Benoît XVI

Exhortation apostolique Sacramentum Caritatis

22 février 2007

Sur l'eucharistie source et sommet de la vie de la mission de l'Eglise

Table des matières

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, le 22 février 2007,
fête de la Chaire de saint Pierre Apôtre, en la deuxième année de mon Pontificat.

AUX ÉVÊQUES, AUX PRÊTRES, AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET AUX FIDÈLES LAÏCS SUR L’EUCHARISTIE SOURCE ET SOMMET DE LA VIE ET DE LA MISSION DE L’ÉGLISE.

INTRODUCTION

1. Sacrement de l’a­mour, [1] la sainte Eucharistie est le don que Jésus Christ fait de lui-​même, nous révé­lant l’a­mour infi­ni de Dieu pour tout homme. Dans cet admi­rable Sacrement se mani­feste l’a­mour « le plus grand », celui qui pousse « à don­ner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). En effet, Jésus « les aima jus­qu’au bout » (Jn 13, 1). Par cette expres­sion, l’Évangéliste intro­duit le geste d’hu­mi­li­té infi­nie accom­pli par Jésus : avant de mou­rir pour nous sur la croix, se nouant un linge à la cein­ture, il lave les pieds de ses dis­ciples. De la même manière, dans le Sacrement de l’Eucharistie, Jésus conti­nue de nous aimer « jus­qu’au bout », jus­qu’au don de son corps et de son sang. Quel émer­veille­ment dut sai­sir le cœur des dis­ciples face aux gestes et aux paroles du Seigneur au cours de la Cène ! Quelle mer­veille doit sus­ci­ter aus­si dans notre cœur le Mystère eucharistique !

La nour­ri­ture de la vérité

2. Dans le Sacrement de l’au­tel, le Seigneur vient à la ren­contre de l’homme, créé à l’i­mage et à la res­sem­blance de Dieu (cf. Gn 1, 27), se fai­sant son com­pa­gnon de route. En effet, dans ce Sacrement, le Seigneur se fait nour­ri­ture pour l’homme assoif­fé de véri­té et de liber­té. Puisque seule la véri­té peut nous rendre vrai­ment libres (cf. Jn 8, 36), le Christ se fait pour nous nour­ri­ture de Vérité. Avec une pro­fonde connais­sance de la réa­li­té humaine, saint Augustin a mis en évi­dence que l’homme se meut spon­ta­né­ment, et non sous la contrainte, quand il se trouve en rela­tion avec ce qui l’at­tire et ce qui sus­cite en lui du désir. S’interrogeant alors sur ce qui peut en der­nier res­sort mou­voir l’homme au plus pro­fond de lui-​même, le saint Évêque s’ex­clame : « Qu’est-​ce que l’âme désire avec plus de force que la Vérité ? ». [2] Tout homme porte en effet en lui le désir inex­tin­guible de la véri­té, ultime et défi­ni­tive. C’est pour­quoi le Seigneur Jésus, « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6), s’a­dresse au cœur dési­rant de l’homme, qui se sent pèle­rin et assoif­fé, au cœur qui aspire ardem­ment à la source de la vie, au cœur quê­tant la Vérité. En effet, Jésus Christ est la Vérité faite Personne, qui attire le monde à soi. « Jésus est l’é­toile polaire de la liber­té humaine : sans Lui elle perd son orien­ta­tion, puisque, sans la connais­sance de la véri­té, la liber­té se déna­ture, s’i­sole et se réduit à un arbi­traire sté­rile. Avec Lui, la liber­té se retrouve ». [3] Dans le Sacrement de l’Eucharistie, Jésus nous montre en par­ti­cu­lier la véri­té de l’a­mour, qui est l’es­sence même de Dieu. C’est cette véri­té évan­gé­lique qui inté­resse tout homme et tout l’homme. Par consé­quent, l’Église, qui trouve dans l’Eucharistie son centre vital, s’en­gage sans cesse à annon­cer à tous, à temps et à contre­temps (cf. 2 Tm 4, 2), que Dieu est amour. [4] C’est jus­te­ment parce que le Christ s’est fait pour nous nour­ri­ture de la Vérité que l’Église s’a­dresse à l’homme, l’in­vi­tant à accueillir libre­ment le don de Dieu.

Le déve­lop­pe­ment du rite eucharistique

3. En regar­dant l’his­toire bimil­lé­naire de l’Église de Dieu, gui­dée par l’ac­tion sage de l’Esprit Saint, nous admi­rons, pleins de gra­ti­tude, le déve­lop­pe­ment, ordon­né dans le temps, des formes rituelles par les­quelles nous fai­sons mémoire de l’é­vé­ne­ment de notre salut. Depuis les mul­tiples formes des pre­miers siècles, qui res­plen­dissent encore dans les rites des antiques Églises d’Orient, jus­qu’à la dif­fu­sion du rite romain ; depuis les indi­ca­tions claires du Concile de Trente et du Missel de saint Pie V jus­qu’au renou­veau litur­gique vou­lu par le Concile Vatican II : à chaque étape de l’his­toire de l’Église, la célé­bra­tion eucha­ris­tique, en tant que source et som­met de la vie et de la mis­sion de l’Église, res­plen­dit de toute sa richesse mul­ti­forme dans le rite litur­gique. La XIe Assemblée géné­rale ordi­naire du Synode des Évêques, qui s’est dérou­lée du 2 au 23 octobre 2005 au Vatican, a expri­mé en regard de cette his­toire un pro­fond remer­cie­ment à Dieu, recon­nais­sant que l’Esprit Saint la guide acti­ve­ment. Les Pères syno­daux ont en par­ti­cu­lier consta­té et rap­pe­lé l’in­fluence béné­fique que la réforme litur­gique réa­li­sée à par­tir du Concile œcu­mé­nique Vatican II a eue pour la vie de l’Église. [5] Le Synode des Évêques a eu la pos­si­bi­li­té d’é­va­luer la récep­tion de cette réforme après les assises conci­liaires. Les appré­cia­tions ont été nom­breuses. Les dif­fi­cul­tés et aus­si cer­tains abus qui ont été rele­vés ne peuvent pas mas­quer, a‑t-​il été affir­mé, que le renou­veau litur­gique, qui contient encore des richesses qui n’ont pas été plei­ne­ment explo­rées, est bon et valable. Concrètement, il s’a­git de lire les chan­ge­ments vou­lus par le Concile à l’in­té­rieur de l’u­ni­té qui carac­té­rise le déve­lop­pe­ment his­to­rique du rite lui-​même, sans intro­duire de rup­tures arti­fi­cielles. [6]

Le Synode des Évêques et l’Année de l’Eucharistie

4. Il est en outre néces­saire de sou­li­gner la rela­tion entre le récent Synode des Évêques sur l’Eucharistie et ce qui s’est pro­duit au cours des der­nières années dans la vie de l’Église. Nous devons avant tout nous repor­ter en pen­sée au Grand Jubilé de l’an 2000, par lequel mon bien-​aimé pré­dé­ces­seur, le Serviteur de Dieu Jean-​Paul II, a fait entrer l’Église dans le troi­sième mil­lé­naire chré­tien. L’Année jubi­laire a été sans aucun doute mar­quée par une tona­li­té for­te­ment eucha­ris­tique. On ne peut oublier non plus que le Synode des Évêques a été pré­cé­dé, et aus­si en un sens pré­pa­ré, par l’Année de l’Eucharistie, vou­lue avec une grande clair­voyance par Jean-​Paul II pour l’Église tout entière. Cette période, qui a débu­té par le Congrès eucha­ris­tique inter­na­tio­nal de Guadalajara en octobre 2004, s’est ache­vée le 23 octobre 2005, au terme de la XIe assem­blée syno­dale, avec la cano­ni­sa­tion de cinq Bienheureux, qui se sont par­ti­cu­liè­re­ment dis­tin­gués par leur pié­té eucha­ris­tique : l’Évêque Józef Bilczewski, les prêtres Gaetano Catanoso, Zygmunt Gorazdowski et Alberto Hurtado Cruchaga, et le reli­gieux capu­cin Felice da Nicosia. Grâce aux ensei­gne­ments pro­po­sés par le Pape Jean-​Paul II dans la Lettre apos­to­lique Mane nobis­cum Domine[7] et aux sug­ges­tions pré­cieuses de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, [8] nom­breuses furent les ini­tia­tives prises par les dio­cèses et les dif­fé­rentes réa­li­tés ecclé­siales pour réveiller et accroître chez les fidèles la foi eucha­ris­tique, pour amé­lio­rer la beau­té des célé­bra­tions et pro­mou­voir l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique, pour encou­ra­ger une soli­da­ri­té active qui, à par­tir de l’Eucharistie, rejoint les plus néces­si­teux. Il est enfin néces­saire de men­tion­ner l’im­por­tance de la der­nière Encyclique de mon véné­ré pré­dé­ces­seur, Ecclesia de Eucharistia, [9] par laquelle il nous a lais­sé une réfé­rence magis­té­rielle sûre concer­nant la doc­trine eucha­ris­tique et un ultime témoi­gnage sur la place cen­trale que ce divin Sacrement occu­pait dans son existence.

Finalité de la pré­sente Exhortation

5. Cette Exhortation apos­to­lique post-​synodale a pour but de reprendre la richesse mul­ti­forme de réflexions et de pro­po­si­tions appa­rues dans la récente Assemblée géné­rale ordi­naire du Synode des Évêques – à par­tir des Lineamenta jus­qu’aux Propositiones, en pas­sant par l’Instrumentum labo­ris, les Relationes ante et post-​disceptationem, les inter­ven­tions des Pères syno­daux, des audi­tores et des délé­gués fra­ter­nels –, dans l’in­ten­tion de déve­lop­per cer­taines lignes fon­da­men­tales d’en­ga­ge­ment, des­ti­nées à ravi­ver dans l’Église un nou­vel élan et une nou­velle fer­veur eucha­ris­tiques. Conscient du vaste patri­moine doc­tri­nal et dis­ci­pli­naire amas­sé au cours des siècles sur ce Sacrement, [10] et accueillant le sou­hait des Pères syno­daux, [11] je désire sur­tout recom­man­der dans le pré­sent docu­ment que le peuple chré­tien appro­fon­disse la rela­tion entre le Mystère eucha­ris­tique, l’ac­tion litur­gique et le nou­veau culte spi­ri­tuel qui vient de l’Eucharistie, en tant que sacre­ment de l’a­mour. Dans cette pers­pec­tive, j’en­tends mettre la pré­sente Exhortation en rela­tion avec ma pre­mière Encyclique Deus cari­tas est, dans laquelle j’ai par­lé à plu­sieurs reprises du sacre­ment de l’Eucharistie pour sou­li­gner son rap­port à l’a­mour chré­tien, en réfé­rence soit à Dieu soit au pro­chain : « Le Dieu incar­né nous attire tous à lui. À par­tir de là, on com­prend main­te­nant com­ment aga­pè est alors deve­nue aus­si un nom de l’Eucharistie : dans cette der­nière, l’aga­pè de Dieu vient à nous cor­po­rel­le­ment pour conti­nuer son œuvre en nous et à tra­vers nous ». [12]

