Jean XXIII

Lettre encyclique Sacerdoti Nostri Primordias

31 juillet 1959

A l’occasion du centenaire de la mort de saint Jean-Marie Vianney

Table des matières

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 31 juillet de l’année 1959

Aux Vénérables Frères, Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordi­naires, en paix et com­mu­nion avec le Siège Apostolique, à tout le Clergé et aux fidèles du monde entier.

Vénérables frères et chers fils, Salut et béné­dic­tion apostolique

INTRODUCTION

Coïncidences signi­fi­ca­tives

1. Les joies pures qui accom­pa­gnèrent en abon­dance les pré­mices de Notre sacer­doce sont à jamais liées, dans Notre mémoire, à l’émotion pro­fonde que Nous avons res­sen­tie le 8 jan­vier 1905, en la basi­lique vati­cane, lors de la béa­ti­fi­ca­tion glo­rieuse de cet humble prêtre de France que fut Jean-​Marie-​Baptiste Vianney. Élevé Nous-​même au sacer­doce depuis quelques mois à peine, Nous fûmes sai­si par l’admirable figure sacer­do­tale que Notre Prédécesseur saint Pie X, l’ancien curé de Salzano, était si heu­reux de pro­po­ser en exemple à tous les pas­teurs d’âmes. Et, à tant d’années de dis­tance, Nous ne pou­vons rap­pe­ler ce sou­ve­nir sans remer­cier encore Notre divin Rédempteur, comme d’une grâce insigne, de l’élan spi­ri­tuel ain­si impri­mé, dès ses débuts, à Notre vie sacerdotale.

2. Il Nous sou­vient aus­si que, le jour même de cette béa­ti­fi­ca­tion, Nous appre­nions l’élévation à l’épiscopat de Mgr Jacques-​Marie Radini-​Tedeschi, ce grand évêque qui devait quelques jours après Nous appe­ler à son ser­vice, et qui fut pour Nous un maître et un père très aimé. Ce fut en sa com­pa­gnie qu’au début de cette année 1905 Nous nous ren­dions pour la pre­mière fois en pèle­ri­nage à Ars, ce modeste vil­lage que son saint Curé ren­dit à jamais si célèbre.

3. Par une nou­velle dis­po­si­tion pro­vi­den­tielle, c’est l’année où Nous rece­vions la plé­ni­tude du sacer­doce que le Pape Pie XI, d’illustre mémoire, pro­cé­dait, le 31 mai 1925, à la solen­nelle cano­ni­sa­tion du » pauvre Curé d’Ars « . Dans son homé­lie, le Pontife se plai­sait à décrire » la frêle sil­houette de Jean-​Marie Vianney : cette tête aux longs che­veux blancs qui lui font comme une écla­tante cou­ronne ; ce mince visage creu­sé par les jeûnes, mais sur lequel se reflé­taient si bien l’innocence et la sain­te­té d’un coeur très humble et très doux, ce visage dont le seul aspect suf­fi­sait à rame­ner les foules à de salu­taires pen­sées » (1). Peu après, Pie XI, en l’année de son Jubilé sacer­do­tal, com­plé­tait le geste déjà accom­pli par saint Pie X à l’égard des curés de France et éten­dait au monde entier le céleste patro­nage de saint Jean-​Marie Vianney » pour le bien spi­ri­tuel des curés de tout l’univers » (2).

4. Ces actes de Nos Prédécesseurs, liés à tant de chers sou­ve­nirs per­son­nels, Nous aimons, Vénérables Frères, les évo­quer en cette année cen­te­naire de la mort du saint Curé d’Ars par cette Encyclique. Le 4 août, en effet, il ren­dait son âme à Dieu, usé par les fatigues d’un excep­tion­nel minis­tère pas­to­ral de plus de qua­rante années et entou­ré de la véné­ra­tion una­nime. Nous bénis­sons donc la bien­veillante Providence, qui par deux fois déjà se plut à réjouir et à illu­mi­ner les grandes heures de Notre vie sacer­do­tale par l’éclat de la sain­te­té du Curé d’Ars, de Nous offrir à nou­veau, dès les pre­miers temps de ce suprême Pontificat, l’occasion de célé­brer la si glo­rieuse mémoire de ce pas­teur d’âmes. Vous ne vous éton­ne­rez pas, d’autre part, qu’en vous adres­sant cette lettre, Notre esprit et Notre coeur se tournent spé­cia­le­ment vers les prêtres, Nos fils très chers, pour les exhor­ter tous ins­tam­ment – et ceux sur­tout qui sont enga­gés dans le minis­tère pas­to­ral – à médi­ter les admi­rables exemples de leur frère dans le sacer­doce, deve­nu leur céleste patron.

Enseignements de ce centenaire

5. Certes, nom­breux sont les docu­ments pon­ti­fi­caux qui, déjà, rap­pellent aux prêtres les exi­gences de leur état et les guident dans l’exercice de leur minis­tère. Pour ne men­tion­ner que les plus impor­tants, nous recom­man­dons à nou­veau l’Exhortation Haerent ani­mo, de saint Pie X (3), qui sti­mu­la la fer­veur de Nos pre­mières années sacer­do­tales ; la magis­trale Encyclique Ad Catholici Sacerdotii fas­ti­gium, de Pie XI (4), et, par­mi tant de docu­ments et d’allocutions de Notre Prédécesseur immé­diat sur le prêtre, son Exhortation Menti Nostrae (5), et aus­si l’admirable tri­lo­gie en l’honneur du sacer­doce (6), que lui sug­gé­ra la cano­ni­sa­tion de saint Pie X. Ces textes, Vénérables Frères, vous sont connus. Mais vous Nous per­met­trez d’évoquer ici, avec émo­tion, le der­nier dis­cours que la mort empê­cha Pie XII de pro­non­cer et qui demeure comme l’ultime et solen­nel appel de ce grand Pontife à la sain­te­té sacer­do­tale : » Le carac­tère sacra­men­tel de l’Ordre, y était-​il écrit, scelle de la part de Dieu un pacte éter­nel de son amour de pré­di­lec­tion, qui exige en échange de la créa­ture choi­sie la sanc­ti­fi­ca­tion… Avec humi­li­té et véri­té, le clerc doit s’habituer à nour­rir, au sujet de sa per­sonne, une concep­tion bien dif­fé­rente et bien plus haute que la concep­tion ordi­naire du chré­tien, même émi­nent ; il sera un élu par­mi le peuple, un pri­vi­lé­gié des cha­rismes divins, un dépo­si­taire du pou­voir divin, en un mot un » autre Christ « … Il ne s’appartient plus, il n’appartient plus à ses parents et à ses amis, pas même à une patrie déter­mi­née : la cha­ri­té uni­ver­selle sera sa res­pi­ra­tion. Ses pen­sées elles-​mêmes, sa volon­té, ses sen­ti­ments, ne sont pas les siens, mais sont du Christ, qui est sa vie » (7).

6. Vers ces som­mets de la sain­te­té sacer­do­tale, saint Jean-​Marie Vianney nous entraîne tous. Et Nous sommes heu­reux d’y convier les prêtres d’aujourd’hui ; car, si Nous savons les dif­fi­cul­tés qu’ils ren­contrent dans leur vie per­son­nelle et dans les charges du minis­tère, si Nous n’ignorons pas les ten­ta­tions et les fatigues de cer­tains, Notre expé­rience Nous dit aus­si la fidé­li­té cou­ra­geuse du plus grand nombre et les mon­tées spi­ri­tuelles des meilleurs. Aux uns comme aux autres, le Seigneur adres­sa, au jour de l’ordination, cette parole de ten­dresse : » Je ne vous appelle plus ser­vi­teurs, je vous appelle amis (8) « . Puisse Notre lettre ency­clique les aider tous à per­sé­vé­rer et à gran­dir dans cette ami­tié divine qui consti­tue la joie et la force de toute vie sacerdotale.

But de l’Encyclique

7. Notre des­sein n’est pas, Vénérables Frères, d’aborder ici tous les aspects de la vie sacer­do­tale contem­po­raine ; et, à l’exemple de saint Pie X, » Nous ne disons rien que vous n’ayez enten­du, rien de neuf pour qui que ce soit, mais sim­ple­ment ce qu’il importe à tous de se remé­mo­rer (9) « . En effet, en retra­çant les traits de la sain­te­té du Curé d’Ars, Nous serons conduit à mettre en relief des aspects de la vie sacer­do­tale, qui en tout temps sont essen­tiels, mais qui prennent de nos jours une telle impor­tance que Nous tenons pour un devoir de Notre charge apos­to­lique d’y insis­ter par­ti­cu­liè­re­ment à l’occasion de ce
cen­te­naire. L’Église, qui a glo­ri­fié ce prêtre » admi­rable par son zèle pas­to­ral et son désir inin­ter­rom­pu de prière et de péni­tence (10) « , a aujourd’hui la joie, un siècle après sa mort, de le pré­sen­ter aux prêtres du monde entier comme un modèle d’ascèse sacer­do­tale, un modèle de pié­té et sur­tout de pié­té eucha­ris­tique, un modèle de zèle pastoral.

