Paul VI

Lettre encyclique Sacerdotalis Caelibatus

24 juin 1967

Sur le célibat sacerdotal

Du Vatican, le 6 août 1964, en la fête de
la Transfiguration de Notre-​Seigneur Jésus-Christ. 

AUX EVEQUES

À SES CONFRERES DANS LE SACERDOCE

ET AUX FIDELES DU MONDE CATHOLIQUE TOUT ENTIER

Vénérables frères et chers fils,

Salut et béné­dic­tion apostolique

Le céli­bat sacré aujourd’hui

1. Le céli­bat sacré, que l’Eglise garde depuis des siècles comme un joyau splen­dide, conserve toute sa valeur éga­le­ment à notre époque carac­té­ri­sée par une trans­for­ma­tion pro­fonde des men­ta­li­tés et des structures.

Cependant, dans ce cli­mat où fer­mentent tant de nou­veau­tés, s’est fait jour entre autres choses la ten­dance, voire la nette volon­té, de pres­ser l’Eglise de remettre en ques­tion cette ins­ti­tu­tion carac­té­ris­tique. D’après cer­tains, l’observance du céli­bat ecclé­sias­tique consti­tue­rait main­te­nant un pro­blème ; elle devien­drait qua­si­ment impos­sible de nos jours et dans notre monde.

Une pro­messe de Notre part

2. Cet état de choses, qui émeut la conscience d’un cer­tain nombre de prêtres et de jeunes aspi­rants au sacer­doce et leur crée des per­plexi­tés, et qui décon­certe beau­coup de fidèles, Nous oblige à tenir sans plus de délai la pro­messe faite naguère aux Pères du Concile : Nous leur avions signi­fié notre pro­jet de don­ner plus d’éclat et de force au céli­bat sacer­do­tal, dans les cir­cons­tances actuelles.1 Depuis lors Nous avons lon­gue­ment et ins­tam­ment invo­qué les clar­tés et l’assistance de l’Esprit Saint et Nous avons, en pré­sence de Dieu, consi­dé­ré les avis et les demandes reçus de tous côtés, sur­tout de la part d’un bon nombre de Pasteurs de l’Eglise de Dieu.

La réa­li­té et les problème

3. La ques­tion concer­nant le céli­bat du cler­gé dans l’Église a lon­gue­ment rete­nu Notre atten­tion, dans toute son ampleur et sa gra­vi­té : faut-​il encore aujourd’hui main­te­nir cette obli­ga­tion exi­geante et sublime pour les hommes qui dési­rent accé­der aux ordres majeurs ? L’observance de cette obli­ga­tion est-​elle pos­sible, est-​elle oppor­tune aujourd’hui ? Le temps ne serait-​il pas venu de rompre le lien qui, dans l’Église, attache le céli­bat au sacer­doce ? Cette obser­vance dif­fi­cile pourrait-​elle deve­nir facul­ta­tive ? Le minis­tère sacer­do­tal n’y gagnerait-​il pas et le rap­pro­che­ment œcu­mé­nique n’en serait-​il pas ren­du plus aisé ? Que si cette noble loi du céli­bat doit res­ter en vigueur, quelles sont les rai­sons qui aujourd’hui en montrent la sain­te­té et la conve­nance ? Enfin moyen­nant quelles aides peut-​elle être res­pec­tée, et com­ment la vie sacer­do­tale y trouvera-​t-​elle, au lieu d’un poids, un soutien ?

Ampleur et gra­vi­té de la question

4. Nous avons consa­cré une atten­tion par­ti­cu­lière aux objec­tions de divers genre qu’on a for­mu­lées contre le main­tien du céli­bat sacer­do­tal. Un sujet d’une telle impor­tance et d’une si grande com­plexi­té ne Nous impose-​t-​il pas, en ver­tu du ser­vice apos­to­lique qui Nous incombe, de regar­der loya­le­ment la réa­li­té et les pro­blèmes qu’elle implique, mais en pro­je­tant sur eux, comme c’est aus­si Notre devoir et Notre mis­sion, la lumière de la véri­té qui est le Christ, dans l’intention d’accomplir en tout la volon­té de Celui qui Nous a appe­lé à cette charge, et de Nous mon­trer tel que Nous sommes devant l’Eglise, ser­vi­teur des ser­vi­teurs de Dieu.

Les objec­tions contre le céli­bat sacerdotal

Le céli­bat et le Nouveau Testament

5. Jamais comme à l’heure actuelle, on peut le dire, le thème du céli­bat ecclé­sias­tique n’a été étu­dié avec plus de rigueur sous tous ses aspects, et cela aux dif­fé­rents plans : doc­tri­nal, his­to­rique, social, psy­cho­lo­gique et pas­to­ral ; bien sou­vent ce fut avec des inten­tions fon­da­men­ta­le­ment droites, même si par­fois elles ont été tra­hies dans leur expression.

Examinons en toute hon­nê­te­té les objec­tions prin­ci­pales oppo­sées à la loi qui lie le céli­bat au sacerdoce.

La pre­mière semble venir de la source la plus auto­ri­sée : le Nouveau Testament, où nous est gar­dée la doc­trine du Christ et des Apôtres, n’exige point le céli­bat des ministres sacrés, mais le pro­pose comme libre obéis­sance à une voca­tion spé­ciale, à un cha­risme spé­cial (cf. Mt. 19, 11–12). Jésus lui-​même n’en a pas fait une condi­tion préa­lable au choix des Douze, ni non plus les Apôtres à l’égard des hommes qui étaient pré­po­sés aux pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes (cf. 1 Tim 3, 2–5 ; Tit 1, 5–6).

Les Pères de l’Eglise

6. Le rap­port étroit que les Pères de l’Eglise et les écri­vains ecclé­sias­tiques ont éta­bli, au cours des siècles, entre la voca­tion au minis­tère sacré et la vir­gi­ni­té consa­crée, aurait son ori­gine dans des men­ta­li­tés et des situa­tions his­to­riques très dif­fé­rentes des nôtres. Souvent les textes patris­tiques recom­mandent au cler­gé, plu­tôt que de gar­der le céli­bat, de s’abstenir de l’usage du mariage, et les rai­sons dont ils font état en faveur de la chas­te­té par­faite des ministres sacrés semblent par­fois ins­pi­rées par un pes­si­misme exa­gé­ré quant à la condi­tion char­nelle de l’homme, ou par une concep­tion par­ti­cu­lière de la pure­té requise par le contact avec les choses saintes. Par ailleurs les consi­dé­ra­tions reçues de l’antiquité ne cadre­raient plus avec tous les milieux socio­cul­tu­rels dans les­quels l’Eglise d’aujourd’hui est appe­lée à œuvrer dans la per­sonne de ses prêtres.

Vocation et célibat 

7. Beaucoup d’objectants relèvent une dif­fi­cul­té dans le fait que la dis­ci­pline en vigueur fait coïn­ci­der le cha­risme de la voca­tion sacer­do­tale avec le cha­risme de la chas­te­té par­faite comme état de vie du ministre de Dieu ; dès lors ils se demandent s’il est juste d’écarter du sacer­doce ceux qui auraient la voca­tion sacer­do­tale sans avoir en même temps celle du célibat.

Le céli­bat et la pénu­rie du clergé

8. Le main­tien du céli­bat ecclé­sias­tique dans l’Eglise cau­se­rait en outre de très graves dom­mages là où la pénu­rie du cler­gé – que le Concile lui-​même a recon­nue et déplo­rée avec tris­tesse 2 – crée des situa­tions dra­ma­tiques et des obs­tacles à la pleine réa­li­sa­tion du des­sein divin du salut, allant jusqu’à com­pro­mettre la pos­si­bi­li­té même de la pre­mière annonce de l’Evangile. D’aucuns en effet imputent l’inquiétante dimi­nu­tion numé­rique du cler­gé au poids que repré­sente l’obligation du célibat.

Ombres sur le célibat 

9. On ren­contre aus­si la convic­tion que non seule­ment le régime du sacer­doce confé­ré à des hommes mariés sup­pri­me­rait l’occasion d’infidélités, de désordres et de défec­tions pénibles, qui sont pour l’Eglise entière autant de bles­sures et de peines, mais qu’il per­met­trait aux ministres du Christ un témoi­gnage plus com­plet de vie chré­tienne éga­le­ment dans le domaine de l’existence fami­liale, domaine d’où leur état actuel les exclut.

Violence faite à la nature ?

10. Par ailleurs, il en est qui affirment avec insis­tance que le céli­bat place le prêtre dans une condi­tion phy­sique et psy­cho­lo­gique anti­na­tu­relle, dom­ma­geable à l’équilibre et à la matu­ri­té de la per­sonne humaine ; il en résulte, disent-​ils, que sou­vent le cœur du prêtre se des­sèche, manque de cha­leur humaine et de pleine com­mu­nion avec ses frères dans leur vie et leur des­tin, et est contraint à un iso­le­ment d’où naissent l’amertume et le découragement.

Ne serait-​ce pas l’indice d’une vio­lence injuste et d’un mépris injus­ti­fiable de valeurs humaines fon­dées sur l’œuvre divine de la créa­tion et inté­grées dans l’œuvre de rédemp­tion accom­plie Par le Christ ?

Formation inadap­tée

11. En outre, consi­dé­rant la manière dont le can­di­dat au sacer­doce en vient à assu­mer une obli­ga­tion d’une telle gra­vi­té, on objecte qu’en pra­tique cet enga­ge­ment résulte moins d’une déci­sion vrai­ment per­son­nelle que d’une atti­tude pas­sive, impu­table à une for­ma­tion inadé­quate et insuf­fi­sam­ment res­pec­tueuse de la liber­té humaine ; chez le jeune homme, en effet, le degré de connais­sance et d’auto-décision et la matu­ri­té psy­cho­phy­sique sont nota­ble­ment infé­rieurs ; en tout cas, ils ne répondent pas à l’importance, à la durée et aux dif­fi­cul­tés réelles de l’obligation à contracter.

Le vrai point de vue

12. D’autres objec­tions, Nous le savons, peuvent être éle­vées contre le céli­bat du prêtre. C’est un sujet très com­plexe, qui touche au plus vif la concep­tion cou­rante qu’on se fait de l’existence et qui pro­jette sur elle la lumière d’ordre supé­rieur que répand la véri­té révé­lée. Une longue série de dif­fi­cul­tés se pré­sen­te­ra à ceux qui » ne com­prennent pas cette réa­li­té » (Mt. 19, 11), qui ignorent ou qui oublient le » don de Dieu » (cf. Jn 4, 10) et à qui échappent la logique supé­rieure de cette concep­tion nou­velle de la vie, son éton­nante effi­ca­ci­té et sa plé­ni­tude débordante.

Témoignages du pas­sé et du présent

13. Cet ensemble d’objections peut don­ner l’impression de cou­vrir la voix sécu­laire et solen­nelle des Pasteurs de l’Eglise, des maîtres spi­ri­tuels, du témoi­gnage vécu d’une légion innom­brable de saints et de fidèles ministres de Dieu, qui ont fait du céli­bat la réa­li­té intime et le signe visible de leur dona­tion totale et joyeuse au mys­tère du Christ. Non, cette voix garde sa force et sa séré­ni­té ; elle ne nous vient pas du seul pas­sé, mais elle parle encore main­te­nant. Toujours atten­tif à scru­ter la réa­li­té, Nous ne pou­vons fer­mer les yeux à cette réa­li­té éton­nante et magni­fique : de nos jours encore il y a dans la sainte Eglise de Dieu, en toutes les par­ties du monde où elle a plan­té ses tentes, des ministres sacrés sans nombre – sous-​diacres, diacres, prêtres, évêques – qui vivent en toute pure­té le céli­bat volon­taire et consa­cré ; et à côté d’eux, Nous ne pou­vons pas ne pas remar­quer les foules des reli­gieux, des reli­gieuses, et aus­si de jeunes gens, de laïques, fidèles à leur enga­ge­ment de chas­te­té par­faite. Celle-​ci est vécue non par dépré­cia­tion du don divin de la vie mais par un amour plus éle­vé pour la vie nou­velle qui jaillit du mys­tère pas­cal. Elle est vécue dans une aus­té­ri­té cou­ra­geuse, avec un dyna­misme spi­ri­tuel épa­nouis­sant, avec une inté­gri­té exem­plaire et aus­si avec une cer­taine faci­li­té. Ce phé­no­mène impres­sion­nant démontre la pré­sence de la réa­li­té insigne du règne de Dieu vivant au sein de la socié­té moderne ; il y joue le rôle humble et bien­fai­sant de » lumière du monde » et de » sel de la terre » (cf. Mt. 5, 13–14). Il Nous est impos­sible de taire Notre admi­ra­tion : indis­cu­ta­ble­ment là souffle l’Esprit du Christ.

