22 novembre 1981

Exhortation apostolique Familiaris Consortio

Sur les tâches de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui

Table des matières

Donné à Rome près de Saint-​Pierre, le 22 novembre 1981,
solen­ni­té du Christ, Roi de l’Univers, en la qua­trième année de mon pontificat.

À l’é­pis­co­pat, au cler­gé et aux fidèles de toute l’Église catholique

Introduction

L’Eglise au ser­vice de la famille

1. A NOTRE ÉPOQUE, la famille, comme les autres ins­ti­tu­tions et peut-​être plus qu’elles, a été atteinte par les trans­for­ma­tions, larges, pro­fondes et rapides, de la socié­té et de la culture. De nom­breuses familles vivent cette situa­tion dans la fidé­li­té aux valeurs qui consti­tuent le fon­de­ment de l’ins­ti­tu­tion fami­liale. D’autres sont tom­bées dans l’in­cer­ti­tude et l’é­ga­re­ment devant leurs tâches, voire dans le doute et presque l’i­gno­rance en ce qui concerne le sens pro­fond et la valeur de la vie cou­ju­gale et fami­liale. D’autres enfin voient la réa­li­sa­tion de leurs droits fon­da­men­taux entra­vée par diverses situa­tions d’injustice.

Sachant que le mariage et la famille consti­tuent l’un des biens les plus pré­cieux de l’hu­ma­ni­té, l’Eglise veut faire entendre sa voix et offrir son aide à ceux qui, connais­sant déjà la valeur du mariage et de la famille, cherchent à la vivre fidè­le­ment, à ceux qui, plon­gés dans l’in­cer­ti­tude et l’an­xié­té, sont à la recherche de la véri­té, et à ceux qui sont injus­te­ment empê­chés de vivre libre­ment leur pro­jet fami­lial. Apportant son sou­tien aux pre­miers, sa lumière aux deuxièmes et son secours aux autres, l’Eglise se met au ser­vice de tout homme sou­cieux du sort du mariage et de la famille(1).

Elle s’a­dresse en par­ti­cu­lier aux jeunes qui s’ap­prêtent à s’en­ga­ger sur le che­min du mariage et de la famille, afin de leur ouvrir de nou­veaux hori­zons en les aidant à décou­vrir la beau­té et la gran­deur de la voca­tion à l’a­mour et au ser­vice de la vie.

Le Synode de 1980 en conti­nui­té avec les Synodes précédents

2. Le der­nier Synode des Evêques, tenu à Rome du 26 sep­tembre au 25 octobre 1980, est un signe de ce pro­fond inté­rêt de l’Eglise pour la famille. Il a été la conti­nua­tion natu­relle des deux précédents(2). La famille chré­tienne, en effet, est la pre­mière com­mu­nau­té appe­lée à annon­cer l’Evangile à la per­sonne humaine en déve­lop­pe­ment et à conduire cette der­nière, par une édu­ca­tion et une caté­chèse pro­gres­sives, à sa pleine matu­ri­té humaine et chrétienne.

On peut même dire que le récent Synode se relie d’une cer­taine façon, par son thème, au Synode sur le sacer­doce minis­té­riel et sur la jus­tice dans le monde contem­po­rain. En effet, en tant que com­mu­nau­té édu­ca­tive, la famille doit aider l’homme à dis­cer­ner sa voca­tion et à assu­mer l’en­ga­ge­ment indis­pen­sable pour une plus grande jus­tice, en le for­mant dès le début de son exis­tence à des rela­tions inter­per­son­nelles riches de jus­tice et d’amour.

Les Pères du Synode, en conclu­sion de leur Assemblée, m’ont pré­sen­té une longue série de pro­po­si­tions dans les­quelles ils avaient recueilli le fruit des réflexions mûries au cours de leurs jour­nées de tra­vail intense, et ils m’ont deman­dé à l’u­na­ni­mi­té de me faire devant l’hu­ma­ni­té l’in­ter­prète de la vive sol­li­ci­tude de l’Eglise pour la famille et d’in­di­quer les orien­ta­tions oppor­tunes pour un enga­ge­ment pas­to­ral renou­ve­lé dans ce sec­teur fon­da­men­tal de la vie humaine et ecclésiale.

Je m’ac­quitte de cette tâche en publiant la pré­sente exhor­ta­tion comme une façon par­ti­cu­lière d’ac­com­plir le minis­tère apos­to­lique qui m’a été confié, et je désire expri­mer à tous ceux qui ont par­ti­ci­pé au Synode ma gra­ti­tude pour la pré­cieuse contri­bu­tion de doc­trine et d’ex­pé­rience qu’ils m’ont appor­tée, sur­tout au moyen des « Propositions» ; j’en ai confié le texte au Conseil pon­ti­fi­cal pour la Famille, en lui deman­dant d’en appro­fon­dir l’é­tude, afin de valo­ri­ser cha­cun des aspects des richesses qu’il contient.

Le bien pré­cieux du mariage et de la famille

3. L’Eglise, éclai­rée par la foi, qui lui fait connaître toute la véri­té sur le bien pré­cieux que sont le mariage et la famille et sur leur signi­fi­ca­tion la plus pro­fonde, res­sent encore une fois l’ur­gence d’an­non­cer l’Evangile, c’est-​à-​dire la « bonne nou­velle », à tous sans dis­tinc­tion, mais en par­ti­cu­lier à ceux qui sont appe­lés au mariage et qui s’y pré­parent, à tous les époux et à tous les parents du monde.

Elle est pro­fon­dé­ment convain­cue que c’est seule­ment en accueillant l’Evangile que l’on peut assu­rer la pleine réa­li­sa­tion de toute espé­rance que l’homme place légi­ti­me­ment dans le mariage et dans la famille.

Voulus par Dieu en même temps que la création(3), le mariage et la famille sont en eux-​mêmes des­ti­nés à s’ac­com­plir dans le Christ(4) et ils ont besoin de sa grâce pour être gué­ris de la bles­sure du péché(5) et rame­nés à leur « origine»(6), c’est-​à-​dire à la pleine connais­sance et à la réa­li­sa­tion inté­grale du des­sein de Dieu.

En un moment his­to­rique où la famille subit de nom­breuses pres­sions qui cherchent à la détruire ou tout au moins à la défor­mer, l’Eglise, sachant que le bien de la socié­té et son bien propre sont pro­fon­dé­ment liés à celui de la famille(7), a une conscience plus vive et plus pres­sante de sa mis­sion de pro­cla­mer à tous le des­sein de Dieu sur le mariage et sur la famille, en assu­rant leur pleine vita­li­té et leur pro­mo­tion humaine et chré­tienne et en contri­buant ain­si au renou­veau de la socié­té et du peuple de Dieu.

PREMIÈRE PARTIE – LUMIERES ET OMBRES DE LA FAMILLE AUJOURD’HUI

Nécessité de connaître la situation

4. Le des­sein de Dieu sur le mariage et sur la famille concerne l’homme et la femme dans la réa­li­té concrète de leur exis­tence quo­ti­dienne dans telle ou telle situa­tion sociale et cultu­relle. C’est pour­quoi l’Eglise, pour accom­plir son ser­vice, doit s’ap­pli­quer à connaître les situa­tions au milieu des­quelles le mariage et la famille se réa­lisent aujourd’hui(8).

Cette connais­sance est donc, pour l’œuvre d’é­van­gé­li­sa­tion, une exi­gence que l’on ne sau­rait négli­ger. C’est en effet aux familles de notre temps que l’Eglise doit appor­ter l’Evangile immuable et tou­jours nou­veau de Jésus-​Christ, de même que ce sont les familles plon­gées dans les condi­tions actuelles du monde qui sont appe­lées à accueillir et à vivre le pro­jet de Dieu les concer­nant. De plus, les exi­gences, les appels de l’Esprit se font entendre aus­si à tra­vers les évé­ne­ments de l’his­toire, et c’est pour­quoi l’Eglise peut être ame­née à une com­pré­hen­sion plus pro­fonde de l’i­né­pui­sable mys­tère du mariage et de la famille, même à par­tir des situa­tions, des ques­tions, des angoisses et des espoirs des jeunes, des époux et des parents d’aujourd’hui(9).

A cela il faut ajou­ter une réflexion d’une impor­tance par­ti­cu­lière pour le temps pré­sent. Il n’est pas rare qu’aux hommes et aux femmes d’au­jourd’­hui qui cherchent sin­cè­re­ment et sérieu­se­ment une réponse aux pro­blèmes quo­ti­diens et graves de leur vie matri­mo­niale et fami­liale, soient offertes des visions et des pro­po­si­tions peut-​être sédui­santes, mais qui com­pro­mettent plus ou moins la véri­té et la digni­té de la per­sonne humaine. Cette offre est sou­vent sou­te­nue par l’or­ga­ni­sa­tion puis­sante et par­tout dif­fuse des moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale qui mettent sub­ti­le­ment en péril la liber­té et la capa­ci­té de juger en toute objectivité.

Beaucoup sont déjà conscients de ce dan­ger qui menace la per­sonne humaine, et ils s’emploient à faire triom­pher la véri­té. L’Eglise, avec son dis­cer­ne­ment évan­gé­lique, s’u­nit à eux, appor­tant son propre concours au ser­vice de la véri­té, de la liber­té et de la digni­té de tout homme et de toute femme.

Le dis­cer­ne­ment évangélique

5. Par le dis­cer­ne­ment qu’elle opère, l’Eglise pro­pose une orien­ta­tion per­met­tant de sau­ver et de réa­li­ser toute la véri­té et la pleine digni­té du mariage et de la famille.

Ce dis­cer­ne­ment est accom­pli grâce au sens de la foi(10), don que l’Esprit accorde à tous les fidèles(11). C’est donc une œuvre de toute l’Eglise selon la diver­si­té des dons et des cha­rismes qui, en fonc­tion des res­pon­sa­bi­li­tés propres à cha­cun, agissent ensemble en vue d’une plus pro­fonde intel­li­gence et mise en œuvre de la Parole de Dieu. Ainsi l’Eglise opère son dis­cer­ne­ment évan­gé­lique non seule­ment par les Pasteurs, qui enseignent au nom du Christ et avec son pou­voir, mais aus­si par les laïcs, dont le Christ fait « des témoins en les pour­voyant du sens de la foi et de la grâce de la paroIe (cf. Ac 2, 17–18 ; Ap 19, 10), afin que brille dans la vie quo­ti­dienne fami­liale et sociale, la force de l’Evangile»(12). Bien plus, en rai­son de leur voca­tion par­ti­cu­lière les laics ont pour tâche spé­ci­fique d’in­ter­pré­ter à la lumière du Christ l’his­toire de ce monde, car ils sont appe­lés à éclai­rer et à ordon­ner les réa­li­tés tem­po­relles selon le des­sein de Dieu Créateur et Rédempteur.

Le « sens sur­na­tu­rel de la foi»(13) ne consiste pas seule­ment ou néces­sai­re­ment dans le consen­sus des fidèles. L’Eglise, qui suit le Christ, cherche la véri­té, qui ne coin­cide pas tou­jours avec l’o­pi­nion de la majo­ri­té. Elle écoute la conscience et non le pou­voir, et par cela même elle défend les pauvres et les mépri­sés. L’Eglise peut appré­cier aus­si la recherche socio­lo­gique et sta­tis­tique lors­qu’elle s’a­vère utile pour sai­sir le contexte his­to­rique dans lequel l’ac­tion pas­to­rale doit s’exer­cer et pour mieux connaître la véri­té ; mais il ne faut pas pen­ser que cette recherche est pure­ment et sim­ple­ment l’ex­pres­sion du sens de la foi.

Le rôle du minis­tère apos­to­lique est d’as­su­rer la per­ma­nence de l’Eglise dans la véri­té du Christ et de l’y insé­rer tou­jours plus pro­fon­dé­ment. Aussi les Pasteurs doivent-​ils pro­mou­voir le sens de la foi chez tous les fidèles, exa­mi­ner et juger d’une manière auto­ri­sée l’au­then­ti­ci­té de ses expres­sions, et for­mer les fidèles à un dis­cer­ne­ment évan­gé­lique tou­jours plus réfléchi(14).

Pour l’é­la­bo­ra­tion d’un authen­tique dis­cer­ne­ment évan­gé­lique dans les diverses situa­tions et cultures dans les­quelles l’homme et la femme vivent leur mariage et leur exis­tence fami­liale, les époux et les parents chré­tiens peuvent et doivent appor­ter leur contri­bu­tion propre qui est irrem­pla­çable. Ils sont pour cela habi­li­tés par leur cha­risme ou don propre, celui du sacre­ment de mariage(15).

La situa­tion de la famille dans le monde d’aujourd’hui

6. La situa­tion dans laquelle se trouve la famille pré­sente des aspects posi­tifs et néga­tifs : les uns sont le signe du salut du Christ à l’œuvre dans le monde ; les autres, du refus que l’homme oppose à l’a­mour de Dieu.

Car, d’une part, on constate une conscience plus vive de la liber­té per­son­nelle et une atten­tion plus grande à la qua­li­té des rela­tions inter­per­son­nelles dans le mariage, à la pro­mo­tion de la digni­té de la femme, à la pro­créa­tion res­pon­sable, a l’é­du­ca­tion des enfants ; il s’y ajoute la conscience de la néces­si­té de déve­lop­per des liens entre familles en vue d’une aide spi­ri­tuelle et maté­rielle réci­proque, la redé­cou­verte de la mis­sion ecclé­siale propre à la famille et de sa res­pon­sa­bi­lite dans la construc­tion d’une socié­té plus juste Mais, par ailleurs, il ne manque pas d’in­dices d’une dégra­da­tion pré­oc­cu­pante de cer­taines valeurs fon­da­men­tales : une concep­tion théo­rique et pra­tique erro­née de l’in­dé­pen­dance des conjoints entre eux ; de graves ambi­guï­tés à pro­pos du rap­port d’au­to­ri­té entre parents et enfants ; des dif­fi­cul­tés concrètes à trans­mettre les valeurs, comme bien des familles l’ex­pé­ri­mentent ; le nombre crois­sant des divorces ; la plaie de l’a­vor­te­ment ; le recours sans cesse plus fré­quent à la sté­ri­li­sa­tion ; l’ins­tal­la­tion d’une men­ta­li­té vrai­ment et pro­pre­ment contraceptive.

A la racine de ces phé­no­mènes néga­tifs, il y a sou­vent une cor­rup­tion du concept et de l’ex­pé­rience de la liber­té, celle-​ci étant com­prise non comme la capa­ci­té de réa­li­ser la véri­té du pro­jet de Dieu sur le mariage et la famille, mais comme une force auto­nome d’af­fir­ma­tion de soi, assez sou­vent contre les autres, pour son bien-​être égoïste.

Un autre fait mérite éga­le­ment notre atten­tion : dans les pays du tiers monde, les familles manquent sou­vent aus­si bien des moyens fon­da­men­taux pour leur sur­vie, tels que la nour­ri­ture, le tra­vail, le loge­ment, les médi­ca­ments, que des plus élé­men­taires liber­tés. Dans les pays plus riches, en revanche, le bien-​être exces­sif et l’es­prit de consom­ma­tion, celui-​ci étant para­doxa­le­ment uni à une cer­taine angoisse et à quelque incer­ti­tude quant à l’a­ve­nir, enlèvent aux énoux la géné­ro­si­té et le cou­rage de sus­ci­ter de nou­velles vies humaines : sou­vent la vie n’est plus alors per­cue comme une béné­dic­tion, mais comme un péril dont il faut se défendre.

La situa­tion his­to­rique dans laquelle vit la famille se pré­sente donc comme un mélange d’ombres et de lumières.

Ce mélange montre que l’his­toire n’est pas sim­ple­ment un pro­grès néces­saire vers le mieux, mais un avè­ne­ment de la liber­té, et plus encore un com­bat entre liber­tés qui s’op­posent, c’est-​à-​dire, selon l’ex­pres­sion bien connue de saint Augustin, un conflit entre deux amours : l’a­mour de Dieu, pous­sé jus­qu’au mépris de soi ; l’a­mour de soi, pous­sé jus­qu’au mépris de Dieu(16).

Il s’en­suit que seule l’é­du­ca­tion de l’a­mour enra­ci­née dans la foi peut conduire à acqué­rir la capa­ci­té d’in­ter­pré­ter les « signes des temps », qui sont l’ex­pres­sion his­to­rique de ce double amour.

L’influence de cette situa­tion sur la conscience des fidèles

7. En vivant dans un tel monde, et sous l’in­fluence pro­ve­nant sur­tout des mass media, les fidèles n’ont pas tou­jours su et ne savent pas tou­jours demeu­rer indemnes de l’obs­cur­cis­se­ment des valeurs fon­da­men­tales ni se situer comme conscience cri­tique de cette culture fami­liale et comme sujets actifs de la construc­tion d’un authen­tique huma­nisme familial.

Au nombre des signes les plus pré­oc­cu­pants de ce phé­no­mène, les Pères du Synode ont sou­li­gné en par­ti­cu­lier l’ex­pan­sion du divorce et du recours à une nou­velle union de la part des fidèles eux-​mêmes ; l’ac­cep­ta­tion du mariage pure­ment civil, en contra­dic­tion avec leur voca­tion de bap­ti­sés à « s’é­pou­ser dans le Seigneur» ; la célé­bra­tion du mariage-​sacrement sans foi vivante, mais pour d’autres motifs ; le refus de normes morales qui éclairent et sou­tiennent l’exer­cice humain et chré­tien de la sexua­li­té dans le mariage.

Notre époque a besoin de sagesse

8. Toute l’Eglise a le devoir de réflé­chir et de s’en­ga­ger en pro­fon­deur afin que la nou­velle culture qui appa­raît soit inti­me­ment évan­gé­li­sée, que soient recon­nues les vraies valeurs, que soient défen­dus les droits de l’homme et de la femme et que la jus­tice soit pro­mue dans les struc­tures mêmes de la socié­té. Ainsi, le « nou­vel huma­nisme » ne détour­ne­ra pas les hommes de leurs rap­ports avec Dieu, mais il les y condui­ra de facon plus plénière.

Dans la construc­tion d’un tel huma­nisme, la science et ses appli­ca­tions tech­niques offrent de nou­velles et immenses pos­si­bi­li­tés. Cependant, la science, par suite de choix poli­tiques qui déter­minent l’o­rien­ta­tion de la recherche et ses appli­ca­tions, est fré­quem­ment uti­li­sée contre sa signi­fi­ca­tion ori­gi­nelle, la pro­mo­tion de la per­sonne humaine.

Il est donc néces­saire que tous reprennent conscience du pri­mat des valeurs morales : elles sont celles de la per­sonne humaine comme telle. La com­pré­hen­sion du sens ultime de la vie et de ses valeurs fon­da­men­tales est le grand défi qui s’im­pose aujourd’­hui en vue du renou­vel­le­ment de la socié­té. Seul le sen­ti­ment du pri­mat de ces valeurs per­met d’u­ti­li­ser les immenses pos­si­bi­li­tés mises par la science dans les mains de l’homme de manière à pro­mou­voir vrai­ment la per­sonne humaine dans sa véri­té tout entière, dans sa liber­té et dans sa digni­té. La science est appe­lée à s’u­nir à la sagesse.

On peut donc appli­quer aus­si aux pro­blèmes de la famille les termes du Concile Vatican II : « Plus que toute autre, notre époque a besoin d’une telle sagesse, pour huma­ni­ser ses propres décou­vertes, quelles qu’elles soient. L’avenir du monde serait en péril, si elle ne savait pas se don­ner des sages»(17).

L’éducation de la conscience morale, qui rend chaque homme capable de juger et de dis­cer­ner les moyens adé­quats pour se réa­li­ser selon sa véri­té ori­gi­nelle, devient ain­si une exi­gence prio­ri­taire à laquelle on ne peut renoncer.

C’est l’al­liance avec la divine Sagesse qui doit être for­te­ment scel­lée à nou­veau dans la culture contem­po­raine. Chaque homme est ren­du par­ti­ci­pant de cette Sagesse par le geste créa­teur de Dieu lui-​même. Et c’est seule­ment dans la fidé­li­té à cette alliance que les familles d’au­jourd’­hui seront en mesure d’exer­cer une influence posi­tive sur la construc­tion d’un monde plus juste et plus fraternel.

Gradualité et conversion

9. A l’in­jus­tice qui vient du péché – celui-​ci ayant péné­tré pro­fon­dé­ment les struc­tures du monde d’au­jourd’­hui – et qui empêche sou­vent la famille de se réa­li­ser vrai­ment elle-​même et d’exer­cer ses droits fon­da­men­taux, nous devons tous nous oppo­ser par une conver­sion de l’es­prit et du cœur qui implique de suivre le Christ cru­ci­fié en renon­çant à son propre égoisme : une telle conver­sion ne peut pas ne pas avoir une influence béné­fique et réno­va­trice même sur les struc­tures de la société.

Il faut une conver­sion conti­nuelle, per­ma­nente, qui, tout en exi­geant de se déta­cher inté­rieu­re­ment de tout mal et d’adhé­rer au bien dans sa plé­ni­tude, se tra­duit concrè­te­ment en une démarche condui­sant tou­jours plus loin. Ainsi se déve­loppe un pro­ces­sus dyna­mique qui va peu à peu de l’a­vant grâce à l’in­té­gra­tion pro­gres­sive des dons de Dieu et des exi­gences de son amour défi­ni­tif et abso­lu dans toute la vie per­son­nelle et sociale de l’homme. C’est pour­quoi un che­mi­ne­ment péda­go­gique de crois­sance est néces­saire pour que les fidèles, les familles et les peuples, et même la civi­li­sa­tion, à par­tir de ce qu’ils ont déjà reçu du mys­tère du Christ, soient patiem­ment conduits plus loin, jus­qu’à une conscience plus riche et à une inté­gra­tion plus pleine de ce mys­tère dans leur vie.

Inculturation

10. Il est conforme à la tra­di­tion constante de l’Eglise d’ac­cueillir à par­tir des cultures des peuples tout ce qui est sus­cep­tible de mieux expri­mer les inépui­sables richesses du Christ(18). Et ce n’est qu’a­vec le concours de toutes les cultures que ces richesses pour­ront se mani­fes­ter tou­jours plus clai­re­ment et que l’Eglise pour­ra che­mi­ner vers une connais­sance chaque jour plus com­plète et plus appro­fon­die de la véri­té, qui lui a déjà été entiè­re­ment don­née par son Seigneur.

En tenant ferme le double prin­cipe de la com­pa­ti­bi­li­té avec l’Evangile des diverses cultures à assu­mer et de la com­mu­nion avec l’Eglise uni­ver­selle, on devra pour­suivre l’é­tude – cela vaut par­ti­cu­liè­re­ment pour les Conférences épis­co­pales et les dicas­tères com­pé­tents de la Curie romaine – et l’ac­tion pas­to­rale, de sorte que cette « incul­tu­ra­tion » de la foi chré­tienne se réa­lise d’une manière tou­jours plus vaste, même dans le domaine du mariage et de la famille.

Par cette « incul­tu­ra­tion », on se dirige vers la recons­ti­tu­tion plé­nière de l’al­liance avec la Sagesse de Dieu, qui est le Christ lui-​même. L’Eglise s’en­ri­chi­ra aus­si de toutes les cultures qui, bien que man­quant de tech­no­lo­gie, sont riches de sagesse humaine et vivi­fiées par de grandes valeurs morales.

Pour que soit clair le but de ce che­mi­ne­ment et que, par consé­quent, la route soit indi­quée avec cer­ti­tude, le Synode a, en pre­mier lieu et à juste titre, consi­dé­ré à fond le pro­jet ori­gi­nel de Dieu à pro­pos du mariage et de la famille ; il a vou­lu « reve­nir au com­men­ce­ment » pour res­pec­ter l’en­sei­gne­ment du Christ(19).

DEUXIÈME PARTIE – LE DESSEIN DE DIEU SUR LE MARIAGE ET SUR LA FAMILLE

L’homme, image du Dieu Amour

11. Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance(20): en l’ap­pe­lant à l’exis­tence par amour, il l’a appe­lé en même temps à l’a­mour.

Dieu est amour(21) et il vit en lui-​même un mys­tère de com­mu­nion per­son­nelle d’a­mour. En créant l’hu­ma­ni­té de l’homme et de la femme à son image et en la conser­vant conti­nuel­le­ment dans l’être, Dieu ins­crit en elle la voca­tion, et donc la capa­ci­té et la res­pon­sa­bi­li­té cor­res­pon­dantes, à l’a­mour et à la communion(22). L’amour est donc la voca­tion fon­da­men­tale et innée de tout être humain.

Puisque l’homme est un esprit incar­né, c’est-​à-​dire une âme qui s’ex­prime dans un corps et un corps ani­mé par un esprit immor­tel, il est appe­lé à l’a­mour dans sa tota­li­té uni­fiée. L’amour embrasse aus­si le corps humain et le corps est ren­du par­ti­ci­pant de l’a­mour spirituel.

La Révélation chré­tienne connaît deux façons spé­ci­fiques de réa­li­ser la voca­tion à l’a­mour de la per­sonne humaine, dans son inté­gri­té : le mariage et la vir­gi­ni­té. L’une comme l’autre, dans leur forme propre, sont une concré­ti­sa­tion de la véri­té la plus pro­fonde de l’homme, de son « être à l’i­mage de Dieu ».

En consé­quence, la sexua­li­té, par laquelle l’homme et la femme se donnent l’un à l’autre par les actes propres et exclu­sifs des époux, n’est pas quelque chose de pure­ment bio­lo­gique, mais concerne la per­sonne humaine dans ce qu’elle a de plus intime. Elle ne se réa­lise de façon véri­ta­ble­ment humaine que si elle est par­tie inté­grante de l’a­mour dans lequel l’homme et la femme s’en­gagent entiè­re­ment l’un vis-​à-​vis de l’autre jus­qu’à la mort. La dona­tion phy­sique totale serait un men­songe si elle n’é­tait pas le signe et le fruit d’une dona­tion per­son­nelle totale, dans laquelle toute la per­sonne, jus­qu’en sa dimen­sion tem­po­relle, est pré­sente. Si on se réserve quoi que ce soit, ou la pos­si­bi­li­té d’en déci­der autre­ment pour l’a­ve­nir, cela cesse déjà d’être un don total.

Cette tota­li­té, requise par l’a­mour conju­gal, cor­res­pond éga­le­ment aux exi­gences d’une fécon­di­té res­pon­sable : celle-​ci, étant des­ti­née à engen­drer un être humain, dépasse par sa nature même l’ordre pure­ment bio­lo­gique et embrasse un ensemble de valeurs per­son­nelles dont la crois­sance har­mo­nieuse exige que cha­cun des deux parents apporte sa contri­bu­tion de façon per­ma­nente et d’un com­mun accord.

Le « lieu » unique, qui rend pos­sible cette dona­tion selon toute sa véri­té, est le mariage, c’est-​à-​dire le pacte d’a­mour conju­gal ou le choix conscient et libre par lequel l’homme et la femme accueillent l’in­time com­mu­nau­té de vie et d’a­mour vou­lue par Dieu lui-même(23), et qui ne mani­feste sa vraie signi­fi­ca­tion qu’à cette lumière. L’institution du mariage n’est pas une ingé­rence indue de la socié­té ou de l’au­to­ri­té, ni l’im­po­si­tion extrin­sèque d’une forme ; elle est une exi­gence inté­rieure du pacte d’a­mour conju­gal qui s’af­firme publi­que­ment comme unique et exclu­sif pour que soit vécue ain­si la pleine fidé­li­té au des­sein du Dieu créa­teur. Cette fidé­li­té, loin d’a­moin­drir la liber­té de la per­sonne, la met à l’a­bri de tout sub­jec­ti­visme et de tout rela­ti­visme, et la fait par­ti­ci­per à la Sagesse créatrice.

Le mariage et la com­mu­nion entre Dieu et les hommes

12. La com­mu­nion d’a­mour entre Dieu et les hommes, conte­nu fon­da­men­tal de la Révélation et de l’ex­pé­rience de foi d’Israël, trouve une expres­sion signi­fi­ca­tive dans l’al­liance nup­tiale réa­li­sée entre l’homme et la femme.

C’est ain­si que les mots essen­tiels de la Révélation, à savoir « Dieu aime son peuple », sont pro­non­cés éga­le­ment au moyen des termes vivants et concrets par les­quels l’homme et la femme se disent leur amour conju­gal. Leur lien d’a­mour devient l’i­mage et le sym­bole de l’Alliance qui unit Dieu et son peuple(24). Même le péché qui peut bles­ser le pacte conju­gal devient image de l’in­fi­dé­li­té du peuple envers son Dieu : l’i­do­lâ­trie est un prostitution(25), l’in­fi­dé­li­té est un adul­tère, la déso­béis­sance à la loi est un aban­don de l’a­mour nup­tial du Seigneur. Mais l’in­fi­dé­li­té d’Israël ne détruit pas la fidé­li­té éter­nelle du Seigneur, et par consé­quent l’a­mour tou­jours fidèle de Dieu est pré­sen­té comme exem­plaire pour les rela­tions d’a­mour fidèle qui doivent exis­ter entre les époux(26).

Jésus-​Christ, époux de l’Eglise, et le sacre­ment de mariage

13. La com­mu­nion entre Dieu et les hommes trouve son accom­plis­se­ment défi­ni­tif en Jésus-​Christ, l’é­poux qui aime et qui se donne comme Sauveur de l’hu­ma­ni­té en se l’u­nis­sant comme son corps.

Il révèle la véri­té ori­gi­nelle du mariage, la véri­té du « commencement»(27) et, en libé­rant l’homme de la dure­té du cœur, le rend capable de la réa­li­ser entièrement.

Cette révé­la­tion par­vient à la plé­ni­tude défi­ni­tive dans le don d’a­mour que le Verbe de Dieu fait à l’hu­ma­ni­té en assu­mant la nature humaine et dans le sacri­fice que Jésus-​Christ fait de lui-​même sur la croix pour son Epouse, l’Eglise. Dans ce sacri­fice se mani­feste entiè­re­ment le des­sein que Dieu a impri­mé dans l’hu­ma­ni­té de l’homme et de la femme depuis leur création(28); le mariage des bap­ti­sés devient ain­si le sym­bole réel de l’al­liance nou­velle et éter­nelle, scel­lée dans le sang du Christ. L’Esprit, que répand le Seigneur, leur donne un cœur nou­veau et rend l’homme et la femme capables de s’ai­mer, comme le Christ nous a aimés. L’amour conju­gal atteint cette plé­ni­tude à laquelle il est inté­rieu­re­ment ordon­né, la cha­ri­té conju­gale : celle-​ci est la façon propre et spé­ci­fique dont les époux par­ti­cipent à la cha­ri­té du Christ se don­nant lui-​même sur la croix, et sont appe­lés à la vivre.

Dans une page à juste titre fameuse, Tertullien a bien expri­mé la gran­deur et la beau­té de cette vie conju­gale dans le Christ : « Où vais-​je pui­ser la force de décrire de manière satis­fai­sante le bon­heur du mariage que l’Eglise ménage, que confirme l’of­frande, que scelle la béné­dic­tion ; les anges le pro­clament, le Père céleste le rati­fie… Quel couple que celui de deux chré­tiens, unis par une seule espé­rance, un seul désir, une seule dis­ci­pline, le même ser­vice ! Tous deux enfants d’un même père, ser­vi­teurs d’un même maître ; rien ne les sépare, ni dans l’es­prit ni dans la chair ; au contraire, ils sont vrai­ment deux en une seule chair. Là où la chair est une, un aus­si est l’esprit»(29).

En accueillant et en médi­tant fidè­le­ment la Parole de Dieu, l’Eglise a solen­nel­le­ment ensei­gné et enseigne que le mariage des bap­ti­sés est l’un des sept sacre­ments de la Nouvelle Alliance(30).

Car, par le bap­tême, l’homme et la femme sont défi­ni­ti­ve­ment insé­rés dans la nou­velle et éter­nelle Alliance, Alliance nup­tiale du Christ avec l’Eglise. C’est en rai­son de cette inser­tion indes­truc­tible que la com­mu­nau­té intime de vie et d’a­mour conju­gal fon­dée par le Créateur(31) a été éle­vée et assu­mée dans la cha­ri­té nup­tiale du Christ, sou­te­nue et enri­chie par sa force rédemptrice.

En ver­tu de la sacra­men­ta­li­té de leur mariage, les époux sont liés l’un à l’autre de la façon la plus indis­so­luble. S’appartenant l’un à l’autre, ils repré­sentent réel­le­ment, par le signe sacra­men­tel, le rap­port du Christ à son Eglise.

Les époux sont donc pour l’Eglise le rap­pel per­ma­nent de ce qui est adve­nu sur la croix. Ils sont l’un pour l’autre et pour leurs enfants des témoins du salut dont le sacre­ment les rend par­ti­ci­pants. Le mariage, comme tout sacre­ment, est un mémo­rial, une actua­li­sa­tion et une pro­phé­tie de l’é­vé­ne­ment du salut. « Mémorial, le sacre­ment leur donne la grâce et le devoir de faire mémoire des grandes œuvres de Dieu et d’en témoi­gner auprès de leurs enfants ; actua­li­sa­tion, il leur donne la grâce et le devoir de mettre en œuvre dans le pré­sent, l’un envers l’autre et envers leurs enfants, les exi­gences d’un amour qui par­donne et qui rachète ; pro­phé­tie, il leur donne la grâce et le devoir de vivre et de témoi­gner l’es­pé­rance de la future ren­contre avec le Christ»(32).

Comme cha­cun des sept sacre­ments, le mariage est aus­si un sym­bole réel de l’é­vé­ne­ment du salut, mais à sa manière propre. « Les époux y par­ti­cipent en tant qu’é­poux, à deux, comme couple, à tel point que l’ef­fet pre­mier et immé­diat du mariage (res et sacra­men­tum) n’est pas la grâce sur­na­tu­relle elle-​même, mais le lien conju­gal chré­tien, une com­mu­nion à deux typi­que­ment chré­tienne parce que repré­sen­tant le mys­tère d’in­car­na­tion du Christ et son mys­tère d’al­liance. Et le conte­nu de la par­ti­ci­pa­tion à la vie du Christ est aus­si spé­ci­fique : l’a­mour conju­gal com­porte une tota­li­té où entrent toutes les com­po­santes de la per­sonne – appel du corps et de l’ins­tinct, force du sen­ti­ment et de l’af­fec­ti­vi­té, aspi­ra­tion de l’es­prit et de la volon­té -; il vise une uni­té pro­fon­dé­ment per­son­nelle, celle qui, au-​delà de l’u­nion en une seule chair, conduit à ne faire qu’un cœur et qu’une âme ; il exige l’in­dis­so­lu­bi­li­té et la fidé­li­té dans la dona­tion réci­proque défi­ni­tive ; et il s’ouvre sur la fécon­di­té (cf. ency­clique Humanae vitae, n. 9). En un mot, il s’a­git bien des carac­té­ris­tiques nor­males de tout amour conju­gal natu­rel, mais avec une signi­fi­ca­tion nou­velle qui, non seule­ment les puri­fie et les conso­lide, mais les élève au point d’en faire l’ex­pres­sion de valeurs pro­pre­ment chrétiennes»(33).

