas toute pro­po­si­tion de conver­sion ? Ne peut-​on faire son salut dans n’im­porte quelle reli­gion ? Alors, pour­quoi la mis­sion ?

« Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14, 6)

5. En remon­tant aux ori­gines de l’Eglise, nous voyons clai­re­ment affir­mé que le Christ est l’u­nique Sauveur de tous, celui qui seul est en mesure de révé­ler Dieu et de conduire à Dieu. Aux auto­ri­tés reli­gieuses juives qui inter­rogent les Apôtres au sujet de la gué­ri­son de l’im­po­tent qu’il avait accom­plie, Pierre répond : « C’est par le nom de Jésus Christ le Nazôréen, celui que vous, vous avez cru­ci­fié, et que Dieu a res­sus­ci­té des morts, c’est par son nom et par nul autre que cet homme se pré­sente gué­ri devant vous … Car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom don­né aux hommes, par lequel nous devions être sau­vés » (Ac 4, 10. 12). Cette affir­ma­tion adres­sée au Sanhédrin, a une por­tée uni­ver­selle, car pour tous – Juifs et païens -, le salut ne peut venir que de Jésus Christ.

L’universalité de ce salut dans le Christ est affir­mée dans tout le Nouveau Testament. Saint Paul recon­naît dans le Christ res­sus­ci­té le Seigneur : « Car – écrit-​il -, bien qu’il y ait, soit au ciel, soit sur la terre, de pré­ten­dus dieux – et de fait il y a quan­ti­té de dieux et quan­ti­té de sei­gneurs -, pour nous en tout cas, il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes » (1 Co 8, 5–6). Le Dieu unique et l’u­nique Seigneur sont pro­cla­més par contraste avec la mul­ti­tude des « dieux » et des « sei­gneurs » que le peuple recon­nais­sait. Paul réagit contre le poly­théisme du milieu reli­gieux de son temps et met en relief le trait carac­té­ris­tique de la foi chré­tienne : la foi en un seul Dieu, et en un seul Seigneur envoyé par Dieu.

Dans l’Evangile de saint Jean, l’u­ni­ver­sa­li­té du salut par le Christ com­prend les aspects de sa mis­sion de grâce, de véri­té et de révé­la­tion : « Le Verbe est la lumière véri­table, qui éclaire tout homme » (cf. Jn 1, 9). Et encore : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître » (Jn 1, 18 ; cf. Mt 11, 27). La révé­la­tion de Dieu devient, par son Fils unique, défi­ni­tive et ache­vée : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, par­lé jadis aux Pères par les pro­phètes, Dieu, en ces jours qui sont les der­niers, nous a par­lé par le Fils qu’il a éta­bli héri­tier de toutes choses, par qui aus­si il a fait les siècles » (He 1, 1–2 ; cf. Jn 14, 6). Dans cette Parole défi­ni­tive de sa révé­la­tion, Dieu s’est fait connaître en plé­ni­tude : il a dit à l’hu­ma­ni­té qui il est. Et cette révé­la­tion défi­ni­tive que Dieu fait de lui-​même est la rai­son fon­da­men­tale pour laquelle l’Eglise est mis­sion­naire par sa nature. Elle ne peut pas ne pas pro­cla­mer l’Evangile, c’est-​à-​dire la plé­ni­tude de la véri­té que Dieu nous a fait connaître sur lui-même.

Le Christ est l’u­nique média­teur entre Dieu et les hommes : « Car Dieu est unique, unique aus­si le média­teur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-​même, qui s’est livré en ran­çon pour tous. Tel est le témoi­gnage ren­du aux temps mar­qués et dont j’ai été éta­bli, moi, héraut et apôtre—je dis vrai, je ne mens pas—, doc­teur des païens, dans la foi et la véri­té » (1 Tm 2, 5–7 ; cf. He 4, 14–16). Les hommes ne peuvent donc entrer en com­mu­nion avec Dieu que par le Christ, sous l’ac­tion de l’Esprit. Sa média­tion unique et uni­ver­selle, loin d’être un obs­tacle sur le che­min qui conduit à Dieu, est la voie tra­cée par Dieu lui-​même, et le Christ en a pleine conscience. Le concours de média­tions de types et d’ordres divers n’est pas exclu, mais celles-​ci tirent leur sens et leur valeur uni­que­ment de celle du Christ, et elles ne peuvent être consi­dé­rées comme paral­lèles ou complémentaires.

6. Il est contraire à la foi chré­tienne d’in­tro­duire une quel­conque sépa­ra­tion entre le Verbe et Jésus Christ. Saint Jean affirme clai­re­ment que le Verbe, qui « était au com­men­ce­ment avec Dieu », est celui-​là même qui « s’est fait chair » (Jn 1, 2. 14). Jésus est le Verbe incar­né, Personne une et indi­vi­sible : on ne peut pas sépa­rer Jésus du Christ, ni par­ler d’un « Jésus de l’his­toire » qui serait dif­fé­rent du « Christ de la foi ». L’Eglise connaît et confesse Jésus comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Le Christ n’est autre que Jésus de Nazareth, et celui-​ci est le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous. Dans le Christ « habite cor­po­rel­le­ment toute la Plénitude de la Divinité » (Col 2,9) et « de sa plé­ni­tude nous avons tous reçu » (Jn 1, 16). Le « Fils unique qui est dans le sein du Père » (Jn 1, 18) est « le Fils bien-​aimé, en qui nous avons la rédemp­tion … Dieu s’est plu à faire habi­ter en lui toute la Plénitude et, par lui, à récon­ci­lier tous les êtres pour lui, aus­si bien sur la terre que dans les cieux, en fai­sant la paix par le sang de sa Croix » (Col 1, 13–14. 19–20). C’est pré­ci­sé­ment ce carac­tère unique du Christ qui lui confère une por­tée abso­lue et uni­ver­selle par laquelle, étant dans l’his­toire, il est le centre et la fin de l’his­toire elle-même(7): « Je suis l’Alpha et l’Oméga, le Premier et le Dernier, le Principe et la Fin » (Ap 22, 13 ).

S’il est donc nor­mal et utile de prendre en consi­dé­ra­tion les divers aspects du mys­tère du Christ, il ne faut jamais perdre de vue son uni­té. Alors que nous décou­vrons peu à peu et que nous met­tons en valeur les dons de toutes sortes, sur­tout les richesses spi­ri­tuelles, dont Dieu a fait béné­fi­cier tous les peuples, il ne faut pas les dis­joindre de Jésus Christ qui est au centre du plan divin de salut. Comme, « par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-​même à tout homme », « nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la pos­si­bi­li­té d’être asso­ciés au Mystère pascal»(8). Le plan de Dieu est de « rame­ner toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les ter­restres » (Ep 1, 10).

La foi au Christ est pro­po­sée à la liber­té de l’homme

7. L’urgence de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire résulte de la nou­veau­té radi­cale de la vie appor­tée par le Christ et vécue par ses dis­ciples. Cette vie nou­velle est un don de Dieu, et il est deman­dé à l’homme de l’ac­cueillir et de le déve­lop­per, s’il veut se réa­li­ser selon sa voca­tion inté­grale en se confor­mant au Christ. Tout le Nouveau Testament est un hymne à la vie nou­velle pour celui qui croit au Christ et vit dans son Eglise. Le salut dans le Christ, dont l’Eglise témoigne et qu’elle annonce, est la com­mu­ni­ca­tion que Dieu fait de lui-​même : « C’est l’a­mour qui non seule­ment crée le bien, mais qui fait par­ti­ci­per à la vie même de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. En effet, celui qui aime désire se don­ner lui-même»(9).

Dieu offre à l’homme cette nou­veau­té de vie. « Peut-​on refu­ser le Christ et tout ce qu’il a appor­té dans l’his­toire de l’homme ? Certainement oui. L’homme est libre. L’homme peut dire à Dieu : non. L’homme peut dire au Christ : non. Mais demeure la ques­tion fon­da­men­tale : est-​il per­mis de le faire, et au nom de quoi est-​ce permis?»(10).

8. Dans le monde moderne, il existe une ten­dance à réduire l’homme à la seule dimen­sion hori­zon­tale. Mais que devient l’homme sans ouver­ture à l’Absolu ? La réponse se trouve dans l’ex­pé­rience de tout homme, mais elle est aus­si ins­crite dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té avec le sang ver­sé au nom des idéo­lo­gies et par des régimes poli­tiques qui ont vou­lu construire une « huma­ni­té nou­velle » sans Dieu(11).

Du reste, le Concile Vatican II répond à ceux qui ont le sou­ci de pro­té­ger la liber­té de conscience : « La per­sonne humaine a droit à la liber­té reli­gieuse.…] Tous les hommes doivent être sous­traits à toute contrainte de la part tant des indi­vi­dus que des groupes sociaux et de quelque pou­voir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière reli­gieuse nul ne soit for­cé d’a­gir contre sa conscience ni empê­ché d’a­gir, dans de justes limites, selon sa conscience, en pri­vé comme en public, seul ou asso­cié à d’autres»(12).

L’annonce et le témoi­gnage du Christ, quand ils sont faits dans le res­pect des consciences, ne violent pas la liber­té. La foi exige la libre adhé­sion de l’homme, mais elle doit être pro­po­sée parce que les « mul­ti­tudes ont le droit de connaître la richesse du mys­tère du Christ, dans lequel nous croyons que toute l’hu­ma­ni­té peut trou­ver, avec une plé­ni­tude insoup­çon­nable, tout ce qu’elle cherche à tâtons au sujet de Dieu, de l’homme et de son des­tin, de la vie et de la mort, de la véri­té. …] C’est pour­quoi l’Eglise garde vivant son élan mis­sion­naire, et même elle veut l’in­ten­si­fier dans le moment his­to­rique qui est le nôtre»(13). Il faut cepen­dant dire, tou­jours avec le Concile, que, « en ver­tu de leur digni­té, tous les hommes, parce qu’ils sont des per­sonnes, c’est-​à-​dire doués de rai­son et de volon­té libre, et, par suite, pour­vus d’une res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle, sont pres­sés, par leur nature même, et tenus, par obli­ga­tion morale, à cher­cher la véri­té, tout d’a­bord celle qui concerne la reli­gion. Ils sont tenus aus­si à adhé­rer à la véri­té dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exi­gences de cette vérité»(14).

L’Eglise, signe et ins­tru­ment du salut

9. L’Eglise est la pre­mière béné­fi­ciaire du salut. Le Christ se l’est acquise par son sang (cf. Ac 20, 28) et l’a appe­lée à coopé­rer avec lui à l’œuvre du salut uni­ver­sel. En effet, le Christ vit en elle ; il est son époux ; il assure sa crois­sance ; il accom­plit sa mis­sion par elle.

Le Concile a ample­ment sou­li­gné le rôle de l’Eglise pour le salut de l’hu­ma­ni­té. Tout en recon­nais­sant que Dieu aime tous les hommes et leur accorde la pos­si­bi­li­té d’être sau­vés (cf. 1 Tm 2, 4)(15), l’Eglise pro­fesse que Dieu a consti­tué le Christ comme unique média­teur et qu’elle-​même est éta­blie comme sacre­ment uni­ver­sel de salut(16): « Ainsi donc, à cette uni­té catho­lique du peuple de Dieu, tous les hommes sont appe­lés ; à cette uni­té appar­tiennent sous diverses formes, ou sont ordon­nés, et les fidèles catho­liques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et fina­le­ment tous les hommes sans excep­tion que la grâce de Dieu appelle au salut»(17). Il est néces­saire de tenir ensemble ces deux véri­tés, à savoir la pos­si­bi­li­té réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la néces­si­té de l’Eglise pour le salut. L’une et l’autre nous aident à com­prendre l’u­nique mys­tère sal­vi­fique, et nous per­mettent ain­si de faire l’ex­pé­rience de la misé­ri­corde de Dieu et de prendre conscience de notre res­pon­sa­bi­li­té. Le salut, qui est tou­jours un don de l’Esprit, requiert la coopé­ra­tion de l’homme à son propre salut comme à celui des autres. Telle est la volon­té de Dieu, et c’est pour cela qu’il a fon­dé l’Eglise ‚et l’a incluse dans le plan du salut : ce peuple mes­sia­nique, dit le Concile, « éta­bli par le Christ pour com­mu­nier à la vie, à la cha­ri­té et à la véri­té, est entre ses mains l’ins­tru­ment de la Rédemption de tous les hommes ; au monde entier il est envoyé comme lumière du monde et sel de la terre»(18.

Le salut est offert à tous les hommes

10. L’universalité du salut ne signi­fie pas qu’il n’est accor­dé qu’à ceux qui croient au Christ expli­ci­te­ment et qui sont entrés dans l’Eglise. Si le salut est des­ti­né à tous, il doit être offert concrè­te­ment à tous. Mais il est évident, aujourd’­hui comme dans le pas­sé, que de nom­breux hommes n’ont pas la pos­si­bi­li­té de connaître ou d’ac­cueillir la révé­la­tion de l’Evangile, ni d’en­trer dans l’Eglise. Ils vivent dans des condi­tions sociales et cultu­relles qui ne le per­mettent pas, et ils ont sou­vent été édu­qués dans d’autres tra­di­tions reli­gieuses. Pour eux, le salut du Christ est acces­sible en ver­tu d’une grâce qui, tout en ayant une rela­tion mys­té­rieuse avec l’Eglise, ne les y intro­duit pas for­mel­le­ment mais les éclaire d’une manière adap­tée à leur état d’es­prit et à leur cadre de vie. Cette grâce vient du Christ, elle est le fruit de son sacri­fice et elle est com­mu­ni­quée par l’Esprit Saint : elle per­met à cha­cun de par­ve­nir au salut avec sa libre coopération.

C’est pour­quoi le Concile, après avoir affir­mé le carac­tère cen­tral du Mystère pas­cal, déclare : « Et cela ne vaut pas seule­ment pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volon­té, dans le cœur des­quels, invi­si­ble­ment, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la voca­tion der­nière de l’homme est réel­le­ment unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la pos­si­bi­li­té d’être asso­ciés au Mystère pascal»(19).

« Nous ne pou­vons pas nous taire » (Ac 4, 20)

11. Que dire alors des objec­tions déjà évo­quées à l’é­gard de la mis­sion ad gentes ? Dans le res­pect de toutes les convic­tions reli­gieuses et de toutes les sen­si­bi­li­tés, avant tout, nous devons affir­mer avec sim­pli­ci­té notre foi dans le Christ, seul Sauveur de l’homme, foi que nous avons reçue comme un don d’en haut, sans mérite de notre part. Nous disons avec Paul : « Je ne rou­gis pas de l’Evangile : il est une force de Dieu pour le salut de tout homme qui croit » (Rm 1, 16). Les mar­tyrs chré­tiens de tous les temps – et aus­si de notre temps – ont don­né et conti­nuent de don­ner leur vie pour rendre témoi­gnage de cette foi devant les hommes, convain­cus que tout homme a besoin de Jésus Christ, lui qui a vain­cu le péché et la mort et récon­ci­lié les hommes avec Dieu.

Le Christ s’est pro­cla­mé Fils de Dieu, inti­me­ment uni au Père, et il a été recon­nu comme tel par ses dis­ciples, confir­mant ses paroles par des miracles et par sa résur­rec­tion d’entre les morts. L’Eglise offre aux hommes l’Evangile, docu­ment pro­phé­tique qui répond aux exi­gences et aux aspi­ra­tions du cœur humain : il est tou­jours « Bonne Nouvelle ». L’Eglise ne peut se dis­pen­ser de pro­cla­mer que Jésus est venu révé­ler le visage de Dieu et méri­ter, par la Croix et la Résurrection, le salut pour tous les hommes.

A la ques­tion pour­quoi la mis­sion?, nous répon­dons, grâce à la foi et à l’ex­pé­rience de l’Eglise, que la véri­table libé­ra­tion, c’est s’ou­vrir à l’a­mour du Christ. En lui, et en lui seule­ment, nous sommes libé­rés de toute alié­na­tion et de tout éga­re­ment, de la sou­mis­sion au pou­voir du péché et de la mort. Le Christ est véri­ta­ble­ment « notre paix » (Ep 2, 14), et « l’a­mour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14), don­nant à notre vie son sens et sa joie. La mis­sion est un pro­blème de foi ; elle est pré­ci­sé­ment la mesure de notre foi en Jésus Christ et en son amour pour nous.

Aujourd’hui, la ten­ta­tion existe de réduire le chris­tia­nisme à une sagesse pure­ment humaine, en quelque sorte une science pour bien vivre. En un monde for­te­ment sécu­la­ri­sé, est appa­rue une « sécu­la­ri­sa­tion pro­gres­sive du salut », ce pour­quoi on se bat pour l’homme, certes, mais pour un homme muti­lé, rame­né à sa seule dimen­sion hori­zon­tale. Nous savons au contraire que Jésus est venu appor­ter le salut inté­gral qui sai­sit tout l’homme et tous les hommes, en les ouvrant à la pers­pec­tive mer­veilleuse de la filia­tion divine.

Pourquoi la mis­sion ? Parce que, à nous comme à saint Paul « a été confiée cette grâce-​là, d’an­non­cer aux païens l’in­son­dable richesse du Christ » (Ep 3, 8). La nou­veau­té de la vie en lui est la Bonne Nouvelle pour l’homme de tous les temps : tous les hommes y sont appe­lés et des­ti­nés. Tous la recherchent effec­ti­ve­ment même si c’est par­fois de manière confuse, et tous ont le droit de connaître la valeur de ce don et d’y accé­der. L’Eglise, et en elle tout chré­tien, ne peut cacher ni gar­der pour elle cette nou­veau­té et cette richesse, reçues de la bon­té divine pour être com­mu­ni­quées à tous les hommes.

Voilà pour­quoi la mis­sion découle non seule­ment du pré­cepte for­mel du Seigneur, mais aus­si de l’exi­gence pro­fonde de la vie de Dieu en nous. Ceux qui font par­tie de l’Eglise catho­lique doivent se consi­dé­rer comme pri­vi­lé­giés et, de ce fait, d’au­tant plus enga­gés à don­ner un témoi­gnage de foi et de vie chré­tienne qui soit un ser­vice à l’é­gard de leurs frères et une réponse due à Dieu, se sou­ve­nant que « la gran­deur de leur condi­tion doit être rap­por­tée non à leurs mérites, mais à une grâce spé­ciale du Christ ; s’ils n’y cor­res­pondent pas par la pen­sée, la parole et l’ac­tion, ce n’est pas le salut qu’elle leur vau­dra, mais un plus sévère jugement»(20).

CHAPITRE II – LE ROYAUME DE DIEU

12. « « Dieu riche en misé­ri­corde » est Celui que Jésus Christ nous a révé­lé comme Père : c’est Lui, son Fils, qui nous l’a mani­fes­té et fait connaître en lui-même»(21). C’est là ce que j’é­cri­vais au début de l’en­cy­clique Dives in mise­ri­cor­dia, pour mon­trer que le Christ est la révé­la­tion et l’in­car­na­tion de la misé­ri­corde du Père. Le salut consiste à croire et à accueillir le mys­tère du Père et de son amour, qui se mani­feste et se donne en Jésus par l’Esprit. Ainsi s’ac­com­plit le Règne de Dieu, pré­pa­ré dès l’Ancienne Alliance, mis en œuvre par le Christ et dans le Christ, annon­cé à toutes les nations par l’Eglise qui agit et prie pour sa réa­li­sa­tion par­faite et définitive.

L’Ancien Testament atteste que Dieu a choi­si et consti­tué un peuple pour révé­ler et mettre en œuvre son plan d’a­mour. Mais, en même temps, Dieu est créa­teur et père de tous les hommes, il prend soin de tous, à tous il étend sa béné­dic­tion (cf. Gn 12, 3) et avec tous il a conclu une alliance (cf. Gn 9, 1–17). Israël fait l’ex­pé­rience d’un Dieu per­son­nel et sau­veur (cf. Dt 4, 37 ; 7, 6–8 ; Is 43, 1–7) dont il devient ain­si le témoin et le porte-​parole au milieu des nations. Au cours de son his­toire, Israël prend conscience que son élec­tion a une por­tée uni­ver­selle (cf., par ex., Is 2, 2–5 ; 25, 6–8 ; 60, 1–6 ; Jr 3, 17 ; 16, 19).

Le Christ rend pré­sent le Royaume

13. Jésus de Nazareth conduit à son terme le plan de Dieu. Après avoir reçu l’Esprit Saint au bap­tême, il mani­feste sa voca­tion mes­sia­nique ; il par­court la Galilée, « pro­cla­mant l’Evangile de Dieu et disant : « Le temps est accom­pli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-​vous et croyez à l’Evangile »» (Mc 1, 14–15 ; cf. Mt 4, 17 ; Lc 4, 43 ) . La pro­cla­ma­tion et l’ins­tau­ra­tion du Royaume de Dieu sont l’ob­jet de sa mis­sion : « C’est pour cela que j’ai été envoyé » (Lc 4, 43). Mais il y a plus : Jésus est lui-​même la Bonne Nouvelle, comme il le déclare dans la syna­gogue de son vil­lage, dès le début de sa mis­sion, en s’ap­pli­quant la parole d’Isaïe sur l’Oint, envoyé par l’Esprit du Seigneur (cf. Lc 4, 14–21). Le Christ étant la Bonne Nouvelle, il y a en lui iden­ti­té entre le mes­sage et le mes­sa­ger, entre le dire, l’a­gir et l’être. Sa force et le secret de l’ef­fi­ca­ci­té de son action résident dans sa totale iden­ti­fi­ca­tion avec le mes­sage qu’il annonce : il pro­clame la Bonne Nouvelle non seule­ment par ce qu’il dit ou ce qu’il fait, mais par ce qu’il est.

Le minis­tère de Jésus est décrit dans le contexte de ses voyages dans son pays. L’horizon de sa mis­sion avant la Pâque se concentre sur Israël ; tou­te­fois, il y a en Jésus un élé­ment nou­veau d’im­por­tance pri­mor­diale. La réa­li­té escha­to­lo­gique n’est pas ren­voyée à une fin du monde éloi­gnée, mais elle devient proche et com­mence à adve­nir. Le Royaume de Dieu est tout proche (cf. Mc 1, 15), on prie pour qu’il vienne (cf. Mt 6, 10), la foi le voit déjà à l’œuvre dans les signes, tels les miracles (cf. Mt 11, 4–5), les exor­cismes (cf. Mt 12, 25–28), le choix des Douze (cf. Mc 3, 13–19), l’an­nonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18). Dans les ren­contres de Jésus avec les païens, il appa­raît clai­re­ment que l’ac­cès au Royaume advient par la foi et la conver­sion (cf. Mc 1, 15), et non du fait d’une simple appar­te­nance ethnique.

Le Règne que Jésus inau­gure est le Règne de Dieu. Jésus lui-​même révèle qui est ce Dieu qu’il désigne par le terme fami­lier de « Abba », Père (Mc 14, 36). Dieu, révé­lé sur­tout dans les para­boles (cf. Lc 15, 3–32 : Mt 20, 1–16), est sen­sible aux besoins et aux souf­frances de tout homme : il est un Père plein d’a­mour et de com­pas­sion qui par­donne et accorde gra­tui­te­ment les grâces demandées.

Saint Jean nous dit que « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8. 16). Tout homme est donc invi­té à « se conver­tir » et à « croire » à l’a­mour misé­ri­cor­dieux de Dieu pour lui : le Royaume croî­tra dans la mesure où tous les hommes appren­dront à se tour­ner vers Dieu comme vers un Père dans l’in­ti­mi­té de la prière (cf. Lc 11, 2 ; Mt 23, 9) et s’ef­for­ce­ront d’ac­com­plir sa volon­té (cf. Mt 7, 21).

Caractéristiques et exi­gences du Royaume

14. Jésus révèle pro­gres­si­ve­ment les carac­té­ris­tiques et les exi­gences du Royaume par ses paroles, ses œuvres et sa personne.

Le Royaume de Dieu est des­ti­né à tous les hommes, car tous sont appe­lés à en être les membres. Pour sou­li­gner cet aspect, Jésus s’est fait proche sur­tout de ceux qui étaient en marge de la socié­té, leur accor­dant sa pré­fé­rence, lors­qu’il annon­çait la Bonne Nouvelle. Au début de son minis­tère, il pro­clame qu’il a été envoyé pour por­ter la Bonne Nouvelle aux pauvres (cf. Lc 4, 18). A tous les reje­tés et à tous les mépri­sés, il déclare : « Heureux, vous les pauvres » (Lc 6, 20); de plus, il amène ces mar­gi­naux à vivre déjà une expé­rience de libé­ra­tion : il demeure avec eux, il va man­ger avec eux (cf. Lc 5, 30 ; 15, 2), il les traite comme des égaux et des amis (cf. Lc 7, 34), il leur fait sen­tir qu’ils sont aimés de Dieu et révèle ain­si l’im­mense ten­dresse de Dieu envers les plus dému­nis et les pécheurs (cf. Lc 15, 1–32).

La libé­ra­tion et le salut qu’ap­porte le Royaume de Dieu atteignent la per­sonne humaine dans ses aspects phy­siques et spi­ri­tuels. Deux gestes carac­té­risent la mis­sion de Jésus : gué­rir et par­don­ner. Ses nom­breuses gué­ri­sons montrent sa grande com­pas­sion en face de la misère humaine ; mais elles signi­fient aus­si qu’il n’y aura plus, dans le Royaume, ni mala­dies ni souf­frances et que, dès le début, la mis­sion tend à libé­rer les per­sonnes de leurs maux. Dans la pers­pec­tive de Jésus, les gué­ri­sons sont éga­le­ment signes du salut spi­ri­tuel, c“est-à-dire de la libé­ra­tion du péché. En accom­plis­sant des gestes de gué­ri­son, Jésus invite à la foi, à la conver­sion et au désir du par­don (cf. Lc 5, 24). Quand est reçu le don de la foi, la gué­ri­son pousse à aller plus loin : elle intro­duit dans le salut (cf. Lc 18, 42–43). Les gestes de libé­ra­tion de la pos­ses­sion du démon, mal suprême et sym­bole du péché et de la rébel­lion contre Dieu, sont des signes que « le Royaume de Dieu est arri­vé jus­qu’à vous » (Mt 12, 28).

15. Le Royaume doit trans­for­mer les rap­ports entre les hommes et se réa­lise pro­gres­si­ve­ment, au fur et à mesure qu’ils apprennent à s’ai­mer, à se par­don­ner, à se mettre au ser­vice les uns des autres. Jésus reprend toute la Loi, en la cen­trant sur le com­man­de­ment de l’a­mour (cf. Mt 22, 34–40 ; Lc 10, 25–28). Avant de quit­ter les siens, Jésus leur donne un « com­man­de­ment nou­veau » : « Aimez-​vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34 ; cf. 15, 12). L’amour dont Jésus a aimé le monde trouve son expres­sion la plus haute dans le don de sa vie pour les hommes (cf. Jn 15, 13) qui mani­feste l’a­mour que le Père a pour le monde (cf. Jn 3, 16). C’est pour­quoi la nature du Royaume est la com­mu­nion de tous les êtres humains entre eux et avec Dieu.

Le Royaume concerne les per­sonnes humaines, la socié­té, le monde entier. Travailler pour le Royaume signi­fie recon­naître et favo­ri­ser le dyna­misme divin qui est pré­sent dans l’his­toire humaine et la trans­forme. Construire le Royaume signi­fie tra­vailler pour la libé­ra­tion du mal dans toutes ses formes. En un mot, le Royaume de Dieu est la mani­fes­ta­tion et la réa­li­sa­tion de son des­sein de salut dans sa plénitude.

Le Royaume de Dieu est accom­pli et pro­cla­mé dans la Personne du Ressuscité 

16. En res­sus­ci­tant Jésus d’entre les morts, Dieu a vain­cu la mort et, dans le Christ, il a inau­gu­ré défi­ni­ti­ve­ment son Règne. Pendant sa vie ter­restre, Jésus est le pro­phète du Royaume et, après sa Passion, sa Résurrection et son Ascension au ciel, il par­ti­cipe à la puis­sance de Dieu et à son pou­voir sur le monde (cf. Mt 28, 18 ; Ac 2, 36 ; Ep 1, 18–21). La Résurrection confère une por­tée uni­ver­selle au mes­sage du Christ, à son action et à toute sa mis­sion. Les dis­ciples se rendent compte que le Royaume est déjà pré­sent dans la per­sonne de Jésus et qu’il est ins­tau­ré peu à peu dans l’homme et dans le monde par un lien mys­té­rieux avec lui.

Après la Résurrection, en effet, ils prê­chaient le Royaume, annon­çant que Jésus est mort et res­sus­ci­té. Philippe, en Samarie « annon­çait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et du nom dé Jésus Christ » (Ac 8, 12). A Rome, Paul « pro­cla­mait le Royaume de Dieu et ensei­gnait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ » (cf. Ac 28, 31). Les pre­miers chré­tiens annon­çaient eux aus­si, « le Royaume du Christ et de Dieu » (Ep 5, 5 ; cf. Ap 11, 15 ; 12, 10), ou bien « le Royaume éter­nel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 P 1, 11). C’est sur l’an­nonce de Jésus Christ, avec qui s’i­den­ti­fie le Royaume, qu’est cen­trée la pré­di­ca­tion de l’Eglise pri­mi­tive. Aujourd’hui, il faut de même unir l’an­nonce du Royaume de Dieu (le conte­nu du « kérygme » de Jésus) et la pro­cla­ma­tion de l’é­vé­ne­ment Jésus Christ (c’est-​à-​dire le « kérygme » des Apôtres). Les deux annonces se com­plètent et s’é­clairent réciproquement.

Le Royaume en rap­port avec le Christ et l’Eglise

17. On parle beau­coup aujourd’­hui du Royaume, mais pas tou­jours en accord avec la pen­sée de l’Eglise. Il existe, en effet, des concep­tions du salut et de la mis­sion que l’on peut appe­ler « anthro­po­cen­triques », au sens réduc­teur du terme, dans la mesure où elles sont cen­trées sur les besoins ter­restres de l’homme. Suivant cette manière de voir, le Royaume tend à deve­nir une réa­li­té exclu­si­ve­ment humaine et sécu­la­ri­sée où ce qui compte, ce sont les pro­grammes et les luttes pour la libé­ra­tion sociale et éco­no­mique, poli­tique et aus­si cultu­relle, mais avec un hori­zon fer­mé à la trans­cen­dance. Sans nier qu’il y ait des valeurs à pro­mou­voir éga­le­ment à ce niveau, cette concep­tion reste tou­te­fois dans les limites d’un royaume de l’homme pri­vé de ses dimen­sions authen­tiques et pro­fondes, et elle se tra­duit faci­le­ment par l’une des idéo­lo­gies de pro­grès pure­ment ter­restre. Le Royaume de Dieu, au contraire, « n’est pas de ce monde…, il n’est pas d’i­ci » (cf. Jn 18, 36).