I – ASCESE SACERDOTALE

8. Parler de saint Jean-​Marie Vianney, c’est évo­quer la figure d’un prêtre excep­tion­nel­le­ment mor­ti­fié qui, pour l’amour de Dieu et la conver­sion des pécheurs, se pri­vait de nour­ri­ture et de som­meil, s’imposait de rudes dis­ci­plines et sur­tout pra­ti­quait le renon­ce­ment de soi à un degré héroïque. S’il est vrai qu’il n’est pas com­mu­né­ment deman­dé aux fidèles de suivre cette voie d’exception, la divine Providence a dis­po­sé du moins qu’il ne man­que­rait jamais, à tra­vers le monde, des pas­teurs d’âmes qui, pous­sés par l’Esprit-Saint, n’hésiteraient pas à s’engager sur ces traces, car de tels hommes opèrent des miracles de conver­sion ! À tous, l’exemple admi­rable de renon­ce­ment du Curé d’Ars, » sévère pour lui-​même et doux pour les autres (11) « , rap­pelle de façon élo­quente et pres­sante la place pri­mor­diale de l’ascèse dans la vie sacerdotale.

Conseils évan­gé­liques et sain­te­té sacerdotale

9. Notre Prédécesseur Pie XII, d’heureuse mémoire, vou­lant dis­si­per cer­taines équi­voques, tint à pré­ci­ser qu’il est faux d’affirmer » que l’état clé­ri­cal – en tant et parce qu’il pro­cède du droit divin par sa nature ou du moins en ver­tu d’un pos­tu­lat de cette même nature, exige que ses membres pro­fessent les conseils évan­gé­liques (12) « . Et le Pape de conclure avec jus­tesse : » Le clerc n’est donc pas tenu par droit divin aux conseils évan­gé­liques de pau­vre­té, de chas­te­té et d’obéissance (13). » Mais ce serait se trom­per gra­ve­ment sur la pen­sée de ce Pontife, si sou­cieux de la sain­te­té des prêtres, et sur l’enseignement constant de l’Église, de croire pour autant que le prêtre sécu­lier est moins appe­lé à la per­fec­tion que le reli­gieux. C’est même le contraire qui est vrai, car l’accomplissement des fonc­tions sacer­do­tales » requiert une plus grande sain­te­té inté­rieure que ne l’exige l’état reli­gieux lui-​même (14) « . Et si, pour atteindre à cette sain­te­té de vie, la pra­tique des conseils évan­gé­liques n’est pas impo­sée au prêtre en ver­tu de son état clé­ri­cal, elle s’offre néan­moins à lui comme à tous les dis­ciples du Seigneur, comme la voie royale de la sanc­ti­fi­ca­tion aujourd’hui com­pris qui, tout en demeu­rant dans les rangs du cler­gé sécu­lier, demandent à de pieuses asso­cia­tions approu­vées par l’Église de les gui­der et de les sou­te­nir dans les voies de la perfection !

10. Convaincus que » la gran­deur du sacer­doce est dans l’imitation de Jésus-​Christ (15) « , les prêtres seront donc plus que jamais atten­tifs aux appels du divin Maître : » Si quelqu’un veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce à lui-​même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive… » (Mt 16, 24). Le saint Curé d’Ars, rapporte-​t-​on, » avait médi­té sou­vent cette parole de Notre Seigneur, et il tâchait de la mettre en pra­tique (16) « . Dieu lui fit la grâce d’y demeu­rer héroï­que­ment fidèle ; et son exemple nous guide encore dans les voies de l’ascèse où il brilla d’un grand éclat par sa pau­vre­té, sa chas­te­té et son obéis­sance. Saint Jean-​Marie Vianney, exemple admi­rable de pau­vre­té évangélique

11. Avant tout, la pau­vre­té de l’humble Curé d’Ars, digne émule de saint François d’Assise, dont il fut dans le Tiers-​Ordre un dis­ciple fidèle (17). Riche pour don­ner aux autres, mais pauvre pour lui-​même, il vécut dans un total déta­che­ment des biens de ce monde, et son coeur vrai­ment libre s’ouvrait lar­ge­ment à toutes les misères maté­rielles et spi­ri­tuelles qui affluaient vers lui. » Mon secret est bien simple, disait-​il, c’est de tout don­ner et de ne rien gar­der (18). » Son dés­in­té­res­se­ment le ren­dait atten­tif aux pauvres, à ceux de sa paroisse sur­tout, envers qui il témoi­gnait d’une extrême déli­ca­tesse, les trai­tant » avec une véri­table ten­dresse, avec beau­coup d’égards, on peut dire, avec res­pect (19) « . Il recom­man­dait de ne jamais man­quer d’égards envers les pauvres, parce que ce manque retombe sur Dieu ; et quand un misé­reux frap­pait à sa porte, il était heu­reux, en l’accueillant avec bon­té, de pou­voir lui dire : » Je suis pauvre comme vous, je suis aujourd’hui un des vôtres (20) ! » À la fin de sa vie, il aimait répé­ter : » Je suis très content, je n’ai plus rien, le bon Dieu peut m’appeler quand il vou­dra (21). »
Applications aux prêtres d’aujourd’hui

12. Aussi pourrez-​vous com­prendre, Vénérables Frères, de quel coeur Nous exhor­tons Nos chers fils du sacer­doce catho­lique, à médi­ter un tel exemple de pau­vre­té et de cha­ri­té. » L’expérience quo­ti­dienne atteste – écri­vait Pie XI en pen­sant au saint Curé d’Ars – qu’un prêtre qui est évan­gé­li­que­ment pauvre et dés­in­té­res­sé fait des miracles de bien auprès du peuple chré­tien (22). » Et le même Pontife, consi­dé­rant l’état de la socié­té contem­po­raine, adres­sait aus­si aux prêtres ce grave aver­tis­se­ment : » Au milieu d’un monde cor­rom­pu où tout se vend et tout s’achète, le prêtre doit pas­ser exempt de tout égoïsme, sain­te­ment dédai­gneux de toute basse cupi­di­té et de gain ter­restre, se don­nant à la recherche des âmes, non de l’argent, de la gloire de Dieu, non de la sienne (23). »

13. Ces paroles doivent être ins­crites au coeur de tous les prêtres. S’il en est qui pos­sèdent légi­ti­me­ment quelques biens per­son­nels, qu’ils ne s’y attachent pas ! Qu’ils se sou­viennent plu­tôt de l’obligation que for­mule le Code de droit cano­nique, à pro­pos des béné­fices ecclé­sias­tiques, de dépen­ser leur super­flu pour les pauvres ou les bonnes oeuvres (24) « . Et Dieu veuille qu’aucun ne mérite le reproche du saint Curé à ses ouailles : » Combien ont de l’argent qu’ils tiennent enfer­mé, tan­dis que tant de pauvres meurent de faim ! (25) » Mais Nous savons que beau­coup de prêtres aujourd’hui vivent en fait dans des condi­tions de réelle pau­vre­té. La glo­ri­fi­ca­tion d’un des leurs, qui volon­tai­re­ment vécut si dépouillé et se réjouis­sait à la pen­sée d’être le plus pauvre de la paroisse (26), sera pour eux un pro­vi­den­tiel encou­ra­ge­ment à se renon­cer eux­mêmes dans la pra­tique d’une évan­gé­lique pau­vre­té. Et si Notre pater­nelle sol­li­ci­tude peut leur être de quelque récon­fort, qu’ils sachent com­bien Nous Nous réjouis­sons vive­ment de leur dés­in­té­res­se­ment au ser­vice du Christ et de l’Église.

14. Mais en recom­man­dant cette héroïque pau­vre­té, Nous n’entendons nul­le­ment, Vénérables Frères, approu­ver le dénue­ment auquel sont par­fois réduits les ministres du Seigneur dans les villes ou les cam­pagnes. Dans son com­men­taire de l’exhortation du Seigneur au déta­che­ment des biens de ce monde, saint Bède le Vénérable nous met pré­ci­sé­ment en garde contre toute inter­pré­ta­tion abu­sive : » Il ne faut pas croire, écrit-​il, qu’il soit pres­crit aux saints de ne pas conser­ver d’argent pour leur usage per­son­nel ou celui des pauvres, puisqu’on lit que le Seigneur lui-​même… avait une caisse pour fon­der l’Église… ; mais, plu­tôt, qu’on ne serve pas Dieu pour cela ni qu’on renonce à la jus­tice par crainte du dénue­ment (27). » Aussi bien
l’ouvrier a droit à son salaire (cf. Lc 10, 7), et, fai­sant Nôtres les pré­oc­cu­pa­tions de Notre Prédécesseur immé­diat (28), Nous deman­dons ins­tam­ment à tous les fidèles de répondre avec géné­ro­si­té à l’appel des évêques légi­ti­me­ment sou­cieux d’assurer à leurs col­la­bo­ra­teurs des res­sources conve­nables. Sa chas­te­té angélique

15. Saint Jean-​Marie Vianney, pauvre dans ses biens, fut éga­le­ment mor­ti­fié en sa chair. » Il n’y a qu’une manière de se don­ner à Dieu dans l’exercice du renon­ce­ment et du sacri­fice, disait-​il : c’est de se don­ner tout entier (29). » Et toute sa vie, il pra­ti­qua, à un degré héroïque, l’ascèse de la chasteté.