Les enfants, don très pré­cieux du mariage

14. Selon le des­sein de Dieu, le mariage est le fon­de­ment de cette com­mu­nau­té plus large qu’est la famille, puisque l’ins­ti­tu­tion même du mariage et l’a­mour conju­gal sont ordon­nés à la pro­créa­tion et à l’é­du­ca­tion des enfants dans les­quels ils trouvent leur couronnement(34).

Dans sa réa­li­té la plus pro­fonde, l’a­mour est essen­tiel­le­ment don, et l’a­mour conju­gal, en ame­nant les époux à la « connais­sance » réci­proque qui fait qu’ils sont « une seule chair»(35), ne s’a­chève pas dans le couple ; il les rend en effet capables de la dona­tion la plus grande qui soit, par laquelle ils deviennent coopé­ra­teurs avec Dieu pour don­ner la vie à une autre per­sonne humaine. Ainsi les époux, tan­dis qu’ils se donnent l’un à l’autre, donnent au-​delà d’eux-​mêmes un être réel, l’en­fant, reflet vivant de leur amour, signe per­ma­nent de l’u­ni­té conju­gale et syn­thèse vivante et indis­so­ciable de leur être de père et de mère.

En deve­nant parents, les époux recoivent de Dieu le don d’une nou­velle res­pon­sa­bi­li­té. Leur amour paren­tal est appe­lé à deve­nir pour leurs enfants le signe visible de l’a­mour même de Dieu, « d’où vient toute pater­ni­té au ciel et sur la terre»(36).

Il ne faut cepen­dant pas oublier que même dans les cas où la pro­créa­tion est impos­sible, la vie conju­gale garde toute sa valeur. La sté­ri­li­té phy­sique peut en effet être pour le couple l’oc­ca­sion de rendre d’autres ser­vices impor­tants à la vie de la per­sonne humaine, tels que l’a­dop­tion, les oeuvres variées d’é­du­ca­tion, l’aide à d’autres familles, aux enfants pauvres ou handicapés.

La famille, com­mu­nion de personnes

15. Au sein du mariage et de la famille se tisse un ensemble de rela­tions inter­per­son­nelles – rap­ports entre conjoints, paternité-​maternité, filia­tion, fra­ter­ni­té – à tra­vers les­quelles chaque per­sonne est intro­duite dans la « famille humaine » et dans la « famille de Dieu » qu’est l’Eglise.

Le mariage et la famille chré­tienne construisent l’Eglise. Dans la famille en effet, la per­sonne humaine n’est pas seule­ment engen­drée et intro­duite pro­gres­si­ve­ment, à tra­vers l’é­du­ca­tion, dans la com­mu­nau­té humaine, mais grâce à la régé­né­ra­tion du bap­tême et à l’é­du­ca­tion de la foi, elle est intro­duite éga­le­ment dans la famille de Dieu qu’est l’Eglise.

La famille humaine, désa­gré­gée par le péché, est recons­ti­tuée dans son uni­té par la puis­sance rédemp­trice de la mort et de la résur­rec­tion du Christ(37). Le mariage chré­tien, qui par­ti­cipe à l’ef­fi­ca­ci­té sal­vi­fique de cet évé­ne­ment, consti­tue le lieu natu­rel où s’ac­com­plit l’in­ser­tion de la per­sonne humaine dans la grande famille de l’Eglise.

La mis­sion, don­née au com­men­ce­ment à l’homme et à la femme, de croître et de se mul­ti­plier atteint ain­si toute sa véri­té et sa pleine réalisation.

Et l’Eglise trouve dans la famille, née du sacre­ment, son ber­ceau et le lieu où elle peut accom­plir sa propre inser­tion dans les géné­ra­tions humaines, et celles-​ci, réci­pro­que­ment, dans l’Eglise.

Mariage et virginité

16. La vir­gi­ni­té et le céli­bat pour le Royaume de Dieu ne dimi­nuent en rien la digni­té du mariage, au contraire ils la pré­sup­posent et la confirment. Le mariage et la vir­gi­ni­té sont les deux manières d’ex­pri­mer et de vivre l’u­nique mys­tère de l’Alliance de Dieu avec son peuple. Là où il n’y a pas d’es­time pour le mariage, il ne peut pas y avoir non plus de vir­gi­ni­té consa­crée ; là où l’on ne consi­dère pas la sexua­li­té humaine comme un grand don du Créateur, le fait d’y renon­cer pour le Royaume des cieux perd son sens.

Saint Jean Chrysostome dit en effet très jus­te­ment : « Dénigrer le mariage, c’est amoin­drir du même coup la gloire de la vir­gi­ni­té ; en faire l’é­loge, c’est rehaus­ser l’ad­mi­ra­tion qui est due à la vir­gi­ni­té et en accroître l’é­clat. Car enfin, ce qui ne paraît un bien que par com­pa­rai­son avec un mal ne peut être vrai­ment un bien, mais ce qui est mieux encore que des biens incon­tes­tés est le bien par excellence»(38).

Dans la vir­gi­ni­té, l’homme est en attente, même dans son corps, des noces escha­to­lo­giques du Christ avec l’Eglise, et il se donne entiè­re­ment à l’Eglise dans l’es­pé­rance que le Christ se don­ne­ra à elle dans la pleine véri­té de la vie éter­nelle. Il anti­cipe ain­si dans sa chair le monde nou­veau de la résur­rec­tion à venir(39).

Grâce à ce témoi­gnage, la vir­gi­ni­té garde vivante dans l’Eglise la conscience du mys­tère du mariage et elle le défend contre toute atteinte à son inté­gri­té et tout appauvrissement.

En ren­dant le cœur de l’homme par­ti­cu­liè­re­ment libre(40) « pour qu’il brûle davan­tage de l’a­mour de Dieu et de tous les hommes»(41), la vir­gi­ni­té atteste que le Royaume de Dieu et sa jus­tice sont cette perle pré­cieuse que l’on doit pré­fé­rer à toute autre valeur, si grande qu’elle soit, et qu’il faut même recher­cher comme l’u­nique valeur défi­ni­tive. C’est pour cela, en rai­son du lien tout à fait sin­gu­lier de ce cha­risme avec le Royaume de Dieu, que l’Eglise, tout au long de son his­toire, a tou­jours défen­du sa supé­rio­ri­té par rap­port à celui du mariage(42).

Tout en ayant renon­cé à la fécon­di­té phy­sique, la per­sonne vierge devient féconde spi­ri­tuel­le­ment, père et mère d’un grand nombre, coopé­rant à la réa­li­sa­tion de la famille sui­vant le des­sein de Dieu.

Les époux chré­tiens ont donc le droit d’at­tendre des per­sonnes vierges le bon exemple et le témoi­gnage d’une fidé­li­té à leur voca­tion jus­qu’à la mort. De même que pour les époux la fidé­li­té peut deve­nir par­fois dif­fi­cile et exi­ger sacri­fice, mor­ti­fi­ca­tion et oubli de soi, ain­si peut-​il en être éga­le­ment pour les per­sonnes vierges. Leur fidé­li­té, même dans l’é­preuve, doit édi­fier celle des époux(43).

Enfin, ces réflexions sur la vir­gi­ni­té peuvent éclai­rer et aider ceux qui, pour des rai­sons indé­pen­dantes de leur volon­té, n’ont pas pu se marier et ont accep­té leur situa­tion en esprit de service.

TROISIÈME PARTIE – LES DEVOIRS DE LA FAMILLE CHRETIENNE

Famille, deviens ce que tu es !

17. Dans le des­sein du Dieu Créateur et Redempteur, la famille découvre non seule­ment son « iden­ti­té », ce qu’elle « est », mais aus­si sa « mis­sion », ce qu’elle peut et doit « faire ». Les devoirs que la famille est appe­lée par Dieu à rem­plir dans l’his­toire ont leur source dans son être propre et sont l’ex­pres­sion de son déve­lop­pe­ment dyna­mique et exis­ten­tiel. Chaque famille découvre et trouve en elle-​même cet appel pres­sant, qui en même temps la défi­nit dans sa digni­té et sa res­pon­sa­bi­li­té : famille, « deviens » ce que tu « es » !

Remonter à l”«origine » du geste créa­teur de Dieu devient alors une néces­si­té pour la famille si elle veut se connaître et se réa­li­ser selon la véri­té pro­fonde non seule­ment de son être mais aus­si au niveau de son action dans l’his­toire. Et comme, selon le des­sein de Dieu, elle est consti­tuée en tant que « com­mu­nau­té pro­fonde de vie et d’amour»(44), la famille a la mis­sion de deve­nir tou­jours davan­tage ce qu’elle est, c’est-​à-​dire com­mu­nau­té de vie et d’a­mour dans une ten­sion qui trou­ve­ra son achè­ve­ment – comme toute réa­li­té créée et sau­vée – dans le Royaume de Dieu. Dans une pers­pec­tive qui rejoint les racines mêmes de la réa­li­té, il faut dire que, en défi­ni­tive, l’es­sence de la famille et ses devoirs sont défi­nis par l’a­mour. C’est pour­quoi la famille reçoit la mis­sion de gar­der, de révé­ler et de com­mu­ni­quer l’a­mour, reflet vivant et par­ti­ci­pa­tion réelle de I’amour de Dieu pour l’hu­ma­ni­té et de l’a­mour du Christ Seigneur pour l’Eglise son Epouse.

Tout devoir par­ti­cu­lier de la famille est expres­sion de la réa­li­sa­tion concrète de cette mis­sion fon­da­men­tale. Il est donc néces­saire de péné­trer plus pro­fon­dé­ment la sin­gu­lière richesse de la mis­sion de la famille et d’en faire res­sor­tir les élé­ments à la fois mul­tiples et un.

Dans cette optique, en par­tant de l’a­mour et en s’y réfé­rant sans cesse, le récent Synode a mis en lumière quatre devoirs prin­ci­paux de la famille :

1) la for­ma­tion d’une com­mu­nau­té de per­sonnes ;
2) le ser­vice de la vie ;
3) la par­ti­ci­pa­tion au déve­lop­pe­ment de la socié­té ;
4) la par­ti­ci­pa­tion à la vie et à la mis­sion de l’Eglise.

I – LA FORMATION D’UNE COMMUNAUTE DE PERSONNES

L’amour, source et force de la communion

18. La famille, fon­dée par amour et vivi­fiée par lui, est une com­mu­nau­té de per­sonnes : les époux, homme et femme, les parents et les enfants, la paren­té. Son pre­mier devoir est de vivre fidè­le­ment la réa­li­té de la com­mu­nion dans un effort constant pour pro­mou­voir une authen­tique com­mu­nau­té de personnes.

Le prin­cipe interne, la force per­ma­nente et le but ultime d’un tel devoir, c’est l’a­mour : de même que sans amour la famille n’est pas une com­mu­nau­té de per­sonnes, ain­si, sans amour, la famille ne peut vivre, gran­dir et se per­fec­tion­ner en tant que com­mu­nau­té de per­sonnes. Ce que j’ai écrit dans l’en­cy­clique Redemptor homi­nis trouve son appli­ca­tion ori­gi­nale et pri­vi­lé­giée d’a­bord dans la famille comme telle : « L’homme ne peut vivre sans amour. Il demeure pour lui-​même un être incom­pré­hen­sible, sa vie est pri­vée de sens s’il ne reçoit pas la révé­la­tion de l’a­mour, s’il ne ren­contre pas l’a­mour, s’il n’en fait pas l’ex­pé­rience et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y par­ti­cipe pas fortement»(45).

L’amour entre l’homme et la femme dans le mariage et en consé­quence, de façon plus large, l’a­mour entre les membres de la même famille – entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre les proches et toute la paren­té – sont ani­més et sou­te­nus par un dyna­misme inté­rieur inces­sant, qui entraîne la famille vers une com­mu­nion tou­jours plus pro­fonde et plus intense, fon­de­ment et prin­cipe de la com­mu­nau­té conju­gale et familiale.

L’indivisible uni­té de la com­mu­nion conjugale

19. La pre­mière com­mu­nion est celle qui s’é­ta­blit et se déve­loppe entre les époux : en rai­son du pacte d’a­mour conju­gal, l’homme et la femme « ne sont plus deux mais une seule chair»(46) et sont appe­lés à gran­dir sans cesse dans leur com­mu­nion à tra­vers la fidé­li­té quo­ti­dienne à la pro­messe du don mutuel total que com­porte le mariage.

Cette com­mu­nion conju­gale plonge ses racines dans la com­plé­men­ta­ri­té natu­relle qui existe entre l’homme et la femme, et se nour­rit grâce à la volon­té per­son­nelle des époux de par­ta­ger la tota­li­té de leur pro­jet de vie, ce qu’ils ont et ce qu’ils sont : en cela, une telle com­mu­nion est le fruit et le signe d’une exi­gence pro­fon­dé­ment humaine. Mais dans le Christ Seigneur, Dieu prend cette exi­gence, il la confirme, la puri­fie et l’é­lève, la menant à sa per­fec­tion par le sacre­ment de mariage : l’Esprit Saint répan­du au cours de la célé­bra­tion sacra­men­telle remet aux époux chré­tiens le don d’une com­mu­nion nou­velle, com­mu­nion d’a­mour, image vivante et réelle de l’u­ni­té tout à fait sin­gu­lière qui fait de l’Eglise l’in­di­vi­sible Corps mys­tique du Christ.

Le don de l’Esprit est règle de vie pour les époux chré­tiens et il est en même temps souffle entraî­nant afin que croisse chaque jour en eux une union sans cesse plus riche à tous les niveaux – des corps, des carac­tères, des cœurs, des intel­li­gences et des volon­tés, des âmes(47) -, révé­lant ain­si à l’Eglise et au monde la nou­velle com­mu­nion d’a­mour don­née par la grâce du Christ.

La poly­ga­mie s’op­pose radi­ca­le­ment à une telle com­mu­nion : elle nie en effet de façon directe le des­sein de Dieu tel qu’il nous a été révé­lé au com­men­ce­ment, elle est contraire à l’é­gale digni­té per­son­nelle de la femme et de l’homme, les­quels dans le mariage se donnent dans un amour total qui, de ce fait même, est unique et exclu­sif. Comme l’é­crit le Concile Vatican II, « l’é­gale digni­té per­son­nelle qu’il faut recon­naître à la femme et à l’homme dans l’a­mour plé­nier qu’ils se portent l’un à l’autre fait clai­re­ment appa­raître l’u­ni­té du mariage, confir­mée par le Seigneur»(48).

Une com­mu­nion indissoluble

20. La com­mu­nion conju­gale se carac­té­rise non seule­ment par son uni­té, mais encore par son indis­so­lu­bi­li­té : « Cette union intime, don réci­proque de deux per­sonnes, non moins que le bien des enfants, exigent l’en­tière fidé­li­té des époux et requièrent leur indis­so­luble unité»(49).

C’est un devoir fon­da­men­tal pour l’Eglise d’af­fir­mer encore et avec force – comme l’ont fait les Pères du Synode – la doc­trine de l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage : à ceux qui, de nos jours, pensent qu’il est dif­fi­cile, voire impos­sible, de se lier à quel­qu’un pour la vie, à ceux encore qui sont entraî­nés par une culture qui refuse l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage et qui méprise même ouver­te­ment l’en­ga­ge­ment des époux à la fidé­li­té, il faut redire l’an­nonce joyeuse du carac­tère défi­ni­tif de cet amour conju­gal, qui trouve en Jésus-​Christ son fon­de­ment et sa force(50).

Enracinée dans le don plé­nier et per­son­nel des époux et requise pour le bien des enfants, l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage trouve sa véri­té défi­ni­tive dans le des­sein que Dieu a mani­fes­té dans sa Révélation : c’est Lui qui veut et qui donne l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage comme fruit, signe et exi­gence de l’a­mour abso­lu­ment fidèle que Dieu a pour l’homme et que le Seigneur Jésus mani­feste à l’é­gard de son Eglise.

Le Christ renou­velle le des­sein pri­mi­tif que le Créateur a ins­crit dans le cœur de l’homme et de la femme, et dans la célé­bra­tion du sacre­ment du mariage il offre « un cœur nou­veau » : ain­si, non seule­ment les époux peuvent sur­mon­ter la « dure­té du cœur»(51), mais aus­si et sur­tout ils peuvent par­ta­ger l’a­mour plé­nier et défi­ni­tif du Christ, nou­velle et éter­nelle Alliance faite chair. De même que le Seigneur Jésus est le « témoin fidèle»(52), le « oui » des pro­messes de Dieu(53) et donc la réa­li­sa­tion suprême de la fidé­li­té incon­di­tion­nelle avec laquelle Dieu aime son peuple, ain­si les époux chré­tiens sont appe­lés à par­ti­ci­per réel­le­ment à l’in­dis­so­lu­bi­li­té irré­vo­cable qui lie le Christ à l’Eglise, son Epouse, qu’il aime jus­qu’à la fin des temps(54).

Le don du sacre­ment est pour les époux chré­tiens une voca­tion – en même temps qu’un com­man­de­ment – à res­ter fidèles pour tou­jours, par delà les épreuves et les dif­fi­cul­tés, dans une géné­reuse obéis­sance à la volon­té du Seigneur : « Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer»(55).

De nos jours, témoi­gner de la valeur ines­ti­mable de l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage et de la fidé­li­té conju­gale est, pour les époux chré­tiens, un des devoirs les plus impor­tants et les plus pres­sants. C’est pour­quoi, en union avec tous mes Frères qui ont par­ti­ci­pé au Synode des Evêques, je loue et j’en­cou­rage tous les couples, et ils sont nom­breux, qui au milieu de grandes dif­fi­cul­tés gardent et font gran­dir ce bien qu’est l’in­dis­so­lu­bi­li­té : ils assument ain­si, d’une manière humble et cou­ra­geuse, la tâche qui leur a été don­née, d’être dans le monde un « signe » – signe dis­cret et pré­cieux, par­fois sou­mis à la ten­ta­tion, mais tou­jours renou­ve­lé – de la fidé­li­té inlas­sable de l’a­mour de Dieu et de Jésus-​Christ pour tous les hommes, pour tout homme. Et il faut aus­si recon­naître le prix du témoi­gnage des époux aban­don­nés par leur conjoint qui, grâce à leur foi et à leur espé­rance chré­tiennes, n’ont pas contrac­té une nou­velle union : ils rendent ain­si un authen­tique témoi­gnage de fidé­li­té dont le monde d’au­jourd’­hui a tant besoin. C’est pour­quoi les pas­teurs et les fidèles de l’Eglise doivent les encou­ra­ger et les aider à per­sé­vé­rer dans ce sens.

La com­mu­nion élar­gie de la famille

21. La com­mu­nion conju­gale consti­tue le fon­de­ment sur lequel s’é­di­fie la com­mu­nion plus large de la famille, des parents et des enfants, des frères et des sœurs entre eux, des parents proches et autres membres de la famille.

Une telle com­mu­nion s’en­ra­cine dans les liens natu­rels de la chair et du sang et se déve­loppe en trou­vant sa per­fec­tion pro­pre­ment humaine par la mise en place et la matu­ra­tion des liens encore plus pro­fonds et plus riches de l’es­prit : l’a­mour qui anime les rap­ports inter­per­son­nels entre les dif­fé­rents membres de la famille est la force inté­rieure qui donne forme et vie à la com­mu­nion et à la com­mu­nau­té familiales.

La famille chré­tienne est en outre appe­lée à faire l’ex­pé­rience d’une com­mu­nion nou­velle et ori­gi­nale qui confirme l’ex­pé­rience natu­relle et humaine. En réa­li­té la grâce de Jésus-​Christ, « l’aî­né d’une mul­ti­tude de frères»(56), est par sa nature et son dyna­misme interne une « grâce de fra­ter­ni­té », comme l’ap­pelle saint Thomas d’Aquin(57). L’Esprit Saint répan­du dans la célé­bra­tion des sacre­ments est la source vivante et l’a­li­ment inépui­sable de la com­mu­nion sur­na­tu­relle qui relie les croyants au Christ et les ras­semble entre eux dans l’u­ni­té de l’Eglise de Dieu. La famille chré­tienne est une révé­la­tion et une réa­li­sa­tion spé­ci­fique de la com­mu­nion ecclé­siale, c’est pour­quoi elle peut et elle doit se dire « Eglise domestique»(58).

Tous les membres de la famille, cha­cun selon ses propres dons, ont la grâce et la res­pon­sa­bi­li­té de construire, jour après jour, la com­mu­nion des per­sonnes, en fai­sant de la famille une « école d’hu­ma­ni­té plus com­plète et plus riche»(59). Cela s’ac­com­plit à tra­vers les soins et l’a­mour don­nés aux jeunes enfants, aux malades, aux per­sonnes âgées ; à tra­vers les ser­vices réci­proques de tous les jours ; dans le par­tage des biens, des joies et des souffrances.

Pour construire une telle com­mu­nion, un élé­ment est fon­da­men­tal, celui de l’é­change édu­ca­tif entre parents et enfants(60), qui per­met à cha­cun de don­ner et de rece­voir. A tra­vers l’a­mour, le res­pect, l’o­béis­sance à l’é­gard des parents, les enfants apportent leur part spé­ci­fique et irrem­pla­çable à l’é­di­fi­ca­tion d’une famille authen­ti­que­ment humaine et chrétienne(61). Cela leur sera plus facile si les parents exercent sans fai­blesse leur auto­ri­té comme un véri­table « minis­tère », ou plu­tôt comme un ser­vice ordon­né au bien humain et chré­tien des enfants et plus par­ti­cu­liè­re­ment des­ti­né à leur faire acqué­rir une liber­té vrai­ment res­pon­sable, et si ces mêmes parents gardent une conscience aiguë du « don » qu’ils reçoivent sans cesse de leurs enfants.

Seul un grand esprit de sacri­fice per­met de sau­ve­gar­der et de per­fec­tion­ner la com­mu­nion fami­liale. Elle exige en effet une ouver­ture géné­reuse et prompte de tous et de cha­cun à la com­pré­hen­sion, à la tolé­rance, au par­don, à la récon­ci­lia­tion. Aucune famille n’i­gnore com­bien l’é­goïsme, les dis­sen­sions, les ten­sions, les conflits font vio­lence à la com­mu­nion fami­liale et peuvent même par­fois l’a­néan­tir : c’est là que trouvent leur ori­gine les mul­tiples et diverses formes de divi­sion dans la vie fami­liale. Mais, en même temps, chaque famille est tou­jours invi­tée par le Dieu de paix à faire l’ex­pé­rience joyeuse et réno­va­trice de la « récon­ci­lia­tion », c’est-​à-​dire de la com­mu­nion res­tau­rée, de l’u­ni­té retrou­vée. En par­ti­cu­lier la par­ti­ci­pa­tion au sacre­ment de la récon­ci­lia­tion et au ban­quet de l’u­nique Corps du Christ donne à la famille chré­tienne la grâce néces­saire, et la res­pon­sa­bi­li­té cor­res­pon­dante, pour sur­mon­ter toutes les divi­sions et mar­cher vers la pleine véri­té de la com­mu­nion vou­lue par Dieu, répon­dant ain­si au très vif désir du Seigneur : « Que tous soient un»(62).

Droits et rôle de la femme

22. En tant qu’elle est, et qu’elle doit tou­jours deve­nir, une com­mu­nion et une com­mu­nau­té de per­sonnes, la famille trouve dans l’a­mour le motif et le sti­mu­lant per­ma­nent qui lui font accueillir, res­pec­ter et déve­lop­per cha­cun de ses membres dans la très haute digni­té de per­sonnes, c’est-​à-​dire d’i­mages vivantes de Dieu. Comme l’ont affir­mé à juste titre les Pères du Synode, le cri­tère moral de l’au­then­ti­ci­té des rela­tions conju­gales et fami­liales réside dans la pro­mo­tion de la digni­té et de la voca­tion de cha­cune des per­sonnes, qui trouvent leur plé­ni­tude dans le don sin­cère d’elles-mêmes(63).

Dans cette pers­pec­tive, le Synode a vou­lu accor­der une atten­tion pri­vi­lé­giée à la femme, à ses droits et à son rôle dans la famille et dans la socié­té. C’est dans cette même pers­pec­tive qu’il faut consi­dé­rer éga­le­ment l’homme en tant qu’é­poux et père, l’en­fant et les per­sonnes âgées.

Au sujet de la femme, il faut noter avant tout sa digni­té et sa res­pon­sa­bi­li­té égales à celles de l’homme : cette éga­li­té trouve une forme sin­gu­lière de réa­li­sa­tion dans le don réci­proque de soi entre les époux et dans le don d’eux-​mêmes à leurs enfants ; un tel don est propre au mariage et à la famille. Ce dont la rai­son humaine a l’in­tui­tion et ce qu’elle recon­naît est révé­lé en plé­ni­tude par la Parole de Dieu : l’his­toire du salut, en effet, est un témoi­gnage conti­nuel et lumi­neux de la digni­té de la femme.

En créant l’être humain « homme et femme»(64), Dieu donne la digni­té per­son­nelle d’une manière égale à l’homme et à la femme, en les enri­chis­sant des droits inalié­nables et des res­pon­sa­bi­li­tés propres à la per­sonne humaine. Puis Dieu mani­feste la digni­té de la femme de la façon la plus éle­vée pos­sible en assu­mant Lui-​même la chair de la Vierge Marie, que l’Eglise honore comme la Mère de Dieu en l’ap­pe­lant la nou­velle Eve et en la pro­po­sant comme modèle de la femme rache­tée. La déli­cate affec­tion de Jésus envers les femmes qu’il a appe­lées à le suivre et aux­quelles il a offert son ami­tié, son appa­ri­tion le matin de Pâques à une femme avant de se mon­trer aux autres dis­ciples, la mis­sion confiée aux femmes de por­ter la bonne nou­velle de la Résurrection aux Apôtres, tout cela consti­tue des signes confir­mant l’es­time spé­ciale du Seigneur Jésus envers la femme. L’Apôtre Paul dira : « Vous êtes tous fils de Dieu, par la foi dans le Christ Jésus…; il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ»(65).

La femme et la société

23. Sans trai­ter ici le thème vaste et com­plexe des rap­ports entre la femme et la socié­té sous ses divers aspects, et en se limi­tant à quelques points essen­tiels, on ne peut pas ne pas obser­ver que dans le domaine plus spé­ci­fi­que­ment fami­lial une tra­di­tion sociale et cultu­relle lar­ge­ment répan­due a vou­lu réser­ver à la femme le seul rôle d’é­pouse et de mète, sans lui ouvrir d’une manière adé­quate l’ac­cès aux fonc­tions publiques, consi­dé­rées géné­ra­le­ment comme réser­vées à l’homme.

Il n’y a pas de doute que l’é­ga­li­té de digni­té et de res­pon­sa­bi­li­té entre l’homme et la femme jus­ti­fie plei­ne­ment l’ac­ces­sion de la femme aux fonc­tions publiques. Par ailleurs la vraie pro­mo­tion de la femme exige que soit clai­re­ment recon­nue la valeur de son rôle mater­nel et fami­lial face à toutes les autres fonc­tions publiques et à toutes les autres pro­fes­sions. Il est du reste néces­saire que ces fonc­tions et ces pro­fes­sions soient étroi­te­ment liées entre elles si l’on veut que l’é­vo­lu­tion sociale et cultu­relle soit vrai­ment et plei­ne­ment humaine.

Cela s’ob­tien­dra plus faci­le­ment si, comme le Synode l’a sou­hai­té, une « théo­lo­gie du tra­vail » renou­ve­lée arrive à mettre en lumière et à appro­fon­dir le sens du tra­vail dans la vie chré­tienne, comme aus­si à déter­mi­ner le lien fon­da­men­tal qui existe entre le tra­vail et la famille, et donc la signi­fi­ca­tion ori­gi­nale et irrem­pla­çable du tra­vail à la mai­son et de l’é­du­ca­tion des enfants(66). C’est pour­quoi l’Eglise peut et doit aider la socié­té actuelle, en deman­dant inlas­sa­ble­ment que le tra­vail de la femme à la mai­son soit recon­nu et hono­ré par tous dans sa valeur irrem­pla­çable. Cela revêt une impor­tance par­ti­cu­lière en ce qui concerne l’œuvre d’é­du­ca­tion ; en effet, la racine même d’une dis­cri­mi­na­tion éven­tuelle entre les divers tra­vaux et les diverses pro­fes­sions est éli­mi­née s’il appa­raît clai­re­ment que tous, dans tout domaine, s’en­gagent avec des droits iden­tiques et un sens iden­tique de la res­pon­sa­bi­li­té. Et ain­si l’i­mage de Dieu dans l’homme et dans la femme res­plen­di­ra davantage.

Si le droit d’ac­cé­der aux diverses fonc­tions publiques doit être recon­nu aux femmes comme il l’est aux hommes, la socié­té doit pour­tant se struc­tu­rer d’une manière telle que les épouses et les mères ne soient pas obli­gées concrè­te­ment à tra­vailler hors du foyer et que, même si elles se consacrent tota­le­ment à leurs familles, celles-​ci puissent vivre et se déve­lop­per de façon convenable.

Il faut par ailleurs dépas­ser la men­ta­li­té selon laquelle l’hon­neur de la femme vient davan­tage du tra­vail à l’ex­té­rieur que de l’ac­ti­vi­té fami­liale. Mais il faut pour cela que les hommes estiment et aiment vrai­ment la femme en tout res­pect de sa digni­té per­son­nelle, et que la socié­té crée et déve­loppe des condi­tions adap­tées pour le tra­vail à la maison.

L’Eglise, tout en res­pec­tant la diver­si­té de voca­tion entre l’homme et la femme, doit pro­mou­voir dans la mesure du pos­sible leur éga­li­té de droit et de digni­té dans la vie ecclé­siale, et cela pour le bien de tous : de la famille, de la socié­té et de l’Eglise.

Il est évident tou­te­fois que tout cela signi­fie pour la femme, non pas le renon­ce­ment à sa fémi­ni­té ni l’i­mi­ta­tion du carac­tère mas­cu­lin, mais la plé­ni­tude de la véri­table huma­ni­té fémi­nine telle qu’elle doit s’ex­pri­mer dans sa manière d’a­gir, que ce soit en famille ou hors d’elle, sans oublier par ailleurs la varié­té des cou­tumes et des cultures dans ce domaine.

Offenses à la digni­té de la femme

24. Malheureusement, le mes­sage chré­tien sur la digni­té de la femme est contre­dit par la men­ta­li­té per­sis­tante qui consi­dère l’être humain non comme une per­sonne mais comme une chose, comme un objet d’a­chat ou de vente, au ser­vice de l’in­té­rêt égoïste et du seul plai­sir. La pre­mière vic­time d’une telle men­ta­li­té est la femme.

Cette men­ta­li­té pro­duit des fruits très amers, comme le mépris de l’homme et de la femme, l’es­cla­vage, l’op­pres­sion des faibles, la por­no­gra­phie, la pros­ti­tu­tion – sur­tout quand elle est orga­ni­sée – et toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion que l’on trouve dans le domaine de l’é­du­ca­tion, de la pro­fes­sion, de la rétri­bu­tion du tra­vail, etc.

En outre, aujourd’­hui encore, dans une grande par­tie de notre socié­té sub­sistent de nom­breuses formes de dis­cri­mi­na­tion avi­lis­sante qui atteignent et offensent gra­ve­ment cer­taines caté­go­ries par­ti­cu­lières de femmes, comme par exemple les épouses sans enfants, les veuves, les femmes sépa­rées, les divor­cées, les mères célibataires.

Ces dis­cri­mi­na­tions, et bien d’autres encore, ont été déplo­rées avec toute la force pos­sible par les Pères du Synode : je demande donc à tous de s’en­ga­ger dans une action pas­to­rale spé­ci­fique plus vigou­reuse et plus inci­sive afin qu’elles soient défi­ni­ti­ve­ment éli­mi­nées et que l’on en arrive à une pleine estime de l’i­mage de Dieu qui res­plen­dit en tout être humain sans aucune exception.

L’homme, époux et père

25. A l’in­té­rieur de la com­mu­nion qu’est la com­mu­nau­té conju­gale et fami­liale, l’homme est appe­lé à vivre son don et son rôle d’é­poux et de père.

Il voit dans son épouse l’ac­com­plis­se­ment du des­sein de Dieu : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie»(67); et il fait sienne l’ex­cla­ma­tion d’Adam, le pre­mier époux : « Cette fois-​ci, voi­là l’os de mes os et la chair de ma chair!»(68).

L’amour conju­gal authen­tique sup­pose et exige que l’homme ait un pro­fond res­pect à l’é­gard de la digni­té de sa femme : « Tu n’es pas son maître – écrit saint Ambroise – mais son mari ; elle t’a été don­née pour femme et non pour esclave… Rends-​lui les atten­tions qu’elle a pour toi et sois-​lui recon­nais­sant de son amour»(69). L’homme doit vivre avec son épouse « une forme toute spé­ciale d’a­mi­tié personnelle»(70). Quant au chré­tien, il est appe­lé à déve­lop­per une atti­tude d’a­mour nou­veau qui mani­feste envers sa femme la cha­ri­té déli­cate et forte qu’a le Christ pour l’Eglise(71).

L’amour envers sa femme deve­nue mère et l’a­mour envers ses enfants sont pour l’homme la route natu­relle menant à la com­pré­hen­sion et à la réa­li­sa­tion de sa pater­ni­té. Là sur­tout où les condi­tions sociales et cultu­relles poussent faci­le­ment le père à se dés­in­té­res­ser d’une cer­taine façon de sa famille, ou du moins à être moins pré­sent au tra­vail d’é­du­ca­tion, il faut faire en sorte que l’on retrouve dans la socié­té la convic­tion que la place et le rôle du père dans et pour la famille sont d’une impor­tance unique et irremplaçable(72). Comme le montre l’ex­pé­rience, l’ab­sence du père pro­voque des dés­équi­libres psy­cho­lo­giques et moraux ain­si que des dif­fi­cul­tés notables dans les rela­tions fami­liales ; il en est de même, en sens inverse, pour la pré­sence oppres­sive du père, spé­cia­le­ment là où existe encore le phé­no­mène que l’on a appe­lé le « machisme », c’est-​à-​dire la supé­rio­ri­té abu­sive des pré­ro­ga­tives mas­cu­lines qui humi­lient la femme et empêchent le déve­lop­pe­ment de saines rela­tions familiales.

En mani­fes­tant et en revi­vant sur terre la pater­ni­té même de Dieu(73), l’homme est appe­lé à garan­tir le déve­lop­pe­ment uni­taire de tous les membres de la famille. Pour accom­plir cette tâche, il lui fau­dra une géné­reuse res­pon­sa­bi­li­té à l’é­gard de la vie conçue sous le cœur de la mère, un effort d’é­du­ca­tion plus appli­qué et par­ta­gé avec son épouse(74), un tra­vail qui ne désa­grège jamais la famille mais la ren­force dans son union et sa sta­bi­li­té, un témoi­gnage de vie chré­tienne adulte qui intro­duise plus effi­ca­ce­ment les enfants dans l’ex­pé­rience vivante du Christ et de l’Eglise.