PREMIÈRE PARTIE – EUCHARISTIE, MYSTÈRE À CROIRE

« L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29)

La foi eucha­ris­tique de l’Église

6. « Il est grand le mys­tère de la foi ! ». Par cette expres­sion, pro­non­cée immé­dia­te­ment après les paroles de la consé­cra­tion, le prêtre pro­clame le mys­tère qui est célé­bré et il mani­feste son émer­veille­ment devant la conver­sion sub­stan­tielle du pain et du vin en corps et sang du Seigneur Jésus, réa­li­té qui dépasse toute com­pré­hen­sion humaine. L’Eucharistie est en effet « le mys­tère de la foi » par excel­lence : « Elle est le résu­mé et la somme de notre foi ». [13] La foi de l’Église est essen­tiel­le­ment une foi eucha­ris­tique et elle se nour­rit de manière par­ti­cu­lière à la table de l’Eucharistie. La foi et les sacre­ments sont deux aspects com­plé­men­taires de la vie ecclé­siale. Suscitée par l’an­nonce de la Parole de Dieu, la foi est nour­rie et elle gran­dit par la ren­contre de grâce avec le Seigneur res­sus­ci­té qui se réa­lise dans les sacre­ments : « La foi s’ex­prime dans le rite et le rite ren­force et for­ti­fie la foi ». [14] C’est pour­quoi le Sacrement de l’au­tel est tou­jours au centre de la vie ecclé­siale : « Grâce à l’Eucharistie, l’Église renaît sans cesse de nou­veau ! ». [15] Plus vive est la foi eucha­ris­tique dans le peuple de Dieu, plus pro­fonde est sa par­ti­ci­pa­tion à la vie ecclé­siale par l’adhé­sion convain­cue à la mis­sion que le Christ a confiée à ses dis­ciples. L’histoire de l’Église elle- même en est témoin. Toute grande réforme est liée, d’une cer­taine manière, à la redé­cou­verte de la foi en la pré­sence eucha­ris­tique du Seigneur au milieu de son peuple.

ainte Trinité et Eucharistie

Le pain des­cen­du du cie

7. La pre­mière réa­li­té de la foi eucha­ris­tique est le mys­tère même de Dieu, amour tri­ni­taire. Dans le dia­logue entre Jésus et Nicodème, nous trou­vons une expres­sion lumi­neuse à ce pro­pos : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a don­né son Fils unique : ain­si tout homme qui croit en lui ne péri­ra pas, mais il obtien­dra la vie éter­nelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sau­vé » (Jn 3, 16–17). Ces paroles montrent la racine pre­mière du don de Dieu. Jésus, dans l’Eucharistie, donne non pas « quelque chose » mais se donne lui-​même ; il offre son corps et il verse son sang. De cette manière, il donne la tota­li­té de son exis­tence, révé­lant la source ori­gi­naire de cet amour. Il est le Fils éter­nel don­né pour nous par le Père. Dans l’Évangile, nous écou­tons encore Jésus qui, après avoir ras­sa­sié la foule par la mul­ti­pli­ca­tion des pains et des pois­sons, dit à ses inter­lo­cu­teurs qui l’a­vaient sui­vi jus­qu’à la syna­gogue de Capharnaüm : « C’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c’est celui qui des­cend du ciel et qui donne la vie au monde » (Jn 6, 32–33), et il en vient à s’i­den­ti­fier lui- même, sa chair et son sang, avec ce pain : « Moi, je suis le pain vivant, qui est des­cen­du du ciel : si quel­qu’un mange de ce pain, il vivra éter­nel­le­ment. Le pain que je don­ne­rai, c’est ma chair, don­née pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51). Jésus se mani­feste ain­si comme le pain de la vie, que le Père éter­nel donne aux hommes.

Don gra­tuit de la Sainte Trinité

8. Dans l’Eucharistie se révèle le des­sein d’a­mour qui guide toute l’his­toire du salut (cf. Ep 1, 10 ; 3, 8–11). En elle, le Deus Trinitas, qui en lui-​même est amour (cf. 1 Jn 4, 7–8), s’en­gage plei­ne­ment avec notre condi­tion humaine. Dans le pain et le vin, sous les appa­rences des­quelles le Christ se donne à nous à l’oc­ca­sion du repas pas­cal (cf. Lc 22, 14–20 ; 1 Co 11, 23–26), c’est la vie divine tout entière qui nous rejoint et qui par­ti­cipe à nous sous la forme du Sacrement. Dieu est com­mu­nion par­faite d’a­mour entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Déjà dans la créa­tion l’homme est appe­lé à par­ta­ger d’une cer­taine manière le souffle vital de Dieu (cf. Gn 2, 7). Mais c’est dans le Christ mort et res­sus­ci­té et dans l’ef­fu­sion de l’Esprit Saint, don­né sans comp­ter (cf. Jn 3, 34), que nous sommes ren­dus par­ti­ci­pants de l’in­ti­mi­té divine. [16] Par consé­quent, Jésus Christ, qui, « pous­sé par l’Esprit éter­nel, (…) s’est offert lui- même à Dieu comme une vic­time sans tache » (He 9, 14), nous com­mu­nique dans le don eucha­ris­tique la vie divine elle-​même. Il s’a­git d’un don abso­lu­ment gra­tuit, qui répond seule­ment aux pro­messes de Dieu, accom­plies au-​delà de toute mesure. L’Église accueille, célèbre, adore ce don dans une fidèle obéis­sance. Le « mys­tère de la foi » est mys­tère d’a­mour tri­ni­taire, auquel nous sommes appe­lés à par­ti­ci­per par grâce. Nous devons par consé­quent nous aus­si nous excla­mer avec saint Augustin : « Si tu vois l’a­mour, tu vois la Trinité ». [17]

Eucharistie : Jésus véri­table Agneau immolé

La nou­velle et éter­nelle alliance dans le sang de l’Agneau

9. La mis­sion pour laquelle Jésus est venu par­mi nous s’ac­com­plit dans le Mystère pas­cal. Du haut de la croix, d’où il attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32), il dit, avant de « remettre son Esprit » : « Tout est accom­pli » (Jn 19, 30). Dans le mys­tère de son obéis­sance jus­qu’à la mort, et à la mort de la croix (cf. Ph 2, 8), s’est accom­plie la nou­velle et éter­nelle alliance. La liber­té de Dieu et la liber­té de l’homme se sont défi­ni­ti­ve­ment ren­con­trées dans sa chair cru­ci­fiée en un pacte indis­so­luble, valable pour tou­jours. Même le péché de l’homme a été expié une fois pour toutes par le Fils de Dieu (cf. He 7, 27 ; 1 Jn 2, 2 ; 4, 10). Comme j’ai déjà eu l’oc­ca­sion de l’af­fir­mer, « dans sa mort sur la croix s’ac­com­plit le retour­ne­ment de Dieu contre lui-​même, dans lequel il se donne pour rele­ver l’homme et le sau­ver – tel est l’a­mour dans sa forme la plus radi­cale ». [18] Dans le Mystère pas­cal s’est véri­ta­ble­ment réa­li­sée notre libé­ra­tion du mal et de la mort. Au cours de l’ins­ti­tu­tion de l’Eucharistie, Jésus lui-​même avait par­lé de la « nou­velle et éter­nelle alliance » scel­lée dans son sang ver­sé (cf. Mt 26, 28 ; Mc 14, 24 ; Lc 22, 20). Cette fin ultime de sa mis­sion était déjà bien évi­dente au début de sa vie publique. En effet, lorsque, sur les rives du Jourdain, Jean le Baptiste voit Jésus venir à lui, il s’ex­clame : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Il est signi­fi­ca­tif que la même expres­sion revienne, chaque fois que nous célé­brons la Messe, dans l’in­vi­ta­tion faite par le prêtre à s’ap­pro­cher de l’au­tel : « Heureux les invi­tés au repas du Seigneur ! Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Jésus est le véri­table agneau pas­cal qui s’est spon­ta­né­ment offert lui-​même en sacri­fice pour nous, réa­li­sant ain­si la nou­velle et éter­nelle alliance. L’Eucharistie contient en elle cette nou­veau­té radi­cale, qui se pro­pose de nou­veau à nous dans chaque célé­bra­tion. [19]

L’institution de l’Eucharistie

10. De cette manière, nous sommes invi­tés à réflé­chir sur l’ins­ti­tu­tion de l’Eucharistie au cours de la der­nière Cène. Cela se pro­duit dans le contexte d’un repas rituel qui consti­tuait le mémo­rial de l’é­vé­ne­ment fon­da­teur du peuple d’Israël : la libé­ra­tion de l’es­cla­vage en Égypte. Ce repas rituel, lié à l’im­mo­la­tion des agneaux (cf. Ex 12, 1–28.43–51), était la mémoire du pas­sé, mais en même temps cette mémoire était aus­si pro­phé­tique, c’est-​à-​dire annonce d’une libé­ra­tion future. En effet, le peuple avait fait l’ex­pé­rience du fait que cette libé­ra­tion n’a­vait pas été défi­ni­tive, parce que son his­toire était encore trop mar­quée par l’es­cla­vage et par le péché. Le mémo­rial de l’an­tique libé­ra­tion s’ou­vrait ain­si à la ques­tion et à l’at­tente d’une sagesse plus pro­fonde, plus radi­cale, plus uni­ver­selle et plus défi­ni­tive. C’est dans ce contexte que Jésus intro­duit la nou­veau­té de son offrande. Dans la prière de louange, la Berakah, il ne remer­cie pas le Père uni­que­ment pour les évé­ne­ments de l’his­toire pas­sée, mais aus­si pour son « exal­ta­tion ». En ins­ti­tuant le sacre­ment de l’Eucharistie, Jésus anti­cipe et intègre le Sacrifice de la croix et la vic­toire de la résur­rec­tion. Dans le même temps, il se révèle comme le véri­table agneau immo­lé, pré­vu dans le des­sein du Père dès avant la créa­tion du monde, ain­si qu’il est écrit dans la pre­mière Lettre de Pierre (cf. 1, 18–20). En situant l’of­frande de lui-​même dans ce contexte, Jésus rend mani­feste la signi­fi­ca­tion sal­vi­fique de sa mort et de sa résur­rec­tion, mys­tère qui devient ain­si une réa­li­té qui renou­velle l’his­toire et le cos­mos tout entier. L’institution de l’Eucharistie montre en effet que cette mort, en soi vio­lente et absurde, est deve­nue en Jésus un acte suprême d’a­mour et pour l’hu­ma­ni­té une libé­ra­tion défi­ni­tive du mal.