16. Son exemple sur ce point appa­raît d’une par­ti­cu­lière oppor­tu­ni­té, car en bien des régions, hélas ! les prêtres sont tenus de vivre, en rai­son même de leur charge, dans un monde où règne une atmo­sphère d’excessive liber­té et de sen­sua­li­té. Et le mot de saint Thomas n’est pour eux que trop vrai : » Il est par­fois plus dif­fi­cile de vivre ver­tueu­se­ment en ayant charge d’âmes, à cause des dan­gers exté­rieurs (30). » Souvent, au sur­plus, ils sont mora­le­ment seuls, peu com­pris, peu sou­te­nus par les fidèles aux­quels ils se dévouent. À tous, aux plus iso­lés et aux plus expo­sés sur­tout, Nous adres­sons ici un appel très pres­sant pour que leur vie entière soit un pur témoi­gnage ren­du à cette ver­tu que saint Pie X appe­lait » le plus bel orne­ment de notre état sacer­do­tal (31) « . Et Nous vous recom­man­dons avec une vive insis­tance, Vénérables Frères, de pro­cu­rer à vos prêtres, dans toute la mesure du pos­sible, des condi­tions d’existence et de tra­vail qui sou­tiennent leur géné­ro­si­té. Il faut à tout prix com­battre les périls de l’isolement, dénon­cer les impru­dences, écar­ter les ten­ta­tions de l’oisiveté ou les risques du sur­me­nage. Qu’on se sou­vienne éga­le­ment à cet égard des magni­fiques ensei­gne­ments de Notre Prédécesseur dans l’Encyclique Sacra Virginitas (32).

17. » La chas­te­té brillait dans son regard (33) « , a‑t-​on dit du Curé d’Ars. En véri­té, qui se met à son école est sai­si non seule­ment par l’héroïsme avec lequel ce prêtre rédui­sit son corps en ser­vi­tude (Cf. Cor. 9, 27), mais aus­si par l’accent de convic­tion avec lequel il réus­sis­sait à entraî­ner à sa suite la foule de ses péni­tents. C’est qu’il savait, par une longue pra­tique du confes­sion­nal, les ravages des péchés de la chair : » S’il n’y avait pas quelques âmes pures pour dédom­ma­ger le bon Dieu, soupirait-​il…, vous ver­riez comme nous serions punis ! » Et, par­lant d’expérience, il joi­gnait à son appel un encou­ra­ge­ment fra­ter­nel : » La mor­ti­fi­ca­tion a un baume et des saveurs dont on ne peut plus se pas­ser quand on les a une fois connus… Dans cette voie, il n’y a que le pre­mier pas qui coûte (34). »

18. Cette ascèse néces­saire de la chas­te­té, loin de refer­mer le prêtre dans un sté­rile égoïsme, rend son coeur plus ouvert et plus dis­po­nible à tous les besoins de ses frères » Lorsque le coeur est pur, disait magni­fi­que­ment le Curé d’Ars, il ne peut pas se défendre d’aimer, parce qu’il a retrou­vé la source de l’amour qui est Dieu. » Quel bien­fait pour la socié­té humaine d’avoir ain­si au milieu d’elle des hommes qui, libres des sol­li­ci­tudes tem­po­relles, se consacrent entiè­re­ment au ser­vice de Dieu et donnent à leurs frères leur vie, leurs pen­sées et leurs forces Quelle grâce pour l’Église que des prêtres fidèles à cette haute ver­tu ! Avec Pie XI, Nous la consi­dé­rons comme la gloire la plus pure du sacer­doce catho­lique, elle qui Nous semble » la meilleure réponse aux dési­rs du Coeur de Jésus et à ses des­seins sur les âmes sacer­do­tales (35) « . N’est-ce pas à ce même des­sein de la cha­ri­té divine que pen­sait le saint Curé d’Ars, quand il s’écriait : » Le sacer­doce c’est l’amour du Coeur de Jésus ! (36) »

Son esprit d’obéissance

19. Sur l’esprit d’obéissance du Saint, les témoi­gnages sont innom­brables, car on peut affir­mer que pour lui l’exacte fidé­li­té à la pro­messe faite au jour de l’Ordination d’obéir à ses Supérieurs fut l’occasion d’un renon­ce­ment per­ma­nent de qua­rante années. Toute sa vie, en effet, il aspi­ra à la soli­tude d’une sainte retraite, et les res­pon­sa­bi­li­tés pas­to­rales lui furent un trop lourd far­deau, dont il ten­ta même plu­sieurs fois de se libé­rer. Son obéis­sance totale à l’évêque n’en fut que plus admi­rable. Écoutons, Vénérables Frères, les témoins de sa vie : » Depuis l’âge de quinze ans, dit l’un, ce désir (de la soli­tude) était dans son coeur pour le tour­men­ter et lui enle­ver le bon­heur qu’il aurait pu goû­ter dans sa posi­tion (37). » Mais » Dieu ne per­mit pas, atteste un autre, qu’il pût réa­li­ser son des­sein. La divine Providence vou­lait sans doute qu’en sacri­fiant son goût à l’obéissance, son plai­sir au devoir, M. Vianney eût sans cesse l’occasion de se vaincre lui­même (38) « . » M. Vianney, conclut un troi­sième, res­ta Curé d’Ars avec une aveugle obéis­sance, et il y est demeu­ré jusqu’à sa mort « . (39)

20. Cette totale adhé­sion à la volon­té de ses supé­rieurs était – faut-​il le pré­ci­ser ? – toute sur­na­tu­relle en son motif ; elle était un acte de foi en la parole du Christ disant à ses Apôtres : » Qui vous écoute m’écoute » (Lc 10, 16). Et, pour y demeu­rer fidèle, il s’exerçait à renon­cer habi­tuel­le­ment à sa volon­té propre dans l’acceptation de son lourd minis­tère du confes­sion­nal et dans toutes les tâches quo­ti­diennes où la col­la­bo­ra­tion entre confrères rend l’apostolat plus fructueux.

21. Nous aimons pro­po­ser cette rigou­reuse obéis­sance en exemple aux prêtres, dans la confiance qu’ils en com­pren­dront toute la gran­deur et en acquer­ront le goût spi­ri­tuel. Et si jamais ils étaient ten­tés de dou­ter de l’importance de cette ver­tu capi­tale, si faci­le­ment mécon­nue aujourd’hui, qu’ils sachent bien qu’ils ont contre eux les affir­ma­tions claires et nettes de Pie XII, qui atteste que » la sain­te­té de la vie per­son­nelle et l’efficacité de l’apostolat ont pour base et pour sou­tien… l’obéissance constante et exacte à la sainte hié­rar­chie » (40). Au reste, vous vous sou­ve­nez, Vénérables Frères, avec quelle force Nos der­niers Prédécesseurs ont dénon­cé les dan­gers graves de l’esprit d’indépendance dans le cler­gé, tant pour l’enseignement de la doc­trine que pour les méthodes d’apostolat et la dis­ci­pline ecclésiastique.

22. Nous ne vou­lons pas insis­ter davan­tage sur ce point, mais Nous pré­fé­rons exhor­ter Nos fils prêtres à déve­lop­per en eux-​mêmes le sens filial de leur appar­te­nance à l’Église, notre Mère. On disait du Curé d’Ars qu’il ne vivait que dans l’Église, et pour l’Église, comme le brin de paille per­du dans le bra­sier. Prêtres de Jésus-​Christ, nous sommes plon­gés dans ce bra­sier qu’anime le feu de l’Esprit-Saint ; nous avons tout reçu de l’Église ; nous n’agissons qu’en son nom et par les pou­voirs qu’elle nous a confé­rés : aimons la ser­vir dans les liens de l’unité et de la manière dont elle-​même veut être ser­vie. (41)

II – PRIERE ET CULTE EUCHARISTIQUE

23. Homme de péni­tence, saint Jean-​Marie Vianney avait éga­le­ment com­pris que » le prêtre avant tout doit être l’homme de la prière » (42). Chacun connaît les longues nuits d’adoration que, jeune curé d’un vil­lage alors peu chré­tien, il pas­sait devant le Saint Sacrement. Le taber­nacle de son église devint vite le foyer de sa vie per­son­nelle et de son apos­to­lat, au point qu’on ne sau­rait évo­quer plus jus­te­ment la paroisse d’Ars au temps du Saint que par ces mots de Pie XII sur la paroisse chré­tienne : » Le centre en est l’église, et dans l’église le taber­nacle, et, à côté, le confes­sion­nal où les âmes mortes retrouvent la vie et les malades la san­té » (43).