Les droits de l’enfant

26. Au sein de la famille, com­mu­nau­té de per­sonnes, une atten­tion très spé­ciale sera réser­vée à l’en­fant, de façon à déve­lop­per une pro­fonde estime pour sa digni­té per­son­nelle comme aus­si un grand res­pect pour ses droits que l’on doit ser­vir géné­reu­se­ment. Cela vaut pour tous les enfants, mais c’est d’au­tant plus impor­tant que l’en­fant est plus jeune, ayant besoin de tout, ou qu’il est malade, souf­frant ou handicapé.

En deman­dant et en por­tant elle-​même une atten­tion à la fois tendre et forte pour tout enfant qui vient au monde, l’Eglise accom­plit une de ses mis­sions fon­da­men­tales. Elle est appe­lée, en effet, à faire connaître et à pro­po­ser à nou­veau dans l’his­toire l’exemple et le com­man­de­ment du Christ Seigneur qui a vou­lu pla­cer l’en­fant au centre du Royaume de Dieu : « Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empê­chez pas ; car c’est à leurs pareils qu’ap­par­tient le Royaume de Dieu»(75).

Je reprends ici ce que j’ai dit à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies le 2 octobre 1979 : « Je désire… expri­mer la joie que consti­tuent pour cha­cun d’entre nous les enfants, prin­temps de la vie, anti­ci­pa­tion de l’his­toire à venir de cha­cune des patries ter­restres. Aucun pays du monde, aucun sys­tème poli­tique ne peut son­ger à son propre ave­nir autre­ment qu’à tra­vers l’i­mage de ces nou­velles géné­ra­tions qui, à la suite de leurs parents, assu­me­ront le patri­moine mul­ti­forme des valeurs, des devoirs, des aspi­ra­tions de la nation à laquelle elles appar­tiennent, en même temps que le patri­moine de toute la famille humaine. La sol­li­ci­tude pour l’en­fant, dès avant sa nais­sance, dès le pre­mier moment de sa concep­tion, et ensuite au cours de son enfance et de son ado­les­cence, est pour l’homme la manière pri­mor­diale et fon­da­men­tale de véri­fier sa rela­tion à l’homme. Aussi, que peut-​on sou­hai­ter de plus à chaque peuple et à toute l’hu­ma­ni­té, à tous les enfants du monde, sinon cet ave­nir meilleur où le res­pect des droits de l’homme devienne une pleine réa­li­té dans le cadre de l’An 2000 qui approche?»(76).

L’accueil, l’a­mour, l’es­time, le ser­vice mul­tiple et uni­taire – maté­riel, affec­tif, édu­ca­tif, spi­ri­tuel – envers tout enfant qui vient au monde devront tou­jours consti­tuer une note dis­tinc­tive et impres­crip­tible des chré­tiens, en par­ti­cu­lier des familles chré­tiennes. Ainsi, tan­dis que les enfants pour­ront croître « en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes»(77), ils appor­te­ront leur pré­cieuse contri­bu­tion à l’é­di­fi­ca­tion de la com­mu­nau­té fami­liale et même à la sanc­ti­fi­ca­tion des parents(78).

Les per­sonnes âgées dans la famille

27. Il y a des cultures qui mani­festent une véné­ra­tion sin­gu­lière et un grand amour pour les per­sonnes âgées : loin d’être ban­nie de la famille ou sup­por­tée comme un poids inutile, la per­sonne âgée reste insé­rée dans la vie fami­liale, conti­nue à y prendre une part active et res­pon­sable – tout en devant res­pec­ter l’au­to­no­mie de la nou­velle famille – et sur­tout elle exerce la pré­cieuse mis­sion d’être témoin du pas­sé et source de sagesse pour les jeunes et pour l’avenir.

D’autres cultures, au contraire, notam­ment à la suite d’un déve­lop­pe­ment indus­triel et urbain désor­don­né, ont conduit et conti­nuent à conduire les per­sonnes âgées à des formes inac­cep­tables de mar­gi­na­li­té qui sont la source à la fois de souf­frances aiguës pour elles-​mêmes et d’ap­pau­vris­se­ment spi­ri­tuel pour tant de familles.

Il est néces­saire que l’ac­tion pas­to­rale de l’Eglise sti­mule cha­cun à décou­vrir et à valo­ri­ser le rôle des per­sonnes âgées dans la com­mu­nau­té civile et ecclé­siale, et en par­ti­cu­lier dans la famille. En réa­li­té, « la vie des per­sonnes âgées aide à cla­ri­fier l’é­chelle des valeurs humaines ; elle montre la conti­nui­té des géné­ra­tions et elle est une preuve mer­veilleuse de l’in­ter­dé­pen­dance du peuple de Dieu. Les per­sonnes âgées pos­sèdent sou­vent le cha­risme de com­bler les fos­sés entre les géné­ra­tions avant qu’ils ne soient creu­sés : com­bien d’en­fants ont trou­vé com­pré­hen­sion et amour dans les yeux, les paroles et les caresses des per­sonnes âgées ! Et com­bien par­mi celles-​ci ont, avec empres­se­ment, sous­crit à ces paroles divines : « La cou­ronne des grands-​parents, c’est leurs petits-​enfants » (Pr 17, 6)!».79

II – LE SERVICE DE LA VIE

1) La trans­mis­sion de la vie

Coopérateurs de l’a­mour de Dieu Créateur

28. En créant l’homme et la femme à son image et res­sem­blance, Dieu cou­ronne et porte à sa per­fec­tion l’œuvre de ses mains : il les appelle à par­ti­ci­per spé­cia­le­ment à son amour et aus­si à son pou­voir de Créateur et de Père, moyen­nant leur coopé­ra­tion libre et res­pon­sable pour trans­mettre le don de la vie humaine : « Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds et multipliez-​vous, rem­plis­sez la terre et soumettez-la!»(80).

C’est ain­si que le but fon­da­men­tal de la famille est le ser­vice de la vie, la réa­li­sa­tion, tout au long de l’his­toire, de la béné­dic­tion de Dieu à l’o­ri­gine, en trans­met­tant l’i­mage divine d’homme à homme, dans l’acte de la génération(81).

La fécon­di­té est le fruit et le signe de l’a­mour conju­gal, le témoi­gnage vivant de la pleine dona­tion réci­proque des époux : « Dès lors, un amour conju­gal vrai et bien com­pris, comme toute la struc­ture de la vie fami­liale qui en découle, tendent, sans sous-​estimer pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux dis­po­nibles pour coopé­rer cou­ra­geu­se­ment à l’a­mour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agran­dir et enri­chir sa propre famille»(82).

La fécon­di­té de l’a­mour conju­gal ne se réduit pas à la seule pro­créa­tion des enfants, même enten­due en son sens spé­ci­fi­que­ment humain : elle s’é­lar­git et s’en­ri­chit de tous les fruits de vie morale, spi­ri­tuelle et sur­na­tu­relle que le père et la mère sont appe­lés à don­ner à leurs enfants et, à tra­vers eux, à l’Eglise et au monde.

La doc­trine et la norme tou­jours anciennes et tou­jours nou­velles de l’Eglise

29. Précisément parce que l’a­mour des conjoints est une par­ti­ci­pa­tion sin­gu­lière au mys­tère de la vie et de l’a­mour de Dieu lui-​même, l’Eglise sait qu’elle a reçu la mis­sion spé­ciale de conser­ver et de pro­té­ger la haute digni­té du mariage et la grave res­pon­sa­bi­li­té de la trans­mis­sion de la vie humaine.

Ainsi, en conti­nui­té avec la tra­di­tion vivante de la com­mu­nau­té ecclé­siale tout au long de l’his­toire, le récent Concile Vatican II et le magis­tère de mon pré­dé­ces­seur Paul VI, expri­mé sur­tout dans l’en­cy­clique Humanae vitae, ont trans­mis à notre époque une annonce vrai­ment pro­phé­tique, qui affirme et pro­pose de nou­veau avec clar­té la doc­trine et la norme tou­jours anciennes et tou­jours nou­velles de l’Eglise sur le mariage et sur la trans­mis­sion de la vie.

C’est pour­quoi, dans leur der­nière Assemblée, les Pères du Synode ont tex­tuel­le­ment décla­ré : « Le Saint Synode, en union de foi avec le Successeur de Pierre, main­tient fer­me­ment ce qui est pro­po­sé au Concile Vatican II (cf. Gaudium et spes, n. 50) et ensuite dans l’en­cy­clique Humanae vitae, et en par­ti­cu­lier le fait que l’a­mour conju­gal doit être plei­ne­ment humain, exclu­sif et ouvert à une nou­velle vie (Humanae vitae, n. 11 et cf. 9 et 12)»,83

L’Eglise prend par­ti pour la vie

30. La doc­trine de l’Eglise est pla­cée aujourd’­hui dans une situa­tion sociale et cultu­relle qui la rend à la fois plus difli­cile à com­prendre mais aus­si plus pres­sante et irrem­pla­çable pour pro­mou­voir le bien véri­table de l’homme et de la femme.

Car le pro­grès scien­ti­fique et tech­nique, que l’homme contem­po­rain accroît conti­nuel­le­ment en domi­nant la nature, ne déve­loppe pas seule­ment l’es­pé­rance de créer une huma­ni­té nou­velle et meilleure, mais aus­si une angoisse tou­jours plus forte au sujet de l’a­ve­nir. Certains se demandent si vivre est un bien, et s’il ne serait pas pré­fé­rable de ne pas être nés : ils se demandent donc s’il est per­mis d’ap­pe­ler à la vie d’autres hommes qui pour­raient en venir à mau­dire leur exis­tence dans un monde cruel, dont les ter­reurs ne sont pas même pré­vi­sibles. Les uns pensent être les uniques des­ti­na­taires des avan­tages de la tech­nique et en excluent les autres, aux­quels sont impo­sés des moyens contra­cep­tifs ou des pra­tiques encore pires. D’autres encore, empri­son­nés dans une men­ta­li­té de consom­ma­tion et ayant l’u­nique pré­oc­cu­pa­tion d’ac­croître conti­nuel­le­ment les biens maté­riels, finissent par ne plus com­prendre et donc par refu­ser la richesse spi­ri­tuelle d’une nou­velle vie humaine. La rai­son ultime de telles men­ta­li­tés est l’ab­sence, dans le cœur des hommes, de Dieu dont seul l’a­mour est plus fort que toutes les peurs pos­sibles du monde et peut les vaincre.

C’est ain­si qu’est né un esprit contraire à la vie (anti-​life men­ta­li­ty) qui appa­raît dans beau­coup de ques­tions actuelles : que l’on pense, par exemple, à une cer­taine panique déri­vant des études faites par les éco­lo­gistes et les futu­ro­logues sur Ia démo­gra­phie, qui par­fois exa­gèrent le péril de la crois­sance démo­gra­phique pesant sur la qua­li­té de la vie.

Mais l’Eglise croit fer­me­ment que la vie humaine, même faible et souf­frante, est tou­jours un magni­fique don du Dieu de bon­té. Contre le pes­si­misme et l’é­goïsme qui obs­cur­cissent le monde, l’Eglise prend par­ti pour la vie, et dans chaque vie humaine elle sait décou­vrir la splen­deur de ce « Oui », de cet « Amen » qu’est le Christ(84). Au « non » qui enva­hit et attriste le monde, elle oppose ce « Oui » vivant, défen­dant ain­si l’homme et le monde contre ceux qui menacent la vie et lui portent atteinte.

L’Eglise est appe­lée à mani­fes­ter de nou­veau à tous, par une convic­tion plus vive et plus ferme, sa volon­té de pro­mou­voir la vie humaine par tous les moyens et de la défendre contre toute menace, en quelque condi­tion et à quelque stade de déve­lop­pe­ment qu’elle se trouve.

C’est pour­quoi l’Eglise condamne comme une grave offense à la digni­té humaine et à la jus­tice toutes les acti­vi­tés des gou­ver­ne­ments ou des autres auto­ri­tés publiques qui essaient de limi­ter en quelque manière la liber­té des conjoints dans leurs déci­sions concer­nant les enfants. Par consé­quent, toute vio­lence exer­cée par des auto­ri­tés en faveur de la contra­cep­tion, voire de la sté­ri­li­sa­tion ou de l’a­vor­te­ment pro­vo­qué, est à condam­ner abso­lu­ment et à reje­ter avec force. En même temps, il faut stig­ma­ti­ser comme gra­ve­ment injuste le fait que, dans les rela­tions inter­na­tio­nales, l’aide éco­no­mique accor­dée pour la pro­mo­tion des peuples soit condi­tion­née par des pro­grammes de contra­cep­tion, de sté­ri­li­sa­tion et d’a­vor­te­ment provoqué(85).

Pour que le des­sein de Dieu se réa­lise tou­jours plus pleinement

31. L’Eglise est assu­ré­ment consciente aus­si des pro­blèmes mul­tiples et com­plexes qui, dans beau­coup de pays, pèsent aujourd’­hui sur les époux dans leur tâche de trans­mettre la vie de façon res­pon­sable. Elle recon­naît éga­le­ment le grave pro­blème de l’ac­crois­se­ment démo­gra­phique, tel qu’il se pré­sente en diverses par­ties du monde, avec les impli­ca­tions morales qu’il comporte.

Elle estime, tou­te­fois, que consi­dé­rer de manière appro­fon­die tous les aspects de ces pro­blèmes ne peut que confir­mer une nou­velle fois et plus for­te­ment encore l’im­por­tance de la doc­trine authen­tique sur la régu­la­tion des nais­sances, pré­sen­tée à nou­veau par le second Concile du Vatican et l’en­cy­clique Humanae vitae.

C’est pour­quoi, avec les Pères du Synode, je me sens le devoir d’a­dres­ser aux théo­lo­giens un appèl pres­sant afin qu’u­nis­sant leurs forces pour col­la­bo­rer avec le Magistère hié­rar­chique, ils fassent leur pos­sible pour mettre tou­jours mieux en lumière les fon­de­ments bibliques, les moti­va­tions éthiques et les rai­sons per­son­na­listes qui sous-​tendent cette doc­trine. Il sera ain­si pos­sible, dans le cadre d’un expo­sé ordon­né, de rendre la doc­trine de l’Eglise concer­nant cet impor­tant cha­pitre vrai­ment acces­sible à tous les hommes de bonne volon­té, et d’en favo­ri­ser la com­pré­hen­sion de façon tou­jours plus claire et plus appro­fon­die : de cette manière le des­sein de Dieu pour­ra être réa­li­sé tou­jours plus plei­ne­ment pour le salut de l’homme et la gloire du Créateur.

A cet égard, l’ef­fort coor­don­né des théo­lo­giens, ins­pi­ré par une adhé­sion convain­cue au Magistère qui est l’u­nique guide authen­tique du peuple de Dieu, pré­sente une urgence par­ti­cu­lière qui vient aus­si du lien pro­fond exis­tant entre la doc­trine catho­lique sur ce point et la vision de l’homme pro­po­sée par l’Eglise : des doutes ou des erreurs dans le domaine conju­gal ou fami­lial entraînent un grave obs­cur­cis­se­ment de la véri­té inté­grale sur l’homme, qui se trouve déjà dans une situa­tion cultu­relle si sou­vent confuse et contra­dic­toire. L’éclairage et l’ap­pro­fon­dis­se­ment que les théo­lo­giens sont appe­lés à appor­ter en accom­plis­se­ment de leur tâche spé­ci­fique sont d’une valeur incom­pa­rable et consti­tuent un ser­vice sin­gu­lier, et com­bien méri­toire, ren­du à la famille et à l’humanité.

Dans la vision inté­grale de l’homme et de sa vocation

32. Dans le cadre d’une culture qui déforme gra­ve­ment ou qui va jus­qu’à perdre la signi­fi­ca­tion véri­table de la sexua­li­té humaine, en l’ar­ra­chant à sa réfé­rence essen­tielle à la per­sonne, l’Eglise découvre de façon urgente et irrem­pla­çable sa mis­sion de pré­sen­ter la sexua­li­té comme valeur et enga­ge­ment de toute la per­sonne, créée, homme et femme, à l’i­mage de Dieu.

Dans cette pers­pec­tive, le Concile Vatican II a clai­re­ment affir­mé que « lors­qu’il s’a­git de mettre en accord l’a­mour conju­gal avec la trans­mis­sion res­pon­sable de la vie, la mora­li­té du com­por­te­ment ne dépend pas de la seule sin­cé­ri­té de l’in­ten­tion et de la seule appré­cia­tion des motifs ; mais elle doit être déter­mi­née selon des cri­tères objec­tifs, tirés de la nature même de la per­sonne et de ses actes, cri­tères qui res­pectent, dans un contexte d’a­mour véri­table, la signi­fi­ca­tion totale d’une dona­tion réci­proque et d’une pro­créa­tion à la mesure de l’homme ; chose impos­sible si la ver­tu de chas­te­té conju­gale n’est pas pra­ti­quée d’un cœur loyal»(86).

C’est en par­tant de la « vision inté­grale de l’homme et de sa voca­tion, non seule­ment natu­relle et ter­restre, mais aus­si sur­na­tu­relle et éternelle»(87), que Paul VI a affir­mé que la doc­trine de l’Eglise « est fon­dée sur le lien indis­so­luble, que Dieu a vou­lu et que l’homme ne peut rompre de son ini­tia­tive, entre les deux signi­fi­ca­tions de l’acte conju­gal : union et procréation»(88). Et il a conclu en réaf­fir­mant qu’il y a lieu d’ex­clure, comme intrin­sè­que­ment mau­vaise, « toute action qui, soit en pré­vi­sion de l’acte conju­gal, soit dans son dérou­le­ment, soit dans le déve­lop­pe­ment de ses consé­quences natu­relles, se pro­po­se­rait comme but ou comme moyen de rendre impos­sible la procréation»(89).

Lorsque les époux, en recou­rant à la contra­cep­tion, séparent ces deux signi­fi­ca­tions que le Dieu créa­teur a ins­crites dans l’être de l’homme et de la femme comme dans le dyna­misme de leur com­mu­nion sexuelle, ils se com­portent en « arbitres » du des­sein de Dieu ; ils « mani­pulent » et avi­lissent la sexua­li­té humaine et, avec elle, leur propre per­sonne et celle du conjoint en alté­rant la valeur de leur dona­tion « totale ». Ainsi, au lan­gage qui exprime natu­rel­le­ment la dona­tion réci­proque et totale des époux, la contra­cep­tion oppose un lan­gage objec­ti­ve­ment contra­dic­toire, selon lequel il ne s’a­git plus de se don­ner tota­le­ment à l’autre ; il en découle non seule­ment le refus posi­tif de l’ou­ver­ture à la vie, mais aus­si une fal­si­fi­ca­tion de la véri­té inté­rieure de l’a­mour conju­gal, appe­lé à être un don de la per­sonne tout entière.

En revanche lorsque les époux, en obser­vant le recours à des périodes infé­condes, res­pectent le lien indis­so­luble entre les aspects d’u­nion et de pro­créa­tion de la sexua­li­té humaine, ils se com­portent comme des « ministres » du des­sein de Dieu et ils usent de la sexua­li­té en « usu­frui­tiers », selon le dyna­misme ori­gi­nel de la dona­tion « totale », sans mani­pu­la­tions ni altérations(90).

A la lumière de l’ex­pé­rience de tant de couples et des don­nées des diverses sciences humaines, la réflexion théo­lo­gique peut sai­sir – et elle est appe­lée à l’ap­pro­fon­dir – la dif­fé­rence anthro­po­lo­gique et en même temps morale exis­tant entre la contra­cep­tion et le recours aux rythmes pério­diques : il s’a­git d’une dif­fé­rence beau­coup plus impor­tante et plus pro­fonde qu’on ne le pense habi­tuel­le­ment et qui, en der­nière ana­lyse, implique deux concep­tions de la per­sonne et de la sexua­li­té humaine irré­duc­tibles l’une à l’autre. Le choix des rythmes natu­rels com­porte l’ac­cep­ta­tion du temps de la per­sonne, ici du cycle fémi­nin, et aus­si l’ac­cep­ta­tion du dia­logue, du res­pect réci­proque, de la res­pon­sa­bi­li­té com­mune, de la maî­trise de soi. Accueillir le temps et le dia­logue signi­fie recon­naître le carac­tère à la fois spi­ri­tuel et cor­po­rel de la com­mu­nion conju­gale, et éga­le­ment vivre l’a­mour per­son­nel dans son exi­gence de fidé­li­té. Dans ce contexte, le couple expé­ri­mente le fait que la com­mu­nion conju­gale est enri­chie par les valeurs de ten­dresse et d’af­fec­ti­vi­té qui consti­tuent la nature pro­fonde de la sexua­li­té humaine, jusque dans sa dimen­sion phy­sique. Ainsi, la sexua­li­té est res­pec­tée et pro­mue dans sa dimen­sion vrai­ment et plei­ne­ment humaine, mais n’est jamais « uti­li­sée » comme un « objet » qui, dis­sol­vant l’u­ni­té per­son­nelle de l’âme et du corps, atteint la créa­tion de Dieu dans les liens les plus intimes unis­sant nature et personne.

L’Eglise, édu­ca­trice et mère pour les conjoints en difficulté

33. C’est aus­si dans le domaine de la morale conju­gale que l’Eglise est édu­ca­trice et mère et agit comme telle.

Educatrice, elle ne se lasse pas de pro­cla­mer la norme morale qui doit gui­der la trans­mis­sion res­pon­sable de la vie. L’Eglise n’est ni l’au­teur ni l’ar­bitre d’une telle norme. Par obéis­sance à la véri­té qui est le Christ, dont l’i­mage se reflète dans la nature et dans la digni­té de la per­sonne humaine, l’Eglise inter­prète la norme morale et la pro­pose à tous les hommes de bonne volon­té, sans en cacher les exi­gences de radi­ca­lisme et de perfection.

En tant que mère, l’Eglise se fait proche de tant de couples en dif­fi­cul­té sur ce point impor­tant de la vie morale : elle connaît bien leur situa­tion, sou­vent très pénible et par­fois aggra­vée par des dif­fi­cul­tés de tous genres, à la fois indi­vi­duelles et sociales. Elle sait que de nom­breux conjoints ren­contrent de telles dif­fi­cul­tés tant pour la pra­tique concrète que pour la com­pré­hen­sion des valeurs com­prises dans la norme morale.

C’est cepen­dant la même et unique Eglise qui est à la fois édu­ca­trice et mère. Aussi ne cesset-​elle de faire entendre ses appels et ses encou­ra­ge­ments à résoudre les dif­fi­cul­tés conju­gales éven­tuelles sans jamais fal­si­fier ni com­pro­mettre la véri­té. Elle est en effet convain­cue qu’il ne sau­rait y avoir de vraie contra­dic­tion entre la loi divine concer­nant la trans­mis­sion de la vie et celle qui demande de favo­ri­ser le véri­table amour conjugal(91). C’est pour­quoi la péda­go­gie concrète de l’Eglise doit tou­jours être liée à sa doc­trine et jamais sépa­rée d’elle. Je le répète, avec la même convic­tion que mon pré­dé­ces­seur : « Ne dimi­nuer en rien la salu­taire doc­trine du Christ est une forme émi­nente de cha­ri­té envers les âmes»(92).

D’autre part, la vraie péda­go­gie de l’Eglise ne révèle son réa­lisme et sa sagesse qu’en fai­sant des efforts tenaces et cou­ra­geaux pour créer et sou­te­nir toutes les condi­tions humaines – psy­cho­lo­giques, morales et spi­ri­tuelles – qui sont indis­pen­sables pour com­prendre et vivre la valeur et la norme morales.

Il n’y a pas de doute que par­mi ces condi­tions on doit men­tion­ner la constance et la patience, l’hu­mi­li­té et la force d’âme, la confiance filiale en Dieu et dans sa grâce, le recours fré­quent à la prière et aux sacre­ments de l’Eucharistie et de la réconciliation(93). Ainsi ren­dus plus forts, les époux chré­tiens pour­ront conser­ver vivante la conscience de l’in­fluence sin­gu­lière que la grâce du sacre­ment de mariage exerce sur tous les aspects concrets de leur vie conju­gale, et donc sur leur sexua­li­té. Le don de l’Esprit Saint, accueilli par les époux, les aide à vivre leur sexua­li­té selon le des­sein de Dieu et comme un signe de l’a­mour qui unit le Christ à son Eglise en étant pour elle source de fécondité.

Mais, par­mi les condi­tions néces­saires, entre aus­si la connais­sance de la « cor­po­réi­té » et de ses rythmes de fécon­di­té. En ce sens, il faut tout faire pour qu’une telle connais­sance soit ren­due acces­sible à tous les conjoints, et d’a­bord aux jeunes, moyen­nant une infor­ma­tion et une édu­ca­tion claires, don­nées à temps et avec sérieux, par des couples, des méde­cins et des experts. Cette connais­sance doit par­ve­nir à l’é­du­ca­tion du contrôle de soi ; d’où la néces­si­té abso­lue de la ver­tu de chas­te­té et d’une édu­ca­tion per­ma­nente en ce sens. Selon la vision chré­tienne, la chas­te­té ne signi­fie abso­lu­ment pas refus ou més­es­time de la sexua­li­té humaine, mais plu­tôt une éner­gie spi­ri­tuelle sachant défendre l’a­mour des périls de l’é­goïsme et de l’a­gres­si­vi­té, en le condui­sant vers sa pleine réalisation.

Paul VI, avec une intui­tion riche de sagesse et d’a­mour, n’a rien fait d’autre que de don­ner la parole à l’ex­pé­rience de tant de couples lors­qu’il a écrit dans son ency­clique : « La maî­trise de l’ins­tinct par la rai­son et la libre volon­té impose sans nul doute une ascèse, pour que les mani­fes­ta­tions affec­tives de la vie conju­gale soient dûment réglées, en par­ti­cu­lier pour l’ob­ser­vance de la conti­nence pério­dique. Mais cette dis­ci­pline, propre à la pure­té des époux, bien loin de nuire à l’a­mour conju­gal, lui confère au contraire une plus haute valeur humaine. Elle exige un effort conti­nuel, mais grâce à son influence bien­fai­sante, les conjoints déve­loppent inté­gra­le­ment leur per­son­na­li­té, en s’en­ri­chis­sant de valeurs spi­ri­tuelles : elle apporte à la vie fami­liale des fruits de séré­ni­té et de paix, et elle faci­lite la solu­tion d’autres pro­blèmes ; elle favo­rise l’at­ten­tion à l’autre conjoint, aide les époux à ban­nir l’é­goïsme, enne­mi du véri­table amour, et appro­fon­dit leur sens des res­pon­sa­bi­li­tés dans l’ac­com­plis­se­ment de leurs devoirs. Les parents acquièrent ain­si la capa­ci­té d’une influence plus pro­fonde et plus effi­cace pour l’é­du­ca­tion des enfants»(94).

L’itinéraire moral des époux

34. Il est tou­jours d’une grande impor­tance d’a­voir une concep­tion droite de l’ordre moral, de ses valeurs et de ses normes ; et cela d’au­tant plus que les dif­fi­cul­tés à les res­pec­ter deviennent plus nom­breuses et plus graves.

Puisque l’ordre moral révèle et pro­pose le des­sein du Dieu créa­teur, il ne sau­rait être pour l’homme ni imper­son­nel ni cause de mort. Au contraire, il répond aux exi­gences ins­crites au plus pro­fond de l’homme créé par Dieu. Il est mis au ser­vice de sa pleine huma­ni­té, avec l’a­mour déli­cat et exi­geant par lequel Dieu lui-​même ins­pire et sou­tient toute créa­ture et la guide vers son bonheur.

Mais l’homme, appe­lé à vivre de façon res­pon­sable ce des­sein de Dieu empreint de sagesse et d’a­mour, est un être situé dans l’his­toire. Jour après jour, il se construit par ses choix nom­breux et libres. Ainsi il connaît, aime et accom­plit le bien moral en sui­vant les étapes d’une croissance.

Les époux, dans la sphère de leur vie morale, sont eux aus­si appe­lés à che­mi­ner sans se las­ser, sou­te­nus par le désir sin­cère et agis­sant de mieux connaître les valeurs garan­ties et pro­mues par la loi divine, avec la volon­té de les incar­ner de façon droite et géné­reuse dans leurs choix concrets. Ils ne peuvent tou­te­fois consi­dé­rer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regar­der comme un com­man­de­ment du Christ Seigneur leur enjoi­gnant de sur­mon­ter sérieu­se­ment les obs­tacles. « C’est pour­quoi ce qu’on appelle la « loi de gra­dua­li­té » ou voie gra­duelle ne peut s’i­den­ti­fier à la « gra­dua­li­té de la loi », comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de pré­ceptes dif­fé­rents selon les per­sonnes et les situa­tions diverses. Tous les époux sont appe­lés à la sain­te­té dans le mariage, selon la volon­té de Dieu, et cette voca­tion se réa­lise dans la mesure où la per­sonne humaine est capable de répondre au pré­cepte divin, ani­mée d’une confiance sereine en la grâce divine et en sa propre volonté»(95). De même il appar­tient à la péda­go­gie de l’Eglise de faire en sorte que, avant tout, les conjoints recon­naissent clai­re­ment la doc­trine d’Humanae vitae comme norme pour l’exer­cice de la sexua­li­té et s’at­tachent sin­cè­re­ment à éta­blir les condi­tions néces­saires à son observation.

Comme l’a rele­vé le Synode, cette péda­go­gie embrasse toute la vie conju­gale. Aussi le sou­ci de trans­mettre la vie doit-​il s’in­té­grer dans la tota­li­té de la mis­sion de la vie chré­tienne, qui, sans la croix, ne peut par­ve­nir à la résur­rec­tion. Dans ce contexte, on com­prend qu’il n’est pas pos­sible de sup­pri­mer le sacri­fice dans la vie de la famille, mais qu’il faut au contraire l’ac­cep­ter de bon coeur afin que l’a­mour conju­gal s’ap­pro­fon­disse et devienne source de joie intime.

Ce che­min com­mun à tous exige une réflexion, une infor­ma­tion et une édu­ca­tion adé­quates chez les prêtres, les reli­gieux et les laïcs enga­gés dans la pas­to­rale de la famille. Ils pour­ront ain­si aider les époux dans leur iti­né­raire humain et spi­ri­tuel, iti­né­raire com­por­tant la conscience du péché, l’en­ga­ge­ment sin­cère d’ob­ser­ver la loi morale, le minis­tère de la récon­ci­lia­tion. Il convient encore d’a­voir pré­sent à l’es­prit que, dans l’in­ti­mi­té conju­gale, sont impli­quées les volon­tés de deux per­sonnes, mais qui sont appe­lées à se com­por­ter et à pen­ser en har­mo­nie : cela demande beau­coup de patience, de sym­pa­thie et de temps. Il est d’une sin­gu­lière impor­tance que, dans ce domaine, règne l’u­ni­té des juge­ments moraux et pas­to­raux des prêtres. Celle-​ci doit être recher­chée avec soin et exis­ter réel­le­ment pour que les fidèles ne souffrent pas de troubles de conscience(96).

Le che­mi­ne­ment des époux sera faci­li­té dans la mesure où, rem­plis d’es­time pour la doc­trine de l’Eglise et de confiance en la grâce du Christ, aidés et accom­pa­gnés par les pas­teurs d’âmes et par la com­mu­nau­té ecclé­siale tout entière, ils sau­ront décou­vrir et expé­ri­men­ter la valeur de libé­ra­tion et de pro­mo­tion de l’a­mour authen­tique qu’offre l’Evangile et que pro­pose le com­man­de­ment du Seigneur.

Susciter des convic­tions et offrir une aide concrète

35. Devant le pro­blème d’une hon­nête régu­la­tion des nais­sances, la com­mu­nau­té ecclé­siale doit aujourd’­hui s’ef­for­cer de sus­ci­ter des convic­tions et d’of­frir une aide concrète à ceux qui veulent vivre la pater­ni­té et la mater­ni­té de façon vrai­ment responsable.

En ce domaine, l’Eglise se réjouit des résul­tats aux­quels sont par­ve­nues les recherches scien­ti­fiques pour une connais­sance plus pré­cise des rythmes de la fécon­di­té fémi­nine et elle sti­mule un déve­lop­pe­ment plus appro­fon­di et plus déci­sif de telles études. Mais en même temps elle se doit de sol­li­ci­ter avec une vigueur nou­velle la res­pon­sa­bi­li­té de tous ceux qui ‑méde­cins, spé­cia­listes, conseillers conju­gaux, édu­ca­teurs, couples – peuvent aider effi­ca­ce­ment les conjoints à vivre leur amour dans le res­pect de la struc­ture et des fina­li­tés de l’acte conju­gal qui l’ex­prime. Cela signi­fîe des efforts plus éten­dus, plus déci­sifs et plus sys­té­ma­tiques pour faire connaître, esti­mer et appli­quer les méthodes natu­relles de régu­la­tion de la fécondité(97).

Un témoi­gnage pré­cieux peut et doit être don­né par les époux qui, grâce à l’ef­fort de conti­nence pério­dique, sont par­ve­nus à une res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle plus mûre devant l’a­mour et la vie. Comme l’é­cri­vait Paul VI : « C’est à eux que le Seigneur confie la tâche de rendre visible aux hommes la sain­te­té et la dou­ceur de la loi qui unit l’a­mour mutuel des époux à leur coopé­ra­tion à l’a­mour de Dieu auteur de la vie humaine»(98).

2) L’éducation

Le droit et le devoir d’é­du­ca­tion qui reviennent aux parents

36. Le devoir d’é­du­ca­tion a ses racines dans la voca­tion pri­mor­diale des époux à par­ti­ci­per à l’œuvre créa­trice de Dieu : en engen­drant dans l’a­mour et par amour une nou­velle per­sonne pos­sé­dant en soi la voca­tion à la crois­sance et au déve­lop­pe­ment, les parents assument par là-​même le devoir de l’ai­der effi­ca­ce­ment à vivre une vie plei­ne­ment humaine. Comme l’a rap­pe­lé le Concile Vatican II : « Les parents, parce qu’ils ont don­né la vie à leurs enfants, ont la très grave obli­ga­tion de les éle­ver et, à ce titre, ils doivent être recon­nus comme leurs pre­miers et prin­ci­paux édu­ca­teurs. Le rôle édu­ca­tif des parents est d’une telle impor­tance que, en cas de défaillance de leur part, il peut dif­fi­ci­le­ment être sup­pléé. C’est aux parents, en effet, de créer une atmo­sphère fami­liale, ani­mée par l’a­mour et le res­pect envers Dieu et les hommes, telle qu’elle favo­rise l’é­du­ca­tion totale, per­son­nelle et sociale, de leurs enfants. La famille est donc la pre­mière école des ver­tus sociales dont aucune socié­té ne peut se passer»(99).

Le droit et le devoir d’é­du­ca­tion sont pour les parents quelque chose d’essen­tiel, de par leur lien avec la trans­mis­sion de la vie ; quelque chose d’ori­gi­nal et de pri­mor­dial, par rap­port au devoir édu­ca­tif des autres, en rai­son du carac­tère unique du rap­port d’a­mour exis­tant entre parents et enfants ; quelque chose d’irrem­pla­cable et d’inalié­nable, qui ne peut donc être tota­le­ment délé­gué à d’autres ni usur­pé par d’autres.