Figura tran­sit in veritatem

11. De cette façon, Jésus insère son novum radi­cal au sein de l’an­tique repas sacri­fi­ciel juif. Pour nous chré­tiens, il n’est plus néces­saire de répé­ter ce repas. Comme le disent jus­te­ment les Pères, figu­ra tran­sit in veri­ta­tem : ce qui annon­çait les réa­li­tés futures a désor­mais lais­sé place à la véri­té elle-​même. L’ancien rite s’est accom­pli et il est défi­ni­ti­ve­ment dépas­sé à tra­vers l’of­frande d’a­mour du Fils de Dieu incar­né. La nour­ri­ture de la véri­té, le Christ immo­lé pour nous, dat figu­ris ter­mi­num. [20] Par son com­man­de­ment « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 25), il nous demande de cor­res­pondre à son offrande et de la repré­sen­ter sacra­men­tel­le­ment. Par ces paroles, le Seigneur exprime donc, pour ain­si dire, le désir que son Église, née de son sacri­fice, accueille ce don, déve­lop­pant, sous la conduite de l’Esprit Saint, la forme litur­gique du Sacrement. En effet, le mémo­rial de son offrande par­faite ne consiste pas dans la simple répé­ti­tion de la der­nière Cène, mais pré­ci­sé­ment dans l’Eucharistie, c’est-​à-​dire dans la nou­veau­té radi­cale du culte chré­tien. Jésus nous a ain­si lais­sé la mis­sion d’en­trer dans son « heure ». « L’Eucharistie nous attire dans l’acte d’of­frande de Jésus. Nous ne rece­vons pas seule­ment le Logos incar­né de manière sta­tique, mais nous sommes entraî­nés dans la dyna­mique de son offrande ». [21] Il « nous attire en lui ». [22] La conver­sion sub­stan­tielle du pain et du vin en son corps et en son sang met dans la créa­tion le prin­cipe d’un chan­ge­ment radi­cal, comme une sorte de « fis­sion nucléaire », pour uti­li­ser une image qui nous est bien connue, por­tée au plus intime de l’être, un chan­ge­ment des­ti­né à sus­ci­ter un pro­ces­sus de trans­for­ma­tion de la réa­li­té, dont le terme ultime sera la trans­fi­gu­ra­tion du monde entier, jus­qu’au moment où Dieu sera tout en tous (cf. 1 Co 15, 28).

L’Esprit Saint et l’Eucharistie

Jésus et l’Esprit Saint

12. Par sa parole et par le pain et le vin, le Seigneur lui-​même nous a offert les élé­ments essen­tiels du culte nou­veau. L’Église, son Épouse, est appe­lée à célé­brer le ban­quet eucha­ris­tique jour après jour en mémoire de lui. Elle ins­crit ain­si le sacri­fice rédemp­teur de son Époux dans l’his­toire des hommes et elle le rend pré­sent sacra­men­tel­le­ment dans toutes les cultures. Ce grand mys­tère est célé­bré dans les formes litur­giques que l’Église, sous la conduite de l’Esprit Saint, déve­loppe dans le temps et dans l’es­pace. [23] À ce pro­pos, il est néces­saire de réveiller en nous la conscience du rôle déci­sif exer­cé par l’Esprit Saint dans le déve­lop­pe­ment de la forme litur­gique et dans l’ap­pro­fon­dis­se­ment des mys­tères divins. Le Paraclet, pre­mier don fait aux croyants, [24] agis­sant déjà dans la créa­tion (cf. Gn 1, 2), est plei­ne­ment pré­sent dans toute l’exis­tence du Verbe incar­né : Jésus Christ, en effet, est conçu de la Vierge Marie par l’ac­tion de l’Esprit Saint (cf. Mt 1, 18 ; Lc 1, 35); au début de son minis­tère public, sur les rives du Jourdain, il le voit des­cendre sur lui sous la forme d’une colombe (cf. Mt 3, 16 et par.); par ce même Esprit, il agit, il parle et il exulte (cf. Lc 10, 21); et c’est en Lui qu’il peut s’of­frir lui-​même (cf. He 9, 14). Dans ce qu’on appelle les « dis­cours d’a­dieu », rap­por­tés par Jean, Jésus met clai­re­ment en rela­tion le don de sa vie dans le mys­tère pas­cal avec le don de l’Esprit aux siens (cf. Jn 16, 7). Une fois res­sus­ci­té, por­tant dans sa chair les signes de sa pas­sion, il peut répandre l’Esprit (cf. Jn 20, 22), ren­dant les siens par­ti­ci­pants de sa mis­sion elle- même (cf. Jn 20, 21). Ce sera alors l’Esprit qui ensei­gne­ra toutes choses aux dis­ciples et qui leur rap­pel­le­ra tout ce que le Christ a dit (cf. Jn 14, 26), parce qu’il lui revient, en tant qu’Esprit de véri­té (cf. Jn 15, 26), d’in­tro­duire les dis­ciples dans la véri­té tout entière (cf. Jn 16, 13). Dans le récit des Actes, l’Esprit des­cend sur les Apôtres réunis en prière avec Marie, au jour de la Pentecôte (cf. 2, 1–4), et il les rem­plit de force en vue de leur mis­sion d’an­non­cer la Bonne Nouvelle à tous les peuples. C’est donc en ver­tu de l’ac­tion de l’Esprit que le Christ lui-​même demeure pré­sent et agis­sant dans son Église, à par­tir du centre vital qu’est l’Eucharistie.

Esprit Saint et célé­bra­tion eucharistique

13. Sur cet arrière-​fond, on com­prend le rôle déci­sif de l’Esprit Saint dans la célé­bra­tion eucha­ris­tique et en par­ti­cu­lier en réfé­rence à la trans­sub­stan­tia­tion. Les Pères de l’Église en ont une très forte conscience. Dans ses Catéchèses, saint Cyrille de Jérusalem rap­pelle que nous « invo­quons Dieu misé­ri­cor­dieux pour qu’il envoie son Esprit Saint sur les oblats qui sont expo­sés, afin qu’Il trans­forme le pain en corps du Christ et le vin en sang du Christ. Ce que l’Esprit Saint touche est sanc­ti­fié et trans­for­mé tota­le­ment ». [25] Saint Jean Chrysostome sou­ligne aus­si que le prêtre invoque l’Esprit Saint quand il célèbre le Sacrifice : [26] comme Élie, le ministre – dit-​il – attire l’Esprit Saint afin que, « la grâce des­cen­dant sur la vic­time, les âmes de tous s’en­flamment par elle ». [27] Une conscience plus claire de la richesse de l’a­na­phore est d’au­tant plus néces­saire pour la vie spi­ri­tuelle des fidèles : avec les paroles pro­non­cées par le Christ lors de la der­nière Cène, elle contient l’é­pi­clèse, en tant qu’in­vo­ca­tion au Père pour qu’il fasse des­cendre le don de l’Esprit afin que le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus Christ et que « la com­mu­nau­té tout entière devienne tou­jours davan­tage Corps du Christ ». [28] L’Esprit, invo­qué par le célé­brant sur les offrandes du pain et du vin posés sur l’au­tel, est le même qui réunit les fidèles « en un seul corps », fai­sant d’eux une offrande spi­ri­tuelle agréable au Père. [29]

Eucharistie et Église

Eucharistie, prin­cipe cau­sal de l’Église

14. À tra­vers le Sacrement de l’Eucharistie, Jésus fait entrer les fidèles dans son « heure » ; il nous montre ain­si le lien qu’il a vou­lu entre lui et nous, entre sa per­sonne et l’Église. En effet, le Christ lui-​même, dans le Sacrifice de la croix, a engen­dré l’Église comme son épouse et son corps. Les Pères de l’Église ont médi­té lon­gue­ment sur la rela­tion entre l’o­ri­gine d’Ève, issue du côté d’Adam endor­mi (cf. Gn 2, 21–23), et celle de la nou­velle Ève, l’Église, née du côté du Christ, immer­gé dans le som­meil de la mort : de son côté trans­per­cé, raconte Jean, il sor­tit du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34), sym­bole des sacre­ments. [30] Un regard contem­pla­tif vers « celui qu’ils ont trans­per­cé » (Jn 19, 37) nous conduit à consi­dé­rer le lien cau­sal qui existe entre le sacri­fice du Christ, l’Eucharistie et l’Église. L’Église, en effet, « vit de l’Eucharistie ». [31] Puisqu’en elle se rend pré­sent le sacri­fice rédemp­teur du Christ, on doit avant tout recon­naître qu”« aux ori­gines mêmes de l’Église, il y a une influence cau­sale de l’Eucharistie ». [32] L’Eucharistie est le Christ qui se donne à nous, en nous édi­fiant conti­nuel­le­ment comme son corps. Par consé­quent, dans la rela­tion cir­cu­laire sug­ges­tive entre l’Eucharistie qui édi­fie l’Église et l’Église elle-​même qui fait l’Eucharistie, [33] la cau­sa­li­té pre­mière est celle qui est expri­mée dans la pre­mière for­mule : l’Église peut célé­brer et ado­rer le mys­tère du Christ pré­sent dans l’Eucharistie jus­te­ment parce que le Christ lui-​même s’est don­né en pre­mier à elle dans le Sacrifice de la croix. La pos­si­bi­li­té, pour l’Église, de « faire » l’Eucharistie est com­plè­te­ment enra­ci­née dans l’of­frande que le Christ lui a faite de lui-​même. Nous décou­vrons ici aus­si un aspect convain­cant de la for­mule de saint Jean : « Il nous a aimés le pre­mier » (1 Jn 4, 19). Ainsi, dans chaque célé­bra­tion, nous confes­sons nous aus­si le pri­mat du don du Christ. L’influence cau­sale de l’Eucharistie à l’o­ri­gine de l’Église révèle en défi­ni­tive l’an­té­rio­ri­té non seule­ment chro­no­lo­gique mais éga­le­ment onto­lo­gique du fait qu’il nous a aimés « le pre­mier ». Il est pour l’é­ter­ni­té celui qui nous aime le premier.