La prière dans la vie et l’enseignement du saint Curé

24. Aux prêtres de ce siècle, volon­tiers sen­sibles à l’efficacité de l’action et faci­le­ment ten­tés même par un dan­ge­reux acti­visme, com­bien salu­taire est ce modèle de prière assi­due dans une vie entiè­re­ment livrée aux besoins des âmes ! » Ce qui nous empêche d’être saints, nous autres prêtres, disait-​il, c’est le manque de réflexion. On ne rentre pas en soi-​même ; on ne sait pas ce qu’on fait. C’est la réflexion, l’oraison, l’union à Dieu qu’il nous faut « . Lui-​même demeu­rait, au témoi­gnage de ses contem­po­rains, dans un état de conti­nuelle orai­son, dont ni le poids haras­sant des confes­sions ni ses autres charges pas­to­rales ne le dis­trayaient. » Il conser­vait une union constante avec Dieu au milieu de sa vie exces­si­ve­ment occu­pée « . (44)

25. Mais écoutons-​le lui-​même, car il est inta­ris­sable quand il parle des joies et des bien­faits de la prière. » L’homme est un pauvre qui a besoin de tout deman­der à Dieu… 45 Que d’âmes nous pou­vons conver­tir par nos prières ! » (46) Et il répé­tait : » La prière, voi­là tout le bon­heur de l’homme sur la terre « . (47) Ce bon­heur, il l’a lon­gue­ment goû­té lui-​même, tan­dis que son regard éclai­ré par la foi contem­plait les mys­tères divins et que, par l’adoration du Verbe incar­né, il éle­vait son âme simple et pure vers la Trinité Sainte, objet suprême de son amour. Et les pèle­rins qui se pres­saient dans l’église d’Ars com­pre­naient que l’humble prêtre leur livrait quelque chose du secret de sa vie inté­rieure par cette excla­ma­tion fré­quente, qui lui était chère : » Être aimé de Dieu, être uni à Dieu, vivre en la pré­sence de Dieu, vivre pour Dieu : oh ! belle vie et belle mort ! (48) »

Le prêtre est avant tout un homme de prière

26. Nous vou­drions, Vénérables Frères, que tous les prêtres de vos dio­cèses se laissent convaincre, par le témoi­gnage du saint Curé d’Ars, de la néces­si­té d’être des hommes d’oraison et de la pos­si­bi­li­té de l’être, quelle que soit la sur­charge par­fois extrême des tra­vaux de leur minis­tère. Mais il y faut une foi vive, comme celle qui ani­mait Jean-​Marie Vianney et lui fai­sait accom­plir des mer­veilles. » Quelle foi ! s’exclamait un de ses confrères. II y aurait de quoi enri­chir tout un dio­cèse ! » (49)

27. Cette fidé­li­té à la prière est d’ailleurs pour le prêtre un devoir de pié­té per­son­nelle, dont la sagesse de l’Église a pré­ci­sé plu­sieurs points impor­tants, comme l’oraison men­tale quo­ti­dienne, la visite au Saint Sacrement, le cha­pe­let et l’examen de conscience. (50) C’est même une stricte obli­ga­tion contrac­tée envers l’Église, quand il s’agit de la réci­ta­tion jour­na­lière de l’office divin. (51) Peut-​être est-​ce pour avoir négli­gé telles de ces pres­crip­tions que cer­tains membres du cler­gé se sont vus peu à peu livrés à l’instabilité exté­rieure, à l’appauvrissement inté­rieur, et expo­sés un jour sans défense aux ten­ta­tions du monde.

28. Au contraire, » en tra­vaillant inces­sam­ment au bien des âmes, M. Vianney ne négli­geait pas la sienne. Il se sanc­ti­fiait lui-​même pour être plus apte à sanc­ti­fier les autres (52) « . Avec saint Pie X » … consi­dé­rons donc comme cer­tain et bien éta­bli que le prêtre, pour tenir digne­ment sa place et rem­plir son devoir, doit se consa­crer avant tout à la prière… Plus que tout autre, il doit obéir au pré­cepte du Christ : il faut tou­jours prier ; pré­cepte que saint Paul recom­mande avec ins­tance : per­sé­vé­rez dans la prière, avec vigi­lance et dans l’action de grâces… Priez sans cesse (53) « . Et, volon­tiers, Nous repren­drions Nous-​même, en
ter­mi­nant ce point, le mot d’ordre que Notre Prédécesseur immé­diat don­nait aux prêtres, dès le début de son pon­ti­fi­cat : » Priez, priez tou­jours davan­tage et avec plus de fer­veur « . (54)

La pié­té eucha­ris­tique du Saint Curé

29. La prière du Curé d’Ars, qui pas­sa pour ain­si dire les trente der­nières années de sa vie dans son église où le rete­naient ses innom­brables péni­tents, était sur­tout une prière eucha­ris­tique. Sa dévo­tion envers Notre-​Seigneur pré­sent dans le Très Saint Sacrement de l’autel était vrai­ment extra­or­di­naire. Il est là, disait-​il, Celui qui nous aime tant ; pour­quoi ne l’aimerions-nous pas ? » (55) Et, certes, il l’aimait et se sen­tait comme irré­sis­ti­ble­ment atti­ré vers le taber­nacle : » On n’a pas besoin de tant par­ler pour bien prier, expliquait-​il à ses parois­siens. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint taber­nacle ; on lui ouvre son coeur ; on se com­plaît en sa sainte pré­sence. C’est la meilleure prière celle-​là « . (56) En toutes cir­cons­tances, il incul­quait aux fidèles le res­pect et l’amour de la divine pré­sence eucha­ris­tique, les invi­tant à s’approcher fré­quem­ment de la Table sainte ; et lui-​même don­nait l’exemple de cette pro­fonde pié­té : » Pour s’en convaincre, rap­por­tèrent les témoins, il suf­fi­sait de le voir dire la messe, faire la génu­flexion en pas­sant devant le taber­nacle… » (57)

Importance de l’Eucharistie dans la vie du prêtre

30. » L’exemple admi­rable du saint Curé d’Ars garde aujourd’hui encore toute sa valeur « , atteste Pie XII. (58) Rien ne sau­rait rem­pla­cer dans la vie d’un prêtre la prière silen­cieuse et pro­lon­gée devant l’autel. Tour à tour, l’adoration de Jésus, notre Dieu, l’action de grâces, la répa­ra­tion pour nos propres fautes et celles des hommes, la sup­pli­ca­tion pour tant d’intentions qui lui sont confiées, élèvent ce prêtre à plus d’amour pour le Maître divin à qui il a don­né sa foi et pour les hommes qui attendent son minis­tère sacer­do­tal. C’est par la pra­tique d’un tel culte, éclai­ré et fervent envers l’Eucharistie, qu’un prêtre accroît sa vie spi­ri­tuelle et que se forgent les éner­gies mis­sion­naires des plus valeu­reux apôtres.

31.Et faut-​il ajou­ter le bien­fait qui en découle pour les fidèles, témoins de cette pié­té de leurs prêtres et atti­rés par leur exemple. » Si vous vou­lez que les fidèles prient avec dévo­tion, disait Pie XII au cler­gé de Rome, donnez-​leur vous-​même d’abord l’exemple, à l’église, fai­sant orai­son en leur pré­sence. Un prêtre age­nouillé devant le taber­nacle dans une pose digne, dans un pro­fond recueille­ment, est, pour le peuple un sujet d’édification, un aver­tis­se­ment, une invi­ta­tion à l’émulation dans la prière (59) « . Ce fut par excel­lence l’arme apos­to­lique du jeune Curé d’Ars ; ne dou­tons pas de sa valeur en toutes circonstances.

Le prêtre et le sacri­fice de la Messe

32. Nous ne sau­rions oublier tou­te­fois que la prière eucha­ris­tique au sens plé­nier du terme est le saint sacri­fice de la messe. Il convient, Vénérables Frères, d’insister spé­cia­le­ment sur ce point puisqu’il touche à l’un des aspects essen­tiels de la vie sacer­do­tale. Sans doute,

33. Notre inten­tion n’est-elle pas de reprendre ici l’exposé de la doc­trine tra­di­tion­nelle de l’Église sur le prêtre et le sacri­fice eucha­ris­tique ; Nos Prédécesseurs, Pie XI et Pie XII d’heureuse mémoire, dans des docu­ments magis­traux, ont rap­pe­lé avec tant de clar­té cet ensei­gne­ment que Nous ne pou­vons que vous exhor­ter à le faire lar­ge­ment connaître aux prêtres et aux fidèles qui vous sont confiés. Ainsi seraient dis­si­pées des incer­ti­tudes ou des har­diesses de pen­sée qui ont pu, ici ou là, se mani­fes­ter à cet égard.

34. Mais il est bon de mon­trer dans cette Encyclique en quel sens pro­fond le saint Curé d’Ars, héroï­que­ment fidèle aux devoirs de son minis­tère, méri­ta vrai­ment d’être pro­po­sé en exemple aux pas­teurs d’âmes et pro­cla­mé leur céleste patron. S’il est vrai, en effet, que le prêtre a reçu le carac­tère de l’Ordre pour le ser­vice de l’autel et a com­men­cé l’exercice de son sacer­doce avec le sacri­fice eucha­ris­tique, celui-​ci ne ces­se­ra d’être, tout au cours de sa vie, au prin­cipe de son action apos­to­lique et de sa sanc­ti­fi­ca­tion per­son­nelle. Et tel fut bien le cas de saint Jean-​Marie Vianney.

35. Qu’est-il donc l’apostolat du prêtre, consi­dé­ré dans son action essen­tielle, si ce n’est de réa­li­ser, par­tout où vit l’Église, le ras­sem­ble­ment autour de l’autel d’un peuple uni dans la foi, régé­né­ré et puri­fié ? C’est alors que le prêtre, par les pou­voirs qu’il a seul reçus, offre le divin sacri­fice où Jésus lui-​même renou­velle l’immolation unique accom­plie sur le cal­vaire pour la rédemp­tion du monde et la glo­ri­fi­ca­tion de son Père ; c’est là que les chré­tiens réunis offrent au Père céleste la divine Victime par le moyen du prêtre et qu’ils apprennent à s’immoler eux-​mêmes en » hos­ties vivantes, saintes, agréables à Dieu » (Rm 12, 1) ; c’est là que le peuple de Dieu, éclai­ré par la pré­di­ca­tion de la foi, nour­ri du corps du Christ, trouve sa vie, sa crois­sance et, s’il en est besoin, ren­force son uni­té ; c’est là en un mot que, de géné­ra­tions en géné­ra­tions, dans toutes les contrées du monde, se construit dans la cha­ri­té le Corps mys­tique du Christ, qui est l’Église.