Outre ces carac­té­ris­tiques, on ne peut oublier que l’élé­ment le plus radi­cal, de nature à qua­li­fier le devoir édu­ca­tif des parents, est l’a­mour pater­nel et mater­nel, qui trouve dans l’œuvre de l’é­du­ca­tion son accom­plis­se­ment en com­plé­tant et en per­fec­tion­nant plei­ne­ment leur ser­vice de la vie. De source qu’il était, l’a­mour des parents devient ain­si l’âme et donc la norme qui ins­pirent et guident toute l’ac­tion édu­ca­tive concrète, en l’en­ri­chis­sant des valeurs de dou­ceur, de constance, de bon­té, de ser­vice, de dés­in­té­res­se­ment, d’es­prit de sacri­fice, qui sont les fruits les plus pré­cieux de l’amour.

Eduquer au sens des valeurs essen­tielles de la vie humaine

37. Bien qu’af­fron­tés aux dif­fi­cul­tés, sou­vent plus grandes aujourd’­hui, de leur tâche d’é­du­ca­teurs, les parents doivent, avec confiance et cou­rage, for­mer leurs enfants au sens des valeurs essen­tielles de la vie humaine. Les enfants doivent gran­dir dans une juste liber­té devant les biens maté­riels, en adop­tant un style de vie simple et aus­tère, bien convain­cus que « l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a»(100).

Dans une socié­té ébran­lée et désa­gré­gée par des ten­sions et des conflits en rai­son du violent affron­te­ment entre les indi­vi­dua­lismes et les égoïsmes de toute sorte, les enfants doivent acqué­rir le sens de la jus­tice véri­table – qui seule conduit au res­pect de la digni­té per­son­nelle de cha­cun – et davan­tage encore le sens de l’a­mour authen­tique, qui est fait d’at­ten­tion sin­cère et de ser­vice dés­in­té­res­sé à l’é­gard des autres, en par­ti­cu­lier des plus pauvres et des plus néces­si­teux. La famille est la pre­mière école, l’é­cole fon­da­men­tale de la vie sociale ; comme com­mu­nau­té d’a­mour, elle trouve dans le don de soi la loi qui la guide et la fait croître. Le don de soi qui anime les époux entre eux se pré­sente comme le modèle et la norme de celui qui doit se réa­li­ser dans les rap­ports entre frères et sœurs, et entre les diverses géné­ra­tions qui par­tagent la vie fami­liale. La com­mu­nion et la par­ti­ci­pa­tion vécues chaque jour au foyer, dans les moments de joie ou de dif­fi­cul­té, repré­sentent la péda­go­gie la plus concrète et la plus effi­cace en vue de l’in­ser­tion active, res­pon­sable et féconde des enfants dans le cadre plus large de la société.

L’éducation de l’a­mour comme don de soi consti­tue encore les pré­misses indis­pen­sables pour les parents appe­lés à don­ner à leurs enfants une édu­ca­tion sexuelle claire et déli­cate. Devant une culture qui « bana­lise » en grande par­tie la sexua­li­té humaine, en l’in­ter­pré­tant et en la vivant de façon réduc­trice et appau­vrie, en la reliant uni­que­ment au corps et au plai­sir égoïste, le ser­vice édu­ca­tif des parents vise­ra fer­me­ment une culture sexuelle vrai­ment et plei­ne­ment axée sur la per­sonne : la sexua­li­té, en effet, est une richesse de la per­sonne tout entière – corps, sen­ti­ments et âme – et mani­feste sa signi­fi­ca­tion intime en la por­tant au don de soi dans l’amour.

L’éducation sexuelle – droit et devoir fon­da­men­taux des parents – doit tou­jours se réa­li­ser sous leur conduite atten­tive, tant à la mai­son que dans les centres d’é­du­ca­tion choi­sis et contrô­lés par eux. L’Eglise rap­pelle ain­si la loi de sub­si­dia­ri­té, que l’é­cole est tenue d’ob­ser­ver lors­qu’elle coopère à l’é­du­ca­tion sexuelle, en se pla­çant dans l’es­prit qui anime les parents.

Dans ce contexte, il n’est abso­lu­ment pas ques­tion de renon­cer à l’é­du­ca­tion de la chas­te­té, ver­tu qui déve­loppe la matu­ri­té authen­tique de la per­sonne, en la ren­dant capable de res­pec­ter et de pro­mou­voir la « signi­fi­ca­tion nup­tiale » du corps. Bien plus, les parents chré­tiens réser­ve­ront une atten­tion et un soin par­ti­cu­liers à dis­cer­ner les signes de l’ap­pel de Dieu pour l’é­du­ca­tion de la vir­gi­ni­té comme forme suprême du don de soi qui consti­tue le sens même de la sexua­li­té humaine.

En rai­son des liens étroits qui relient la dimen­sion sexuelle de la per­sonne aux valeurs éthiques, le rôle de l’é­du­ca­tion est de conduire les enfants à la connais­sance et à l’es­time des normes morales comme garan­tie néces­saire et pré­cieuse d’une crois­sance per­son­nelle res­pon­sable dans la sexua­li­té humaine.

C’est pour cela que l’Eglise s’op­pose fer­me­ment à une cer­taine forme d’in­for­ma­tion sexuelle ne tenant aucun compte des prin­cipes moraux et si sou­vent dif­fu­sée aujourd’­hui, qui ne serait rien d’autre qu’une intro­duc­tion à l’ex­pé­rience du plai­sir et pous­se­rait le jeune, par­fois même à l’âge de l’in­no­cence, à perdre la séré­ni­té, en ouvrant la voie au vice.

La mis­sion édu­ca­tive et le sacre­ment de mariage

38. La mis­sion édu­ca­tive, enra­ci­née comme on l’a dit dans la par­ti­ci­pa­tion à l’œuvre créa­trice de Dieu, trouve aus­si sa source, pour les parents chré­tiens, d’une manière nou­velle et spé­ci­fique, dans le sacre­ment de mariage, qui les consacre à l’é­du­ca­tion pro­pre­ment chré­tienne des enfants et les appelle donc à par­ti­ci­per à l’au­to­ri­té et à l’a­mour mêmes de Dieu Père et du Christ Pasteur, tout comme à l’a­mour mater­nel de l’Eglise. Il les enri­chit des dons de sagesse, de conseil, de force et de tous les autres dons du Saint-​Esprit afin qu’ils puissent aider leurs enfants dans leur crois­sance humaine et chrétienne.

Grâce au sacre­ment de mariage, la mis­sion édu­ca­tive est éle­vée à la digni­té et à la voca­tion d’un « minis­tère » authen­tique de l’Eglise au ser­vice de l’é­di­fi­ca­tion de ses membres. Ce minis­tère édu­ca­tif des parents chré­tiens est si grand et si beau que saint Thomas n’hé­site pas à le com­pa­rer au minis­tère des prêtres : « Certains pro­pagent et entre­tiennent la vie spi­ri­tuelle par un minis­tère uni­que­ment spi­ri­tuel, et cela revient au sacre­ment de l’ordre ; d’autres le font pour la vie à la fois cor­po­relle et spi­ri­tuelle, et cela se réa­lise par le sacre­ment de mariage, dans lequel l’homme et la femme s’u­nissent pour engen­drer les enfants et leur ensei­gner le culte de Dieu»(101).

La conscience aiguë et vigi­lante de la mis­sion confé­rée par le sacre­ment de mariage aide­ra les parents chré­tiens à se consa­crer au ser­vice édu­ca­tif des enfants avec une grande séré­ni­té, et en même temps avec le sens de leur res­pon­sa­bi­li­té devant Dieu qui les appelle et leur confie le soin d’é­di­fier l’Eglise dans leurs enfants. Ainsi, la famille des bap­ti­sés, assem­blée en tant qu’Eglise domes­tique par la Parole et par le sacre­ment, devient en même temps, comme l’Eglise dans son ensemble, mère et éducatrice.

La pre­mière expé­rience d’Eglise

39. La mis­sion d’é­du­ca­tion exige des parents chré­tiens qu’ils pro­posent aux enfants tout ce qui est néces­saire pour la for­ma­tion pro­gres­sive de leur per­son­na­li­té d’un point de vue chré­tien et ecclé­sial. Ils repren­dront alors les orien­ta­tions édu­ca­tives rap­pe­lées plus haut, en ayant soin d’en mon­trer aux enfants la pro­fonde signi­fi­ca­tion à laquelle sau­ront les mener la foi et aus­si la cha­ri­té de Jésus-​Christ. En outre, dans leur sou­ci de for­ti­fier dans l’âme des enfants le don de la grâce divine, les parents chré­tiens seront sou­te­nus par la conscience que le Seigneur leur confie la crois­sance d’un fils de Dieu, d’un frère du Christ, d’un temple de l’Esprit Saint, d’un membre de l’Eglise.

Le Concile Vatican II pré­cise ain­si le conte­nu de l’é­du­ca­tion chré­tienne : « Celle-​ci ne vise pas seule­ment à assu­rer la matu­ri­té (…) de la per­sonne humaine, mais prin­ci­pa­le­ment à ce que les bap­ti­sés, intro­duits pas à pas dans la connais­sance du mys­tère du salut, deviennent chaque jour plus conscients de ce don de la foi qu’ils ont reçu, apprennent à ado­rer Dieu le Père en esprit et véri­té (cf. Jn 4, 23) avant tout dans l’ac­tion litur­gique, soient trans­for­més de façon à mener leur vie per­son­nelle selon l’homme nou­veau dans la jus­tice et la sain­te­té de la véri­té (Ep 4, 22–24) et qu’ain­si, consti­tuant cet homme par­fait, dans la force de l’âge, qui réa­lise la plé­ni­tude du Christ (cf. Ep 4, 13), ils apportent leur contri­bu­tion à la crois­sance du Corps mys­tique. Qu’en outre, conscients de leur voca­tion, ils prennent l’ha­bi­tude aus­si bien de rendre témoi­gnage à l’es­pé­rance qui est en eux (cf. 1 P 3, 15) que d’ai­der à la trans­for­ma­tion chré­tienne du monde»(102).

Le Synode, pour sa part, repre­nant et déve­lop­pant l’en­sei­gne­ment du Concile dans ses grandes lignes, a pré­sen­té la mis­sion édu­ca­tive de la famille chré­tienne comme un vrai minis­tère, grâce auquel l’Evangile est trans­mis et dif­fu­sé, à tel point que la vie fami­liale dans son ensemble devient che­min de foi et en quelque sorte ini­tia­tion chré­tienne et école de vie à la suite du Christ. Dans la famille consciente d’un tel don, comme l’a écrit Paul VI, « tous les membres évan­gé­lisent et sont évangélisés»(103).

En ver­tu de ce minis­tère d’é­du­ca­tion, les parents, à tra­vers le témoi­gnage de vie, sont les pre­miers hérauts de l’Evangile auprès de leurs enfants. Bien plus, en priant avec eux, en s’a­don­nant avec eux à la lec­ture de la Parole de Dieu et en les fai­sant péné­trer dans l’in­ti­mi­té du Corps du Christ – eucha­ris­tique et ecclé­sial – par l’i­ni­tia­tion chré­tienne, ils deviennent plei­ne­ment parents, en ce sens qu’ils engendrent non seule­ment à la vie selon la chair mais aus­si à celle qui, à tra­vers la renais­sance dans l’Esprit, jaillit de la croix et de la résur­rec­tion du Christ.

Afin de per­mettre aux parents chré­tiens d’ac­com­plir comme il convient leur minis­tère édu­ca­tif, les Pères du Synode ont sou­hai­té que soit éla­bo­ré un texte adap­té de caté­chisme à l’u­sage de la famille, clair, bref et acces­sible à tous. Les Conférences épis­co­pales ont été cha­leu­reu­se­ment invi­tées à tra­vailler à l’é­la­bo­ra­tion de ce catéchisme.

Rapports avec les autres ins­tances éducatives

40. La famille est la pre­mière com­mu­nau­té édu­ca­trice, mais non pas la seule ni l’u­nique : la dimen­sion même de l’homme, com­mu­nau­taire, civile et ecclé­siale, exige et sus­cite une œuvre plus vaste et plus com­plexe qui est le fruit de la col­la­bo­ra­tion bien ordon­née des diverses ins­tances édu­ca­tives. Toutes ces ins­ti­tu­tions sont néces­saires, même si cha­cune peut et doit inter­ve­nir selon sa com­pé­tence et appor­ter sa contri­bu­tion propre(104).

La tâche édu­ca­tive de la famille chré­tienne occupe donc une place très impor­tante dans la pas­to­rale d’en­semble : cela sup­pose une nou­velle forme de col­la­bo­ra­tion entre parents et com­mu­nau­tés chré­tiennes, entre les divers groupes édu­ca­tifs et les pas­teurs. Et à cet égard, le renou­veau de l’é­cole catho­lique doit por­ter une atten­tion par­ti­cu­lière tant aux parents d’é­lèves qu’à la for­ma­tion d’une com­mu­nau­té édu­ca­tive parfaite.

Le droit des parents au choix d’une édu­ca­tion conforme à leur foi doit être abso­lu­ment assuré.

L’Eglise et l’Etat ont le devoir d’ap­por­ter aux familles l’as­sis­tance néces­saire afin qu’elles puissent exer­cer comme il convient leurs tâches édu­ca­tives. Dans ce but, aus­si bien l’Eglise que l’Etat doivent créer et pro­mou­voir les ins­ti­tu­tions et les acti­vi­tés que les familles attendent à juste titre ; l’as­sis­tance devra être telle qu’elle sup­plée aux insuf­fi­sances des familles. Et donc, tous ceux qui dans la socié­té sont à la tête des écoles ne doivent jamais oublier que les parents ont été ins­ti­tués par Dieu lui-​même pre­miers et prin­ci­paux édu­ca­teurs de leurs enfants, et que c’est là un droit abso­lu­ment inaliénable.

Mais, cor­ré­la­ti­ve­ment à leur droit, les parents ont la grave obli­ga­tion de faire tout ce qui est en leur pou­voir pour entre­te­nir des rela­tions cor­diales et construc­tives avec les ensei­gnants et les res­pon­sables des écoles.

Si dans les écoles on enseigne des idéo­lo­gies contraires à la foi chré­tienne, la famille, conjoin­te­ment à d’autres familles – si pos­sible par l’in­ter­mé­diaire d’as­so­cia­tions fami­liales -, doit de toutes ses forces et avec sagesse aider les jeunes à ne pas s’é­car­ter de la foi. Dans de telles condi­tions, la famille a besoin de rece­voir des secours par­ti­cu­liers de la part des pas­teurs d’âmes, et ceux-​ci ne peuvent oublier que les parents ont lé droit inalié­nable de confier leurs enfants à la com­mu­nau­té ecclésiale.

Le ser­vice mul­ti­forme de la vie

41. L’amour conju­gal fécond s’ex­prime dans un ser­vice mul­ti­forme de la vie dont la pro­créa­tion et l’é­du­ca­tion sont les signes les plus visibles en même temps que spé­ci­fiques et irrem­pla­çables. Mais en réa­li­té tout acte d’a­mour authen­tique envers l’homme témoigne de la fécon­di­té spi­ri­tuelle de la famille et la per­fec­tionne, car il est obéis­sance au pro­fond dyna­misme inté­rieur de l’a­mour en tant que don de soi-​même aux autres.

Les conjoints qui font l’ex­pé­rience de la sté­ri­li­té phy­sique sau­ront d’une façon spé­ciale faire leur cette pers­pec­tive qui est si riche et si exi­geante pour tous.

Les familles chré­tiennes qui, dans la foi, recon­naissent tous les hommes comme fils du même Père des cieux, auront à cœur d’ac­cueillir géné­reu­se­ment les enfants des autres familles, leur appor­tant le sou­tien et l’a­mour dus aux membres de l’u­nique famille des enfants de Dieu. Les parents chré­tiens pour­ront ain­si faire rayon­ner leur amour au-​delà des liens de la chair et du sang, pour appro­fon­dir les liens qui s’en­ra­cinent dans l’es­prit et se déve­loppent dans l’aide concrète appor­tée aux enfants d’autres familles qui vont jus­qu’à man­quer des choses de pre­mière nécessité.

Les familles chré­tiennes sau­ront s’ou­vrir à une plus grande dis­po­ni­bi­li­té en faveur de l’a­dop­tion et de la prise en charge des enfants pri­vés de leurs parents ou aban­don­nés par eux. Ces enfants, en retrou­vant une chaude atmo­sphère fami­liale, peuvent alors faire l’ex­pé­rience de l’a­mour atten­tif et pater­nel de Dieu à tra­vers le témoi­gnage de parents chré­tiens et gran­dir ain­si dans la séré­ni­té et la confiance dans la vie ; la famille tout entière, de son côté, se trouve enri­chie des valeurs spi­ri­tuelles conte­nues dans une fra­ter­ni­té élargie.

Une « créa­ti­vi­té » inces­sante doit carac­té­ri­ser la fécon­di­té des familles : c’est là le fruit mer­veilleux de l’Esprit de Dieu qui fait ouvrir tout grands les yeux du cœur afin de décou­vrir les néces­si­tés et les souf­frances nou­velles de notre socié­té, et c’est lui qui donne la force de les assu­mer et de leur appor­ter la réponse adé­quate. Dans ce cadre se pré­sente aux familles un champ d’ac­tion très vaste. En effet, il est de nos jours un phé­no­mène encore plus pré­oc­cu­pant que l’a­ban­don des enfants : c’est celui qui frappe cruel­le­ment les per­sonnes âgées, les malades, les per­sonnes han­di­ca­pées, les toxi­co­manes, les anciens déte­nus, etc., en les met­tant en marge de la vie sociale et culturelle.

Alors les hori­zons de la pater­ni­té et de la mater­ni­té des familles chré­tiennes s’é­lar­gissent consi­dé­ra­ble­ment : la fécon­di­té spi­ri­tuelle de leur amour est comme défiée par de telles urgences, et bien d’autres encore, de notre temps. Avec les familles et à tra­vers elles, le Seigneur conti­nue d’a­voir « pitié » des foules.

III – LA PARTICIPATION AU DEVELOPPEMENT DE LA SOCIETE

La famille, cel­lule pre­mière et vitale de la société

42. Puisque « le Créateur a fait de la com­mu­nau­té conju­gale l’or­gine et le fon­de­ment de la socié­té humaine », la famille est deve­nue la « cel­lule pre­mière et vitale de la société»(105).

La famille a des liens orga­niques et vitaux avec la socié­té parce qu’elle en consti­tue le fon­de­ment et qu’elle la sus­tente sans cesse en réa­li­sant son ser­vice de la vie : c’est au sein de la famille en effet que naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le pre­mier appren­tis­sage des ver­tus sociales, qui sont pour la socié­té l’âme de sa vie et de son développement.

Ainsi donc, en rai­son de sa nature et de sa voca­tion, la famille, loin de se replier sur elle-​même, s’ouvre aux autres familles et à la socié­té, elle rem­plit son rôle social.

La vie fami­liale : expé­rience de com­mu­nion et de participation

43. L’expérience même de com­mu­nion et de par­ti­ci­pa­tion qui doit carac­té­ri­ser la vie quo­ti­dienne de la famille consti­tue son apport essen­tiel et fon­da­men­tal à la société.

Les rela­tions entre les membres de la com­mu­nau­té fami­liale se déve­loppent sous l’ins­pi­ra­tion et la conduite de la loi de la « gra­tui­té » qui, en res­pec­tant et en culti­vant en tous et en cha­cun le sens de la digni­té per­son­nelle comme source unique de valeur, se trans­forme en accueil cha­leu­reux, ren­contre et dia­logue, dis­po­ni­bi­li­té géné­reuse, ser­vice dés­in­té­res­sé, pro­fonde solidarité.

Ainsi, la pro­mo­tion d’une authen­tique com­mu­nion de per­sonnes res­pon­sables dans la famille devient un appren­tis­sage fon­da­men­tal et irrem­pla­çable de vie sociale, un exemple et un encou­ra­ge­ment pour des rela­tions com­mu­nau­taires élar­gies, carac­té­ri­sées par le res­pect, la jus­tice, le sens du dia­logue, l’amour.

De cette façon, comme les Pères du Synode l’ont rap­pe­lé, la famille consti­tue le ber­ceau et le moyen le plus effi­cace pour huma­ni­ser et per­son­na­li­ser la socié­té : c’est elle qui tra­vaille d’une manière ori­gi­nale et pro­fonde à la construc­tion du monde, ren­dant pos­sible une vie vrai­ment humaine, par­ti­cu­liè­re­ment en conser­vant et en trans­met­tant les ver­tus et les « valeurs ». Comme le dit le Concile Vatican II, la famille est le « lieu de ren­contre de plu­sieurs géné­ra­tions qui s’aident mutuel­le­ment à acqué­rir une sagesse plus éten­due et à har­mo­ni­ser les droits des per­sonnes avec les autres exi­gences de la vie sociale»(106).

C’est pour­quoi, face à une socié­té qui risque d’être de plus en plus déper­son­na­li­sante et ano­nyme, et donc inhu­maine et déshu­ma­ni­sante, avec les consé­quences néga­tives de tant de formes d”«évasion » – telles que l’al­coo­lisme, la drogue ou même le ter­ro­risme -, la famille pos­sède et irra­die encore aujourd’­hui des éner­gies extra­or­di­naires capables d’ar­ra­cher l’homme à l’a­no­ny­mat, de l’é­veiller à la conscience de sa digni­té per­son­nelle, de le revê­tir d’une pro­fonde huma­ni­té et de l’in­tro­duire acti­ve­ment avec son uni­ci­té et sa sin­gu­la­ri­té dans le tis­su de la société.

Le rôle social et politique

44. Le rôle social de la famille ne peut cer­tai­ne­ment pas se limi­ter à l’œuvre de la pro­créa­tion et de l’é­du­ca­tion, même s’il trouve en elles sa forme d’ex­pres­sion pre­mière et irremplaçable.

Les familles, iso­lé­ment ou en asso­cia­tions, peuvent et doivent donc se consa­crer à de nom­breuses œuvres de ser­vice social, spé­cia­le­ment en faveur des pauvres et en tout cas des per­sonnes et des situa­tions que les ins­ti­tu­tions de pré­voyance et d’as­sis­tance publiques ne réus­sissent pas à atteindre.

La contri­bu­tion sociale de la famille a son ori­gi­na­li­té qui gagne­rait à être mieux connue et qu’il fau­drait pro­mou­voir plus fran­che­ment, sur­tout au fur et à mesure que les enfants gran­dissent, en sus­ci­tant le plus pos­sible la par­ti­ci­pa­tion de tous ses membres(107).

Il faut à cet égard sou­li­gner l’im­por­tance tou­jours plus grande que revêt dans notre socié­té l’hos­pi­ta­li­té sous toutes ses formes, en tenant sim­ple­ment ouverte la porte de sa mai­son et, mieux encore, de son cœur aux besoins de nos frères, ou en allant jus­qu’à s’en­ga­ger concrè­te­ment pour assu­rer à chaque famille le loge­ment dont elle a besoin comme milieu natu­rel qui la pro­tège et la fait gran­dir. Et par-​dessus tout la famille chré­tienne est appe­lée à écou­ter la recom­man­da­tion de l’Apôtre : « Soyez avides de don­ner l’hospitalité»(108), et donc à pra­ti­quer, à la suite du Christ et avec sa cha­ri­té, l’ac­cueil de nos frères dému­nis : « Quiconque don­ne­ra à boire à l’un de ces petits rien qu’un verre d’eau fraîche, en tant qu’il est un dis­ciple, en véri­té, je vous le dis, il ne per­dra pas sa récompense»(109).

Le rôle social de la famille est appe­lé à s’ex­pri­mer aus­si sous forme d’in­ter­ven­tion poli­tique : ce sont les familles qui en pre­mier lieu doivent faire en sorte que les lois et les ins­ti­tu­tions de l’Etat non seule­ment s’abs­tiennent de bles­ser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les sou­tiennent et les pro­tègent posi­ti­ve­ment. Il faut à cet égard que les familles aient une conscience tou­jours plus vive d’être les « pro­ta­go­nistes » de ce qu’on appelle « la poli­tique fami­liale » et qu’elles assument la res­pon­sa­bi­li­té de trans­for­mer la socié­té ; dans le cas contraire, elles seront les pre­mières vic­times des maux qu’elles se sont conten­tées de consta­ter avec indif­fé­rence. L’invitation du Concile Vatican II à dépas­ser l’é­thique indi­vi­dua­liste concerne donc aus­si la famille en tant que telle(110).

La socié­té au ser­vice de la famille

45. La rela­tion étroite entre famille et socié­té exige d’une part l’ou­ver­ture et la par­ti­ci­pa­tion de la famille à la socié­té et à son déve­lop­pe­ment, mais d’autre part elle impose à la socié­té de ne jamais man­quer à son devoir fon­da­men­tal de res­pec­ter et de pro­mou­voir la famille.

Il est cer­tain que la famille et la socié­té ont des rôles com­plé­men­taires dans la défense et la pro­mo­tion des biens com­muns à tous les hommes et à tout homme. Mais la socié­té, et plus pré­ci­sé­ment l’Etat, doivent recon­naître que la famille est une « socié­té jouis­sant d’un droit propre et pri­mor­dial » (111) et ils ont donc la grave obli­ga­tion, en ce qui concerne leurs rela­tions avec la famille, de s’en tenir au prin­cipe de subsidiarité.

En ver­tu de ce prin­cipe l’Etat ne peut pas et ne doit pas enle­ver aux familles les tâches qu’elles peuvent fort bien accom­plir seules ou en s’as­so­ciant libre­ment à d’autres familles ; mais il doit au contraire favo­ri­ser et sus­ci­ter le plus pos­sible les ini­tia­tives res­pon­sables des familles. Les auto­ri­tés publiques, convain­cues du fait que le bien de la famille est pour la com­mu­nau­té civile une valeur indis­pen­sable à laquelle on ne sau­rait renon­cer, doivent s’employer le plus pos­sible à pro­cu­rer aux familles toute l’aide – éco­no­mique, sociale, édu­ca­tive, poli­tique, cultu­relle – dont elles ont besoin pour rem­plir de façon vrai­ment humaine l’en­semble de leurs obligations.

La charte des droits de la famille

46. L’action réci­proque de sou­tien et de pro­grès entre la famille et la socié­té est un idéal sou­vent contre­dit, et même gra­ve­ment, par la réa­li­té des faits où l’on constate leur sépa­ra­tion, voire leur opposition.

En effet – comme l’a conti­nuel­le­ment fait remar­quer le Synode -, la situa­tion de très nom­breuses familles en divers pays est fort pro­blé­ma­tique, quand elle n’est pas fran­che­ment mau­vaise : les lois et les ins­ti­tu­tions mécon­naissent, contre toute jus­tice, les droits invio­lables de la famille et même de la per­sonne humaine, et la socié­té, loin de se mettre au ser­vice de la famille, l’at­taque vio­lem­ment dans ses valeurs et dans ses exi­gences fon­da­men­tales. Ainsi la famille, qui selon le des­sein de Dieu est la cel­lule de base de la socié­té, sujet de droits et de devoirs anté­rieurs à ceux de l’Etat et de n’im­porte quelle autre com­mu­nau­té, se trouve être la vic­time de la socié­té, des len­teurs et des retards de ses inter­ven­tions et plus encore de ses injus­tices flagrantes.

C’est pour­quoi l’Eglise prend ouver­te­ment et avec vigueur la défense des droits de la famille contre les usur­pa­tions into­lé­rables de la socié­té et de l’Etat. Pour leur part, les Pères du Synode ont rap­pe­lé entre autres les droits sui­vants de la famille :

  • le droit d’exis­ter et de s’é­pa­nouir en tant que famille, c’est-​à-​dire le droit pour tout homme, et en par­ti­cu­lier pour les pauvres, de fon­der une famille et de l’en­tre­te­nir par des moyens appropriés ;
  • le droit d’exer­cer sa miss­sion pour tout ce qui touche à la trans­mis­sion de la vie, et d’é­du­quer ses enfants ;
  • le droit à l’in­ti­mi­té de la vie, aus­si bien conju­gale que familiale ;
  • le droit à la sta­bi­li­té du lien conju­gal et de l’ins­ti­tu­tion du mariage ;
  • le droit de croire et de pro­fes­ser sa foi, et de la répandre ;
  • le droit d’é­du­quer ses enfants confor­mé­ment à ses propres tra­di­tions et à ses valeurs reli­gieuses et cultu­relles, grâce aux ins­tru­ments, aux moyens et aux ins­ti­tu­tions nécessaires ;
  • le droit de jouir de la sécu­ri­té phy­sique, sociale, poli­tique, éco­no­mique, sur­tout pour les pauvres et les malades ;
  • le droit à un loge­ment adap­té à une vie fami­liale décente ;
  • le droit d’ex­pres­sion et de repré­sen­ta­tion devant les auto­ri­tés publiques, éco­no­miques, sociales et cultu­relles, ain­si que devant les orga­nismes qui en dépendent, et cela direc­te­ment ou au moyen d’associations ;
  • le droit de créer des asso­cia­tions en lien avec d’autres familles et ins­ti­tu­tions, afin d’ac­com­plir sa mis­sion comme il convient et avec compétence ;
  • le droit de pro­té­ger les mineurs, par le moyen d’ins­ti­tu­tions et de lois appro­priées, contre les drogues nui­sibles, la por­no­gra­phie, l’al­coo­lisme, etc.;
  • le droit à des loi­sirs hon­nêtes qui favo­risent en même temps les valeurs familiales ;
  • le droit des per­sonnes âgées à vivre et à mou­rir dignement ;
  • le droit d’é­mi­grer en tant que famille pour recher­cher de meilleures condi­tions de vie(112).

Le Saint-​Siège, accueillant la demande expli­cite du Synode, pren­dra soin d’ap­pro­fon­dir ces sug­ges­tions, en éla­bo­rant une « charte des droits de la famille » à pro­po­ser aux milieux inté­res­sés et aux Autorités concernées.

Grâce et res­pon­sa­bi­li­té de la famille chrétienne

47. Le rôle social propre à toute famille est aus­si, à un titre nou­veau et par­ti­cu­lier, celui de la famille chré­tienne, fon­dée sur le sacre­ment de mariage. En assu­mant la réa­li­té humaine de l’a­mour conju­gal dans toutes ses dimen­sions, le sacre­ment rend les époux et les parents chré­tiens capables de vivre leur voca­tion de laïcs – et c’est leur res­pon­sa­bi­li­té – et donc de « cher­cher le règne de Dieu pré­ci­sé­ment à tra­vers la gérance des choses tem­po­relles qu’ils ordonnent selon Dieu»(113).

Le rôle social et poli­tique fait par­tie de la mis­sion royale, mis­sion de ser­vice, à laquelle les époux chré­tiens par­ti­cipent en ver­tu du sacre­ment de mariage, en rece­vant à la fois un com­man­de­ment auquel ils ne peuvent se sous­traire et une grâce qui les sou­tient et les entraîne.

C’est ain­si que la famille chré­tienne est appe­lée à don­ner devant tous le témoi­gnage d’un dévoue­ment géné­reux et dés­in­té­res­sé face aux pro­blèmes sociaux, en choi­sis­sant en prio­ri­té les pauvres et les mar­gi­naux. Et c’est pour­quoi, en che­mi­nant à la suite du Seigneur dans un amour spé­cial pour tous les pauvres, elle doit avoir par­ti­cu­liè­re­ment à cœur ceux qui ont faim, ceux qui sont dému­nis, âgés, ceux qui sont malades, dro­gués, sans famille.

Pour un nou­vel ordre international

48. Face à la dimen­sion mon­diale qui de nos jours carac­té­rise les dif­fé­rents pro­blèmes sociaux, la famille voit s’é­lar­gir de façon tout à fait nou­velle son rôle en ce qui concerne le déve­lop­pe­ment de la socié­té : il s’a­git aus­si de coopé­rer à la réa­li­sa­tion d’un nou­vel ordre inter­na­tio­nal, car c’est seule­ment à tra­vers la soli­da­ri­té mon­diale que l’on peut envi­sa­ger et résoudre les énormes et dra­ma­tiques pro­blèmes de la jus­tice dans le monde, de la liber­té des peuples, de la paix de l’humanité.

La com­mu­nion spi­ri­tuelle des familles chré­tiennes, enra­ci­nées dans la foi et l’es­pé­rance com­munes et vivi­fiées par la cha­ri­té, consti­tue une éner­gie inté­rieure d’où jaillissent, se répandent et croissent jus­tice, récon­ci­lia­tion, fra­ter­ni­té et paix entre les hommes. En tant que « petite » Eglise, la famille chré­tienne est appe­lée, à l’i­mage de la « grande » Eglise, à être un signe d’u­ni­té pour le monde et à exer­cer dans ce sens son rôle pro­phé­tique, en témoi­gnant du Royaume et de la paix du Christ, vers les­quels le monde entier est en marche.

Cela, les familles chré­tiennes pour­ront le réa­li­ser à tra­vers leur ser­vice édu­ca­tif, c’est-​à-​dire en offrant aux enfants un modèle de vie fon­dé sur les valeurs de véri­té, de liber­té, de jus­tice et d’a­mour, comme aus­si en s’en­ga­geant de façon active et res­pon­sable pour une crois­sance vrai­ment humaine de la socié­té et de ses ins­ti­tu­tions, ou encore en sou­te­nant de diverses manières les asso­cia­tions qui se consacrent essen­tiel­le­ment aux pro­blèmes de l’ordre international.

IV – LA PARTICIPATION A LA VIE ET A LA MISSION DE L’EGLISE

La famille dans le mys­tère de l’Eglise

49. Parmi les tâches fon­da­men­tales de la famille chré­tienne prend place celle que l’on peut dire ecclé­siale, celle qui met la famille au ser­vice de l’é­di­fi­ca­tion du Royaume de Dieu dans l’his­toire, moyen­nant la par­ti­ci­pa­tion à la vie et à la mis­sion de l’Eglise.

Pour mieux com­prendre ce qui fonde, ce que com­prend et ce qui carac­té­rise une telle par­ti­ci­pa­tion, il faut étu­dier les liens mul­tiples et pro­fonds qui relient entre elles l’Eglise et la famille chré­tienne et qui font de cette der­nière comme « une Eglise en minia­ture » (Ecclesia domes­ti­ca)(114), de telle sorte qu’elle soit, à sa façon, une image vivante et une repré­sen­ta­tion his­to­rique du mys­tère même de l’Eglise.

C’est avant tout l’Eglise Mère qui engendre, éduque, édi­fie la famille chré­tienne, en met­tant en oeuvre à son égard la mis­sion de salut qu’elle a reçue de son Seigneur. En annon­çant la Parole de Dieu, l’Eglise révèle à la famille chré­tienne sa véri­table iden­ti­té, autre­ment dit ce qu’elle est et ce qu’elle doit être selon le des­sein du Seigneur. En célé­brant les sacre­ments, l’Eglise enri­chit et for­ti­fie la famille chré­tienne avec la grâce du Christ, en vue de sa sanc­ti­fi­ca­tion pour la gloire du Père. En renou­ve­lant la pro­cla­ma­tion du com­man­de­ment nou­veau de la cha­ri­té, l’Eglise anime et guide la famille chré­tienne au ser­vice de l’a­mour, pour lui per­mettre d’i­mi­ter et de revivre l’a­mour même de dona­tion et de sacri­fice que le Seigneur Jésus nour­rit pour l’hu­ma­ni­té entière.