Eucharistie et com­mu­nion ecclésiale

15. L’Eucharistie est donc consti­tu­tive de l’être et de l’a­gir de l’Église. C’est pour­quoi l’Antiquité chré­tienne dési­gnait par la même expres­sion, Corpus Christi, le corps né de la Vierge Marie, le Corps eucha­ris­tique et le Corps ecclé­sial du Christ. [34] Cette don­née bien pré­sente dans la tra­di­tion nous aide à faire gran­dir en nous la conscience du carac­tère insé­pa­rable du Christ et de l’Église. Le Seigneur Jésus, en s’of­frant lui-​même pour nous en sacri­fice, a annon­cé à l’a­vance dans ce don, de manière effi­cace, le mys­tère de l’Église. Il est signi­fi­ca­tif que la deuxième prière eucha­ris­tique, en invo­quant le Paraclet, for­mule en ces termes la prière pour l’u­ni­té de l’Église : « Qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons ras­sem­blés par l’Esprit Saint en un seul corps ». Ce pas­sage fait bien com­prendre com­ment la res du Sacrement de l’Eucharistie est l’u­ni­té des fidèles dans la com­mu­nion ecclé­siale. L’Eucharistie se montre ain­si à la racine de l’Église comme mys­tère de com­mu­nion. [35]

Le Serviteur de Dieu Jean-​Paul II, dans son Encyclique Ecclesia de Eucharistia, avait déjà atti­ré l’at­ten­tion sur la rela­tion entre Eucharistie et com­mu­nio. Il a par­lé du mémo­rial du Christ comme de « la plus haute mani­fes­ta­tion sacra­men­telle de la com­mu­nion dans l’Église ». [36] L’unité de la com­mu­nion ecclé­siale se révèle concrè­te­ment dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes et elle se renou­velle dans l’ac­tion eucha­ris­tique qui les unit et qui les dif­fé­ren­cie en Églises par­ti­cu­lières, « in qui­bus et ex qui­bus una et uni­ca Ecclesia catho­li­ca exsis­tit ». [37] C’est jus­te­ment la réa­li­té de l’u­nique Eucharistie célé­brée dans chaque dio­cèse autour de l’Évêque qui nous fait com­prendre com­ment les Églises par­ti­cu­lières elles- mêmes sub­sistent in et ex Ecclesia. En effet, « l’u­ni­ci­té et l’in­di­vi­si­bi­li­té du Corps eucha­ris­tique du Seigneur impliquent l’u­ni­ci­té de son Corps mys­tique, qui est l’Église une et indi­vi­sible. C’est à par­tir de son centre eucha­ris­tique que se réa­lise l’ou­ver­ture néces­saire de toute com­mu­nau­té qui célèbre, de toute Église par­ti­cu­lière : en se lais­sant atti­rer par les bras ouverts du Seigneur, on s’in­sère dans son Corps, unique et sans divi­sion ». [38] C’est pour­quoi, dans la célé­bra­tion de l’Eucharistie, tout fidèle se trouve dans son Église, c’est-​à-​dire dans l’Église du Christ. Dans cette pers­pec­tive eucha­ris­tique, com­prise de manière appro­priée, la com­mu­nion ecclé­siale se révèle être, par nature, une réa­li­té catho­lique. [39] Souligner cette racine eucha­ris­tique de la com­mu­nion ecclé­siale peut aus­si contri­buer effi­ca­ce­ment au dia­logue œcu­mé­nique avec les Églises et avec les Communautés ecclé­siales qui ne sont pas en pleine com­mu­nion avec le Siège de Pierre. En effet, l’Eucharistie éta­blit de manière objec­tive un lien d’u­ni­té fort entre l’Église catho­lique et les Églises ortho­doxes, qui ont conser­vé la nature authen­tique et entière du mys­tère de l’Eucharistie. Dans le même temps, le relief don­né au carac­tère ecclé­sial de l’Eucharistie peut aus­si deve­nir un élé­ment pri­vi­lé­gié du dia­logue avec les Communautés issues de la Réforme. [40]

Eucharistie et sacrements

Sacramentalité de l’Église

16. Le Concile Vatican II a rap­pe­lé que, « quant aux autres sacre­ments et à tous les minis­tères ecclé­siaux et aux œuvres d’a­pos­to­lat, ils sont étroi­te­ment liés à l’Eucharistie et ordon­nés à elle. La très sainte Eucharistie contient en effet l’en­semble des biens spi­ri­tuels de l’Église, à savoir le Christ lui-​même, notre Pâque, le pain vivant, qui par sa Chair, vivi­fiée et vivi­fiante par l’Esprit Saint, pro­cure la vie aux hommes, et les invite et les conduit à s’of­frir eux-​mêmes, à offrir leurs tra­vaux et toutes les choses créées, en union avec lui ». [41] Cette rela­tion intime de l’Eucharistie avec les autres sacre­ments et avec l’exis­tence chré­tienne est com­prise à sa racine quand on contemple le mys­tère de l’Église elle-​même comme sacre­ment. [42] À ce sujet, le Concile Vatican II a affir­mé que « l’Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacre­ment, c’est-​à-​dire, le signe et l’ins­tru­ment de l’u­nion intime avec Dieu et de l’u­ni­té de tout le genre humain ». [43] Comme dit saint Cyprien, en tant que « peuple qui tire son uni­té de l’u­ni­té du Père et du Fils et de l’Esprit Saint », (44) elle est sacre­ment de la com­mu­nion trinitaire.

Le fait que l’Église soit « sacre­ment uni­ver­sel du salut » [44] montre com­ment l’é­co­no­mie sacra­men­telle déter­mine en défi­ni­tive la manière par laquelle le Christ, unique Sauveur, rejoint par l’Esprit notre exis­tence dans ses spé­ci­fi­ci­tés propres. L’Église se reçoit et en même temps s’ex­prime dans les sept sacre­ments par les­quels la grâce de Dieu influence concrè­te­ment l’exis­tence des fidèles, afin que toute leur vie, rache­tée par le Christ, devienne un culte ren­du à Dieu. Dans cette pers­pec­tive, je désire ici sou­li­gner quelques élé­ments, mis en évi­dence par les Pères syno­daux, qui peuvent aider à sai­sir la rela­tion de tous les sacre­ments avec le Mystère eucharistique.

I. Eucharistie et ini­tia­tion chrétienne

Eucharistie, plé­ni­tude de l’i­ni­tia­tion chrétienne

17. Si l’Eucharistie est véri­ta­ble­ment source et som­met de la vie et de la mis­sion de l’Église, il s’en­suit avant tout que le che­min de l’i­ni­tia­tion chré­tienne a pour point de réfé­rence la pos­si­bi­li­té d’ac­cé­der à ce sacre­ment. À ce sujet, comme l’ont dit les Pères syno­daux, nous devons nous deman­der si, dans nos com­mu­nau­tés chré­tiennes, le lien étroit entre le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie est suf­fi­sam­ment per­çu. [45] Il ne faut jamais oublier, en effet, que nous sommes bap­ti­sés et confir­més en vue de l’Eucharistie. Une telle don­née implique un enga­ge­ment dans le but de favo­ri­ser, dans la pra­tique pas­to­rale, une com­pré­hen­sion plus uni­fiée du par­cours de l’i­ni­tia­tion chré­tienne. Le sacre­ment du Baptême, par lequel nous avons été confor­més au Christ, [46] incor­po­rés à l’Église et éta­blis fils de Dieu, consti­tue la porte d’en­trée à tous les sacre­ments. Par lui, nous sommes insé­rés dans l’u­nique Corps du Christ (cf. 1 Co 12, 13), peuple sacer­do­tal. Cependant, c’est la par­ti­ci­pa­tion au Sacrifice eucha­ris­tique qui per­fec­tionne en nous ce qui est don­né dans le Baptême. Les dons de l’Esprit sont aus­si don­nés pour l’é­di­fi­ca­tion du Corps du Christ (1 Co 12) et pour un plus grand témoi­gnage évan­gé­lique dans le monde. [47] Par consé­quent, la sainte Eucharistie porte l’i­ni­tia­tion chré­tienne à sa plé­ni­tude et elle se situe comme le centre et la fin de toute la vie sacra­men­telle. [48]

L’ordre des sacre­ments de l’initiation

18. À cet égard, il est néces­saire de por­ter atten­tion à la ques­tion de l’ordre des sacre­ments de l’i­ni­tia­tion. Dans l’Église, il existe des tra­di­tions dif­fé­rentes. Une telle diver­si­té se mani­feste avec évi­dence dans les tra­di­tions ecclé­siales de l’Orient, [49] et dans la pra­tique occi­den­tale elle- même en ce qui concerne l’i­ni­tia­tion des adultes, [50] par rap­port à celle des enfants. [51] Néanmoins, de telles dif­fé­rences ne sont pas pro­pre­ment d’ordre dog­ma­tique, mais de nature pas­to­rale. Concrètement, il est néces­saire de véri­fier quelle pra­tique peut en réa­li­té aider au mieux les fidèles à mettre au centre le sacre­ment de l’Eucharistie, comme réa­li­té vers laquelle tend toute l’i­ni­tia­tion. En étroite col­la­bo­ra­tion avec les Dicastères com­pé­tents de la Curie romaine, les Conférences épis­co­pales véri­fie­ront l’ef­fi­ca­ci­té des par­cours actuels d’i­ni­tia­tion, afin que, par l’ac­tion édu­ca­tive de nos com­mu­nau­tés, le chré­tien soit aidé à mûrir tou­jours davan­tage, en par­ve­nant à don­ner à sa vie une authen­tique assise eucha­ris­tique, de sorte qu’il soit en mesure de rendre rai­son de son espé­rance d’une manière adap­tée à notre temps (cf. 1 P 3, 15).

Initiation, com­mu­nau­té ecclé­siale et famille

19. Il faut tou­jours se rap­pe­ler que toute l’i­ni­tia­tion chré­tienne est un che­min de conver­sion à par­cou­rir avec l’aide de Dieu et en rela­tion constante avec la com­mu­nau­té ecclé­siale, soit quand un adulte demande à entrer dans l’Église, comme cela arrive dans les milieux de pre­mière évan­gé­li­sa­tion ou dans de nom­breux milieux sécu­la­ri­sés, soit quand les parents demandent les sacre­ments pour leurs enfants. À ce sujet, je désire sur­tout atti­rer l’at­ten­tion sur la rela­tion entre ini­tia­tion chré­tienne et famille. Dans l’ac­tion pas­to­rale, on doit tou­jours asso­cier la famille chré­tienne au par­cours d’i­ni­tia­tion. Recevoir le Baptême, la Confirmation et s’ap­pro­cher pour la pre­mière fois de l’Eucharistie sont des moments déci­sifs non seule­ment pour la per­sonne qui les reçoit mais aus­si pour toute sa famille, qui doit être sou­te­nue dans sa tâche édu­ca­tive par la com­mu­nau­té ecclé­siale dans ses diverses com­po­santes. [52] Je vou­drais ici sou­li­gner l’im­por­tance de la pre­mière com­mu­nion. Pour de très nom­breux fidèles, ce jour reste jus­te­ment gra­vé dans la mémoire comme le pre­mier moment où, même si c’est encore de manière élé­men­taire, ils ont per­çu l’im­por­tance de la ren­contre per­son­nelle avec Jésus. La pas­to­rale parois­siale doit mettre en valeur de manière appro­priée une occa­sion aus­si significative.