Il y a d’autres concep­tions qui mettent déli­bé­ré­ment l’ac­cent sur le Royaume et se défi­nissent comme « régno­cen­triques» ; elles mettent en avant l’i­mage d’une Eglise qui ne pense pas à elle-​même, mais se pré­oc­cupe seule­ment de témoi­gner du Royaume et de le ser­vir. C’est une « Eglise pour les autres », dit-​on, comme le Christ est « l’homme pour les autres ». On ana­lyse la tâche de l’Eglise comme si elle devait être accom­plie dans deux direc­tions : d’une part, pro­mou­voir ce qu’on nomme les « valeurs du Royaume », telles que la paix, la jus­tice, la liber­té, la fra­ter­ni­té ; d’autre part, favo­ri­ser le dia­logue entre les peuples, les cultures, les reli­gions, afin que, grâce à un enri­chis­se­ment mutuel, ils aident le monde à se renou­ve­ler et à avan­cer tou­jours plus vers le Royaume.

A côté d’as­pects posi­tifs, ces concep­tions com­portent sou­vent des aspects néga­tifs. D’abord, elles gardent le silence sur le Christ : le Royaume dont elles parlent se fonde sur un « théo­cen­trisme », parce que — dit-​on — le Christ ne peut pas être com­pris par ceux qui n’ont pas la foi chré­tienne, alors que les peuples, les cultures et les diverses reli­gions peuvent se ren­con­trer autour de l’u­nique réa­li­té divine, quel que soit son nom. Pour le même motif, elles pri­vi­lé­gient le mys­tère de la créa­tion qui se reflète dans la diver­si­té des cultures et des convic­tions, mais elles se taisent sur le mys­tère de la Rédemption. En outre, le Royaume tel qu’elles l’en­tendent, finit par mar­gi­na­li­ser ou sous-​estimer l’Eglise, par réac­tion à un « ecclé­sio­cen­trisme » sup­po­sé du pas­sé et parce qu’elles ne consi­dèrent l’Eglise elle-​même que comme un signe, d’ailleurs non dépour­vu d’ambiguïté.

18. Or il ne s’a­git pas là du Royaume de Dieu tel que nous le connais­sons par la Révélation et que l’on ne peut sépa­rer ni du Christ ni de l’Eglise.

Comme il a été dit, non seule­ment le Christ a annon­cé le Royaume, mais c’est en lui que le Royaume lui-​même s’est ren­du pré­sent et s’est accom­pli, et pas seule­ment par ses paroles et par ses actes : « Avant tout, le Royaume se mani­feste dans la per­sonne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, venu « pour ser­vir et don­ner sa vie en ran­çon d’une mul­ti­tude » (Mc 10, 45)»(22). Le Royaume de Dieu n’est pas un concept, une doc­trine, un pro­gramme que l’on puisse libre­ment éla­bo­rer, mais il est avant tout une Personne qui a le visage et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible(23). Si l’on détache le Royaume de Jésus, on ne prend plus en consi­dé­ra­tion le Royaume de Dieu qu’il a révé­lé, et l’on finit par alté­rer le sens du Royaume, qui risque de se trans­for­mer en un objec­tif pure­ment humain ou idéo­lo­gique, et alté­rer aus­si l’i­den­ti­té du Christ, qui n’ap­pa­raît plus comme le Seigneur à qui tout doit être sou­mis (cf. 1 Co 15, 27).

De même, on ne peut dis­joindre le Royaume et l’Eglise. Certes, l’Eglise n’est pas à elle-​même sa propre fin, car elle est ordon­née au Royaume de Dieu dont elle est germe, signe et ins­tru­ment. Mais, alors qu’elle est dis­tincte du Christ et du Royaume, l’Eglise est unie indis­so­lu­ble­ment à l’un et à l’autre. Le Christ a doté l’Eglise, son corps, de la plé­ni­tude des biens et des moyens de salut ; l’Esprit Saint demeure en elle, la vivi­fie de ses dons et de ses cha­rismes, il la sanc­ti­fie, la guide et la renou­velle sans cesse(24). Il en résulte une rela­tion sin­gu­lière et unique qui, sans exclure l’ac­tion du Christ et de l’Esprit Saint hors des limites visibles de l’Eglise, confère à celle-​ci un rôle spé­ci­fique et néces­saire. D’où aus­si le lien spé­cial de l’Eglise avec le Royaume de Dieu et du Christ qu’elle a « la mis­sion d’an­non­cer et d’ins­tau­rer dans toutes les nations»(25).

19. C’est dans cette pers­pec­tive d’en­semble qu’il faut com­prendre la réa­li­té du Royaume. Certes, il exige la pro­mo­tion des biens humains et des valeurs que l’on peut bien dire « évan­gé­liques », parce qu’elles sont inti­me­ment liées à la Bonne Nouvelle. Mais cette pro­mo­tion, à laquelle l’Eglise tient, ne doit cepen­dant pas être sépa­rée de ses autres devoirs fon­da­men­taux, ni leur être oppo­sée, devoirs tels que l’an­nonce du Christ et de son Evangile, la fon­da­tion et le déve­lop­pe­ment de com­mu­nau­tés qui réa­lisent entre les hommes l’i­mage vivante du Royaume. Que l’on ne craigne pas de tom­ber là dans une forme d” « ecclé­sio­cen­trisme » ! Paul VI, qui a affir­mé l’exis­tence d”«un lien pro­fond entre le Christ, l’Eglise et l’évangélisation»(26), a dit aus­si : « L’Eglise n’est pas à elle-​même sa propre fin, mais elle désire avec ardeur être tout entière du Christ, dans le Christ et pour le Christ ; tout entière éga­le­ment des hommes, par­mi les hommes et pour les hommes»(27).

L’Eglise au ser­vice du Royaume

20. L’Eglise est au ser­vice du Royaume effec­ti­ve­ment et concrè­te­ment. Elle l’est, avant tout, par l’ap­pel à la conver­sion : c’est le ser­vice pre­mier et fon­da­men­tal ren­du à la venue du Royaume dans les per­sonnes et dans la socié­té humaine. Le salut escha­to­lo­gique com­mence dès main­te­nant par la vie nou­velle dans le Christ : « A tous ceux qui l’ont accueilli, il a don­né pou­voir de deve­nir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom » (Jn 1, 12).

L’Eglise est au ser­vice du Royaume quand elle fonde des com­mu­nau­tés et quand elle ins­ti­tue des Eglises par­ti­cu­lières qu’elle conduit à la matu­ri­té de la foi et de la cha­ri­té, dans l’ou­ver­ture aux autres, dans le ser­vice de la per­sonne et de la socié­té, dans la com­pré­hen­sion et l’es­time des ins­ti­tu­tions humaines.

L’Eglise est aus­si au ser­vice du Royaume quand elle répand dans le monde les « valeurs évan­gé­liques » qui sont l’ex­pres­sion du Royaume et aident les hommes à accueillir le plan de Dieu. Il est donc vrai que la réa­li­té com­men­cée du Royaume peut se trou­ver éga­le­ment au-​delà des limites de l’Eglise, dans l’hu­ma­ni­té entière, dans la mesure où celle-​ci vit les « valeurs évan­gé­liques » et s’ouvre à l’ac­tion de l’Esprit qui souffle où il veut et comme il veut (cf. Jn 3, 8); mais il faut ajou­ter aus­si­tôt que cette dimen­sion tem­po­relle du Royaume est incom­plète si elle ne s’ar­ti­cule pas avec le Règne du Christ, pré­sent dans l’Eglise et des­ti­né à la plé­ni­tude eschatologique(28).

Les mul­tiples pers­pec­tives du Royaume de Dieu(29) n’af­fai­blissent pas les fon­de­ments et les fina­li­tés de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, elles les ren­forcent plu­tôt et les élar­gissent. L’Eglise est sacre­ment du salut pour toute l’hu­ma­ni­té et son action ne se limite pas à ceux qui acceptent son mes­sage. Elle est force dyna­mique sur le che­min de l’hu­ma­ni­té vers le Règne escha­to­lo­gique, elle est signe et pro­mo­trice des valeurs évan­gé­liques par­mi les hommes(30). L’Eglise contri­bue à ce che­min de conver­sion au pro­jet de Dieu par son témoi­gnage et par ses acti­vi­tés, comme le dia­logue, la pro­mo­tion humaine, l’en­ga­ge­ment pour la jus­tice et la paix, l’é­du­ca­tion et le soin des malades, l’as­sis­tance aux pauvres et aux petits, s’en tenant tou­jours fer­me­ment au pri­mat de la trans­cen­dance et de la spi­ri­tua­li­té, pré­mices du salut eschatologique.

L’Eglise est enfin au ser­vice du Royaume par son inter­ces­sion, car le Royaume est de soi don et œuvre de Dieu, comme le rap­pellent les para­boles évan­gé­liques et la prière que Jésus nous a ensei­gnée. Nous devons le deman­der, l’ac­cueillir, le faire gran­dir en nous ; mais nous devons aus­si tra­vailler pour qu’il soit accueilli par les hommes et gran­disse par­mi eux, jus­qu’au jour où le Christ « remet­tra la royau­té à Dieu le Père » et où « Dieu sera tout en tous » (cf. 1 Co 15, 24. 28).

CHAPITRE III – L’ESPRIT SAINT, PROTAGONISTE DE LA MISSION

21. « Au som­met de la mis­sion mes­sia­nique de Jésus, l’Esprit Saint se rend pré­sent au sein du mys­tère pas­cal dans sa qua­li­té de sujet divin : il est celui qui doit main­te­nant conti­nuer l’œuvre sal­vi­fique enra­ci­née dans le sacri­fice de la Croix. Cette œuvre, bien sûr, est confiée par Jésus à des hommes : aux Apôtres, à l’Eglise. Toutefois, en ces hommes et par eux, l’Esprit Saint demeure le sujet trans­cen­dant de la réa­li­sa­tion de cette œuvre dans l’es­prit de l’homme et dans l’his­toire du monde»(31). L’Esprit Saint, en effet, est le pro­ta­go­niste de toute la mis­sion ecclé­siale : son action res­sort émi­nem­ment dans la mis­sion ad gentes, comme on le voit dans l’Eglise pri­mi­tive avec la conver­sion de Corneille (cf. Ac 10), avec les déci­sions sur les pro­blèmes qui se font jour (cf. Ac 15), avec le choix des ter­ri­toires et des peuples (cf. Ac 16, 6–8). L’Esprit agit par les Apôtres, mais il agit en même temps dans les audi­teurs : « Par son action, la Bonne Nouvelle pénètre dans les consciences et dans les cœurs humains et se dif­fuse dans l’his­toire. En tout cela, l’Esprit donne la vie»(32).

L’envoi « jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre » (Ac 1, 8)

22. Tous les évan­gé­listes, quand ils font le récit de la ren­contre du Ressuscité avec les Apôtres, concluent par l’en­voi en mis­sion : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre. Allez donc, de toutes les nations faites des dis­ciples … Et voi­ci que je suis avec vous pour tou­jours jus­qu’à la fin du monde » (Mt 28, 18–20 ; cf. Mc 16, 15–18 ; Lc 24, 46–49 ; Jn 20, 21–23).

Cet envoi est un envoi dans l’Esprit, comme il appa­raît clai­re­ment dans le texte de saint Jean : le Christ envoie les siens dans le monde, comme le Père l’a envoyé, et, pour cela, il leur donne l’Esprit. A son tour, Luc unit étroi­te­ment le témoi­gnage que les Apôtres devront rendre au Christ et l’ac­tion de l’Esprit qui les ren­dra capables d’ac­com­plir la mis­sion reçue.

23. Les diverses formes de l”«envoi en mis­sion » com­portent des points com­muns et cha­cune a des traits carac­té­ris­tiques ; mais deux élé­ments se retrouvent dans toutes les ver­sions. D’abord, la dimen­sion uni­ver­selle de la tâche confiée aux Apôtres : « Toutes les nations » (Mt 28, 19); « dans le monde entier …, à toute la créa­tion » (Mc 16, 15); « toutes les nations » (Lc 24, 47); « jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre » (Ac 1, 8). En second lieu, l’as­su­rance don­née par le Seigneur qu’ils ne res­te­ront pas seuls pour accom­plir cette tâche, mais qu’ils rece­vront la force et les moyens de rem­plir leur mis­sion. Ainsi se mani­festent la pré­sence et la puis­sance de l’Esprit, de même que l’aide de Jésus : « Ils s’en allèrent prê­cher en tout lieu, le Seigneur agis­sant avec eux » (Mc 16, 20).

En ce qui concerne les dif­fé­rences d’ac­cent dans le pré­cepte, Marc pré­sente la mis­sion comme pro­cla­ma­tion ou kérygme : « Proclamez l’Evangile » (Mc 16, 15). Le but de l’é­van­gé­liste est de conduire les lec­teurs à redire la pro­fes­sion de foi de Pierre : « Tu es le Christ » (Mc 8, 29) et à dire, comme le cen­tu­rion romain devant Jésus mort sur la Croix : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu » (Mc 15, 39). En Matthieu, l’ac­cent mis­sion­naire est mis sur la fon­da­tion de l’Eglise et sur son ensei­gne­ment (cf. Mt 28, 19–20 ; 16, 18): chez lui donc, cet envoi en mis­sion fait res­sor­tir que la pro­cla­ma­tion de l’Evangile doit être com­plé­tée par une caté­chèse d’ordre ecclé­sial et sacra­men­tel. En Luc, la mis­sion est pré­sen­tée comme un témoi­gnage (cf. Lc 24, 48 ; Ac 1, 8) qui porte sur­tout sur la Résurrection (cf. Ac 1, 22). Le mis­sion­naire est invi­té à croire à la puis­sance trans­for­mante de l’Evangile et à annon­cer ce que Luc montre bien, c’est-​à-​dire la conver­sion à l’a­mour et à la misé­ri­corde de Dieu, l’ex­pé­rience d’une libé­ra­tion inté­grale de tout mal jus­qu’à sa racine, le péché.

Jean est le seul à par­ler expli­ci­te­ment d’envoi—terme qui équi­vaut à « mission»—et il relie direc­te­ment la mis­sion que Jésus confie à ses dis­ciples à celle qu’il a reçue du Père : « Comme le Père m’a envoyé, moi aus­si je vous envoie » (Jn 20, 21). Jésus, se tour­nant vers son Père, dit : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aus­si, je les ai envoyés dans le monde » (Jn 17, 18). Toute la por­tée mis­sion­naire de l’Evangile de Jean se trouve expri­mée dans la « prière sacer­do­tale » : « La vie éter­nelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véri­table Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3). Le but der­nier de la mis­sion est de faire par­ti­ci­per à la com­mu­nion qui existe entre le Père et le Fils : les dis­ciples doivent vivre entre eux l’u­ni­té, demeu­rant dans le Père et le Fils, afin que le monde recon­naisse et croie (cf. Jn 17, 21–23). C’est là un texte mis­sion­naire signi­fi­ca­tif ! Il fait com­prendre qu’on est mis­sion­naire avant tout par ce que l’on est, en tant que membre de l’Eglise qui vit pro­fon­dé­ment l’u­ni­té dans l’a­mour, avant de l’être par ce que l’on dit ou par ce que l’on fait.

Ainsi les quatre Evangiles attestent un plu­ra­lisme dans l’u­ni­té fon­da­men­tale de la même mis­sion qui reflète des expé­riences et des situa­tions dif­fé­rentes dans les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes ; c’est le fruit du dyna­misme com­mu­ni­qué par l’Esprit lui-​même ; cela invite à être atten­tif aux divers cha­rismes mis­sion­naires, ain­si qu’aux diverses condi­tions humaines et aux dif­fé­rents milieux. Tous les évan­gé­listes sou­lignent cepen­dant que la mis­sion des dis­ciples est une coopé­ra­tion à celle du Christ : « Voici que je suis avec vous pour tou­jours jus­qu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). C’est pour­quoi la mis­sion ne s’ap­puie pas sur les capa­ci­tés humaines, mais sur la puis­sance du Ressuscité.

L’Esprit guide la mission

24. La mis­sion de l’Eglise, comme celle de Jésus, est l’œuvre de Dieu ou – comme le dit fré­quem­ment Luc – l’œuvre de l’Esprit. Après la résur­rec­tion et l’as­cen­sion de Jésus, les Apôtres vivent une expé­rience forte qui les trans­forme : la Pentecôte. La venue de l’Esprit Saint fait d’eux des témoins et des pro­phètes (cf. Ac 1, 8 ; 2, 17–18), les péné­trant d’une tran­quille audace qui les pousse à trans­mettre aux autres leur expé­rience de Jésus et l’es­pé­rance qui les anime. L’Esprit leur donne la capa­ci­té de témoi­gner de Jésus avec « assurance»(33).

Quand les évan­gé­li­sa­teurs sortent de Jérusalem, l’Esprit assume plus encore le rôle de « guide » pour le choix des per­sonnes ou des voies de la mis­sion. Son action parait spé­cia­le­ment dans l’im­pul­sion don­née à la mis­sion qui, effec­ti­ve­ment, s’é­tend de Jérusalem à toute la Judée et à la Samarie, et jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre, sui­vant la parole de Jésus.

Les Actes rap­portent la syn­thèse de six « dis­cours mis­sion­naires » adres­sés aux Juifs aux com­men­ce­ments de l’Eglise (cf. Ac 2, 22–39 ; 3, 12–26 ; 4, 9–12 ; 5, 29–32 ; 10, 34–43 ; 13, 16–41). Ces discours-​modèles, pro­non­cés par Pierre et par Paul, annoncent Jésus, invitent à « se conver­tir », c’est-​à-​dire à accueillir Jésus dans la foi et à se lais­ser trans­for­mer en lui par l’Esprit.

Paul et Barnabé sont pous­sés par l’Esprit vers les païens (cf. Ac 13, 46–48), ce qui ne se pro­duit pas sans ten­sions et sans dif­fi­cul­tés. Comment les païens conver­tis doivent-​ils vivre leur foi en Jésus ? Sont-​ils tenus par la tra­di­tion du judaïsme et par la loi de la cir­con­ci­sion ? Au pre­mier Concile, qui réunit à Jérusalem autour des Apôtres les membres de diverses Eglises, une déci­sion est prise, recon­nue comme ins­pi­rée par l’Esprit : il n’est pas néces­saire qu’un païen se sou­mette à la loi juive pour deve­nir chré­tien (cf. Ac 15, 5–11. 28). A par­tir de ce moment, l’Eglise ouvre ses portes et devient la mai­son dans laquelle tous peuvent entrer et se sen­tir à leur aise, en conser­vant leur culture et leurs tra­di­tions, pour­vu qu’elles ne soient pas en oppo­si­tion avec l’Evangile.

25. Les mis­sion­naires ont agi dans le même sens, en tenant compte des attentes et des espé­rances des gens, de leurs angoisses et de leurs souf­frances, de leur culture, pour leur annon­cer le salut dans le Christ. Les dis­cours de Lystres et d’Athènes (cf. Ac 14, 15–17 ; 17, 22–31) sont recon­nus comme des modèles pour l’é­van­gé­li­sa­tion des païens : Paul y entre en « dia­logue » avec les valeurs cultu­relles et reli­gieuses des dif­fé­rents peuples. Aux habi­tants de la Lycaonie, qui pra­ti­quaient une reli­gion cos­mique, il rap­pelle des expé­riences reli­gieuses en rap­port avec le cos­mos ; avec les Grecs, il dis­cute de phi­lo­so­phie et cite leurs poètes (cf. Ac 17, 18. 26–28). Le Dieu qu’il veut leur révé­ler est déjà pré­sent dans leur vie : c’est lui, en effet, qui les a créés et qui dirige mys­té­rieu­se­ment les peuples et l’his­toire ; cepen­dant, pour recon­naître le vrai Dieu, il faut qu’ils renoncent aux faux dieux qu’ils ont eux-​mêmes fabri­qués et qu’ils s’ouvrent à celui que Dieu a envoyé pour remé­dier à leur igno­rance et pour satis­faire l’at­tente de leur cœur. Ce sont là des dis­cours qui pré­sentent des exemples d’in­cul­tu­ra­tion de l’Evangile.

Sous l’im­pul­sion de l’Esprit, la foi chré­tienne s’ouvre déli­bé­ré­ment aux « nations » et le témoi­gnage du Christ s’é­tend aux centres les plus impor­tants de la Méditerranée orien­tale pour arri­ver jus­qu’à Rome et aux confins de l’Occident. C’est l’Esprit qui pousse à aller tou­jours au-​delà, non seule­ment du point de vue géo­gra­phique mais aus­si au-​delà des bar­rières eth­niques et reli­gieuses, pour accom­plir une mis­sion réel­le­ment universelle.

L’Esprit rend toute l’Eglise missionnaire 

26. L’Esprit incite le groupe des croyants à se consti­tuer en « com­mu­nau­té », en Eglise. Après la pre­mière annonce de Pierre, le jour de la Pentecôte, et les conver­sions qui ont sui­vi, la pre­mière com­mu­nau­té se forme (cf. Ac 2, 42–47 ; 4, 32–35).

L’un des objec­tifs cen­traux de la mis­sion, en effet, est de réunir le peuple pour écou­ter l’Evangile, pour la com­mu­nion fra­ter­nelle, pour la prière et l’Eucharistie. Vivre la « com­mu­nion fra­ter­nelle » (koi­no­nia), cela signi­fie n’a­voir « qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4, 32), en ins­tau­rant la com­mu­nion à tous les points de vue : humain, spi­ri­tuel et maté­riel. De fait, la vraie com­mu­nau­té chré­tienne s’en­gage à dis­tri­buer les biens ter­restres pour qu’il n’y ait pas d’in­di­gents et pour que tous puissent avoir accès à ces biens « selon les besoins de cha­cun » (Ac 2, 45 ; 4, 35). Les pre­mières com­mu­nau­tés, où régnaient « l’al­lé­gresse et la sim­pli­ci­té de cœur » (Ac 2, 46), étaient dyna­miques, ouvertes et mis­sion­naires : elles « avaient la faveur de tout le peuple » (Ac 2, 47). Avant même d’être une action, la mis­sion est un témoi­gnage et un rayonnement(34).

27. Les Actes montrent que la mis­sion, qui s’a­dresse d’a­bord à Israël puis aux nations, se déve­loppe à dif­fé­rents niveaux. C’est d’a­bord le groupe des Douze qui, comme un seul corps conduit par Pierre, pro­clame la Bonne Nouvelle. Puis, c’est la com­mu­nau­té des croyants qui, par sa manière de vivre et d’a­gir, porte témoi­gnage au Seigneur et conver­tit les païens (cf. Ac 2, 46–47). Il y a encore les envoyés spé­ciaux qui annoncent l’Evangile. Ainsi, la com­mu­nau­té chré­tienne d’Antioche envoie ses membres en mis­sion : après avoir jeû­né, prié et célé­bré l’Eucharistie ; elle se rend compte que l’Esprit a choi­si Paul et Barnabé pour être envoyés en mis­sion (cf. Ac 13, 1–4). A ses ori­gines, la mis­sion est donc consi­dé­rée comme un devoir com­mu­nau­taire et une res­pon­sa­bi­li­té de l’Eglise locale qui a besoin pré­ci­sé­ment de « mis­sion­naires » pour avan­cer vers de nou­velles fron­tières. A côté de ces envoyés, il y en avait d’autres qui témoi­gnaient spon­ta­né­ment de la nou­veau­té qui avait trans­for­mé leur vie ; ils reliaient alors les com­mu­nau­tés en voie de consti­tu­tion à l’Eglise apostolique.

La lec­ture des Actes nous fait com­prendre que, au com­men­ce­ment de l’Eglise, la mis­sion ad gentes, tout en dis­po­sant de mis­sion­naires « à vie » qui s’y consa­craient en ver­tu d’une voca­tion par­ti­cu­lière, était en réa­li­té consi­dé­rée comme le fruit nor­mal de la vie chré­tienne, l’en­ga­ge­ment de tout croyant par le témoi­gnage per­son­nel et par l’an­nonce expli­cite lors­qu’elle était possible.

L’Esprit est pré­sent et agis­sant en tout temps et en tout lieu

28. L’Esprit se mani­feste d’une manière par­ti­cu­lière dans l’Eglise et dans ses membres ; cepen­dant sa pré­sence et son action sont uni­ver­selles, sans limites d’es­pace ou de temps(35). Le Concile Vatican II rap­pelle l’œuvre de l’Esprit dans le cœur de tout homme, par les « semences du Verbe », dans les actions même reli­gieuses, dans les efforts de l’ac­ti­vi­té humaine qui tendent vers la véri­té, vers le bien, vers Dieu(36).

L’Esprit offre à l’homme « lumière et forces pour lui per­mettre de répondre à sa très haute voca­tion » ; par l’Esprit, « l’homme par­vient, dans la foi, à contem­pler et à goû­ter le mys­tère de la volon­té divine » ; et « nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la pos­si­bi­li­té d’être asso­ciés au Mystère pas­cal »(37). Dans tous les cas, l’Eglise sait que « l’homme, sans cesse sol­li­ci­té par l’Esprit de Dieu, ne sera jamais tout à fait indif­fé­rent au pro­blème reli­gieux » et qu’il « vou­dra tou­jours connaître, ne serait-​ce que confu­sé­ment, la signi­fi­ca­tion de sa vie, de ses acti­vi­tés et de sa mort »(38). L’Esprit est donc à l’o­ri­gine même de l’in­ter­ro­ga­tion exis­ten­tielle et reli­gieuse de l’homme qui ne naît pas seule­ment de condi­tions contin­gentes mais aus­si de la struc­ture même de son être(39).

La pré­sence et l’ac­ti­vi­té de l’Esprit ne concernent pas seule­ment les indi­vi­dus, mais la socié­té et l’his­toire, les peuples, les cultures, les reli­gions. En effet, l’Esprit se trouve à l’o­ri­gine des idéaux nobles et des ini­tia­tives bonnes de l’hu­ma­ni­té en marche : « Par une pro­vi­dence admi­rable, il] conduit le cours des temps et rénove la face de la terre »(40). Le Christ res­sus­ci­té « agit désor­mais dans le cœur des hommes par la puis­sance de son Esprit ; il n’y sus­cite pas seule­ment le désir du siècle à venir, mais, par là même, anime aus­si, puri­fie et for­ti­fie ces aspi­ra­tions géné­reuses qui poussent la famille humaine à amé­lio­rer ses condi­tions de vie et à sou­mettre à cette fin la terre entière »(41). C’est encore l’Esprit qui répand les « semences du Verbe », pré­sentes dans les rites et les cultures, et les pré­pare à leur matu­ra­tion dans le Christ(42).

29. Ainsi l’Esprit, qui « souffle où il veut » (Jn 3, 8) et qui « était déjà à l’œuvre avant la glo­ri­fi­ca­tion du Christ»(43), lui qui « rem­plit le monde et qui, tenant unies toutes choses, a connais­sance de chaque mot » (Sg 1, 7), nous invite à élar­gir notre regard pour contem­pler son action pré­sente en tout temps et en tout lieu(44). Moi-​même, j’ai sou­vent renou­ve­lé cette invi­ta­tion et cela m’a gui­dé dans mes ren­contres avec les peuples les plus divers. Les rap­ports de l’Eglise avec les autres reli­gions sont ins­pi­rés par un double res­pect : « Respect pour l’homme dans sa quête de réponses aux ques­tions les plus pro­fondes de sa vie, et res­pect pour l’ac­tion de l’Esprit dans l’homme»(45). La ren­contre inter-​religieuse d’Assise, si l’on écarte toute inter­pré­ta­tion équi­voque, a été l’oc­ca­sion de redire ma convic­tion que « toute prière authen­tique est sus­ci­tée par l’Esprit Saint, qui est mys­té­rieu­se­ment pré­sent dans le cœur de tout homme»(46).

Ce même Esprit a agi dans l’Incarnation, dans la vie, la mort et la résur­rec­tion de Jésus, et il agit dans l’Eglise. Il ne se sub­sti­tue donc pas au Christ, et il ne rem­plit pas une sorte de vide, comme, sui­vant une hypo­thèse par­fois avan­cée, il en exis­te­rait entre le Christ et le Logos. Ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’his­toire des peuples, dans les cultures et les reli­gions, rem­plit une fonc­tion de pré­pa­ra­tion évangélique(47) et cela ne peut pas être sans rela­tion au Christ, le Verbe fait chair par l’ac­tion de l’Esprit, « afin que, homme par­fait, il sauve tous les hommes et réca­pi­tule toutes choses en lui»(48).

L’action uni­ver­selle de l’Esprit n’est pas à sépa­rer de l’ac­tion par­ti­cu­lière qu’il mène dans le corps du Christ qu’est l’Eglise. En effet, c’est tou­jours l’Esprit qui agit quand il vivi­fie l’Eglise et la pousse à annon­cer le Christ, ou quand il répand et fait croître ses dons en tous les hommes et en tous les peuples, ame­nant l’Eglise à les décou­vrir, à les pro­mou­voir et à les rece­voir par le dia­logue. Il faut accueillir toutes les formes de la pré­sence de l’Esprit avec res­pect et recon­nais­sance, mais le dis­cer­ne­ment revient à l’Eglise à laquelle le Christ a don­né son Esprit pour la mener vers la véri­té tout entière (cf. Jn 16, 13).

L’action mis­sion­naire n’en est qu’à ses débuts

30. Notre époque, alors que l’hu­ma­ni­té est en mou­ve­ment et en recherche, exige une impul­sion nou­velle dans l’ac­tion mis­sion­naire de l’Eglise. Les hori­zons et les pos­si­bi­li­tés de la mis­sion s’é­tendent et, nous les chré­tiens, nous sommes appe­lés au cou­rage apos­to­lique, fon­dé sur la confiance dans l’Esprit. C’est lui le pro­ta­go­niste de la mission !

Dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, de nom­breux tour­nants mar­quants ont sti­mu­lé le dyna­misme mis­sion­naire, et l’Eglise, gui­dée par l’Esprit, y a tou­jours répon­du avec géné­ro­si­té et pré­voyance. Et les fruits n’ont pas man­qué. On a célé­bré récem­ment le mil­lé­naire de l’é­van­gé­li­sa­tion de la Rus” et des peuples slaves, tan­dis qu’on s’a­che­mine vers la célé­bra­tion du cinq cen­tième anni­ver­saire de l’é­van­gé­li­sa­tion des Amériques. On a aus­si célé­bré récem­ment le cen­te­naire des pre­mières mis­sions de plu­sieurs pays d’Asie, d’Afrique et d’Océanie. L’Eglise doit affron­ter aujourd’­hui de autres défis, en avan­çant vers de nou­velles fron­tières tant pour la pre­mière mis­sion ad gentes que pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion de peuples qui ont déjà reçu l’an­nonce du Christ. Il est aujourd’­hui deman­dé à tous les chré­tiens, aux Eglises par­ti­cu­lières et à l’Eglise uni­ver­selle le même cou­rage que celui qui ani­mait les mis­sion­naires du pas­sé, la même dis­po­ni­bi­li­té à écou­ter la voix de l’Esprit.

CHAPITRE IV – LES HORIZONS IMMENSES DE LA MISSION « AD GENTES »

31. Le Seigneur Jésus a envoyé ses Apôtres à toutes les per­sonnes, à tous les peuples et en tous lieux de la terre. Dans la per­sonne des Apôtres, l’Eglise a reçu une mis­sion uni­ver­selle, qui ne connaît pas de limites et concerne le salut dans toute sa richesse selon la plé­ni­tude de vie que le Christ est venu nous appor­ter (cf. Jn 10, 10): elle a été « envoyée pour révé­ler et com­mu­ni­quer l’a­mour de Dieu à tous les hommes et à tous les peuples de la terre»(49).

Cette mis­sion est unique, car elle a une seule ori­gine et une seule fina­li­té, mais elle com­porte des tâches et des acti­vi­tés diverses. Tout d’a­bord, il y a l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire que nous appe­lons la mis­sion ad gentes, par allu­sion au décret conci­liaire ; il s’a­git d’une acti­vi­té pri­mor­diale de l’Eglise, une acti­vi­té essen­tielle et jamais ache­vée. En effet, l’Eglise « ne peut esqui­ver la mis­sion per­ma­nente qui est celle de por­ter l’Evangile à tous ceux—et ils sont des mil­lions et des mil­lions d’hommes et de femmes—qui ne connaissent pas encore le Christ rédemp­teur de l’homme. C’est la tâche la plus spé­ci­fi­que­ment mis­sion­naire que Jésus ait confiée et confie de nou­veau chaque jour à son Eglise»(50).

Une situa­tion reli­gieuse com­plexe et mouvante

32. Nous nous trou­vons aujourd’­hui devant des situa­tions reli­gieuses très diverses et chan­geantes : les peuples bougent, les réa­li­tés sociales et reli­gieuses, jadis claires et bien défi­nies, évo­luent actuel­le­ment et deviennent com­plexes. Il suf­fit d’é­vo­quer ici cer­tains phé­no­mènes tels que l’ur­ba­ni­sa­tion, les migra­tions mas­sives, les mou­ve­ments de réfu­giés, la déchris­tia­ni­sa­tion de pays ancien­ne­ment chré­tiens , l’in­fluence crois­sante de l’Evangile et de ses valeurs dans des pays dont les habi­tants, en très grande majo­ri­té, ne sont pas chré­tiens, sans oublier le foi­son­ne­ment des mes­sia­nismes et des sectes reli­gieuses. Il y a un bou­le­ver­se­ment des situa­tions reli­gieuses et sociales qui rend dif­fi­cile l’ap­pli­ca­tion effec­tive de cer­taines dis­tinc­tions et caté­go­ries ecclé­siales jusque-​là com­mu­né­ment uti­li­sées. Avant même le Concile, on disait de cer­taines grandes villes ou de terres chré­tiennes qu’elles étaient deve­nues des « pays de mis­sion » et la situa­tion ne s’est cer­tai­ne­ment pas amé­lio­rée dans les années qui ont suivi.

D’autre part, l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire a pro­duit des fruits en abon­dance dans toutes les par­ties du monde de telle sorte qu’il y existe des Eglises bien implan­tées, par­fois avec tant de soli­di­té et de matu­ri­té qu’elles peuvent à la fois pour­voir aux besoins de leurs propres com­mu­nau­tés et envoyer des évan­gé­li­sa­teurs dans d’autres Eglises et d’autres ter­ri­toires. De là vient le contraste avec les régions de chré­tien­té ancienne qu’il est néces­saire de réévan­gé­li­ser. Certains se demandent donc si l’on peut encore par­ler d’ac­ti­vi­té mis­sion­naire spé­ci­fique ou de ter­rains déli­mi­tés pour cette acti­vi­té, ou bien si l’on ne doit pas admettre qu’il existe une situa­tion mis­sion­naire unique, face à laquelle il y a une unique mis­sion, par­tout iden­tique. Il est dif­fi­cile d’in­ter­pré­ter cette réa­li­té com­plexe et chan­geante par rap­port au pré­cepte de l’é­van­gé­li­sa­tion, comme on le voit déjà dans le « voca­bu­laire mis­sion­naire » : par exemple, il y a une cer­taine hési­ta­tion à uti­li­ser les mots de « mis­sions » et de « mis­sion­naires » que l’on consi­dère comme dépas­sés et char­gés de réso­nances his­to­riques néga­tives ; on pré­fère se ser­vir du sub­stan­tif « mis­sion » au sin­gu­lier et de l’ad­jec­tif « mis­sion­naire » pour qua­li­fier toute acti­vi­té de l’Eglise.

Cet embar­ras est le signe d’un chan­ge­ment réel qui pré­sente des aspects posi­tifs. Ce qu’on appelle le retour ou le « rapa­trie­ment » des mis­sions dans la mis­sion de l’Eglise, l’in­tro­duc­tion de la mis­sio­lo­gie dans l’ec­clé­sio­lo­gie et l’in­ser­tion de l’une et de l’autre dans le des­sein tri­ni­taire du salut, tout cela a don­né un souffle nou­veau à cette acti­vi­té mis­sion­naire, qui n’est plus conçue comme une tâche mar­gi­nale de l’Eglise mais inté­grée dans le cœur de sa vie comme un enga­ge­ment fon­da­men­tal de tout le Peuple de Dieu. Il faut néan­moins évi­ter de cou­rir le risque de rame­ner au même niveau des situa­tions très diverses et de réduire, voire de faire dis­pa­raître, la mis­sion et les mis­sion­naires ad gentes. Dire que toute l’Eglise est mis­sion­naire n’ex­clut pas l’exis­tence d’une mis­sion spé­ci­fique ad gentes ; de même, dire que tous les catho­liques doivent être mis­sion­naires n’ex­clut pas mais, au contraire, demande qu’il y ait des « mis­sion­naires ad gentes et à vie » par une voca­tion spécifique.

La mis­sion « ad gentes » garde sa valeur

33. A l’in­té­rieur de l’u­nique mis­sion de l’Eglise, les dif­fé­rences dans les acti­vi­tés ne naissent pas de rai­sons intrin­sèques à la mis­sion elle-​même mais des cir­cons­tances diverses dans les­quelles elle s’exerce(51). En consi­dé­rant le monde d’au­jourd’­hui du point de vue de l’é­van­gé­li­sa­tion, nous pou­vons dis­tin­guer trois situa­tions.

Tout d’a­bord, celle à laquelle s’a­dresse l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise : des peuples, des groupes humains, des contextes socio-​culturels dans les­quels le Christ et son Evangile ne sont pas connus, ou dans les­quels il n’y a pas de com­mu­nau­tés chré­tiennes assez mûres pour pou­voir incar­ner la foi dans leur milieu et l’an­non­cer à d’autres groupes. Telle est, à pro­pre­ment par­ler, la mis­sion ad gentes(52).

Il y a ensuite des com­mu­nau­tés chré­tiennes aux struc­tures ecclé­siales fortes et adap­tées, à la foi et à la vie fer­ventes, qui rendent témoi­gnage à l’Evangile de manière rayon­nante dans leur milieu et qui prennent conscience du devoir de la mis­sion uni­ver­selle. En elles s’exerce l’ac­ti­vi­té pas­to­rale de l’Eglise.

Il existe enfin une situa­tion inter­mé­diaire, sur­tout dans les pays de vieille tra­di­tion chré­tienne mais par­fois aus­si dans les Eglises plus jeunes, où des groupes entiers de bap­ti­sés ont per­du le sens de la foi vivante ou vont jus­qu’à ne plus se recon­naître comme membres de l’Eglise, en menant une exis­tence éloi­gnée du Christ et de son Evangile. Dans ce cas, il faut une « nou­velle évan­gé­li­sa­tion » ou une « réévangélisation ».

34. L’activité mis­sion­naire spé­ci­fique, ou mis­sion ad gentes, s’a­dresse « aux peuples et aux groupes humains qui ne croient pas encore au Christ », à a ceux qui sont loin du Christ », chez qui l’Eglise « n’a pas encore été enra­ci­née » (53) et dont la culture n’a pas encore été impré­gnée de l’Evangile(54). Elle se dis­tingue des autres acti­vi­tés de l’Eglise par le fait qu’elle s’a­dresse à des groupes et à des milieux non chré­tiens parce que l’an­nonce de l’Evangile et la pré­sence de l’Eglise y ont fait défaut ou ont été insuf­fi­santes. Elle a donc pour carac­tère propre d’être une action d’an­nonce du Christ et de son Evangile, d’é­di­fi­ca­tion de l’Eglise locale et de pro­mo­tion des valeurs du Royaume. La par­ti­cu­la­ri­té de cette mis­sion ad gentes vient de ce qu’elle s’a­dresse à des non-​chrétiens. Il faut, par consé­quent, évi­ter que cette « tâche plus spé­ci­fi­que­ment mis­sion­naire que Jésus a confiée et de nou­veau confie chaque jour à son Eglise » (55) ne se dis­solve dans la mis­sion d’en­semble du peuple de Dieu tout entier et ne soit, de ce fait, négli­gée ou bien oubliée.

Par ailleurs, les fron­tières de la charge pas­to­rale des fidèles, de la nou­velle évan­gé­li­sa­tion et de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire spé­ci­fique ne sont pas net­te­ment défi­nis­sables et on ne sau­rait créer entre elles des bar­rières ou une com­par­ti­men­ta­tion rigide. Il faut, néan­moins, res­ter ten­du vers l’an­nonce de l’Evangile et la fon­da­tion de nou­velles Eglises dans les peuples et les groupes humains où il n’y en a pas encore, car telle est la tâche pre­mière de l’Eglise, envoyée à tous les peuples, jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre. Sans la mis­sion ad gentes, cette dimen­sion mis­sion­naire de l’Eglise serait pri­vée de sa signi­fi­ca­tion fon­da­men­tale et de sa réa­li­sa­tion exemplaire.

De même, il est à noter qu’il existe une inter­dé­pen­dance réelle et crois­sante entre les dif­fé­rentes acti­vi­tés sal­vi­fiques de l’Eglise : cha­cune exerce une influence sur l’autre, la sti­mule et lui vient en aide. Le dyna­misme mis­sion­naire sus­cite des échanges entre les Eglises et les oriente vers le monde exté­rieur, avec des influences posi­tives en tous sens. Les Eglises de vieille tra­di­tion chré­tienne, par exemple, aux prises avec la lourde tâche de la nou­velle évan­gé­li­sa­tion, com­prennent mieux qu’elles ne peuvent être mis­sion­naires à l’é­gard des non-​chrétiens d’autres pays ou d’autres conti­nents si elles ne se pré­oc­cupent pas sérieu­se­ment des non-​chrétiens de leurs pays : l’es­prit mis­sion­naire ad intra est un signe très sûr et un sti­mu­lant pour l’es­prit mis­sion­naire ad extra, et réciproquement.

A tous les peuples, mal­gré les difficultés

35. La mis­sion ad gentes a devant elle une tâche immense qui n’est certes pas près d’ar­ri­ver à son terme. Au contraire, tant du point de vue numé­rique, avec l’ac­crois­se­ment démo­gra­phique, que du point de vue socio-​culturel, avec l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux types de rela­tions et de nou­veaux contacts comme avec les chan­ge­ments de situa­tions, elle semble des­ti­née à avoir des hori­zons encore plus éten­dus. La tâche d’an­non­cer Jésus Christ à tous les peuples s’a­vère immense et dis­pro­por­tion­née, compte tenu des forces humaines de l’Eglise.

Les dif­fi­cul­tés semblent insur­mon­tables et pour­raient décou­ra­ger s’il s’a­gis­sait d’une œuvre pure­ment humaine. Certains pays inter­disent aux mis­sion­naires d’en­trer chez eux, d’autres inter­disent non seule­ment l’é­van­gé­li­sa­tion mais aus­si les conver­sions et même le culte chré­tien. Ailleurs, les obs­tacles sont d’ordre cultu­rel : la trans­mis­sion du mes­sage évan­gé­lique paraît dépour­vue d’in­té­rêt ou incom­pré­hen­sible ; la conver­sion est per­çue comme un aban­don de son peuple et de sa culture.

36. Les dif­fi­cul­tés internes ne manquent pas pour le peuple de Dieu ; ce sont même les plus dou­lou­reuses. Mon pré­dé­ces­seur Paul VI fai­sait déjà remar­quer en pre­mier lieu « le manque de fer­veur, d’au­tant plus grave qu’il vient du dedans ; il se mani­feste dans la fatigue et le désen­chan­te­ment, la rou­tine et le dés­in­té­rêt, et sur­tout le manque de joie et d’espérance»(56). Les divi­sions du pas­sé et du pré­sent entre les chré­tiens sont aus­si de grands obs­tacles à l’es­prit mis­sion­naire de l’Eglise(57), la déchris­tia­ni­sa­tion dans cer­tains pays chré­tiens, la dimi­nu­tion des voca­tions à l’a­pos­to­lat, les contre-​témoignages de fidèles et de com­mu­nau­tés chré­tiennes qui ne suivent pas le modèle du Christ dans leur vie. Mais l’un des motifs les plus graves du manque d’in­té­rêt pour l’en­ga­ge­ment mis­sion­naire est une men­ta­li­té mar­quée par l’in­dif­fé­ren­tisme, mal­heu­reu­se­ment très répan­due par­mi les chré­tiens, sou­vent fon­dée sur des concep­tions théo­lo­giques inexactes et impré­gnée d’un rela­ti­visme reli­gieux qui porte à consi­dé­rer que « toutes les reli­gions se valent ». Nous pou­vons ajou­ter – ain­si que le disait le même Pontife – qu’il existe aus­si « des ali­bis qui peuvent nous détour­ner de l’é­van­gé­li­sa­tion. Les plus insi­dieux sont cer­tai­ne­ment ceux pour les­quels on pré­tend trou­ver appui dans tel ou tel ensei­gne­ment du Concile»(58).

A ce sujet, je recom­mande vive­ment aux théo­lo­giens et aux pro­fes­sion­nels de la presse chré­tienne de coopé­rer tou­jours davan­tage à la mis­sion, afin de bien sai­sir le sens pro­fond de leur tâche impor­tante, en sui­vant la voie droite du sen­tire cum Ecclesia.

Les dif­fi­cul­tés internes et externes ne doivent pas nous rendre pes­si­mistes ou inac­tifs. Ce qui compte – ici comme en tout domaine de la vie chré­tienne -, c’est la confiance qui vient de la foi, c’est-​à-​dire de la cer­ti­tude que nous ne sommes pas nous-​mêmes les pro­ta­go­nistes de la mis­sion mais que c’est Jésus Christ et son Esprit. Nous ne sommes que des col­la­bo­ra­teurs et, quand nous avons fait tout ce qui était en notre pou­voir, nous devons dire : « Nous sommes des ser­vi­teurs inutiles. Nous avons fait ce que nous devions faire » (Lc 17, 10).

Les domaines de la mis­sion « ad gentes »

37. La mis­sion ad gentes n’a pas de limites, en rai­son du pré­cepte uni­ver­sel du Christ. On peut néan­moins dis­tin­guer dif­fé­rents domaines dans les­quels elle s’ac­com­plit, de manière à tra­cer le tableau réel de la situation.

a) Les ter­ri­toires

L’activité mis­sion­naire a géné­ra­le­ment été défi­nie par rap­port à des ter­ri­toires pré­cis. Le Concile Vatican II a recon­nu la dimen­sion ter­ri­to­riale de la mis­sion ad gentes(59), impor­tante aujourd’­hui encore pour déter­mi­ner les res­pon­sa­bi­li­tés, les com­pé­tences et les limites géo­gra­phiques de l’ac­tion. Il est vrai qu’à une mis­sion uni­ver­selle doit cor­res­pondre une pers­pec­tive uni­ver­selle : l’Eglise, en effet, ne peut accep­ter que des déli­mi­ta­tions ter­ri­to­riales et des empê­che­ments poli­tiques fassent obs­tacle à sa pré­sence mis­sion­naire. Mais il est vrai, éga­le­ment, que l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire ad gentes, dif­fé­rente de la charge pas­to­rale des fidèles et de la nou­velle évan­gé­li­sa­tion des non-​pratiquants, s’exerce dans des ter­ri­toires et pour des groupes humains bien déterminés.

La mul­ti­pli­ca­tion des jeunes Eglises à une époque récente ne doit pas faire illu­sion. Dans les ter­ri­toires confiés à ces Eglises, sur­tout en Asie, mais aus­si en Afrique, en Amérique latine et en Océanie, il existe de vastes régions qui n’ont pas été évan­gé­li­sées : des peuples entiers et des espaces cultu­rels de grande impor­tance dans bon nombre de nations, n’ont pas encore été rejoints par l’an­nonce de l’Evangile et par la pré­sence d’une Eglise locale(60). Même dans des pays de tra­di­tion chré­tienne, il existe des régions pla­cées sous le régime spé­ci­fique de la mis­sion ad gentes, des groupes humains et des contrées qui n’ont pas été tou­chés par l’Evangile. Dans ces pays aus­si, ce n’est donc pas seule­ment une nou­velle évan­gé­li­sa­tion qui s’im­pose, mais, en cer­tains cas, une pre­mière évangélisation(61)

.Cependant, les situa­tions ne sont pas homo­gènes. Tout en recon­nais­sant que les affir­ma­tions qui portent sur les res­pon­sa­bi­li­tés mis­sion­naires de l’Eglise ne sont pas rece­vables si elles ne sont authen­ti­fiées par un sérieux enga­ge­ment pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion dans les pays de vieille tra­di­tion chré­tienne, il ne paraît pas juste de mettre sur le même plan la situa­tion d’un peuple qui n’a jamais connu Jésus Christ et celle d’un autre qui l’a connu, accep­té puis refu­sé, tout en conti­nuant à vivre dans une culture qui a assi­mi­lé en grande par­tie les prin­cipes et les valeurs évan­gé­liques. En ce qui concerne la foi, ce sont deux situa­tions sub­stan­tiel­le­ment différentes.

Ainsi, le cri­tère géo­gra­phique, même s’il n’est pas très pré­cis et s’il est tou­jours pro­vi­soire, sert encore à pré­ci­ser les fron­tières vers les­quelles doit se por­ter l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire. Il existe des pays et des aires géo­gra­phiques et cultu­relles sans com­mu­nau­té chré­tienne autoch­tone ; ailleurs, ces com­mu­nau­tés sont si petites qu’elles ne consti­tuent pas un signe clair de pré­sence chré­tienne ; il peut se faire aus­si qu’elles manquent de dyna­misme pour évan­gé­li­ser leur socié­té ou qu’elles appar­tiennent à des popu­la­tions mino­ri­taires qui ne sont pas inté­grées dans la culture natio­nale domi­nante. Sur le conti­nent asia­tique en par­ti­cu­lier, vers lequel devrait se diri­ger en prio­ri­té la mis­sion ad gentes, les chré­tiens sont en petite mino­ri­té, même si par­fois on y constate des mou­ve­ments de conver­sion signi­fi­ca­tifs et de remar­quables modes de pré­sence chrétienne.

b) Mondes nou­veaux et phé­no­mènes sociaux nouveaux

Les trans­for­ma­tions rapides et pro­fondes qui carac­té­risent le monde d’au­jourd’­hui, notam­ment le Sud, exercent une forte influence sur le cadre de la mis­sion : là où, aupa­ra­vant, il y avait des situa­tions humaines et sociales stables, tout se trouve aujourd’­hui en mou­ve­ment. Que l’on pense, par exemple, à l’ur­ba­ni­sa­tion et à la crois­sance mas­sive des villes, sur­tout si la pres­sion démo­gra­phique est plus forte. D’ores et déjà, dans un bon nombre de pays, plus de la moi­tié de la popu­la­tion vit dans des méga­poles où les pro­blèmes humains sont sou­vent aggra­vés par l’a­no­ny­mat dans lequel se sentent plon­gées les multitudes.

Au cours des temps modernes, l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire s’est sur­tout dérou­lée dans des régions iso­lées, éloi­gnées des centres civi­li­sés et inac­ces­sibles par suite des dif­fi­cul­tés de com­mu­ni­ca­tion, de langue, de cli­mat. Aujourd’hui, l’i­mage de la mis­sion ad gentes est peut-​être en train de chan­ger : ses lieux pri­vi­lé­giés devraient être les grandes cités où appa­raissent des mœurs nou­velles et de nou­veaux modèles de vie, de nou­velles formes de culture et de com­mu­ni­ca­tion qui, ensuite, influent sur l’en­semble de la popu­la­tion. Il est vrai que le « choix des plus petits » doit conduire à ne pas igno­rer les groupes humains les plus mar­gi­naux ou les plus iso­lés, mais il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut évan­gé­li­ser les per­sonnes ou les petits groupes en négli­geant les centres où naît, pour ain­si dire, une huma­ni­té nou­velle avec de nou­veaux modèles de déve­lop­pe­ment. L’avenir des jeunes nations est en train de se for­ger dans les villes.

En par­lant de l’a­ve­nir, on ne peut oublier les jeunes qui, dans de nom­breux pays, consti­tuent déjà plus de la moi­tié de la popu­la­tion. Comment faire par­ve­nir le mes­sage du Christ aux jeunes non chré­tiens qui sont l’a­ve­nir de conti­nents entiers ? A l’é­vi­dence, les moyens ordi­naires de la pas­to­rale ne suf­fisent plus : il faut des asso­cia­tions et des ins­ti­tu­tions, des groupes et des centres de jeunes, des ini­tia­tives cultu­relles et sociales pour les jeunes. Voilà un domaine où les Mouvements ecclé­siaux modernes trouvent un ample champ d’action.

Parmi les grandes muta­tions du monde contem­po­rain, les migra­tions ont pro­duit un phé­no­mène nou­veau : les non-​chrétiens arrivent en grand nombre dans les pays de vieille tra­di­tion chré­tienne, créant des occa­sions nou­velles de contacts et d’é­changes cultu­rels, invi­tant l’Eglise à l’ac­cueil, au dia­logue, à l’as­sis­tance, en un mot, à la fra­ter­ni­té. Parmi les migrants, les réfu­giés occupent une place tout à fait par­ti­cu­lière et méritent la plus grande atten­tion. Ils sont main­te­nant des mil­lions et des mil­lions dans le monde et ne cessent d’aug­men­ter : ils ont fui des situa­tions d’op­pres­sion poli­tique et de misère inhu­maine, de famine et de séche­resse qui ont pris des pro­por­tions catas­tro­phiques. L’Eglise doit les indure dans le champ de sa sol­li­ci­tude apostolique.

Enfin, on peut rap­pe­ler les situa­tions de pau­vre­té, sou­vent into­lé­rable, qui se créent dans de nom­breux pays et sont fré­quem­ment à l’o­ri­gine de migra­tions mas­sives. Ces situa­tions inhu­maines consti­tuent un défi pour la com­mu­nau­té de ceux qui croient au Christ : l’an­nonce du Christ et du Règne de Dieu doit deve­nir un moyen de rachat humain pour ces populations.

c) Aires cultu­relles ou aréo­pages modernes

Paul, après avoir prêche dans de nom­breux endroits, par­vient à Athènes et se rend à l’Aréopage où il annonce l’Evangile en uti­li­sant un lan­gage adap­té et com­pré­hen­sible dans ce milieu (cf. Ac 17, 22–31). L’Aréopage repré­sen­tait alors le centre de la culture des Athéniens ins­truits et il peut aujourd’­hui être pris comme sym­bole des nou­veaux milieux où l’on doit pro­cla­mer l’Evangile.

Le pre­mier aréo­page des temps modernes est le monde de la com­mu­ni­ca­tion, qui donne une uni­té à l’hu­ma­ni­té en fai­sant d’elle, comme on dit, « un grand vil­lage ». Les médias ont pris une telle impor­tance qu’ils sont, pour beau­coup de gens, le moyen prin­ci­pal d’in­for­ma­tion et de for­ma­tion ; ils guident et ins­pirent les com­por­te­ments indi­vi­duels, fami­liaux et sociaux. Ce sont sur­tout les nou­velles géné­ra­tions qui gran­dissent dans un monde condi­tion­né par les médias. On a peut-​être un peu négli­gé cet aréo­page. On pri­vi­lé­gie géné­ra­le­ment d’autres moyens d’an­nonce évan­gé­lique et de for­ma­tion, tan­dis que les médias sont lais­sés à l’i­ni­tia­tive des par­ti­cu­liers ou de petits groupes et n’entrent dans la pro­gram­ma­tion pas­to­rale que de manière secon­daire. L’engagement dans les médias, tou­te­fois, n’a pas pour seul but de démul­ti­plier l’an­nonce. Il s’a­git d’une réa­li­té plus pro­fonde car l’é­van­gé­li­sa­tion même de la culture moderne dépend en grande par­tie de leur influence. Il ne suf­fit donc pas de les uti­li­ser pour assu­rer la dif­fu­sion du mes­sage chré­tien et de l’en­sei­gne­ment de l’Eglise, mais il faut inté­grer le mes­sage dans cette « nou­velle culture » créée par les moyens de com­mu­ni­ca­tion modernes. C’est un pro­blème com­plexe car, sans même par­ler de son conte­nu, cette culture vient pré­ci­sé­ment de ce qu’il existe de nou­veaux modes de com­mu­ni­quer avec de nou­veaux lan­gages, de nou­velles tech­niques, de nou­veaux com­por­te­ments. Mon pré­dé­ces­seur Paul VI disait que « la rup­ture entre Evangile et culture est sans doute le drame de notre époque »(62); le domaine de la com­mu­ni­ca­tion actuelle vient plei­ne­ment confir­mer ce jugement.

Il existe, dans le monde moderne, beau­coup d’autres aréo­pages vers les­quels il faut orien­ter l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise. Par exemple, l’en­ga­ge­ment pour la paix, le déve­lop­pe­ment et la libé­ra­tion des peuples, les droits de l’homme et des peuples, sur­tout ceux des mino­ri­tés, la pro­mo­tion de la femme et de l’en­fant, la sau­ve­garde de la créa­tion, autant de domaines à éclai­rer par la lumière de l’Evangile.

En outre, il faut rap­pe­ler le très vaste aréo­page de la culture, de la recherche scien­ti­fique, des rap­ports inter­na­tio­naux qui favo­risent le dia­logue et conduisent à de nou­veaux pro­jets de vie. Il faut être atten­tif à ces réa­li­tés modernes et y atta­cher de l’im­por­tance. Les hommes ont le sen­ti­ment d’être comme des marins sur la mer de la vie, appe­lés à une uni­té et à une soli­da­ri­té tou­jours plus grandes. Les solu­tions des pro­blèmes posés par l’exis­tence doivent être étu­diées, dis­cu­tées, mises à l’é­preuve avec le concours de tous. Voilà pour­quoi les orga­nismes et les ras­sem­ble­ments inter­na­tio­naux prennent tou­jours plus d’im­por­tance dans de nom­breux sec­teurs de la vie humaine, de la culture à la poli­tique, de l’é­co­no­mie à la recherche. Les chré­tiens qui vivent et tra­vaillent à ce niveau inter­na­tio­nal se rap­pel­le­ront tou­jours qu’ils doivent témoi­gner de l’Evangile.

38. Notre époque est tout à la fois dra­ma­tique et fas­ci­nante. Tandis que, d’un côté, les hommes semblent recher­cher ardem­ment la pros­pé­ri­té maté­rielle et se plon­ger tou­jours davan­tage dans le maté­ria­lisme de la consom­ma­tion, d’un autre côté, on voit sur­gir une angois­sante quête du sens, un besoin d’in­té­rio­ri­té, un désir d’ap­prendre des formes et des méthodes nou­velles de concen­tra­tion et de prière. Dans les cultures impré­gnées de reli­gio­si­té, mais aus­si dans les socié­tés sécu­la­ri­sées, on recherche la dimen­sion spi­ri­tuelle de la vie comme anti­dote à la déshu­ma­ni­sa­tion. Le phé­no­mène que l’on nomme « retour du reli­gieux » n’est pas sans ambi­guï­té, mais il contient un appel. L’Eglise a un immense patri­moine spi­ri­tuel à offrir à l’hu­ma­ni­té dans le Christ qui se pro­clame a la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). C’est la voie chré­tienne qui mène à la ren­contre de Dieu, à la prière, à l’as­cèse, à la décou­verte du sens de la vie. Voilà encore un aréo­page à évangéliser.