A son tour, la famille chré­tienne est insé­rée dans le mys­tère de l’Eglise au point de par­ti­ci­per, à sa façon, à la mis­sion de salut qui lui est propre : les époux et les parents chré­tiens, en ver­tu du sacre­ment, « ont ain­si, en leur état de vie et dans leur ordre, un don qui leur est propre au sein du peuple de Dieu»(115). Par consé­quent, non seule­ment ils « reçoivent » l’a­mour du Christ en deve­nant une com­mu­nau­té « sau­vée », mais ils sont éga­le­ment appe­lés à « trans­mettre » à leurs frères le même amour du Christ, en deve­nant ain­si une com­mu­nau­té « qui sauve ». De la sorte, tout en étant fruit et signe de la fécon­di­té sur­na­tu­relle de l’Eglise, la famille chré­tienne devient sym­bole, témoi­gnage, par­ti­ci­pa­tion de la mater­ni­té de l’Eglise(116).

Une tâche ecclé­siale propre et originale

50. La famille chré­tienne est appe­lée à prendre une part active et res­pon­sable à la mis­sion de l’Eglise d’une façon propre et ori­gi­nale, en se met­tant elle-​même au ser­vice de l’Eglise et de la socié­té dans son être et dans son agir, en tant que com­mu­nau­té intime de vie et d’a­mour.

Si la famille chré­tienne est une com­mu­nau­té dont les liens sont renou­ve­lés par le Christ à tra­vers la foi et les sacre­ments, sa par­ti­ci­pa­tion à la mis­sion de l’Eglise doit se réa­li­ser d’une facon com­mu­nau­taire ; c’est donc ensemble que les époux en tant que couple, les parents et les enfants en tant que famille, doivent vivre leur ser­vice de l’Eglise et du monde. Ils doivent être, dans la foi, « un seul cœur et une seule âme»(117), aus­si bien dans l’es­prit apos­to­lique com­mun qui les anime qu’à tra­vers la col­la­bo­ra­tion qui les engage au ser­vice de la com­mu­nau­té ecclé­siale et de la com­mu­nau­té civile.

La famille chré­tienne, par ailleurs, édi­fie le Royaume de Dieu dans l’his­toire à tra­vers les réa­li­tés quo­ti­diennes qui concernent et qui carac­té­risent sa condi­tion de vie : c’est dès lors dans l’a­mour conju­gal et fami­lial – vécu dans sa richesse extra­or­di­naire de valeurs et avec ses exi­gences de tota­li­té, d’u­ni­ci­té, de fidé­li­té et de fécondité(118) – que s’ex­prime et se réa­lise la par­ti­ci­pa­tion de la famille chré­tienne à la mis­sion pro­phé­tique, sacer­do­tale et royale de Jésus-​Christ et de son Eglise. L’amour et la vie consti­tuent donc le point cen­tral de la mis­sion sal­vi­fique de la famille chré­tienne dans l’Eglise et pour l’Eglise.

Le Concile Vatican II le rap­pelle lors­qu’il écrit : « Les familles se com­mu­ni­que­ront aus­si avec géné­ro­si­té leurs richesses spi­ri­tuelles. Alors, la famille chré­tienne, parce qu’elle est issue d’un mariage, image et par­ti­ci­pa­tion de l’al­liance d’a­mour qui unit le Christ et l’Eglise, mani­fes­te­ra à tous les hommes la pré­sence vivante du Sauveur dans le monde et la véri­table nature de l’Eglise, tant par l’a­mour des époux, leur fécon­di­té géné­reuse, l’u­ni­té et la fidé­li­té du foyer, que par la coopé­ra­tion ami­cale de tous ses membres»(119).

Ayant ain­si pré­ci­sé ce qui fonde la par­ti­ci­pa­tion de la famille chré­tienne à la mis­sion ecclé­siale, il importe main­te­nant de mettre en lumière ce qu’elle com­prend selon une réfé­rence triple, mais à vrai dire unique, à Jésus-​Christ, Prophète, Prêtre et Roi, en pré­sen­tant la famille chré­tienne comme

1) com­mu­nau­té qui croit et qui évan­gé­lise ;
2) com­mu­nau­té en dia­logue avec Dieu ;
3) com­mu­nau­té au ser­vice de l’homme.

1) La famille chré­tienne, com­mu­nau­té qui croit et qui évangélise

La foi, décou­verte et admi­ra­tion du des­sein de Dieu sur la famille

51. Du fait que la famille chré­tienne par­ti­cipe à la vie et à la mis­sion de l’Eglise qui se tient dans une reli­gieuse écoute de la Parole de Dieu et la pro­clame avec une ferme confiance(120), elle vit son rôle pro­phé­tique en accueillant et en annon­çant la Parole de Dieu ; elle devient ain­si, chaque jour davan­tage, une com­mu­nau­té qui croit et qui évangélise.

L’obéissance de la foi est deman­dée éga­le­ment aux époux et aux parents chrétiens(121): ils sont appe­lés à accueillir la Parole du Seigneur qui leur révèle la mer­veilleuse nou­veau­té – autre­ment dit la « bonne nou­velle » – de leur vie conju­gale et fami­liale ren­due par le Christ sainte et sanc­ti­fiante. En effet, c’est seule­ment dans la foi qu’ils peuvent décou­vrir et admi­rer dans une gra­ti­tude joyeuse la digni­té à laquelle Dieu a vou­lu éle­ver le mariage et la famille en en fai­sant le signe et le lieu de l’al­liance d’a­mour entre Dieu et les hommes, entre Jésus-​Christ et l’Eglise son Epouse.

Déjà, la pré­pa­ra­tion au mariage chré­tien est qua­li­fiée d’i­ti­né­raire de foi ; elle se situe en effet comme une occa­sion pri­vi­lé­giée per­met­tant aux fian­cés de redé­cou­vrir et d’ap­pro­fon­dir la foi reçue au bap­tême et nour­rie par l’é­du­ca­tion chré­tienne. De cette façon, ils recon­naissent et ils accueillent libre­ment la voca­tion à vivre à la suite du Christ et au ser­vice du Royaume de Dieu dans l’é­tat même du mariage.

Le moment fon­da­men­tal de l’ex­pres­sion de la foi des époux en tant que tels est celui de la célé­bra­tion du sacre­ment de mariage qui, par sa nature pro­fonde, est la pro­cla­ma­tion, dans l’Eglise, de la Bonne Nouvelle sur l’a­mour conju­gal : il est Parole de Dieu qui « révèle » et « accom­plit » le pro­jet plein de sagesse et d’a­mour que Dieu a sur les époux, intro­duits dans la par­ti­ci­pa­tion mys­té­rieuse et réelle à l’a­mour même de Dieu pour l’hu­ma­ni­té. Si la célé­bra­tion sacra­men­telle du mariage est en elle-​même pro­cla­ma­tion de la Parole de Dieu, tous ceux qui sont, à des titres divers, pro­ta­go­nistes et célé­brants doivent en faire une « pro­fes­sion de foi », accom­plie au sein de l’Eglise et avec l’Eglise, com­mu­nau­té de croyants.

Cette pro­fes­sion de foi demande à être pro­lon­gée tout au long de la vie des époux et de la famille. Dieu, en effet, qui a appe­lé les époux « au » mariage conti­nue à les appe­ler « dans » le mariage(122). Dans et à tra­vers les faits, les pro­blèmes, les dif­fi­cul­tés, les évé­ne­ments de l’exis­tence de tous les jours, Dieu vient à eux en leur révé­lant et en leur pro­po­sant les « exi­gences » concrètes de leur par­ti­ci­pa­tion à l’a­mour du Christ pour l’Eglise, en rap­port avec la situa­tion par­ti­cu­lière – fami­liale, sociale et ecclé­siale – dans laquelle ils se trouvent.

La décou­verte du des­sein de Dieu et l’o­béis­sance à ce des­sein doivent se réa­li­ser simul­ta­né­ment dans la com­mu­nau­té conju­gale et fami­liale, à tra­vers l’ex­pé­rience humaine de l’a­mour vécu dans l’Esprit du Christ entre les époux comme entre les parents et les enfants.

Pour cela, comme la grande Eglise, la petite Eglise domes­tique a besoin d’être conti­nuel­le­ment et inten­sé­ment évan­gé­li­sée : d’où le devoir d’é­du­ca­tion per­ma­nente dans la foi.

Le minis­tère d’é­van­gé­li­sa­tion de la famille chrétienne

52. Dans la mesure où la famille chré­tienne accueille l’Evangile et mûrit dans la foi, elle devient une com­mu­nau­té qui évan­gé­lise. Ecoutons à nou­veau Paul VI : «… la famille, comme l’Eglise, se doit d’être un espace où l’Evangile est trans­mis et d’où l’Evangile rayonne. Au sein donc d’une famille consciente de cette mis­sion, tous les membres de la famille évan­gé­lisent et sont évan­gé­li­sés. Les parents non seule­ment com­mu­niquent aux enfants l’Evangile mais peuvent rece­voir d’eux ce même Evangile pro­fon­dé­ment vécu. Et une telle famille se fait évan­gé­li­sa­trice de beau­coup d’autres familles et du milieu dans lequel elle s’insère»(123).

Comme l’a répé­té le Synode en repre­nant mon appel de Puebla, l’a­ve­nir de l’é­van­gé­li­sa­tion dépend en grande par­tie de l’Eglise domestique(124). Cette mis­sion apos­to­lique de la famille est enra­ci­née dans le bap­tême et reçoit de la grâce sacra­men­telle du mariage une nou­velle impul­sion pour trans­mettre la foi, pour sanc­ti­fier et trans­for­mer la socié­té actuelle selon le des­sein de Dieu.

La famille chré­tienne, sur­tout aujourd’­hui, est spé­cia­le­ment appe­lée à témoi­gner de l’al­liance pas­cale du Christ, grâce au rayon­ne­ment constant de la joie de l’a­mour et de la cer­ti­tude de l’es­pé­rance, dont elle doit rendre compte : « La famille chré­tienne pro­clame hau­te­ment à la fois les ver­tus actuelles du Royaume de Dieu et l’es­poir de la vie bienheureuse»(125).

La néces­si­té abso­lue de la caté­chèse fami­liale émerge avec une force sin­gu­lière dans des situa­tions déter­mi­nées, que l’Eglise enre­gistre mal­heu­reu­se­ment en divers endroits : « Là où une légis­la­tion anti­re­li­gieuse pré­tend même empê­cher l’é­du­ca­tion de la foi, là où une incroyance dif­fuse ou bien un sécu­la­risme enva­his­sant rendent pra­ti­que­ment impos­sible une véri­table crois­sance reli­gieuse, cette sorte d’Eglise qu’est le foyer reste l’u­nique milieu où enfants et jeunes peuvent rece­voir une authen­tique catéchèse»(126).

Un ser­vice ecclésial

53. Le minis­tère d’é­van­gé­li­sa­tion qui revient aux parents chré­tiens est ori­gi­nal et irrem­pla­çable. Il revêt les carac­tères dis­tinc­tifs de la vie fami­liale, tis­sée, comme elle devrait l’être, d’a­mour, de sim­pli­ci­té, d’en­ga­ge­ment concret et de témoi­gnages quotidiens(127).

La famille doit for­mer les enfants à la vie pour per­mettre à cha­cun d’ac­com­plir en plé­ni­tude son devoir selon la voca­tion qu’il a reçue de Dieu. En effet, la famille ouverte aux valeurs trans­cen­dantes, au ser­vice joyeux du pro­chain, à l’ac­com­plis­se­ment géné­reux et fidèle de ses obli­ga­tions et tou­jours consciente de sa par­ti­ci­pa­tion au mys­tère de la croix glo­rieuse du Christ, devient le pre­mier et le meilleur sémi­naire de la voca­tion à une vie consa­crée au Royaume de Dieu.

Le minis­tère d’é­van­gé­li­sa­tion et de caté­chèse qui incombe aux parents doit accom­pa­gner la vie des enfants, y com­pris pen­dant leur ado­les­cence et leur jeu­nesse, lorsque ceux-​ci, comme cela se pro­duit sou­vent, contestent ou rejettent car­ré­ment la foi chré­tienne reçue dans les pre­mières années de leur vie. De même que, dans l’Eglise, le tra­vail de l’é­van­gé­li­sa­tion ne s’ef­fec­tue jamais sans souf­france pour l’a­pôtre, de même, dans la famille chré­tienne, les parents doivent affron­ter avec cou­rage et grande séré­ni­té d’âme les dif­fi­cul­tés que leur minis­tère d’é­van­gé­li­sa­tion ren­contre par­fois auprès de leurs propres enfants.

On ne devra pas oublier que le ser­vice accom­pli par les époux et par les parents chré­tiens en faveur de l’Evangile est essen­tiel­le­ment un ser­vice ecclé­sial, ou mieux rentre dans le cadre de l’Eglise entière comme com­mu­nau­té évan­gé­li­sée et évan­gé­li­sante. En tant qu’il est enra­ci­né dans l’u­nique mis­sion de l’Eglise et qu’il en dérive, et en tant qu’or­don­né à l’é­di­fi­ca­tion de l’u­nique Corps du Christ(128), le minis­tère d’é­van­gé­li­sa­tion et de caté­chèse de l’Eglise domes­tique doit demeu­rer en union étroite et s’har­mo­ni­ser consciem­ment avec tous les autres ser­vices d’é­van­gé­li­sa­tion et de caté­chèse exis­tant et agis­sant dans la com­mu­nau­té ecclé­siale, soit dio­cé­saine, soit paroissiale.

Prêcher l’Evangile à toute créature

54. L’universalité sans fron­tières est l’ho­ri­zon spé­ci­fique de l’é­van­gé­li­sa­tion ani­mée inté­rieu­re­ment par l’é­lan mis­sion­naire. Elle est, en effet, la réponse à la consigne expli­cite et non équi­voque du Christ : « Allez dans le monde entier, pro­cla­mez la Bonne Nouvelle à toute la création»(129).

La foi et la mis­sion évan­gé­li­sa­trice de la famille chré­tienne pos­sèdent, elles aus­si, ce souffle mis­sion­naire catho­lique. Le sacre­ment de mariage, qui reprend et pro­pose à nou­veau le devoir, déjà enra­ci­né dans le bap­tême et dans la confir­ma­tion, de défendre et de dif­fu­ser la foi(130), éta­blit les époux et les parents chré­tiens comme témoins du Christ « jus­qu’aux confins de la terre»(131), comme véri­tables « mis­sion­naires » de l’a­mour et de la vie.

Une cer­taine forme d’ac­ti­vi­té mis­sion­naire peut être accom­plie déjà à l’in­té­rieur de la famille. Cela se véri­fie lorsque quelque membre de celle-​ci n’a pas la foi ou n’est pas cohé­rent avec elle dans sa pra­tique. Les autres membres de la famille doivent alors lui don­ner un témoi­gnage vécu de leur foi, apte à le sti­mu­ler et à le sou­te­nir dans son che­mi­ne­ment vers la pleine adhé­sion au Christ Sauveur(132).

Animée par l’es­prit mis­sion­naire déjà au-​dedans d’elle-​même, l’Eglise domes­tique est appe­lée à être un signe lumi­neux de la pré­sence du Christ et de son amour éga­le­ment pour « ceux qui sont loin », pour les familles qui ne croient pas encore et même pour les familles chré­tiennes qui ne vivent plus en cohé­rence avec la foi reçue. L’Eglise domes­tique est appe­lée « par son exemple et par son témoi­gnage » à éclai­rer « ceux qui cherchent la vérité»(133).

De même qu’à l’aube du chris­tia­nisme Aquila et Priscille se pré­sen­taient comme un couple missionnaire(134), ain­si aujourd’­hui l’Eglise témoigne d’une conti­nuelle nou­veau­té et d’une inces­sante flo­rai­son, grâce à la pré­sence d’é­poux et de familles chré­tiennes qui, au moins pen­dant un cer­tain temps, vont dans les terres de mis­sion pour annon­cer l’Evangile en ser­vant l’homme avec l’a­mour de Jésus-Christ.

Les fami­lies chré­tiennes apportent une contri­bu­tion par­ti­cu­lière à la cause mis­sion­naire de l’Eglise en culti­vant les voca­tions mis­sion­naires par­mi leurs fils et leurs filles(135) et, plus géné­ra­le­ment, par un tra­vail d’é­du­ca­tion qui « pré­pare leurs enfants dès leur jeune âge à décou­vrir l’a­mour de Dieu envers tous les hommes»(136).

2) La famille chré­tienne, com­mu­nau­té en dia­logue avec Dieu

Le sanc­tuaire domes­tique de l’Eglise

55. L’annonce de l’Evangile et son accueil dans la foi atteignent leur plé­ni­tude dans la célé­bra­tion sacra­men­telle. L’Eglise, com­mu­nau­té qui croit et qui évan­gé­lise, est aus­si un peuple sacer­do­tal, c’est-​à-​dire revê­tu de la digni­té du Christ Souverain Prêtre de l’Alliance nou­velle et éter­nelle et par­ti­ci­pant à son pouvoir(137).

La famille chré­tienne est, elle aus­si, insé­rée dans l’Eglise, peuple sacer­do­tal. Par le sacre­ment de mariage, dans lequel elle est enra­ci­née et d’où elle tire sa sub­sis­tance, elle est conti­nuel­le­ment vivi­fiée par le Seigneur Jésus, appe­lée et enga­gée par Lui à dia­lo­guer avec Dieu par les moyens de la vie sacra­men­telle, de l’of­frande de son exis­tence et de la prière.

Tel est le rôle sacer­do­tal que la famille chré­tienne peut et doit accom­plir en union étroite avec toute l’Eglise, à tra­vers les réa­li­tés quo­ti­diennes de la vie conju­gale et fami­liale ; de cette manière la famille chré­tienne est appe­lée à se sanc­ti­fier et à sanc­ti­fier la com­mu­nau­té ecclé­siale et le monde.

Le mariage, sacre­ment de sanc­ti­fi­ca­tion mutuelle et acte de culte

56. Le sacre­ment de mariage, qui reprend et spé­ci­fie la grâce sanc­ti­fi­ca­trice du bap­tême, est bien une source spé­ciale et un moyen ori­gi­nal de sanc­ti­fi­ca­tion pour les époux et pour la famille chré­tienne. En ver­tu du mys­tère de la mort et de la résur­rec­tion du Christ, à l’in­té­rieur duquel le mariage chré­tien fait entrer à nou­veau, l’a­mour conju­gal est puri­fié et sanc­ti­fié : « Cet amour, par un don spé­cial de sa grâce et de sa cha­ri­té, le Seigneur a dai­gné le gué­rir, le par­faire et l’élever»(138).

Le don de Jésus-​Christ n’est pas épui­sé dans la célé­bra­tion du sacre­ment de mariage, mais il accom­pagne les époux tout au long de leur exis­tence. Le Concile Vatican II le rap­pelle expli­ci­te­ment lors­qu’il dit que Jésus-​Christ « conti­nue de demeu­rer (avec les époux), afin que, par leur don mutuel, (ils) puissent s’ai­mer dans une fidé­li­té per­pé­tuelle, comme lui-​même a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle.… C’est pour­quoi les époux chré­tiens, pour accom­plir digne­ment les devoirs de leur état, sont for­ti­fiés et comme consa­crés par un sacre­ment spé­cial ; en accom­plis­sant leur mis­sion conju­gale et fami­liale avec la force de ce sacre­ment, péné­trés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’es­pé­rance et de cha­ri­té, ils par­viennent de plus en plus à leur per­fec­tion per­son­nelle et à leur sanc­ti­fi­ca­tion mutuelle ; c’est ain­si qu’en­semble ils contri­buent à la glo­ri­fi­ca­tion de Dieu»(139).

La voca­tion uni­ver­selle à la sain­te­té s’a­dresse aus­si aux époux et aux parents chré­tiens : pour eux, elle est spé­ci­fiée par la célé­bra­tion du sacre­ment et tra­duite concrè­te­ment dans la réa­li­té propre de l’exis­tence conju­gale et familiale(140). C’est là que prennent nais­sance la grâce et l’exi­gence d’une authen­tique et pro­fonde spi­ri­tua­li­té conju­gale et fami­liale, qui s’ins­pire des thèmes de la créa­tion, de l’al­liance, de la croix, de la résur­rec­tion et du signe sacra­men­tel, thèmes sur les­quels le Synode est reve­nu à maintes reprises.

Le mariage chré­tien, comme tous les sacre­ments « qui ont pour fin de sanc­ti­fier les hommes, d’é­di­fier le Corps du Christ, enfin de rendre le culte à Dieu»(141), est en lui-​même un acte litur­gique de glo­ri­fi­ca­tion de Dieu dans le Christ Jésus et dans l’Eglise. En le célé­brant, les époux chré­tiens pro­clament leur recon­nais­sance envers Dieu pour le don sublime qui leur a été accor­dé de pou­voir revivre dans leur exis­tence conju­gale et fami­liale l’a­mour même de Dieu pour les hommes et du Seigneur Jésus pour l’Eglise, son Epouse.

Et de même que le don et l’o­bli­ga­tion de vivre chaque jour la sain­te­té reçue découlent pour les époux du sacre­ment de mariage, de même la grâce et l’o­bli­ga­tion morale de trans­for­mer toute leur vie en un conti­nuel sacri­fice spi­ri­tuel (142) découlent de ce même sacre­ment. C’est éga­le­ment aux époux et aux parents chré­tiens, en par­ti­cu­lier dans le domaine des réa­li­tés ter­restres et tem­po­relles qui carac­té­risent leur exis­tence, que s’ap­pliquent les paroles du Concile : « C’est ain­si que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-​même, ren­dant par­tout à Dieu dans la sain­te­té de leur vie un culte d’adoration»(143).

Mariage et Eucharistie

57. Le devoir de sanc­ti­fi­ca­tion qui incombe à la famille chré­tienne a sa racine pre­mière dans le bap­tême et sa plus grande expres­sion dans l’Eucharistie à laquelle le mariage chré­tien est inti­me­ment lié. Le Concile Vatican II a vou­lu rap­pe­ler la rela­tion spé­ciale qui existe entre l’Eucharistie et le mariage en deman­dant que « le mariage soit célé­bré ordi­nai­re­ment au cours de la messe»(144): il est abso­lu­ment néces­saire de décou­vrir et d’ap­pro­fon­dir cette rela­tion, si on veut com­prendre et vivre inten­sé­ment les grâces et les res­pon­sa­bi­li­tés du mariage et de la famille chrétienne.

L’Eucharistie est la source même du mariage chré­tien. Le sacri­fice eucha­ris­tique, en effet, repré­sente l’al­liance d’a­mour entre le Christ et l’Eglise, en tant qu’elle a été scel­lée par le sang de sa croix(145). C’est dans ce sacri­fice de la nou­velle et éter­nelle Alliance que les époux chré­tiens trouvent la source jaillis­sante qui modèle inté­rieu­re­ment et vivi­fie constam­ment leur alliance conju­gale. En tant que repré­sen­ta­tion du sacri­fice d’a­mour du Christ pour l’Eglise, l’Eucharistie est source de cha­ri­té. Et dans le don eucha­ris­tique de la cha­ri­té, la famille chré­tienne trouve le fon­de­ment et l’âme de sa « com­mu­nion » et de sa « mis­sion » : le Pain eucha­ris­tique fait des dif­fé­rents membres de la com­mu­nau­té fami­liale un seul corps, une mani­fes­ta­tion et une par­ti­ci­pa­tion à la vaste uni­té de l’Eglise ; d’autre part, la par­ti­ci­pa­tion au Corps « livré » et au Sang « ver­sé » du Christ devient pour la famille chré­tienne une source inépui­sable de dyna­misme mis­sion­naire et apostolique.

Le sacre­ment de la conver­sion et de la réconciliation

58. L’accueil de l’ap­pel évan­gé­lique à la conver­sion adres­sé à tous les chré­tiens, par­fois infi­dèles à la « nou­veau­té » du bap­tême qui les a consti­tués « saints », est un élé­ment essen­tiel et per­ma­nent du devoir de sanc­ti­fi­ca­tion incom­bant à la famille chré­tienne. La famille chré­tienne elle-​même n’est pas tou­jours cohé­rente avec la loi de la grâce et de la sain­te­té bap­tis­male, pro­cla­mée de nou­veau par le sacre­ment de mariage.

Le repen­tir et le par­don mutuel au sein de la famille chré­tienne, si impor­tants dans la vie quo­ti­dienne, trouvent leur moment sacra­men­tel spé­ci­fique dans la péni­tence chré­tienne. Au sujet des époux, Paul VI écri­vait dans l’en­cy­clique Humanae vitae : « Si le péché avait encore prise sur eux, qu’ils ne se décou­ragent pas, mais qu’ils recourent avec une humble per­sé­vé­rance à la misé­ri­corde de Dieu, qui est accor­dée en abon­dance dans le sacre­ment de pénitence»(146).

La célé­bra­tion de ce sacre­ment acquiert une signi­fi­ca­tion par­ti­cu­lière au plan de la vie fami­liale : déjà, dans la foi, les époux et tous les membres de la famille découvrent que le péché contre­dit l’al­liance avec Dieu et aus­si l’al­liance entre époux et la com­mu­nion de la famille ; ils sont conduits main­te­nant à la ren­contre de Dieu « riche en miséricorde»(147), lequel, en accor­dant son amour plus puis­sant que le péché(148), recons­truit et per­fec­tionne l’al­liance conju­gale et la com­mu­nion familiale.

La prière familiale

59. L’Eglise prie pour la famille chré­tienne et l’é­duque à vivre en géné­reuse cohé­rence avec le don et le rôle sacer­do­taux, reçus du Christ, Souverain Prêtre. En réa­li­té, le sacer­doce bap­tis­mal des fidèles, vécu dans le mariage-​sacrement, consti­tue pour les époux et pour la famille le fon­de­ment d’une voca­tion et d’une mis­sion sacer­do­tales par les­quelles leur exis­tence quo­ti­dienne se trans­forme en un « sacri­fice spi­ri­tuel agréable à Dieu par l’in­ter­mé­diaire de Jésus-Christ»(149): c’est ce qui se pro­duit, non seule­ment par la célé­bra­tion de l’Eucharistie et des autres sacre­ments et par l’of­frande d’eux-​mêmes à la gloire de Dieu, mais aus­si par la vie de prière, qui est dia­logue priant avec le Père par Jésus-​Christ dans l’Esprit Saint.

La prière fami­liale a ses carac­té­ris­tiques. Elle est une prière faite en com­mun : mari et femme ensemble, parents et enfants ensemble. La com­mu­nion dans la prière est à la fois un fruit et une exi­gence de cette com­mu­nion qui est don­née par les sacre­ments de bap­tême et de mariage. Aux membres de la famille chré­tienne peuvent s’ap­pli­quer de manière spé­ciale les paroles par les­quelles Jésus pro­met sa pré­sence : « Je vous le dis en véri­té, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour deman­der quoi que ce soit, cela leur sera accor­dé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux»(150).

La prière fami­liale a comme conte­nu ori­gi­nal la vie même de la famille qui, à tra­vers ses divers épi­sodes, est inter­pré­tée comme une voca­tion venant de Dieu et réa­li­sée comme une réponse filiale à son appel : joies et peines, espoirs et tris­tesses, nais­sances et anni­ver­saires, com­mé­mo­ra­tion du mariage des parents, départs, absences et retours, choix impor­tants et déci­sifs, la mort des êtres chers, etc., sont des signes de la pré­sence aimante de Dieu dans l’his­toire de la famille, et ces évé­ne­ments doivent aus­si deve­nir un moment favo­rable d’ac­tion de grâces, de sup­pli­ca­tion et d’a­ban­don confiant de la famille entre les mains du Père com­mun qui est aux cieux. D’autre part, la digni­té et la res­pon­sa­bi­li­té de la famille chré­tienne comme Eglise domes­tique ne peuvent être vécues qu’a­vec l’aide conti­nuelle de Dieu, qui lui sera imman­qua­ble­ment accor­dée si elle est implo­rée dans la prière avec confiance et humilité.

Educateurs de la prière

60. Sur la base de leur digni­té et de leur mis­sion, les parents chré­tiens ont le devoir spé­ci­fique d’é­du­quer leurs enfants à la prière, de les intro­duire à la décou­verte pro­gres­sive du mys­tère de Dieu et à l’en­tre­tien per­son­nel avec lui : « C’est sur­tout dans la famille chré­tienne, riche des grâces et des exi­gences du sacre­ment de mariage, que dès leur plus jeune âge les enfants doivent, confor­mé­ment à la foi reçue au bap­tême, apprendre à décou­vrir Dieu et à l’ho­no­rer ain­si qu’à aimer le prochain»(151).

L’exemple concret, autre­ment dit le témoi­gnage vivant des parents, est un élé­ment fon­da­men­tal et irrem­pla­çable de l’é­du­ca­tion à la prière : c’est seule­ment en priant avec leurs enfants que le père et la mère, tan­dis qu’ils accom­plissent leur sacer­doce royal, pénètrent pro­fon­dé­ment le cœur de leurs enfants, en y lais­sant des traces que les évé­ne­ments de la vie ne réus­si­ront pas à effa­cer. Ecoutons de nou­veau l’ap­pel que le Pape Paul VI a adres­sé aux parents : « Mamans, apprenez-​vous à vos petits les prières du chré­tien ? Les préparez-​vous, en col­la­bo­ra­tion avec les prêtres, aux sacre­ments du pre­mier âge : la confes­sion, la com­mu­nion, la confir­ma­tion ? Les habituez-​vous, s’ils sont malades, à pen­ser aux souf­frances du Christ, à invo­quer l’aide de la Sainte Vierge et des saints ? Récitez-​vous avec eux le Rosaire en famille ? Et vous, les pères, savez-​vous prier avec vos enfants, avec toute la com­mu­nau­té fami­liale, au moins quel­que­fois ? Votre exemple, accom­pa­gné de la droi­ture de votre pen­sée et de vos actes, appuyé par quelques prières com­munes, vaut bien une leçon de vie. C’est un acte de culte par­ti­cu­liè­re­ment méri­toire. Vous appor­tez ain­si la paix entre les murs de votre foyer : « Pax huic domui ». Ne l’ou­bliez pas, c’est ain­si que vous construi­sez l’Eglise»(152).

Prière litur­gique et privée

61. Entre la prière de l’Eglise et celle de cha­cun des fidèles, il y a un rap­port pro­fond et vital, comme l’a clai­re­ment réaf­fir­mé le Concile Vatican II(153). Or, un but impor­tant de la prière de l’Eglise domes­tique est de consti­tuer, pour les enfants, une intro­duc­tion natu­relle à la prière litur­gique de l’Eglise entière, aus­si bien dans le sens d’une pré­pa­ra­tion à la prière litur­gique que dans le sens d’une exten­sion de celle-​ci au domaine de la vie per­son­nelle, fami­liale et sociale. D’où la néces­si­té d’une par­ti­ci­pa­tion pro­gres­sive de tous les membres de la famille chré­tienne à l’Eucharistie, sur­tout le dimanche et les jours de fête, et aux autres sacre­ments, en par­ti­cu­lier ceux de l’i­ni­tia­tion chré­tienne des enfants. Les direc­tives conci­liaires ont ouvert une nou­velle pos­si­bi­li­té à la famille chré­tienne, qui a été comp­tée par­mi les groupes aux­quels la réci­ta­tion en com­mun de l’Office divin a été recommandée(154). La famille chré­tienne aura éga­le­ment soin de célé­brer, même à la mai­son et de manière adap­tée aux membres pré­sents, les périodes et les fêtes liturgiques.

Pour pré­pa­rer et pro­lon­ger à la mai­son le culte célé­bré à l’é­glise, la famille chré­tienne recourt à la prière pri­vée, qui pré­sente une grande varié­té de formes : cette varié­té, tout en témoi­gnant de l’ex­tra­or­di­naire richesse de la prière chré­tienne ani­mée par l’Esprit Saint, répond aux diverses exi­gences et situa­tions concrètes de celui qui se tourne vers le Seigneur. Outre les prières du matin et du soir, sont à conseiller expres­sé­ment, confor­mé­ment d’ailleurs aux indi­ca­tions des Pères du Synode, la lec­ture et la médi­ta­tion de la Parole de Dieu, la pré­pa­ra­tion aux sacre­ments, la dévo­tion et la consé­cra­tion au Cœur de Jésus, les dif­fé­rentes formes de pié­té envers la Vierge Marie, la béné­dic­tion de la table, les pra­tiques de dévo­tion populaire.

Dans le res­pect de la liber­té des fils de Dieu, l’Eglise a pro­po­sé et conti­nue de pro­po­ser aux fidèles quelques pra­tiques de pié­té avec une insis­tance par­ti­cu­lière. Parmi celles-​ci, il faut rap­pe­ler la réci­ta­tion du cha­pe­let : « Nous vou­drions main­te­nant, en conti­nui­té avec les inten­tions de nos pré­dé­ces­seurs, recom­man­der vive­ment la réci­ta­tion du Rosaire en famille… Il n’y a pas de doute que le cha­pe­let de la Vierge Marie doit être consi­dé­ré comme une des plus excel­lentes et des plus effi­caces « prières en com­mun » que la famille chré­tienne est invi­tée à réci­ter. Nous aimons pen­ser, en effet, et nous espé­rons vive­ment que si la ren­contre fami­liale devient un temps de prière, le Rosaire en est une expres­sion fré­quente et appréciée»(155). Ainsi, la vraie dévo­tion mariale, qui s’ex­prime dans des rela­tions sin­cères avec la Vierge et dans l’i­mi­ta­tion de ses atti­tudes spi­ri­tuelles, consti­tue un ins­tru­ment pri­vi­lé­gié pour ali­men­ter la com­mu­nion d’a­mour de la famille et pour déve­lop­per la spi­ri­tua­li­té conju­gale et fami­liale. La Mère du Christ et de l’Eglise est aus­si, et de manière spé­ciale, la Mère des familles chré­tiennes, des Eglises domestiques.

Prière et vie

62. On ne devra jamais oublier que la prière est une par­tie consti­tu­tive essen­tielle de la vie chré­tienne ; culti­vée dans sa tota­li­té et comme une réa­li­té cen­trale, elle appar­tient même à notre « huma­ni­té » : elle est « l’ex­pres­sion pre­mière de la véri­té inté­rieure de l’homme, la condi­tion pre­mière de l’au­then­tique liber­té de l’esprit»(156).

C’est pour­quoi la prière ne repré­sente pas du tout une éva­sion des tâches quo­ti­diennes, mais elle consti­tue l’im­pul­sion qui porte plus for­te­ment la famille chré­tienne à assu­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés de cel­lule pre­mière et fon­da­men­tale de la socié­té humaine et à s’en acquit­ter plei­ne­ment. En ce sens, la par­ti­ci­pa­tion effec­tive à la vie et à la mis­sion de l’Eglise dans le monde est pro­por­tion­nelle à la fidé­li­té et à l’in­ten­si­té de la prière par laquelle la famille chré­tienne s’u­nit à la Vigne féconde qu’est le Christ Seigneur(157).