II. Eucharistie et Sacrement de la Réconciliation

Leur lien intrinsèque

20. Les Pères syno­daux ont jus­te­ment affir­mé que l’a­mour de l’Eucharistie conduit aus­si à appré­cier tou­jours plus le sacre­ment de la Réconciliation. [53] À cause du lien entre ces sacre­ments, une authen­tique caté­chèse à l’é­gard du sens de l’Eucharistie ne peut être sépa­rée de la pro­po­si­tion d’un che­min péni­ten­tiel (cf. 1 Co 11, 27–29). Nous consta­tons assu­ré­ment que, à notre époque, les fidèles se trouvent immer­gés dans une culture qui tend à effa­cer le sens du péché, [54] favo­ri­sant un com­por­te­ment super­fi­ciel qui porte à oublier la néces­si­té d’être dans la grâce de Dieu pour s’ap­pro­cher digne­ment de la com­mu­nion sacra­men­telle. [55] En réa­li­té, perdre la conscience du péché entraîne tou­jours aus­si une cer­taine super­fi­cia­li­té dans la com­pré­hen­sion de l’a­mour de Dieu lui-​même. Il est très utile de rap­pe­ler aux fidèles ces élé­ments qui, dans le rite de la Messe, expli­citent la conscience de leur péché et, simul­ta­né­ment, de la misé­ri­corde de Dieu. [56] En outre, la rela­tion entre Eucharistie et Réconciliation nous rap­pelle que le péché n’est jamais une réa­li­té exclu­si­ve­ment indi­vi­duelle ; il com­porte tou­jours éga­le­ment une bles­sure au sein de la com­mu­nion ecclé­siale, dans laquelle nous sommes insé­rés par le Baptême. C’est pour­quoi la Réconciliation, comme le disaient les Pères de l’Église, est labo­rio­sus qui­dam bap­tis­mus, [57] sou­li­gnant de cette façon que l’is­sue du che­min de conver­sion est aus­si le réta­blis­se­ment de la pleine com­mu­nion ecclé­siale, qui se mani­feste par le fait de s’ap­pro­cher à nou­veau de l’Eucharistie. [58]

Quelques points d’at­ten­tion pastorale

21. Le Synode a rap­pe­lé qu’il est du devoir pas­to­ral de l’Évêque de pro­mou­voir dans son dio­cèse la déter­mi­na­tion de reve­nir à une péda­go­gie de la conver­sion qui naît de l’Eucharistie et d’en­cou­ra­ger les fidèles à la confes­sion fré­quente. Tous les prêtres se consa­cre­ront avec géné­ro­si­té, appli­ca­tion et com­pé­tence à l’ad­mi­nis­tra­tion du sacre­ment de la Réconciliation. [59] À ce sujet, on doit prê­ter atten­tion à ce que les confes­sion­naux, dans nos églises, soient bien visibles et expres­sifs du sens de ce Sacrement. Je demande aux Pasteurs de veiller atten­ti­ve­ment à la célé­bra­tion du sacre­ment de la Réconciliation, en réser­vant la pra­tique de l’ab­so­lu­tion géné­rale exclu­si­ve­ment aux cas pré­vus, [60] la forme per­son­nelle étant la seule forme ordi­naire. [61] Face à la néces­si­té de redé­cou­vrir le par­don sacra­men­tel, qu’il y ait tou­jours dans tous les dio­cèses un Pénitencier. [62] Enfin, dans la nou­velle prise de conscience de la rela­tion entre Eucharistie et Réconciliation, une pra­tique sage et équi­li­brée de l’in­dul­gence, gagnée pour soi-​même ou pour les défunts, peut être d’une aide utile. Par elle, on obtient « la rémis­sion devant Dieu de la peine tem­po­relle due pour les péchés dont la faute est déjà effa­cée ». [63] L’usage des indul­gences nous aide à com­prendre que, par nos seules forces, nous serions inca­pables de répa­rer le mal com­mis et que les péchés de cha­cun portent tort à toute la com­mu­nau­té ; par ailleurs, la pra­tique de l’in­dul­gence, impli­quant non seule­ment la doc­trine des mérites infi­nis du Christ, mais aus­si celle de la com­mu­nion des saints, nous dit « com­bien intime est le lien qui nous unit entre nous dans le Christ, et com­bien la vie sur­na­tu­relle de cha­cun peut ser­vir aux autres ». [64] Puisque sa forme elle-​même pré­voit, par­mi les condi­tions, le recours à la confes­sion et à la com­mu­nion sacra­men­telle, sa pra­tique peut sou­te­nir effi­ca­ce­ment les fidèles sur le che­min de la conver­sion et dans la décou­verte du carac­tère cen­tral de l’Eucharistie dans la vie chrétienne.

III. Eucharistie et Onction des malades

22. Jésus n’a pas seule­ment envoyé ses dis­ciples pour gué­rir les malades (cf. Mt 10, 8 ; Lc 9, 2 ; 10, 9), mais il a aus­si ins­ti­tué pour eux un Sacrement spé­ci­fique : l’Onction des malades. [65] La Lettre de Jacques atteste déjà la pré­sence de ce geste sacra­men­tel dans la pre­mière com­mu­nau­té chré­tienne (cf. 5, 14–16). Si l’Eucharistie montre que les souf­frances et la mort du Christ ont été trans­for­mées en amour, l’Onction des malades, de son côté, asso­cie la per­sonne qui souffre à l’of­frande que le Christ a faite de lui-​même pour le salut de tous, de sorte qu’elle aus­si puisse, dans le mys­tère de la com­mu­nion des saints, par­ti­ci­per à la rédemp­tion du monde. La rela­tion entre ces sacre­ments se mani­feste éga­le­ment face à l’ag­gra­va­tion de la mala­die : « À ceux qui vont quit­ter cette vie, l’Église offre, en plus de l’Onction des malades, l’Eucharistie comme via­tique ». [66] Dans le pas­sage vers le Père, la com­mu­nion au Corps et au Sang du Christ se mani­feste comme semence de vie éter­nelle et puis­sance de résur­rec­tion : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éter­nelle et moi, je le res­sus­ci­te­rai au der­nier jour » (Jn 6, 54). Puisque le Saint Viatique ouvre au malade la plé­ni­tude du mys­tère pas­cal, il est néces­saire d’en assu­rer la pra­tique. [67] L’attention et le soin pas­to­ral envers ceux qui sont malades rejaillissent sûre­ment en béné­fice spi­ri­tuel pour toute la com­mu­nau­té, sachant que ce que nous aurons fait au plus petit, nous l’au­rons fait à Jésus lui-​même (cf. Mt 25, 40).

IV. Eucharistie et Sacrement de l’Ordre

In per­so­na Christi capitis

23. Le lien intrin­sèque entre Eucharistie et Sacrement de l’Ordre découle des paroles mêmes de Jésus au Cénacle : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22, 19). En effet, Jésus, à la veille de sa mort, a ins­ti­tué l’Eucharistie et fon­dé en même temps le sacer­doce de la Nouvelle Alliance. Il est prêtre, vic­time et autel : média­teur entre Dieu le Père et le peuple (cf. He 5, 5–10), vic­time d’ex­pia­tion (cf. 1 Jn 2, 2 ; 4, 10) qui s’offre elle-​même sur l’au­tel de la croix. Personne ne peut dire « ceci est mon corps » et « ceci est la coupe de mon sang » si ce n’est au nom et en la per­sonne du Christ, unique sou­ve­rain prêtre de la nou­velle et éter­nelle Alliance (cf. He 8–9). Au cours d’autres assem­blées, le Synode des Évêques avait déjà abor­dé le sujet du minis­tère ordon­né, soit pour ce qui regarde l’i­den­ti­té du minis­tère, [68] soit pour la for­ma­tion des can­di­dats. [69] En cette cir­cons­tance, à la lumière du dia­logue inter­ve­nu au sein de l’as­sem­blée syno­dale, je tiens à rap­pe­ler quelques points rela­tifs au rap­port entre Sacrement de l’Eucharistie et Sacrement de l’Ordre. Il est avant tout néces­saire de rap­pe­ler que le lien entre l’Ordre sacré et l’Eucharistie est visible pré­ci­sé­ment dans la Messe pré­si­dée par l’Évêque ou par le prêtre au nom du Christ-​Tête.

La doc­trine de l’Église fait de l’or­di­na­tion sacer­do­tale la condi­tion indis­pen­sable pour la célé­bra­tion valide de l’Eucharistie. [70] En effet, « dans le ser­vice ecclé­sial du ministre ordon­né, c’est le Christ lui-​même qui est pré­sent à son Église en tant que Tête de son Corps, Pasteur de son trou­peau, grand prêtre du sacri­fice rédemp­teur ». [71] De façon cer­taine, le ministre ordon­né « agit aus­si au nom de toute l’Église lors­qu’il pré­sente à Dieu la prière de l’Église et sur­tout lors­qu’il offre le sacri­fice eucha­ris­tique ». [72] Il est donc néces­saire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur minis­tère, ils ne doivent jamais se mettre au pre­mier plan, eux-​mêmes ou leurs opi­nions, mais Jésus Christ. Toute ten­ta­tive de se poser soi-​même comme pro­ta­go­niste de l’ac­tion litur­gique contre­dit l’i­den­ti­té sacer­do­tale. Le prêtre est plus que jamais ser­vi­teur et il doit s’en­ga­ger conti­nuel­le­ment à être le signe qui, en tant qu’ins­tru­ment docile entre les mains du Christ, ren­voie à Lui. Cela se tra­duit par­ti­cu­liè­re­ment dans l’hu­mi­li­té avec laquelle le prêtre guide l’ac­tion litur­gique, dans l’o­béis­sance au rite, en y adhé­rant de cœur et d’es­prit, en évi­tant tout ce qui pour­rait don­ner l’im­pres­sion d’une ini­tia­tive propre inop­por­tune. Je recom­mande donc au cler­gé d’ap­pro­fon­dir tou­jours la conscience de son minis­tère eucha­ris­tique comme humble ser­vice ren­du au Christ et à son Église. Le sacer­doce, comme le disait saint Augustin, est amo­ris offi­cium, [73] est l’of­fice du bon pas­teur, qui offre sa vie pour ses bre­bis (cf. Jn 10, 14–15).