Fidélité au Christ et pro­mo­tion de la liber­té humaine

39. Toutes les formes de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire sont mar­quées par la conscience que l’on favo­rise la liber­té de l’homme en lui annon­çant Jésus Christ. L’Eglise doit être fidèle au Christ, dont elle est le corps et dont elle pour­suit la mis­sion. Il est néces­saire qu’elle « suive la même route que le Christ, la route de la pau­vre­té, de l’o­béis­sance, du ser­vice et de l’im­mo­la­tion de soi jus­qu’à la mort, dont il est sor­ti vic­to­rieux par sa résurrection»(63). L’Eglise doit donc tout faire pour déployer sa mis­sion dans le monde et atteindre tous les peuples ; elle en a aus­si le droit, qui lui a été don­né par Dieu pour la mise en œuvre de son plan. La liber­té reli­gieuse, par­fois encore limi­tée ou res­treinte, est la condi­tion et la garan­tie de toutes les liber­tés qui fondent le bien com­mun des per­sonnes et des peuples. Il faut sou­hai­ter que la véri­table liber­té reli­gieuse soit accor­dée à tous en tout lieu, et l’Eglise s’y emploie dans les dif­fé­rents pays, sur­tout dans les pays à majo­ri­té catho­lique où elle a une plus grande influence. Cependant, il ne s’a­git pas d’une ques­tion de reli­gion de la majo­ri­té ou de la mino­ri­té, mais bien d’un droit inalié­nable de toute per­sonne humaine.

D’autre part, l’Eglise s’a­dresse à l’homme dans l’en­tier res­pect de sa liber­té (64): la mis­sion ne res­treint pas la liber­té, mais elle la favo­rise. L’Eglise pro­pose, elle n’im­pose rien : elle res­pecte les per­sonnes et les cultures, et elle s’ar­rête devant l’au­tel de la conscience. A ceux qui s’op­posent, sous les pré­textes les plus variés, à son acti­vi­té mis­sion­naire, l’Eglise répète : Ouvrez les portes au Christ !

Je m’a­dresse à toutes les Eglises par­ti­cu­lières, jeunes et anciennes. Le monde est en train de s’u­ni­fier tou­jours davan­tage l’es­prit de l’Evangile doit conduire à sur­mon­ter les bar­rières des cultures, des natio­na­lismes, écar­tant toute fer­me­ture. Benoît XV don­nait déjà cet aver­tis­se­ment aux mis­sion­naires de son époque : ne jamais « oublier sa digni­té per­son­nelle au point de pen­ser davan­tage à sa patrie ter­restre qu’à celle du ciel»(65). La même recom­man­da­tion vaut aujourd’­hui pour les Eglises par­ti­cu­lières : ouvrez les portes aux mis­sion­naires, car « toute Eglise par­ti­cu­lière qui se cou­pe­rait volon­tai­re­ment de l’Eglise uni­ver­selle per­drait sa réfé­rence au des­sein de Dieu ; elle s’ap­pau­vri­rait dans sa dimen­sion ecclésiale»(66).

Orienter l’at­ten­tion vers le Sud et vers l’Est

40. L’activité mis­sion­naire repré­sente aujourd’­hui encore le plus grand des défis pour l’Eglise. Tandis que nous nous appro­chons de la fin du deuxième mil­lé­naire de la Rédemption, il devient tou­jours plus évident que les nations qui n’ont pas encore reçu la pre­mière annonce du Christ consti­tuent la majeure par­tie de l’hu­ma­ni­té. Le bilan de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire des temps modernes est certes posi­tif : l’Eglise a été éta­blie sur tous les conti­nents, et même la majo­ri­té des fidèles et des Eglises par­ti­cu­lières ne se trouve plus aujourd’­hui dans la vieille Europe, mais sur les conti­nents que les mis­sion­naires ont ouverts à la foi.

Il demeure, tou­te­fois, que les « extré­mi­tés de la terre » où l’on doit por­ter l’Evangile reculent tou­jours davan­tage et la parole de Tertullien, selon laquelle l’Evangile a été annon­cé à toute la terre et à tous les peuples(67), est bien loin de se véri­fier dans les faits : la mis­sion ad gentes n’en est encore qu’à ses débuts. De nou­veaux peuples font leur entrée sur la scène mon­diale et ils ont le droit, eux aus­si, de rece­voir l’an­nonce du salut. La crois­sance démo­gra­phique du Sud et de l’Est, dans des pays non chré­tiens, fait aug­men­ter conti­nuel­le­ment le nombre des per­sonnes qui ignorent la Rédemption opé­rée par le Christ.

Il faut orien­ter l’at­ten­tion mis­sion­naire vers les aires géo­gra­phiques et vers les milieux cultu­rels qui sont res­tés à l’é­cart de l’in­fluence de l’Evangile. Tous ceux qui croient au Christ doivent éprou­ver, comme par­tie inté­grante de leur foi, le zèle apos­to­lique de trans­mettre aux autres la joie et la lumière de la foi. Ce zèle doit deve­nir pour ain­si dire une faim et une soif de faire connaître le Seigneur, dès lors que le regard se porte sur les hori­zons immenses du monde non chrétien.

CHAPITRE V – LES VOIES DE LA MISSION

41. « L’activité mis­sion­naire n’est rien d’autre, elle n’est rien de moins que la mani­fes­ta­tion du des­sein de Dieu, son épi­pha­nie et sa réa­li­sa­tion dans le monde et son his­toire, dans laquelle Dieu conduit clai­re­ment à son terme, au moyen de la mis­sion, l’his­toire du salut »(68). Quels sont les che­mins sui­vis par l’Eglise pour arri­ver à ce résultat ?

La mis­sion est une réa­li­té glo­bale, mais com­plexe, qui s’ac­com­plit de dif­fé­rentes manières dont cer­taines ont une impor­tance par­ti­cu­lière dans la situa­tion actuelle de l’Eglise et du monde.

La pre­mière forme d’é­van­gé­li­sa­tion est le témoignage

42. L’homme contem­po­rain croit plus les témoins que les maitres(69), l’ex­pé­rience que la doc­trine, la vie et les faits que les théo­ries. Première forme de la mis­sion, le témoi­gnage de la vie chré­tienne est aus­si irrem­pla­çable. Le Christ, dont nous conti­nuons la mis­sion, est le « témoin » par excel­lence (cf. Ap 1, 5 ; 3, 14) et le modèle du témoi­gnage chré­tien. L’Esprit Saint accom­pagne l’Eglise dans son che­mi­ne­ment et l’as­so­cie au témoi­gnage qu’Il rend au Christ (cf. Jn 15, 26–27).

La pre­mière forme de témoi­gnage est la vie même du mis­sion­naire, de la famille chré­tienne et de la com­mu­nau­té ecclé­siale, qui rend visible un nou­veau mode de com­por­te­ment. Le mis­sion­naire qui, mal­gré toutes ses limites et ses imper­fec­tions humaines, vit avec sim­pli­ci­té à l’exemple du Christ est un signe de Dieu et des réa­li­tés trans­cen­dantes. Mais tous dans l’Eglise, en s’ef­for­çant d’i­mi­ter le divin Maitre, peuvent et doivent don­ner ce témoignage(70); dans bien des cas, c’est la seule façon pos­sible d’être missionnaire.

Le témoi­gnage évan­gé­lique auquel le monde est le plus sen­sible est celui de l’at­ten­tion aux per­sonnes et de la cha­ri­té envers les pauvres, les petits et ceux qui souffrent. La gra­tui­té de cette atti­tude et de ces actions, qui contrastent pro­fon­dé­ment avec l’é­goïsme pré­sent en l’homme, sus­cite des inter­ro­ga­tions pré­cises qui orientent vers Dieu et vers l’Evangile. De même, l’en­ga­ge­ment pour la paix, la jus­tice, les droits de l’homme, la pro­mo­tion de la per­sonne humaine est un témoi­gnage évan­gé­lique dans la mesure où il est une marque d’at­ten­tion aux per­sonnes et où il tend vers le déve­lop­pe­ment inté­gral de l’homme(71).

43. Les chré­tiens et les com­mu­nau­tés chré­tiennes sont pro­fon­dé­ment inté­grés à la vie de leurs peuples, et ils sont des signes évan­gé­liques par la fidé­li­té à leur patrie, à leur peuple, à leur culture natio­nale, tout en gar­dant la liber­té que le Christ leur a acquise. Le chris­tia­nisme est ouvert à la fra­ter­ni­té uni­ver­selle, parce que tous les hommes sont fils du même Père et frères dans le Christ.

L’Eglise est appe­lée à rendre son témoi­gnage au Christ en pre­nant des posi­tions cou­ra­geuses et pro­phé­tiques face à la cor­rup­tion du pou­voir poli­tique ou éco­no­mique ; en ne recher­chant ni la gloire ni les biens maté­riels ; en uti­li­sant ce qu’elle pos­sède pour ser­vir les plus pauvres, et en imi­tant la sim­pli­ci­té de la vie du Christ. L’Eglise et les mis­sion­naires doivent don­ner éga­le­ment le témoi­gnage de l’hu­mi­li­té, d’a­bord envers eux-​mêmes, en deve­nant capables d’un exa­men de conscience au niveau per­son­nel et com­mu­nau­taire, afin de cor­ri­ger dans leurs com­por­te­ments ce qui s’op­pose à l’Evangile et défi­gure le visage du Christ.

La pre­mière annonce du Christ Sauveur

44. L’annonce a, en per­ma­nence, la prio­ri­té dans la mis­sion. L’Eglise ne peut se sous­traire au man­dat expli­cite du Christ, elle ne peut pas pri­ver les hommes de la Bonne Nouvelle qu’ils sont aimés de Dieu et sau­vés par lui. « L’évangélisation contien­dra aus­si tou­jours – base, centre et som­met à la fois de son dyna­misme – une claire pro­cla­ma­tion que, en Jésus Christ …], le salut est offert à tout homme, comme don de grâce et misé­ri­corde de Dieu »(72). Toutes les formes de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire tendent à cette pro­cla­ma­tion qui révèle et intro­duit dans le mys­tère caché depuis les siècles et dévoi­lé dans le Christ (cf. Ep 3, 3–9 ; Col 1, 25–29), mys­tère qui est au cœur de la mis­sion et de la vie de l’Eglise, et qui forme le pivot de toute l’évangélisation.

Dans la réa­li­té com­plexe de la mis­sion, la pre­mière annonce a un rôle cen­tral et irrem­pla­çable parce qu’elle intro­duit « dans le mys­tère de l’a­mour de Dieu, qui appelle à nouer des rap­ports per­son­nels avec lui dans le Christ»(73) et qu’elle ouvre la voie à la conver­sion. La foi naît de l’an­nonce et toute com­mu­nau­té ecclé­siale tire son ori­gine et sa vie de la réponse per­son­nelle de chaque fidèle à cette annonce(74). De même que l’é­co­no­mie du salut est cen­trée sur le Christ, de même l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire tend à la pro­cla­ma­tion de son mystère.

L’annonce a pour objet le Christ cru­ci­fié, mort et res­sus­ci­té : en lui s’ac­com­plit la pleine et authen­tique libé­ra­tion du mal, du péché et de la mort ; en lui, Dieu donne la « vie nou­velle », divine et éter­nelle. Telle est la Bonne Nouvelle qui trans­forme l’homme et l’his­toire de l’hu­ma­ni­té et que tous les peuples ont le droit de connaître. Cette annonce doit être faite dans le contexte de la vie de l’homme et des peuples qui la reçoivent. Elle doit éga­le­ment être faite avec une atti­tude d’a­mour et d’es­time envers celui qui écoute, dans un lan­gage concret et adap­té aux cir­cons­tances. Dans cette annonce, l’Esprit est à l’œuvre et ins­taure une com­mu­nion entre le mis­sion­naire et les audi­teurs, ce qui est pos­sible dans la mesure où ils com­mu­nient entre eux, par le Christ, avec le Père(75).

45. L’annonce n’est jamais une action per­son­nelle, car elle est faite en union avec toute la com­mu­nau­té ecclé­siale. Le mis­sion­naire est pré­sent et agit en ver­tu d’un man­dat reçu et, même s’il est seul, il est rat­ta­ché par des liens invi­sibles mais pro­fonds à l’ac­ti­vi­té évan­gé­li­sa­trice de toute l’Eglise(76). Tôt ou tard, les audi­teurs entre­voient der­rière lui la com­mu­nau­té qui l’a envoyé et le soutient.

L’annonce est ani­mée par la foi, qui donne au mis­sion­naire de l’en­thou­siasme et de la fer­veur. Pour défi­nir cette atti­tude, comme on l’a déjà dit, les Actes emploient le terme par­rhe­sia qui signi­fie par­ler avec har­diesse et cou­rage ; ce terme se trouve dans saint Paul : « Notre Dieu nous a accor­dé de prê­cher en toute har­diesse devant vous l’Evangile de Dieu, au milieu d’une lutte pénible » (1 Th 2, 2). « Priez aus­si pour moi, afin qu’il me soit don­né d’ou­vrir la bouche pour par­ler et d’an­non­cer har­di­ment le Mystère de l’Evangile, dont je suis l’am­bas­sa­deur dans mes chaînes obtenez-​moi la har­diesse d’en par­ler comme je le dois » (Ep 6, 19–20).

Dans l’an­nonce du Christ aux non-​chrétiens, le mis­sion­naire est convain­cu qu’il existe déjà, tant chez les indi­vi­dus que chez les peuples, grâce à l’ac­tion de l’Esprit, une attente, même incons­ciente, de connaître la véri­té sur Dieu, sur l’homme, sur la voie qui mène à la libé­ra­tion du péché et de la mort. L’enthousiasme à annon­cer le Christ vient de la convic­tion que l’on répond à cette attente ; c’est pour­quoi le mis­sion­naire ne se décou­rage pas ni ne renonce à son témoi­gnage, même s’il est appe­lé à mani­fes­ter sa foi dans un milieu hos­tile ou indif­fé­rent. Il sait que l’Esprit du Père parle en lui (cf. Mt 10, 17–20 ; Lc 12, 11–12) et il peut redire avec les Apôtres : « Nous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit Saint » (Ac 5, 32). Il sait qu’il n’an­nonce pas une véri­té humaine, mais la « Parole de Dieu », qui a une puis­sance intrin­sèque et mys­té­rieuse (cf. Rm 1, 16).

La preuve suprême est le don de la vie jus­qu’à l’ac­cep­ta­tion de la mort pour témoi­gner de la foi au Christ. Comme tou­jours dans l’his­toire chré­tienne, les « mar­tyrs », c’est-​à-​dire les témoins, sont nom­breux et ils sont indis­pen­sables à la marche de l’Evangile. A notre époque aus­si, il en est beau­coup : évêques, prêtres, reli­gieux et reli­gieuses, laïcs, par­fois héros incon­nus, qui donnent leur vie en témoi­gnage de la foi. Ce sont eux les mes­sa­gers et les témoins par excellence.

Conversion et baptême

46. L’annonce de la Parole de Dieu est ordon­née à laconver­sion chré­tienne, c’est-​à-​dire à l’adhé­sion pleine et sin­cère au Christ et à son Evangile par la foi. La conver­sion est un don de Dieu, une action de la Trinité : c’est l’Esprit qui ouvre les portes des cœurs afin que les hommes puissent croire au Seigneur et « le confes­ser » (1 Co 12, 3). De celui qui s’ap­proche de lui par la foi, Jésus dit : « Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’at­tire » (Jn 6, 44).

La conver­sion s’ex­prime dès le début par une foi totale et radi­cale qui ne pose ni limites ni délais au don de Dieu. En même temps, elle déclenche un pro­ces­sus dyna­mique et per­ma­nent pour l’exis­tence entière, exi­geant un pas­sage conti­nu de la « vie selon la chair » à la « vie selon l’Esprit » (cf. Rm 8, 3–13). La conver­sion signi­fie que l’on accepte, par une déci­sion per­son­nelle, la sei­gneu­rie sal­vi­fique du Christ et que l’on devient son disciple.

L’Eglise appelle tout le monde à cette conver­sion, à l’exemple de Jean-​Baptiste qui pré­pa­rait les che­mins du Seigneur en « pro­cla­mant un bap­tême de repen­tir pour la rémis­sion des péchés » (Mc 1, 4), et à l’exemple du Christ lui-​même qui, « après que Jean eut été livré, vint en Galilée, pro­cla­mant l’Evangile de Dieu et disant : « Le temps est accom­pli et le Royaume de Dieu est tout proche ; convertissez-​vous et croyez à l’Evangile » » (Mc 1, 14–15).

Aujourd’hui, l’ap­pel à la conver­sion que les mis­sion­naires adressent aux non-​chrétiens est mis en ques­tion ou pas­sé sous silence. On y voit un acte de « pro­sé­ly­tisme» ; on dit qu’il suf­fit d’ai­der les hommes à être davan­tage hommes ou plus fidèles à leur reli­gion, qu’il suf­fit d’é­di­fier des com­mu­nau­tés capables d’œu­vrer pour la jus­tice, la liber­té, la paix, la soli­da­ri­té. Mais on oublie que toute per­sonne a le droit d’en­tendre la Bonne Nouvelle de Dieu, qui se fait connaître et qui se donne dans le Christ, afin de réa­li­ser plei­ne­ment sa voca­tion. La gran­deur de cet évé­ne­ment est mise en relief par les paroles de Jésus à la Samaritaine : « Si tu savais le don de Dieu », comme aus­si par le désir incons­cient mais ardent de la femme : « Seigneur, donne-​moi cette eau, afin que je n’aie plus soif » (Jn 4, 10. 15).

47. Les Apôtres, pous­sés par l’Esprit Saint, invi­taient tous les hommes à chan­ger de vie, à se conver­tir et à rece­voir le bap­tême. Aussitôt après l’é­vé­ne­ment de la Pentecôte, Pierre s’a­dres­sa à la foule de manière convain­cante : « D’entendre cela, ils eurent le cœur trans­per­cé et ils dirent à Pierre et aux Apôtres : « Frères, que devons-​nous faire ? ». Pierre leur répon­dit : « Convertissez-​vous, et que cha­cun de vous se fasse bap­ti­ser au nom de Jésus Christ pour la rémis­sion de ses péchés, et vous rece­vrez alors le don du Saint-​Esprit » » (Ac 2, 37–38). Et il bap­ti­sa en ce jour envi­ron trois mille per­sonnes. Pierre encore, après la gué­ri­son de l’im­po­tent par­la à la foule et répé­ta : « Convertissez-​vous donc et reve­nez à Dieu afin que vos péchés soient effa­cés ! » (Ac 3, 19).

La conver­sion au Christ est liée au bap­tême, non seule­ment dans la pra­tique de l’Eglise mais parce que c’est la volon­té du Christ, qui a deman­dé de faire des dis­ciples de toutes les nations et de les bap­ti­ser (cf. Mt 28, 19), et aus­si en rai­son de l’exi­gence intrin­sèque de rece­voir la plé­ni­tude de la vie en lui : « En véri­té, en véri­té, je te le dis – déclare Jésus à Nicodème -, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3, 5). Le bap­tême en effet nous fait naître à la vie d’en­fants de Dieu ; il nous unit à Jésus Christ ; il nous confère l’onc­tion dans l’Esprit Saint. Le bap­tême n’est pas seule­ment le sceau de la conver­sion, un signe exté­rieur qui la fait voir et l’at­teste, c’est le sacre­ment qui signi­fie et opère cette nou­velle nais­sance dans l’Esprit crée des liens réels et indis­so­lubles avec la Trinité, rend membres du Corps du Christ qui est l’Eglise.

Il faut rap­pe­ler tout cela, car cer­tains, pré­ci­sé­ment là où s’exerce la mis­sion ad gentes, tendent à dis­so­cier la conver­sion au Christ et le bap­tême, jugeant que celui-​ci n’est pas néces­saire. Il est vrai que, dans tel ou tel milieu, on observe des condi­tion­ne­ments socio­lo­giques du bap­tême qui en obs­cur­cissent la véri­table signi­fi­ca­tion de foi. Divers fac­teurs his­to­riques et cultu­rels en sont la cause : il faut les faire dis­pa­raître là où ils sub­sistent encore, afin que le sacre­ment de la régé­né­ra­tion spi­ri­tuelle appa­raisse dans toute sa valeur ; c’est le devoir des com­mu­nau­tés ecclé­siales locales de s’y employer. Il est vrai éga­le­ment qu’un cer­tain nombre de per­sonnes déclarent avoir inté­rieu­re­ment don­né leur foi au Christ et à son mes­sage, sans pour autant vou­loir s’en­ga­ger sacra­men­tel­le­ment parce que, à cause de leurs pré­ju­gés et des fautes des chré­tiens elles ne par­viennent pas à per­ce­voir la vraie nature de l’Eglise, mys­tère de foi et d’amour(77). Je vou­drais encou­ra­ger ces per­sonnes à s’ou­vrir plei­ne­ment au Christ, en leur rap­pe­lant que si elles se sentent atti­rées par le Christ, c’est lui qui a vou­lu l’Eglise comme le « lieu » où elles peuvent effec­ti­ve­ment le ren­con­trer. En même temps, j’in­vite les fidèles et les com­mu­nau­tés chré­tiennes à témoi­gner authen­ti­que­ment du Christ par leur vie nouvelle.

Certes, tout conver­ti est un don fait à l’Eglise et repré­sente pour elle une grave res­pon­sa­bi­li­té, non seule­ment parce qu’il faut le pré­pa­rer au bap­tême par le caté­chu­mé­nat et pour­suivre ensuite son ins­truc­tion reli­gieuse, mais parce que, sur­tout s’il s’a­git d’un adulte, il apporte une sorte d’éner­gie nou­velle, l’en­thou­siasme de la foi, le désir de trou­ver dans l’Eglise même l’Evangile vécu. Il serait deçu si, une fois entré dans la com­mu­nau­té ecclé­siale, il y trou­vait une vie sans fer­veur et sans signe de renou­vel­le­ment. Nous ne pou­vons pas prê­cher la conver­sion sans nous conver­tir nous-​mêmes chaque jour.

Fondation d’Eglises locales

48. La conver­sion et le bap­tême intro­duisent dans l’Eglise, là où elle existe déjà, ou entraînent la consti­tu­tion de nou­velles com­mu­nau­tés qui pro­clament que Jésus est Sauveur et Seigneur. Cela fait par­tie du des­sein de Dieu, à qui il a plu « d’ap­pe­ler les hommes à par­ti­ci­per à sa vie non pas seule­ment indi­vi­duel­le­ment sans aucun lien les uns avec les autres, mais de les consti­tuer en un peuple dans lequel ses enfants, qui étaient dis­per­sés, seraient ras­sem­blés dans l’unité»(78).

La mis­sion ad gentes a comme objec­tif de fon­der des com­mu­nau­tés chré­tiennes, d’a­me­ner des Eglises à leur pleine matu­ri­té. C’est le but pre­mier et spé­ci­fique de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire et on ne peut pas dire qu’il soit atteint tant qu’on n’a pas réus­si à édi­fier une nou­velle Eglise par­ti­cu­lière vivant nor­ma­le­ment dans son cadre natu­rel. Le décret Ad gentes parle ample­ment de cela(79) et, après le Concile, on a assis­té au déve­lop­pe­ment d’un cou­rant théo­lo­gique sou­li­gnant que tout le mys­tère de l’Eglise est conte­nu dans chaque Eglise par­ti­cu­lière, à condi­tion que celle-​ci ne s’i­sole pas mais demeure en com­mu­nion avec l’Eglise uni­ver­selle et devienne, à son tour, mis­sion­naire. Il s’a­git là d’une œuvre impor­tante et de longue haleine dont il est dif­fi­cile de pré­ci­ser les étapes où prend fin l’ac­tion pro­pre­ment mis­sion­naire et où l’on passe à l’ac­ti­vi­té pas­to­rale. Mais cer­tains points doivent res­ter clairs.

49. Avant tout, il est néces­saire de cher­cher à éta­blir par­tout des com­mu­nau­tés chré­tiennes qui soient des « signes de la pré­sence de Dieu dans le monde»(80) et qui croissent jus­qu’à deve­nir des Eglises. Malgré le grand nombre des dio­cèses, il y a encore de vastes zones où les Eglises locales sont entiè­re­ment absentes ou insuf­fi­santes, compte tenu de la grande éten­due du ter­ri­toire ain­si que de la den­si­té de la popu­la­tion. Un impor­tant tra­vail d’im­plan­ta­tion et de déve­lop­pe­ment de l’Eglise reste à faire. Cette phase de l’his­toire ecclé­siale, qu’on appelle plan­ta­tio Ecclesiae, n’est pas ter­mi­née, au contraire elle est encore à entre­prendre dans bien des grou­pe­ments humains.

La res­pon­sa­bi­li­té de cette tâche incombe à l’Eglise uni­ver­selle et aux Eglises par­ti­cu­lières, à tout le Peuple de Dieu et à toutes les forces mis­sion­naires. Toute Eglise, même si elle n’est com­po­sée que de nou­veaux conver­tis, est mis­sion­naire par sa nature ; elle est évan­gé­li­sée et évan­gé­li­sa­trice. La foi doit tou­jours être pré­sen­tée comme don de Dieu qu’il faut vivre en com­mu­nau­té (familles, paroisses, asso­cia­tions) et qui doit rayon­ner à l’ex­té­rieur par le témoi­gnage de la vie et celui de la parole. L’action évan­gé­li­sa­trice de la com­mu­nau­té chré­tienne, d’a­bord sur son ter­ri­toire et ensuite ailleurs comme par­ti­ci­pa­tion à la mis­sion uni­ver­selle, est le signe le plus clair de la matu­ri­té de la foi. Il faut conver­tir radi­ca­le­ment son état d’es­prit pour deve­nir mis­sion­naire, et cela vaut pour les per­sonnes comme pour les com­mu­nau­tés. Le Seigneur appelle tou­jours à sor­tir de soi-​même, à par­ta­ger avec les autres les biens que nous avons, en com­men­çant par le plus pré­cieux, celui de la foi. C’est à la lumière de cet impé­ra­tif mis­sion­naire qu’on devra appré­cier la valeur des orga­nismes, des mou­ve­ments, des paroisses et des œuvres d’a­pos­to­lat de l’Eglise. C’est seule­ment en deve­nant mis­sion­naire que la com­mu­nau­té chré­tienne pour­ra dépas­ser ses divi­sions et ses ten­sions internes et retrou­ver son uni­té et la vigueur de sa foi.

Les forces mis­sion­naires pro­ve­nant d’autres Eglises et d’autres pays doivent agir en com­mu­nion avec les élé­ments locaux pour le déve­lop­pe­ment de la com­mu­nau­té chré­tienne. Il leur revient en particulier—toujours sui­vant les direc­tives des évêques et en col­la­bo­ra­tion avec les res­pon­sables locaux—de pro­mou­voir la dif­fu­sion de la foi et l’ex­pan­sion de l’Eglise dans des milieux et dans des groupes non chré­tiens, de com­mu­ni­quer un souffle mis­sion­naire aux Eglises locales, en sorte que la pré­oc­cu­pa­tion pas­to­rale soit tou­jours liée au sou­ci de la mis­sion ad gentes. Ainsi, chaque Eglise fera vrai­ment sienne la sol­li­ci­tude du Christ, le Bon Pasteur, qui se pro­digue à son trou­peau, mais pense en même temps aux « autres bre­bis, qui ne sont pas de cette ber­ge­rie » (Jn 10, 16).

50. Cette sol­li­ci­tude moti­ve­ra et sti­mu­le­ra un enga­ge­ment œcu­mé­nique renou­ve­lé. Les liens exis­tant entre l’ac­ti­vi­té œcu­mé­nique et l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire imposent de prendre en consi­dé­ra­tion simul­ta­né­ment deux fac­teurs. D’une part, on doit recon­naître que « la divi­sion des chré­tiens nuit à la cause très sacrée de la pré­di­ca­tion de l’Evangile à toute créa­ture, et pour beau­coup elle ferme l’ac­cès à la foi»(81). Le fait que la Bonne Nouvelle de la récon­ci­lia­tion soit prê­chée par les chré­tiens qui sont eux-​mêmes divi­sés en affai­blit le témoi­gnage ; il est donc urgent de tra­vailler pour l’u­ni­té des chré­tiens afin que l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire puisse se révé­ler plus convain­cante. En même temps, nous ne devons pas oublier qu’en eux-​mêmes les efforts déployés en vue de l’u­ni­té consti­tuent un signe de l’œuvre de récon­ci­lia­tion que Dieu accom­plit au milieu de nous.

D’autre part, il est vrai que tous ceux qui ont reçu le bap­tême dans le Christ se trouvent dans une cer­taine com­mu­nion, bien qu’im­par­faite. Et c’est là le fon­de­ment de l’o­rien­ta­tion don­née par le Concile : « Etant ban­nie toute appa­rence d’in­dif­fé­ren­tisme, de confu­sion­nisme et d’o­dieuse riva­li­té, les catho­liques col­la­borent avec les frères sépa­rés, selon les dis­po­si­tions du décret sur l’œ­cu­mé­nisme, par une com­mune pro­fes­sion de foi en Dieu et en Jésus Christ devant les nations, dans la mesure du pos­sible, et par une coopé­ra­tion dans les ques­tions sociales et tech­niques, cultu­relles et religieuses»(82).

L’activité œcu­mé­nique et le témoi­gnage concor­dant ren­du à Jésus Christ par des chré­tiens appar­te­nant à dif­fé­rentes Eglises et com­mu­nau­tés ecclé­siales ont déjà por­té des fruits abon­dants. Mais il est tou­jours plus urgent qu’ils col­la­borent et témoignent ensemble, en ce temps où des sectes chré­tiennes et para­chré­tiennes sèment la confu­sion par leur action. L’expansion de ces sectes consti­tue une menace pour l’Eglise catho­lique et pour toutes les com­mu­nau­tés ecclé­siales avec les­quelles elle pour­suit un dia­logue. Partout où cela est pos­sible, et sui­vant les condi­tions locales, la réponse des chré­tiens pour­ra aus­si être œcuménique.

Les « com­mu­nau­tés ecclé­siales de base », force d’évangélisation

51. Les com­mu­nau­tés ecclé­siales de base (connues aus­si sous d’autres noms) consti­tuent un phé­no­mène au déve­lop­pe­ment rapide dans les jeunes Eglises. Les évêques et leurs confé­rences les encou­ragent et en font par­fois un choix prio­ri­taire de la pas­to­rale. Elles sont en train de faire leurs preuves comme centres de for­ma­tion chré­tienne et de rayon­ne­ment mis­sion­naire. Il s’a­git de groupes de chré­tiens qui, au niveau fami­lial ou dans un cadre res­treint, se réunissent pour la prière, la lec­ture de l’Ecriture, la caté­chèse ain­si que le par­tage de pro­blèmes humains et ecclé­siaux en vue d’un enga­ge­ment com­mun. Elles sont un signe de la vita­li­té de l’Eglise, un ins­tru­ment de for­ma­tion et d’é­van­gé­li­sa­tion, un bon point de départ pour abou­tir à une nou­velle socié­té fon­dée sur la « civi­li­sa­tion de l’amour ».