Confirmation de la valeur du célibat

14. Nous esti­mons donc que la loi du céli­bat actuel­le­ment en vigueur doit, encore de nos jours et fer­me­ment, être liée au minis­tère ecclé­sias­tique ; elle doit sou­te­nir le ministre de l’Eglise dans son choix exclu­sif, défi­ni­tif et total de l’amour unique et sou­ve­rain du Christ, du dévoue­ment au culte de Dieu et au ser­vice de l’Eglise, et elle doit qua­li­fier son état de vie aus­si bien dans la com­mu­nau­té des fidèles que dans la socié­té profane.

Le pou­voir de l’Eglise

15. Assurément, le cha­risme de la voca­tion sacer­do­tale, ordon­né au culte divin et au ser­vice reli­gieux et pas­to­ral du peuple de Dieu, reste dis­tinct du cha­risme qui fait choi­sir le céli­bat comme état de vie consa­cré (cf. nn. 5, 7) ; mais la voca­tion sacer­do­tale, encore qu’elle soit divine en son ins­pi­ra­tion, ne devient pas défi­ni­tive et effi­cace sans l’approbation et l’acceptation de ceux qui dans l’Eglise ont le pou­voir et la res­pon­sa­bi­li­té du minis­tère pour la com­mu­nau­té ecclé­siale. Il appar­tient ain­si à l’autorité de l’Eglise d’établir, selon les temps et les lieux, les qua­li­tés à requé­rir concrè­te­ment des can­di­dats pour qu’ils soient jugés aptes au ser­vice reli­gieux et pas­to­ral de cette même Eglise.

Propos de l’Encyclique

16. En esprit de foi, Nous consi­dé­rons l’occasion main­te­nant offerte par la Providence comme oppor­tune pour remettre en lumière, en termes plus adap­tés à la men­ta­li­té contem­po­raine, les rai­sons pro­fondes du céli­bat sacré ; en effet, si les dif­fi­cul­tés affec­tant la foi » peuvent inci­ter l’esprit à cher­cher une intel­li­gence plus exacte et plus pro­fonde de celle-​ci « ,3 il n’en va pas autre­ment de la dis­ci­pline ecclé­sias­tique, qui règle la vie des croyants.

Nous trou­vons une joie et un encou­ra­ge­ment à contem­pler en cette occur­rence et de ce point de vue la richesse divine et la beau­té de l’Eglise du Christ ; celles-​ci ne sont pas tou­jours immé­dia­te­ment per­cep­tibles au regard humain, parce qu’elles sont l’œuvre de l’amour du divin Chef de l’Eglise et qu’elles se mani­festent dans cette per­fec­tion de sain­te­té (cf. Eph. 5, 25–27) dont s’étonne l’entendement de l’homme et dont les forces de la créa­ture humaine ne suf­fisent pas à rendre compte.

Premiere par­tie

I. Les rai­sons du céli­bat sacré

Le Concile et le célibat 

17. Certes, comme l’a décla­ré le second concile du Vatican, la vir­gi­ni­té » n’est pas exi­gée par la nature même du sacer­doce, ain­si que le montrent la pra­tique de l’Eglise pri­mi­tive et la tra­di­tion des Eglises d’Orient « ,4 mais le même Saint Concile n’a pas hési­té à confir­mer solen­nel­le­ment la loi ancienne, sainte et pro­vi­den­tielle du céli­bat sacer­do­tal, telle qu’elle existe actuel­le­ment, non sans expo­ser les motifs qui la jus­ti­fient aux yeux de qui­conque sait appré­cier les dons divins en esprit de foi et avec la flamme inté­rieure de la générosité.

Arguments anciens dans une lumière nouvelle

18. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on réflé­chit sur la » conve­nance mul­ti­forme » (l. c.) du céli­bat pour les ministres de Dieu ; même si les rai­sons expli­cites ont varié selon les dif­fé­rentes men­ta­li­tés et situa­tions, elles s’inspirèrent tou­jours de consi­dé­ra­tions spé­ci­fi­que­ment chré­tiennes avec, en der­nière ana­lyse, l’intuition des valeurs et motifs les plus pro­fonds. Ceux-​ci peuvent être mieux mis en lumière, non sans l’influence de l’Esprit-Saint, pro­mis par le Christ aux siens pour la connais­sance des choses à venir (cf. Jean 16, 13) et pour faire avan­cer dans le Peuple de Dieu l’intelligence du mys­tère du Christ et de l’Eglise ; à ce pro­grès concourt aus­si l’expérience due à un sens plus péné­trant des réa­li­tés spi­ri­tuelles au cours des siècles.5

Sens chris­to­lo­gique du célibat

La nou­veau­té du Christ

19. Le sacer­doce chré­tien qui est nou­veau ne se com­prend qu’à la lumière de la nou­veau­té du Christ, Pontife suprême et Prêtre éter­nel, qui a ins­ti­tué le sacer­doce minis­té­riel comme une par­ti­ci­pa­tion réelle à son sacer­doce unique.6 Le ministre du Christ et l’intendant des mys­tères de Dieu (1 Cor. 4, 1) trouve donc en Lui son modèle immé­diat et son idéal sou­ve­rain (cf. 1 Cor. 11, 1). Le Seigneur Jésus, Fils unique de Dieu, envoyé dans le monde par son Père, s’est fait homme pour que l’humanité, sujette au péché et à la mort, soit régé­né­rée et, par une nou­velle nais­sance (Jean 3, 5 ; Tit. 3, 5), entre dans le royaume des cieux. S’étant consa­cré tout entier à la volon­té de son Père (Jean 4, 34 ; 17, 4), Jésus accom­plit par son mys­tère pas­cal cette créa­tion nou­velle (2 Cor. 5 ; Gal. 6, 15), intro­dui­sant dans le temps et dans le monde une forme nou­velle, sublime, divine, de vie, qui trans­forme la condi­tion ter­restre elle-​même de l’humanité (cf. Gal. 3, 28).

Mariage et céli­bat dans la nou­veau­té du Christ

20. De par la volon­té de Dieu, le mariage conti­nue l’œuvre de la pre­mière créa­tion (Gen. 2, 18) ; assu­mé dans le plan total du salut, il acquiert, lui aus­si un sens nou­veau, une valeur nou­velle. De fait Jésus a res­tau­ré sa digni­té ori­gi­nelle (Mt. 19, 38), lui a ren­du hom­mage (cf. Jean 2, 1–11) et l’a éle­vé à la digni­té de sacre­ment et de signe mys­té­rieux de sa propre union avec l’Eglise (Eph. 5, 32). Ainsi les époux chré­tiens dans l’exercice de leur amour mutuel et l’accomplissement de leurs devoirs spé­ci­fiques, dans la ten­dance à cette sain­te­té qui leur est propre, font route ensemble vers la patrie céleste. Mais le Christ, Médiateur d’une Alliance plus haute (Hébr. 8, 6), a ouvert un autre che­min où la créa­ture humaine, s’attachant tota­le­ment et direc­te­ment au Seigneur, exclu­si­ve­ment pré­oc­cu­pée de Lui et de ce qui Le concerne (1 Cor. 7, 33–35), mani­feste de façon plus claire et plus com­plète la réa­li­té pro­fon­dé­ment nova­trice de la Nouvelle Alliance.

Virginité et sacer­doce dans le Christ Médiateur

21. Le Christ, Fils unique du Père, du fait même de son incar­na­tion, est consti­tué Médiateur entre le ciel et la terre, entre le Père et le genre humain. En pleine har­mo­nie avec cette mis­sion, le Christ est res­té durant toute sa vie dans l’état de vir­gi­ni­té, qui signi­fie son dévoue­ment total au ser­vice de Dieu et des hommes. Ce lien pro­fond qui, dans le Christ, unit la vir­gi­ni­té et le sacer­doce, se reflète en ceux à qui il échoit de par­ti­ci­per à la digni­té et à la mis­sion du Médiateur et Prêtre éter­nel, et cette par­ti­ci­pa­tion sera d’autant plus par­faite que le ministre sacré sera affran­chi de tout lien de la chair et du sang.7

Le céli­bat pour le royaume des cieux

22. Jésus, qui choi­sit les pre­miers ministres du salut, qui les vou­lut ini­tiés à l’intelligence des mys­tères du royaume des cieux (Mt. 13, 11 ; Marc 4, 11 ; Luc 8, 10), coopé­ra­teurs de Dieu à un titre très spé­cial et ses ambas­sa­deurs (2 Cor. 5, 20), et qui les appe­la amis et frères (Jean 15, 15 ; 20, 17), pour les­quels il s’est sacri­fié lui-​même afin qu’ils fussent consa­crés en véri­té (Jean 17, 19), a pro­mis une récom­pense sur­abon­dante à qui­conque aura aban­don­né mai­son, famille, épouse et enfants pour le royaume de Dieu (Luc 18, 29–30). Davantage, il a recom­man­dé aussi,8 en paroles lourdes de mys­tères et de pro­messes, une consé­cra­tion plus par­faite encore au règne des cieux par la vir­gi­ni­té fruit d’un don par­ti­cu­lier (Mt. 19, 11–12). La réponse à ce cha­risme divin a comme motif le règne des cieux (ibid., v. 12) ; et pareille­ment c’est ce règne (Luc 18, 39), l’Evangile (Marc 10, 29) et le nom du Christ (Mt. 19, 29) qui motivent les appels de Jésus aux renon­ce­ments ardus que l’apôtre consen­ti­ra pour une par­ti­ci­pa­tion plus intime au des­tin du Christ (cf. Marc l. c.).

Témoignage ren­du au Christ

23. C’est donc le mys­tère de la nou­veau­té du Christ, de tout ce qu’Il est lui-​même et de ce qu’Il signi­fie, c’est la somme des idéaux les plus éle­vés de l’Evangile et du royaume, c’est une mani­fes­ta­tion par­ti­cu­lière de la grâce jaillis­sant du mys­tère pas­cal du Rédempteur, qui font la digni­té et le carac­tère dési­rable du choix de la vir­gi­ni­té pour ceux qu’appelle le Seigneur Jésus, et qui entendent ain­si par­ti­ci­per non seule­ment à sa fonc­tion sacer­do­tale mais par­ta­ger éga­le­ment avec Lui l’état de vie qui fut le sien.

Plénitude d’amour

24. La réponse à la voca­tion divine est une réponse d’amour à l’amour que le Christ nous a mani­fes­té de manière sublime (Jean 15, 13 ; 3, 16) ; elle se revêt de mys­tère dans l’amour de pré­di­lec­tion pour les âmes aux­quelles Il a fait entendre ses appels plus exi­geants (cf. Marc 10, 21). La grâce mul­ti­plie avec une force divine les exi­gences de l’amour qui, quand il est authen­tique, est total, exclu­sif, stable et per­pé­tuel, et porte irré­sis­ti­ble­ment à tous les héroïsmes. Aussi le choix du céli­bat sacré a‑t-​il tou­jours été consi­dé­ré par l’Eglise » comme un signe et un sti­mu­lant de la cha­ri­té « : 9 signe d’un amour sans réserve, sti­mu­lant d’une cha­ri­té ouverte à tous. Qui pour­rait jamais voir dans une vie si tota­le­ment don­née – et don­née pour les motifs que nous avons expo­sés – les signes d’une cer­taine pau­vre­té spi­ri­tuelle ou de l’égoïsme, alors qu’elle est et doit être un exemple rare et émi­nem­ment signi­fi­ca­tif d’une exis­tence qui trouve son moteur et son éner­gie dans l’amour, par quoi l’homme exprime la gran­deur qui est son apa­nage ? Qui pour­ra jamais dou­ter de la plé­ni­tude morale et spi­ri­tuelle d’une vie vouée de la sorte non pas à un idéal quel­conque, serait-​il très noble, mais au Christ et à son œuvre, pour une huma­ni­té nou­velle, par­tout et dans tous les temps ?

Invitation à l’étude

25. Cette pers­pec­tive biblique et théo­lo­gique asso­cie donc notre sacer­doce minis­té­riel à celui du Christ et elle trouve dans la dona­tion totale du Christ à sa mis­sion sal­vi­fique l’exemple et la rai­son de notre assi­mi­la­tion à la forme de cha­ri­té et de sacri­fice propre au Christ Rédempteur. Elle Nous paraît si pro­fonde et si riche de véri­tés spé­cu­la­tives et pra­tiques, que Nous vous invi­tons vous-​mêmes, Frères véné­rés, ain­si que ceux qui étu­dient la doc­trine catho­lique et les maîtres spi­ri­tuels, et tous les prêtres capables d’avoir l’intelligence intui­tive et sur­na­tu­relle de leur voca­tion, à conti­nuer de cher­cher dans cette direc­tion et de péné­trer les réa­li­tés intimes et fécondes à y trou­ver. De la sorte, le lien entre sacer­doce et céli­bat appa­raî­tra tou­jours mieux dans sa logique lumi­neuse et héroïque d’amour unique et sans limites au Christ Seigneur et à son Eglise.