Eucharistie et céli­bat sacerdotal

24. Les Pères syno­daux ont vou­lu sou­li­gner que le sacer­doce minis­té­riel requiert, à tra­vers l’or­di­na­tion, l’en­tière confi­gu­ra­tion au Christ. Tout en res­pec­tant les pra­tiques dif­fé­rentes et la tra­di­tion orien­tale, il convient de rap­pe­ler le sens pro­fond du céli­bat sacer­do­tal, jus­te­ment consi­dé­ré comme une richesse ines­ti­mable et confir­mé aus­si dans la pra­tique orien­tale pour les can­di­dats à l’é­pis­co­pat. Dans un tel choix, en effet, le dévoue­ment qui conforme le prêtre au Christ et l’of­frande exclu­sive de lui-​même pour le Règne de Dieu trouvent une expres­sion par­ti­cu­lière. [74] Le fait que le Christ lui-​même, prêtre pour l’é­ter­ni­té, ait vécu sa mis­sion jus­qu’au Sacrifice de la croix dans l’é­tat de vir­gi­ni­té consti­tue le point de réfé­rence sûr pour recueillir le sens de la tra­di­tion de l’Église latine sur cette ques­tion. Il n’est donc pas suf­fi­sant de com­prendre le céli­bat sacer­do­tal en termes pure­ment fonc­tion­nels. En réa­li­té, il est une confor­ma­tion par­ti­cu­lière au style de vie du Christ lui-​même. Ce choix est avant tout spon­sal ; il est iden­ti­fi­ca­tion au cœur du Christ Époux, qui donne sa vie pour son Épouse. Unie à la grande tra­di­tion ecclé­siale, au Concile Vatican II [75] et aux Souverains Pontifes mes pré­dé­ces­seurs, [76] je redis la beau­té et l’im­por­tance d’une vie sacer­do­tale vécue dans le céli­bat comme signe expri­mant le don de soi total et exclu­sif au Christ, à l’Église et au Règne de Dieu, et j’en confirme donc le carac­tère obli­ga­toire pour la tra­di­tion latine. Le céli­bat sacer­do­tal vécu avec matu­ri­té, joie et dévoue­ment est une très grande béné­dic­tion pour l’Église et pour la socié­té elle-même.

Manque de prêtres et pas­to­rale des vocations

25. À pro­pos du lien entre Sacrement de l’Ordre et Eucharistie, le Synode s’est arrê­té sur la situa­tion dif­fi­cile qui appa­raît dans divers dio­cèses lors­qu’on doit faire face à la pénu­rie de prêtres. Cela se pro­duit non seule­ment dans cer­taines zones de pre­mière évan­gé­li­sa­tion, mais éga­le­ment dans de nom­breux pays de longue tra­di­tion chré­tienne. Une plus juste répar­ti­tion des prêtres contri­bue­ra cer­tai­ne­ment à la solu­tion du pro­blème. Un tra­vail de large sen­si­bi­li­sa­tion est donc néces­saire. Les Évêques impli­que­ront dans les néces­si­tés pas­to­rales les Instituts de Vie consa­crée et les nou­velles réa­li­tés ecclé­siales, dans le res­pect de leur cha­risme propre, et ils sol­li­ci­te­ront tous les membres du cler­gé à une plus grande dis­po­ni­bi­li­té pour ser­vir l’Église là où il en est besoin, même au prix de sacri­fices. [77] En outre, au cours du Synode, on a aus­si dis­cu­té des atten­tions pas­to­rales à mettre en œuvre pour favo­ri­ser, sur­tout chez les jeunes, l’ou­ver­ture inté­rieure à la voca­tion sacer­do­tale. Une telle situa­tion ne peut trou­ver de solu­tion par de simples moyens prag­ma­tiques. Il faut évi­ter que les Évêques, pous­sés par des pré­oc­cu­pa­tions fonc­tion­nelles bien com­pré­hen­sibles à cause du manque de prêtres, n’ef­fec­tuent pas le dis­cer­ne­ment voca­tion­nel qui convient et qu’ils admettent à la for­ma­tion spé­ci­fique et à l’or­di­na­tion des can­di­dats qui ne pos­sèdent pas les carac­té­ris­tiques néces­saires pour le ser­vice sacer­do­tal. [78] Un clerc qui n’est pas suf­fi­sam­ment for­mé, admis à l’or­di­na­tion sans le dis­cer­ne­ment requis, pour­ra dif­fi­ci­le­ment offrir un témoi­gnage capable de sus­ci­ter chez les autres le désir de répondre avec géné­ro­si­té à l’ap­pel du Christ. En réa­li­té, la pas­to­rale voca­tion­nelle doit impli­quer toute la com­mu­nau­té chré­tienne dans toutes ses com­po­santes. [79] Évidemment, ce large tra­vail pas­to­ral com­prend éga­le­ment la sen­si­bi­li­sa­tion des familles, sou­vent indif­fé­rentes si ce n’est ouver­te­ment oppo­sées à l’hy­po­thèse de la voca­tion sacer­do­tale. Qu’elles s’ouvrent avec géné­ro­si­té au don de la vie et qu’elles éduquent leurs enfants à être dis­po­nibles à la volon­té de Dieu. En résu­mé, il faut sur­tout avoir le cou­rage de pro­po­ser aux jeunes la radi­ca­li­té de la vie à la suite du Christ, en en mon­trant l’attrait.

Gratitude et espérance

26. Enfin, il est néces­saire d’a­voir plus de foi et d’es­pé­rance en l’i­ni­tia­tive divine. Même si, dans cer­taines régions, on enre­gistre une pénu­rie de prêtres, on ne doit jamais dou­ter du fait que le Christ conti­nue d’ap­pe­ler des hommes qui, aban­don­nant toute autre acti­vi­té, se consacrent tota­le­ment à la célé­bra­tion des saints Mystères, à la pré­di­ca­tion de l’Évangile et au minis­tère pas­to­ral. En cette cir­cons­tance, je sou­haite me faire l’é­cho de la gra­ti­tude de toute l’Église pour les Évêques et les prêtres, qui rem­plissent leur mis­sion avec un dévoue­ment et un zèle fidèles. Naturellement, ce remer­cie­ment de l’Église s’a­dresse aus­si aux diacres, à qui sont impo­sées les mains « non pour le sacer­doce mais pour le ser­vice ». [80] Comme l’a recom­man­dé l’Assemblée du Synode, j’a­dresse un remer­cie­ment spé­cial aux prêtres fidei donum, qui, avec com­pé­tence et géné­reux dévoue­ment, construisent la com­mu­nau­té en lui annon­çant la Parole de Dieu et en lui par­ta­geant le Pain de la vie, sans épar­gner leurs forces dans le ser­vice de la mis­sion de l’Église. [81] Il faut remer­cier Dieu pour les nom­breux prêtres qui ont souf­fert jus­qu’au sacri­fice de leur vie pour ser­vir le Christ. En eux, par l’é­lo­quence des faits, se révèle ce que signi­fie être prêtre jus­qu’au bout. Il s’a­git de témoi­gnages émou­vants qui peuvent ins­pi­rer beau­coup de jeunes à suivre le Christ à leur tour et à don­ner leur vie pour les autres, trou­vant ain­si la vie véritable.

V. Eucharistie et Mariage

Eucharistie, sacre­ment sponsal

27. L’Eucharistie, sacre­ment de la cha­ri­té, fait appa­raître un rap­port par­ti­cu­lier avec l’a­mour entre l’homme et la femme, unis par le mariage. Approfondir ce lien est une néces­si­té propre à notre temps. [82] Le Pape Jean-​Paul II a eu plu­sieurs fois l’oc­ca­sion d’af­fir­mer le carac­tère spon­sal de l’Eucharistie et son rap­port par­ti­cu­lier avec le Sacrement du Mariage : « L’Eucharistie est le sacre­ment de notre rédemp­tion. C’est le sacre­ment de l’Époux, de l’Épouse ». [83] Du reste, « toute la vie chré­tienne porte le signe de l’a­mour spon­sal du Christ et de l’Église. Déjà le Baptême, qui fait entrer dans le peuple de Dieu, est un mys­tère nup­tial : c’est pour ain­si dire le bain de noces qui pré­cède le ban­quet des noces, l’Eucharistie ». [84] L’Eucharistie for­ti­fie d’une manière inépui­sable l’u­ni­té et l’a­mour indis­so­luble de tout mariage chré­tien. En lui, en ver­tu du sacre­ment, le lien conju­gal est intrin­sè­que­ment relié à l’u­ni­té eucha­ris­tique entre le Christ époux et l’Église épouse (cf. Ep 5, 31–32). Le consen­te­ment mutuel que mari et femme échangent dans le Christ, et qui fait d’eux une com­mu­nau­té de vie et d’a­mour, a lui aus­si une dimen­sion eucha­ris­tique. En effet, dans la théo­lo­gie pau­li­nienne, l’a­mour spon­sal est le signe sacra­men­tel de l’a­mour du Christ pour son Église, un amour qui a son point culmi­nant dans la croix, expres­sion de ses « noces » avec l’hu­ma­ni­té et, en même temps, ori­gine et centre de l’Eucharistie. Voilà pour­quoi l’Église mani­feste une proxi­mi­té spi­ri­tuelle par­ti­cu­lière à tous ceux qui ont fon­dé leur famille sur le sacre­ment de Mariage. [85] La famille – Église domes­tique [86] – est une cel­lule pri­mor­diale de la vie de l’Église, en par­ti­cu­lier pour son rôle déci­sif concer­nant l’é­du­ca­tion chré­tienne des enfants. [87] Dans ce contexte, le Synode a recom­man­dé aus­si de recon­naître la mis­sion par­ti­cu­lière de la femme dans la famille et dans la socié­té, une mis­sion qui doit être défen­due, sau­ve­gar­dée et pro­mue. [88] Son iden­ti­té d’é­pouse et de mère consti­tue une réa­li­té impres­crip­tible qui ne doit jamais être dévaluée.

Eucharistie et uni­ci­té du mariage

28. C’est pré­ci­sé­ment à la lumière de cette rela­tion intrin­sèque entre mariage, famille et Eucharistie qu’il est pos­sible de consi­dé­rer cer­tains pro­blèmes pas­to­raux. Le lien fidèle, indis­so­luble et exclu­sif qui unit le Christ et l’Église, et qui trouve son expres­sion sacra­men­telle dans l’Eucharistie, est en rela­tion avec le don­né anthro­po­lo­gique ori­gi­nel par lequel l’homme doit être uni de manière défi­ni­tive à une seule femme et réci­pro­que­ment (cf. Gn 2, 24 ; Mt 19, 5). Sur cet arrière-​fond de pen­sées, le Synode des Évêques a étu­dié le thème des pra­tiques pas­to­rales concer­nant ceux qui entendent l’an­nonce de l’Évangile, pro­ve­nant de cultures où se pra­tique la poly­ga­mie. Ceux qui se trouvent dans une telle situa­tion et qui s’ouvrent à la foi chré­tienne doivent être aidés pour inté­grer leur pro­jet humain dans la nou­veau­té radi­cale du Christ. Au cours du caté­chu­mé­nat, le Christ les rejoint dans leur condi­tion spé­ci­fique et il les appelle à la pleine véri­té de l’a­mour, pas­sant à tra­vers les renon­ce­ments néces­saires, en vue de la com­mu­nion ecclé­siale par­faite. L’Église les accom­pagne par une pas­to­rale pleine de dou­ceur et en même temps de fer­me­té, [89] en leur mon­trant sur­tout la lumière qui, venant des mys­tères chré­tiens, se reflète sur la nature et sur les dési­rs humains.