Ces com­mu­nau­tés décen­tra­lisent et arti­culent la com­mu­nau­té parois­siale, à laquelle elles demeurent tou­jours unies ; elles s’en­ra­cinent dans les milieux popu­laires et ruraux, deve­nant un ferment de vie chré­tienne, d’at­ten­tion aux plus petits, d’en­ga­ge­ment pour la trans­for­ma­tion de la socié­té. Dans ces groupes, le chré­tien fait une expé­rience com­mu­nau­taire, par laquelle il se sent par­tie pre­nante et encou­ra­gé à appor­ter sa col­la­bo­ra­tion à l’en­ga­ge­ment de tous. Les com­mu­nau­tés ecclé­siales de base sont de cette manière un ins­tru­ment d’é­van­gé­li­sa­tion et de pre­mière annonce ain­si qu’une source de nou­veaux minis­tères, tan­dis que, ani­mées de la cha­ri­té du Christ, elles montrent aus­si com­ment il est pos­sible de dépas­ser les divi­sions, les tri­ba­lismes, les racismes.

Toute com­mu­nau­té doit en effet, pour être chré­tienne, s’é­ta­blir sur le Christ et vivre du Christ, dans l’é­coute de la Parole de Dieu, dans la prière cen­trée sur l’Eucharistie, dans la com­mu­nion qui s’ex­prime par l’u­ni­té du cœur et de l’es­prit, et dans le par­tage sui­vant les besoins de ses membres (cf. Ac 2, 42–47). Toute communauté—rappelait Paul VI—doit vivre dans l’u­ni­té avec l’Eglise par­ti­cu­lière et l’Eglise uni­ver­selle, dans une com­mu­nion sin­cère avec les Pasteurs et le magis­tère, dans un enga­ge­ment à se faire mis­sion­naire en évi­tant tout repli et toute exploi­ta­tion idéologique(83). Et le Synode des Evêques a décla­ré : « Puisque l’Eglise est com­mu­nion, les nou­velles « com­mu­nau­tés ecclé­siales de base », si elles vivent vrai­ment dans l’u­ni­té de l’Eglise, sont une authen­tique expres­sion de com­mu­nion et un moyen pour construire une com­mu­nion plus pro­fonde. Elles consti­tuent donc un motif de grande espé­rance pour la vie de l’Eglise»(84).

Incarner l’Evangile dans les cultures des peuples

52. En exer­çant son acti­vi­té mis­sion­naire par­mi les peuples, l’Eglise entre en contact avec dif­fé­rentes cultures et se trouve enga­gée dans le pro­ces­sus d’in­cul­tu­ra­tion. C’est une exi­gence qui a mar­qué tout son par­cours au long de l’his­toire et qui se fait aujourd’­hui par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible et urgente.

Le pro­ces­sus d’in­ser­tion de l’Eglise dans les cultures des peuples demande beau­coup de temps : il ne s’a­git pas d’une simple adap­ta­tion exté­rieure, car l’in­cul­tu­ra­tion « signi­fie une intime trans­for­ma­tion des authen­tiques valeurs cultu­relles par leur inté­gra­tion dans le chris­tia­nisme, et l’en­ra­ci­ne­ment du chris­tia­nisme dans les diverses cultures humaines»(85). C’est donc un pro­ces­sus pro­fond et glo­bal qui engage le mes­sage chré­tien de même que la réflexion et la pra­tique de l’Eglise. Mais c’est aus­si un pro­ces­sus dif­fi­cile, car il ne doit en aucune manière com­pro­mettre la spé­ci­fi­ci­té et l’in­té­gri­té de la foi chrétienne.

Par l’in­cul­tu­ra­tion, l’Eglise incarne l’Evangile dans les diverses cultures et, en même temps, elle intro­duit les peuples avec leurs cultures dans sa propre communauté(86); elle leur trans­met ses valeurs, en assu­mant ce qu’il y a de bon dans ces cultures et en les renou­ve­lant de l’intérieur(87). Pour sa part, l’Eglise, par l’in­cul­tu­ra­tion, devient un signe plus com­pré­hen­sible de ce qu’elle est et un ins­tru­ment plus adap­té à sa mission.

Grâce à cette action dans les Eglises locales, l’Eglise uni­ver­selle elle-​même s’en­ri­chit d’ex­pres­sions et de valeurs nou­velles dans les divers sec­teurs de la vie chré­tienne, tels que l’é­van­gé­li­sa­tion, le culte, la théo­lo­gie, les œuvres cari­ta­tives ; elle connaît et exprime mieux le mys­tère du Christ, et elle est inci­tée à se renou­ve­ler constam­ment. Ces thèmes, pré­sents dans le Concile et, par la suite, dans les ensei­gne­ments du magis­tère, je les ai sans cesse abor­dés au cours de mes visites pas­to­rales aux jeunes Eglises(88).

L’inculturation est un pro­ces­sus lent, qui embrasse toute l’é­ten­due de la vie mis­sion­naire et met en cause les divers agents de la mis­sion ad gentes, les com­mu­nau­tés chré­tiennes au fur et à mesure qu’elles se déve­loppent, les Pasteurs qui ont la res­pon­sa­bi­li­té de dis­cer­ne­ment et d’en­cou­ra­ge­ment dans sa mise en œuvre(89).

53. Les mis­sion­naires ori­gi­naires d’autres Eglises et d’autres pays doivent s’in­sé­rer dans le monde socio-​culturel de ceux vers les­quels ils sont envoyés, en sur­mon­tant les condi­tion­ne­ments de leur milieu d’o­ri­gine. C’est ain­si qu’ils doivent apprendre la langue de la région où ils tra­vaillent, connaître les expres­sions les plus signi­fi­ca­tives de la culture des habi­tants, en en décou­vrant les valeurs par l’ex­pé­rience directe. C’est seule­ment grâce à cette connais­sance qu’ils pour­ront livrer aux peuples d’une manière cré­dible et fruc­tueuse la connais­sance du mys­tère caché (cf. Rm 16 25–27 ; Ep 3, 5). Il ne s’a­git certes pas pour eux de renon­cer à leur iden­ti­té cultu­relle, mais de com­prendre, d’ap­pré­cier, de pro­mou­voir et d’é­van­gé­li­ser celle du milieu où ils tra­vaillent et donc d’être en mesure de com­mu­ni­quer réel­le­ment avec lui, en adop­tant un style de vie qui soit un signe de leur témoi­gnage évan­gé­lique et de leur soli­da­ri­té avec les gens.

Les com­mu­nau­tés ecclé­siales en for­ma­tion, ins­pi­rées par l’Evangile, pour­ront expri­mer pro­gres­si­ve­ment leur expé­rience chré­tienne d’une manière ori­gi­nale, dans la ligne de leurs tra­di­tions cultu­relles, à condi­tion de demeu­rer en har­mo­nie avec les exi­gences objec­tives de la foi pro­pre­ment dite. Dans ce but, spé­cia­le­ment en ce qui concerne les domaines les plus déli­cats de l’in­cul­tu­ra­tion les Eglises par­ti­cu­lières d’un même ter­ri­toire devront tra­vailler en com­mu­nion les unes avec les autres(90) et avec toute l’Eglise, convain­cues que seule une atten­tion à l’Eglise uni­ver­selle et aux Eglises par­ti­cu­lières les ren­dra capables de tra­duire le tré­sor de la foi dans la légi­time varié­té de ses expressions(91). C’est pour­quoi les groupes évan­gé­li­sés offri­ront les élé­ments pour une « tra­duc­tion » du mes­sage évangélique(92) en tenant compte des élé­ments posi­tifs appor­tés au cours des siècles grâce au contact du chris­tia­nisme avec les dif­fé­rentes cultures, mais sans oublier les dan­gers d’al­té­ra­tion qui se sont par­fois manifestés(93).

54. A ce pro­pos, cer­taines pré­ci­sions res­tent fon­da­men­tales. L’inculturation cor­rec­te­ment menée doit être gui­dée par deux prin­cipes : « La com­pa­ti­bi­li­té avec l’Evangile et la com­mu­nion avec l’Eglise universelle»(94). Gardiens du « dépôt de la foi », les évêques veille­ront à la fidé­li­té et, sur­tout, au discernement(95), ce qui requiert un pro­fond équi­libre ; car on risque de pas­ser sans ana­lyse cri­tique d’une sorte d’a­lié­na­tion par rap­port à la culture à une sur­éva­lua­tion de la culture, qui est une pro­duc­tion de l’homme, et qui est donc mar­quée par le péché. La culture a besoin, elle aus­si, d’être « puri­fiée, éle­vée et perfectionnée»(96).

Un tel pro­ces­sus doit s’ef­fec­tuer gra­duel­le­ment, de façon qu’il soit vrai­ment l’ex­pres­sion de l’ex­pé­rience chré­tienne de la com­mu­nau­té : « il fau­dra une incu­ba­tion du mys­tère chré­tien dans le génie de votre peuple – disait Paul VI à Kampala – pour qu’en­suite sa voix ori­gi­nale, plus lim­pide et plus franche, s’é­lève, har­mo­nieuse, dans le chœur des autres voix de l’Eglise universelle»(97). En défi­ni­tive, l’in­cul­tu­ra­tion doit être l’af­faire de tout le Peuple de Dieu et pas seule­ment de quelques experts, car on sait que le peuple reflète l’au­then­tique sens de la foi qu’il ne faut jamais perdre de vue. Certes, elle doit être gui­dée et sti­mu­lée, mais pas for­cée afin de ne pas pro­vo­quer de réac­tions néga­tives par­mi les chré­tiens : elle doit être l’ex­pres­sion de la vie com­mu­nau­taire, c’est-​à-​dire mûrir au sein de la com­mu­nau­té, et non pas le fruit exclu­sif de recherches éru­dites. La sau­ve­garde des valeurs tra­di­tion­nelles est l’ef­fet d’une foi mûre.

Le dia­logue avec les frères d’autres religions

55. Le dia­logue inter-​religieux fait par­tie de la mis­sion évan­gé­li­sa­trice de l’Eglise. Entendu comme méthode et comme moyen en vue d’une connais­sance et d’un enri­chis­se­ment réci­proques, il ne s’op­pose pas à la mis­sion ad gentes, au contraire il lui est spé­cia­le­ment lié et il en est une expres­sion. Car cette mis­sion a pour des­ti­na­taires les hommes qui ne connaissent pas le Christ ni son Evangile et qui, en grande majo­ri­té, appar­tiennent à d’autres reli­gions. Dieu appelle à lui toutes les nations dans le Christ, il veut leur com­mu­ni­quer la plé­ni­tude de sa révé­la­tion et de son amour, il ne manque pas non plus de mani­fes­ter sa pré­sence de beau­coup de manières, non seule­ment aux indi­vi­dus mais encore aux peuples, par leurs richesses spi­ri­tuelles dont les reli­gions sont une expres­sion prin­ci­pale et essen­tielle, bien qu’elles com­portent « des lacunes, des insuf­fi­sances et des erreurs»(98). Le Concile et les ensei­gne­ments ulté­rieurs du magis­tère ont ample­ment sou­li­gné tout cela, main­te­nant tou­jours avec fer­me­té que le salut vient du Christ et que le dia­logue ne dis­pense pas de l’é­van­gé­li­sa­tion(99).

A la lumière de l’é­co­no­mie du salut, l’Eglise estime qu’il n’y a pas contra­dic­tion entre l’an­nonce du Christ et le dia­logue inter-​religieux, mais elle sent la néces­si­té de les coor­don­ner dans le cadre de sa mis­sion ad gentes. En effet, il faut que ces deux élé­ments demeurent inti­me­ment liés et en même temps dis­tincts, et c’est pour­quoi on ne doit ni les confondre, ni les exploi­ter, ni les tenir pour équi­va­lents comme s’ils étaient interchangeables.

J’ai écrit récem­ment aux évêques d’Asie : « Bien que l’Eglise recon­naisse volon­tiers tout ce qui est vrai et saint dans les tra­di­tions reli­gieuses du boud­dhisme, de l’hin­douisme et de l’is­lam, comme un reflet de la véri­té qui éclaire tous les hommes, cela ne dimi­nue pas son devoir et sa déter­mi­na­tion de pro­cla­mer sans hési­ta­tion Jésus Christ qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » …]. Le fait que les adeptes d’autres reli­gions puissent rece­voir la grâce de Dieu et être sau­vés par le Christ en dehors des moyens ordi­naires qu’il a ins­ti­tués n’an­nule donc pas l’ap­pel à la foi et au bap­tême que Dieu veut pour tous les peuples»(100). En effet, le Christ lui-​même, « en nous ensei­gnant expres­sé­ment la néces­si­té de la foi et du bap­tême …], nous a confir­mé en même temps la néces­si­té de l’Eglise elle-​même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême»(101). Le dia­logue doit être conduit et mis en œuvre dans la convic­tion que l’Eglise est la voie ordi­naire du salut et qu’elle seule pos­sède la plé­ni­tude des moyens du salut(102).

56. Le dia­logue n’est pas la consé­quence d’une stra­té­gie ou d’un inté­rêt, mais c’est une acti­vi­té qui a ses moti­va­tions, ses exi­gences et sa digni­té propres : il est deman­dé par le pro­fond res­pect qu’on doit avoir envers tout ce que l’Esprit, qui « souffle où il veut », a opé­ré en l’homme(103). Grâce au dia­logue, l’Eglise entend décou­vrir les « semences du Verbe»(104), les « rayons de la véri­té qui illu­mine tous les hommes»(105), semences et rayons qui se trouvent dans les per­sonnes et dans les tra­di­tions reli­gieuses de l’hu­ma­ni­té. Le dia­logue est fon­dé sur l’es­pé­rance et la cha­ri­té, et il por­te­ra des fruits dans l’Esprit. Les autres reli­gions consti­tuent un défi posi­tif pour l’Eglise d’au­jourd’­hui ; en effet, elles l’in­citent à décou­vrir et à recon­naître les signes de la pré­sence du Christ et de l’ac­tion de l’Esprit, et aus­si à appro­fon­dir son iden­ti­té et à témoi­gner de l’in­té­gri­té de la Révélation dont elle est dépo­si­taire pour le bien de tous.

On voit par là quel esprit doit ani­mer ce dia­logue dans le contexte de la mis­sion. L’interlocuteur doit être cohé­rent avec ses tra­di­tions et ses convic­tions reli­gieuses et ouvert à celles de l’autre pour les com­prendre, sans dis­si­mu­la­tion ni fer­me­ture, mais dans la véri­té, l’hu­mi­li­té, la loyau­té, en sachant bien que le dia­logue peut être une source d’en­ri­chis­se­ment pour cha­cun. Il ne doit y avoir ni capi­tu­la­tion, ni iré­nisme, mais témoi­gnage réci­proque en vue d’un pro­grès des uns et des autres sur le che­min de la recherche et de l’ex­pé­rience reli­gieuses et aus­si en vue de sur­mon­ter les pré­ju­gés, l’in­to­lé­rance et les mal­en­ten­dus. Le dia­logue tend à la puri­fi­ca­tion et à la conver­sion inté­rieure qui, si elles se font dans la doci­li­té à l’Esprit, seront spi­ri­tuel­le­ment fructueuses.

57. Un vaste domaine est ouvert au dia­logue qui peut revê­tir des formes et des expres­sions mul­tiples : depuis les échanges entre experts de tra­di­tions reli­gieuses ou entre repré­sen­tants offi­ciels de celles-​ci jus­qu’à la col­la­bo­ra­tion pour le déve­lop­pe­ment inté­gral et la sau­ve­garde des valeurs reli­gieuses ; de la com­mu­ni­ca­tion des expé­riences spi­ri­tuelles res­pec­tives à ce qu’il est conve­nu d’ap­pe­ler « le dia­logue de vie », à tra­vers lequel les croyants de diverses confes­sions témoignent les uns pour les autres, dans l’exis­tence quo­ti­dienne, de leurs valeurs humaines et spi­ri­tuelles et s’en­traident à en vivre pour édi­fier une socié­té plus juste et plus fraternelle.

Tous les fidèles et toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes sont appe­lés à pra­ti­quer le dia­logue, même si ce n’est pas au même niveau et sous des moda­li­tés iden­tiques. Pour ce dia­logue, la contri­bu­tion des laïcs est indis­pen­sable : « Par l’exemple de leur vie et par leur action, les fidèles laïcs peuvent amé­lio­rer les rap­ports entre les adeptes des dif­fé­rentes religions»(106), et, de plus, cer­tains d’entre eux seront en mesure de contri­buer à la recherche et à l’étude(107).

Sachant que pour beau­coup de mis­sion­naires et de com­mu­nau­tés chré­tiennes la voie dif­fi­cile et sou­vent incom­prise du dia­logue consti­tue l’u­nique manière de rendre un témoi­gnage sin­cère au Christ et un ser­vice géné­reux à l’homme, je désire les encou­ra­ger à per­sé­vé­rer avec foi et amour, là même où leurs efforts ne ren­contrent ni atten­tion ni réponse. Le dia­logue est un che­min vers le Royaume et il don­ne­ra sûre­ment ses fruits, même si les temps et les moments sont réser­vés au Père (cf. Ac 1, 7).

Promouvoir le déve­lop­pe­ment en édu­quant les consciences

58. La mis­sion ad gentes se déroule encore aujourd’­hui, pour une grande par­tie, dans les régions de l’hé­mi­sphère sud, là où l’ac­tion pour le déve­lop­pe­ment inté­gral et la libé­ra­tion de toute oppres­sion est la plus urgente. L’Eglise a tou­jours su éveiller, par­mi les popu­la­tions qu’elle a évan­gé­li­sées, un élan vers le pro­grès, et aujourd’­hui, plus que dans le pas­sé, les gou­ver­ne­ments et les experts inter­na­tio­naux recon­naissent que les mis­sion­naires sont aus­si des pro­mo­teurs du déve­lop­pe­ment et ils admirent les remar­quables résul­tats obte­nus avec très peu de moyens.

Dans l’en­cy­clique Sollicitudo rei socia­lis, j’ai décla­ré que « l’Eglise n’a pas de solu­tions tech­niques à offrir face au pro­blème du sous-​développement comme tel », mais qu”«elle apporte sa pre­mière contri­bu­tion à la solu­tion du pro­blème urgent du déve­lop­pe­ment quand elle pro­clame la véri­té sur le Christ, sur elle-​même et sur l’homme, en l’ap­pli­quant à une situa­tion concrète»(108). La Conférence des évêques latino-​américains à Puebla a affir­mé que « le meilleur ser­vice à rendre à l’homme est l’é­van­gé­li­sa­tion qui le dis­pose à s’é­pa­nouir comme fils de Dieu, le libère des injus­tices et encou­rage son déve­lop­pe­ment intégral»(109). La mis­sion de l’Eglise n’est pas d’a­gir direc­te­ment sur le plan éco­no­mique, tech­nique, poli­tique, ou de contri­buer maté­riel­le­ment au déve­lop­pe­ment, mais elle consiste essen­tiel­le­ment à offrir aux peuples non pas « plus d’a­voir » mais « plus d’être », en réveillant les consciences par l’Evangile. « Le déve­lop­pe­ment humain authen­tique doit se fon­der sur une évan­gé­li­sa­tion tou­jours plus profonde»(110).

L’Eglise et les mis­sion­naires sont des pro­mo­teurs du déve­lop­pe­ment grâce à leurs écoles, à leurs hôpi­taux, à leurs impri­me­ries, à leurs uni­ver­si­tés, à leurs exploi­ta­tions agri­coles expé­ri­men­tales. Toutefois, le déve­lop­pe­ment d’un peuple ne vient pas d’a­bord de l’argent, ni des aides maté­rielles, ni des struc­tures tech­niques, mais bien plu­tôt de la for­ma­tion des consciences, du mûris­se­ment des men­ta­li­tés et des com­por­te­ments. C’est l’homme qui est le pro­ta­go­niste du déve­lop­pe­ment, et non pas l’argent ni la tech­nique. L’Eglise éduque les consciences en révé­lant aux peuples le Dieu qu’ils cherchent sans le connaître, en leur révé­lant la gran­deur de l’homme créé à l’i­mage de Dieu et aimé par lui, en leur révé­lant l’é­ga­li­té de tous les hommes comme fils de Dieu, leur empire sur la créa­tion qui est mise à leur ser­vice, leur devoir de s’en­ga­ger pour le déve­lop­pe­ment de tout l’homme et de tous les hommes.

59. Par le mes­sage évan­gé­lique, l’Eglise apporte une force qui libère et qui agit en faveur du déve­lop­pe­ment, pré­ci­sé­ment parce qu’il amène à la conver­sion du cœur et de l’es­prit, parce qu’il fait recon­naître la digni­té de cha­cun, parce qu’il dis­pose à la soli­da­ri­té, à l’en­ga­ge­ment, au ser­vice d’au­trui et qu’il insère l’homme dans le pro­jet de Dieu, qui est de construire un Royaume de paix et de jus­tice dès cette vie. C’est la pers­pec­tive biblique des « cieux nou­veaux et de la terre nou­velle » (cf.Is 65, 17 ; 2 P 3, 13 ; Ap 21, 1), qui a été dans l’his­toire le sti­mu­lant et le but de la marche en avant de l’hu­ma­ni­té. Le déve­lop­pe­ment de l’homme vient de Dieu, du modèle qu’est Jésus homme-​Dieu, et il doit conduire à Dieu(111). C’est la rai­son pour laquelle il y a un lien étroit entre l’an­nonce de l’Evangile et la pro­mo­tion de l’homme.

La contri­bu­tion de l’Eglise et de l’é­van­gé­li­sa­tion au déve­lop­pe­ment des peuples ne concerne pas seule­ment l’hé­mi­sphère sud pour y com­battre la misère maté­rielle et le sous-​développement mais éga­le­ment l’hé­mi­sphère nord expo­sé à la misère morale et spi­ri­tuelle engen­drée par le « sur-​développement »(112). Une cer­taine moder­ni­té a‑religieuse, qui pré­vaut dans diverses régions du monde, se fonde sur l’i­dée que, pour rendre l’homme plus homme il suf­fit de s’en­ri­chir et de pour­suivre la crois­sance tech­nique et éco­no­mique. Mais un déve­lop­pe­ment sans âme ne peut suf­fire à l’homme, et l’ex­cès d’o­pu­lence est nocif pour lui tout comme l’ex­cès de pau­vre­té. C’est le « modèle de déve­lop­pe­ment » qu’a édi­fié l’hé­mi­sphère nord et qu” il répand dans le sud, où le sens reli­gieux et les valeurs humaines qui s’y trouvent risquent d’être empor­tés par l’en­va­his­se­ment de la consommation.

« Changer de vie pour lut­ter contre la faim », tel est le slo­gan qui est appa­ru dans des milieux ecclé­siaux et qui montre aux peuples riches le che­min pour deve­nir frères des peuples pauvres il faut reve­nir à une vie plus aus­tère afin de favo­ri­ser un nou­veau modèle de déve­lop­pe­ment inté­grant les valeurs éthiques et reli­gieuses. L’activité mis­sion­naire apporte aux pauvres lumière et encou­ra­ge­ment pour leur véri­table déve­lop­pe­ment. La nou­velle évan­gé­li­sa­tion devra entre autres faire prendre conscience aux riches que l’heure est venue de se mon­trer réel­le­ment frères des pauvres, grâce à une conver­sion com­mune au « déve­lop­pe­ment inté­gral » ouvert sur l’Absolu(113).

La cha­ri­té, source et cri­tère de la mission

60. « L’Eglise dans le monde entier—ai-je décla­ré durant ma visite au Brésil—veut être l’Eglise des pauvres […]. Elle veut mettre en lumière toute la véri­té conte­nue dans les Béatitudes du Christ, et sur­tout dans la pre­mière : « Bienheureux les pauvres de cœur ». Elle veut ensei­gner cette véri­té et la mettre en pra­tique, comme Jésus est venu le faire et l’enseigner»(114).

Les jeunes Eglises, qui vivent la plu­part du temps par­mi des popu­la­tions souf­frant d’une grande pau­vre­té, expriment sou­vent cette pré­oc­cu­pa­tion comme une par­tie inté­grante de leur mis­sion. La Conférence géné­rale de l’é­pis­co­pat latino-​américain à Puebla, après avoir rap­pe­lé l’exemple de Jésus, écrit que « les pauvres méritent une atten­tion pré­fé­ren­tielle, quelle que soit la situa­tion morale ou per­son­nelle dans laquelle ils se trouvent. Ils sont faits à l’i­mage et à la res­sem­blance de Dieu […] pour être ses enfants, mais cette image est ter­nie et même outra­gée. Aussi, Dieu prend leur défense et les aime […]. Il s’en­suit que les pre­miers des­ti­na­taires de la mis­sion sont les pauvres […], et que leur évan­gé­li­sa­tion est par excel­lence un signe et une preuve de la mis­sion de Jésus»(115).

Fidèle à l’es­prit des Béatitudes, l’Eglise est appe­lée à par­ta­ger avec les pauvres et avec les oppri­més de toute sorte. C’est pour­quoi j’ex­horte tous les dis­ciples du Christ et toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes, des familles aux dio­cèses, des paroisses aux Instituts reli­gieux, à faire une révi­sion de vie sin­cère, dans le sens de la soli­da­ri­té avec les pauvres. En même temps, je remer­cie les mis­sion­naires qui, par leur pré­sence aimante et leur humble ser­vice, œuvrent en vue du déve­lop­pe­ment inté­gral de la per­sonne et de la socié­té, grâce aux écoles, aux centres sani­taires, aux lépro­se­ries, aux mai­sons d’ac­cueil pour les per­sonnes han­di­ca­pées et les vieillards, aux ini­tia­tives pour la pro­mo­tion de la femme, et d’autres encore. Je remer­cie les prêtres, les reli­gieux, les reli­gieuses et les laïcs pour leur dévoue­ment et j’a­dresse mes encou­ra­ge­ments aux volon­taires des Organisations non gou­ver­ne­men­tales, aujourd’­hui tou­jours plus nom­breux, qui se consacrent à ces œuvres de cha­ri­té et de pro­mo­tion humaine.

Ce sont en effet ces œuvres qui témoignent de l’âme de toute l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, c’est-​à-​dire de l’amour qui est et reste le moteur de la mis­sion et qui est éga­le­ment « l’u­nique cri­tère selon lequel tout doit être fait ou ne pas être fait, chan­gé ou ne pas être chan­gé. C’est le prin­cipe qui doit diri­ger toute action, et la fin à laquelle elle doit tendre. Quand on agit selon la cha­ri­té ou quand on est mû par la cha­ri­té, rien n’est désa­van­ta­geux et tout est bon »(116).

CHAPITRE VI – LES RESPONSABLES ET LES AGENTS DE LA PASTORALE MISSIONNAIRE

61. Il n’y a pas de témoi­gnage sans témoins, de même qu’il n’y a pas de mis­sion sans mis­sion­naires. Pour col­la­bo­rer à sa mis­sion et conti­nuer son œuvre de salut, Jésus choi­sit et envoie des per­sonnes qui seront ses témoins et ses apôtres : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre » (Ac 1, 8).

Les Douze sont les pre­miers agents de la mis­sion uni­ver­selle : ils consti­tuent un « sujet col­lé­gial » de la mis­sion, eux qui ont été choi­sis par Jésus pour être avec lui, et envoyés « aux bre­bis per­dues de la mai­son d’Israël » (Mt 10, 6). Cette col­lé­gia­li­té n’empêche pas que, dans le groupe, se dis­tinguent des figures par­ti­cu­lières comme Jacques, Jean, et par-​dessus tout Pierre dont la per­sonne est tel­le­ment en relief que l’ex­pres­sion « Pierre et les autres Apôtres » (Ac 2, 14. 37) s’en trouve jus­ti­fiée. Grâce à lui, s’ouvrent les hori­zons de la mis­sion uni­ver­selle, où excel­le­ra par la suite Paul qui, par la volon­té de Dieu, fut appe­lé et envoyé par­mi les païens (cf. Ga 1, 15–16).

Dans les pre­miers temps de l’ex­pan­sion mis­sion­naire, nous trou­vons, à côté des Apôtres, d’autres agents moins en vue qu’il ne faut pas oublier : il y a des per­sonnes, des groupes, des com­mu­nau­tés. La com­mu­nau­té d’Antioche est un exemple typique d’Eglise locale qui, d’é­van­gé­li­sée, se fait évan­gé­li­sa­trice et envoie ses mis­sion­naires par­mi les païens (cf. Ac 13, 2–3). L’Eglise pri­mi­tive vit la mis­sion comme une tâche com­mu­nau­taire, tout en recon­nais­sant en son sein des « envoyés spé­ciaux » ou « mis­sion­naires consa­crés aux païens », comme Paul et Barnabé.

62. Ce qui a été fait au début du chris­tia­nisme pour la mis­sion uni­ver­selle conserve sa valeur et son urgence aujourd’­hui. L’Eglise est mis­sion­naire par nature, car le pré­cepte du Christ n’est pas quelque chose de contin­gent ni d’ex­té­rieur, mais il est au cœur même de l’Eglise. Il en résulte que toute l’Eglise, que chaque Eglise, est envoyée aux païens. Les jeunes Eglises elles-​mêmes, pré­ci­sé­ment « pour que ce zèle mis­sion­naire fleu­risse chez les membres de leur patrie », doivent « dès que pos­sible, par­ti­ci­per effec­ti­ve­ment à la mis­sion uni­ver­selle de l’Eglise en envoyant elles aus­si des mis­sion­naires pour annon­cer l’Evangile par toute la terre, même si elles souffrent d’une pénu­rie de cler­gé »(117). Beaucoup le font déjà et je les encou­rage vive­ment à continuer.

Le carac­tère authen­ti­que­ment et plei­ne­ment mis­sion­naire trouve son expres­sion dans ce lien essen­tiel de com­mu­nion entre l’Eglise uni­ver­selle et les Eglises par­ti­cu­lières : « En un monde qui devient tou­jours plus petit par suite de l’a­bo­li­tion des dis­tances, les com­mu­nau­tés ecclé­siales doivent s’u­nir entre elles, échan­ger leurs éner­gies et leurs moyens, s’en­ga­ger ensemble dans l’u­nique et com­mune mis­sion d’an­non­cer et de vivre l’Evangile. Les « jeunes Eglises » …] ont besoin de la force des Eglises anciennes, et en même temps celles-​ci ont besoin du témoi­gnage et de l’im­pul­sion des jeunes Eglises, de sorte que cha­cune de ces Eglises puise dans les richesses des autres »(118).