36. À cet égard, le saint Curé d’Ars fut chaque jour davan­tage exclu­si­ve­ment enga­gé dans l’enseignement de la foi et dans la puri­fi­ca­tion des consciences, et, donc, tous les actes de son minis­tère conver­geaient vers l’autel, et une telle exis­tence doit jus­te­ment être dite émi­nem­ment sacer­do­tale et pas­to­rale. Sans doute, à Ars, les pécheurs affluaient-​ils d’eux-mêmes à l’église, atti­rés par le renom de sain­te­té du pas­teur, alors que tant de prêtres doivent consa­crer de longs et labo­rieux efforts à ras­sem­bler leur peuple ; sans doute d’autres, à la tâche plus mis­sion­naire, en sont-​ils encore à la pre­mière annonce de la bonne Nouvelle du Sauveur : mais ces tra­vaux apos­to­liques si néces­saires et par­fois si dif­fi­ciles ne peuvent faire oublier aux apôtres la fin qu’ils doivent pour­suivre et qu’atteignait le Curé d’Ars quand, dans son humble église de cam­pagne, il se consa­crait aux tâches essen­tielles de l’action pastorale.

La Messe, source pre­mière de la sanc­ti­fi­ca­tion du prêtre

37. Il y a plus. C’est toute la sanc­ti­fi­ca­tion per­son­nelle du prêtre qui doit se mode­ler sur le sacri­fice qu’il célèbre, selon l’invitation du Pontifical romain. » Considérez l’action que vous accom­plis­sez ; imi­tez le sacri­fice que vous offrez « . Mais lais­sons ici la parole à Notre Prédécesseur immé­diat, dans son Exhortation Sauveur fut ordon­née au sacri­fice de lui-même,
ain­si toute la vie du prêtre, qui doit repro­duire en soi l’image du Christ, doit être avec Lui, par Lui et en Lui, un sacri­fice agréable… Le prêtre ne se conten­te­ra pas de célé­brer le sacri­fice eucha­ris­tique, mais il devra le vivre d’une manière très pro­fonde. Ainsi y puisera-​t-​il la force sur­na­tu­relle qui le trans­for­me­ra com­plè­te­ment et le fera par­ti­ci­per à la vie expia­trice du Rédempteur lui-​même (60) « . Et le même Pontife de conclure : » C’est donc une obli­ga­tion pour le prêtre de repro­duire dans son âme ce qui se pro­duit sur l’autel, et puisque le Christ Jésus s’y immole lui-​même, son ministre s’y immo­le­ra avec lui ; puisque Jésus expie les péchés des hommes, le prêtre par­vien­dra à sa propre puri­fi­ca­tion et à celle des autres en sui­vant la voie ardue de l’ascèse chré­tienne « . (61)

38. C’est cette haute doc­trine que l’Église a en vue quand elle invite ses ministres à une vie d’ascèse et leur recom­mande de célé­brer avec une pro­fonde pié­té le sacri­fice eucha­ris­tique. N’est-ce pas faute d’avoir assez bien com­pris le lien étroit, et comme réci­proque, qui unit le don quo­ti­dien de soi-​même à l’offrande de la messe, que des prêtres en sont venus peu à peu à perdre la fer­veur pre­mière de leur ordi­na­tion ? Telle était l’expérience acquise par le Curé d’Ars : » La cause, disait-​il, du relâ­che­ment du prêtre, c’est qu’on ne fait pas atten­tion à la messe « . Et le Saint, qui avait lui-​même l’héroïque » habi­tude de s’offrir en sacri­fice pour les pécheurs » (62), ver­sait d’abondantes larmes » en pen­sant au mal­heur des prêtres qui ne cor­res­pondent pas à la sain­te­té de leur voca­tion « . (63)

39. D’un coeur pater­nel, Nous deman­dons à Nos chers prêtres de s’examiner régu­liè­re­ment sur la façon dont ils célèbrent les saints mys­tères, et sur­tout sur les dis­po­si­tions spi­ri­tuelles avec les­quelles ils montent à ‚l’autel et sur les fruits qu’ils s’appliquent à en reti­rer. Le cen­te­naire de ce prêtre admi­rable, qui pui­sait dans » la conso­la­tion et le bon­heur de célé­brer la sainte messe » (64) le cou­rage de son propre sacri­fice, les y invite : son inter­ces­sion leur vau­dra, Nous en avons la ferme confiance, d’abondantes grâces de lumière et de force.

III – ZELE PASTORAL

Le saint Curé d’Ars, modèle de zèle apostolique

40. Cette vie d’ascèse et de prière, dont Nous venons, Vénérables Frères, de vous dire la fer­veur, livre au sur­plus le secret du zèle pas­to­ral de saint Jean-​Marie Vianney et de l’étonnante effi­ca­ci­té sur­na­tu­relle de son minis­tère. » Que le prêtre cepen­dant se sou­vienne, écri­vait Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire Pie XII, que son minis­tère, si impor­tant, sera d’autant plus fécond qu’il sera lui-​même plus étroi­te­ment uni au Christ et qu’il sera gui­dé dans l’action par l’esprit du Christ (65) « . La vie du Curé d’Ars véri­fie une fois de plus cette grande loi de tout apos­to­lat, fon­dée sur la parole même de Jésus : » Sans moi, vous ne pou­vez rien faire » (Jn 15, 5).

41. Sans doute ne s’agit-il pas ici de rap­pe­ler l’admirable his­toire de cet humble Curé de cam­pagne, dont le confes­sion­nal fut, trente années durant, assié­gé par des foules si nom­breuses que cer­tains esprits forts de l’époque osèrent lui repro­cher de » trou­bler le XIXe siècle » (66), ni de trai­ter avec oppor­tu­ni­té de ses méthodes d’apostolat qui ne sont pas immé­dia­te­ment appli­cables à l’apostolat contem­po­rain. Et il Nous suf­fit de rap­pe­ler, sur ce point, que le saint Curé fut en son temps un modèle de zèle pas­to­ral dans ce vil­lage de France où la foi et les moeurs se res­sen­taient encore des ébran­le­ments de la Révolution. » Il n’y a pas beau­coup d’amour de Dieu dans cette paroisse, vous y en met­trez « , lui avait-​on dit en l’y envoyant. (67) Apôtre infa­ti­gable, plein d’initiatives pour gagner la jeu­nesse et sanc­ti­fier les foyers, atten­tif aux sou­cis humain de ses ouailles, proche de leur vie, se dépen­sant sans comp­ter pour l’établissement des écoles chré­tiennes et en faveur des mis­sions parois­siales, il fut en véri­té pour son petit trou­peau le bon conduit avec auto­ri­té et sagesse. Ne se louait-​il pas à son insu par cette apos­trophe d’un de ses ser­mons : » Un bon pas­teur, un pas­teur selon le coeur de Dieu : c’est là le plus grand tré­sor que le bon Dieu puisse accor­der à une paroisse ! » (68) L’exemple du Curé d’Ars garde en véri­té une valeur per­ma­nente et uni­ver­selle sur trois points essen­tiels, qu’il Nous plaît, Vénérables Frères, de pro­po­ser ici à votre attention.

Sens aigu des res­pon­sa­bi­li­tés pastorales

42. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le sens aigu qu’il avait de ses res­pon­sa­bi­li­tés pas­to­rales. Son humi­li­té et la connais­sance sur­na­tu­relle qu’il avait du prix des âmes lui firent por­ter avec crainte sa charge de curé. » Mon ami, confiait-​il à un confrère, vous ne savez pas ce que c’est que de pas­ser d’une cure au tri­bu­nal de Dieu ! » (69) Et l’on sait le désir qui le tour­men­ta long­temps de fuir en quelque lieu de retraite pour y » pleu­rer sa pauvre vie « , et com­ment l’obéissance et le zèle des âmes le rame­nèrent chaque fois à son poste.

43. Mais si, à cer­taines heures, il fut ain­si acca­blé par sa charge deve­nue excep­tion­nel­le­ment écra­sante, c’est que pré­ci­sé­ment il avait de son devoir et de ses res­pon­sa­bi­li­tés de pas­teur une concep­tion héroïque. » Mon Dieu, priait-​il en ses pre­mières années, accordez-​moi la conver­sion de ma paroisse ; je consens à souf­frir ce que vous vou­drez tout le temps de ma vie ! » (70) Il obtint du ciel cette conver­sion. Mais il avouait plus tard : » Quand je suis venu à Ars, si j’avais pré­vu les souf­frances qui m’y atten­daient, je serais mort d’appréhension sur le coup (71) « . À l’exemple des apôtres de tous les temps, il voyait dans la croix le grand moyen sur­na­tu­rel de coopé­rer au salut des âmes qui lui étaient confiées. Pour elles, il souf­frit sans se plaindre les calom­nies, les incom­pré­hen­sions, les contra­dic­tions ; pour elles, il accep­ta le véri­table mar­tyre phy­sique et moral d’une pré­sence presque inin­ter­rom­pue au confes­sion­nal chaque jour durant trente années ; pour elles, il lut­ta en ath­lète du Seigneur contre les puis­sances infer­nales ; pour elles, il mor­ti­fia son corps. Et l’on connaît sa réponse à ce confrère qui se plai­gnait du peu d’efficacité de son minis­tère : » Vous avez prié, vous avez pleu­ré, vous avez gémi, vous avez sou­pi­ré. Mais avez-​vous jeû­né, avez-​vous veillé, avez-​vous cou­ché sur la dure, vous êtes-​vous don­né la dis­ci­pline ? Tant que vous n’en serez pas là, ne croyez pas avoir tout fait « . (72)

44. Nous Nous tour­nons vers tous les prêtres qui ont charge d’âmes et Nous les conju­rons d’entendre ces véhé­mentes paroles ! Que cha­cun, selon la pru­dence sur­na­tu­relle qui doit tou­jours régler nos actions, appré­cie sa propre conduite vis-​à-​vis du peuple confié à sa sol­li­ci­tude pas­to­rale. Sans jamais dou­ter de la misé­ri­corde divine qui vient en aide à notre fai­blesse, qu’il consi­dère à la lumière des exemples de saint Jean-​Marie Vianney sa propre res­pon­sa­bi­li­té. » Ce qui est un grand mal­heur pour nous autres curés, déplo­rait le Saint, c’est que l’âme s’engourdit » ; et il enten­dait par là une dan­ge­reuse accou­tu­mance du pas­teur à l’état de péché dans lequel vivent tant de ses ouailles. Ou encore, pour mieux se mettre à l’école du Curé d’Ars, qui » était convain­cu que pour faire du bien aux hommes, il fal­lait les aimer « , (73) que cha­cun s’interroge sur la cha­ri­té qui l’anime à l’égard de ceux dont il a devant Dieu la charge et pour qui le Christ est mort !