La fécon­di­té de la famille chré­tienne au plan de son ser­vice spé­ci­fique de pro­mo­tion humaine, qui de soi ne peut pas ne pas contri­buer à la trans­for­ma­tion du monde, découle aus­si de l’u­nion vitale avec le Christ, ali­men­tée par la litur­gie, par l’of­frande de soi-​même et par la prière(158).

3) La famille chré­tienne, com­mu­nau­té au ser­vice de l’homme,

Le com­man­de­ment nou­veau de l’amour

63. L’Eglise, peuple pro­phé­tique, sacer­do­tal et royal, a la mis­sion d’o­rien­ter tous les hommes vers l’ac­cueil, dans la foi, de la Parole de Dieu, vers la célé­bra­tion et la pro­cla­ma­tion de celle-​ci dans les sacre­ments et dans la prière, et enfin vers sa mani­fes­ta­tion à tra­vers les réa­li­tés concrètes de la vie confor­mé­ment au don et au com­man­de­ment nou­veau de l’amour.

La vie chré­tienne trouve sa loi, non dans un code écrit, mais dans l’ac­tion per­son­nelle du Saint-​Esprit qui anime et guide le chré­tien, c’est-​à-​dire dans « la loi de l’Esprit, qui donne la vie dans le Christ Jésus»(159): « L’amour de Dieu a été répan­du dans nos cœurs par le Saint-​Esprit qui nous fut donné»(160).

Cela vaut éga­le­ment pour le couple et pour la famille chré­tienne : leur guide et leur règle est l’Esprit de Jésus, répan­du dans les cœurs par la célé­bra­tion du sacre­ment de mariage. En conti­nui­té avec le bap­tême dans l’eau et dans l’Esprit, le mariage pro­pose à nou­veau la loi évan­gé­lique de l’a­mour, et par le don de l’Esprit la grave plus pro­fon­dé­ment dans le cœur des époux chré­tiens : leur amour, puri­fié et sau­vé, est un fruit de l’Esprit qui agit dans le cœur des croyants et se mani­feste en même temps comme le com­man­de­ment fon­da­men­tal de la vie morale qui s’im­pose à leur liber­té responsable.

La famille chré­tienne est ain­si ani­mée et gui­dée par la loi nou­velle de l’Esprit Saint, et elle est appe­lée à vivre son « ser­vice » d’a­mour de Dieu et du pro­chain en étroite com­mu­nion avec l’Eglise, peuple royal. Comme le Christ exerce son pou­voir royal en se met­tant au ser­vice des hommes(161), de même le chré­tien trouve le sens authen­tique de sa par­ti­ci­pa­tion à la royau­té de son Seigneur en par­ta­geant l’es­prit et l’at­ti­tude de ser­vice qui furent les siens envers l’homme : « Ce pou­voir, il (le Christ) l’a com­mu­ni­qué à ses dis­ciples, pour qu’ils soient eux aus­si éta­blis dans la liber­té royale, et que, par le renon­ce­ment à eux-​mêmes et par une vie sainte, ils vainquent en eux le règne du péché (cf. Rm 6, 12), bien plus, pour que, ser­vant le Christ éga­le­ment dans les autres, ils puissent, dans l’hu­mi­li­té et la patience, conduire leurs frères jus­qu’au Roi dont il est dit que le ser­vir c’est régner. En effet, le Seigneur désire étendre son règne éga­le­ment par les fidèles laïcs : règne de véri­té et de vie, règne de sain­te­té et de grâce, règne de jus­tice, d’a­mour et de paix ; dans ce règne, la créa­tion elle-​même sera déli­vrée de l’es­cla­vage de la cor­rup­tion pour connaître la liber­té glo­rieuse des fils de Dieu (cf Rm 8,21)»(162).

Découvrir en tout frère l’i­mage de Dieu

64. Animée et sou­te­nue par le com­man­de­ment nou­veau de l’a­mour, la famille chré­tienne vit l’ac­cueil, le res­pect, le ser­vice de tout homme, consi­dé­ré tou­jours dans sa digni­té de per­sonne et de fils de Dieu.

Il doit en être ain­si, tout d’a­bord à l’in­té­rieur et au béné­fice du couple et de la famille, grâce à l’en­ga­ge­ment quo­ti­dien dans la pro­mo­tion d’une authen­tique com­mu­nau­té de per­sonnes, fon­dée et ali­men­tée par la com­mu­nion des cœurs. Ensuite, ce com­por­te­ment doit se déve­lop­per dans le cercle plus vaste de la com­mu­nau­té ecclé­siale, à l’in­té­rieur de laquelle la famille chré­tienne est insé­rée : grâce à la cha­ri­té de la famille, l’Eglise peut et doit assu­mer une dimen­sion plus fami­liale, en adop­tant un style de rela­tions plus humain et plus fraternel.

La cha­ri­té dépasse l’ho­ri­zon des frères dans la foi, parce que « tout homme est mon frère» ; en chaque homme, sur­tout s’il est pauvre, faible, souf­frant et injus­te­ment trai­té, la cha­ri­té sait décou­vrir le visage du Christ et un frère à aimer et à servir.

Pour que le ser­vice de l’homme soit vécu par la famille de manière évan­gé­lique, il fau­dra s’empresser de mettre en œuvre ce que dit le Concile Vatican II : « Pour que cet exer­cice de la cha­ri­té soit tou­jours au-​dessus de toute cri­tique et appa­raisse comme tel, il faut voir dans le pro­chain l’i­mage de Dieu selon laquelle il a été créé et le Christ notre Seigneur à qui est offert en réa­li­té tout ce qui est don­né au pauvre»(163).

La famille chré­tienne, tout en construi­sant l’Eglise dans la cha­ri­té, se met au ser­vice de l’homme et du monde, en réa­li­sant vrai­ment la « pro­mo­tion humaine » dont les dif­fé­rents aspects ont été syn­thé­ti­sés dans le mes­sage du Synode aux familles : « Une autre tâche de la famille est celle de for­mer les hommes à l’a­mour et de vivre l’a­mour dans tous les rap­ports avec les autres, de manière que la famille ne se ferme pas sur elle-​même mais qu’elle demeure ouverte à la com­mu­nau­té, y étant pous­sée par le sens de la jus­tice et par le sou­ci des autres, comme par le devoir de sa propre res­pon­sa­bi­li­té envers la socié­té tout entière»(164).

QUATRIÈME PARTIE – LA PASTORALE FAMILIALE : ETAPES, STRUCTURES, RESPONSABLES ET SITUATIONS

I – LES ETAPES DE LA PASTORALE FAMILIALE

L’Eglise accom­pagne la famille chré­tienne dans son cheminement

65. Comme toute réa­li­té vivante, la famille est appe­lée elle aus­si à se déve­lop­per et à croître. Après la pré­pa­ra­tion des fian­çailles et la célé­bra­tion sacra­men­telle du mariage, le couple com­mence son che­mi­ne­ment quo­ti­dien vers la mise en œuvre pro­gres­sive des valeurs et des devoirs du mariage même.

A la lumière de la foi et en ver­tu de l’es­pé­rance, la famille chré­tienne par­ti­cipe elle aus­si, en com­mu­nion avec l’Eglise, à l’ex­pé­rience du pèle­ri­nage ter­restre vers la pleine révé­la­tion et la réa­li­sa­tion du Royaume de Dieu.

Il y a donc lieu de sou­li­gner une fois encore l’ur­gence de l’in­ter­ven­tion pas­to­rale de l’Eglise pour sou­te­nir la famille. Il est néces­saire de faire tous les efforts pos­sibles pour que la pas­to­rale de la famille s’af­fer­misse et se déve­loppe, en se consa­crant à un sec­teur vrai­ment prio­ri­taire, avec la cer­ti­tude que l’é­van­gé­li­sa­tion, à l’a­ve­nir, dépend en grande par­tie de l’Eglise domestique(165).

La sol­li­ci­tude pas­to­rale de l’Eglise ne se limi­te­ra pas seule­ment aux familles chré­tiennes les plus proches mais, en élar­gis­sant ses propres hori­zons à la mesure du Cœur du Christ, elle se mon­tre­ra encore plus active pour l’en­semble des familles en géné­ral et pour celles, en par­ti­cu­lier, qui se trouvent dans des situa­tions dif­fi­ciles ou irré­gu­lières. Pour toutes, l’Eglise aura une parole de véri­té, de bon­té, de com­pré­hen­sion, d’es­pé­rance, de par­ti­ci­pa­tion pro­fonde à leurs dif­fi­cul­tés par­fois dra­ma­tiques ; à toutes, elle offri­ra son aide dés­in­té­res­sée afin qu’elles puissent se rap­pro­cher du modèle de famille que le Créateur a vou­lu dès le « com­men­ce­ment » et que le Christ a réno­vé par sa grâce rédemptrice.

L’action pas­to­rale de l’Eglise doit être pro­gres­sive en ce sens, entre autres, qu’elle doit suivre la famille en l’ac­com­pa­gnant pas à pas dans les diverses étapes de sa for­ma­tion et de son développement.

La pré­pa­ra­tion

66. De nos jours, la pré­pa­ra­tion des jeunes au mariage et à la vie fami­liale est plus néces­saire que jamais. Dans cer­tains pays, ce sont encore les familles qui, selon d’an­tiques usages, se réservent de trans­mettre aux jeunes les valeurs concer­nant la vie matri­mo­niale et fami­liale, par un sys­tème pro­gres­sif d’é­du­ca­tion ou d’i­ni­tia­tion. Mais les chan­ge­ments sur­ve­nus au sein de presque toutes les socié­tés modernes exigent que non seule­ment la famille, mais aus­si la socié­té et l’Eglise, soient enga­gées dans l’ef­fort de pré­pa­ra­tion adé­quate des jeunes aux res­pon­sa­bi­li­tés de leur ave­nir. Beaucoup de phé­no­mènes néga­tifs que l’on déplore aujourd’­hui dans la vie fami­liale viennent du fait que, dans les nou­velles situa­tions, les jeunes ont per­du de vue la juste hié­rar­chie des valeurs et que, ne pos­sé­dant plus de cri­tères sûrs de com­por­te­ment, ils ne savent plus com­ment affron­ter et résoudre les nou­velles dif­fi­cul­tés. L’expérience enseigne pour­tant que les jeunes bien pré­pa­rés à la vie fami­liale réus­sissent en géné­ral mieux que les autres.

Cela vaut encore plus pour le mariage chré­tien, dont l’in­fluence s’é­tend sur la sain­te­té de tant d’hommes et de femmes. C’est pour­quoi l’Eglise doit pro­mou­voir des pro­grammes meilleurs et plus inten­sifs de pré­pa­ra­tion au mariage, pour éli­mi­ner le plus pos­sible les dif­fi­cul­tés dans les­quelles se débattent tant de couples, et plus encore pour conduire posi­ti­ve­ment les mariages à la réus­site et à la pleine maturité.

La pré­pa­ra­tion au mariage est à consi­dé­rer et à réa­li­ser comme un pro­ces­sus gra­duel et conti­nu. Elle com­porte en effet trois prin­ci­pales étapes : pré­pa­ra­tion éloi­gnée, pro­chaine et immédiate.

La pré­pa­ra­tion éloi­gnée com­mence dès l’en­fance, selon la sage péda­go­gie fami­liale qui vise à conduire les enfants à se décou­vrir eux-​mêmes comme doués d’une psy­cho­lo­gie à la fois riche et com­plexe, et d’une per­son­na­li­té par­ti­cu­lière, avec ses propres forces et aus­si ses fai­blesses. C’est la période durant laquelle on inculque peu à peu l’es­time pour toute valeur humaine authen­tique, dans les rap­ports inter­per­son­nels comme dans les rap­ports sociaux, avec ce que cela com­prend pour la for­ma­tion du carac­tère, pour la maî­trise de soi et l’u­sage cor­rect de ses propres incli­na­tions, pour la manière de consi­dé­rer et de ren­con­trer les per­sonnes de l’autre sexe, et ain­si de suite. En outre, spé­cia­le­ment pour les chré­tiens, est requise une solide for­ma­tion spi­ri­tuelle et caté­ché­tique, qui sache mon­trer dans le mariage une véri­table voca­tion et mis­sion, sans exclure la pos­si­bi­li­té du don total de soi à Dieu dans la voca­tion sacer­do­tale ou religieuse.

Sur cette base s’ap­puie­ra ensuite – et c’est là une œuvre de longue haleine – la pré­pa­ra­tion pro­chaine : à par­tir de l’âge oppor­tun et avec une caté­chèse adé­quate, un peu comme pour le che­mi­ne­ment caté­chu­mé­nal, elle com­porte une pré­pa­ra­tion plus spé­ci­fique aux sacre­ments, comme si on les redé­cou­vrait. Cette caté­chèse réno­vée de tous ceux qui se pré­parent au mariage chré­tien est tout à fait néces­saire, afin que le sacre­ment soit célé­bré et vécu avec les dis­po­si­tions morales et spi­ri­tuelles qui conviennent. La for­ma­tion reli­gieuse des fian­cés devra être com­plé­tée, au moment vou­lu et selon les diverses exi­gences concrètes, par une pré­pa­ra­tion à la vie à deux : une telle pré­pa­ra­tion, en pré­sen­tant le mariage comme un rap­port inter­per­son­nel de l’homme et de la femme à déve­lop­per de façon conti­nuelle, devra les encou­ra­ger à appro­fon­dir les pro­blèmes de la sexua­li­té conju­gale et de la pater­ni­té res­pon­sable, avec les connais­sances essen­tielles qui leur sont connexes dans l’ordre bio­lo­gique et médi­cal, et les ame­ner à se fami­lia­ri­ser avec de bonnes méthodes d’é­du­ca­tion des enfants, en favo­ri­sant l’ac­qui­si­tion des élé­ments de base pour une conduite ordon­née de la famille (tra­vail stable, dis­po­ni­bi­li­té finan­cière suf­fi­sante, sage admi­nis­tra­tion, notion d’é­co­no­mie fami­liale, etc.).

Enfin, on ne devra pas négli­ger la pré­pa­ra­tion à l’a­pos­to­lat fami­lial, à la fra­ter­ni­té et à la col­la­bo­ra­tion avec les autres familles, à l’in­ser­tion active dans des groupes, asso­cia­tions, mou­ve­ments et ini­tia­tives ayant pour fina­li­té le bien humain et chré­tien de la famille.

La pré­pa­ra­tion immé­diate à la célé­bra­tion du sacre­ment de mariage doit avoir lieu dans les der­niers mois et notam­ment dans les der­nières semaines qui pré­cèdent les noces de manière à don­ner une nou­velle signi­fi­ca­tion, un nou­veau conte­nu et un nou­velle forme à ce qu’on appelle l’en­quête pré-​matrimoniale requise par le droit cano­nique. Nécessaire dans tous les cas, une telle pré­pa­ra­tion s’im­pose avec plus d’ur­gence pour les fian­cés qui pré­sen­te­raient encore des défi­ciences et des dif­fi­cul­tés en matière de doc­trine et de pra­tique chrétienne.

Parmi les élé­ments à com­mu­ni­quer dans ce che­mi­ne­ment de foi, ana­logue au caté­chu­mé­nat, il doit y avoir aus­si une connais­sance appro­fon­die du mys­tère du Christ et de l’Eglise, de ce que signi­fient la grâce et la res­pon­sa­bi­li­té inhé­rentes au mariage chré­tien, sans comp­ter la pré­pa­ra­tion à prendre une part active et consciente aux rites de la litur­gie nuptiale.

La famille chré­tienne et toute la com­mu­nau­té ecclé­siale doivent se sen­tir enga­gées dans les diverses phases de la pré­pa­ra­tion au mariage, dont nous avons tra­cé seule­ment les grandes lignes. Il est sou­hai­table que les Conférences épis­co­pales, étant inté­res­sées aux ini­tia­tives qui conviennent pour aider les futurs époux à être plus conscients du sérieux de leur choix et les pas­teurs d’âmes à s’as­su­rer qu’ils ont les dis­po­si­tions vou­lues, s’emploient à ce que soit pro­mul­gué un Directoire pour la pas­to­rale de la famille. Dans celui-​ci, ils devront fixer, avant tout, les élé­ments indis­pen­sables du conte­nu, de la durée et de la méthode des « cours de pré­pa­ra­tion », en équi­li­brant entre eux les divers aspects – doc­tri­naux, péda­go­giques, légaux et médi­caux qui concernent le mariage, et en les orga­ni­sant de manière à per­mettre à ceux qui se pré­parent au mariage, non seule­ment de béné­fi­cier d’un appro­fon­dis­se­ment intel­lec­tuel, mais de se sen­tir pous­sés à s’in­sé­rer de façon active dans la com­mu­nau­té ecclésiale.

Bien que le carac­tère néces­saire et obli­ga­toire de la pré­pa­ra­tion immé­diate au mariage ne doive pas être sous-​estimé – cela arri­ve­rait si l’on en dis­pen­sait faci­le­ment -, une telle pré­pa­ra­tion doit tou­jours être pro­po­sée et réa­li­sée de manière que son omis­sion éven­tuelle ne consti­tue pas un empê­che­ment à la célé­bra­tion des noces.

La célé­bra­tion

67. Le mariage chré­tien requiert – telle est la norme – une célé­bra­tion litur­gique qui exprime de façon sociale et com­mu­nau­taire la nature essen­tiel­le­ment ecclé­siale et sacra­men­telle du pacte conju­gal entre les baptisés.

En tant que geste sacra­men­tel de sanc­ti­fi­ca­zion, la célé­bra­tion du mariage, insé­rée dans la litur­gie qui est le som­met de toute l’ac­tion de l’Eglise et la source de sa force sanctificatrice(166), doit être par elle-​même valide, digne et fruc­tueuse. La sol­li­ci­tude pas­to­rale trouve ici un vaste champ d’ap­pli­ca­tion si l’on veut répondre plei­ne­ment aux exi­gences décou­lant de la nature du pacte conju­gal éle­vé au rang de sacre­ment, et aus­si obser­ver fidè­le­ment la dis­ci­pline de l’Eglise pour tout ce qui regarde le libre consen­te­ment, les empê­che­ments, la forme cano­nique et le rite même de la célé­bra­tion. Ce rite doit être simple et digne, accom­pli selon les normes des Autorités com­pé­tentes de l’Eglise ; il revient d’ailleurs à celles-​ci – selon les cir­cons­tances concrètes de temps et de lieu et en confor­mi­té avec les normes éta­blies par le Siège Apostolique(167) – d’as­su­mer éven­tuel­le­ment dans la célé­bra­tion litur­gique les élé­ments propres à chaque culture sus­cep­tibles de mieux expri­mer la pro­fonde signi­fi­ca­tion humaine et reli­gieuse du pacte conju­gal, pour­vu qu’ils ne contiennent rien qui s’é­carte de la foi et de la morale chrétiennes.

En tant que signe, la célé­bra­tion litur­gique doit se dérou­ler de manière à consti­tuer, même dans sa réa­li­té exté­rieure, une pro­cla­ma­tion de la Parole de Dieu et une pro­fes­sion de foi de la com­mu­nau­té des croyants. L’effort pas­to­ral por­te­ra ici sur l’u­ti­li­sa­tion intel­li­gente et dili­gente de la « Liturgie de la Parole », et sur l’é­du­ca­tion de la foi de ceux qui par­ti­cipent à la célé­bra­tion et, en pre­mier lieu, des futurs époux.

En tant que geste sacra­men­tel de l’Eglise, la célé­bra­tion litur­gique du mariage doit enga­ger la com­mu­nau­té chré­tienne, grâce à une par­ti­ci­pa­tion pleine, active et res­pon­sable de toutes les per­sonnes pré­sentes, cha­cune selon sa place et son rôle : les époux, le prêtre, les témoins, les parents, les amis, les autres fidèles, bref tous les membres d’une assem­blée qui mani­feste et vit le mys­tère du Christ et de son Eglise.

Pour la célé­bra­tion du mariage chré­tien dans le cadre des cultures ou des tra­di­tions ances­trales, il faut suivre les prin­cipes énon­cés ci-dessus.

Célébration du mariage et évan­gé­li­sa­tion des bap­ti­sés non croyants

68. Précisément parce que, dans la célé­bra­tion du mariage, une atten­tion toute spé­ciale doit être réser­vée aux dis­po­si­tions morales et spi­ri­tuelles des époux, en par­ti­cu­lier à leur foi, il faut abor­der ici une dif­fi­cul­té qui n’est pas rare, et que peuvent ren­con­trer les pas­teurs de l’Eglise dans le contexte de notre socié­té sécularisée.

En effet, la foi de celui qui demande à l’Eglise de bénir son mariage peut exis­ter à des degrés divers, et c’est le devoir fon­da­men­tal des pas­teurs de la faire redé­cou­vrir, de la nour­rir et de l’a­me­ner à matu­ri­té. Mais ils doivent aus­si com­prendre les rai­sons qui conseillent à l’Eglise d’ad­mettre à la célé­bra­tion même celui qui est impar­fai­te­ment disposé.

Parmi tous les sacre­ments, celui du mariage a ceci de spé­ci­fique d’être le sacre­ment d’une réa­li­té qui existe déjà dans l’ordre de la créa­tion, d’être le pacte conju­gal ins­ti­tué par le Créateur « au com­men­ce­ment ». Par consé­quent, la déci­sion de l’homme et de la femme de s’é­pou­ser selon ce pro­jet divin, autre­ment dit la déci­sion d’en­ga­ger toute leur vie par leur consen­te­ment conju­gal irré­vo­cable dans un amour indis­so­luble et dans une fidé­li­té sans condi­tions, implique réel­le­ment, même si ce n’est pas d’une manière plei­ne­ment consciente, une atti­tude de pro­fonde obéis­sance à la volon­té de Dieu, qui ne peut exis­ter sans sa grâce. Ils sont donc déjà entrés dans un véri­table che­mi­ne­ment de salut, que la célé­bra­tion du sacre­ment et sa pré­pa­ra­tion immé­diate peuvent com­plé­ter et por­ter à terme, étant don­né la rec­ti­tude de leur intention.

Il est vrai, d’autre part, que, en cer­tains ter­ri­toires, des motifs de carac­tère plus social qu’au­then­ti­que­ment reli­gieux poussent les fian­cés à deman­der de se marier à l’é­glise. Cela n’est pas éton­nant. Le mariage, en effet, n’est pas un évé­ne­ment qui regarde seule­ment ceux qui se marient. Il est aus­si, par sa nature même, un fait social qui engage les époux devant la socié­té. Et depuis tou­jours sa célé­bra­tion a été une fête qui unit familles et amis. Il va donc de soi que des motifs sociaux entrent, en même temps que des motifs per­son­nels, dans la demande du mariage à l’église.

Cependant, il ne faut pas oublier que ces fian­cés, en ver­tu de leur bap­tême, sont déjà réel­le­ment insé­rés dans l’Alliance nup­tiale du Christ avec l’Eglise, qu’a­vec une inten­tion droite ils ont accueilli le pro­jet de Dieu sur le mariage et que, par consé­quent, au moins impli­ci­te­ment, ils consentent à ce que l’Eglise entend faire lors­qu’elle célèbre le mariage. Aussi, le seul fait que, dans leur demande, il entre éga­le­ment des motifs de carac­tère social, ne jus­ti­fie pas un refus éven­tuel de la part des pas­teurs. Du reste, comme l’a ensei­gné le Concile Vatican II, les sacre­ments, grâce aux paroles et aux élé­ments du rite, nour­rissent et for­ti­fient la foi(168), cette foi vers laquelle les fian­cés sont déjà en che­min en ver­tu de la rec­ti­tude de leur inten­tion, que la grâce du Christ ne manque assu­ré­ment pas de favo­ri­ser et de soutenir.

Au-​delà de toutes ces consi­dé­ra­tions, vou­loir éta­blir, pour l’ad­mis­sion à la célé­bra­tion ecclé­siale du mariage, d’autres cri­tères qui concer­ne­raient le degré de foi des fian­cés, com­porte de graves risques : avant tout, celui de pro­non­cer des juge­ments non suf­fi­sam­ment fon­dés et dis­cri­mi­na­toires ; le risque ensuite de sou­le­ver des doutes sur la vali­di­té de mariages déjà célé­brés, non sans grave dom­mage pour les com­mu­nau­tés chré­tiennes, et de sus­ci­ter de nou­velles inquié­tudes injus­ti­fiées dans la conscience des époux. On tom­be­rait dans le dan­ger de contes­ter ou de mettre en doute la sacra­men­ta­li­té de nom­breux mariages de frères qui ne sont pas en pleine com­mu­nion avec l’Eglise catho­lique, et cela en contra­dic­tion avec la tra­di­tion ecclésiale.

Lorsque, au contraire, mal­gré toutes les ten­ta­tives qu’on a pu faire, les fian­cés mani­festent leur refus expli­cite et for­mel de ce que l’Eglise entend faire quand est célé­bré un mariage de bap­ti­sés, le pas­teur d’âmes ne peut les admettre à la célé­bra­tion. Même si c’est à contre­cœur, il a le devoir de prendre acte de la situa­tion et de faire com­prendre aux inté­res­sés que, les choses étant ce qu’elles sont, ce n’est pas l’Eglise, mais eux-​mêmes qui empêchent la célé­bra­tion que pour­tant ils demandent.

Encore une fois appa­rait dans toute son urgence la néces­si­té d’une évan­gé­li­sa­tion et d’une caté­chèse pré-​matrimoniales et post-​matrimoniales à mettre en œuvre par toute la com­mu­nau­té chré­tienne, pour per­mettre à tout homme et à toute femme qui se marient de célé­brer le sacre­ment de mariage non seule­ment vali­de­ment, mais encore avec fruit.

Pastorale post-​matrimoniale

69. La sol­li­ci­tude pas­to­rale pour la famille régu­liè­re­ment consti­tuée signi­fie, concrè­te­ment, l’en­ga­ge­ment de toutes les ins­tances de la com­mu­nau­té ecclé­siale locale pour aider le couple à décou­vrir et à vivre sa voca­tion et sa mis­sion nou­velles. Pour que la famille devienne tou­jours davan­tage une vraie com­mu­nau­té d’a­mour, il est néces­saire que tous ses membres soient aidés et for­més à leurs res­pon­sa­bi­li­tés en face des nou­veaux pro­blèmes qui se pré­sentent, au ser­vice réci­proque, à la par­ti­ci­pa­tion à la vie de la famille.

Cela vaut sur­tout pour les jeunes familles qui, se trou­vant dans un contexte de nou­velles valeurs et de nou­velles res­pon­sa­bi­li­tés, sont plus expo­sées, spé­cia­le­ment dans les pre­mières années du mariage, à d’é­ven­tuelles dif­fi­cul­tés, comme celles qui pro­viennent de l’a­dap­ta­tion à la vie en com­mun ou de la nais­sance des enfants. Les jeunes époux sau­ront accueillir cor­dia­le­ment et uti­li­ser intel­li­gem­ment l’aide dis­crète, déli­cate et géné­reuse d’autres couples qui vivent déjà depuis un cer­tain temps l’ex­pé­rience du mariage et de la famille. Ainsi, au sein de la com­mu­nau­té ecclé­siale – grande famille for­mée de familles chré­tiennes – se réa­li­se­ra un échange mutuel, fait de pré­sence et d’en­traide, entre toutes les familles, cha­cune met­tant au ser­vice des autres son expé­rience humaine, comme aus­si les dons de la foi et de la grâce. Animée par un véri­table esprit apos­to­lique, cette entraide de famille à famille consti­tue­ra l’un des moyens les plus simples, les plus effi­caces et à la por­té de tous pour répandre de proche en proche les valeurs chré­tiennes qui sont le point de départ et le point d’a­bou­tis­se­ment de toute charge pas­to­rale. De cette façon, les jeunes familles ne se bor­ne­ront pas à rece­voir, mais à leur tour, grâce à cette aide, elles devien­dront, par leur témoi­gnage de vie et leur contri­bu­tion active, une source d’en­ri­chis­se­ment pour les autres familles qui sont fon­dées depuis un cer­tain temps.

Dans l’ac­tion pas­to­rale vis-​à-​vis des jeunes familles, l’Eglise devra aus­si s’ap­pli­quer spé­cia­le­ment à les édu­quer à vivre l’a­mour conju­gal de façon res­pon­sable, en rap­port avec ses exi­gences de com­mu­nion et de ser­vice de la vie, et de même leur apprendre à conci­lier l’in­ti­mi­té de la vie de foyer avec la tâche géné­reuse qui incombe à tous d’é­di­fier l’Eglise et la socié­té humaine. Lorsque, avec la venue des enfants, le couple devient une famille au sens plé­nier et spé­ci­fique du terme, l’Eglise sera encore proche des parents pour leur per­mettre d’ac­cueillir leurs enfants et de les aimer comme un don reçu du Seigneur de la vie, en assu­mant avec joie la fatigue de les ser­vir dans leur crois­sance humaine et chrétienne.

II – STRUCTURES DE LA PASTORALE FAMILIALE

L’action pas­to­rale est tou­jours l’ex­pres­sion dyna­mique de la réa­li­té de l’Eglise enga­gée dans sa mis­sion de salut. La pas­to­rale fami­liale, forme par­ti­cu­lière et spé­ci­fique de la pas­to­rale, trouve elle aus­si dans l’Eglise le prin­cipe de son action et son pro­ta­go­niste res­pon­sable, à tra­vers ses struc­tures et ses membres actifs.

La com­mu­nau­té ecclé­siale et en par­ti­cu­lier la paroisse

70. Communauté à la fois sau­vée et sal­va­trice, l’Eglise doit être consi­dé­rée ici dans sa double dimen­sion uni­ver­selle et par­ti­cu­lière. Celle-​ci s’ex­prime et se réa­lise dans la com­mu­nau­té dio­cé­saine, divi­sée pour des rai­sons pas­to­rales en com­mu­nau­tés plus petites par­mi les­quelles la paroisse a une place à part, vu son impor­tance particulière.

La com­mu­nion avec l’Eglise uni­ver­selle, loin de por­ter atteinte à la valeur et à l’o­ri­gi­na­li­té des diverses Eglises par­ti­cu­lières, les garan­tit et les déve­loppe ; ces der­nières demeurent en effet les agents les plus immé­diats et les plus effi­caces pour mettre en œuvre la pas­to­rale fami­liale. En ce sens, chaque Eglise locale et, en termes plus par­ti­cu­liers, chaque com­mu­nau­té parois­siale doit prendre une plus vive conscience de la grâce et de la res­pon­sa­bi­li­té qu’elle reçoit du Seigneur en vue de pro­mou­voir la pas­to­rale de la famille. Tout plan de pas­to­rale orga­nique, à quelque niveau que ce soit, ne peut jamais omettre de prendre en consi­dé­ra­tion la pas­to­rale de la famille.

C’est à la lumière d’une telle res­pon­sa­bi­li­té qu’il faut com­prendre aus­si l’im­por­tance d’une pré­pa­ra­tion adé­quate pour tous ceux qui seront plus spé­ci­fi­que­ment enga­gés dans ce genre d’a­pos­to­lat. Les prêtres, les reli­gieux et les reli­gieuses, dès le temps de leur for­ma­tion, seront orien­tés et for­més de manière pro­gres­sive et adap­tée à leurs tâches res­pec­tives. Entre autres ini­tia­tives, il me plaît de sou­li­gner la récente créa­tion à Rome, auprès de l’Université pontificaIe du Latran, d’un Institut supé­rieur consa­cré à l’é­tude des pro­blèmes de la famille. Dans cer­tains dio­cèses éga­le­ment des Instituts de ce genre ont été fon­dés ; les évêques devront faire en sorte que le plus grand nombre pos­sible de prêtres y fré­quentent des cours spé­cia­li­sés, avant d’as­su­mer des res­pon­sa­bi­li­tés parois­siales. Ailleurs, des­cours de for­ma­tion sont pério­di­que­ment don­nés par les Instituts supé­rieurs d’é­tudes théo­lo­giques et pas­to­rales. De telles ini­tia­tives seront encou­ra­gées, sou­te­nues, mul­ti­pliées et évi­dem­ment ouvertes aus­si aux laïcs qui y appor­te­ront leur concours pro­fes­sion­nel pour aider la famille (au plan de la méde­cine, du droit, de la psy­cho­lo­gie, de la socio­lo­gie, de l’éducation).

La famille

71. Mais sur­tout on doit recon­naître la place sin­gu­lière que tient en ce domaine la mis­sion des conjoints et des familles chré­tiennes, en ver­tu de la grâce reçue dans le sacre­ment. Une telle mis­sion doit être mise au ser­vice de l’é­di­fi­ca­tion de l’Eglise, de la construc­tion du Royaume de Dieu dans l’his­toire. Cela est requis comme un acte d’o­béis­sance docile au Christ Seigneur. C’est lui qui, en effet, par le mariage des bap­ti­sés éle­vé au rang de sacre­ment, confère aux époux chré­tiens une mis­sion par­ti­cu­lière d’a­pôtres, en les envoyant comme ouvriers dans sa vigne et, de façon toute spé­ciale, dans le champ de la famille.

Dans cette acti­vi­té, les époux chré­tiens agissent en com­mu­nion et en col­la­bo­ra­tion avec les autres membres de l’Eglise qui œuvrent aus­si en faveur de la famille, en fai­sant fruc­ti­fier leurs dons et leurs minis­tères. Ils accom­pli­ront cet apos­to­lat avant tout au sein de leur propre famille, par le témoi­gnage d’une vie vécue en confor­mi­té avec la loi divine sous tous ses aspects, par la for­ma­tion chré­tienne des enfants, par l’aide appor­tée à leur matu­ra­tion dans la foi, par l’é­du­ca­tion à la chas­te­té, par la pré­pa­ra­tion à la vie, par le soin accor­dé à les pré­ser­ver des dan­gers idéo­lo­giques et moraux dont sou­vent ils sont mena­cés, par leur inser­tion pro­gres­sive, avec res­pon­sa­bi­li­té, dans la com­mu­nau­té ecclé­siale et dans la com­mu­nau­té civile, par l’as­sis­tance et les conseils dans le choix de leur voca­tion, par l’aide mutuelle entre les membres de la famille pour leur crois­sance com­mune au plan humain et chré­tien, et ain­si de suite. Par ailleurs, l’a­pos­to­lat de la famille s’é­pa­noui­ra sous forme d’œuvres de cha­ri­té spi­ri­tuelle et maté­rielle envers les autres familles, spé­cia­le­ment envers celles qui ont le plus besoin d’en­traide et de sou­tien, envers les pauvres, les malades, les per­sonnes âgées, les han­di­ca­pés, les orphe­lins, les veuves, les époux aban­don­nés, les mères céli­ba­taires et celles qui, dans des situa­tions dif­fi­ciles, sont ten­tées de se défaire du fruit de leur sein, etc.

Les asso­cia­tions de familles au ser­vice des familles

72. Toujours dans le cadre de l’Eglise, sujet res­pon­sable de la pas­to­rale fami­liale, il faut rap­pe­ler les divers regrou­pe­ments de fidèles, dans les­quels se mani­feste et se vit dans une cer­taine mesure le mys­tère de l’Eglise du Christ. Il importe donc de recon­naître et de valo­ri­ser les com­mu­nau­tés ecclé­siales, les groupes et les nom­breux mou­ve­ments enga­gés de diverse manière, à des titres variés et à dif­fé­rents niveaux dans la pas­to­rale fami­liale, en tenant compte pour cha­cun des carac­té­ris­tiques, de la fina­li­té, de l’im­pact et des méthodes propres.