Sens ecclé­sio­lo­gique du célibat

Le céli­bat et l’amour du Christ et du prêtre pour l’Eglise

26. » Saisi par le Christ Jésus » (Phil. 3, 12) jusqu’à s’abandonner tota­le­ment à Lui, le prêtre se confi­gure plus par­fai­te­ment au Christ éga­le­ment dans l’amour avec lequel le Prêtre éter­nel a aimé l’Eglise son Corps, s’offrant tout entier pour elle, afin de s’en faire une Epouse glo­rieuse, sainte et imma­cu­lée (cf. Eph. 5, 25–27).

La vir­gi­ni­té consa­crée des ministres sacrés mani­feste en effet l’amour vir­gi­nal du Christ pour l’Eglise et la fécon­di­té vir­gi­nale et sur­na­tu­relle de cette union, en ver­tu de quoi les fils de Dieu ne sont pas engen­drés de la chair et du sang (Jean 1, 13).10

Unité et har­mo­nie de la vie sacer­do­tale : le minis­tère de la Parole

27. En se vouant au ser­vice du Seigneur Jésus et de son Corps mys­tique, dans une com­plète liber­té que faci­lite l’offrande totale de soi, le prêtre réa­lise plus plei­ne­ment l’unité et l’harmonie de sa vie sacerdotale.11 Il déve­loppe son apti­tude à entendre la Parole de Dieu et à prier. La Parole de Dieu, que garde l’Eglise, éveille dans le prêtre qui la médite chaque jour, qui la vit et l’annonce aux fidèles, les réso­nances les plus vibrantes et les plus profondes.

L’office divin et la prière

28. Ainsi, tota­le­ment et exclu­si­ve­ment appli­qué aux affaires de Dieu et de l’Eglise comme le Christ (cf. Luc 2, 49 ; 1 Cor. 7, 32–33), le ministre du Christ, à l’imitation du sou­ve­rain Prêtre, tou­jours vivant devant Dieu pour inter­cé­der en notre faveur (Hébr. 9, 24 ; 7, 25), puise dans la réci­ta­tion atten­tive et pieuse de l’Office divin, où il prête sa voix à l’Eglise priant en union avec son Epoux,12 une joie et un élan tou­jours renou­ve­lés et il res­sent le besoin de s’adonner plus lon­gue­ment et assi­dû­ment à la prière, devoir émi­nem­ment sacer­do­tal (Act 6, 4).

Le minis­tère de la grâce et de l’Eucharistie

29. Le céli­bat confère à tout le reste de la vie du prêtre une plé­ni­tude accrue de sens et d’efficacité sanc­ti­fiante. L’obligation par­ti­cu­lière de sa sanc­ti­fi­ca­tion per­son­nelle trouve en effet de nou­veaux sti­mu­lants dans le minis­tère de la grâce et celui de l’Eucharistie, en laquelle est conte­nu tout le bien de l’Eglise ;13 agis­sant en repré­sen­tant du Christ, le prêtre s’unit plus inti­me­ment à l’offrande, en dépo­sant sur l’autel toute sa vie mar­quée des signes de l’holocauste.

Vie pleine et féconde

30. Quelles consi­dé­ra­tions ne pourrions-​nous pas for­mu­ler encore sur ce que le céli­bat ajoute aux vir­tua­li­tés du prêtre, à son ser­vice, à son amour, à son sacri­fice au béné­fice de tout le Peuple de Dieu ? Le Christ a dit de lui-​même : » si le grain de blé jeté en terre ne meurt pas, il ne donne rien ; mais s’il meurt, il donne du blé en abon­dance » (Jean 12, 24), et l’Apôtre Paul n’hésitait pas à s’exposer à une mort quo­ti­dienne, pour obte­nir que ses fidèles soient sa fier­té dans le Christ Jésus (1 Cor. 15, 31). Ainsi en va-​t-​il du prêtre : en mou­rant quo­ti­dien­ne­ment à lui-​même, en renon­çant, par amour du Seigneur et de son règne, à l’amour légi­time d’une famille qui ne soit qu’à lui, il trou­ve­ra la gloire d’une vie pleine et féconde dans le Christ, puisque, comme Lui et en Lui, il aime tous les enfants de Dieu et se donne à eux.

Le céli­bat du prêtre par rap­port à la com­mu­nau­té des fidèles

31. Dans la com­mu­nau­té des fidèles confiés à ses soins, le prêtre est le Christ pré­sent. Il convient donc au plus haut point qu’il en repro­duise l’image en tout et qu’il en suive l’exemple d’une manière spé­ciale, dans sa vie per­son­nelle comme dans son minis­tère. Pour ses fils dans le Christ, le prêtre est un signe et un gage des réa­li­tés sublimes et nou­velles de ce Royaume de Dieu dont il est le dis­pen­sa­teur : il pos­sède en effet pour sa part ces réa­li­tés au degré le plus par­fait et il nour­rit la foi et l’espérance de tous les chré­tiens, qui, en tant que tels, sont tenus d’observer la chas­te­té selon leur état.

Efficacité pas­to­rale du célibat

32. La consé­cra­tion qui est faite au Christ en ver­tu d’un titre nou­veau et émi­nent, comme le céli­bat, assure en outre au prêtre – c’est bien évident, – éga­le­ment dans le domaine pra­tique, le maxi­mum d’efficacité et l’attitude psy­cho­lo­gique et affec­tive la mieux adap­tée à l’exercice conti­nuel de la cha­ri­té par­faite : celle-​ci lui per­met­tra de se dépen­ser tout entier au ser­vice de tous d’une manière plus uni­ver­selle et plus concrète (2 Cor. 12, 15) ; 14 elle lui garan­tit cer­tai­ne­ment une liber­té et une dis­po­ni­bi­li­té plus grandes dans le minis­tère pastoral,15 dans la manière d’être acti­ve­ment et fra­ter­nel­le­ment pré­sent au monde, auquel le Christ l’a envoyé (Jean 17, 18), pour qu’il se donne entiè­re­ment à tous les fils de Dieu comme il est tenu de le faire (Rom. 1, 14).

Signification escha­to­lo­gique du célibat

L’aspiration du Peuple de Dieu au Royaume céleste

33. Le royaume de Dieu, qui n’est pas de ce monde (Jean 18, 36), est déjà pré­sent ici-​bas comme mys­tère, et il attein­dra sa per­fec­tion lors de la venue glo­rieuse du Seigneur Jésus.16 De ce royaume, l’Eglise consti­tue ici-​bas le germe et les pré­mices. Tandis qu’elle gran­dit len­te­ment mais sûre­ment, elle aspire à l’état par­fait du royaume et désire de toutes ses forces s’unir à son Roi dans la gloire.17

Le peuple de Dieu en marche s’achemine, au cours de l’histoire, vers sa véri­table patrie (Phil. 3, 20), où la filia­tion divine des rache­tés se mani­fes­te­ra en plé­ni­tude (1 Jean 3, 2), et où res­plen­di­ra désor­mais sans ombre la beau­té trans­fi­gu­rée de l’Epouse de l’Agneau divin.18

Le céli­bat comme signe des biens célestes

34. Notre Seigneur et Maître a décla­ré » qu’à la résur­rec­tion… on ne pren­dra ni femme ni mari, mais que tous seront comme les anges de Dieu dans le Ciel » (Mt. 22, 30). Au milieu du monde tel­le­ment enga­gé dans les tâches ter­restres et si sou­vent domi­né par les convoi­tises de la chair (cf. 1 Jean 3, 2), le don pré­cieux et divin de la chas­te­té par­faite en vue du royaume des cieux consti­tue pré­ci­sé­ment » un signe par­ti­cu­lier des biens célestes » ; 19 il pro­clame la pré­sence par­mi nous des temps der­niers de l’histoire du salut (cf. 1 Cor. 7, 29–31) et l’avènement d’un monde nou­veau. Il anti­cipe en quelque sorte la consom­ma­tion du royaume en en affir­mant les valeurs suprêmes, qui res­plen­di­ront un jour en tous les fils de Dieu. Il consti­tue donc un témoi­gnage de l’aspiration du Peuple de Dieu vers le but der­nier de son pèle­ri­nage ter­restre, et une invi­ta­tion pour tous à lever les yeux vers le ciel, là où le Christ siège à la droite de Dieu, là où notre vie est cachée en Dieu avec le Christ, jusqu’à ce qu’elle se mani­feste dans la gloire (Col. 3, 1–4).

II. Le céli­bat dans la vie de l’Eglise

Dans l’antiquité

35. L’étude des docu­ments his­to­riques rela­tifs au céli­bat ecclé­sias­tique serait fort ins­truc­tive mais trop longue. Qu’il suf­fise de don­ner ici les brèves indi­ca­tions qui suivent. Dans l’antiquité chré­tienne, les Pères de l’Église et écri­vains ecclé­sias­tiques témoignent de la dif­fu­sion qu’avait pris chez les ministres sacrés, tant en Orient qu’en Occident, la pra­tique libre­ment assu­mée du célibat,20 à cause de son émi­nente conve­nance au don total qu’ils font d’eux-mêmes au ser­vice du Christ et de son Église.

Dans l’Eglise d’Occident

36. À par­tir du début du IVe siècle, l’Eglise d’Occident, par suite des inter­ven­tions de plu­sieurs conciles pro­vin­ciaux et des Souverains Pontifes, ren­for­ça, déve­lop­pa et sanc­tion­na cette pra­tique du célibat.21 Ce furent sur­tout les Pasteurs et Maîtres suprêmes de l’Eglise de Dieu, gar­diens et inter­prètes du patri­moine de la foi et de la pure­té des mœurs chré­tiennes, qu’on vit pro­mou­voir, pro­té­ger et res­tau­rer le céli­bat ecclé­sias­tique aux dif­fé­rentes époques de l’histoire, même quand des oppo­si­tions se mani­fes­taient dans les rangs du cler­gé lui-​même et que le relâ­che­ment des mœurs dans une socié­té en déca­dence ne favo­ri­sait guère les actes héroïques de ver­tu. L’obligation du céli­bat fut ensuite solen­nel­le­ment sanc­tion­née par le concile de Trente 22 et fina­le­ment insé­rée dans le Code de droit cano­nique (Can. 132, § 1).

Le magis­tère pon­ti­fi­cal plus récent

37. Les Souverains Pontifes de l’époque plus récente ont déployé l’ardeur de leur zèle et leur effort doc­tri­nal pour éclai­rer et sti­mu­ler le cler­gé dans la pra­tique de cette observance.23 À ce pro­pos, Nous ne vou­lons pas man­quer de rendre un hom­mage spé­cial à la pieuse mémoire de Notre Prédécesseur, dont le sou­ve­nir reste vivant au cœur des hommes. Au cours du Synode Romain, il pro­non­ça, au milieu des appro­ba­tions sans réti­cence de Notre cler­gé de Rome, les paroles sui­vantes : » Nous sommes navré … que cer­tains puissent s’imaginer que l’Eglise catho­lique en vien­dra déli­bé­ré­ment ou par conve­nance à renon­cer à ce qui, durant de longs siècles, fut et demeure l’une des gloires les plus nobles et les plus pures de son sacer­doce. La loi du céli­bat ecclé­sias­tique et le sou­ci de la faire pré­va­loir évoquent tou­jours les com­bats des temps héroïques, alors que l’Eglise du Christ dut enga­ger la lutte et réus­sit à faire triom­pher sa glo­rieuse tri­lo­gie, emblème constant de vic­toire : Église du Christ libre, chaste et catho­lique » .24

Dans l’Eglise d’Orient

38. Si la légis­la­tion de l’Eglise Orientale en matière de dis­ci­pline du céli­bat ecclé­sias­tique est dif­fé­rente, selon ce qui fut fina­le­ment éta­bli par le Concile » in Trullo » de 692 25 et ouver­te­ment recon­nu par le second Concile du Vatican,26 cela est dû aus­si à des cir­cons­tances his­to­riques dif­fé­rentes et propres à cette par­tie très noble de l’Eglise : à cette situa­tion spé­ciale, le Saint Esprit a pro­vi­den­tiel­le­ment et sur­na­tu­rel­le­ment adap­té son assistance.

Qu’il Nous soit per­mis de sai­sir l’occasion pré­sente pour expri­mer Notre estime et Notre res­pect à l’ensemble du cler­gé des Eglises Orientales et pour recon­naître les exemples de fidé­li­té et de zèle qu’il donne et qui le rendent digne d’une sin­cère vénération.