45. Certes, la liber­té des hommes ou cer­tains évé­ne­ments indé­pen­dants de leur volon­té peuvent par­fois s’opposer aux efforts des plus grands saints. Mais le prêtre n’en garde pas moins le devoir de se rap­pe­ler que, selon les inson­dables des­seins de la divine Providence, le sort de beau­coup d’âmes est lié à son zèle pas­to­ral et à l’exemple de sa vie. Cette pen­sée n’est-elle pas de nature à pro­vo­quer chez les tièdes une salu­taire inquié­tude et à sti­mu­ler les plus fervents ?

Prédicateur et caté­chiste infatigable

46. » Toujours prêt à répondre aux besoins des âmes (74) « , saint Jean-​Marie Vianney excel­la en vrai pas­teur à leur pro­cu­rer en abon­dance l’aliment pri­mor­dial de la véri­té reli­gieuse. Il fut toute sa vie pré­di­ca­teur et caté­chiste. On sait le tra­vail achar­né et per­sé­vé­rant qu’il s’imposa pour bien rem­plir ce devoir de sa charge, le pre­mier et le plus grand des devoirs, selon le Concile de Trente. Ses études, faites tar­di­ve­ment, furent labo­rieuses, et ses ser­mons lui coû­tèrent au début bien des veilles. Mais quel exemple pour les ministres de la Parole de Dieu ! Certains s’autorisent volon­tiers de son peu d’instruction pour
excu­ser leur manque de zèle dans les études. Mieux vau­drait imi­ter son cou­rage à se rendre digne d’un si grand minis­tère, selon la mesure des dons qui lui avaient été dépar­tis ; ceux-​ci d’ailleurs n’étaient pas si modestes qu’on se plaît par­fois à dire, car » il y avait dans son intel­li­gence beau­coup de dis­tinc­tion et de clar­té « . (75) En tout cas, chaque prêtre a le devoir d’acquérir et d’entretenir les connais­sances géné­rales et la culture théo­lo­gique pro­por­tion­nées à ses apti­tudes et à ses fonc­tions. Et plaise à Dieu que les pas­teurs d’âmes fassent tou­jours autant que fit le Curé d’Ars pour déve­lop­per les capa­ci­tés de son intel­li­gence et de sa mémoire, et pour pui­ser sur­tout aux lumières du plus savant livre qu’on puisse lire, la croix du Christ ! Son
évêque disait de lui à cer­tains de ses détrac­teurs : » Je ne sais pas s’il est ins­truit, mais il est éclai­ré « . (76)

48. C’est avec grande rai­son que Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Pie XII, ne crai­gnit pas de don­ner en modèle aux pré­di­ca­teurs de la Ville Eternelle l’humble prêtre de cam­pagne. » Le saint Curé d’Ars n’avait certes pas le génie natu­rel d’un P. Segneri ou d’un Bossuet ; mais la convic­tion vive, claire, pro­fonde, dont il était ani­mé, vibrait dans sa parole, brillait dans ses yeux, sug­gé­rait à son ima­gi­na­tion et à sa sen­si­bi­li­té des idées, des images, des com­pa­rai­sons justes, appro­priées, déli­cieuses qui auraient ravi un saint François de Sales. De tels pré­di­ca­teurs conquièrent vrai­ment leur audi­toire. Celui qui est rem­pli du Christ ne trou­ve­ra pas dif­fi­cile de gagner les autres au Christ (77) « . Ces paroles décrivent à mer­veille le Curé d’Ars, caté­chiste et pré­di­ca­teur. Et quand, à la fin de sa vie, sa voix affai­blie ne par­ve­nait plus à se faire entendre de tout l’auditoire, c’est encore par son regard de feu, par ses larmes, par ses cris d’amour de Dieu ou son expres­sion de dou­leur à la seule pen­sée du péché, qu’il conver­tis­sait les fidèles accou­rus au pied de sa chaire. Comment, en effet, n’être pas sai­si par le témoi­gnage d’une vie aus­si tota­le­ment livrée àl’amour du Christ ?

49. Jusqu’à sa mort, saint Jean-​Marie Vianney fut ain­si fidèle à ins­truire son peuple et les pèle­rins qui emplis­saient son église, à dénon­cer » à temps et à contre­temps » (2 Tim 4, 2) le mal sous toutes ses formes, à sou­le­ver sur­tout les âmes vers Dieu, car » il pré­fé­rait mon­trer le côté attrayant de la ver­tu plus que la lai­deur du vice » (78). Cet humble prêtre avait en effet com­pris à un rare degré la digni­té et la gran­deur du minis­tère de la Parole de Dieu : » Notre-​Seigneur qui est la Vérité même, disait-​il, ne fait pas moins de cas de sa Parole que de son Corps « .

50. On com­prend donc la joie de Nos Prédécesseurs d’offrir ce pas­teur d’âmes en modèle aux prêtres, car il est d’une sou­ve­raine impor­tance que le cler­gé soit par­tout et en tout temps fidèle à son devoir d’enseigner. » Il importe, disait à ce pro­pos saint Pie X, de mettre en relief et avec insis­tance ce point essen­tiel : un prêtre quel qu’il soit n’a pas de tâche plus impor­tante et il n’est tenu par aucune obli­ga­tion plus stricte (79) « . Cette objur­ga­tion, constam­ment renou­ve­lée par tous et dont le Code de droit cano­nique se fait l’écho (80), Nous vous l’adressons à Notre tour, Vénérables Frères, en cette année cen­te­naire du saint caté­chiste et pré­di­ca­teur d’Ars.

Nous encou­ra­geons les recherches faites avec pru­dence et sous votre contrôle en divers pays pour amé­lio­rer les condi­tions de l’enseignement reli­gieux des jeunes et des adultes, sous ses dif­fé­rentes formes et compte tenu des dif­fé­rents milieux. Mais, pour utiles que soient de tels tra­vaux, Dieu nous rap­pelle en ce cen­te­naire du Curé d’Ars l’irrécusable puis­sance apos­to­lique d’un prêtre qui, par sa propre vie autant que dis­cours per­sua­sifs de la sagesse, mais par une démons­tra­tion d’Esprit et de puis­sance » (1 Co 2, 4).

Le vaillant apôtre du confessionnal 

51. Il nous reste enfin à évo­quer dans la vie de saint Jean-​Marie Vianney cette forme du minis­tère pas­to­ral qui lui fut ici-​bas comme un long mar­tyre et demeure à jamais atta­chée à sa gloire : l’administration du sacre­ment de péni­tence, qui en reçut un sin­gu­lier éclat et pro­dui­sit les fruits les plus abon­dants et salu­taires. » Il pas­sait en moyenne quinze heures au confes­sion­nal chaque jour. Ce labeur quo­ti­dien com­men­çait à 1 h. ou 2 h. du matin et ne finis­sait qu’à la nuit (81) « . Et quand il tom­ba d’épuisement, cinq jours avant sa mort, les der­niers péni­tents se pres­sèrent au che­vet du mori­bond. Vers la fin de sa vie, estime-​t-​on, le nombre annuel des pèle­rins avait atteint le chiffre de quatre-​vingt mille. (82)

52. On a peine à ima­gi­ner les gênes, les incom­mo­di­tés, les souf­frances phy­siques de ces inter­mi­nables séances au confes­sion­nal, pour un homme déjà épui­sé par les jeûnes, les macé­ra­tions, les infir­mi­tés, le manque de repos et de som­meil. Mais sur­tout, il en fut mora­le­ment comme écra­sé de dou­leur. Écoutez sa plainte : » On offense tant le bon Dieu, qu’on serait ten­té de deman­der la fin du monde ! … Il faut venir à Ars pour savoir ce qu’est le péché… On ne sait qu’y faire : on ne peut que pleu­rer et prier « . Le Saint oubliait d’ajouter qu’il pre­nait aus­si sur lui une part de l’expiation : » Pour moi, confiait-​il à qui lui deman­dait conseil, je leur donne une petite péni­tence et je fais le reste à leur place « . (83)