Pour ce motif, le Synode a expres­sé­ment recon­nu l’ap­port utile de telles asso­cia­tions de spi­ri­tua­li­té, de for­ma­tion et d’a­pos­to­lat. Leur rôle sera de sus­ci­ter chez les fidèles un sens aigu de la soli­da­ri­té, de favo­ri­ser une conduite de vie ins­pi­rée de l’Evangile et de la foi de l’Eglise, de for­mer les consciences selon les valeurs chré­tiennes et non d’a­près les cri­tères de l’o­pi­nion publique, d’en­cou­ra­ger les œuvres de cha­ri­té orien­tées vers l’en­traide mutuelle et vers les autres avec un esprit d’ou­ver­ture qui fasse des familles chré­tiennes une véri­table source de lumière et un ferment sain pour les autres familles.

Il est éga­le­ment dési­rable que, selon un sens très vif du bien com­mun, les familles chré­tiennes s’en­gagent acti­ve­ment, à tous les niveaux, dans d’autres asso­cia­tions non ecclé­siales. Certaines de ces asso­cia­tions se pro­posent la pré­ser­va­tion, la trans­mis­sion et la sau­ve­garde des vraies valeurs éthiques et cultu­relles du peuple auquel elles appar­tiennent, le déve­lop­pe­ment de la per­sonne humaine, la pro­tec­tion médi­cale, juri­dique et sociale de la mater­ni­té et de l’en­fance, la juste pro­mo­tion de la femme et la lutte contre tout ce qui blesse sa digni­té, l’ac­crois­se­ment de la soli­da­ri­té mutuelle, la connais­sance des pro­blèmes liés à la régu­la­tion res­pon­sable de la fécon­di­té selon les méthodes natu­relles conformes à la digni­té humaine et à la doc­trine de l’Eglise. D’autres visent la construc­tion d’un monde plus équi­table et plus humain, la pro­mo­tion de lois justes favo­ri­sant l’ordre social qui convient dans le plein res­pect de la digni­té et de toutes les liber­tés légi­times de l’in­di­vi­du et de la famille, au niveau natio­nal comme au niveau inter­na­tio­nal, la col­la­bo­ra­tion avec l’é­cole et avec les autres ins­ti­tu­tions qui com­plètent l’é­du­ca­tion des enfants, et ain­si de suite.

III – LES RESPONSABLES DE LA PASTORALE FAMILIALE

En plus de la famille – qui est l’ob­jet, mais avant tout le sujet de la pas­to­rale fami­liale -, il convient de rap­pe­ler aus­si les autres res­pon­sables prin­ci­paux dans ce sec­teur particulier.

Les évêques et les prêtres

73. Le pre­mier res­pon­sable de la pas­to­rale fami­liale dans le dio­cèse est l’é­vêque. Comme père et pas­teur, il doit être par­ti­cu­liè­re­ment sou­cieux de ce sec­teur, sans aucun doute prio­ri­taire, de la pas­to­rale. Il doit lui consa­crer inté­rêt, sol­li­ci­tude, temps, per­son­nel, res­sources : mais par­des­sus tout, il doit appor­ter un appui per­son­nel aux familles et à tous ceux qui, dans les diverses struc­tures dio­cé­saines, l’as­sistent dans la pas­to­rale de la famille. Il aura par­ti­cu­liè­re­ment à cœur la volon­té de faire en sorte que son dio­cèse soit tou­jours davan­tage une véri­table « famille dio­cé­saine », modèle et source d’es­pé­rance pour tant de familles qui en font par­tie. La créa­tion du Conseil pon­ti­fi­cal pour la Famille est à consi­dé­rer dans ce contexte : il est fait pour être un signe de l’im­por­tance que j’at­tri­bue à la pas­to­rale de la famille dans le monde, et en même temps un ins­tru­ment effi­cace pour aider à la pro­mou­voir à tous les niveaux.

Les évêques sont aidés en par­ti­cu­lier par les prêtres dont la tâche – comme l’a expres­sé­ment sou­li­gné le Synode – consti­tue une par­tie essen­tielle du minis­tère de l’Eglise à l’é­gard du mariage et de la famille. On doit dire la même chose des diacres aux­quels sera éven­tuel­le­ment confiée la charge de ce sec­teur pastoral.

Leur res­pon­sa­bi­li­té s’é­tend non seule­ment aux pro­blèmes moraux et litur­giques, mais aus­si aux pro­blèmes de carac­tère per­son­nel et social. Ils doivent sou­te­nir la famille dans ses dif­fi­cul­tés et ses souf­frances, en se tenant aux côtés de ses membres, en les aidant à voir leur vie à la lumière de l’Evangile. Il n’est pas super­flu de noter que, dans cette mis­sion, exer­cée avec le dis­cer­ne­ment qui convient et un véri­table esprit apos­to­lique, le ministre de l’Eglise puise un nou­veau sti­mu­lant et de nou­velles éner­gies pour sa propre voca­tion et pour l’exer­cice même de son ministère.

Préparés à cet apos­to­lat en temps utile et de façon sérieuse, le prêtre et le diacre doivent se com­por­ter constam­ment, au regard des familles, comme des pères, des frères, des pas­teurs et des maîtres, en les aidant avec le secours de la grâce et en les éclai­rant avec la lumière de la véri­té. Leur ensei­gne­ment et leurs conseils devront donc être tou­jours en pleine conso­nance avec le Magistère authen­tique de l’Eglise, de manière à aider le peuple de Dieu à se for­mer un sens exact de la foi à appli­quer ensuite à la vie concrète. Cette fidé­li­té au Magistère per­met­tra aus­si aux prêtres de veiller avec grand soin à main­te­nir l’u­ni­té dans leurs façons de juger, afin d’é­vi­ter aux fidèles des troubles de conscience.

Les pas­teurs et les laïcs par­ti­cipent dans l’Eglise à la mis­sion pro­phé­tique du Christ : les laïcs, en témoi­gnant de la foi par la parole et par la vie chré­tienne ; les pas­teurs, en dis­cer­nant dans ce témoi­gnage ce qui est expres­sion de foi authen­tique et ce qui cor­res­pond moins à la lumière de la foi ; la famille, en tant que com­mu­nau­té chré­tienne, grâce à sa par­ti­ci­pa­tion spé­ciale et à son témoi­gnage de foi. Ainsi s’é­ta­blit un dia­logue entre les pas­teurs et les familles. Les théo­lo­giens et les experts des pro­blèmes fami­liaux peuvent favo­ri­ser gran­de­ment ce dia­logue, en expo­sant exac­te­ment le conte­nu du Magistère de l’Eglise et celui de l’ex­pé­rience de la vie de famille. En ce sens, l’en­sei­gne­ment du Magistère se com­prend mieux et le che­min vers son déve­lop­pe­ment pro­gres­sif devient plus facile. Il est tou­te­fois utile de rap­pe­ler que la norme pro­chaine et obli­ga­toire dans la doc­trine de la foi – cela concerne aus­si les pro­blèmes de la famille – appar­tient au Magistère hié­rar­chique. Des rap­ports clairs entre les théo­lo­giens, les experts des pro­blèmes fami­liaux et le Magistère aident pas­sa­ble­ment à l’in­tel­li­gence cor­recte de la foi et à la pro­mo­tion d’un légi­time plu­ra­lisme dans les limites de cette foi.

Religieux et religieuses

74. La contri­bu­tion que les reli­gieux et les reli­gieuses, ain­si que les âmes consa­crées en géné­ral, peuvent appor­ter à l’a­pos­to­lat de la famille trouve son expres­sion pre­mière, fon­da­men­tale et ori­gi­nale pré­ci­sé­ment dans leur consé­cra­tion à Dieu : grâce à celle-​ci, « ils évoquent aux yeux de tous les fidèles cette admi­rable union éta­blie par Dieu et qui doit être plei­ne­ment mani­fes­tée dans le siècle futur, par laquelle l’Eglise a le Christ comme unique époux»(169); cette consé­cra­tion fait d’eux des témoins de la cha­ri­té uni­ver­selle qui, par la chas­te­té embras­sée pour le Royaume des cieux, les rend tou­jours plus dis­po­nibles pour se consa­crer géné­reu­se­ment au ser­vice de Dieu et aux œuvres d’apostolat.

C’est dire la pos­si­bi­li­té qu’ont les reli­gieux et les reli­gieuses, les membres des Instituts sécu­liers ou d’autres Instituts de per­fec­tion, à titre indi­vi­duel ou asso­ciés, d’ap­por­ter eux aus­si aux familles un cer­tain ser­vice, avec une par­ti­cu­lière sol­li­ci­tude pour les enfants, sur­tout s’ils sont aban­don­nés, non dési­rés, orphe­lins, pauvres ou han­di­ca­pés ; et cela, en visi­tant les familles et en pre­nant soin des malades ; en entre­te­nant des rap­ports de res­pect et de cha­ri­té avec les familles incom­plètes, en dif­fi­cul­té ou dés­unies ; en pro­po­sant ensei­gne­ment et conseils pour pré­pa­rer les jeunes au mariage et aider les couples dans le pro­blème de la pro­créa­tion vrai­ment res­pon­sable ; en ouvrant leurs mai­sons à l’hos­pi­ta­li­té avec sim­pli­ci­té et cor­dia­li­té, afin que les familles puissent y trou­ver le sens de Dieu, le goût de la prière et du recueille­ment, l’exemple concret d’une vie vécue dans la cha­ri­té et dans la joie fra­ter­nelle conve­nant aux membres de la grande famille de Dieu.

Je vou­drais ajou­ter, pour les res­pon­sables des Instituts de vie consa­crée, une exhor­ta­tion plus pres­sante à bien vou­loir consi­dé­rer – tou­jours dans le res­pect de l’es­sen­tiel de leur cha­risme propre et ori­gi­nel – l’a­pos­to­lat au ser­vice des familles comme une de leurs tâches prio­ri­taires, ren­due plus urgente par la situa­tion présente.

Laïcs spé­cia­li­sés

75. Une aide sérieuse peut être appor­tée aux familles par les laïcs spé­cia­li­sés (méde­cins, hommes de loi, psy­cho­logues, assis­tants sociaux et assis­tantes sociales, conseillers, etc.): soit indi­vi­duel­le­ment, soit enga­gés en diverses asso­cia­tions ou ini­tia­tives, ils prêtent leur concours pour les éclai­rer, les conseiller, les orien­ter, les sou­te­nir. On peut bien leur appli­quer les exhor­ta­tions que j’ai eu l’oc­ca­sion d’a­dres­ser à la Confédération des consul­teurs fami­liaux d’ins­pi­ra­tion chré­tienne : « Votre enga­ge­ment mérite bien d’être qua­li­fié de « mis­sion », tant sont nobles les fins que vous pour­sui­vez et si déter­mi­nants, pour le bien de la socié­té et de la com­mu­nau­té chré­tienne elle-​même, les résul­tats qui en découlent… Tout ce que vous par­vien­drez à faire pour sou­te­nir la famille est des­ti­né à avoir une effi­ca­ci­té qui, débor­dant ses propres limites, attein­dra encore d’autres per­sonnes et influen­ce­ra la socié­té. L’avenir du monde et de l’Eglise passe par la famille»(170).

Usagers et arti­sans des moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale

76. Une parole par­ti­cu­lière doit être réser­vée à cette caté­go­rie si impor­tante dans la vie moderne. On sait bien que les ins­tru­ments de com­mu­ni­ca­tion sociale « affectent, pro­fon­dé­ment par­fois, le psy­chisme des usa­gers, tant sous l’as­pect affec­tif et intel­lec­tuel que dans le domaine moral et même reli­gieux », spé­cia­le­ment chez les jeunes(171). Ils peuvent donc exer­cer une influence béné­fique sur la vie et sur les habi­tudes de la famille comme sur l’é­du­ca­tion des enfants, mais en même temps il cachent aus­si « des pièges et des périls qu’on ne sau­rait négliger»(172), et ils pour­raient deve­nir le véhi­cule – par­fois habi­le­ment et sys­té­ma­ti­que­ment manœu­vré, comme il arrive, hélas, en divers pays du monde – d’i­déo­lo­gies des­truc­trices ou de visions défor­mées de la vie, des familles, de la reli­gion, de la mora­li­té, en ne res­pec­tant pas la vraie digni­té et le des­tin de l’homme.

Le péril est d’au­tant plus réel que « le style de vie, par­ti­cu­liè­re­ment au sein des nations indus­tria­li­sées, entraîne sou­vent les familles à se déchar­ger de leur res­pon­sa­bi­li­té édu­ca­tive. La faci­li­té des occa­sions d’é­va­sion (repré­sen­tées à la mai­son par la télé­vi­sion et cer­taines publi­ca­tions) per­met d’oc­cu­per le temps libre et les acti­vi­tés des enfants et des jeunes»(173). D’où « le devoir… de pro­té­ger avec soin les jeunes des « agres­sions » qu’ils subissent sous l’in­fluence des mass media », en veillant à ce que l’u­sage de ceux-​ci dans la famille soit réglé avec sagesse. C’est ain­si éga­le­ment que la famille devrait avoir à cœur de cher­cher, pour les enfants, d’autres diver­tis­se­ments plus sains, plus utiles et plus for­ma­teurs, au point de vue phy­sique, moral et spi­ri­tuel, « pour pro­mou­voir et valo­ri­ser le temps libre des jeunes et mieux orien­ter leurs énergies»(174).

En outre, vu que les ins­tru­ments de com­mu­ni­ca­tion sociale – comme d’ailleurs l’é­cole et le milieu – ont un impact sou­vent consi­dé­rable sur la for­ma­tion des enfants, les parents doivent, en tant qu’u­sa­gers, prendre une part active dans l’u­ti­li­sa­tion modé­rée, cri­tique, vigi­lante et pru­dente de ces moyens, en déter­mi­nant leur part d’in­fluence sur leurs enfants, et dans l’in­ter­ven­tion qui vise à « édu­quer les consciences à por­ter elles-​mêmes des juge­ments sereins et objec­tifs, qui les amè­ne­ront à accep­ter ou à refu­ser tels ou tels des pro­grammes proposés»(175).

Les parents feront un effort sem­blable pour cher­cher à avoir une influence sur le choix et la pré­pa­ra­tion des pro­grammes eux-​mêmes, en pre­nant les ini­tia­tives qui conviennent pour gar­der le contact avec les res­pon­sables des diverses ins­tances de la pro­duc­tion et de la trans­mis­sion, afin de s’as­su­rer qu’on ne passe pas abu­si­ve­ment sous silence les valeurs humaines fon­da­men­tales qui font par­tie du véri­table bien com­mun de la socié­té, et à plus forte rai­son qu’on ne leur porte pas expres­sé­ment atteinte, mais qu’au contraire soient dif­fu­sés des pro­grammes aptes à pré­sen­ter, dans leur juste lumière, les pro­blèmes de la famille et leur solu­tion adé­quate. A ce pro­pos, mon pré­dé­ces­seur Paul VI écri­vait : « Les pro­duc­teurs doivent connaître et res­pec­ter les exi­gences de la famille. Et cela sup­pose par­fois chez eux un grand cou­rage et tou­jours un très haut sens de res­pon­sa­bi­li­té. Ils doivent en effet s’in­ter­dire… tout ce qui peut bles­ser la famille, dans son exis­tence, sa sta­bi­li­té, son équi­libre, son bon­heur ; car toute atteinte aux valeurs fon­da­men­tales de la famille – qu’il s’a­gisse d’é­ro­tisme ou de vio­lence, d’a­po­lo­gie du divorce ou des atti­tudes anti­so­ciales des jeunes – est une atteinte au vrai bien de l’homme»(176).

Et moi-​même, dans une occa­sion ana­logue, je sou­li­gnais que les familles « doivent pou­voir comp­ter lar­ge­ment sur la bonne volon­té, la droi­ture et le sens des res­pon­sa­bi­li­tés des pro­fes­sion­nels des mass media : édi­teurs, écri­vains, pro­duc­teurs, direc­teurs, dra­ma­turges, infor­ma­teurs, com­men­ta­teurs et acteurs»(177). C’est pour­quoi l’Eglise aus­si a le devoir de conti­nuer à consa­crer tous les efforts vou­lus à ces caté­go­ries de res­pon­sables, tout en encou­ra­geant et en sou­te­nant en même temps les catho­liques qui se sentent appe­lés à s’en­ga­ger dans ces sec­teurs déli­cats et qui en ont les capacités.

IV – LA PASTORALE FAMILIALE DANS LES CAS DIFFICILES

Circonstances par­ti­cu­lières

77. Un enga­ge­ment pas­to­ral fai­sant plus encore appel à la géné­ro­si­té, à l’in­tel­li­gence et à la pru­dence, selon l’exemple du Bon Pasteur, est néces­saire à l’é­gard des familles qui, sou­vent indé­pen­dam­ment de leur propre volon­té ou sous le coup d’autres exi­gences de nature diverse, se trouvent devoir affron­ter des situa­tions objec­ti­ve­ment difficiles.

A ce sujet, il est néces­saire d’at­ti­rer spé­cia­le­ment l’at­ten­tion sur quelques caté­go­ries par­ti­cu­lières qui ont davan­tage besoin, non seule­ment d’as­sis­tance, mais d’une action plus déci­sive sur l’o­pi­nion publique et sur­tout sur les struc­tures cultu­relles, éco­no­miques et juri­diques, afin d’é­li­mi­ner au maxi­mum les causes pro­fondes de leurs difficultés.

Telles sont, par exemple, les familles de ceux qui émigrent pour des rai­sons de tra­vail ; les familles de ceux qui sont astreints à de longues absences comme par exemple les mili­taires, les navi­ga­teurs, les voya­geurs de toute sorte ; les familles des pri­son­niers, des réfu­giés et des exi­lés ; les familles qui, dans les grandes cités, vivent pra­ti­que­ment en marge des autres ; celles qui n’ont pas de mai­son ; celles qui sont incom­plètes ou ne com­portent que l’un des parents ; les familles qui ont des enfants han­di­ca­pés ou dro­gués ; les familles d’al­coo­liques ; celles qui sont déra­ci­nées de leur milieu cultu­rel et social ou qui risquent de le perdre ; celles qui souffrent de dis­cri­mi­na­tion pour des motifs poli­tiques ou pour d’autres rai­sons ; les familles divi­sées au plan idéo­lo­gique ; celles qui ne par­viennent pas à avoir faci­le­ment un contact avec la paroisse ; celles qui subissent la vio­lence ou d’in­justes trai­te­ments à cause de leur foi ; celles qui sont com­po­sées d’é­poux encore mineurs ; les per­sonnes âgées, plus d’une fois contraintes à vivre dans la soli­tude et sans les moyens de sub­sis­tance qu’il faudrait.

Les familles des migrants, spé­cia­le­ment lors­qu’il s’a­git d’ou­vriers ou de pay­sans, doivent pou­voir trou­ver par­tout dans l’Eglise une patrie qui soit leur. Il y a là un devoir natu­rel pour l’Eglise, elle qui est signe d’u­ni­té dans la diver­si­té. Les migrants seront assis­tés autant que pos­sible par des prêtres de leur rite, de leur culture, de leur langue. Il appar­tient à l’Eglise de faire appel à la conscience des citoyens et à tous ceux qui ont une auto­ri­té dans la vie sociale, éco­no­mique et poli­tique, afin que les ouvriers trouvent du tra­vail dans leur propre région et dans leur patrie, qu’ils reçoivent un juste salaire, que les familles soient le plus tôt pos­sible réunies, qu’elles soient prises en consi­dé­ra­tion dans leur iden­ti­té cultu­relle, qu’elles soient trai­tées à l’é­gal des autres et que leurs enfants aient la pos­si­bi­li­té de béné­fi­cier d’une for­ma­tion pro­fes­sion­nelle et d’exer­cer leur pro­fes­sion, comme aus­si de pos­sé­der la terre néces­saire à leur tra­vail et à leur subsistance.

Un pro­blème dif­fi­cile est celui des familles divi­sées au plan idéo­lo­gique. Ces cas requièrent une pré­oc­cu­pa­tion pas­to­rale par­ti­cu­lière. Il faut avant tout main­te­nir, avec la dis­cré­tion vou­lue, un contact per­son­nel avec de telles familles. Les croyants doivent être for­ti­fiés dans la foi et sou­te­nus dans leur vie chré­tienne. Même si la par­tie fidèle au catho­li­cisme ne peut céder, il est néces­saire que soit tou­jours main­te­nu vivant le dia­logue avec l’autre par­tie. Il importe de mul­ti­plier les mani­fes­ta­tions d’a­mour et de res­pect, dans la ferme espé­rance de main­te­nir for­te­ment l’u­ni­té. Cela dépend beau­coup aus­si des rap­ports entre les parents et leurs enfants. Les idéo­lo­gies étran­gères à la foi peuvent du reste sti­mu­ler les membres croyants de la famille à croître dans la foi et dans le témoi­gnage de leur amour.

D’autres moments dif­fi­ciles où la famille a besoin de l’aide de la com­mu­nau­té ecclé­siale et de ses pas­teurs peuvent être : l’a­do­les­cence des enfants, agi­tée, contes­ta­taire et par­fois même tumul­tueuse ; leur mariage, qui les sépare de leur famille d’o­ri­gine ; l’in­com­pré­hen­sion ou le manque d’a­mour de la part des per­sonnes les plus chères ; le fait d’être aban­don­né par son conjoint ou de le perdre, ce qui ouvre la porte à la dou­lou­reuse expé­rience du veu­vage ; la mort d’un membre de la famille qui mutile et trans­forme en pro­fon­deur le noyau ori­gi­nel de la famille.

De même, l’Eglise ne peut négli­ger l’é­tape de la vieillesse, avec tout ce qu’elle com­porte de posi­tif et de néga­tif : appro­fon­dis­se­ment pos­sible de l’a­mour conju­gal tou­jours plus puri­fié et qui béné­fi­cie de la longue fidé­li­té inin­ter­rom­pue ; dis­po­ni­bi­li­té à mettre au ser­vice des autres, sous une forme nou­velle, la bon­té et la sagesse accu­mu­lées et les éner­gies qui demeurent ; mais aus­si soli­tude pesante, plus sou­vent psy­cho­lo­gique et affec­tive que phy­sique, à cause de l’é­ven­tuel aban­don ou d’une insuf­fi­sante atten­tion de la part des enfants ou des membres de la paren­té ; souf­france pro­ve­nant de la mala­die, du déclin pro­gres­sif des forces, de l’hu­mi­lia­tion de devoir dépendre des autres, de l’a­mer­tume de se sen­tir peut-​être à charge à ceux qui sont chers, de l’ap­proche des der­niers moments de la vie. Voilà les occa­sions dans les­quelles – comme l’ont sug­gé­ré les Pères du Synode – on peut plus faci­le­ment faire com­prendre et faire vivre les aspects éle­vés de la spi­ri­tua­li­té du mariage et de la famille, qui trouvent leur ins­pi­ra­tion dans la valeur de la croix et de la résur­rec­tion du Christ, source de sanc­ti­fi­ca­tion et de pro­fonde joie dans la vie quo­ti­dienne, dans la pers­pec­tive des grandes réa­li­tés escha­to­lo­giques de la vie éternelle.

Dans toutes ces situa­tions, on n’o­met­tra jamais la prière, source de lumière et de force en même temps qu’a­li­ment de l’es­pé­rance chrétienne.

Mariages mixtes

78. Le nombre crois­sant de mariages entre catho­liques et autres bap­ti­sés requiert par ailleurs une atten­tion pas­to­rale par­ti­cu­lière à la lumière des orien­ta­tions et des normes conte­nues dans les plus récents docu­ments du Saint-​Siège et dans ceux que les Conférences épis­co­pales ont éla­bo­rés, pour en per­mettre l’ap­pli­ca­tion concrète dans les diverses situations.

Les couples qui vivent l’ex­pé­rience d’un mariage mixte pré­sentent des exi­gences par­ti­cu­lières qu’on peut réduire à trois caté­go­ries principales.

Avant tout, il faut avoir pré­sent à l’es­prit les devoirs de la par­tie catho­lique qui découlent de la foi, pour tout ce qui concerne le libre exer­cice de celle-​ci et l’o­bli­ga­tion qui s’en­suit de pour­voir, selon ses propres forces, à ce que les enfants soient bap­ti­sés et édu­qués dans la foi catholique(178).

Il faut tenir compte des dif­fi­cul­tés par­ti­cu­lières inhé­rentes aux rap­ports entre mari et femme pour tout ce qui regarde le res­pect de la liber­té reli­gieuse : celle-​ci peut être vio­lée soit par des pres­sions indues pour obte­nir le chan­ge­ment des convic­tions reli­gieuses du conjoint, soit par des obs­tacles qui seraient mis à la libre mani­fes­ta­tion de ces convic­tions dans la pra­tique religieuse.

En ce qui concerne la forme litur­gique et cano­nique du mariage, les Ordinaires peuvent faire lar­ge­ment usage de leurs facul­tés selon les diverses nécessités.

En trai­tant de ces exi­gences spé­ciales, il faut tenir compte des points suivants :

  • dans la pré­pa­ra­tion qui convient à ce type de mariage, on doit accom­plir tout effort rai­son­nable pour bien faire com­prendre la doc­trine catho­lique sur les qua­li­tés et les exi­gences du mariage, comme aus­si pour s’as­su­rer que n’exis­te­ront pas à l’a­ve­nir les pres­sions et les obs­tacles dont on vient de parler ;
  • il est de la plus grande impor­tance que, avec l’ap­pui de sa com­mu­nau­té, la par­tie catho­lique soit for­ti­fiée dans sa foi et posi­ti­ve­ment aidée à en acqué­rir une com­pré­hen­sion plus mûre et à mieux la pra­ti­quer, de manière à deve­nir un vrai témoin cré­dible au sein de la famille, à tra­vers la vie et la qua­li­té de l’a­mour mani­fes­té à l’autre conjoint et aux enfants.

Les mariages entre catho­liques et autres bap­ti­sés pré­sentent, tout en ayant une phy­sio­no­mie par­ti­cu­lière, de nom­breux élé­ments qu’il est bon de valo­ri­ser et de déve­lop­per, soit pour leur valeur intrin­sèque, soit pour la contri­bu­tion qu’ils peuvent appor­ter au mou­ve­ment œcu­mé­nique. Cela se véri­fie en par­ti­cu­lier lorsque les deux époux sont fidèles à leurs enga­ge­ments reli­gieux. Le bap­tême com­mun et le dyna­misme de la grâce four­nissent aux époux, dans ces mariages, le fon­de­ment et la moti­va­tion qui les portent à expri­mer leur uni­té dans la sphère des valeurs morales et spirituelles.

Dans ce but, et aus­si pour mettre en évi­dence l’im­por­tance œcu­mé­nique d’un tel mariage mixte, vécu plei­ne­ment dans la foi des deux conjoints chré­tiens, on recher­che­ra, même si cela ne s’a­vère pas tou­jours facile, une cor­diale col­la­bo­ra­tion entre le ministre catho­lique et le ministre non catho­lique, dès le moment de la pré­pa­ra­tion au mariage et des noces.

Quant à la par­ti­ci­pa­tion du conjoint non catho­lique à la com­mu­nion eucha­ris­tique, on sui­vra les normes éta­blies par le Secrétariat pour l’u­ni­té des chrétiens(179).

En diverses par­ties du monde, on enre­gistre un nombre crois­sant de mariages entre catho­liques et non bap­ti­sés. Dans nombre d’entre eux, le conjoint non bap­ti­sé pro­fesse une autre reli­gion et ses convic­tions doivent être trai­tées avec res­pect, selon les prin­cipes de la décla­ra­tion Nostra aetate du Concile œcu­mé­nique Vatican II sur les rela­tions avec les reli­gions non chré­tiennes. Mais dans beau­coup d’autres cas, par­ti­cu­liè­re­ment dans les socié­tés sécu­la­ri­sées, la per­sonne non bap­ti­sée ne pro­fesse aucune reli­gion. Pour ces mariages, il est néces­saire que les Conférences épis­co­pales et les dif­fé­rents évêques prennent des mesures pas­to­rales adé­quates, visant à garan­tir la défense de la foi du conjoint catho­lique et la sau­ve­garde de son libre exer­cice, sur­tout quant à son devoir de faire ce qui est en son pou­voir pour que les enfants soient bap­ti­sés et édu­qués de manière catho­lique. Le conjoint catho­lique doit être éga­le­ment sou­te­nu de toute façon dans son effort pour don­ner, à l’in­té­rieur de la famille chré­tienne, un témoi­gnage authen­tique de foi et de vie catholiques.

Action pas­to­rale devant cer­taines situa­tions irrégulières

79. Dans le soin qu’il a mis à pro­té­ger la famille dans toutes ses dimen­sions – et pas seule­ment la dimen­sion reli­gieuse -, le Synode des Evêques n’a pas man­qué de prendre atten­ti­ve­ment en consi­dé­ra­tion quelques-​unes des situa­tions qui sont irré­gu­lières au plan reli­gieux et sou­vent même au plan civil et qui, dans les chan­ge­ments rapides affec­tant aujourd’­hui les cultures, sont en train, hélas, de se répandte même par­mi les catho­liques, avec un sérieux dom­mage pour l’ins­ti­tu­tion fami­liale et pour la socié­té dont elle consti­tue la cel­lule fondamentale.

a) Le mariage à l’essai

80. Une pre­mière situa­tion irré­gu­lière consiste dans ce que l’on appelle « le mariage à l’es­sai », que beau­coup aujourd’­hui vou­draient jus­ti­fier en lui attri­buant une cer­taine valeur. Qu’il soit inac­cep­table, la rai­son humaine le laisse déjà entendre par elle-​même, en mon­trant com­bien il est peu convain­cant de par­ler d’un « essai » quand il s’a­git de per­sonnes humaines, dont la digni­té exige qu’elles soient tou­jours et seule­ment le terme de l’a­mour de dona­tion sans aucune limite, de temps ou autre.

Pour sa part, l’Eglise ne peut admettre ce type d’u­nion pour des motifs sup­plé­men­taires et ori­gi­naux décou­lant de la foi. D’un côté, en effet, le don du corps dans le rap­port sexuel est le sym­bole réel de la dona­tion de toute la per­sonne ; une telle dona­tion, d’ailleurs, dans le des­sein actuel de Dieu, ne peut se réa­li­ser dans sa pleine véri­té sans le concours de l’a­mour de cha­ri­té don­né par le Christ. Et d’un autre côté, le mariage entre deux bap­ti­sés est le sym­bole réel de l’u­nion du Christ avec l’Eglise, union qui n’est pas tem­po­raire ou « à l’es­sai », mais éter­nel­le­ment fidèle ; entre deux bap­ti­sés, il ne peut donc exis­ter qu’un mariage indissoluble.

Une telle situa­tion ne peut nor­ma­le­ment être sur­mon­tée si la per­sonne humaine n’a pas été édu­quée depuis son enfance, avec l’aide de la grâce du Christ et sans crainte, à domi­ner la concu­pis­cence nais­sante et à ins­tau­rer avec les autres des rap­ports d’a­mour véri­table. Cela ne s’ob­tient pas sans une vraie for­ma­tion à l’a­mour authen­tique et à l’u­sage cor­rect de la sexua­li­té, capable d’in­tro­duire la per­sonne humaine selon toutes ses dimen­sions, et donc aus­si son corps, dans la plé­ni­tude du mys­tère du Christ.

Il sera très utile d’en­quê­ter sur les causes de ce phé­no­mène, même dans son aspect psy­cho­lo­gique et socio­lo­gique, pour arri­ver à trou­ver une thé­ra­pie adéquate.

b) Unions libres de fait

81. Il s’a­git d’u­nions qui n’ont aucun lien ins­ti­tu­tion­nel publi­que­ment recon­nu, ni civil, ni reli­gieux. Ce phé­no­mène, tou­jours plus fré­quent, ne peut pas ne pas atti­rer l’at­ten­tion des pas­teurs d’âmes, d’au­tant plus qu’il pro­vient d’élé­ments bien divers et qu’en agis­sant sur eux il sera peut-​être pos­sible d’en limi­ter les conséquences.

Certains, en effet, se consi­dèrent comme contraints à cet état par des situa­tions dif­fi­ciles d’ordre éco­no­mique, cultu­rel et reli­gieux, dans la mesure où, en contrac­tant un mariage régu­lier, ils seraient expo­sés à un dom­mage, à la perte d’a­van­tages éco­no­miques, à des dis­cri­mi­na­tions, etc. Chez d’autres, on ren­contre une atti­tude de mépris, de contes­ta­tion ou de rejet de la socié­té, de l’ins­ti­tu­tion fami­liale, de l’ordre socio-​politique, ou encore la seule recherche du plai­sir. D’autres, enfin, y sont pous­sés par l’i­gno­rance et la pau­vre­té extrêmes, par­fois aus­si par des condi­tions de vie dues à des situa­tions de véri­table injus­tice, ou encore par une cer­taine imma­tu­ri­té psy­cho­lo­gique qui les rend hési­tants et leur fait craindre de contrac­ter un lien stable et défi­ni­tif. En cer­tains pays, les cou­tumes tra­di­tion­nelles pré­voient le mariage pro­pre­ment dit seule­ment après une période de coha­bi­ta­tion et après la nais­sance du pre­mier enfant.

Chacun de ces élé­ments pose à l’Eglise des pro­blèmes pas­to­raux ardus, à cause des graves consé­quences qui en découlent, soit au plan reli­gieux et moral (perte du sens reli­gieux du mariage, conçu à la lumière de l’Alliance de Dieu avec son peuple ; pri­va­tion de la grâce du sacre­ment ; grave scan­dale), soit même au plan social (des­truc­tion du concept de la famille ; affai­blis­se­ment du sens de la fidé­li­té, même envers la socié­té ; trau­ma­tismes psy­cho­lo­giques pos­sibles chez les enfants ; affir­ma­tion de l’égoïsme).

Les pas­teurs et la com­mu­nau­té ecclé­siale s’ap­pli­que­ront à bien connaître de telles situa­tions et leurs causes concrètes, cas par cas ; ils auront à cœur d’ap­pro­cher avec dis­cré­tion et res­pect ceux qui vivent ain­si ensemble ; de s’employer à les éclai­rer patiem­ment, à les reprendre avec cha­ri­té, à leur don­ner un témoi­gnage fami­lial chré­tien, autre­ment dit tout ce qui peut les ache­mi­ner vers la régu­la­ri­sa­tion de leur situa­tion. Par-​dessus tout cepen­dant, on fera une œuvre de pré­ven­tion, en culti­vant le sens de la fidé­li­té dans toute l’é­du­ca­tion morale et reli­gieuse des jeunes, en les ins­trui­sant sur les condi­tions et les struc­tures qui favo­risent cette fidé­li­té sans laquelle il n’y a pas de vraie liber­té, en les aidant à mûrir spi­ri­tuel­le­ment, en leur fai­sant com­prendre la riche réa­li­té humaine et sur­na­tu­relle du mariage-sacrement.