La voix des Pères Orientaux

39.Mais il est une autre rai­son qui Nous incite à main­te­nir intacte la dis­ci­pline tou­chant le céli­bat ecclé­sias­tique, c’est l’éloge que les Pères Orientaux font de la vir­gi­ni­té. Nous enten­dons par exemple saint Grégoire de Nysse nous rap­pe­ler que la vie » dans la vir­gi­ni­té est l’image de la béa­ti­tude qui nous attend dans le monde à venir » ; 27 nous trou­vons tout autant d’assurance dans la manière dont saint Jean Chrysostome célèbre le sacer­doce : elle offre de nos jours encore un thème à notre médi­ta­tion. Voulant mettre en lumière l’harmonie qui doit néces­sai­re­ment accor­der la vie pri­vée du ministre de l’autel à la digni­té que lui confèrent ses fonc­tions sacrées, ce Père de l’Eglise affirme : » … il convient que celui qui s’approche du sacer­doce soit pur comme s’il était aux cieux « .28

Indications signi­fi­ca­tives dans la tra­di­tion orientale

40. Il ne sera pas inutile non plus d’observer qu’en Orient l’épiscopat est éga­le­ment réser­vé aux prêtres céli­ba­taires et que les prêtres, une fois ordon­nés, ne peuvent plus se marier. D’où il appa­raît en quel sens ces Eglises si res­pec­tables pos­sèdent jusqu’à un cer­tain point le prin­cipe du sacer­doce céli­ba­taire et celui d’une cer­taine conve­nance entre le céli­bat et le sacer­doce chré­tien, dont les Evêques pos­sèdent le cou­ron­ne­ment et la plénitude.29

Fidélité de l’Eglise d’Occident à sa tra­di­tion propre

41. En tout cas, l’Eglise d’Occident ne peut pas fai­blir dans la fidé­li­té à la tra­di­tion ancienne qui est la sienne ; il n’est pas pen­sable qu’elle ait pen­dant des siècles sui­vi un che­min qui, au lieu de favo­ri­ser la richesse spi­ri­tuelle de cha­cun et de tout le Peuple de Dieu, ait en quelque façon com­pro­mis celle-​ci, ou que, par des inter­ven­tions juri­diques arbi­traires, elle ait endi­gué le libre déve­lop­pe­ment des réa­li­tés les plus pro­fondes de la nature et de la grâce.

Cas par­ti­cu­liers

42. En ver­tu de la norme fon­da­men­tale du gou­ver­ne­ment de l’Eglise catho­lique à laquelle Nous avons fait allu­sion plus haut (n. 15), tout en confir­mant la loi qui réclame de ceux qui accèdent aux Ordres sacrés le choix libre du céli­bat per­pé­tuel, on pour­ra par ailleurs exa­mi­ner les condi­tions spé­ciales des ministres sacrés mariés, qui appar­tiennent à des Eglises ou com­mu­nau­tés chré­tiennes encore sépa­rées de la com­mu­nion catho­lique, et qui, dési­rant adhé­rer à la plé­ni­tude de cette com­mu­nion et y exer­cer leur minis­tère, sont admis aux fonc­tions sacer­do­tales. On exa­mi­ne­ra leur situa­tion de manière à ne pas por­ter pour autant pré­ju­dice à la dis­ci­pline actuelle en matière de célibat.

L’autorité de l’Eglise ne se refuse pas à l’exercice de son pou­voir en ce domaine. On peut en voir une preuve dans la pos­si­bi­li­té, pré­vue par le récent Concile, de confé­rer le dia­co­nat même à des hommes mariés d’âge mûr.30

Confirmation de la loi

43. Mais il ne faut pas voir en tout cela un relâ­che­ment de la loi en vigueur ni l’interpréter comme pré­lude à son abo­li­tion. Il y a mieux à faire que d’encourager la consi­dé­ra­tion de cette pers­pec­tive ; elle affai­blit dans les âmes la force et l’amour qui donnent au céli­bat assu­rance et bon­heur ; elle obs­cur­cit la véri­table doc­trine qui jus­ti­fie l’existence du céli­bat et en exalte le rayon­ne­ment. Il faut bien plu­tôt pro­mou­voir les études par les­quelles la vir­gi­ni­té et le céli­bat voient confir­mer leur vrai sens spi­ri­tuel et leur valeur morale.31

Confiance de l’Eglise

44. La vir­gi­ni­té pour Dieu est un don spé­cial. Toutefois l’Eglise actuelle tout entière, offi­ciel­le­ment repré­sen­tée dans son uni­ver­sa­li­té par ses pas­teurs res­pon­sables – tout en res­pec­tant, Nous l’avons dit, la dis­ci­pline des Eglises Orientales – a mani­fes­té sa pleine convic­tion dans l’Esprit-Saint que » le don du céli­bat, qui pré­sente une telle conve­nance pour le sacer­doce du Nouveau Testament, est libé­ra­le­ment accor­dé par le Père, à condi­tion que ceux qui par­ti­cipent au sacer­doce du Christ par le sacre­ment de l’Ordre, et avec eux l’Eglise entière, le demandent ins­tam­ment et en toute humi­li­té « .32

La prière du Peuple de Dieu

45. Nous invi­tons donc tout le Peuple de Dieu à se ras­sem­bler en quelque sorte pour répondre à son obli­ga­tion de faire croître le nombre de voca­tions sacer­do­tales 33 en sup­pliant avec ins­tance le Père de tous, l’Epoux divin de l’Eglise, et l’Esprit Saint, qui en est l’âme, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère du Christ et Mère de l’Eglise : que Dieu répande, sur­tout en notre temps, ce don divin dont Il n’est certes pas avare ; et que les âmes s’y dis­posent, en esprit de foi pro­fonde et d’amour géné­reux. Que de la sorte, dans notre monde, qui a besoin d’être éclai­ré par la gloire de Dieu (cf. Rom. 3, 23), les prêtres, tou­jours plus conformes au Prêtre unique et suprême, soient une gloire rayon­nante du Christ (2 Cor. 8, 23) et que par eux, res­plen­disse sur le monde d’aujourd’hui la » gloire de la grâce » de Dieu (cf. Eph. 1, 6).

Le monde d’aujourd’hui et le céli­bat ecclésiastique

46. Oui, c’est pré­ci­sé­ment le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, chers et véné­rés Frères dans le sacer­doce, objet de Notre amour » dans le cœur de Jésus-​Christ » (Phil. 1, 8), c’est ce monde en crise de crois­sance et de trans­for­ma­tion, si fier à juste titre des valeurs humaines et des conquêtes de l’homme, c’est lui qui a un urgent besoin du témoi­gnage que consti­tuent des vies consa­crées aux valeurs spi­ri­tuelles les plus hautes et les plus sacrées. Ce témoi­gnage est néces­saire pour que notre époque ne soit pas pri­vée d’une lumière d’essence très rare et sans égale : celle des plus hautes conquêtes spirituelles.

Le petit nombre des prêtres

47. Notre Seigneur Jésus-​Christ n’a pas hési­té à confier à une poi­gnée d’hommes que tout le monde aurait jugés insuf­fi­sants en nombre et en qua­li­té, la charge écra­sante d’évangéliser le monde connu d’alors. À ce » petit trou­peau « , il enjoi­gnit de ne pas perdre cou­rage (Luc 12, 32), parce qu’il rem­por­te­rait avec Lui et par Lui, grâce à son assis­tance tou­jours pré­sente (Mt. 28, 20), la vic­toire sur le monde (Jean 16, 33). Jésus nous a éga­le­ment aver­tis que le Royaume des Cieux pos­sède en lui-​même une force propre et secrète qui lui per­met de croître et d’arriver à la mois­son sans que l’homme le sache (Marc 4, 26–29). La mois­son du Royaume de Dieu est immense, et les ouvriers sont peu nom­breux aujourd’hui comme aux pre­miers jours ; ils ne furent même jamais en nombre tel que le juge­ment humain l’aurait cru suf­fi­sant. Mais le Seigneur du Royaume demande qu’on prie afin que ce soit le Maître qui envoie lui-​même les ouvriers dans son champ (Mt. 9, 37–38). Les pro­jets et la pru­dence humaines ne peuvent usur­per le rôle de la mys­té­rieuse sagesse de Celui qui au cours de l’histoire a défié par sa folie et sa fai­blesse la sagesse et la puis­sance de l’homme (1 Cor. 1, 20–31).

Le cou­rage de la foi

48. Nous en appe­lons au cou­rage de la foi pour dire cette convic­tion pro­fonde de l’Eglise : une réponse plus enga­gée et plus géné­reuse à la grâce, une confiance plus expli­cite et plus entière en sa puis­sance mys­té­rieuse et irré­sis­tible, un témoi­gnage plus franc et plus plé­nier ren­du au mys­tère du Christ, ne mène­ront jamais l’Eglise à une faillite dans sa mis­sion de salut du monde entier, quoi qu’il en soit des conjec­tures humaines et des appa­rences exté­rieures. Chacun doit savoir qu’il peut tout en Celui qui seul donne la force aux âmes (Phil. 4, 13) et la crois­sance à son Eglise (1 Cor. 3, 6–7).

Le fond du problème

49. On ne peut croire toute sim­ple­ment que l’abolition du céli­bat ecclé­sias­tique accroî­trait par le fait même et de façon notable le nombre de voca­tions : l’expérience actuelle des Eglises et com­mu­nau­tés ecclé­siales où les ministres sacrés peuvent se marier semble prou­ver le contraire. C’est sur­tout d’autres côtés qu’il faut cher­cher la cause de la dimi­nu­tion des voca­tions sacer­do­tales : par exemple, dans la perte ou l’affaiblissement du sens de Dieu et du sacré au niveau indi­vi­duel et par­mi les familles, dans le fait qu’on estime moins ou qu’on mécon­naît l’Eglise comme l’institution qui apporte le salut par la foi et les sacre­ments. Il faut donc, dans l’étude du pro­blème, aller aux élé­ments vrai­ment fondamentaux.

III. Le céli­bat et les valeurs humaines

Le céli­bat et l’amour

50. L’Eglise le sait bien et Nous l’avons dit plus haut (cf. n. 10) : le choix du céli­bat ecclé­sias­tique, qui entraîne une suite de renon­ce­ments aus­tères affec­tant l’homme au plus pro­fond de lui-​même, com­porte aus­si des dif­fi­cul­tés et des pro­blèmes sérieux, aux­quels on est aujourd’hui par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible. On pour­rait croire que le céli­bat ne s’accorde pas avec la recon­nais­sance des valeurs humaines, telle que l’Eglise l’a solen­nel­le­ment pro­cla­mée lors du récent Concile. Mais une consi­dé­ra­tion plus atten­tive révèle qu’en sacri­fiant pour l’amour du Christ l’amour humain tel qu’il se vit dans la famille, le prêtre rend à cet amour humain un hom­mage insigne. C’est en effet une chose admise par tout le monde que l’homme a tou­jours choi­si pour les offrir à Dieu son Créateur des dons dignes de qui les pré­sente et de qui les reçoit.

Grâce et nature

51. D’autre part l’Eglise ne peut ni ne doit igno­rer que c’est la grâce qui pré­side au choix du céli­bat – pour­vu qu’on le fasse en toute pru­dence humaine et chré­tienne, de manière res­pon­sable. Or la grâce ne détruit pas la nature et ne lui fait pas vio­lence, mais elle l’élève et lui donne des capa­ci­tés et des éner­gies sur­na­tu­relles. Dieu, qui a créé l’homme et l’a rache­té, sait ce qu’il peut lui deman­der et lui donne tout ce qu’il faut pour accom­plir ce que lui demande son Créateur et Rédempteur. Saint Augustin, avec sa large et dou­lou­reuse expé­rience de ce qu’est la nature de l’homme s’écriait : » Seigneur, donne-​nous ce que Toi-​même Tu com­mandes et com­mande ce que Tu veux « .34

Le poids réel des difficultés

52. Une connais­sance loyale des dif­fi­cul­tés réelles du céli­bat est extrê­me­ment utile, voire indis­pen­sable, au prêtre, pour qu’il ait pleine conscience des condi­tions que le céli­bat sup­pose pour être authen­tique et béné­fique. Mais avec autant de loyau­té on se gar­de­ra d’attribuer à ces difFicultés une impor­tance et un poids supé­rieurs à ceux qu’elles ont en fait dans leur contexte humain

Le céli­bat n’est pas contre nature

53. D’après les acqui­si­tions désor­mais assu­rées de la science, on n’a pas le droit de redire encore (cf. n. 10) que le céli­bat est contre-​nature du fait qu’il s’oppose à des exi­gences phy­siques, psy­cho­lo­giques et affec­tives légi­times, aux­quelles il fau­drait néces­sai­re­ment don­ner satis­fac­tion pour per­mettre la com­plète matu­ri­té de la per­sonne humaine. L’homme, créé à l’image et à la res­sem­blance de Dieu (Gen. 1, 26–27), n’est pas com­po­sé seule­ment de chair et l’instinct sexuel n’est pas tout en lui. L’homme est aus­si et avant tout intel­li­gence, volon­té, liber­té : ces facul­tés le rendent supé­rieur à l’univers et obligent à le regar­der comme tel ; elles lui donnent de pou­voir maî­tri­ser ses ten­dances phy­siques, psy­cho­lo­giques et affectives.