Les pre­miers res­pon­sables de l’ac­ti­vi­té missionnaire

63. De même que le Seigneur res­sus­ci­té confia le pré­cepte de la mis­sion uni­ver­selle au col­lège apos­to­lique, avec Pierre à sa tête, de même cette res­pon­sa­bi­li­té incombe avant tout au col­lège des évêques, avec à sa tête le suc­ces­seur de Pierre(119). Conscient de cette res­pon­sa­bi­li­té, lors de mes ren­contres avec les évêques, je res­sens le devoir de m’en entre­te­nir avec eux dans la pers­pec­tive de la nou­velle évan­gé­li­sa­tion ou de la mis­sion uni­ver­selle . J’ai entre­pris de par­cou­rir les che­mins du monde, « pour annon­cer l’Evangile, pour « confir­mer mes frères » dans la foi, pour conso­ler l’Eglise, pour ren­con­trer l’homme. Ce sont des voyages de foi […]. Ce sont des occa­sions de caté­chèse iti­né­rante, d’an­nonce évan­gé­lique dans le pro­lon­ge­ment, à toutes les lati­tudes, de l’Evangile et du magis­tère apos­to­lique éten­dus aux sphères pla­né­taires d’au­jourd’­hui »(120).

Mes frères évêques sont, avec moi, direc­te­ment res­pon­sables de l’é­van­gé­li­sa­tion du monde, en tant que membres du col­lège épis­co­pal et en tant que pas­teurs des Eglises par­ti­cu­lières. A ce sujet, le Concile déclare : « Le soin d’an­non­cer l’Evangile sur toute la terre revient au corps des pas­teurs : à eux tous, en com­mun, le Christ a don­né mandat…»(121). Il affirme éga­le­ment que les évêques « ont été consa­crés non seule­ment pour un dio­cèse, mais pour le salut du monde entier »(122). Cette res­pon­sa­bi­li­té col­lé­giale a des consé­quences pra­tiques. Ainsi, « le Synode des évêques […] doit avoir par­mi les affaires d’im­por­tance géné­rale un sou­ci spé­cial de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, qui est la charge la plus impor­tante et la plus sacrée de l’Eglise »(123). Cette même res­pon­sa­bi­li­té rejaillit, à des degrés divers, sur les confé­rences épis­co­pales et sur leurs orga­nismes au niveau conti­nen­tal, qui ont donc une contri­bu­tion propre à appor­ter à l’ef­fort missionnaire(124).

Le rôle mis­sion­naire de chaque évêque, en tant que pas­teur d’une Eglise par­ti­cu­lière, est vaste lui aus­si. Il lui revient, « comme chef et centre de l’u­ni­té dans l’a­pos­to­lat dio­cè­sain, de pro­mou­voir l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, de la diri­ger, de la coor­don­ner […]. L’évêque doit veiller en outre à ce que l’ac­ti­vi­té apos­to­lique ne soit pas limi­tée aux seuls conver­tis, mais à ce qu’une juste part d’ou­vriers et de sub­sides soit des­ti­née à l’é­van­gé­li­sa­tion des non-​chrétiens »(125).

64. Chaque Eglise par­ti­cu­lière doit s’ou­vrir géné­reu­se­ment aux besoins des autres. La col­la­bo­ra­tion entre les Eglises, dans une réelle réci­pro­ci­té qui les dis­pose à don­ner et à rece­voir, est aus­si une source d’en­ri­chis­se­ment pour toutes et elle concerne les divers sec­teurs de la vie ecclé­siale. A cet égard, la décla­ra­tion des évêques à Puebla reste exem­plaire : « Enfin l’heure est arri­vée, pour l’Amérique latine, […] d’al­ler au-​delà de ses fron­tières, ad gentes. Il est cer­tain que nous avons encore besoin nous-​mêmes de mis­sion­naires, mais nous devons don­ner de notre pau­vre­té »(126).

C’est dans cet esprit que j’in­vite les évêques et les Conférences épis­co­pales à mettre géné­reu­se­ment en pra­tique ce qui est pré­vu dans les Directives que la Congrégation pour le Clergé a publiées pour la col­la­bo­ra­tion entre les Eglises par­ti­cu­lières et spé­cia­le­ment pour une meilleure répar­ti­tion du cler­gé dans le monde(127).

La mis­sion de l’Eglise est plus large que la « com­mu­nion entre les Eglises » : elle doit non seule­ment assu­rer l’aide pour la réévan­gé­li­sa­tion, mais aus­si et sur­tout être orien­tée dans le sens de l’ac­ti­vi­té spé­ci­fi­que­ment mis­sion­naire. J’en appelle à toutes les Eglises, jeunes et anciennes, pour qu’elles par­tagent avec moi cette pré­oc­cu­pa­tion, en tra­vaillant à l’ac­crois­se­ment des voca­tions mis­sion­naires et en sur­mon­tant les difficultés.

Missionnaires et Instituts « ad gentes »

65. Parmi les agents de la pas­to­rale mis­sion­naire, les per­sonnes et les ins­ti­tu­tions aux­quelles le décret Ad gentes consacre un cha­pitre spé­cial inti­tu­lé « Les mis­sion­naires »(128) occupent tou­jours, comme par le pas­sé, une place d’une impor­tance fon­da­men­tale. Ici s’im­pose une réflexion appro­fon­die avant tout pour les mis­sion­naires eux-​mêmes qui, par suite des chan­ge­ments que connaît la mis­sion, peuvent être ame­nés à ne plus com­prendre le sens de leur voca­tion, à ne plus savoir de façon pré­cise ce que l’Eglise attend d’eux aujourd’hui.

La don­née de base est consti­tuée par cette décla­ra­tion du Concile : « Bien qu’à tout dis­ciple du Christ incombe pour sa part la charge de répandre la foi, le Christ Seigneur appelle tou­jours par­mi ses dis­ciples ceux qu’il veut, pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prê­cher aux peuples païens […]. Aussi par l’Esprit Saint, qui par­tage comme il lui plaît les cha­rismes pour le bien de l’Eglise […], inspire-​t-​il la voca­tion mis­sion­naire dans le cœur de cer­tains indi­vi­dus et suscite-​t-​il en même temps dans l’Eglise des ins­ti­tuts qui se chargent comme d’un office propre de la mis­sion d’é­van­gé­li­sa­tion qui appar­tient à toute l’Eglise »(129).

Il s’a­git donc d’une « voca­tion spé­ciale », mode­lée sur celle des Apôtres. Elle se mani­feste dans le carac­tère abso­lu de l’en­ga­ge­ment au ser­vice de l’é­van­gé­li­sa­tion, un enga­ge­ment qui prend toute la per­sonne et toute la vie du mis­sion­naire, exi­geant de lui un don sans limites de ses forces et de son temps. Quant à ceux qui ont cette voca­tion, « envoyés par l’au­to­ri­té légi­time, ils partent dans la foi et l’o­béis­sance vers ceux qui sont loin du Christ, mis à part pour l’œuvre en vue de laquelle ils ont été choi­sis […] comme ministres de l’Evangile »(130). Les mis­sion­naires doivent sans cesse médi­ter sur la réponse exi­gée par le don qu’ils ont reçu et entre­te­nir leur for­ma­tion doc­tri­nale et apostolique.

66. Les Instituts mis­sion­naires, de leur côté, emploie­ront toutes les res­sources néces­saires, met­tant à pro­fit leur expé­rience et leur créa­ti­vi­té dans la fidé­li­té au cha­risme de leur ori­gine, pour pré­pa­rer comme il convient les can­di­dats et assu­rer le renou­vel­le­ment des éner­gies spi­ri­tuelles, morales et phy­siques de leurs membres(131). Ils se consi­dé­re­ront comme à part entière dans la com­mu­nau­té ecclé­siale et ils agi­ront en com­mu­nion avec elle. En effet, « tout Institut est né pour l’Eglise et est tenu de l’en­ri­chir de ses élé­ments carac­té­ris­tiques mar­qués par un esprit par­ti­cu­lier et une mis­sion spé­ci­fique », les évêques eux-​mêmes sont les gar­diens de cette fidé­li­té au cha­risme de l’origine(132).

Les Instituts mis­sion­naires sont nés géné­ra­le­ment dans les Eglises de chré­tien­té ancienne et, his­to­ri­que­ment, ils ont été des ins­tru­ments de la Congrégation de Propaganda Fide pour la dif­fu­sion de la foi et la fon­da­tion de nou­velles Eglises. Ils accueillent aujourd’­hui, et de plus en plus, des can­di­dats pro­ve­nant des jeunes Eglises qu’ils ont fon­dées, tan­dis que de nou­veaux Instituts sont nés pré­ci­sé­ment dans les pays qui aupa­ra­vant rece­vaient seule­ment des mis­sion­naires et qui aujourd’­hui en envoient. Il faut louer cette double ten­dance qui montre la valeur et l’ac­tua­li­té de la voca­tion mis­sion­naire spé­ci­fique de ces Instituts, les­quels « demeurent abso­lu­ment néces­saires »(133), non seule­ment pour l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire ad gentes selon leur tra­di­tion, mais aus­si pour l’a­ni­ma­tion mis­sion­naire tant dans les Eglises de chré­tien­té ancienne que dans les jeunes Eglises.

La voca­tion spé­ciale des mis­sion­naires ad vitam conserve toute sa valeur : elle est le para­digme de l’en­ga­ge­ment mis­sion­naire de l’Eglise, qui a tou­jours besoin que cer­tains se donnent radi­ca­le­ment et tota­le­ment, qui a tou­jours besoin d’é­lans nou­veaux et auda­cieux. Que les mis­sion­naires, hommes et femmes, qui ont consa­cré toute leur vie à témoi­gner du Ressuscité par­mi les nations, ne se laissent donc pas effrayer par des doutes, des incom­pré­hen­sions, des refus, des per­sé­cu­tions. Qu’ils réveillent la grâce de leur cha­risme spé­ci­fique et reprennent leur route avec cou­rage, en pré­fé­rant – en esprit de foi, d’o­béis­sance et de com­mu­nion avec leurs Pasteurs – les postes les plus humbles et les plus difficiles !

Prêtres dio­cé­sains pour la mis­sion universelle

67. Collaborateurs de l’é­vêque, les prêtres, en ver­tu du sacre­ment de l’Ordre, sont appe­lés à par­ta­ger la sol­li­ci­tude pour la mis­sion : « Le don spi­ri­tuel que les prêtres ont reçu à l’or­di­na­tion les pré­pare, non pas à une mis­sion limi­tée et res­treinte, mais à une mis­sion de salut d’am­pleur uni­ver­selle, « jus­qu’aux extré­mi­tés de la terre » […]; n’im­porte quel minis­tère sacer­do­tal par­ti­cipe, en effet aux dimen­sions uni­ver­selles de la mis­sion confiée par le Christ aux Apôtres »(134). Pour cette rai­son, la for­ma­tion même des can­di­dats au sacer­doce doit viser à leur don­ner « ce véri­table esprit catho­lique qui les habi­tue­ra à dépas­ser les limites de leur dio­cèse, de leur nation ou de leur rite pour sub­ve­nir aux besoins de l’Eglise entière, prêts au fond du cœur à prê­cher l’Evangile en quelque lieu que ce soit »(135). Tous les prêtres doivent avoir un cœur et une men­ta­li­té mis­sion­naires, être ouverts aux besoins de l’Eglise et du monde, atten­tifs aux plus éloi­gnés et sur­tout aux groupes non chré­tiens de leur milieu. Dans la prière et en par­ti­cu­lier dans le sacri­fice eucha­ris­tique, ils por­te­ront la sol­li­ci­tude de toute l’Eglise pour l’en­semble de l’humanité.

Plus spé­cia­le­ment, les prêtres qui se trouvent dans des zones à mino­ri­té chré­tienne doivent être mus par un zèle et une volon­té mis­sion­naires par­ti­cu­liers ; le Seigneur, en effet, leur confie non seule­ment la sol­li­ci­tude pas­to­rale de la com­mu­nau­té chré­tienne mais aus­si et sur­tout l’é­van­gé­li­sa­tion de leurs com­pa­triotes qui ne font pas par­tie de son trou­peau. Ils « ne man­que­ront pas de se rendre effec­ti­ve­ment dis­po­nibles à l’é­gard de l’Esprit Saint et de l’é­vêque, afin d’être envoyés pour prê­cher l’Evangile au-​delà des fron­tières de leur pays. Cela exi­ge­ra d’eux non seule­ment la matu­ri­té dans la voca­tion, mais aus­si une capa­ci­té peu com­mune de se déta­cher de leur patrie, de leur eth­nie, de leur famille, et une apti­tude remar­quable à s’in­té­grer dans d’autres cultures, avec intel­li­gence et res­pect »(136).

68. Dans l’en­cy­clique Fidei donum, Pie XII, avec une intui­tion pro­phé­tique, encou­ra­gea les évêques à don­ner quelques-​uns de leurs prêtres pour un ser­vice tem­po­raire des Eglises d’Afrique, approu­vant en même temps les ini­tia­tives qui exis­taient déjà dans ce domaine. Vingt-​cinq ans plus tard, j’ai vou­lu sou­li­gner la grande nou­veau­té de ce docu­ment « qui a fait dépas­ser la dimen­sion ter­ri­to­riale du ser­vice pres­by­té­ral pour l’ou­vrir à l’Eglise tout entière »(137). Aujourd’hui, la valeur et la fécon­di­té de cette expé­rience sont confir­mées ; en effet, ceux qu’on appelle les prêtres Fidei donum mettent en évi­dence d’une manière sin­gu­lière les liens de com­mu­nion entre les Eglises, ils four­nissent un pré­cieux apport à la crois­sance de com­mu­nau­tés ecclé­siales dans le besoin, et de leur côté ils reçoivent d’elles la fraî­cheur et la vita­li­té de leur foi. Il faut, bien sûr, que le ser­vice mis­sion­naire du prêtre dio­cè­sain réponde à cer­tains cri­tères et à cer­taines condi­tions. On doit envoyer des prêtres choi­sis par­mi les meilleurs, aptes et dûment pré­pa­rés à la tâche par­ti­cu­lière qui les attend(138). lls devront s’in­té­grer dans le nou­veau milieu ecclé­sial qui les accueille avec un esprit ouvert et fra­ter­nel, et ils consti­tue­ront un unique pres­by­te­rium avec les prêtres du lieu, sous l’au­to­ri­té de l’évêque(139). Je sou­haite que l’es­prit de ser­vice de ces prêtres aug­mente au sein du pres­by­te­rium des Eglises anciennes et qu’il se déve­loppe dans celui des Eglises plus récentes.

La fécon­di­té mis­sion­naire de la consécration

69. Dans la richesse inépui­sable et mul­ti­forme de l’Esprit prennent place les voca­tions des Instituts de vie consa­crée, dont les membres, puis­qu’ils « se vouent au ser­vice de l’Eglise en ver­tu même de leur consé­cra­tion, sont tenus par l’o­bli­ga­tion de tra­vailler de manière spé­ciale à l’œuvre mis­sion­naire, selon le mode propre à leur Institut »(140). L’histoire atteste les grands mérites des familles reli­gieuses dans la pro­pa­ga­tion de la foi et dans la for­ma­tion de nou­velles Eglises, depuis les antiques Institutions monas­tiques et les Ordres médié­vaux jus­qu’aux Congrégations modernes.

a) A la suite du Concile, j’in­vite les Instituts de vie contem­pla­tive à éta­blir des com­mu­nau­tés dans les jeunes Eglises afin de rendre, « par­mi les non-​chrétiens, un magni­fique témoi­gnage de la majes­té et de la cha­ri­té de Dieu, et de l’u­nion dans le Christ »(141). Cette pré­sence est par­tout bien­fai­sante dans le monde non chré­tien, spé­cia­le­ment dans les régions où les reli­gions ont une grande estime pour la vie contem­pla­tive à cause de l’as­cèse et de la recherche de l’Absolu.

b) Je rap­pelle aux Instituts de vie active qu’ils ont devant eux les immenses espaces de la cha­ri­té, de l’an­nonce de l’Evangile, de l’é­du­ca­tion chré­tienne, de la culture et de la soli­da­ri­té avec les pauvres, les vic­times de la dis­cri­mi­na­tion, les mar­gi­naux et les oppri­més. Ces Instituts, qu’ils pour­suivent ou non une fin stric­te­ment mis­sion­naire, doivent se deman­der s’ils peuvent et s’ils veulent étendre leur acti­vi­té en vue de l’ex­pan­sion du règne de Dieu. Cette demande a été accueillie posi­ti­ve­ment, ces tout der­niers temps, par de nom­breux Instituts, mais je vou­drais qu’elle soit davan­tage étu­diée et mise en pra­tique en vue d’un ser­vice authen­tique. L’Eglise doit faire connaître les grandes valeurs évan­gé­liques dont elle est por­teuse, et per­sonne ne témoigne de façon plus convain­cante de ces valeurs que ceux qui font pro­fes­sion de vie consa­crée dans la chas­te­té, la pau­vre­té et l’o­béis­sance, par un don total à Dieu et une pleine dis­po­ni­bi­li­té pour ser­vir l’homme et la socié­té à l’exemple du Christ(142).

70. J’adresse un mot spé­cial d’es­time aux reli­gieuses mis­sion­naires, chez qui la vir­gi­ni­té pour le Royaume se tra­duit en mul­tiples fruits de mater­ni­té spi­ri­tuelle : la mis­sion ad gentes leur offre pré­ci­sé­ment un vaste champ afin d’y réa­li­ser un « don de soi pour aimer, de manière totale et sans par­tage »(143). L’exemple et l’ac­ti­vi­té de la femme vierge, consa­crée à l’a­mour de Dieu et du pro­chain, spé­cia­le­ment le plus pauvre, sont indis­pen­sables en tant que signes évan­gé­liques auprès des peuples et des cultures où la femme doit encore par­cou­rir un long che­min vers sa pro­mo­tion humaine et sa libé­ra­tion. Je sou­haite que beau­coup de jeunes femmes chré­tiennes se sentent atti­rées par ce don de soi géné­reux au Christ, et qu’elles puisent dans leur consé­cra­tion la force et la joie de témoi­gner de lui par­mi les peuples qui l’ignorent.

Tous les laïcs sont mis­sion­naires en ver­tu de leur baptême

71. Les papes de ces der­niers temps ont beau­coup insis­té sur l’im­por­tance du rôle des laïcs dans l’ac­ti­vi­té missionnaire(144). Dans l’ex­hor­ta­tion Christifideles lai­ci, j’ai, moi aus­si, par­lé expli­ci­te­ment de « la mis­sion per­ma­nente qui est celle de por­ter l’Evangile à tous ceux—et ils sont des mil­lions et des mil­lions d’hommes et de femmes—qui ne connaissent pas encore le Christ Rédempteur de l’homme »(145) et de l’en­ga­ge­ment cor­res­pon­dant des fidèles laïcs. La mis­sion concerne tout le Peuple de Dieu : même si la fon­da­tion d’une nou­velle Eglise exige l’Eucharistie, et donc le minis­tère sacer­do­tal, la mis­sion, qui s’ef­fec­tue sous des formes diverses, est la tâche de tous les fidèles.

La par­ti­ci­pa­tion des laïcs à la dif­fu­sion de la foi appa­raît clai­re­ment dès les pre­miers temps du chris­tia­nisme, grâce à l’ac­tion des fidèles et des familles comme de la com­mu­nau­té tout entière. Pie XII le rap­pe­lait déjà en expo­sant dans sa pre­mière ency­clique mis­sion­naire l’his­toire des mis­sions laïques(146). La par­ti­ci­pa­tion active des mis­sion­naires laïcs, hommes et femmes, n’a pas man­qué non plus dans les temps modernes. Comment ne pas rap­pe­ler le rôle impor­tant tenu par les mis­sion­naires laïques, leur tra­vail dans les familles, dans les écoles, dans la vie poli­tique, sociale et cultu­relle, et en par­ti­cu­lier l’en­sei­gne­ment de la doc­trine chré­tienne qu’elles assurent ? Il faut même recon­naître – et c’est tout à leur hon­neur – que cer­taines Eglises sont nées grâce à l’ac­ti­vi­té des laïcs mis­sion­naires, hommes et femmes.

Le Concile Vatican II a confir­mé cette tra­di­tion, met­tant en lumière le carac­tère mis­sion­naire de tout le Peuple de Dieu, en par­ti­cu­lier l’a­pos­to­lat des laïcs(147), et sou­li­gnant la contri­bu­tion spé­ci­fique que ceux-​ci sont appe­lés à appor­ter à l’ac­ti­vi­té missionnaire(148). La néces­si­té pour tous les fidèles de par­ta­ger une telle res­pon­sa­bi­li­té n’est pas seule­ment une ques­tion d’ef­fi­ca­ci­té apos­to­lique : c’est un devoir et un droit fon­dés sur la digni­té confé­rée par le bap­tême, en rai­son de laquelle « les fidèles laïcs par­ti­cipent, pour leur part, à la triple fonc­tion de Jésus Christ : sacer­do­tale, pro­phé­tique et royale »(149). C’est pour­quoi ils « sont tenus par l’o­bli­ga­tion géné­rale et jouissent du droit, indi­vi­duel­le­ment ou grou­pés en asso­cia­tions, de tra­vailler à ce que le mes­sage divin du salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre ; cette obli­ga­tion est encore plus pres­sante lorsque ce n’est que par eux que les hommes peuvent entendre l’Evangile et connaître le Christ »(150). En outre, vu le carac­tère sécu­lier qui leur est propre, ils ont pour voca­tion par­ti­cu­lière de « cher­cher le règne de Dieu à tra­vers la gérance des choses tem­po­relles qu’ils ordonnent selon Dieu »(151).

72. Les domaines où les laïcs sont pré­sents et exercent une action mis­sion­naire sont trés éten­dus. Le pre­mier de ces domaines, « c’est le monde vaste et com­plexe de la poli­tique, de la vie sociale, de l’économie…»(152), sur le plan local, natio­nal et inter­na­tio­nal. A l’in­té­rieur de l’Eglise, on trouve divers types de ser­vices, de fonc­tions, de minis­tères et de formes d’a­ni­ma­tion de la vie chré­tienne. Je rap­pelle, comme une nou­veau­té que nombre d’Eglises ont vue naître ces der­niers temps, le grand déve­lop­pe­ment des « Mouvements ecclé­siaux », doués de dyna­misme mis­sion­naire. Lorsqu’ils s’in­sèrent avec humi­li­té dans la vie des Eglises locales et qu’ils sont accueillis cor­dia­le­ment par les évêques et les prêtres dans les struc­tures dio­cè­saines et parois­siales, les Mouvements repré­sentent un véri­table don de Dieu pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion et pour l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire pro­pre­ment dite. Je recom­mande donc qu’on les déve­loppe et que l’on recoure à eux pour redon­ner de la vigueur sur­tout chez les jeunes, à la vie chré­tienne et à l’é­ven­gé­li­sa­tion, dans une vision plu­ra­liste des formes d’as­so­cia­tion et d’expression.

Dans l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, il faut valo­ri­ser les diverses façons dont se pré­sente le laï­cat, tout en res­pec­tant la nature et la fina­li­té de cha­cune : asso­cia­tions du laï­cat mis­sion­naire, orga­nismes chré­tiens de volon­ta­riat inter­na­tio­nal, mou­ve­ments ecclé­siaux, groupes et asso­cia­tions de tout genre doivent s’en­ga­ger dans la mis­sion ad gentes et dans la col­la­bo­ra­tion avec les Eglises locales. Ainsi sera favo­ri­sée la crois­sance d’un laï­cat mûr et res­pon­sable dont « la for­ma­tion […] a sa place dans les jeunes Eglises comme élé­ment essen­tiel et irrem­pla­çable de l’im­plan­ta­tion de l’Eglise »(153).

L’activité des caté­chistes et la varié­té des ministères

73. Parmi les laïcs qui deviennent évan­gé­li­sa­teurs se trouvent au pre­mier rang les caté­chistes. Le décret sur les mis­sions les décrit comme « cette armée qui a si magni­fi­que­ment méri­té de l’œuvre des mis­sions auprès des païens […]; péné­trés de l’es­prit apos­to­lique, [ils] apportent par leurs labeurs consi­dé­rables une aide sin­gu­lière et abso­lu­ment néces­saire à l’ex­pan­sion de la foi et de l’Eglise »(154). Ce n’est pas sans rai­son que les Eglises de fon­da­tion ancienne, s’en­ga­geant dans une nou­velle évan­gé­li­sa­tion, ont mul­ti­plié les caté­chistes et inten­si­fié la caté­chèse. « Ce sont les caté­chistes en terre de mis­sion qui portent par excel­lence ce titre de « caté­chistes ». […] Des Eglises aujourd’­hui flo­ris­santes ne se seraient pas édi­fiées sans eux »(155).

Malgré la mul­ti­pli­ca­tion des ser­vices ecclé­siaux et extra-​ecclésiaux, le minis­tère des caté­chistes reste tou­jours néces­saire et a ses carac­té­ris­tiques propres : les caté­chistes sont des agents spé­cia­li­sés, des témoins directs, des évan­gé­li­sa­teurs irrem­pla­çables, qui repré­sentent la force de base des com­mu­nau­tés chré­tiennes, par­ti­cu­liè­re­ment dans les jeunes Eglises, comme je l’ai sou­vent décla­ré et consta­té au cours de mes voyages mis­sion­naires. Le nou­veau Code de Droit cano­nique recon­naît leur tâche, leurs qua­li­tés, les exi­gences de leur fonction(156).

Mais on ne sau­rait oublier que le tra­vail des caté­chistes se com­plique de charges nou­velles et plus amples en rai­son des chan­ge­ments en cours dans les domaines ecclé­sial et cultu­rel. Ce que sug­gé­rait déjà le Concile garde toute sa valeur aujourd’­hui : une pré­pa­ra­tion doc­tri­nale et péda­go­gique appro­fon­die, un constant renou­vel­le­ment spi­ri­tuel et apos­to­lique, la néces­si­té de « pro­cu­rer un état de vie décent et la sécu­ri­té sociale » aux catéchistes(157). Il est impor­tant éga­le­ment de favo­ri­ser la créa­tion et le déve­lop­pe­ment d’é­coles de for­ma­tion pour caté­chistes, qui, une fois approu­vées par les Conférences épis­co­pales, confèrent des diplômes offi­ciel­le­ment recon­nus par ces dernières(158).

74. A côté des caté­chistes, il faut rap­pe­ler les autres formes de ser­vice de la vie de l’Eglise et de la mis­sion et les autres fonc­tions : ani­ma­teurs de la prière, du chant et de la litur­gie, chefs de com­mu­nau­tés ecclé­siales de base et de groupes bibliques ; res­pon­sables des œuvres de cha­ri­té ; admi­nis­tra­teurs des biens de l’Eglise ; diri­geants des divers groupes d’a­pos­to­lat ; ensei­gnants de reli­gion dans les écoles. Tous les fidèles laïcs doivent consa­crer à l’Eglise une par­tie de leur temps, en vivant d’une manière cohé­rente avec leur foi.

La Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples et les autres struc­tures de l’ac­ti­vi­té missionnaire

75. Les res­pon­sables et les agents de la pas­to­rale mis­sion­naire doivent se sen­tir unis dans la com­mu­nion qui carac­té­rise le Corps mys­tique. Le Christ a prié à cette inten­tion à la der­nière Cène : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aus­si soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). C’est dans cette com­mu­nion que réside le fon­de­ment de la fécon­di­té de la mission.

Mais l’Eglise est éga­le­ment une com­mu­nion visible et orga­nique et c’est pour­quoi la mis­sion requiert une union exté­rieure et ordon­née entre les diverses res­pon­sa­bi­li­tés et les diverses fonc­tions, de façon que tous les membres « dépensent leurs forces d’un même cœur pour la construc­tion de l’Eglise »(159).

Il incombe au Dicastère mis­sion­naire « de diri­ger et de coor­don­ner dans le monde entier l’œuvre même de l’é­van­gé­li­sa­tion des peuples et la coopé­ra­tion mis­sion­naire, étant sauve la com­pé­tence de la Congrégation pour les Eglises orien­tales »(160). C’est donc par ce Dicastère que « doivent être sus­ci­tés, et répar­tis selon les besoins les plus urgents des régions, les mis­sion­naires. C’est par lui que doit être éta­bli un plan ration­nel d’ac­tion ; de lui que doivent pro­ve­nir les normes direc­trices et les prin­cipes adop­tés en vue de l’é­van­gé­li­sa­tion ; par lui que doivent être don­nées les impul­sions »(161). Je ne puis que confir­mer ces sages dis­po­si­tions : pour relan­cer la mis­sion ad gentes, il faut le centre d’im­pul­sion, de direc­tion et de coor­di­na­tion qu’est la Congrégation pour l’Evangélisation. J’invite les Conférences épis­co­pales et leurs orga­nismes, les supé­rieurs majeurs des Ordres, des Congrégations et des Instituts, les orga­nismes de laïcs enga­gés dans l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, à col­la­bo­rer fidè­le­ment avec cette Congrégation, qui a l’au­to­ri­té néces­saire pour orga­ni­ser et diri­ger l’ac­ti­vi­té et la coopé­ra­tion mis­sion­naires au niveau universel.

Cette même Congrégation, qui a der­rière elle une longue et glo­rieuse expé­rience, est appe­lée à jouer un rôle de pre­mière impor­tance sur le plan de la réflexion et des pro­grammes d’ac­tion dont l’Eglise a besoin pour se tour­ner de façon plus déci­sive vers la mis­sion sous ses dif­fé­rentes formes. A cette fin, la Congrégation doit entre­te­nir des rap­ports étroits avec les autres Dicastères du Saint-​Siège, avec les Eglises par­ti­cu­lières et avec les forces mis­sion­naires. Selon une ecclé­sio­lo­gie de com­mu­nion, toute l’Eglise est mis­sion­naire, mais il se confirme aus­si que des voca­tions et des ins­ti­tu­tions spé­ci­fiques pour le tra­vail ad gentes sont tou­jours indis­pen­sables ; c’est pour­quoi le rôle de direc­tion et de coor­di­na­tion de ce Dicastère mis­sion­naire reste trés impor­tant afin que tous s’at­taquent ensemble aux grandes ques­tions d’in­té­rêt com­mun, étant sauves les com­pé­tences propres de chaque auto­ri­té et de chaque structure.