53. En véri­té, le Curé d’Ars ne vivait que pour les » pauvres pécheurs « , comme il disait, dans l’espérance de les voir » se conver­tir et pleu­rer « . Leur conver­sion était » le but vers lequel conver­geaient toutes ses pen­sées et l’oeuvre pour laquelle il dépen­sait tout son temps et toutes ses forces » (84). C’est qu’en effet il sait, par l’expérience du confes­sion­nal, toute la malice du péché et ses effroyables ravages dans le monde des âmes ; il en a par­lé en termes ter­ribles : » Si nous avions la foi et que nous vis­sions une âme en état de péché mor­tel, nous mour­rions de frayeur ! » (85)

54. Mais l’acuité de sa peine et la véhé­mence de sa parole pro­viennent moins de la crainte des peines éter­nelles qui menacent le pécheur endur­ci que de l’émotion res­sen­tie à la pen­sée de l’amour divin mécon­nu et offen­sé. Devant l’obstination du pécheur et son ingra­ti­tude envers un Dieu si bon, les larmes jaillis­saient de ses yeux : » Oh ! mon ami, disait-​il, je pleure de ce que vous ne pleu­rez pas ! (86) » Mais, au contraire, avec quelle déli­ca­tesse et quelle fer­veur ne fait-​il pas renaître l’espérance dans les coeurs repen­tants. Inlassablement, il se fait auprès d’eux le ministre de la misé­ri­corde divine, qui est, disait-​il, puis­sante » comme un tor­rent débor­dé qui entraîne les coeurs sur son pas­sage » (87) et plus empres­sée que la sol­li­ci­tude d’une mère, car Dieu est » plus prompt à par­don­ner qu’une mère ne le serait à tirer son enfant du feu » (88).

55. À l’exemple du saint Curé d’Ars, les pas­teurs d’âmes auront à coeur de se consa­crer, avec com­pé­tence et dévoue­ment, à ce minis­tère si grave, car c’est là que fina­le­ment la misé­ri­corde divine triomphe de la
malice des hommes et que le pécheur est récon­ci­lié avec son Dieu. Qu’on se sou­vienne éga­le­ment que Notre Prédécesseur Pie XII a condam­né » en termes sévères » l’opinion erro­née d’après laquelle il ne fau­drait pas faire tant de cas de la confes­sion fré­quente des fautes vénielles : » Pour avan­cer avec une ardeur crois­sante dans le che­min de la ver­tu, Nous tenons à recom­man­der vive­ment ce pieux usage de la confes­sion fré­quente, intro­duit par l’Église sous l’impulsion de l’Esprit-Saint « . (89) Enfin, Nous vou­lons avoir confiance que les ministres du Seigneur seront eux-​mêmes les pre­miers fidèles, selon les pres­crip­tions cano­niques, (90) à la pra­tique régu­lière et fer­vente du sacre­ment de péni­tence, si néces­saire à leur sanc­ti­fi­ca­tion, et qu’ils tien­dront le plus grand compte des pres­santes objur­ga­tions que, plu­sieurs fois et le coeur ser­ré, Pie XII tint à leur adres­ser à cet égard. (91)

CONCLUSION

56. Au terme de cette lettre, Vénérables Frères, Nous dési­rons vous dire Notre très douce espé­rance que, par la grâce de Dieu, ce cen­te­naire de la mort du saint Curé d’Ars réveille­ra en tous les prêtres le désir d’accomplir plus géné­reu­se­ment leur minis­tère, et sur­tout ce » pre­mier devoir qui est de tra­vailler à leur propre sanc­ti­fi­ca­tion (92) « .

57. Quand, de ce faîte du suprême Pontificat où la Providence a vou­lu Nous pla­cer, Nous consi­dé­rons l’immense attente des âmes, les graves pro­blèmes de l’évangélisation en tant de pays et les besoins reli­gieux des popu­la­tions chré­tiennes, tou­jours et par­tout se pré­sente devant Nos yeux l’image du prêtre. Sans lui, sans son action quo­ti­dienne, que devien­draient les ini­tia­tives les plus appro­priées aux néces­si­tés de l’heure ? Que feraient même les apôtres laïques les plus géné­reux ? C’est à ces prêtres tant aimés et sur qui se fondent tant d’espoirs de pro­grès dans l’Église, que Nous osons deman­der, au nom du Christ Jésus, l’entière fidé­li­té aux exi­gences spi­ri­tuelles de leur voca­tion sacer­do­tale. Ces sages paroles de saint Pie X rehaussent Notre appel : » Pour faire régner Jésus-​Christ dans le monde, rien n’est plus néces­saire qu’un cler­gé saint, qui soit, par l’exemple, la parole et la science, le guide des fidèles (93) « . Saint Jean-​Marie Vianney disait sem­bla­ble­ment à son évêque : » Si vous vou­lez conver­tir votre dio­cèse, il faut faire des saints de tous vos curés « .

Différentes exhor­ta­tions

58. À vous, Vénérables Frères, qui por­tez la res­pon­sa­bi­li­té de la sanc­ti­fi­ca­tion de vos prêtres, Nous vous recom­man­dons de les aider dans les dif­fi­cul­tés, par­fois graves, de leur vie per­son­nelle ou de leur minis­tère. Que ne peut faire un évêque qui aime ses prêtres et a gagné leur confiance, qui les connaît, les suit de près et les guide avec une auto­ri­té ferme et tou­jours pater­nelle ! Pasteur de tout le dio­cèse, soyez-​le en pre­mier lieu et avec une sol­li­ci­tude toute par­ti­cu­lière pour ces hommes qui col­la­borent si étroi­te­ment avec vous et aux­quels vous unissent des liens si sacrés.

59. C’est aus­si à tous les fidèles que Nous deman­dons, en cette année cen­te­naire, de prier pour les prêtres et de contri­buer, pour leur part, à leur sanc­ti­fi­ca­tion. Aujourd’hui, les chré­tiens fer­vents attendent beau­coup du prêtre. Ils veulent voir en lui, dans un monde où triomphent sou­vent la puis­sance de l’argent, la séduc­tion des sens, le pres­tige de la tech­nique, un témoin du Dieu invi­sible, un homme de foi, oublieux de lui-​même et plein de cha­ri­té. Qu’ils sachent bien, ces chré­tiens, qu’ils peuvent beau­coup pour la fidé­li­té de leurs prêtres à un tel idéal, par un res­pect reli­gieux de leur carac­tère sacer­do­tal, une plus exacte com­pré­hen­sion de leur tâche pas­to­rale et de ses dif­fi­cul­tés, une plus active col­la­bo­ra­tion à leur apostolat.

60. Enfin, c’est vers la jeu­nesse chré­tienne que Nous tour­nons un regard char­gé d’affection et rem­pli d’espoir. » La mois­son est grande, mais les ouvriers sont peu nom­breux » (Mt 9, 37). En tant de régions, les apôtres, usés par le labeur, attendent avec un vif désir ceux qui assu­re­ront la relève ! Des peuples entiers souffrent d’une faim spi­ri­tuelle plus grave encore que celle du corps ; qui leur por­te­ra la nour­ri­ture céleste de véri­té et de vie ? Nous avons la ferme confiance que la jeu­nesse de ce siècle ne sera pas moins géné­reuse à répondre à l’appel du Maître que celle des temps pas­sés. Certes, la condi­tion du prêtre est sou­vent dif­fi­cile. Il n’est pas éton­nant qu’il soit le pre­mier en butte à la per­sé­cu­tion des enne­mis de l’Église, car, disait le Curé d’Ars, » quand on veut détruire la reli­gion, on com­mence par atta­quer le prêtre « . Mais, mal­gré ces grandes dif­fi­cul­tés, que nul ne doute du bon­heur pro­fond qui est le par­tage du prêtre fervent appe­lé par le Sauveur Jésus à col­la­bo­rer à la plus sainte des oeuvres, celle de la rédemp­tion des âmes et de la crois­sance du Corps mys­tique. Familles chré­tiennes, pesez vos res­pon­sa­bi­li­tés et don­nez vos fils avec joie et gra­ti­tude pour le ser­vice de l’Église.

Prière et bénédiction

61. Nous ne vou­lons pas déve­lop­per ici cet appel, qui est aus­si le vôtre, Vénérables Frères. Mais vous com­pren­drez, Nous en sommes sûr, et par­ta­ge­rez l’anxiété de Notre coeur et toute la puis­sance de convic­tion que Nous vou­drions mettre en ces quelques paroles. C’est à saint Jean-​Marie Vianney que Nous confions cette cause si grave et dont dépend l’avenir de tant de mil­liers d’âmes ! Vers la Vierge imma­cu­lée Nous tour­nons main­te­nant Nos regards. Peu avant que le Curé d’Ars n’achevât sa
longue car­rière pleine de mérites, elle était appa­rue dans une autre région de France à une enfant humble et pure pour lui com­mu­ni­quer un mes­sage de prière et de péni­tence, dont on sait l’immense reten­tis­se­ment spi­ri­tuel depuis un siècle.