Le motif pro­fond du célibat

54. Le motif véri­table et pro­fond du céli­bat consa­cré est – Nous l’avons déjà dit – le choix d’une rela­tion per­son­nelle plus intime et plus com­plète au mys­tère du Christ et de l’Eglise, pour le bien de l’humanité tout entière : dans ce choix les valeurs humaines les plus hautes, dont Nous venons de par­ler, peuvent assu­ré­ment trou­ver leur plus haute expression.

Le céli­bat, élé­va­tion de l’homme

55. Le choix du céli­bat ne com­porte pas l’ignorance et le mépris de l’instinct sexuel et de l’affectivité ; ce qui nui­rait à l’équilibre phy­sique et psy­cho­lo­gique. Le céli­bat exige au contraire une com­pré­hen­sion claire, une maî­trise de soi atten­tive et une sage subli­ma­tion des forces psy­cho­lo­giques à un plan supé­rieur. De cette façon il élève l’homme tout entier et contri­bue effec­ti­ve­ment à sa perfection.

Le céli­bat et la matu­ra­tion de la personnalité

56. Sans doute, le désir, natu­rel et légi­time chez l’homme, d’aimer une femme et de fon­der un foyer est-​il dépas­sé par le céli­bat, mais il n’est pas dit que le mariage et la famille soient l’unique che­min menant à la matu­ra­tion inté­grale de la per­sonne humaine. Au cœur du prêtre l’amour n’est pas éteint. Puisée à la source la plus pure (cf. 1 Jean 4, 8–16), exer­cée à l’imitation de Dieu et du Christ, la cha­ri­té n’est pas moins exi­geante et concrète que tout amour authen­tique (cf. 1 Jean 3, 16–18). Elle élar­git à l’infini les hori­zons du prêtre, elle appro­fon­dit et dilate son sens des res­pon­sa­bi­li­tés – indice de matu­ri­té de la per­sonne – et elle forme en lui, comme expres­sion d’une pater­ni­té plus haute et plus large, une plé­ni­tude et une déli­ca­tesse de sen­ti­ments 35 qui sont pour lui une richesse surabondante.

Le céli­bat consa­cré et le mariage

57. Tous les membres du Peuple de Dieu doivent rendre témoi­gnage au mys­tère du Christ et de son Règne, mais ce témoi­gnage ne prend pas en tous une seule et même forme. Laissant à ses fils laïcs et mariés la charge du témoi­gnage néces­saire d’une vie conju­gale et fami­liale authen­ti­que­ment et plei­ne­ment chré­tienne, l’Eglise confie à ses prêtres le témoi­gnage d’une vie tota­le­ment don­née aux réa­li­tés du Règne de Dieu dans ce qu’elles ont de plus nou­veau et de plus séduisant.

Si le prêtre n’a pas l’expérience per­son­nelle et directe de la vie de mariage, il ne man­que­ra cer­tai­ne­ment pas d’une connais­sance peut-​être plus pro­fonde encore du cœur humain, en rai­son de sa for­ma­tion, de son minis­tère et de la grâce de son état. Cette péné­tra­tion lui fera atteindre à leur source les pro­blèmes de cet ordre et le qua­li­fie­ra sérieu­se­ment comme conseiller et sou­tien des époux et des familles chré­tiennes (cf. 1 Cor. 2, 15). La pré­sence, près des foyers chré­tiens, du prêtre qui vit plei­ne­ment son céli­bat sou­li­gne­ra la dimen­sion spi­ri­tuelle de tout amour digne de ce nom, et son sacri­fice per­son­nel méri­te­ra aux fidèles vivant dans les liens sacrés du mariage la grâce d’une union véritable.

La soli­tude du prêtre qui garde le célibat

58. Il est indé­niable que le prêtre, par son céli­bat, est un homme seul, mais sa soli­tude n’est pas un vide, car elle est rem­plie de Dieu et de la richesse sur­abon­dante de son Règne. En outre, il s’est pré­pa­ré à cette soli­tude, qui doit être une plé­ni­tude inté­rieure et exté­rieure de cha­ri­té ; il l’a choi­sie en connais­sance de cause, non par désir orgueilleux de se sin­gu­la­ri­ser, non pour se sous­traire aux res­pon­sa­bi­li­tés com­munes, non pour deve­nir étran­ger à ses frères ni par mépris du monde. Séparé du monde, le prêtre n’est pas sépa­ré du peuple de Dieu, car il est éta­bli pour le bien de tous (Hébr. 5, 1), voué entiè­re­ment à la cha­ri­té (cf. 1 Cor. 14, 4 ss.) et à l’œuvre pour laquelle le Seigneur l’a choisi.

Le Christ et la soli­tude du prêtre 

59. Parfois, la soli­tude pèse­ra dou­lou­reu­se­ment sur le prêtre, mais il ne regret­te­ra pas pour autant de l’avoir géné­reu­se­ment choi­sie. Le Christ, lui aus­si, aux moments les plus tra­giques de sa vie, se trou­va seul, aban­don­né de ceux qu’il avait choi­sis comme témoins et com­pa­gnons de son exis­tence, et qu’il avait aimés jusqu’à la fin (Jean 13, 1). Mais il a affir­mé : » Je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16, 32). Celui qui a choi­si d’appartenir tout entier au Christ trou­ve­ra avant tout dans l’intimité avec lui et dans sa grâce la force d’âme néces­saire pour dis­si­per la tris­tesse et vaincre les décou­ra­ge­ments. La pro­tec­tion de la Vierge, Mère de Jésus, l’aide mater­nelle de l’Eglise, au ser­vice de laquelle il s’est don­né, ne lui feront pas défaut, non plus que la sol­li­ci­tude de son père dans le Christ, l’évêque. Il aura aus­si, pour l’aider, l’amitié fra­ter­nelle de ses confrères dans le sacer­doce et l’encouragement de tout le peuple de Dieu. Et s’il arrive que l’hostilité, la défiance, l’indifférence des hommes rendent par­fois très dure sa soli­tude, il se ver­ra asso­cié de façon évi­dente au drame que vécut le Christ, en apôtre qui n’est pas au-​dessus de Celui qui l’a envoyé (cf. Jean 13, 16 ; 15, 18), en ami admis aux secrets les plus dou­lou­reux mais aus­si les plus glo­rieux de l’Ami divin qui l’a choi­si, afin qu’une vie appa­rem­ment vouée à la mort porte des fruits mys­té­rieux de vie (cf. Jean 15, 15–16, 20).

DEUXIEME PARTIE

I. La for­ma­tion sacerdotale

Une for­ma­tion appropriée

60. La réflexion sur la beau­té, l’importance et la pro­fonde conve­nance de la vir­gi­ni­té sacrée pour les ministres du Christ et de l’Eglise impose aus­si à celui qui y rem­plit les fonc­tions de Maître et de Pasteur le devoir d’en assu­rer et d’en pro­mou­voir l’observance dès l’instant où com­mence la pré­pa­ra­tion à l’accueil d’un don aus­si précieux.

De fait, les dif­fi­cul­tés et les pro­blèmes qui rendent à cer­tains l’observance du céli­bat mal­ai­sée ou même impos­sible, découlent maintes fois d’une for­ma­tion sacer­do­tale qui, par suite des pro­fondes trans­for­ma­tions de ces der­niers temps, n’est plus tout à fait apte à for­mer une per­son­na­li­té digne d’un Homme de Dieu (1 Tim. 6, 11).

L’application des normes du Concile 

61. Le second concile œcu­mé­nique du Vatican a déjà don­né sur ce point des prin­cipes et des normes très sages, qui mettent à pro­fit notam­ment les pro­grès de la psy­cho­lo­gie et de la péda­go­gie et qui tiennent compte de l’évolution de la condi­tion des hommes et de la socié­té contemporaine.37 Nous vou­lons que des ins­truc­tions soient publiées au plus tôt, dans les­quelles le thème sera trai­té avec toute l’ampleur qui s’impose et en fai­sant appel à la col­la­bo­ra­tion d’experts, de manière à four­nir une aide qua­li­fiée et oppor­tune à ceux qui ont dans l’Eglise la très lourde charge de for­mer les futurs prêtres.

Réponse per­son­nelle à la voca­tion divine

62. Le sacer­doce est un minis­tère ins­ti­tué par le Christ au ser­vice de son Corps mys­tique qui est l’Eglise : c’est donc à l’autorité de celle-​ci qu’il appar­tient d’appeler au sacer­doce ceux qu’elle juge aptes, c’est-à-dire ceux à qui Dieu a accor­dé, en plus des autres signes de la voca­tion ecclé­sias­tique, le cha­risme du céli­bat sacré (cf. n. 15).

En ver­tu de ce cha­risme, cor­ro­bo­ré par la loi cano­nique, l’homme est appe­lé à don­ner sa réponse par une déci­sion libre et dans un don total de lui-​même, en subor­don­nant son propre moi au bon plai­sir de Dieu qui l’appelle. Concrètement, la voca­tion divine se mani­feste dans un indi­vi­du déter­mi­né, avant sa propre struc­ture per­son­nelle, à laquelle la grâce n’a pas l’habitude de faire vio­lence. Chez le can­di­dat au sacer­doce, on doit donc déve­lop­per le sens de l’accueil du don divin et de la dis­po­ni­bi­li­té à l’égard de Dieu, en don­nant une impor­tance essen­tielle aux moyens surnaturels.

Le plan de la nature et le plan de la grâce

63. Mais en même temps il est néces­saire de tenir exac­te­ment compte de l’état bio­lo­gique et psy­cho­lo­gique du can­di­dat pour pou­voir le gui­der et l’orienter vers l’idéal du sacer­doce. Une for­ma­tion vrai­ment appro­priée doit donc coor­don­ner har­mo­nieu­se­ment le plan de la grâce et celui de la nature chez un sujet dont on connaisse clai­re­ment les condi­tions réelles et les capa­ci­tés effec­tives. Dès qu’apparaissent les signes d’une voca­tion, on devra étu­dier avec le plus grand soin les condi­tions réelles du sujet, sans se conten­ter d’un exa­men rapide et super­fi­ciel, en recou­rant aus­si, le cas échéant, à l’assistance et à l’aide d’un méde­cin ou d’un psy­cho­logue com­pé­tent. L’on ne devra pas omettre de faire une enquête sérieuse sur les anté­cé­dents fami­liaux du can­di­dat, afin de s’assurer de son apti­tude éga­le­ment sous cet aspect très impor­tant des fac­teurs héréditaires.

Les sujets inaptes

64. Les sujets qui ont été recon­nus phy­si­que­ment et psy­chi­que­ment ou mora­le­ment inaptes doivent être aus­si­tôt écar­tés de la voie du sacer­doce : il s’agit là d’un très grave devoir qui incombe aux édu­ca­teurs. Ceux-​ci doivent en avoir conscience ; ils ne doivent pas s’abandonner à de fal­la­cieux espoirs et à de dan­ge­reuses illu­sions, ni per­mettre d’aucune façon au can­di­dat de nour­rir des illu­sions sem­blables, vu les consé­quences dom­ma­geables qui en résul­te­raient pour le sujet lui-​même et pour l’Eglise. Une vie qui, comme celle du prêtre gar­dant le céli­bat, com­porte un si total et si intime enga­ge­ment dans toute sa struc­ture inté­rieure et exté­rieure, exclut en effet les sujets insuf­fi­sam­ment équi­li­brés du point de vue psy­cho­phy­sio­lo­gique et moral ; et l’on ne peut pré­tendre que, en ce domaine, la grâce sup­plée la nature.

Développement de la personnalité

65. Une fois que l’aptitude du sujet a été recon­nue et que celui-​ci a été admis à par­cou­rir l’itinéraire qui le condui­ra jusqu’au sacer­doce, l’on devra avoir soin de déve­lop­per pro­gres­si­ve­ment sa per­son­na­li­té par l’éducation phy­sique, intel­lec­tuelle et morale, de façon à lui faire acqué­rir le contrôle et la maî­trise per­son­nelle des ins­tincts, des sen­ti­ments et des passions.

Nécessité d’une discipline

66. Une preuve du déve­lop­pe­ment de la per­son­na­li­té est la fer­me­té de carac­tère avec laquelle on accepte une dis­ci­pline per­son­nelle et com­mu­nau­taire, comme celle qui est exi­gée par la vie sacer­do­tale. Cette dis­ci­pline – dont l’absence ou l’insuffisance est regret­table car elle expose à de graves dan­gers – ne doit pas être seule­ment sup­por­tée comme quelque chose d’imposé de l’extérieur, mais elle doit pour ain­si dire être inté­rio­ri­sée et insé­rée dans l’ensemble de la vie spi­ri­tuelle comme un élé­ment indispensable.