76. Au niveau natio­nal et régio­nal, les Conférences épis­co­pales et leurs divers regrou­pe­ments revêtent une grande impor­tance pour l’o­rien­ta­tion et la coor­di­na­tion de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire. Le Concile leur demande de « trai­ter en plein accord des ques­tions les plus graves et des pro­blèmes les plus urgents, sans négli­ger cepen­dant les dif­fé­rences locales »(162), et de trai­ter aus­si du pro­blème de l’in­cul­tu­ra­tion. Concrètement, il y a déjà une acti­vi­té éten­due et régu­lière dans ce domaine, et les fruits en sont visibles. Cette acti­vi­té doit être inten­si­fiée et mieux reliée à celle d’autres orga­nismes des mêmes Conférences épis­co­pales, afin que la sol­li­ci­tude mis­sion­naire ne soit pas lais­sée à un sec­teur ou à un orga­nisme don­né mais qu’elle soit par­ta­gée par tous. Ces orga­nismes et les ins­ti­tu­tions qui se livrent à l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire pren­dront soin de coor­don­ner les efforts et les ini­tia­tives. Les Conférences des supé­rieurs majeurs le feront pour ce qui les concerne, en rela­tion avec les Conférences épis­co­pales, confor­mé­ment aux indi­ca­tions et aux normes établies(163), en recou­rant aus­si à des com­mis­sions mixtes(164). Enfin, il est sou­hai­table qu’il y ait des ren­contres et des formes de col­la­bo­ra­tion entre les diverses ins­ti­tu­tions mis­sion­naires, tant pour la for­ma­tion et les études(165) que pour l’ac­tion apos­to­lique à conduire.

CHAPITRE VII – LA COOPÉRATION A L’ACTIVITÉ MISSIONNAIRE

77. Membres de l’Eglise en ver­tu de leur bap­tême, tous les chré­tiens sont cores­pon­sables de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire. La par­ti­ci­pa­tion des com­mu­nau­tés et des fidèles à ce droit et à ce devoir est appe­lée « coopé­ra­tion missionnaire ».

Cette coopé­ra­tion s’en­ra­cine et se vit avant tout dans l’u­nion per­son­nelle au Christ : c’est seule­ment si l’on est uni à lui comme les sar­ments à la vigne (cf. Jn 15, 5) que l’on peut por­ter de bons fruits. La sain­te­té de la vie per­met à tout chré­tien d’être fécond dans la mis­sion de l’Eglise : le Saint Concile invite « tous les chré­tiens à une pro­fonde réno­va­tion inté­rieure, afin qu’ayant une conscience vive de leur propre res­pon­sa­bi­li­té dans la dif­fu­sion de l’Evangile, ils assument leur part dans l’œuvre mis­sion­naire auprès des païens »(166).

La par­ti­ci­pa­tion à la mis­sion uni­ver­selle ne se réduit donc pas à quelques acti­vi­tés par­ti­cu­lières mais elle est le signe de la matu­ri­té de la foi et d’une vie chré­tienne qui porte du fruit. Ainsi, le croyant élar­git les dimen­sions de sa cha­ri­té, mani­fes­tant sa sol­li­ci­tude pour ceux qui sont loin comme pour ceux qui sont près : il prie pour les mis­sions et pour les voca­tions mis­sion­naires, il aide les mis­sion­naires, il suit avec inté­rêt leur acti­vi­té et, quand ils reviennent, il les accueille avec la même joie que celle avec laquelle les pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes écou­taient les Apôtres décrire les mer­veilles que Dieu avait accom­plies par leur pré­di­ca­tion (cf. Ac 14, 27).

Prière et sacri­fices pour les missionnaires

78. Parmi les formes de par­ti­ci­pa­tion, la pre­mière place revient à la coopé­ra­tion spi­ri­tuelle : prière, sacri­fice, témoi­gnage de vie chré­tienne. La prière doit accom­pa­gner les mis­sion­naires dans leur marche afin que l’an­nonce de la Parole soit ren­due effi­cace par la grâce divine. Saint Paul demande sou­vent dans ses Lettres que les fidèles prient pour lui afin qu’il lui soit accor­dé d’an­non­cer l’Evangile avec confiance et audace.

A la prière, il est néces­saire d’u­nir le sacri­fice. La valeur sal­vi­fique de toute souf­france accep­tée et offerte à Dieu avec amour découle du sacri­fice du Christ, qui appelle les membres de son Corps mys­tique à s’as­so­cier à ses propres souf­frances et à les com­plé­ter en leur chair (cf. Col 1, 24). Le sacri­fice du mis­sion­naire doit être par­ta­gé et sou­te­nu par celui des fidèles. C’est pour­quoi je recom­mande à ceux qui exercent leur minis­tère pas­to­ral par­mi les malades de leur apprendre la valeur de la souf­france et de les encou­ra­ger à l’of­frir à Dieu pour les mis­sion­naires. Par cette offrande, les malades deviennent mis­sion­naires eux aus­si, comme le sou­lignent cer­tains mou­ve­ments nés par­mi eux et pour eux. La solen­ni­té de la Pentecôte – jour où com­men­ça la mis­sion de l’Eglise – est célé­brée dans cer­taines com­mu­nau­tés comme la « jour­née de la souf­france pour les missions ».

« Me voi­ci, Seigneur, je suis prét. Envoie-​moi ! » (cf. Is 6, 8)

79. La coopé­ra­tion s’ex­prime éga­le­ment par la pro­mo­tion des voca­tions mis­sion­naires. A cet égard, il faut recon­naître la valeur des dif­fé­rentes formes d’en­ga­ge­ment mis­sion­naire, mais il faut en même temps réaf­fir­mer la prio­ri­té du don de soi total et per­pé­tuel à l’œuvre des mis­sions, spé­cia­le­ment dans les Instituts et les Congrégations mis­sion­naires d’hommes et de femmes. La pro­mo­tion de ces voca­tions est au cœur de la coopé­ra­tion : l’an­nonce de l’Evangile requiert des annon­cia­teurs, la mois­son a besoin d’ou­vriers, la mis­sion se fait sur­tout avec des hommes et des femmes consa­crés pour la vie à l’œuvre de l’Evangile, dis­po­sés à aller dans le monde entier pour por­ter le salut.

Je désire donc rap­pe­ler et recom­man­der cette sol­li­ci­tude pour les voca­tions mis­sion­naires. Conscients de la res­pon­sa­bi­li­té uni­ver­selle qu’ont les chré­tiens de contri­buer à l’œuvre mis­sion­naire et au déve­lop­pe­ment des peuples pauvres, nous devons tous nous deman­der pour­quoi, dans un cer­tain nombre de pays, alors que s’ac­croissent les dons maté­riels, les voca­tions mis­sion­naires risquent de dis­pa­raître, elles qui sont la vraie mesure du don de soi aux autres. Les voca­tions au sacer­doce et à la vie consa­crée sont un signe cer­tain de la vita­li­té d’une Eglise.

80. En pen­sant à ce grave pro­blème, j’a­dresse mon appel avec une confiance et une affec­tion par­ti­cu­lières aux familles et aux jeunes. Que les familles, et sur­tout les parents, aient conscience qu’il leur faut appor­ter « une contri­bu­tion par­ti­cu­lière à la cause mis­sion­naire de l’Eglise en culti­vant les voca­tions mis­sion­naires par­mi leurs fils et leurs filles »(167).

Une vie de prière intense, un sens réel du ser­vice du pro­chain et une par­ti­ci­pa­tion géné­reuse aux acti­vi­tés ecclé­siales créent dans les familles les condi­tions favo­rables à la voca­tion des jeunes. Lorsque des parents sont prêts à lais­ser un de leurs enfants par­tir en mis­sion, lors­qu’ils ont deman­dé cette grâce au Seigneur, il les récom­pen­se­ra dans la joie le jour où un fils ou une fille enten­dra son appel.

Je demande aux jeunes eux-​mêmes d’é­cou­ter la parole du Christ qui leur dit, de même qu’à Simon-​Pierre et à André au bord du lac : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19). Qu’ils osent répondre, comme autre­fois Isaïe : « Me voi­ci, Seigneur, je suis prêt. Envoie-​moi » (cf. Is 6, 8)! Ils auront devant eux une vie fas­ci­nante ; ils connaî­tront le bon­heur vrai d’an­non­cer la Bonne Nouvelle à des frères et sœurs qu’ils entraî­ne­ront sur la route du salut.

« Il y a plus de bon­heur à don­ner qu’à rece­voir » (Ac 20, 35)

81. Les besoins maté­riels et éco­no­miques des mis­sions sont nom­breux, non seule­ment pour fon­der l’Eglise avec un mini­mum de struc­tures (cha­pelles, écoles de for­ma­tion des caté­chistes et des sémi­na­ristes, loge­ments) mais aus­si pour sou­te­nir les œuvres de cha­ri­té, d’é­du­ca­tion et de pro­mo­tion humaine, champ d’ac­tion immense, spé­cia­le­ment dans les pays pauvres. L’Eglise mis­sion­naire donne ce qu’elle reçoit, elle dis­tri­bue aux pauvres ce que ses fils mieux pour­vus de biens maté­riels mettent géné­reu­se­ment à sa dis­po­si­tion. Je vou­drais ici remer­cier tous ceux qui donnent, en se sacri­fiant, pour l’œuvre mis­sion­naire : leurs pri­va­tions et leur par­ti­ci­pa­tion sont indis­pen­sables pour édi­fier l’Eglise et témoi­gner de la charité.

A pro­pos de l’aide maté­rielle, il est impor­tant de voir avec quel esprit on donne. Et pour cela il faut réflé­chir à son propre style de vie : les mis­sions ne demandent pas seule­ment une aide mais aus­si un par­tage pour l’an­nonce mis­sion­naire et la cha­ri­té envers les pauvres. Tout ce que nous avons reçu de Dieu – la vie comme les biens maté­riels – n’est pas à nous : cela est mis à notre dis­po­si­tion. La géné­ro­si­té avec laquelle on donne doit tou­jours être éclai­rée et ins­pi­rée par la foi ; alors, vrai­ment, il y a plus de bon­heur à don­ner qu’à recevoir.

La Journée mon­diale des Missions, des­ti­née à sen­si­bi­li­ser les fidèles au pro­blème mis­sion­naire mais aus­si à recueillir des fonds, est un rendez-​vous impor­tant dans la vie de l’Eglise car elle enseigne com­ment don­ner : dans la célé­bra­tion eucha­ris­tique, c’est-​à-​dire comme offrande à Dieu, et pour toutes les mis­sions du monde.

Nouvelles formes de coopé­ra­tion missionnaire

82. La coopé­ra­tion s’é­lar­git aujourd’­hui en pre­nant des formes nou­velles, qui com­portent non seule­ment l’aide éco­no­mique mais aus­si la par­ti­ci­pa­tion directe. Des situa­tions nou­velles liées au phé­no­mène de la mobi­li­té exigent des chré­tiens un authen­tique esprit missionnaire.

Le tou­risme à carac­tère inter­na­tio­nal est désor­mais un fait de masse. Il est posi­tif si on le pra­tique dans une atti­tude res­pec­tueuse, en vue d’un mutuel enri­chis­se­ment cultu­rel, en évi­tant l’os­ten­ta­tion et le gas­pillage, en cher­chant les contacts humains. Mais aux chré­tiens, il est deman­dé sur­tout d’a­voir conscience qu’il leur faut tou­jours être témoins de la foi et de la cha­ri­té du Christ. La connais­sance directe de la vie mis­sion­naire et des nou­velles com­mu­nau­tés chré­tiennes peut, elle aus­si, enri­chir et affer­mir la foi. Les visites que l’on rend aux mis­sions sont une très bonne chose, sur­tout de la part des jeunes qui y vont pour ser­vir et pour faire une forte expé­rience de vie chrétienne.

Les exi­gences du tra­vail conduisent aujourd’­hui de nom­breux chré­tiens de jeunes com­mu­nau­tés dans des régions où le chris­tia­nisme est incon­nu, et par­fois ban­ni ou per­sé­cu­té. Il en est de même pour les fidèles des pays d’an­cienne tra­di­tion chré­tienne qui tra­vaillent tem­po­rai­re­ment dans des pays non chré­tiens. Ces cir­cons­tances donnent évi­dem­ment l’oc­ca­sion de vivre sa foi et d’en témoi­gner. Dans les pre­miers siècles, le chris­tia­nisme s’est répan­du sur­tout parce que les chré­tiens qui voya­geaient ou allaient s’é­ta­blir dans des régions où le Christ n’a­vait pas été annon­cé, y témoi­gnaient de leur foi avec cou­rage et y fon­daient les pre­mières communautés.

Plus nom­breux encore sont les citoyens des pays de mis­sion et les fidèles de reli­gions non chré­tiennes qui vont s’é­ta­blir dans d’autres pays, pour des motifs d’é­tudes et de tra­vail, ou bien contraints par la situa­tion poli­tique ou éco­no­mique de leur lieu d’o­ri­gine. La pré­sence de ces frères dans les pays de chré­tien­té ancienne est pour les com­mu­nau­tés ecclé­siales un défi qui les incite à l’ac­cueil, au dia­logue, au ser­vice, au par­tage, au témoi­gnage et à l’an­nonce directe. En pra­tique, même dans les pays chré­tiens, se forment des groupes humains et cultu­rels qui appellent la mis­sion ad gentes, et les Eglises locales, avec au besoin l’aide de per­sonnes pro­ve­nant des pays des immi­grés et de mis­sion­naires ren­trés chez eux, doivent se pen­cher avec géné­ro­si­té sur ces situations.

La coopé­ra­tion peut aus­si enga­ger les res­pon­sables de la poli­tique, de l’é­co­no­mie, de la culture, du jour­na­lisme, sans oublier éga­le­ment les experts des diverses Organisations inter­na­tio­nales. Dans le monde moderne, il est de plus en plus dif­fi­cile de tra­cer des lignes de démar­ca­tion géo­gra­phiques ou cultu­relles : il y a une inter­dé­pen­dance crois­sante entre les peuples, et cela consti­tue un sti­mu­lant pour le témoi­gnage chré­tien et l’évangélisation.

Animation et for­ma­tion mis­sion­naires du Peuple de Dieu

83. La for­ma­tion mis­sion­naire est l’œuvre de l’Eglise locale avec l’aide des mis­sion­naires et de leurs Instituts, ain­si que du per­son­nel des jeunes Eglises. Cette tâche doit être consi­dé­rée non pas comme mar­gi­nale mais comme cen­trale dans la vie chré­tienne. Même pour la nou­velle évan­gé­li­sa­tion des peuples chré­tiens, le thème mis­sion­naire peut aider gran­de­ment : le témoi­gnage des mis­sion­naires conserve en effet son attrait même auprès de ceux qui sont loin et auprès des non-​croyants, et il trans­met des valeurs chré­tiennes. Que les Eglises locales uti­lisent donc l’a­ni­ma­tion mis­sion­naire comme élé­ment clé de leur pas­to­rale cou­rante dans les paroisses, les asso­cia­tions et les groupes, sur­tout de jeunes !

A cette fin ser­vi­ra avant tout l’in­for­ma­tion par la presse mis­sion­naire et par les divers moyens audio­vi­suels. Leur rôle est d’une grande impor­tance, car ils font connaître la vie de l’Eglise uni­ver­selle ain­si que la voix et les expé­riences des mis­sion­naires et des Eglises locales où ils sont à l’œuvre. Il importe que dans les Eglises plus jeunes, qui ne sont pas encore en mesure de se doter d’une presse ou d’autres ins­tru­ments, les Instituts mis­sion­naires consacrent le per­son­nel et les moyens vou­lus à ces initiatives.

Sont appe­lés à don­ner cette for­ma­tion les prêtres et leurs col­la­bo­ra­teurs, les édu­ca­teurs et les ensei­gnants, les théo­lo­giens, spé­cia­le­ment ceux qui enseignent dans les sémi­naires et dans les centres pour les laïcs. L’enseignement théo­lo­gique ne peut ni ne doit igno­rer la mis­sion uni­ver­selle de l’Eglise, l’œ­cu­mé­nisme, l’é­tude des grandes reli­gions et de la mis­sio­lo­gie. Je recom­mande que, sur­tout dans les sémi­naires et dans les mai­sons de for­ma­tion pour reli­gieux et reli­gieuses, on se livre à une telle étude, en veillant aus­si à ce que quelques prêtres ou quelques étu­diants et étu­diantes se spé­cia­lisent dans les divers sec­teurs des sciences missiologiques.

Les acti­vi­tés d’a­ni­ma­tion doivent tou­jours être orien­tées vers leurs fins spé­ci­fiques : infor­mer et for­mer le Peuple de Dieu en ce qui concerne la mis­sion uni­ver­selle de l’Eglise, faire naître des voca­tions ad gentes, sus­ci­ter la coopé­ra­tion à l’é­van­gé­li­sa­tion. Il ne faut pas don­ner une image réduc­trice de l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire, comme si elle consis­tait prin­ci­pa­le­ment à aider les pauvres, à contri­buer à la libé­ra­tion des oppri­més, à pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment, à défendre les droits de l’homme. L’Eglise mis­sion­naire est éga­le­ment enga­gée sur ces fronts, mais sa tâche prin­ci­pale est autre : les pauvres ont faim de Dieu, et pas seule­ment de pain et de liber­té, et l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire doit avant tout témoi­gner du salut en Jésus Christ et annon­cer ce salut, en fon­dant les Eglises locales qui sont ensuite des ins­tru­ments de libé­ra­tion, dans tous les sens du terme.

La res­pon­sa­bi­li­té pre­mière des Œuvres pon­ti­fi­cales missionnaires

84. Dans cette acti­vi­té d’a­ni­ma­tion, la tâche pre­mière revient aux Œuvres pon­ti­fi­cales mis­sion­naires, comme je l’ai sou­vent affir­mé dans les Messages pour la Journée mon­diale des Missions. Les quatre Œuvres – Propagation de la foi, Saint-​Pierre-​Apôtre, Enfance mis­sion­naire et Union mis­sion­naire – ont un but com­mun : pro­mou­voir l’es­prit mis­sion­naire uni­ver­sel au sein du Peuple de Dieu. L’Union mis­sion­naire a comme fin immé­diate et spé­ci­fique la sen­si­bi­li­sa­tion et la for­ma­tion mis­sion­naires des prêtres, des reli­gieux et des reli­gieuses, qui doivent à leur tour assu­rer cette for­ma­tion dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes ; en outre, elle vise à pro­mou­voir les autres Œuvres, dont elle est l’âme(168). « Le mot d’ordre doit être celui-​ci : Toutes les Eglises pour la conver­sion du monde entier »(169).

Œuvres du Pape et du Collège épis­co­pal, même au niveau des Eglises par­ti­cu­lières, elles occupent « à bon droit […] la pre­mière place, puis­qu’elles sont des moyens pour péné­trer les catho­liques, dès leur enfance, d’un esprit vrai­ment uni­ver­sel et mis­sion­naire, et pour pro­vo­quer une col­lecte effi­cace de sub­sides au pro­fit de toutes les mis­sions selon les besoins de cha­cune »(170). Un autre but des Œuvres mis­sion­naires est de sus­ci­ter des voca­tions ad gentes, pour toute la vie, dans les Eglises anciennes comme dans les plus jeunes. Je recom­mande vive­ment d’o­rien­ter tou­jours davan­tage leur ser­vice d’a­ni­ma­tion vers cette fin.

Dans l’exer­cice de leur acti­vi­té, ces Œuvres dépendent, au niveau uni­ver­sel, de la Congrégation pour l’Evangélisation et, au niveau local, de la Conférence épis­co­pale et des évêques des Eglises par­ti­cu­lières, en col­la­bo­ra­tion avec les centres d’a­ni­ma­tion exis­tants : elles apportent au monde catho­lique l’es­prit d’u­ni­ver­sa­li­té et de ser­vice de la mis­sion sans lequel il n’y a pas de coopé­ra­tion authentique.

Non seule­ment don­ner à la mis­sion, mais aus­si recevoir

85. Coopérer à la mis­sion veut dire non seule­ment don­ner, mais aus­si savoir rece­voir. Toutes les Eglises par­ti­cu­lières, jeunes et anciennes, sont appe­lées à don­ner et à rece­voir pour la mis­sion uni­ver­selle, et aucune ne doit se refer­mer sur elle-​même. « En ver­tu de cette catho­li­ci­té – dit le Concile -, cha­cune des par­ties apporte aux autres et à l’Eglise tout entière le béné­fice de ses propres dons, en sorte que le tout et cha­cune des par­ties s’ac­croissent par un échange mutuel uni­ver­sel et par un effort com­mun vers la plé­ni­tude dans l’u­ni­té. […] De là, entre les diverses par­ties de l’Eglise, des liens de com­mu­nion intime quant aux richesses spi­ri­tuelles, aux ouvriers apos­to­liques et aux res­sources maté­rielles »(171).

J’exhorte toutes les Eglises et les pas­teurs, les prêtres, les reli­gieux et les fidèles à s’ou­vrir à l’u­ni­ver­sa­li­té de l’Eglise, écar­tant toutes les formes de par­ti­cu­la­risme, d’ex­clu­si­visme ou de sen­ti­ment d’auto-​suffisance. Les Eglises locales, tout en étant enra­ci­nées dans leur peuple et dans leur culture, doivent main­te­nir concrè­te­ment ce sens de l’u­ni­ver­sa­li­té de la foi, en offrant aux autres Eglises et en rece­vant d’elles dons spi­ri­tuels, expé­riences pas­to­rales de pre­mière annonce et d’é­van­gé­li­sa­tion, per­son­nel apos­to­lique et moyens matériels.

En effet, la ten­dance à se refer­mer peut être forte : les Eglises anciennes, enga­gées dans la nou­velle évan­gé­li­sa­tion, pensent qu’elles doivent main­te­nant mener la mis­sion chez elles, et elles risquent d’af­fai­blir l’é­lan vers le monde non chré­tien, admet­tant de mau­vaise grâce les voca­tions en faveur des Instituts mis­sion­naires, des Congrégations reli­gieuses ou des autres Eglises. C’est au contraire en don­nant géné­reu­se­ment de notre bien que nous rece­vrons ; déjà aujourd’­hui les jeunes Eglises, dont bon nombre connaissent une pro­di­gieuse flo­rai­son de voca­tions, sont en mesure d’en­voyer des prêtres, des reli­gieux et des reli­gieuses aux plus anciennes. D’autre part, les jeunes Eglises res­sentent le pro­blème de leur iden­ti­té, de l’in­cul­tu­ra­tion, de la liber­té de croître en dehors de toute influence exté­rieure, avec comme consé­quence pos­sible de fer­mer la porte aux mis­sion­naires. A ces Eglises, je dis : loin de vous iso­ler, accueillez volon­tiers les mis­sion­naires et l’aide des autres Eglises, et envoyez-​en vous-​mêmes dans le monde ! C’est pré­ci­sé­ment en rai­son des pro­blèmes qui vous pré­oc­cupent que vous avez besoin de res­ter en rela­tions constantes avec vos frères et sœurs dans la foi. Par tout moyen légi­time, faites valoir les liber­tés aux­quelles vous avez droit, en vous sou­ve­nant que les dis­ciples du Christ ont le devoir d”« obéir à Dieu plu­tôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Dieu pré­pare un nou­veau prin­temps de l’Evangile

86. Si l’on regarde super­fi­ciel­le­ment notre monde, on est frap­pé par bien des faits néga­tifs qui peuvent por­ter au pes­si­misme. Mais c’est là un sen­ti­ment injus­ti­fié : nous avons foi en Dieu, Père et Seigneur, en sa bon­té et en sa misé­ri­corde. Alors que nous sommes proches du troi­sième mil­lé­naire de la Rédemption, Dieu est en train de pré­pa­rer pour le chris­tia­nisme un grand prin­temps que l’on voit déjà poindre. En effet, que ce soit dans le monde non chré­tien ou dans le monde de chré­tien­té ancienne, les peuples ont ten­dance à se rap­pro­cher pro­gres­si­ve­ment des idéaux et des valeurs évan­gé­liques, ten­dance que l’Eglise s’ef­force de favo­ri­ser. Aujourd’hui se mani­feste par­mi les peuples une nou­velle conver­gence à l’é­gard de ces valeurs : le refus de la vio­lence et de la guerre, le res­pect de la per­sonne humaine et de ses droits, la soif de liber­té, de jus­tice et de fra­ter­ni­té, la ten­dance à sur­mon­ter les racismes et les natio­na­lismes, l’af­fir­ma­tion de la digni­té de la femme et sa valorisation.

L’espérance chré­tienne nous sou­tient pour nous enga­ger à fond dans la nou­velle évan­gé­li­sa­tion et dans la rnis­sion uni­ver­selle, et nous pousse à prier comme Jésus nous l’a ensei­gné : « Que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel » (Mt 6, 10).

Les hommes qui attendent le Christ sont encore en nombre incal­cu­lable : les espaces humains et cultu­rels non encore atteints par l’an­nonce de l’Evangile ou dans les­quels l’Eglise est peu pré­sente sont extrê­me­ment vastes, au point d’exi­ger l’u­ni­té de toutes ses forces. En se pré­pa­rant à célé­brer le jubi­lé de l’an deux mille, toute l’Eglise est encore plus enga­gée dans un nou­vel Avent mis­sion­naire. Nous devons entre­te­nir en nous la pas­sion apos­to­lique de trans­mettre à d’autres la lumière et la joie de la foi, et nous devons for­mer à cet idéal tout le Peuple de Dieu.

Nous ne pou­vons pas avoir l’es­prit tran­quille en pen­sant aux mil­lions de nos frères et sœurs, rache­tés eux aus­si par le sang du Christ, qui vivent dans l’i­gno­rance de l’a­mour de Dieu. Pour le chré­tien indi­vi­duel comme pour l’Eglise entière, la cause mis­sion­naire doit avoir la pre­mière place, car elle concerne le des­tin éter­nel des hommes et répond au des­sein mys­té­rieux et misé­ri­cor­dieux de Dieu.

CHAPITRE VIII – LA SPIRITUALITÉ MISSIONNAIRE

87. L’activité mis­sion­naire exige une spi­ri­tua­li­té spé­ci­fique qui concerne en par­ti­cu­lier ceux que Dieu a appe­lés à être missionnaires.

Se lais­ser conduire par l’Esprit

Cette spi­ri­tua­li­té s’ex­prime avant tout par le fait de vivre en pleine doci­li­té à l’Esprit, doci­li­té qui engage à se lais­ser for­mer inté­rieu­re­ment par lui afin de deve­nir tou­jours plus conforme au Christ. On ne peut témoi­gner du Christ sans reflé­ter son image, qui est ren­due vivante en nous par la grâce et par l’ac­tion de l’Esprit. La doci­li­té à l’Esprit engage par ailleurs à accueillir ses dons de cou­rage et de dis­cer­ne­ment, qui sont des traits essen­tiels de la spi­ri­tua­li­té missionnaire.

Le cas des Apôtres est exem­plaire, eux qui durant la vie publique du Maître, mal­gré leur amour pour lui et la géné­ro­si­té de leur réponse à son appel, se montrent inca­pables de com­prendre ses paroles et réti­cents à le suivre sur la voie de la souf­france et de l’hu­mi­lia­tion. L’Esprit les trans­for­me­ra en témoins cou­ra­geux du Christ et en annon­cia­teurs éclai­rés de sa Parole. C’est l’Esprit qui les condui­ra sur les che­mins ardus et nou­veaux de la mission.

Aujourd’hui comme hier, la mis­sion reste dif­fi­cile et com­plexe ; aujourd’­hui comme hier, elle requiert le cou­rage et la lumière de l’Esprit. Nous vivons sou­vent le drame de la pre­mière com­mu­nau­té chré­tienne, qui voyait des foules incré­dules et hos­tiles « se ras­sem­bler de concert contre le Seigneur et contre son Oint » (Ac 4, 26). Comme hier, il faut prier pour que Dieu nous donne l’au­dace de pro­cla­mer l’Evangile ; il faut scru­ter les voies mys­té­rieuses de l’Esprit, et se lais­ser conduire par lui à toute la véri­té (cf. Jn 16, 13).

Vivre le mys­tère du Christ « envoyé »

88. La com­mu­nion intime avec le Christ est un élé­ment essen­tiel de la spi­ri­tua­li­té mis­sion­naire : on ne peut com­prendre ni vivre la mis­sion qu’en se réfé­rant au Christ comme à celui qui a été envoyé pour évan­gé­li­ser. Paul en décrit les com­por­te­ments : « Ayez entre vous les mêmes sen­ti­ments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condi­tion divine, ne retint pas jalou­se­ment le rang qui l’é­ga­lait à Dieu. Mais il s’a­néan­tit lui-​même, pre­nant condi­tion d’es­clave, et deve­nant sem­blable aux hommes. S’étant com­por­té comme un homme, il s’hu­mi­lia plus encore, obéis­sant jus­qu’à la mort, et à la mort sur une croix » (Ph 2, 5–8).

Ici se trouve décrit le mys­tère de l’Incarnation et de la Rédemption comme dépouille­ment total de soi qui amène le Christ à vivre plei­ne­ment la condi­tion humaine et à adhé­rer jus­qu’au bout au des­sein du Père. Il s’a­git d’un anéan­tis­se­ment qui est tou­te­fois empreint d’a­mour et qui exprime l’a­mour. La mis­sion par­court ce même che­min et a son abou­tis­se­ment au pied de la Croix.

Il est deman­dé au mis­sion­naire de « renon­cer à lui-​même et à tout ce qu’il a pos­sé­dé jusque-​là, et de se faire tout à tous »(172), dans la pau­vre­té qui le rend libre pour l’Evangile, dans le déta­che­ment des per­sonnes et des biens de son milieu pour se faire le frère de ceux à qui il est envoyé et leur appor­ter le Christ sau­veur. C’est à cela que tend la spi­ri­tua­li­té du mis­sion­naire : « Je me suis fait faible avec les faibles… Je me suis fait tout à tous, afin d’en sau­ver à tout prix quelques-​uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Evangile…» (1 Co 9, 22–23).