Eucharistie et indis­so­lu­bi­li­té du mariage

29. Si l’Eucharistie exprime le carac­tère irré­ver­sible de l’a­mour de Dieu pour son Église dans le Christ, on com­prend pour­quoi elle implique, en rela­tion au sacre­ment de Mariage, l’in­dis­so­lu­bi­li­té à laquelle tout véri­table amour ne peut qu’as­pi­rer. [90] L’attention pas­to­rale que le Synode a réser­vée aux situa­tions dou­lou­reuses dans les­quelles se trouvent de nom­breux fidèles qui, après avoir célé­bré le sacre­ment de Mariage, ont divor­cé et contrac­té une nou­velle union, est donc plus que jus­ti­fiée. Il s’a­git d’un pro­blème pas­to­ral épi­neux et com­plexe, une vraie plaie du contexte social actuel, qui touche de manière crois­sante les milieux catho­liques eux-​mêmes. Par amour de la véri­té, les Pasteurs sont obli­gés de bien dis­cer­ner les diverses situa­tions, pour aider spi­ri­tuel­le­ment de la façon la plus appro­priée les fidèles concer­nés. [91] Le Synode des Évêques a confir­mé la pra­tique de l’Église, fon­dée sur la Sainte Écriture (cf. Mc 10, 2–12), de ne pas admettre aux sacre­ments les divor­cés rema­riés, parce que leur état et leur condi­tion de vie contre­disent objec­ti­ve­ment l’u­nion d’a­mour entre le Christ et l’Église, qui est signi­fiée et mise en œuvre dans l’Eucharistie. Toutefois, les divor­cés rema­riés, mal­gré leur situa­tion, conti­nuent d’ap­par­te­nir à l’Église, qui les suit avec une atten­tion spé­ciale, dési­rant qu’ils déve­loppent, autant que pos­sible, un style de vie chré­tien, par la par­ti­ci­pa­tion à la Messe, mais sans rece­voir la Communion, par l’é­coute de la Parole de Dieu, par l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique et la prière, par la par­ti­ci­pa­tion à la vie de la com­mu­nau­té, par le dia­logue confiant avec un prêtre ou un guide spi­ri­tuel, par le dévoue­ment à la cha­ri­té vécue et les œuvres de péni­tence, par l’en­ga­ge­ment dans l’é­du­ca­tion de leurs enfants.

Là où sur­gissent des doutes légi­times sur la vali­di­té du Mariage sacra­men­tel qui a été contrac­té, il convient d’en­tre­prendre ce qui est néces­saire pour en véri­fier le bien-​fondé. Il faut aus­si s’as­su­rer, dans le plein res­pect du droit cano­nique, [92] de la pré­sence sur le ter­ri­toire de tri­bu­naux ecclé­sias­tiques, de leur carac­tère pas­to­ral, de leur fonc­tion­ne­ment cor­rect et rapide. [93] Il importe qu’il y ait, dans chaque dio­cèse, un nombre suf­fi­sant de per­sonnes pré­pa­rées pour le bon fonc­tion­ne­ment des tri­bu­naux ecclé­sias­tiques. Je rap­pelle que « c’est une obli­ga­tion grave que le tra­vail ins­ti­tu­tion­nel de l’Église réa­li­sé dans les tri­bu­naux soit ren­du tou­jours plus proche des fidèles ». [94] Il est cepen­dant néces­saire d’é­vi­ter de com­prendre la pré­oc­cu­pa­tion pas­to­rale comme si elle était en oppo­si­tion avec le droit. On doit plu­tôt par­tir du pré­sup­po­sé que le point fon­da­men­tal de ren­contre entre le droit et la pas­to­rale est l’a­mour de la véri­té : cette der­nière en effet n’est jamais abs­traite, mais « elle s’in­tègre dans l’i­ti­né­raire humain et chré­tien de tout fidèle ». [95] Enfin, là où la nul­li­té du lien matri­mo­nial n’est pas recon­nue et où des condi­tions objec­tives rendent de fait la vie com­mune irré­ver­sible, l’Église encou­rage ces fidèles à s’en­ga­ger à vivre leur rela­tion selon les exi­gences de la Loi de Dieu, comme amis, comme frère et sœur ; ils pour­ront ain­si s’ap­pro­cher de la table eucha­ris­tique, avec les atten­tions pré­vues par la pra­tique éprou­vée de l’Église. Un tel che­min, pour qu’il soit pos­sible et qu’il porte du fruit, doit être sou­te­nu par l’aide des pas­teurs et par des ini­tia­tives ecclé­siales appro­priées, en évi­tant, dans tous les cas, de bénir ces rela­tions, pour que ne sur­gissent pas chez les fidèles des confu­sions autour de la valeur du Mariage. [96]

Vu la com­plexi­té du contexte cultu­rel dans lequel vit l’Église dans beau­coup de pays, le Synode a aus­si recom­man­dé d’a­voir le plus grand soin pas­to­ral pour la for­ma­tion des fian­cés et pour la véri­fi­ca­tion atten­tive de leurs convic­tions concer­nant les enga­ge­ments pres­crits pour la vali­di­té du sacre­ment de Mariage. Un sérieux dis­cer­ne­ment à ce sujet pour­ra évi­ter que des élans émo­tifs ou des rai­sons super­fi­cielles conduisent les deux jeunes à assu­mer des res­pon­sa­bi­li­tés qu’ils ne sau­ront ensuite hono­rer. [97] Le bien que l’Église et la socié­té tout entière attendent du mariage et de la famille fon­dée sur lui est trop grand pour qu’on ne s’en­gage pas tota­le­ment dans ce domaine pas­to­ral spé­ci­fique. Mariage et famille sont des ins­ti­tu­tions qui doivent être pro­mues et garan­ties de toute équi­voque pos­sible quant à leur véri­té, parce que tout dom­mage qui leur est cau­sé consti­tue de fait une bles­sure pour la convi­via­li­té humaine comme telle.

Eucharistie et eschatologie

Eucharistie : don à l’homme en chemin

30. S’il est vrai que les sacre­ments sont une réa­li­té qui appar­tient à l’Église qui che­mine dans l’his­toire [98] vers la pleine mani­fes­ta­tion de la vic­toire du Christ res­sus­ci­té, il est cepen­dant tout aus­si vrai que, spé­cia­le­ment dans la litur­gie eucha­ris­tique, il nous est don­né de goû­ter l’ac­com­plis­se­ment escha­to­lo­gique vers lequel tout homme et toute la créa­tion sont en che­min (cf. Rm 8, 19 s.). L’homme est créé pour le bon­heur véri­table et éter­nel, que seul l’a­mour de Dieu peut don­ner. Mais notre liber­té bles­sée s’é­ga­re­rait s’il n’é­tait pas pos­sible d’ex­pé­ri­men­ter dès main­te­nant quelque chose de l’ac­com­plis­se­ment à venir. Du reste, tout homme a besoin, pour pou­voir che­mi­ner dans la bonne direc­tion, d’être orien­té vers le but final. En réa­li­té, cette fin ultime est le Christ Seigneur lui-​même, vain­queur du péché et de la mort, qui se rend pré­sent à nous de manière spé­ciale dans la célé­bra­tion eucha­ris­tique. Ainsi, tout en étant encore, nous aus­si, « des gens de pas­sage et des voya­geurs » (1 P 2, 11) dans ce monde, nous par­ti­ci­pons déjà dans la foi à la plé­ni­tude de la vie res­sus­ci­tée. Le ban­quet eucha­ris­tique, révé­lant sa dimen­sion for­te­ment escha­to­lo­gique, vient en aide à notre liber­té en chemin.

Le ban­quet eschatologique

31. Réfléchissant à ce mys­tère, nous pou­vons dire que, par sa venue, Jésus s’est mis en rap­port avec l’at­tente pré­sente dans le peuple d’Israël, dans l’hu­ma­ni­té tout entière et en défi­ni­tive dans la créa­tion elle-​même. Par le don de lui-​même, il a objec­ti­ve­ment inau­gu­ré le temps escha­to­lo­gique. Le Christ est venu pour ras­sem­bler le peuple de Dieu dis­per­sé (cf. Jn 11, 52), mani­fes­tant clai­re­ment l’in­ten­tion de ras­sem­bler la com­mu­nau­té de l’al­liance, pour por­ter à leur achè­ve­ment les pro­messes de Dieu faites à nos pères (cf. Jr 23, 3 ; 31, 10 ; Lc 1, 55.70). Dans l’ap­pel des Douze, qu’il faut mettre en rela­tion avec les douze tri­bus d’Israël, et dans le man­dat qui leur est confié lors de la der­nière Cène, avant sa Passion rédemp­trice, de célé­brer son mémo­rial, Jésus a mon­tré qu’il vou­lait trans­fé­rer à toute la com­mu­nau­té qu’il avait fon­dée le devoir d’être, dans l’his­toire, le signe et l’ins­tru­ment du ras­sem­ble­ment escha­to­lo­gique, inau­gu­ré en lui. En toute célé­bra­tion eucha­ris­tique se réa­lise donc sacra­men­tel­le­ment le ras­sem­ble­ment escha­to­lo­gique du peuple de Dieu. Le ban­quet eucha­ris­tique est pour nous une réelle anti­ci­pa­tion du ban­quet final, annon­cé par les pro­phètes (cf. Is 25, 6–9) et décrit par le Nouveau Testament comme « les noces de l’Agneau » (Ap 19, 7–9), qui doivent se célé­brer dans la joie de la com­mu­nion des saints. [99]

Prière pour les défunts

32. La célé­bra­tion eucha­ris­tique, où nous annon­çons la mort du Seigneur et où nous pro­cla­mons sa résur­rec­tion dans l’at­tente de sa venue, est le gage de la gloire future dans laquelle même nos corps seront glo­ri­fiés. Quand nous célé­brons le Mémorial de notre salut, se ren­force en nous l’es­pé­rance de la résur­rec­tion de la chair et de la pos­si­bi­li­té de ren­con­trer de nou­veau, face à face, ceux qui nous ont pré­cé­dés, mar­qués du signe de la foi. Sur cet arrière-​fond, je vou­drais rap­pe­ler à tous les fidèles, avec les Pères syno­daux, l’im­por­tance de la prière de suf­frage pour les défunts, en par­ti­cu­lier de la célé­bra­tion de Messes à leur inten­tion, [100] afin que, puri­fiés, ils puissent par­ve­nir à la vision béa­ti­fique de Dieu. Redécouvrant la dimen­sion escha­to­lo­gique ins­crite dans l’Eucharistie, célé­brée et ado­rée, nous sommes ain­si sou­te­nus dans notre che­min et confor­tés dans l’es­pé­rance de la gloire (cf. Rm 5, 2 ; Tt 2, 13).