L’initiative per­son­nelle

67. L’éducateur met­tra tout son savoir-​faire à culti­ver chez les jeunes la ver­tu très évan­gé­lique de la sin­cé­ri­té (cf. Mt. 5, 37) et de la spon­ta­néi­té ; il favo­ri­se­ra donc les bonnes ini­tia­tives per­son­nelles pour que le sujet apprenne à se connaître et à se juger, à assu­mer en connais­sance de cause ses propres res­pon­sa­bi­li­tés et à acqué­rir la maî­trise de soi qui est d’une sou­ve­raine impor­tance dans l’éducation du futur prêtre.

L’exercice de l’autorité

68. L’exercice de l’autorité, dont on doit main­te­nir fer­me­ment le prin­cipe dans tous les cas, s’inspirera d’une sage modé­ra­tion et d’une atti­tude pas­to­rale ; il se pra­ti­que­ra dans un cli­mat de dia­logue et dans un entraî­ne­ment gra­duel, ce qui per­met­tra à l’éducateur de com­prendre de façon tou­jours plus péné­trante la psy­cho­lo­gie du sémi­na­riste et, en fai­sant appel à la convic­tion per­son­nelle, don­ne­ra à toute l’œuvre édu­ca­tive un carac­tère émi­nem­ment convain­cant et positif.

Un choix fait en connais­sance de cause

69. La for­ma­tion inté­grale du can­di­dat au sacer­doce doit viser à lui per­mettre de prendre avec une âme paci­fiée, un cœur convain­cu et libre, les graves enga­ge­ments qu’il se devra d’assumer en sa propre conscience, devant Dieu et devant l’Eglise.

L’ardeur et la géné­ro­si­té sont d’admirables qua­li­tés de la jeu­nesse ; quand elles sont éclai­rées et bien sou­te­nues, ces ver­tus lui méritent, avec les béné­dic­tions du Seigneur, l’admiration et la confiance de l’Eglise et de tous les hommes. Aux jeunes on ne cache­ra aucune des réelles dif­fi­cul­tés d’ordre per­son­nel ou social que leur choix leur occa­sion­ne­ra, afin de puri­fier leur enthou­siasme de ce qu’il aurait de super­fi­ciel et d’illusoire. Mais, en même temps que les dif­fi­cul­tés, il sera juste de mettre en relief avec non moins de véri­té et de net­te­té la gran­deur et la noblesse du choix qu’ils s’apprêtent à faire : car s’il pro­voque dans la per­sonne humaine un cer­tain manque au plan phy­sio­lo­gique et psy­chique, ce choix lui apporte d’un autre côté une plé­ni­tude inté­rieure capable de subli­mer son être profond.

Une ascèse pour la matu­ra­tion de la personnalité

70. Les jeunes doivent acqué­rir la convic­tion que le che­min sur lequel ils s’engagent est dif­fi­cile et qu’ils ne pour­ront le par­cou­rir sans une ascèse par­ti­cu­lière, propre aux aspi­rants au sacer­doce et plus rigou­reuse que celle à laquelle sont tenus tous les autres fidèles. Une ascèse sévère, mais qui ne doit pas écra­ser le sujet, une ascèse consti­tuée par la pra­tique réflé­chie et assi­due des ver­tus qui font d’un homme un prêtre : un très pro­fond renon­ce­ment à soi-​même – condi­tion essen­tielle pour suivre le Christ (Mt. 16, 24 ; Jean 12, 25) -, l’humilité et l’obéissance comme expres­sion de véri­té inté­rieure et de liber­té ordon­née ; la pru­dence et la jus­tice, la force et la tem­pé­rance, ver­tus indis­pen­sables pour le déve­lop­pe­ment d’une vraie et pro­fonde vie reli­gieuse ; le sens de res­pon­sa­bi­li­té, de fidé­li­té et de loyau­té dans la façon d’assumer ses propres enga­ge­ments ; le main­tien d’un équi­libre har­mo­nieux entre la contem­pla­tion et l’action ; le déta­che­ment et l’esprit de pau­vre­té, qui donnent force et vigueur à la liber­té évan­gé­lique ; la chas­te­té, résul­tat d’un com­bat per­sé­vé­rant, s’harmonisera avec toutes les autres ver­tus natu­relles et sur­na­tu­relles ; les contacts sereins et confiants éta­blis avec le monde au ser­vice duquel le can­di­dat se consa­cre­ra par amour du Christ et pour l’avènement de son Règne.

De cette manière, l’aspirant au sacer­doce acquer­ra, avec l’aide de la grâce divine, une forte per­son­na­li­té, bien équi­li­brée et douée de matu­ri­té, heu­reuse syn­thèse des élé­ments innés et acquis, har­mo­nieuse coor­di­na­tion de toutes les facul­tés sous la lumière de la foi et de l’union intime avec le Christ, qui l’a choi­si afin qu’il soit à Lui et se consacre au minis­tère du salut du monde.

Périodes d’épreuve

71. Cependant pour arri­ver à une plus grande cer­ti­tude dans le juge­ment à por­ter sur l’aptitude d’un jeune à l’égard du sacer­doce et pour obte­nir avec le cours des années la preuve qu’il a atteint sa matu­ri­té humaine et sur­na­tu­relle, compte tenu par ailleurs du fait que » lorsqu’on se livre à l’apostolat, il est plus dif­fi­cile de bien se com­por­ter à cause des périls exté­rieurs « ,38 il sera utile que pen­dant cer­taines périodes d’essai l’engagement dans le céli­bat soit mis à l’épreuve, avant que ce der­nier ne devienne stable et défi­ni­tif avec le presbytérat.39

Le choix du céli­bat comme don de soi-même

72. Une fois obte­nue la cer­ti­tude morale que la matu­ri­té du can­di­dat offre des garan­ties suf­fi­santes, celui-​ci sera en mesure d’assumer le grave et doux enga­ge­ment de la chas­te­té sacer­do­tale, comme don total de soi-​même au Seigneur et à son Eglise.

De cette manière, l’obligation du céli­bat, qui, par la volon­té de l’Eglise, est objec­ti­ve­ment liée à l’Ordination sacrée, devient une obli­ga­tion per­son­nelle propre au sujet, assu­mée sous l’action de la grâce divine, en pleine connais­sance de cause et liber­té, mais, évi­dem­ment, non sans les conseils pru­dents et sages de direc­teurs spi­ri­tuels com­pé­tents, qui ne visent pas à impo­ser mais à rendre plus consciente la grande et libre option. Dans ce moment solen­nel, qui déci­de­ra pour tou­jours de l’orientation de toute sa vie, le can­di­dat sen­ti­ra non la pres­sion d’une injonc­tion exté­rieure mais la joie intime qui découle d’un choix fait par amour du Christ.

II. La vie sacerdotale

Une conquête permanente

73. Le prêtre ne doit pas croire que l’Ordination lui rende tout facile et le mette défi­ni­ti­ve­ment à l’abri de toute ten­ta­tion ou dan­ger. La chas­te­té n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais elle est le résul­tat d’une labo­rieuse conquête à pour­suivre tous les jours. Le monde de notre temps met en grand relief les valeurs posi­tives de l’amour dans les rap­ports entre les sexes, mais il a aus­si mul­ti­plié les dif­fi­cul­tés et les risques en ce domaine. Il est donc néces­saire que le prêtre, pour sau­ve­gar­der avec tout le soin vou­lu sa chas­te­té et pour en affir­mer la signi­fi­ca­tion sublime, consi­dère d’un regard lucide et serein sa condi­tion d’homme enga­gé dans un com­bat spi­ri­tuel contre les séduc­tions de la chair en lui-​même et dans le monde et qu’il ne cesse de renou­ve­ler sa réso­lu­tion de par­faire tou­jours plus et tou­jours mieux son offrande irré­vo­cable, qui exige de lui une fidé­li­té totale, loyale et réaliste.

Les moyens surnaturels

74. Une force et une joie nou­velles attendent le prêtre du Christ qui s’applique à appro­fon­dir chaque jour dans la médi­ta­tion et la prière les motifs de sa dona­tion et la convic­tion d’avoir choi­si la meilleure part. Il implo­re­ra avec humi­li­té et per­sé­vé­rance la grâce de la fidé­li­té, qui n’est jamais refu­sée à qui la demande d’un cœur sin­cère, sans omettre en même temps de recou­rir aux moyens natu­rels et sur­na­tu­rels dont il dis­pose. Et en par­ti­cu­lier, il ne négli­ge­ra pas l’observance de ces règles ascé­tiques dont la valeur est garan­tie par l’expérience de l’Eglise et qui ne sont pas moins néces­saires dans le monde d’aujourd’hui que dans le passé.40

Une intense vie spirituelle

75. Le prêtre doit s’appliquer avant tout à déve­lop­per avec tout l’amour que la grâce lui ins­pire son inti­mi­té avec le Christ, s’efforçant d’en explo­rer l’inépuisable et béa­ti­fiant mys­tère ; il doit acqué­rir un sens toujours plus pro­fond du mys­tère de l’Eglise, en dehors duquel son état de vie ris­que­rait de lui appa­raître dérai­son­nable et sans fondement.

Une pié­té sacer­do­tale, ali­men­tée à la table de la Parole de Dieu et de la sainte Eucharistie, vécue à l’intérieur du cycle annuel de la Liturgie, ani­mée par une dévo­tion tendre et éclai­rée envers la Vierge, Mère du Prêtre sou­ve­rain et éter­nel, et Reine des Apôtres,41 le met­tra en contact avec les sources d’une authen­tique vie spi­ri­tuelle, qui seule donne un fon­de­ment solide à l’observance de la virginité.

L’accomplissement du minis­tère sacerdotal

76. Avec l’aide de la grâce et dans la paix du cœur, le prêtre fera front avec grand cou­rage aux mul­tiples obli­ga­tions de sa vie et de son minis­tère et il trou­ve­ra en elles, pour­vu qu’elles soient rem­plies avec esprit de foi et avec zèle, de nou­velles occa­sions de mani­fes­ter sa totale appar­te­nance au Christ et à son Corps Mystique pour sa propre sanc­ti­fi­ca­tion et celle d’autrui. La cha­ri­té du Christ qui le presse (2 Cor. 5, 14) l’aidera non pas à renon­cer aux meilleurs sen­ti­ments de son âme, mais à les subli­mer et à les appro­fon­dir en esprit de consé­cra­tion – à l’imitation du Christ, le Souverain Prêtre qui par­ti­ci­pa inti­me­ment à la vie des hommes et les aima et souf­frit pour eux (Hébr. 4, 15) et à la res­sem­blance de l’Apôtre Paul, qui fai­sait siens les sou­cis de tous (1 Cor. 9 22 ; 2 Cor. 11, 29) – pour répandre dans le monde la lumière et la puis­sance de l’Evangile de la grâce de Dieu (Act. 20, 24).

Défense contre les dangers

77. Justement jaloux du don total qu’il a fait au Seigneur, le prêtre doit savoir se défendre de ces incli­na­tions du sen­ti­ment qui mettent en jeu une affec­ti­vi­té non suf­fi­sam­ment éclai­rée et contrô­lée par l’esprit et s’abstenir soi­gneu­se­ment de cher­cher des jus­ti­fi­ca­tions spi­ri­tuelles et apos­to­liques à ce qui ne serait que des entraî­ne­ments dan­ge­reux du cœur.

Ascèse virile

78. La vie sacer­do­tale exige une inten­si­té spi­ri­tuelle, authen­tique et soli­de­ment éta­blie, pour vivre de l’Esprit et pour se confor­mer à l’Esprit (Gal. 5, 25), une ascèse inté­rieure et exté­rieure vrai­ment virile de la part de celui qui, appar­te­nant à un titre spé­cial au Christ, a en lui et pour lui cru­ci­fié la chair avec ses pas­sions et ses convoi­tises (Gal. 5, 24), et n’hésite pas pour cela à affron­ter de dures et longues épreuves (cf. 1 Cor. 9, 26–27). Le ministre du Christ pour­ra ain­si mieux mani­fes­ter au monde les fruits de l’Esprit qui sont » cha­ri­té, joie, paix, patience, béni­gni­té, dou­ceur, fidé­li­té, modé­ra­tion, tem­pé­rance, chas­te­té » (Gal. 5, 22–23).