Le peuple de Dieu inter­vien­dra aus­si auprès des auto­ri­tés publiques afin que celles-​ci, résis­tant à ces ten­dances qui désa­grègent la socié­té elle-​même et sont dom­ma­geables pour la digni­té, la sécu­ri­té et le bien-​être des divers citoyens, s’emploient à évi­ter que l’o­pi­nion publique ne soit entraî­née à sous-​estimer l’im­por­tance ins­ti­tu­tion­nelle du mariage et de la famille. Et parce que, dans beau­coup de régions, à cause de l’ex­trême pau­vre­té décou­lant de struc­tures éco­no­miques et sociales injustes et inadap­tées, les jeunes ne sont pas dans des condi­tions leur per­met­tant de se marier comme il convient, il faut sou­hai­ter que la socié­té et les auto­ri­tés publiques favo­risent le mariage légi­time grâce à une série d’in­ter­ven­tions sociales et poli­tiques de nature à garan­tir le salaire fami­lial, à prendre des mesures per­met­tant une habi­ta­tion apte à la vie fami­liale, à créer des pos­si­bi­li­té adé­quates de tra­vail et de vie.

c) Catholiques unis par le seul mariage civil

82. Le cas de catho­liques qui, pour des motifs idéo­lo­giques ou pour des rai­sons pra­tiques, pré­fèrent contrac­ter un mariage civil, refu­sant ou repous­sant à plus tard la célé­bra­tion du mariage reli­gieux, devient de plus en plus fré­quent. On ne peut consi­dé­rer que leur situa­tion soit sem­blable à celle de ceux qui vivent ensemble sans aucun lien, car il y a au moins un cer­tain enga­ge­ment dans un état de vie pré­cis et pro­ba­ble­ment stable, même si, sou­vent, la pers­pec­tive d’un éven­tuel divorce n’est pas étran­gère à cette déci­sion. En deman­dant, de la part de l’Etat, la recon­nais­sance publique d’un tel lien, ces couples montrent qu’ils sont prêts à en assu­mer aus­si les obli­ga­tions en même temps que les avan­tages. Malgré cela, l’Eglise ne peut pas non plus accep­ter cette situation.

L’action pas­to­rale ten­dra à faire admettre la néces­saire cohé­rence entre le choix de vie et la foi que l’on pro­fesse, et elle s’ef­for­ce­ra de faire tout ce qui est pos­sible pour ame­ner ces per­sonnes à régu­la­ri­ser leur situa­tion selon les prin­cipes chré­tiens. Tout en fai­sant preuve à leur égard d’une grande cha­ri­té et en les ame­nant à par­ti­ci­per à la vie des diverses com­mu­nau­tés, les pas­teurs de l’Eglise ne pour­ront mal­heu­reu­se­ment pas les admettre aux sacrements.

d) Personnes sépa­rées, et divor­cés non remariés

83. Divers motifs, tels l’in­com­pré­hen­sion réci­proque, l’in­ca­pa­ci­té de s’ou­vrir à des rela­tions inter­per­son­nelles, etc., peuvent ame­ner à une bri­sure dou­lou­reuse, sou­vent irré­pa­rable, du mariage valide. Il est évident que l’on ne peut envi­sa­ger la sépa­ra­tion que comme un remède extrême après que l’on ait vai­ne­ment ten­té tout ce qui était rai­son­na­ble­ment pos­sible pour l’éviter.

La soli­tude et d’autres dif­fi­cul­tés encore sont sou­vent le lot du conjoint sépa­ré, sur­tout s’il est inno­cent. Dans ce cas, il revient à la com­mu­nau­té ecclé­siale de le sou­te­nir plus que jamais, de lui appor­ter estime, soli­da­ri­té, com­pré­hen­sion et aide concrète afin qu’il puisse res­ter fidèle même dans la situa­tion dif­fi­cile qui est la sienne ; de l’ai­der à culti­ver le par­don qu’exige l’a­mour chré­tien et à res­ter dis­po­nible à une éven­tuelle reprise de la vie conju­gale antérieure.

Le cas du conjoint qui a été contraint au divorce est sem­blable lorsque, bien conscient de l’in­dis­so­lu­bi­li­té du lien du mariage valide, il ne se laisse pas entraî­ner dans une nou­velle union, et s’emploie uni­que­ment à rem­plir ses devoirs fami­liaux et ses res­pon­sa­bi­li­tés de chré­tien. Alors, son témoi­gnage de fidé­li­té et de cohé­rence chré­tienne est d’une valeur toute par­ti­cu­lière pour le monde et pour l’Eglise ; celle-​ci doit plus que jamais lui appor­ter une aide pleine de sol­li­ci­tude affec­tueuse, sans qu’il y ait aucun obs­tacle à son admis­sion aux sacrements.

e) Les divor­cés remariés

84. L’expérience quo­ti­dienne montre, mal­heu­reu­se­ment, que ceux qui ont recours au divorce envi­sagent presque tou­jours de pas­ser à une nou­velle union, évi­dem­ment sans céré­mo­nie reli­gieuse catho­lique. Et comme il s’a­git là d’un fléau qui, comme les autres, s’at­taque de plus en plus lar­ge­ment aux milieux catho­liques eux-​mêmes, il faut d’ur­gence affron­ter ce pro­blème avec la plus grande sol­li­ci­tude. Les Pères du Synode l’ont expres­sé­ment étu­dié. L’Eglise, en effet, ins­ti­tuée pour mener au salut tous les hommes, et en par­ti­cu­lier les bap­ti­sés, ne peut pas aban­don­ner à eux-​mêmes ceux qui – déjà unis dans les liens du sacre­ment de mariage – ont vou­lu pas­ser à d’autres noces. Elle doit donc s’ef­for­cer, sans se las­ser, de mettre à leur dis­po­si­tion les moyens de salut qui sont les siens.

Les pas­teurs doivent savoir que, par amour de la véri­té, ils ont l’o­bli­ga­tion de bien dis­cer­ner les diverses situa­tions. Il y a en effet une dif­fé­rence entre ceux qui se sont effor­cés avec sin­cé­ri­té de sau­ver un pre­mier mariage et ont été injus­te­ment aban­don­nés, et ceux qui par une faute grave ont détruit un mariage cano­ni­que­ment valide. Il y a enfin le cas de ceux qui ont contrac­té une seconde union en vue de l’é­du­ca­tion de leurs enfants, et qui ont par­fois, en conscience, la cer­ti­tude sub­jec­tive que le mariage pré­cé­dent, irré­mé­dia­ble­ment détruit, n’a­vait jamais été valide.

Avec le Synode, j’ex­horte cha­leu­reu­se­ment les pas­teurs et la com­mu­nau­té des fidèles dans son ensemble à aider les divor­cés rema­riés. Avec une grande cha­ri­té, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas sépa­rés de l’Eglise, car ils peuvent et même ils doivent, comme bap­ti­sés, par­ti­ci­per à sa vie. On les invi­te­ra à écou­ter la Parole de Dieu, à assis­ter au Sacrifice de la messe, à per­sé­vé­rer dans la prière, à appor­ter leur contri­bu­tion aux oeuvres de cha­ri­té et aux ini­tia­tives de la com­mu­nau­té en faveur de la jus­tice, à éle­ver leurs enfants dans la foi chré­tienne, à culti­ver l’es­prit de péni­tence et à en accom­plir les actes, afin d’im­plo­rer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Eglise prie pour eux, qu’elle les encou­rage et se montre à leur égard une mère misé­ri­cor­dieuse, et qu’ain­si elle les main­tienne dans la foi et l’espérance !

L’Eglise, cepen­dant, réaf­firme sa dis­ci­pline, fon­dée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la com­mu­nion eucha­ris­tique les divor­cés rema­riés. Ils se sont ren­dus eux-​mêmes inca­pables d’y être admis car leur état et leur condi­tion de vie est en contra­dic­tion objec­tive avec la com­mu­nion d’a­mour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’ex­prime et est ren­due pré­sente dans l’Eucharistie. Il y a par ailleurs un autre motif pas­to­ral par­ti­cu­lier : si l’on admet­tait ces per­sonnes à l’Eucharistie, les fidèles seraient induits en erreur et com­pren­draient mal la doc­trine de l’Eglise concer­nant l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage.

La récon­ci­lia­tion par le sacre­ment de péni­tence – qui ouvri­rait la voie au sacre­ment de l’Eucharistie – ne peut être accor­dée qu’à ceux qui se sont repen­tis d’a­voir vio­lé le signe de l’Alliance et de la fidé­li­té au Christ, et sont sin­cè­re­ment dis­po­sés à une forme de vie qui ne soit plus en contra­dic­tion avec l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage. Cela implique concrè­te­ment que, lorsque l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par l’exemple l’é­du­ca­tion des enfants -, rem­plir l’o­bli­ga­tion de la sépa­ra­tion, « ils prennent l’en­ga­ge­ment de vivre en com­plète conti­nence, c’est-​à-​dire en s’abs­te­nant des actes réser­vés aux époux»(180).

De la même manière, le res­pect dû au sacre­ment de mariage, aux conjoints eux-​mêmes et à leurs proches, et aus­si à la com­mu­nau­té des fidèles, inter­dit à tous les pas­teurs, pour quelque motif ou sous quelque pré­texte que ce soit, même d’ordre pas­to­ral, de célé­brer, en faveur de divor­cés qui se rema­rient, des céré­mo­nies d’au­cune sorte. Elles don­ne­raient en effet l’im­pres­sion d’une célé­bra­tion sacra­men­telle de nou­velles noces valides, et indui­raient donc en erreur à pro­pos de l’in­dis­so­lu­bi­li­té du mariage contrac­té validement.

En agis­sant ain­si, l’Eglise pro­fesse sa propre fidé­li­té au Christ et à sa véri­té ; et en même temps elle se penche avec un cœur mater­nel vers ses enfants, en par­ti­cu­lier vers ceux qui, sans faute de leur part, ont été aban­don­nés par leur conjoint légitime.

Et avec une ferme confiance, elle croit que même ceux qui se sont éloi­gnés du com­man­de­ment du Seigneur et conti­nuent de vivre dans cet état pour­ront obte­nir de Dieu la grâce de la conver­sion et du salut, s’ils per­sé­vèrent dans la prière, la péni­tence et la charité.

Ceux qui sont sans famille

85. Je désire encore ajou­ter quelques mots en faveur d’une caté­go­rie de per­sonnes que je consi­dère, à cause des condi­tions concrètes dans les­quelles elles doivent vivre – et sou­vent sans l’a­voir vou­lu -, par­ti­cu­liè­re­ment proches du Cœur du Christ et qui méritent donc affec­tion et sol­li­ci­tude empres­sée de l’Eglise et notam­ment des pasteurs.

Il existe en effet dans le monde un grand nombre de per­sonnes qui mal­heu­reu­se­ment ne peuvent en aucune façon se réfé­rer à ce que l’on pour­rait défi­nir une famille au sens propre. De larges por­tions de l’hu­ma­ni­té vivent dans des condi­tions d’ex­trême pau­vre­té, où la pro­mis­cui­té, le manque de loge­ment, les rela­tions instables et irré­gu­lières, le défaut com­plet de culture ne per­mettent pas, dans la pra­tique, de pou­voir par­ler de famille. D’autres per­sonnes, pour des rai­sons diverses, sont res­tées seules au monde. Pourtant « la bonne nou­velle de la famille » s’a­dresse aus­si à elles.

En ce qui concerne ceux qui vivent dans une pau­vre­té extrême, j’ai déjà par­lé de la néces­si­té urgente de tra­vailler avec cou­rage afin de trou­ver des solu­tions, même au niveau poli­tique, qui per­mettent de les aider à sur­mon­ter cette condi­tion inhu­maine de pros­tra­tion. C’est un devoir qui revient, de façon soli­daire, à toute la socié­té, mais d’une manière spé­ciale aux auto­ri­tés en rai­son de leur charge et donc de leur res­pon­sa­bi­li­té , comme aux familles, qui doivent faire preuve d’une grande com­pré­hen­sion et d’une volon­té d’entraide.

A ceux qui n’ont pas de famille natu­relle, il faut ouvrir davan­tage encore les portes de la grande famille qu’est l’Eglise, laquelle prend un visage concret dans la famille dio­cé­saine et parois­siale, dans les com­mu­nau­tés ecclé­siales de base ou dans les mou­ve­ments d’a­pos­to­lat. Personne n’est sans famille en ce monde : l’Eglise est la mai­son et la famille de tous, en par­ti­cu­lier de ceux qui « peinent et ploient sous le fardeau»(181).

CONCLUSION

86. Vers vous, époux, vous, pères et mères de famille ; vers vous, jeunes gens et jeunes filles, qui êtes l’a­ve­nir et l’es­pé­rance de l’Eglise et du monde et qui serez, à l’aube du troi­sième mil­lé­naire, le noyau actif et vital de la famille ; vers vous, véné­rables et chers Frères dans l’é­pis­co­pat et le sacer­doce, chers fils et filles reli­gieux et reli­gieuses, et vous, âmes consa­crées au Seigneur, qui êtes les témoins devant les époux de la réa­li­té ultime de l’a­mour de Dieu ; vers vous tous, hommes au juge­ment droit, qui à un titre ou un autre vous pré­oc­cu­pez du sort de la famille, je me tourne avec une ardente sol­li­ci­tude en ache­vant cette exhor­ta­tion apostolique.

L’avenir de l’hu­ma­ni­té passe par la famille !

Il est donc indis­pen­sable et urgent que tout homme de bonne volon­té s’emploie de toutes ses forces à sau­ve­gar­der et à pro­mou­voir les valeurs et les exi­gences de la famille.

Je me sens pous­sé à deman­der à ce sujet un effort par­ti­cu­lier aux fils de l’Eglise. Dans la foi, ils ont une pleine connais­sance du mer­veilleux des­sein de Dieu, ils ont donc une rai­son de plus de prendre à cœur la réa­li­té de la famille, dans ce temps d’é­preuve et de grâce qui est le nôtre.

Ils doivent aimer la famille de façon par­ti­cu­lière. C’est là une consigne concrète et exigeante.

Aimer la famille signi­fie savoir en esti­mer les valeurs et les pos­si­bi­li­tés, en cher­chant tou­jours à les pro­mou­voir. Aimer la famille signi­fie recon­naître les dan­gers et les maux qui la menacent afin de pou­voir les sur­mon­ter. Aimer la famille signi­fie faire en sorte de lui assu­rer un milieu qui soit favo­rable à son déve­lop­pe­ment. Et c’est encore une forme émi­nente de l’a­mour que de redon­ner à la famille chré­tienne d’au­jourd’­hui, sou­vent ten­tée de se décou­ra­ger ou angois­sée par les dif­fi­cul­tés crois­santes, des rai­sons de croire en elle-​même, dans ses richesses de nature et de grâce, dans la mis­sion que Dieu lui a confiée. « Oui, il faut que les familles d’au­jourd’­hui se res­sai­sissent ! Il faut qu’elles suivent le Christ!»(182).

Les chré­tiens ont en outre le devoir d’annon­cer avec joie et convic­tion la « bonne nou­velle » sur la famille, laquelle a abso­lu­ment besoin d’é­cou­ter encore et sans cesse et de com­prendre tou­jours plus pro­fon­dé­ment les paroles authen­tiques qui lui révèlent son iden­ti­té, ses res­sources inté­rieures, l’im­por­tance de sa mis­sion dans la cité des hommes et dans celle de Dieu.

L’Eglise connaît la route qui condui­ra la famille au cœur de sa véri­té pro­fonde. Cette route, que l’Eglise a apprise à l’é­cole du Christ et à celle de l’his­toire inter­pré­tée à la lumière de l’Esprit Saint, elle ne l’im­pose pas, mais elle res­sent en elle-​même une exi­gence impres­crip­tible de la pro­po­ser à tous, sans crainte, et même avec une confiance et une espé­rance très grandes, tout en sachant que la « bonne nou­velle » com­porte aus­si le lan­gage de la croix. Or c’est à tra­vers la croix que la famille peut atteindre la plé­ni­tude de son être et la per­fec­tion de son amour.

Je désire enfin invi­ter tous les chré­tiens à col­la­bo­rer, avec cor­dia­li­té et cou­rage, avec tous les hommes de bonne volon­té qui exercent leurs res­pon­sa­bi­li­tés au ser­vice de la famille. Ceux qui se dépensent pour son bien, au sein de l’Eglise, en son nom et sous sa conduite, qu’il s’a­gisse de groupes ou d’in­di­vi­dus, de mou­ve­ments ou d’as­so­cia­tions, trouvent sou­vent auprès d’eux des per­sonnes ou diverses ins­ti­tu­tions qui œuvrent pour le même idéal. Dans la fidé­li­té aux valeurs de l’Evangile et de l’homme, et dans le res­pect d’un légi­time plu­ra­lisme d’i­ni­tia­tives, cette col­la­bo­ra­tion pour­ra être favo­rable à une pro­mo­tion plus rapide et plus totale de la famille.

En conclu­sion de ce mes­sage pas­to­ral qui veut atti­rer l’at­ten­tion de tous sur les tâches, lourdes mais pas­sion­nantes, de la famille chré­tienne, je désire invo­quer main­te­nant la pro­tec­tion de la sainte Famille de Nazareth.

En elle, par un mys­té­rieux des­sein de Dieu, le Fils de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle est donc le pro­to­type et l’exemple de toutes les familles chré­tiennes. Regardons cette Famille, unique au monde, elle qui a vécu de façon ano­nyme et silen­cieuse dans un petit bourg de Palestine, elle qui a été éprou­vée par la pau­vre­té, par la per­sé­cu­tion, par l’exil, elle qui a glo­ri­fié Dieu d’une manière incom­pa­ra­ble­ment éle­vée et pure : elle ne man­que­ra pas d’as­sis­ter les familles chré­tiennes, et même toutes les familles du monde, dans la fldé­li­té à leurs devoirs quo­ti­diens, dans la façon de sup­por­ter les inquié­tudes et les tri­bu­la­tions de la vie, dans l’ou­ver­ture géné­reuse aux besoins des autres, dans l’ac­com­plis­se­ment joyeux du plan de Dieu sur elles.

Que saint Joseph, « homme juste », tra­vailleur infa­ti­gable, gar­dien abso­lu­ment intègre de ce qui lui avait été confié, garde ces familles, les pro­tège, les éclaire toujours !

Que la Vierge Marie, qui est Mère de l’Eglise, soit éga­le­ment la Mère de l”«Eglise domes­tique » ! Que grâce à son aide mater­nelle, toute famille chré­tienne puisse deve­nir vrai­ment une « petite Eglise » dans laquelle se reflète et revive le mys­tère de l’Eglise du Christ ! Elle qui est la Servante du Seigneur, qu’elle soit l’exemple de l’ac­cueil humble et géné­reux de la volon­té de Dieu ! Elle qui fut la Mère dou­lou­reuse au pied de la croix, qu’elle soit là pour allé­ger les souf­frances et essuyer les larmes de ceux qui sont affli­gés par les dif­fi­cul­tés de leurs familles !

Et que le Christ Seigneur, Roi de l’u­ni­vers, Roi des familles, soit pré­sent, comme à Cana, dans tout foyer chré­tien pour lui com­mu­ni­quer lumière, joie, séré­ni­té, force. En ce jour solen­nel consa­cré à sa Royauté, je lui demande que toute famille sache appor­ter géné­reu­se­ment sa contri­bu­tion ori­gi­nale à l’a­vè­ne­ment de son Règne dans le monde, « Règne de vie et de véri­té, de grâce et de sain­te­té, de jus­tice, d’a­mour et de paix»(183), vers lequel l’his­toire est en marche.

A Lui, à Marie, à Joseph, je confie toute famille. Entre leurs mains et dans leur cœur, je dépose cette exhor­ta­tion : qu’ils vous la remettent eux-​mêmes, véné­rables Frères et chers Fils, et qu’ils ouvrent vos coeurs à la lumière que l’Evangile rayonne sur chaque famille !

A tous et à cha­cun, en vous assu­rant de ma prière constante, j’ac­corde de grand cœur ma Bénédiction Apostolique au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

Ioannes Paulus PP. II

Notes

1 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 52.
2 Cf. Jean-​Paul II, homé­lie à la messe d’ou­ver­ture du VIe Synode des Evêques, 26 sep­tembre 1980, n. 2 : AAS 72 (1980), p. 1008.
3 Cf. Gn 1–2.
4 Cf. Ep 5.
5 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudiurn et spes, 47 ; Jean-​Paul II, lettre Appropinquat iam, du 15 août 1980, n. 1 : AAS 72 (1980), p. 791.
6 Cf. Mt 19, 4
7 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 47.
8 Cf. Jean-​Paul II, dis­cours au Conseil du Secrétariat géné­ral du Synode des Evêques, 23 février 1980 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III, 1 (1980), pp. 472–476.
9 Cf. Concile Œcum Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 4.
10 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 12.
11 Cf. 1 Jn 2, 20.
12 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 35.
13 Cf. const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 12 ; S. Congr. pour la doc­trine de la foi, décla­ra­tion Mysterium Ecclesiae, 2 : AAS 65 (1973), pp. 398–400.
14 Cf. Concile (Ecum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 12 ; const. dog­ma­tique sur la Révélation divine Dei Verbum, 10.
15 Cf. Jean-​Paul II, homé­lie à la messe d’ou­ver­ture du VIe Synode des Evêques, 2G sep­tembre 1980, n. 3 : AAS 72 (1980), p. 1008.
16 Cf S. Augustin, De Civitate Dei, XIV, 28 : CSEL 40, II, 56–57
17 Const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 15.
18 Cf. Ep 3, 8 ; Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur I’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 44 ; décr. sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, 15 et 22.
19 Cf. Mt 19, 4 et sui­vants.
20 Cf. Gn 1, 26–27
21 Cf. 1 Jn 4, 8.
22 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 12.
23 Cf. ibid, 48.
24 Cf. par exemple Os 2, 21 ; Jr 3, 6–13 ; Is 54.
25 Cf. Ez 16, 25.
26 Cf. OS 3.
27 Cf Gn 2, 24 ; Mt 19, 5.
28 Cf. Ep 5, 32–33.
29 Tertullien, Ad uxo­rem, II, VIII, 6–7 : CCL I, 393 ; SC 273, p. 49.
30 Cf. Concile Œcum. de Trente, sess. XXIV, can. 1 : I. D. Mansi, Sacrorum Conciliorum nosa et amplis­si­ma col­lec­tio, 33, 149–150.
31 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
32 Jean-​Paul Il, dis­cours aux délé­gués du Centre de liai­son des Equipes de recherche (CLER), 3 novembre 1979, n. 3 : lnse­gna­men­ti di Giovanni Paolo II, II, 2 (1979), 1032.
33 Idem, ibid., 4 : l. c., 1032.
34 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 50.
35 Cf Gn 2, 24
36 Ep 3, 15.
37 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 78.
38 La Virginité, X, 1 : PG 48, 540 ; SC 125, p. 123.
39 Cf. Mt 22, 30.
40 Cf. 1 Co 7, 32–35.
41 Concile (Ecum. Vat. II, décr. sur la vie reli­gieuse Perfectae cari­ta­tis, 12.
42 Cf. Pie XII, ency­clique Sacra vir­gi­ni­tas, II : AAS 46 (1954), pp. 174 et sui­vantes.
43 Cf. Jean-​Paul II, lettre Novo inci­piente, du 8 avril 1979, n. 9 : AAS 71 (1979), pp. 410–411.
44 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
45 N. 10 : AAS 71(1979), p. 274.
46 Mt 19, 6 ; cf. Gn 2, 24.
47 Cf. Jean-​Paul II, dis­cours aux époux, Kinshasa, 3 mai 1980, n. 4 : AAS 72 (1980), pp. 426–427.
48 Const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 49 ; cf. Jean-​Paul II, dis­cours aux époux, Kinshasa, 3 mai 1980, n. 4 : I. c.
49 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
50 Cf. Ep 5, 25.
51 Mt 19, 8.
52 Ap 3, 14.
53 Cf 2 Co 1, 20.
54 Cf . Jn 1 3, 1.
55 Mt 19, 6
56 Rm 8, 29.
57 S. Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique, IIa-​IIae, 14, 2, ad 4.
58 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 11 ; cf. décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem 11.
59 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 52.
60 Cf. Ep 6, 1–4 ; Col 3, 20–21
61 Cf. Concile CEcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
62 Jn 17, 21.
63 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 24.
64 Gen 1, 27.
65 Ga 3, 26.28
66 Cf. Jean-​Paul II, ency­clique Laborem exer­cens, 19 : AAS 73 (1981), p. 625.
67 Gn 2, 18.
68 Ibid., 2, 23.
69 S, Ambroise, Exameron, V, 7, 19 : CSEL 32, I, 154.
70 Paul VI, ency­clique Humanae vitae, 9 : AAS 60 (1968), p. 486.
71 Cf. Ep 5, 25
72 Cf. Jean-​Paul II, homé­lie aux fidèles de Terni, 19 mars 1981, nn. 3–5 : AAS 73 (1981), pp. 268–271.
73 Cf. Ep 3, 15
74 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 52
75 Lc 18, 16 ; cf. Mt 19, 14 ; Mc 10, 14.
76 Jean-​Paul II, dis­cours à l’Assemblée géné­rale des Nations Unies, 2 octobre 1979, n. 21 : AAS 71 (1979), p. 1159.
77 Lc 2, 52.
78 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
79 Jean-​Paul II, dis­cours aux par­ti­ci­pants de l”«International Forum on Active Aging », 5 sep­tembre 1980, n 5 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III, 2 (1980), 539.
80 Gn 1, 28.
81 Cf. ibid., 5, 1–3.
82 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudiuzn et spes, 50.
83 Proposition 22. La condu­sion du n. 11 de l’en­cy­clique affir,ne : « L’Eglise, rap­pe­lant les hommes à l’ob­se­na­tion de la loi natu­relle, inter­pré­tée par sa constante doc­trine, enseigne que tout acte matri­mo­nial doit res­ter ouvert à la trans­mis­sion de la vie » (ut qui­li­bet matri­mo­nii usus ad vitam huma­nam pro­crean­dam per se dest­ma­tus per­ma­neat): AAS 60 (1968), p. 488.
84 Cf. 2 Co 1, 19 ; Ap 3, 14
85 Cf. Message du VIe Synode des Evêques aux familles chré­tiennes dans le monde d’au­jourd’­hui, 24 octobte 1980, n. 5.
86 Const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 51.
87 Encyclique Humanae vitae, 7 : AAS 60 (1968) p. 485.
88 Ibid., 12 : I. c., pp. 488–489
89 Ibid., 14 : 1 c, p. 490.
90 Ibid., 13 : I. c.. p. 489.
91 Cf. Concile (Ecum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 51.
92 Encyclique Hmanae vitae, 29 : AAS 60 (1968), p 501.
93 Encyclique Humanae ‑vitae, 25 : AAS 60 (1968), pp. 498–499
94 Ibid., 21 : I. c., p. 496.
95 Jean-​Paul II, homé­lie à la messe de clô­ture du VIe Synode des Evêques, 25 octobre 1980, n. 8 : AAS 72 (1980), p. 1083.
96 Cf. Paul VI, ency­clique Humanae vitae, 28 : AAS 60 (1968), p. 501.
97 Cf. Jean-​Paul II, dis­cours aux délé­gués du Centre de liai­son des Equipes de recherche (CLER), 3 novembre 1979, n. 9 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, II, 2 (1979), 1035 ; cf. aus­si dis­cours aux par­ti­ci­pants du pre­mier Congrès pour la famille d’Afrique et d’Europe, 15 jan­vier 1981 : L’Osservatore Romano, 16 jan­vier 1981, pp. 1–2.
98 En yclique Humanae vitae, 25 : AAS GO (1968), p. 499.
99 Déclaration sur l’é­du­ca­tion chré­tienne Gravissimum edu­ca­tio­nis, 3.
100 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 35.
101 S. Thomas d’Aquin, Summa contra Gentiles, IV, 58.
102 Déclaration sur l’é­du­ca­tion chré­tienne Gravissimum edu­ca­tio­nis, 2.
103 Exhortation ap. Evangelii nun­tian­di, 71 : AAS 68 (1976), pp. 60–61.
104 Cf. Concile Œcum. Vat. II, décl. sur l’é­du­ca­tion chré­tienne Gravissimum edu­ca­tio­nis, 3.
105 Concile Œcum. Vat. II, décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 11.
106 Const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 52.
107 Cf. Concile Œcum. Vat. II, décr. sur i’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 11.
108 Rm 12, 13.
109 Mt 10, 42.
110 Cf. const pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 30.
111 Concile (Ecum. Vat. II, décl. sur la liber­té reli­gieuse Dignitatis huma­nae, 5.
112 Cf. Proposition 42.
113 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 31.
114 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l“Eglise Lumen gen­tium, 11 ; décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 11 ; Jean-​Paul II, homé­lie à la messe d’ou­ver­ture du VIe Synode des Evêques, 26 sep­tembre 1980 n. 3 : AAS 72 (1980), p. 1008.
115 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 11
116 Cf. ibid., 41.
117 Ac 4, 32
118 Cf. Paul VI, ency­clique Humanae vitae, 9 : AAS 60 (1968), pp. 486–487.
119 Const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
120 Cf. Concile Œcum. Vat. II const. dog­ma­tique sur la Révélation divine Dei Verbum, 1.
121 Cf. Rm 16, 26.
122 Cf. Paul VI, ency­clique Humanae vitae, 25 : AAS 60 (1968), p. 498.
123 Exhortation ap. Evangelii nun­tian­di, 71 : AAS 68 (1976), pp. 60–61.
124 Cf. dis­cours à la IlIe Assemblée géné­rale des Evêques de l’Amérique latine, 28 jan­vier 1979, IV, a : AAS 71 (1979), p. 204.
125 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 35.
126 Jean-​Paul II, exhor­ta­tion ap. Catechesi tra­den­dae, 68 : AAS 71 (1979), p. 1334.
127 Cf. ibid, 36 : l.c., p. 1308.
128 Cf. 1 Co 12, 4‑G ; Ep 4, 12–13.
129 Mc 16, 15.
130 Cf. Concile Œcmn. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 11
131 Ac 1, 8.
132 Cf 1 P 3, 1–2.
133 Cf. Concile Œcum. Vat II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 35 ; décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 11.
134 Cf. Ac 18 ; Rm 16, 3–4.
135 Cf. Concile Œcum. Vat. II, décr. sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Eglise Ad gentes, 39.
136 Concile Œcum. Vat. II, décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 30.
137 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 10.
138 Concile Œcum. Vat. II, const pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 49.
139 Concile Œcum. Vat. II, const. pas­to­rale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 48.
140 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 41.
141 Concile Œcum. Vat. II, const. sur la sainte litur­gie Sacrosanctum Concilium, 59.
142 Cf. 1 P 2, 5 ; Concile Œcum. Vat. II, const dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 34.
143 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium, 34.
144 Const sur la sainte litur­gie Sacrosanctum Concilium, 78.
145 Cf. Jn 19, 34
146 N. 25 : AAS 60 (1968), p. 499.
147 Ep. 2, 4
148 Cf. Jean Paul II, ency­clique Dives in mise­ri­cor­dia, 13 : AAS 72 (1980), pp. 1218–1219.
149 Cf. 1 P 2, 5
150 Mt 18, 19–20
151 Concile Œcum. Vat. II, décl. sur l’é­du­ca­tion chré­tienne Gravissimum edu­ca­tio­nis, 3 ; cf. Jean-​Paul II, exhor­ta­tion ap. Catechesi tra­den­dae, 36 : AAS 71 (1979), p. 1308.
152 Discours à l’au­dience géné­rale du 11 août 1976 : Insegnamenti di Paolo VI, XIV (1976), 640.
153 Cf. const. sur la sainte litur­gie Sacrosanctum Concilium, 12.
154 Cf. Institutio Generalis de Liturgia Horarum, 27.
155 Paul VI, exhor­ta­tion ap. Marialis cultus, 52.54 : AAS 66 (1974), pp. 160–161.
156 Jean-​Paul II, dis­cours au sanc­tuaire de la Mentorella, 29 octobre 1978 : Insegnamenti de Giovanni Paolo II, I (1978), 78–79.
157 Cf. Concile Œcum. Vat II, décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 4.
158 Cf.Jean-Paul Ier, dis­cours aux évêques de la XIIe région pas­to­rale des Etats-​Unis d’Amérique, 21 sep­tembre 1978 : AAS 70 ( 1978), p. 767.
159 Rm 8, 2.
160 Ibid, 5, 5.
161 Cf. Mc 10, 45
162 Concile Œcum. Vat. II, const. dog­ma­tique sur l’Eglise Lumen gen­tium 36.
163 Décr. sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, 8.
164 Message du VIe Synode des Evêques aux familles chré­tiennes, 24 octobre 1980, n. 12.
165 Cf. Jean-​Paul II, dis­cours à la IIIe Assemblée géné­rale des évêques de l’Amérique latine, 28 jan­vier 1979, IV, a : AAS 71 (1979), p. 204.
166 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. sur la sainte litur­gie Sacrosanctum Concilium, 10.
167 Cf. Ordo cele­bran­di Matrimonium, n. 17.
168 Cf. Concile Œcum. Vat. II, const. sur la sainte litur­gie Sacrosanctum Concilium, 59.
169 Concile Œcum. Vat. II, décr. sur la vie reli­gieuse Perfectae cari­ta­tis, 12
170 Discours à la Confédération des conseillers fami­liaux d’ins­pi­ra­tion chré­tienne, 29 novembre 1980, nn. 3–4 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III, 2 (1980), 1453–1454.
171 Paul VI, Message pour la IIIe, Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales, 7 avril 1969 : AAS 61 (1969), p. 455.
172 Jean-​Paul II, Message pour la Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales de 1980, 1er mai 1980 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III, 1 (1980), 1042.
173 Jean-​Paul II, Message pour la Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales de 1981, 10 mai 1981, n. 5 : L’Osservatore Romano, 22 mai 1981, p. 2.
174 Jean-​Paul II, Message pour la Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales de 1981, 10 mai 1981, n 5 : L’Osservatore Romano, 22 mai 1981, p. 2.
175 Paul VI, Message pour la IIIe Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales : AAS 61 (1969), p. 456.
176 Ibid
177 Message pour la Journée mon­diale des com­mu­ni­ca­tions sociales de 1980 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III, 1 (1980), 1044.
178 Cf. Paul VI, motu pro­prio Matrimonia mix­ta, 4–5 : AAS 62 ( 1970), p. 261 ; cf. aus­si Jean-​Paul II, dis­cours aux par­ti­ci­pants de la réunion plé­nière du Secrétariat pour l’u­ni­té des chré­tiens, 13 novembre 1981 : L’Osservatore Romano, 14 novembre 1981.
179 Instruction In qui­bus rerum cir­cum­stan­tiis, 15 juin 1972 : AAS 64 (1972). pp. 518–525 ; Note du 17 octobre 1973 : AAS 65 (1973), pp. 616–619.
180 Jean Paul II, homé­lie à la messe de clô­ture du VIe Synode des Evêques, 25 octobre 1980, n. 7 : AAS 72 (1980), p. 1082.
181 Cf. Mt 11, 28
182 Jean-​Paul II, lettre Appropinquat iam, 15 août 1980, n. 1 : AAS 72 (1980), p. 791.
183 Préface de la messe de la solen­ni­té du Christ, Roi de l’univers.

fraternité sainte pie X