En véri­té, l’existence du saint prêtre dont Nous célé­brons la mémoire, était à l’avance une vivante illus­tra­tion des grandes véri­tés sur­na­tu­relles ensei­gnées à la voyante de Massabielle ! Il avait lui-​même pour l’Immaculée Conception de la Très Sainte Vierge une très vive dévo­tion, lui qui, en 1836, avait consa­cré sa paroisse à Marie conçue sans péché et devait accueillir avec tant de foi et de joie la défi­ni­tion dog­ma­tique de 1854. (94)

Aussi, Nous plaisons-​Nous à unir dans Notre pen­sée et Notre gra­ti­tude envers Dieu ces deux cen­te­naires, de Lourdes et d’Ars, qui se suc­cèdent pro­vi­den­tiel­le­ment et honorent gran­de­ment la nation si chère à Notre coeur, à qui appar­tiennent ces lieux si saints. Fidèle à tant de bien­faits obte­nus et dans l’espérance de grâces nou­velles, Nous ferons Nôtre l’invocation mariale qui était fami­lière au saint Curé d’Ars : » Bénie soit la Très Sainte et Immaculée Conception de la bien­heu­reuse Vierge Marie, Mère de Dieu ! Que toutes les nations glo­ri­fient, que toute la terre invoque et bénisse votre Coeur imma­cu­lé ! » (95)

62. Avec la vive espé­rance que ce cen­te­naire de la mort de saint Jean-​Marie Vianney pour­ra sus­ci­ter, dans le monde entier, un renou­veau de fer­veur chez les prêtres et chez les jeunes appe­lés au sacer­doce, et aus­si qu’il pour­ra sus­ci­ter de la part de tous les fidèles une atten­tion plus grande et plus agis­sante aux pro­blèmes de la vie et du minis­tère des prêtres, Nous accor­dons de grand coeur à tous, et en pre­mier lieu à vous, Vénérables Frères, en gage des grâces célestes et de Notre bien­veillance, la Bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre,le 31 juillet de l’année 1959, la pre­mière de Notre Pontificat.

JEAN XXIII, PAPE.

NOTES

1) Pie XI, Homélie Praeclaram Nobis à l’occasion de la cano­ni­sa­tion de saint Jean-​Marie Vianney et de saint Jean Eudes, du 31 mai 1925. AAS XVII (1925) 224.
2) Pie XI, Lettre apos­to­lique Anno Jubilari du 23 avril 1929. AAS XXI (1929) 313.
3) Pie X, Exhortation au cler­gé catho­lique, à l’occasion du 50e anni­ver­saire de son sacer­doce, du 4 août 1908. AAS XLI (1908) 555–577.
4) Pie XI, Lettre ency­clique sur le sacer­doce, du 20 décembre 1935. AAS XXVIII (1936) 5–53.
5) Pie XII, Exhortation apos­to­lique sur la sain­te­té de la vie sacer­do­tale du 23 sep­tembre 1950. AAS XLII (1950) 657–702.
6) Pie XII, Allocution à l’épiscopat après la cano­ni­sa­tion de saint Pie X, du 31 mai 1954. AAS XLVI (1954) 313–317 et 666–677.
7) Pie XII, Discours Sull’esempio pour le 50e anni­ver­saire du Séminaire régio­nal des Pouilles, pré­pa­ré pour le 19 octobre 1958. AAS L (1958) 961–971.
8) Pontifical romain, Ordination sacer­do­tale. Cf. S. Jean 15, 15.
9) Pie X, Exhortation Haerent ani­mo au cler­gé catho­lique, du 4 août 1908.
10) Missel Romain, Oraison de la Messe de saint Jean-​Marie Vianney (9 août).
11) Cf. Archives secrètes du Vatican, Congrégation des Rites, Actes du Procès, t. 227, p. 196.
12) Pie XII, Allocution Annus sacer aux membres du pre­mier Congrès inter­na­tio­nal des reli­gieux, à Rome, du 8 décembre 1950. AAS XLIII (1951) 29.
13) Ibidem.
14) S. Thomas, Somme théol., II-​II, q. 184, art. 8.
15) Pie XII, Allocution à l’occasion du cen­te­naire du Séminaire pon­ti­fi­cal fran­çais de Rome, du 16 avril 1953. AAS XLV (1953) 288.
16) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 42.
17) Ibid. t. 227, p. 137.
18) Ibid. t. 227, p. 92.
19) Ibid. t. 3897, p. 510.
20) Ibid. t. 227, p. 334.
21) Ibid. t. 227, p. 305.
22) Pie XI, Lettre ency­clique Divini Redemptoris sur le com­mu­nisme athée du 19 mars 1937. AAS XXIX (1937) 99.
23) Pie XI, Lettre ency­clique Ad catho­li­ci sacer­do­tii. AAS XXVIII (1936) 28.
24) Code de Droit Canon, c. 1473.
25) Cf. Sermons du Bienheureux Jean-​Baptiste-​Marie Vianney, t. 1 (1909) p. 364.
26) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 91.
27) Bède le Vénérable, In Lucae Evang. Expositio, IV, in c. 12. PL 92, 494–495.
28) Cf. Pie XII, Exhortation apos­to­lique Menti nos­trae. AAS XLII (1950) 697–699.
29) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 91.
30) S. Thomas, Somme théol., II-​II, q. 184, art. 8.
31) Pie X, Exhortation Haerent ani­mo. Cf. supra n. 97.
32) Cf. Pie XII, Lettre ency­clique Sacra Virginitas sur la vir­gi­ni­té consa­crée à Dieu, du 25 mars 1954. AAS XLVI (1954) 161–191.
33) Cf. Arch. secr. Vat., t. 3897, p. 536.
34) Cf. Arch. secr. Vat., t. 3897, p. 304.
35) Pie XI, Lettre ency­clique Ad catho­li­ci sacer­do­tii. AAS XXVIII (1936) 28.
36) Cf. Arch. secr. Var., t. 227, p. 29.
37) Ibid. t. 227, p. 74.
38) Ibid. t. 227, p. 39.
39) Ibid. t. 3895, p. 153.
40) Pie XII, Exhortation In aus­pi­can­do au cler­gé indi­gène. AAS XL (1948) 375.
41) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 136.
42) Ibid. t. 227, p. 33.
43) Cf. Pie XII, Discours du 11 jan­vier 1953 : Discorsi e Radiomessaggi di SS. Pio XII, t. 14, p. 452.
44) Cf. Arch. secr. Vat. t. 227, p. 131.
45) Ibid. t. 227, p. 1100.
46) Ibid. t. 227, p. 54.
47) Ibid. t. 227, p. 45.
48) Ibid. t. 227, p. 29.
49) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 976.
50) Code de Droit Canon, c. 125.
51) Code de Droit Canon, c. 135.
52) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 36.
53) Pie X, Exhortation Haerent animo.
54) Pie XII, Allocution Sollemnis conven­tus du 24 juin 1939. AAS XXXI (1939) 249.
55) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 1103.
56) Ibid. t. 227, p. 45.
57) Ibid. t. 227, p. 459.
58) Pie XII, Message auto­graphe Nous sommes pré­sent adres­sé au 160 Congrès eucha­ris­tique de Rennes, France, du 25 juin 1956. AAS XLVIII (1956) 579.
59) Pie XII, Allocution La pater­na paro­la nos­tra aux curés de Rome et aux pré­di­ca­teurs de Carême, du 13 mars 1943. AAS XXXV (1943) 114–115.
60) Pie XII, Exhortation apos­to­lique Menti nos­trae. AAS XLII (1950) 666–667.
61) Ibid. p. 667–668.
62) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 319.
63) Ibid. t. 227, p. 47.
64) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 667–668.
65) Pie XII, Exhortation apos­to­lique Menti nos­trae. AAS XLII (1950) 676.
66) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 629.
67) Ibid. t. 227, p. 15.
68) Cf. Sermons du Bienheureux Jean-​Baptiste-​Marie Vianney, t. II (1909), p. 86.
69) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 1210.
70) Ibid. t. 227, p. 53.
71) Ibid. t. 227, p. 991.
72) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 53.
73) Ibid. t. 227, p. 1002.
74) Cf. Arch. secr. Vat., t. 227, p. 580.
75) Ibid. t. 3897, p. 444.
76) Ibid. t. 3897, p. 272.
77) Pie XII, Allocution Ci tor­na sempre aux curés et aux Prédicateurs de Carême de Rome, du 16 mars 1946. AAS XXXVIII (1946) 186.
78) Arch. secr. Vat., t. 227, p. 185.
79) Pie X, Lettre ency­clique Acerbo nimis, Acta Pii X, t. 11, p. 75.
80) Code de Droit Canon, cc. 1330–1332.
81) Arch. secr. Vat., t. 227, p. 18.
82) Ibid.
83) Ibid. t. 227, p. 1018.
84) Arch. secr. Vat., t. 227, p. 18.
85) Ibid. t. 227, p. 290.
86) Ibid. t. 227, p. 999.
87) Ibid. t. 227, p. 978.
88) Ibid. t. 3900, p. 1554.
89) Pie XII, Lettre ency­clique Mystici Corporis du 29 juin 1943. AAS XXXV (1943) 235.
90) Code de Droit Canon, c. 125.
91) Cf. Pie XII, Lettre ency­clique Mystici Corporis. AAS XXXV (1943) 235 ; Encyclique Mediator Dei du 20 novembre 1947. AAS XXXIX (1947) 585 ; Exhortation apos­to­lique Menti nos­trae. AAS XLII (1950) 674.
92) Pie XII, Exhortation apos­to­lique Menti nos­trae. AAS XLII (1950) 677.
93) Pie X, Lettre au Cardinal Respighi La ris­to­ra­zione. Acta Pii X, t. 1, p. 257.
94) Arch. secr. Vat., t. 227, p. 90.
95) Arch. secr. Vat., t. 227, p. 1021.

fraternité sainte pie X