La fra­ter­ni­té sacerdotale

79. La chas­te­té sacer­do­tale est éga­le­ment for­ti­fiée, garan­tie et pro­té­gée par un genre de vie, par un milieu et par une acti­vi­té qui siéent à un ministre de Dieu : il est donc néces­saire que soit déve­lop­pée au maxi­mum cette » intime fra­ter­ni­té sacra­men­telle » 42 qui lie tous les prêtres entre eux du fait de leur Ordination sacer­do­tale. Le Christ notre Seigneur nous a ensei­gné l’importance du com­man­de­ment nou­veau de la cha­ri­té et il en a don­né un magni­fique témoi­gnage, pré­ci­sé­ment au moment où il ins­ti­tua le sacre­ment de l’Eucharistie et du sacer­doce catho­lique et pria le Père céleste pour que l’amour avec lequel le Père l’a aimé depuis tou­jours fût dans ses ministres et Lui-​même en eux (Jean 17, 26).

Communion d’esprit et de vie des prêtres

80. Que la com­mu­nion d’esprit entre les prêtres soit donc par­faite et que soient intenses les échanges de prières, de pai­sible ami­tié et d’aide mutuelle de tout genre. On ne recom­man­de­ra jamais suf­fi­sam­ment aux prêtres une cer­taine vie com­mune qui s’oriente tout entière vers le minis­tère pro­pre­ment spi­ri­tuel ; la pra­tique de ren­contres fré­quentes au cours des­quelles ont lieu de fra­ter­nels échanges d’idées, de conseils et d’expériences entre confrères ; l’encouragement à entrer dans des asso­cia­tions qui favo­risent la sain­te­té sacerdotale.

Charité pour les confrères en péril

81. Que les prêtres réflé­chissent à l’avertissement don­né par le Concile 43 qui leur rap­pelle leur com­mune par­ti­ci­pa­tion au sacer­doce afin qu’ils se sentent vive­ment res­pon­sables à l’égard de leurs confrères en butte à des dif­fi­cul­tés met­tant sérieu­se­ment en dan­ger le don divin qui est en eux. Qu’ils se sentent brû­ler de cha­ri­té pour ces confrères qui ont davan­tage besoin d’amour, de com­pré­hen­sion, de prières, d’une aide dis­crète mais effi­cace et qui ont des titres pour comp­ter sur la cha­ri­té sans limites de ceux qui sont et doivent être plus que qui­conque leurs vrais amis.

Renouveler la déci­sion prise

82. Nous vou­drions fina­le­ment, en guise de com­plé­ment et de sou­ve­nir de Notre entre­tien épis­to­laire avec vous, véné­rables Frères dans l’épiscopat, et avec vous, prêtres et ministres de l’autel, sug­gé­rer que cha­cun d’entre vous prenne la réso­lu­tion de renou­ve­ler chaque année, au jour anni­ver­saire de sa propre Ordination ou bien tous ensemble spi­ri­tuel­le­ment unis le Jeudi Saint, jour de l’institution du sacer­doce, le don total et confiant au Christ notre Seigneur, afin de rani­mer ain­si en vous la prise de conscience de votre élec­tion à son divin ser­vice, et de réité­rer en même temps, avec humi­li­té et cou­rage, la pro­messe de votre indé­fec­tible fidé­li­té à son unique amour et à votre obla­tion de chas­te­té par­faite (cf. Rom. 12, 1).

III. Douloureuses désertions

La vraie responsabilité

83. Ici c’est d’un cœur pater­nel et affec­tueux, non sans anxié­té et beau­coup de peine, que Nous Nous tour­nons vers ces infor­tu­nés frères dans le sacer­doce qui res­tent tou­jours Nos frères très aimés et dont l’éloignement fait tou­jours Notre regret, vers ceux-​là qui, tout en conser­vant dans l’âme la marque du carac­tère sacré qui leur fut confé­ré par l’Ordination sacer­do­tale, ont été ou sont mal­heu­reu­se­ment infi­dèles aux obli­ga­tions contrac­tées au temps de leur consécration.

Leur état lamen­table et les consé­quences pri­vées et publiques qui en découlent portent cer­tains à se deman­der si ce n’est pas pré­ci­sé­ment le céli­bat qui est res­pon­sable en quelque manière de tels drames et des scan­dales qui en découlent pour le peuple de Dieu. En réa­li­té, la res­pon­sa­bi­li­té retombe non sur le céli­bat sacré lui-​même, mais sur le fait de n’avoir pas su tou­jours éva­luer à temps de manière satis­fai­sante et pru­dente les qua­li­tés du can­di­dat au sacer­doce ou bien sur la façon dont les ministres sacrés vivent leur totale consécration.

Les motifs de dispense

84.L’Eglise est très sen­sible au triste sort de ces fils qui lui appar­tiennent et elle consi­dère comme néces­saire de faire tous les efforts pos­sibles pour pré­ve­nir ou pour gué­rir les maux qui lui viennent de leur défec­tion. Suivant l’exemple de Nos immé­diats pré­dé­ces­seurs de sainte mémoire, Nous avons, Nous aus­si, vou­lu et dis­po­sé que dans les causes concer­nant l’ordination sacer­do­tale l’enquête fût éten­due à des motifs très sérieux non pré­vus par la légis­la­tion cano­nique actuelle (cf. C.I.C., can. 214), — motifs qui peuvent don­ner lieu à des doutes fon­dés et réels sur la pleine liber­té et res­pon­sa­bi­li­té du can­di­dat au sacer­doce et sur son apti­tude à l’état sacer­do­tal – de manière à libé­rer ceux qu’un sérieux pro­cès judi­ciaire fait appa­raître comme n’étant vrai­ment pas faits pour cet état de vie.

La conces­sion des dispenses

85. Les dis­penses qui sont éven­tuel­le­ment concé­dées, dans une pro­por­tion en véri­té minime au regard du grand nombre des prêtres bons et dignes, tout en pour­voyant avec jus­tice au bien spi­ri­tuel des indi­vi­dus, démontrent aus­si la sol­li­ci­tude de l’Eglise pour la sau­ve­garde du céli­bat sacré et la fidé­li­té inté­grale de tous ses ministres. En l’occurrence l’Eglise ne pro­cède qu’avec tris­tesse, spé­cia­le­ment dans les cas par­ti­cu­liè­re­ment dou­lou­reux où le refus de por­ter digne­ment le joug suave du Christ est dû à des crises de foi ou à des fai­blesses morales et où par consé­quent il engage sou­vent la res­pon­sa­bi­li­té de l’intéressé et sus­cite le scan­dale des fidèles.

Appel cha­leu­reux

86. Oh ! s’ils savaient ces prêtres quelle peine, quel déshon­neur, quelle inquié­tude ils causent à la sainte Eglise de Dieu, s’ils réflé­chis­saient à la solen­ni­té et à la beau­té des enga­ge­ments qu’ils ont pris et aux dan­gers aux­quels ils s’exposent en cette vie et pour la vie future, ils seraient plus pru­dents et plus réflé­chis dans leur déci­sion, plus assi­dus à la prière, plus logiques et cou­ra­geux dans la pré­ven­tion des causes de leur chute spi­ri­tuelle et morale.

Soins mater­nels de l’Eglise

87. L’Eglise mani­feste un inté­rêt mater­nel par­ti­cu­lier pour les cas des prêtres encore jeunes, qui avaient com­men­cé avec zèle et enthou­siasme leur vie de minis­tère : n’est-il pas facile aujourd’hui, dans la ten­sion de l’engagement sacer­do­tal, qu’ils éprouvent un moment de décou­ra­ge­ment, de doute, de pas­sion, de folie ? C’est pour­quoi l’Eglise veut que l’on tente, spé­cia­le­ment pour ces cas, tous les moyens de per­sua­sion en vue d’aider le frère qui chan­celle à retrou­ver la paix et la confiance, à s’engager dans la voie du repen­tir et de la reprise ; c’est seule­ment lorsque le cas ne pré­sente aucune autre solu­tion pos­sible que l’infortuné ministre de l’Eglise est exclu de l’exercice du minis­tère sacerdotal.

Justice et cha­ri­té de l’Eglise

88. S’il s’avère que le sujet soit irré­cu­pé­rable pour le sacer­doce mais qu’il pré­sente cepen­dant de sérieuses et bonnes dis­po­si­tions en vue d’une vie chré­tienne de laïc, le Siège Apostolique, après avoir étu­dié toutes les cir­cons­tances et d’accord avec l’Ordinaire du lieu ou avec le Supérieur reli­gieux, lais­sant encore l’amour l’emporter sur la dou­leur, concède par­fois toutes les dis­penses requises, non sans les accom­pa­gner de l’imposition d’œuvres de pié­té et de répa­ra­tion, afin que demeure dans ce fils infor­tu­né, mais tou­jours cher, un signe salu­taire de la dou­leur mater­nelle de l’Eglise et un rap­pel plus vif du besoin que nous avons de la divine miséricorde.

Encouragement et avertissement

89. Une telle dis­ci­pline, sévère et misé­ri­cor­dieuse à la fois, s’inspirant tou­jours de la jus­tice et de la véri­té, d’une pru­dence et d’une réserve suprêmes, contri­bue­ra sans aucun doute à confir­mer les bons prêtres dans leur pro­pos de vivre d’une manière irré­pro­chable et sainte, et, pour les aspi­rants au sacer­doce, elle sera un aver­tis­se­ment qui les aide­ra, sous la sage direc­tion de leurs édu­ca­teurs, à avan­cer vers l’autel en pleine connais­sance de cause, avec un dés­in­té­res­se­ment abso­lu, avec le désir géné­reux de cor­res­pondre à la grâce divine et à la volon­té du Christ et de son Eglise.

Consolation

90. Enfin, Nous ne vou­lons pas man­quer de remer­cier le Seigneur avec une joie pro­fonde, en signa­lant qu’un bon nombre de ceux qui furent mal­heu­reu­se­ment infi­dèles pour un temps à leurs enga­ge­ments, ont pu, en recou­rant avec une émou­vante bonne volon­té à tous les moyens adap­tés et prin­ci­pa­le­ment à une vie de prière intense, d’humilité, d’efforts per­sé­vé­rants sou­te­nus par l’assiduité au sacre­ment de péni­tence, retrou­ver par la grâce du Souverain Prêtre la voie juste et rede­ve­nir, pour la joie de tous, ses ministres exemplaires.

IV. La pater­nite de l’Evêque

L’Evêque et ses prêtres 

91. Les prêtres, si chers à Notre cœur, ont le droit et le devoir de trou­ver en Vous, Vénérables Frères dans l’épiscopat, une aide irrem­pla­çable et très solide pour obser­ver plus aisé­ment et plus heu­reu­se­ment les enga­ge­ments qu’ils ont pris. C’est vous qui les avez accep­tés et des­ti­nés au sacer­doce, c’est vous qui leur avez impo­sé les mains ; c’est à vous qu’ils sont unis dans la charge sacer­do­tale et en ver­tu du sacre­ment de l’Ordre ; c’est vous qu’ils rendent pré­sent dans la com­mu­nau­té de leurs fidèles ; c’est à vous qu’ils sont unis d’un cœur confiant et magna­nime, pre­nant sur eux, selon leur degré, vos devoirs et votre sollicitude.44 En choi­sis­sant le céli­bat sacré, ils se sont réglés sur l’exemple de ce qui a été pra­ti­qué depuis l’Antiquité par les évêques d’Orient et d’Occident : cela consti­tue entre l’évêque et le prêtre un nou­veau motif de com­mu­nion et une rai­son de la vivre plus intimement.

Responsabilité et cha­ri­té pastorale

92. Toute la ten­dresse de Jésus pour ses Apôtres se mani­fes­ta en pleine évi­dence lorsqu’il les fit les ministres de son Corps réel et de son Corps mys­tique (cf. Jean ch. 13–17) ; vous aus­si, dans la per­sonne de qui » le Seigneur Jésus-​Christ, Souverain Pontife, est pré­sent au milieu des fidèles « ,45 vous savez devoir le meilleur de votre cœur et de vos sou­cis pas­to­raux aux prêtres et aux jeunes gens qui se pré­parent au sacerdoce.46 Vous ne pour­rez mieux mani­fes­ter cette convic­tion que par le sens de votre res­pon­sa­bi­li­té et par la cha­ri­té sin­cère et inépui­sable avec laquelle vous pré­si­de­rez à l’éducation des sémi­na­ristes et aide­rez par tous les moyens les prêtres à se main­te­nir fidèles à leur voca­tion et à leurs devoirs.