Précisément parce qu’il est « envoyé », le mis­sion­naire expé­ri­mente la pré­sence récon­for­tante du Christ qui l’ac­com­pagne à tout ins­tant de sa vie : « N’aie pas peur… car je suis avec toi » (Ac 18, 9–10), et il l’at­tend au cœur de tout homme et de tout peuple.

Aimer l’Eglise et les hommes comme Jésus les a aimés

89. La spi­ri­tua­li­té mis­sion­naire est carac­té­ri­sée éga­le­ment par la cha­ri­té apos­to­lique, celle du Christ venu « afin de ras­sem­bler dans l’u­ni­té les enfants de Dieu dis­per­sés » (Jn 11, 52), du Bon Pasteur qui connaît ses bre­bis, qui les cherche et qui offre sa vie pour elles (Jn 10). Celui qui a l’es­prit mis­sion­naire éprouve le même amour que le Christ pour les âmes et aime l’Eglise comme le Christ.

Le mis­sion­naire est pous­sé par le « zèle pour les âmes », qui s’ins­pire de la cha­ri­té même du Christ, faite d’at­ten­tion, de ten­dresse, de com­pas­sion, d’ac­cueil, de dis­po­ni­bi­li­té, d’in­té­rêt pour les pro­blèmes d’au­trui. L’amour de Jésus pénètre en pro­fon­deur : lui qui « connais­sait ce qu’il y avait dans l’homme » (Jn 2, 25), aimait tous les hommes en leur offrant la rédemp­tion et souf­frait quand on refu­sait le salut.

Le mis­sion­naire est l’homme de la cha­ri­té : pour pou­voir annon­cer à cha­cun de ses frères qu’il est aimé de Dieu et qu’il peut lui-​même aimer, il doit faire preuve de cha­ri­té envers tous, dépen­sant sa vie pour son pro­chain. Le mis­sion­naire est le « frère uni­ver­sel », il porte en lui l’es­prit de l’Eglise, son ouver­ture et son inté­rêt envers tous les peuples et tous les hommes, spé­cia­le­ment les plus petits et les plus pauvres. Comme tel, il dépasse les fron­tières et les divi­sions de race, de caste ou d’i­déo­lo­gie : il est signe de l’a­mour de Dieu dans le monde, c’est-​à-​dire de l’a­mour sans aucune exclu­sion ni préférence.

Enfin, comme le Christ, il doit aimer l’Eglise : « Le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle » (Ep 5, 25). Cet amour, qui va jus­qu’au don de la vie, est pour lui un point de repère. Seul un pro­fond amour pour l’Eglise peut sou­te­nir le zèle du mis­sion­naire ; son obses­sion quo­ti­dienne est – comme le dit saint Paul – « le sou­ci de toutes les Eglises » (2 Co 11, 28). Pour tout mis­sion­naire, « la fidé­li­té au Christ est insé­pa­rable de la fidé­li­té à son Eglise »(173).

Le véri­table mis­sion­naire, c’est le saint

90. L’appel à la mis­sion découle par nature de l’ap­pel à la sain­te­té. Tout mis­sion­naire n’est authen­ti­que­ment mis­sion­naire que s’il s’en­gage sur la voie de la sain­te­té : « La sain­te­té est un fon­de­ment essen­tiel et une condi­tion abso­lu­ment irrem­pla­çable pour l’ac­com­plis­se­ment de la mis­sion de salut de l’Eglise »(174).

La voca­tion uni­ver­selle à la sain­te­té est étroi­te­ment liée à la voca­tion uni­ver­selle à la mis­sion : tout fidèle est appe­lé à la sain­te­té et à la mis­sion. Ainsi, le Concile sou­hai­tait ardem­ment, « en annon­çant à toutes les créa­tures la bonne nou­velle de l’Evangile, répandre sur tous les hommes la clar­té du Christ qui res­plen­dit sur le visage de l’Eglise »(175). La spi­ri­tua­li­té mis­sion­naire de l’Eglise est un che­min vers la sainteté.

L’élan renou­ve­lé vers la mis­sion ad gentes demande de saints mis­sion­naires. Il ne suf­fit pas de renou­ve­ler les méthodes pas­to­rales, ni de mieux orga­ni­ser et de mieux coor­don­ner les forces de l’Eglise, ni d’ex­plo­rer avec plus d’a­cui­té les fon­de­ments bibliques et théo­lo­giques de la foi : il faut sus­ci­ter un nou­vel « élan de sain­te­té » chez les mis­sion­naires et dans toute la com­mu­nau­té chré­tienne, en par­ti­cu­lier chez ceux qui sont les plus proches col­la­bo­ra­teurs des missionnaires(176).

Rappelons-​nous, chers Frères et Sœurs, l’é­lan mis­sion­naire des pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes. Malgré la pau­vre­té des moyens de trans­port et de com­mu­ni­ca­tion d’a­lors, l’an­nonce de l’Evangile a atteint en peu de temps les limites du monde. Et il s’a­gis­sait de la reli­gion d’un Homme mort en croix, « scan­dale pour les Juifs et folie pour les païens » ( 1 Co 1, 23 )! A la base de ce dyna­misme mis­sion­naire, il y avait la sain­te­té des pre­miers chré­tiens et des pre­mières communautés.

91. C’est pour­quoi je m’a­dresse aux bap­ti­sés des jeunes com­mu­nau­tés et des jeunes Eglises. C’est vous qui êtes, aujourd’­hui, l’es­pé­rance de notre Eglise, qui a deux mille ans : étant jeunes dans la foi, vous devez être comme les pre­miers chré­tiens et rayon­ner l’en­thou­siasme et le cou­rage, en vous don­nant géné­reu­se­ment à Dieu et au pro­chain ; en un mot, vous devez vous mettre sur la voie de la sain­te­té. Ce n’est qu’ain­si que vous pou­vez être des signes de Dieu dans le monde, et revivre dans vos pays l’é­po­pée mis­sion­naire de l’Eglise pri­mi­tive. Vous serez aus­si des fer­ments d’es­prit mis­sion­naire pour les Eglises plus anciennes.

Que les mis­sion­naires, de leur côté, réflé­chissent sur le devoir de la sain­te­té que le don de la voca­tion leur demande, en se renou­ve­lant de jour en jour par une trans­for­ma­tion spi­ri­tuelle et en met­tant à jour conti­nuel­le­ment leur for­ma­tion doc­tri­nale et pas­to­rale. Le mis­sion­naire doit être « un contem­pla­tif en action ». La réponse aux pro­blèmes, il la trouve à la lumière de la parole divine et dans la prière per­son­nelle et com­mu­nau­taire. Le contact avec les repré­sen­tants des tra­di­tions spi­ri­tuelles non chré­tiennes, en par­ti­cu­lier celles de l’Asie, m’a confir­mé que l’a­ve­nir de la mis­sion dépend en grande par­tie de la contem­pla­tion. Le mis­sion­naire, s’il n’est pas un contem­pla­tif, ne peut annon­cer le Christ d’une manière cré­dible ; il est témoin de l’ex­pé­rience de Dieu et doit pou­voir dire comme les Apôtres : « Ce que nous avons contem­plé…, le Verbe de vie…, nous vous l’an­non­çons » ( 1 Jn 1, 1–3).

Le mis­sion­naire est l’homme des Béatitudes. Avant de les envoyer évan­gé­li­ser, Jésus ins­truit les Douze en leur mon­trant les voies de la mis­sion : pau­vre­té, dou­ceur, accep­ta­tion des souf­frances et des per­sé­cu­tions , désir de jus­tice et de paix, cha­ri­té, c’est-​à-​dire pré­ci­sé­ment les Béatitudes, réa­li­sées dans la vie apos­to­lique (cf. Mt 5, 1–12). En vivant les Béatitudes, le mis­sion­naire expé­ri­mente et montre concrè­te­ment que le Règne de Dieu est déjà venu et qu’il l’a déjà accueilli. La carac­té­ris­tique de toute vie mis­sion­naire authen­tique est la joie inté­rieure qui vient de la foi. Dans un monde angois­sé et oppres­sé par tant de pro­blèmes, qui est por­té au pes­si­misme, celui qui annonce la Bonne Nouvelle doit être un homme qui a trou­vé dans le Christ la véri­table espérance.

CONCLUSION

92. L’Eglise n’a jamais eu autant que main­te­nant l’oc­ca­sion de faire par­ve­nir l’Evangile, par le témoi­gnage et la parole, à tous les hommes comme à tous les peuples. Je vois se lever l’aube d’une nou­velle ère mis­sion­naire qui devien­dra un jour radieux et riche de fruits si tous les chré­tiens, et en par­ti­cu­lier les mis­sion­naires et les jeunes Eglises, répondent avec géné­ro­si­té et sain­te­té aux appels et aux défis de notre temps.

Comme les Apôtres après l’Ascension du Christ, l’Eglise doit de réunir au Cénacle « avec Marie, Mère de Jésus » (Ac 1, 14), afin d’im­plo­rer l’Esprit et d’ob­te­nir force et cou­rage pour obéir au pré­cepte mis­sion­naire. Nous aus­si, et bien plus que les Apôtres, nous avons besoin d’être trans­for­més et gui­dés par l’Esprit.

A la veille du troi­sième mil­lé­naire, toute l’Eglise est invi­tée à vivre plus inten­sé­ment le mys­tère du Christ, en col­la­bo­rant dans l’ac­tion de grâce à l’œuvre du salut. Elle le fait avec Marie et comme Marie, sa mère et son modèle. Marie est le modèle de l’a­mour mater­nel dont doivent être ani­més tous ceux qui, asso­ciés à la mis­sion apos­to­lique de l’Eglise, tra­vaillent à la régé­né­ra­tion des hommes. C’est pour­quoi, « sou­te­nue par la pré­sence du Christ […], l’Eglise marche au cours du temps vers la consom­ma­tion des siècles et va à la ren­contre du Seigneur qui vient ; mais sur ce che­min […], elle pro­gresse en sui­vant l’i­ti­né­raire accom­pli par la Vierge Marie »(177).

C’est à la « média­tion de Marie, tout orien­tée vers le Christ et ten­due vers la révé­la­tion de sa puis­sance sal­vi­fique »(178), que je confie l’Eglise et en par­ti­cu­lier ceux qui se consacrent à la mise en œuvre du pré­cepte mis­sion­naire dans le monde d’au­jourd’­hui. De même que le Christ envoya ses Apôtres au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, ain­si, renou­ve­lant le même com­man­de­ment, je vous envoie à tous ma Bénédiction apos­to­lique au nom de la Trinité Sainte. Amen.

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, le 7 décembre 1990, XXVe anni­ver­saire du Décret conci­liaire « Ad gentes », en la trei­zième année de mon pontificat.

Jean-​Paul II

Notes

(1) Cf. PAUL VI, Message pour la Journée mon­diale des Missions 1972 : « Combien de ten­sions internes, qui affai­blissent et déchirent cer­taines Eglises et Institutions locales, dis­pa­raî­traient devant la ferme convic­tion que le salut des com­mu­nau­tés locales s’ac­quiert par la coopé­ra­tion à l’œuvre mis­sion­naire, pour que celle-​ci s’é­tende jus­qu’aux confins de la terre ! » (Insegnamenti X 1972], p. 522).
(2) Cf. BENOÎT XV, Lettre ap. Maximum illud (30 novembre 1919): AAS Il (1919), pp. 440–455 ; PIE XI, Encycl. Rerum Ecclesiae (28 février 1926): AAS 18 (1926), pp. 65–83 ; PIE XII, Encycl. Evangelii prae­cones (2 juin 1951): AAS 43 (1951), pp. 497–528 ; Encycl. Fidei donum (21 avril 1957): AAS 49 (1957), pp. 225–248 ; JEAN XXIII, Encycl. Princeps Pastorum (28 novembre 1959): AAS 51 (1959), pp. 833–864.
(3) Encycl. Redemptor homi­nis (4 mars 1979), n. 10 : AAS 71 (1979), pp. 274–275.
(4) Ibid, Ic, p 275.
(5) Credo de Nicée-​Constantinople : Ds 150.
(6) Encycl. Redemptor homi­nis, n. 13 : l.c., p. 283.
(7) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 2.
(8) Ibid, n. 22.
(9) Encycl. Dives in mise­ri­cor­dia (30 novembre 1980), n. 7 : AAS 72 (1980), p. 1202.
(10) Homélie de la célé­bra­tion eucha­ris­tique à Cracovie, 10 juin 1979 : AAS 71 (1979), p. 873.
(11) Cf. JEAN XXIII, Encycl. Mater et magis­tra (15 mai 1961), IV : AAS 53 (1961), pp. 451–453.
(12) Déclaration sur la liber­té reli­gieuse Dignitatis huma­nae, n. 2.
(13) PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di (8 décembre 1975), n. 53 : AAS 68 (1976), p. 42.
(14) Déclaration sur la liber­té reli­gieuse Dignitatis huma­nae, n. 2.
(15) Cf. Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, nn. 14–17 ; Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 3.
(16) Cf. Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 48 ; Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 43 ; Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 7. 21.
(17) Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 13.
(18) Ibid n. 9.
(19) Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 22.
(20) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n.. 14.
(21) Encycl. Dives in mise­ri­cor­dia, n. 1 : l.c., p. 1177.
(22) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 5.
(23)Cf. CONC. ŒCUM VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 22.
(24) Cf. CONC. ŒCUM VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 4.
(25) Ibid, n. 5.
(26) Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 16 : I.c., p. 15.
(27) Discours à l’ou­ver­ture de la III ses­sion du Conc. œcum Vat II, 14 sep­tembre 1964 : AAS 56 (1964), p. 810.
(28) PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 34. I.c, p. 28.
(29) Cf. COMMISSION THÉOLOGIQUE INTERNATIONALE, Thèmes choi­sis d’ec­clé­sio­lo­gie pour le XX anni­ver­saire de la clô­ture du Conc. œcum. Vat. II (7 octobre 1985), n. 10 : « La nature escha­to­lo­gique de l’Eglise : Règne de Dieu et Eglise ».
(30) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 39.
(31) Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem (18 mai 1986), n. 42 : AAS 78 (1986), p. 857.
(32) Ibid, n. 64 : I.c., p. 892.
(33) « Parrhesia » signi­fie aus­si enthou­siasme, vigueur ; cf. Ac 2, 29 ; 4, 13 29. 31 ; 9, 27. 28 ; 13, 46 ; 14, 3 ; 18, 26 ; 19, 8 ; 26, 26 ; 28, 31.
(34) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, nn. 41–42 : I.c., PP. 31–33.
(35) Cf. Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem, n. 53 : I.c., pp. 874–875.
(36) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 3. 11. 15 ; Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, nn. 10–11. 22. 26. 38. 41. 92–93.
(37) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, nn. 10. 15. 22.
(38) Ibid, n. 41.
(39) Cf. Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem, n. 54 : I c, pp. 875–876.
(40) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 26.
(41) Ibid., n. 38 ; cf. n. 93.
(42) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 17 ; Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 3. 15.
(43) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 4.
(44) Cf. Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem, n. 53 : I.c., p. 874.
(45) Discours aux membres des reli­gions non chré­tiennes, Madras, 5 février 1986, n. 2 : MS 78 (1986), p. 767 ; cf. Message aux peuples d’Asie, Manille, 21 février 1981, nn. 2–4 : AAS 73 (1981), pp. 392–393 ; Discours aux repré­sen­tants des reli­gions non chré­tiennes, Tokyo, 24 février 1981, nn. 3–4 : Insegnamenti lV/​1 (1981), pp. 507–508.
(46) Discours aux Cardinaux et à la Curie romaine, 22 décembre 1986, n. 11 : AAS 79 (1987), p. 1089.
(47) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 16.
(48) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 45 ; cf. Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem, n. 54 : I.c., p. 876.
(49) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 10.
(50) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci (30 décembre 1988), n. 35 : AAS 81 (1989), p. 457.
(51) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 6.
(52) Cf. ibid
(53) Ibid, nn. 6. 23 ; cf. n. 27.
(54) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, nn. 18–20 : I.c, PP.
(55) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci, n. 35 : I.c., p. 457.
(56) Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 80 : I.c., p. 73.
(57) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 6.
(58) Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 80 : I.c., n. 73.
(59) Cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 6.
(60) Cf. ibid, n. 20.
(61) Cf. Discours aux membres du Symposium du Conseil des Conférences épis­co­pales d’Europe, 11 octobre 1985 : AAS 78 (1986), pp. 178–189.
(62) Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 20 : I.c, p. 19.
(63) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 5 ; cf. Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 8.
(64) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Déclaration sur la liber­té reli­gieuse Dignitatis huma­nae, nn. 3–4 ; PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, nn. 79–80 : l.c., pp. 71–75 ; JEAN-​PAUL II, Encycl. Redemptor homi­nis, n. 12 : Ic, pp. 278–28 1.
(65) Lettre ap. Maximum illud : I c, p. 446.
(66) PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 62 : I c, p. 52.
(67) Cf. De praes­crip­tione hae­re­ti­co­rum, XX : CCL I, 201–202.
(68) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 9 ; cf. chap. II, nn. 10–18.
(69) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 41 : I.c., pp.
(70) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, nn. 28. 35. 38, Const. past. sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudism et spes, n. 43, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 11–12.
(71) Cf. PAUL VI, Encycl. Populorum pro­gres­sio (26 mars 1967), nn. 21. 42 : AAS 59 (1967), pp. 267–268, 278.
(72) PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 27 : I.c., p. 23.
(73) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 13.
(74) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 15 : I.c., pp. 13–15 ; CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes nn. 13–14.
(75) Cf. Encycl. Dominum et vivi­fi­can­tem, nn. 42. 64 : I.c., pp. 857–859, 892–894.
(76) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 60 : I.c., pp. 50–51.
(77) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, nn. 69.
(78) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 2 ; cf. Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 9.
(79) Cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, chap. m, nn. 19–22.
(80) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 15.
(81) Ibid, n. 6.
(82) Ibid, n. 15 ; cf. Décret sur l’œ­cu­mé­nisme Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3.
(83) Cf. Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 58 : l.c., pp. 46–49.
(84) Assemblée extra­or­di­naire de 1985, Rapport final, II C, 6.
(85) Ibid, II, D, 4.
(86) Cf. Exhort. ap. Catechesi tra­den­dae (16 octobre 1979), n. 53 : AAS 71 (1979), p. 1320 ; Encycl. Slavorum apos­to­li (2 juin 1985), n. 21 : AAS 77 (1985), pp. 802–803.
(87) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 20 : lc., pp. 18–19.
(88) Cf. Discours aux évêques du Zaïre, Kinshasa, 3 mai 1980, nn. 4–6 : AAS 72 (1980), pp. 432–435 ; Discours aux évêques du Kenya, Nairobi, 7 mai 1980, n. 6 : AAS 72 (1980), p. 497 ; Discours aux évêques de l’Inde, Delhi, 1 février 1986, n. 5 : AAS 78 (1986), pp. 748–749 ; Homélie à Carthagène (Colombie), 6 juillet 1986, nn. 7–8 : AAS 79 (1987), pp. 105–106 ; cf. aus­si Encycl. Slavorum apos­to­li, nn. 21–22 : I.c., pp. 802–804.
(89) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 22.
(90) Cf. ibid
(91) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 64 I.c., p. 55.
(92) Les Eglises par­ti­cu­lières « ont le rôle d’as­si­mi­ler l’es­sen­tiel du mes­sage évan­gé­lique, de le trans­po­ser, sans la moindre tra­hi­son de sa véri­té essen­tielle, dans le lan­gage que ces hommes com­prennent, puis de l’an­non­cer dans ce lan­gage.…] Et « lan­gage » doit s’en­tendre ici moins sur le plan séman­tique ou lit­té­raire que sur celui qu’on peut appe­ler anthro­po­lo­gique et cultu­rel » (Ibid., n. 63 : I.c., p. 53).
(93) Cf. Discours à l’au­dience géné­rale du 13 avril 1988 : Insegnamenti XI/​1 (1988), PP. 877–881.
(94) Exhort. ap. Familiaris consor­tio (22 novembre 1981), n. 10, où il est ques­tion de l’in­cul­tu­ra­tion « dans le domaine du mariage et de la famille » : AAS. 74 (1982), P.91.
(95) Cf. PAUL VI, Exhort. ap Evangelii nun­tian­di, nn. 63–65 : I.c., PP. 53 ‑56.
(96) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 17.
(97) Discours aux par­ti­ci­pants au Symposium des évêques de l’Afrique, Kampala, 31 juillet 1969, n. 2 : AAS 61 (1969), p. 577.
(98) PAUL VI, Discours à l’ou­ver­ture de la deuxième ses­sion du Conc. œcum. Vat. II, 29 sep­tembre 1963 : AAS 55 (1963), p. 858 ; cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Déclaration sur les rela­tions de l’Eglise avec les reli­gions non chré­tiennes Nostra aetate, n. 2 ; Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 16 ; Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 9 ; PAUL VI, EXhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 53 : I.c., pp. 41–42.
(99) Cf. PAUL VI, Encycl. Ecclesiam suam (6 août 1964): AAS 56 (1964), pp . 609–659 ; CONC . ŒCUM. VAT. II, Déclaration sur les rela­tions de l’Eglise avec les reli­gions non chré­tiennes Nostra aetate, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 11. 41 ; SECRÉTARIAT POUR LES NON-​CHRÉTIENS, L’attitude de l’Eglise devant les croyants des autres reli­gions Réflexions et orien­ta­tions concer­nant le dia­logue et la mis­sion (4 sep­tembre 1984): AAS 76 (1984), pp. 816–828.
(100) Lettre aux évêques de l’Asie à l’oc­ca­sion de la cin­quième Assemblée plé­nière de la Fédération de leurs Conférences épis­co­pales (23 juin 1990), n. 4 : L’Osservatore Romano, 18 juillet 1990.
(101) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 14 ; cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 7.
(102) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’œ­cu­mé­nisme Unitatis redin­te­gra­tio, n. 3 ; Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 7.
(103) Cf. Encycl. Redemptor homi­nis, n. 12 : I.c., p. 279.
(104) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 11. 15.
(105) CONC. ŒCUM. VAT. II, Déclaration sur les rela­tions de l’Eglise avec les reli­gions non chré­tiennes Nostra aetate, n. 2.
(106) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci, n. 35 : I.c., p. 458.
(107) Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 41.
(108) Encycl. Sollicitudo rei socia­lis (30 décembre 1987), n. 41 : AAS 80
(109) Documents de la troi­sième Conférence géné­rale de l’é­pis­co­pat latino-​américain, Puebla (1979), 3760 (1145).
(110) Discours aux évêques, aux prêtres, aux reli­gieuses et aux reli­gieux, Djakarta, 10 octobre 1989, n. 5 : L’Osservatore Romano, 11 octobre 1989.
(111) Cf. PAUL VI, Encycl. Populorum pro­gres­sio, nn. 14–21. 40–42 : I.c., pp. 264–268, 277–278 ; JEAN-​PAUL II, Encycl. Sollicitudo rei socia­lis, nn. 27–41 : I.c., pp. 547–572.
(112) Cf. Encycl. Sollicitudo rei socia­lis, n. 28 : I.c., pp. 548–550.
(113) Cf. Ibid, chap. IV, nn. 27–34 : I.c., pp. 547–560 ; PAUL VI, Encycl. Populorum pro­gres­sio, nn. 19–21. 41–42 : I.c., pp. 266–268, 277–278.
(114) Discours aux habi­tants de la « fave­la Vidigal » à Rio de Janeiro, 2 juillet 1980, n. 4 : AAS 72 (1980), p. 854.
(115) Documents de la troi­sième Conférence géné­rale de l’é­pis­co­pat latino-​américain, Puebla, 3757 (1142).
(116) ISAAC DE L’ETOILE, Sermon 31 : PL 194, 1793.
(117) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes n. 20.
(118) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci, n. 35 : I.c., p. 458.
(119 )Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 38.
(120) Discours aux membres du Sacré Collège et à tous les col­la­bo­ra­teurs de la Curie romaine, de la Cité du Vatican et du Vicariat de Rome, 28 juin 1980, n. 10 : Insegnamenti III/​1 (1980), p. 1887.
(121) Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 23.
(122) Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 38.
(123) Ibid, n. 29.
(124) Cf. ibid, n. 38.
(125) Ibid. n. 30.
(126) Documents de la troi­sième Conférence géné­rale de l’é­pis­co­pat latino-​américain, Puebla 2941(368).
(127) Cf. Directives pour la pro­mo­tion de la coopé­ra­tion entre les Eglises par­ti­cu­lières et spé­cia­le­ment pour une répar­ti­tion plus adap­tée du cler­gé Postquam Apostoli (25 mars 1980): AAS 72 (1980) pp. 343–364.
(128) Cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, chap. IV, nn. 23–27.
(129) Ibid, n. 23.
(130) Ibid
(131) Cf. ibid, nn 23 27
(132) Cf. S. CONGRÉGATION POUR LES RELIGIEUX ET LES INSTITUTS SÉCULIERS et S. CONGRÉGATION POUR LES ÉVÊQUES, Directives pour les rap­ports entre les évêques et les reli­gieux dans l’Eglise Mutuae rela­tiones (14 mai 1978), n. 14 b : AAS 70 (1978), p. 482 ; cf. n. 28 : I.c., p. 490.
(133) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 27.
(134) CONC . ŒCUM . VAT. II, Décret sur le minis­tère et la vie des prêtres Presbyterorum ordi­nis, n. 10 ; cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 39.
(135) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur la for­ma­tion des prêtres Optatam totius, n. 20. Cf. « Guide de vie pas­to­rale pour les prêtres dio­cé­sains des Eglises qui dépendent de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples », Rome, 1989.
(136) Discours aux par­ti­ci­pants à la réunion plé­nière de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, 14 avril 1989, n. 4 : AAS 81 (1989), p. 1140.
(137) Message pour la Journée mon­diale des mis­sions 1982 : Insegnamenti V/​2 1982), p. 1879.
(138) Cf . CONC . ŒCUM . VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 38 ; S. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directives Postquaam Apostoli ; nn. 24–25 : I c., p. 361.
(139) Cf. S. CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directives Postquam Apostoli n. 29 : I.c., pp. 362–363 ; CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 20.
(140) Code de Droit cano­nique can. 783.
(141) Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 40.
(142) Cf. PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 69 : l c., pp. 58–59 .
(143) Lettre ap. Mulieris digni­ta­tem (15 août 1988), n. 20 : MS 80 (1988), p. 1703.
(144) Cf. PIE XII, Encycl. Evangelii : prae­cones : I.c., pp. 510 et suiv.; Encycl. Fidei donum : Ic, pp. 228 et suiv.; JEAN XXIII, Enc,vcl. Princeps Pastorum : I.c., pp. 855 et suiv.; PAUL VI, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, nn. 70–73 : I.c, pp. 59–63.
(145) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci, n. 35 : I c, p 457.
(146) Cf. Encycl. Evangelii prae­cones : I c, pp. 510–514.
(147) Cf. Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, nn. 17. 33 et suiv.
(148) Cf. Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, nn. 35–36. 41.
(149) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci, n. 14 : Ic, p. 410.
(150) Code de Droit cano­nique, can. 225, § 1 ; cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, nn. 6. 13.
(151) CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 31, cf. Code de Droit cano­nique, can. 225, § 2.
(152) PAUL Vl, Exhort. ap. Evangelii nun­tian­di, n. 70 : I c, p. 60.
(153) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ci ; n. 35 : I. c., p. 458.
(154) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur i acti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 17.
(155) Exhort. ap. Catechesi tra­den­dae, n. 66 : I.c., p. 1331.
(156) Cf. can. 785, § 1.
(157) Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 17.
(158) Cf. Assemblée plé­nière de la S. Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, en 1969, sur les caté­chistes et l”«Instruction » d’a­vril 1970 qui les concerne : Bibliografia mis­sio­na­ria 34 (1970), pp. 197–212, et S.C. de Propaganda Fide Memona Rerum, III/​2 (1976), pp. 821–831.
(159) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes n. 28.
(160) Const. ap. sur la Curie romaine Pastor Bonus (28 juin 1988), n. 85 : AAS 80 ( 1988), p 881 ; cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur I acti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 29.
(161) CONC.ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 29 ; cf. JEAN-​PAUL II, Const. ap. Pastor Bonus, n. 86 : l.c., p. 882.
(162) Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 31.
(163) Cf. ibid, n. 33.
(164) Cf. PAUL VI, Motu pro­prio Ecclesiae sanc­tae (6 août 1966), II, n. 43 : AAS 58 (1966), p. 782.
(165) Cf. CONC . ŒCUM . VAT . II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 34 ; PAUL Vl, Motu pro­prio Ecclesiae sanc­tae, III, n. 22 : l.c., p. 787.
(166) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 35 ; cf. Code de Droit cano­nique, cann. 211. 781.
(167) Exhort. ap. Familiaris consor­tio, n. 54 : I.c., p. 147.
(168) Cf. PAUL VI, Lettre ap. Graves et incres­centes (5 sep­tembre 1966): AAS 58 ( 1966) pp. 750–756.
(169) p. MANNA, Le nostre « Chiese » e la pro­pa­ga­zione del Vangelo, Trentola Ducenta, 1952,2 p. 35.
(170) CONC . ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 38.
(171) Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 13.
(172) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, n. 24.
(173) CONC. ŒCUM. VAT. II, Décret sur le minis­tère et la vie des prêtres Presbyterorum ordi­nis, n. 14.
(174) Exhort. ap. post-​synodale Christifideles lai­ca ; n. 17 : I.c., p. 419.
(175) Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gen­tium, n. 1.
(176) Cf. Discours à l’Assemblée du CELAM à Port-​au-​Prince, 9 mars 1983 : AAS 75 (1983), pp. 771–779 ; Homélie pour l’ou­ver­ture de la « neu­vaine d’an­nées » pro­mue par le CELAM à Saint-​Domingue, 12 octobre 1984 : Insegnamenti VII/​2 (1984), pp. 885–897.
(177) Encycl. Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 2 : AAS 79 (1987), pp. 362–363.
(178) Ibid, n 22 : I.c., p. 390.

fraternité sainte pie X
21 janvier 2000
Discours pour l'inauguration de l'année judiciaire
  • Jean-Paul II