Le cœur de l’Evêque

93. Que la soli­tude humaine du prêtre, source assez fré­quente de décou­ra­ge­ments et de ten­ta­tions, soit com­blée avant tout par votre pré­sence et votre action fra­ter­nelles et amicales.47 Avant d’être des supé­rieurs et des juges, soyez pour vos prêtres des maîtres, des pères, des amis et des frères bons et misé­ri­cor­dieux, prêts à com­prendre, à com­pa­tir, à aider. Encouragez de toutes les manières vos prêtres à avoir avec vous une ami­tié per­son­nelle et une ouver­ture confiante, qui ne sup­prime pas mais domine dans la cha­ri­té pas­to­rale le rap­port d’obéissance juri­dique, afin que l’obéissance elle-​même soit plus géné­reuse, loyale et sûre. Une ami­tié dévouée et une confiance filiale envers vous per­met­tront aux prêtres de vous ouvrir à temps leur âme, de vous confier leurs dif­fi­cul­tés, dans la cer­ti­tude de pou­voir tou­jours dis­po­ser de votre cœur pour vous faire confi­dence même des échecs éven­tuels, sans la crainte ser­vile du châ­ti­ment, mais dans l’attente filiale de la cor­rec­tion, du par­don et du secours qui les encou­ra­ge­ront à reprendre avec une nou­velle confiance leur che­min ardu.

Autorité et paternité

94. Vous êtes cer­tai­ne­ment tous convain­cus, Vénérables Frères, que rendre à une âme sacer­do­tale la joie et l’enthousiasme pour sa propre voca­tion, la paix inté­rieure et le salut, est un impor­tant et magni­fique minis­tère qui a des réper­cus­sions incal­cu­lables sur une mul­ti­tude d’âmes. Et si, à un cer­tain moment, vous êtes contraints de recou­rir à votre auto­ri­té et à une juste sévé­ri­té envers le petit nombre de ceux qui, après avoir résis­té à votre cœur, causent par leur conduite le scan­dale du peuple de Dieu, ayez soin en pre­nant les mesures néces­saires, de viser avant tout à obte­nir leur repen­tir. À l’imitation du Seigneur Jésus, Pasteur et Evêque de nos âmes (1 Petr. 2, 25), ne bri­sez pas le roseau déjà frois­sé, n’éteignez pas la mèche qui fume encore (Mt. 12, 20) ; gué­ris­sez les plaies comme Jésus (cf. 9, 12), sau­vez ce qui était per­du (cf. Mt. 18, 11), allez, avec anxié­té et amour, à la recherche de la bre­bis per­due pour la repor­ter à la cha­leur du ber­cail (cf. Luc 15, 24 ss.) et ten­tez comme lui jusqu’à la fin (cf. Luc 22, 48) de rap­pe­ler l’ami infidèle.

Magistère et vigilance

95. Nous sommes sûrs, Vénérables Frères, que vous ne négli­ge­rez rien pour culti­ver assi­dû­ment dans votre cler­gé, par votre doc­trine et votre sagesse, par votre fer­veur pas­to­rale, l’idéal du céli­bat sacré, et que vous ne per­drez jamais de vue les prêtres qui ont aban­don­né la mai­son de Dieu, qui est leur vraie mai­son, quelle que soit l’issue de leur dou­lou­reuse aven­ture, car ils res­tent pour tou­jours vos fils.

V. La part des fidèles

Responsabilité de tout le peuple de Dieu

96. La ver­tu sacer­do­tale est un bien de l’Eglise tout entière, c’est une richesse et une gloire non humaine, qui a pour effet l’édification et le bien de tout le peuple de Dieu ; c’est pour­quoi Nous vou­lons adres­ser Notre affec­tueuse et pres­sante exhor­ta­tion à tous les fidèles, Nos fils dans le Christ, pour qu’ils se sentent res­pon­sables, eux aus­si, de la ver­tu de leurs frères qui se sont char­gés de la mis­sion de les ser­vir dans le sacer­doce pour leur salut. Qu’ils prient et qu’ils s’emploient pour les voca­tions sacer­do­tales et qu’ils aident les prêtres avec dévoue­ment et amour filial, dans une col­la­bo­ra­tion docile, dans l’intention bien déli­bé­rée de leur offrir le récon­fort d’une joyeuse cor­res­pon­dance à leurs sou­cis pas­to­raux. Qu’ils aident leurs pères dans le Christ à vaincre les dif­fi­cul­tés de tout genre qu’ils ren­contrent pour accom­plir leurs devoirs avec une entière fidé­li­té, pour l’édification du monde. Qu’ils entre­tiennent, en esprit de foi et de cha­ri­té chré­tienne, un pro­fond res­pect et un réserve déli­cate envers le prêtre, spé­cia­le­ment en ce qui concerne sa condi­tion d’homme entiè­re­ment consa­cré au Christ et à l’Eglise.

Invitation aux laïcs

97. Notre invi­ta­tion s’adresse par­ti­cu­liè­re­ment aux laïcs qui cherchent Dieu de façon plus assi­due et intense et qui tendent à la per­fec­tion dans la vie sécu­lière ; par leur ami­tié dévouée et cor­diale, ils pour­ront aider gran­de­ment les ministres sacrés. Les laïcs en effet qui sont insé­rés dans l’ordre tem­po­rel et en même temps enga­gés dans une cor­res­pon­dance plus géné­reuse et plus par­faite à la voca­tion de leur bap­tême, sont à même, dans cer­tains cas, d’éclairer et de récon­for­ter le prêtre qui, plon­gé dans le mys­tère du Christ et de l’Eglise, pour­rait voir enta­mer l’intégrité de sa voca­tion du fait de cer­taines situa­tions et des fac­teurs trou­blants de l’esprit du monde. De cette manière, tout le peuple de Dieu hono­re­ra le Seigneur Jésus en ceux qui Le repré­sentent et dont Il a dit : » Qui vous reçoit me reçoit et qui me reçoit reçoit Celui qui m’a envoyé » (Mt. 10, 40), pro­met­tant une récom­pense cer­taine à qui exer­ce­ra, de quelque manière que ce soit, la cha­ri­té envers ses envoyés (ibid. v. 42).

CONCLUSION

L’intercession de Marie 

98. Vous, Nos Vénérables Frères, Pasteurs du trou­peau de Dieu dis­per­sé sous tous les cieux, et vous, prêtres très chers, Nos frères et Nos fils, au moment de conclure cette lettre que Nous vous adres­sons, l’âme ouverte à toute la cha­ri­té du Christ, Nous vous invi­tons à tour­ner le regard et le cœur vers la très douce Mère de Jésus et Mère de l’Eglise, avec une confiance renou­ve­lée et une espé­rance filiale, pour invo­quer sur le sacer­doce catho­lique son inter­ces­sion mater­nelle et puis­sante. En elle le peuple de Dieu admire et vénère la figure et le modèle de l’Eglise du Christ dans l’ordre de la foi, de la cha­ri­té et de la par­faite union avec Lui. Vierge et Mère, que Marie obtienne à l’Eglise, appe­lée elle aus­si vierge et mère,48 de se glo­ri­fier hum­ble­ment et tou­jours de la fidé­li­té de ses prêtres au don sublime de la vir­gi­ni­té sacrée et de le voir fleu­rir et appré­cier dans une mesure tou­jours plus grande dans tous les milieux, afin que croisse sur la terre le nombre de ceux qui suivent l’Agneau divin par­tout où il va (cf. Apoc. 14, 4).

La ferme espé­rance de l’Eglise

99. L’Eglise pro­clame hau­te­ment son espé­rance dans le Christ : elle a conscience de la pénu­rie dra­ma­tique de prêtres par rap­port aux besoins spi­ri­tuels de la popu­la­tion du monde, mais elle est ferme dans son attente, fon­dée sur les res­sources infi­nies et mys­té­rieuses de la grâce :la qua­li­té spi­ri­tuelle des ministres sacrés engen­dre­ra aus­si leur aug­men­ta­tion en nombre, parce que tout est pos­sible à Dieu (cf. Marc 10, 27 ; Luc 1, 37).

Dans cette foi et dans cette espé­rance, que la béné­dic­tion apos­to­lique que Nous vous accor­dons de tout Notre cœur soit pour vous tous un gage des grâces célestes et un témoi­gnage de Notre pater­nelle bienveillance.

Paulus PP. VI

Donné à Rome, près Saint Pierre, le 24 juin, fête de St Jean-​Baptiste, de l’an 1967, le 5e de Notre Pontificat.

NOTES

1 Lettre du 10 octobre 1965 à l’Eminentissime Card. E. Tisserant, lue dans la 146e Congrégation géné­rale du 11 octobre.
2 Conc. Vat. II, Decr. Christus Dominus, n. 35 ; Apostolicam actuo­si­ta­tem, n. 1 ; Presbyterorum Ordinis, nn. 10, 11 ; Ad Gentes, nn. 19, 38.
3 Conc. Vat. II, Const. Gaudium et spes, n. 62.
4 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
5 Conc. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 8.
6 Conc. Vat. II, Const. dogm. Lumen Gentium, n. 28 ; Decr. Presbyterorum Ordinis, n. 2.
7 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
8 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
9 Const dogm. Lumen Gentium, n. 42.
10 Cf. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 42 ; Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.v 11 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 14
12 Cf. Decr. Presbyter. Ordinis, n. 13.
13 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 5.
14 Decr. Optatam totius, n. 10.
15 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
16 Const. past. Gaudiurm et spes, n. 39.
17 Const. dogm. Lumen Gentium, n. 5.
18 Const. dogm. Lumen Gentium, n. 48.
19 Conc. Vat. II, Decr. Perfectae cari­ta­tis, n. 12.
20 Cf. Tertullien, De exhor. cas­ti­ta­tis, 13 ; PL 2, 930 ; S. Epiphane, Adv. haer. II, 48, 9 et 59, 4 ; PG 41, 869, 1025 ; S. Ephrem, Carmina nisi­be­na, XVIII, XIX, ed. G. Bickell, Lipsiae 1866, p. 122 ; Eusebe de Césarée, Demonstr. evang. 1, 9 ; PG 22, 81 ; S. Cyrille de Jérusalem, Catech. 12, 25 ; PG 33, 757 ; S. Ambroise, De offic. minis­tr. 1, 50 ; PL 16, 97 ss.; S. Augustin, De mori­bus Eccl. cathol. 1, 32 ; PL 32, 1339 ; S. Jérome, Adv. Vigilant. 2, PL 23, 340–41 ; Sinesio Ev. de Tolom., Æpist. 105 ; PG 66, 1485.
21 La pre­mière fois au Concile d’Elvire en Espagne (c. a. 300), c. 33 ; Mansi II, 11.
22 Sess. XXIV, can. 9–10.
23 S. Pie X, Exhort. Haerent ani­mo, 4 aug. 1908 ; ASS 41, 1908, pp. 555–557 ; Benoit XV, Lett. à l’Archev. de Prague F. Kordac, 29 janv. 1920 : AAS 12, 1920, p. 57 s.; Alloc. consist. 16 dec. 1920 : AAS 12, 1920, pp. 585–588 ; Pie XI, Enc. Ad cat­bo­li­ci sacer­do­tii 20 déc. 1935 : AAS 28, 1936, pp. 24–30 ; Pie XII, Adhort. Ap. Menti Nostrae, 23 sept. 1950 : AAS 42, 1950, pp. 657–702 ; Enc. Sacra vir­gi­ni­tas, 25 mars 1954 : AAS 46, 1954, pp. 161–191 ; Jean XXIII, Enc. Sacerdotii Nostri pri­mor­dia, 1 aug. 1959 : AAS 51, 1959, pp. 554–556.
24 Alloc. II au Synode Romain, 26 jan­vier 1960 : AAS 52, 1960, pp. 235–236 (texte lat. p. 226).
25 Can. 6, 12, 13, 48 : Mansi XI, 944–948, 965.
26 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
27 De Virginitate, 13 : PG 46, 381–382.
28 De Sacerdotio, l. III, 4 : PG 48, 642.
29 Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 21, 28, 64.
30 Const. cit., n. 29.
31 Const. cit., n. 42.
32 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 16.
33 Decr. Optatam totius, n. 2 ; Presbyterorum Ordinis, n. 11.
34 Confess. X, 29, 40 : PL 32, 796.
35 Cf. 1 Tess 2, 11 ; 1 Cor. 4, 15 ; 2 Cor. 6, 13 ; Gal. 4, 19 : 1 Tim. 5, 1–2.
36 Decr. Presbyter. Ordinis, n 3.
37 Decr. Optatam totius, nn. 3–11 ; cfr. Perfectae cari­ta­tis, n. 12.
38 S. Thomas d’Aquin, Summa th. IIa-​IIae q. 184, a. 8 c.
39 Decr. Optatam totius, n. 12.
40 Decr. Presbyter. Ordinis, nn. 16, 18.
41 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 18.
42 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 8.
43 Decr. cit., ibid.
44 Const. dogm. Lumen Gentium, n. 28.
45 Const. dogm. Lumen Gentium, n. 21.
46 Decr. Presbyter. Ordinis, n. 7.
47 Decr. cit., ibid.
48 Const. dogm. Lumen Gentium, nn. 63, 64.

fraternité sainte pie X