L’Eucharistie et la Vierge Marie

33. Le contour de l’exis­tence chré­tienne, appe­lée à être à chaque ins­tant un culte spi­ri­tuel et une offrande de soi agréable à Dieu, émerge dans son ensemble du rap­port entre l’Eucharistie et les autres sacre­ments, et de la signi­fi­ca­tion escha­to­lo­gique des saints Mystères. Et s’il est vrai que nous sommes tous encore en che­min vers le plein accom­plis­se­ment de notre espé­rance, cela n’en­lève pas qu’on puisse recon­naître dès main­te­nant avec gra­ti­tude que ce que Dieu nous a don­né trouve sa par­faite réa­li­sa­tion dans la Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère : son Assomption au ciel, corps et âme, est pour nous signe d’es­pé­rance cer­taine, en tant qu’elle nous montre à nous, pèle­rins dans le temps, le but escha­to­lo­gique que le sacre­ment de l’Eucharistie nous fait goû­ter dès maintenant.

En Marie très sainte nous voyons aus­si par­fai­te­ment actua­li­sée la moda­li­té sacra­men­telle par laquelle Dieu rejoint et engage la créa­ture humaine dans son ini­tia­tive sal­vi­fique. De l’Annonciation à la Pentecôte, Marie de Nazareth appa­raît comme la per­sonne dont la liber­té est tota­le­ment dis­po­nible à la volon­té de Dieu. Son Immaculée Conception se révèle pré­ci­sé­ment dans sa doci­li­té incon­di­tion­nelle à la Parole divine. La foi obéis­sante est la forme que sa vie assume en chaque ins­tant devant l’ac­tion de Dieu. Vierge à l’é­coute, elle vit en pleine syn­to­nie avec la volon­té divine ; elle garde dans son cœur les paroles qui lui viennent de Dieu et, les ordon­nant comme dans une mosaïque, elle se pré­pare à les com­prendre plus pro­fon­dé­ment (cf. Lc 2, 19.51); Marie est la grande Croyante qui, pleine de confiance, se met entre les mains de Dieu, s’a­ban­don­nant à sa volon­té. [101] Ce mys­tère s’in­ten­si­fie jus­qu’à par­ve­nir à son plein achè­ve­ment dans la mis­sion rédemp­trice de Jésus. Comme l’a affir­mé le Concile Vatican II, « la bien­heu­reuse Vierge, elle aus­si, avan­ça dans son pèle­ri­nage de foi, et elle a gar­dé fidè­le­ment son union avec son Fils jus­qu’à la croix, au pied de laquelle, non sans un des­sein divin, elle se tint debout (cf. Jn 19, 25), com­pa­tis­sant vive­ment avec son Fils unique, s’as­so­ciant d’un cœur mater­nel à son sacri­fice et don­nant le consen­te­ment de son amour à l’im­mo­la­tion de la vic­time née d’elle ; et fina­le­ment, elle a été don­née par le Christ Jésus lui-​même, mou­rant sur la croix, comme mère au dis­ciple, par ces paroles : « Femme, voi­ci ton fils » ». [102] De l’Annonciation à la Croix, Marie est celle qui accueille la Parole faite chair en elle et qui va jus­qu’à se taire dans le silence de la mort. C’est elle, enfin, qui reçoit dans ses bras le corps livré, désor­mais inani­mé, de Celui qui vrai­ment a aimé les siens « jus­qu’au bout » (Jn 13, 1).

C’est pour­quoi, chaque fois que dans la litur­gie eucha­ris­tique nous nous appro­chons du Corps et du Sang du Christ, nous nous tour­nons éga­le­ment vers elle qui a accueilli pour toute l’Église le sacri­fice du Christ, en y adhé­rant plei­ne­ment. Les Pères syno­daux ont jus­te­ment affir­mé que « Marie inau­gure la par­ti­ci­pa­tion de l’Église au sacri­fice du Rédempteur ». [103] Elle est l’Immaculée qui accueille incon­di­tion­nel­le­ment le don de Dieu et, de cette façon, elle est asso­ciée à l’œuvre du salut. Marie de Nazareth, icône de l’Église nais­sante, nous montre que cha­cun de nous est appe­lé à accueillir le don que Jésus fait de lui-​même dans l’Eucharistie.

DEUXIÈME PARTIE – EUCHARISTIE, MYSTÈRE À CÉLÉBRER

« Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a don­né le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel » (Jn 6, 32)

Lex oran­di et lex credendi

34. Le Synode des Évêques a beau­coup réflé­chi sur la rela­tion intrin­sèque entre foi eucha­ris­tique et célé­bra­tion, met­tant en évi­dence le lien entre lex oran­di et lex cre­den­di, et sou­li­gnant le pri­mat de l’action litur­gique. Il est néces­saire de vivre l’Eucharistie comme mys­tère de la foi authen­ti­que­ment célé­bré, dans la conscience claire que « l’intel­lec­tus fidei est tou­jours ori­gi­nel­le­ment en rap­port avec l’ac­tion litur­gique de l’Église ». [104] Dans cette pers­pec­tive, la réflexion théo­lo­gique ne peut jamais faire abs­trac­tion de l’ordre sacra­men­tel ins­ti­tué par le Christ lui-​même. D’autre part, l’ac­tion litur­gique ne peut jamais être consi­dé­rée d’une manière géné­rique, indé­pen­dam­ment du mys­tère de la foi. En effet, la source de notre foi et de la litur­gie eucha­ris­tique est le même évé­ne­ment : le don que le Christ fait de lui-​même dans le Mystère pascal.

Beauté et liturgie

35 La rela­tion entre mys­tère auquel on croit et mys­tère que l’on célèbre se mani­feste d’une façon par­ti­cu­lière dans la valeur théo­lo­gique et litur­gique de la beau­té. En effet, la litur­gie, comme du reste la Révélation chré­tienne, a un lien intrin­sèque avec la beau­té : elle est veri­ta­tis splen­dor. Dans la litur­gie res­plen­dit le Mystère pas­cal par lequel le Christ lui-​même nous attire à lui et nous appelle à la com­mu­nion. En Jésus, comme saint Bonaventure aimait à le dire, nous contem­plons la beau­té et la splen­deur des ori­gines. [105] L’attribut auquel nous fai­sons réfé­rence n’est pas pur esthé­tisme, mais moda­li­té par laquelle la véri­té de l’a­mour de Dieu, mani­fes­té dans le Christ, nous rejoint, nous fas­cine et nous emporte, nous fai­sant sor­tir de nous-​mêmes et nous atti­rant ain­si vers notre voca­tion véri­table : l’a­mour. [106] Déjà dans la créa­tion, Dieu se laisse entre­voir dans la beau­té et dans l’har­mo­nie du cos­mos (cf. Sg 13, 5 ; Rm 1, 19–20). Dans l’Ancien Testament, nous trou­vons aus­si des signes remar­quables de la splen­deur de la puis­sance de Dieu, qui se mani­feste par sa gloire à tra­vers les pro­diges réa­li­sés au milieu du peuple élu (cf. Ex 14 ; 16, 10 ; 24, 12- 18 ; Nb 14, 20–23). Dans le Nouveau Testament, cette épi­pha­nie de beau­té s’ac­com­plit de manière défi­ni­tive dans la révé­la­tion de Dieu en Jésus Christ : [107] il est la pleine mani­fes­ta­tion de la gloire divine. Dans la glo­ri­fi­ca­tion du Fils, la gloire du Père res­plen­dit et elle se com­mu­nique (cf. Jn 1, 14 ; 8, 54 ; 12, 28 ; 17, 1). Toutefois, cette beau­té n’est pas une simple har­mo­nie de formes ; celui qui est « beau, comme aucun des enfants des hommes » (Ps 45 [108], 3) est aus­si mys­té­rieu­se­ment celui qui « n’é­tait ni beau ni brillant pour atti­rer nos regards » (Is 53, 2). Jésus Christ nous montre que la véri­té de l’a­mour sait trans­fi­gu­rer aus­si le mys­tère obs­cur de la mort dans la lumière rayon­nante de la résur­rec­tion. Ici, la splen­deur de la gloire de Dieu dépasse toute beau­té pré­sente dans le monde. La beau­té véri­table est l’a­mour de Dieu, qui s’est défi­ni­ti­ve­ment révé­lé à nous dans le mys­tère pascal.

La beau­té de la litur­gie fait par­tie de ce mys­tère ; elle est expres­sion très haute de la gloire de Dieu et elle consti­tue, en un sens, le Ciel qui vient sur la terre. Le mémo­rial du sacri­fice rédemp­teur porte en lui-​même les traits de la beau­té de Jésus dont Pierre, Jacques et Jean ont don­né témoi­gnage quand le Maître, en marche vers Jérusalem, vou­lut être trans­fi­gu­ré devant eux (cf. Mc 9, 2). Par consé­quent, la beau­té n’est pas un fac­teur déco­ra­tif de l’ac­tion litur­gique ; elle en est plu­tôt un élé­ment consti­tu­tif, en tant qu’elle est un attri­but de Dieu lui-​même et de sa révé­la­tion. Tout cela doit nous rendre conscients de l’at­ten­tion que nous devons avoir afin que l’ac­tion litur­gique res­plen­disse selon sa nature propre.

La célé­bra­tion eucha­ris­tique, œuvre du « Christus totus » 

Christus totus in capite et in corpore

36. La beau­té intrin­sèque de la litur­gie a pour sujet propre le Christ res­sus­ci­té et glo­ri­fié dans l’Esprit Saint, qui inclut l’Église dans son action. [109] Dans cette pers­pec­tive, il est très sug­ges­tif de se rap­pe­ler les paroles de saint Augustin qui décrivent de manière effi­cace la dyna­mique de foi propre à l’Eucharistie. Le grand saint d’Hippone, en fai­sant jus­te­ment réfé­rence au Mystère eucha­ris­tique, fait appa­raître que le Christ lui-​même nous assi­mile à lui : « Ce pain que vous voyez sur l’au­tel, sanc­ti­fié par la parole de Dieu, est le corps du Christ. La coupe, ou mieux encore ce que la coupe contient, sanc­ti­fié par les paroles de Dieu, est le sang du Christ. Par ces signes, le Christ Seigneur a vou­lu nous confier son corps et son sang, qu’il a répan­du pour nous, pour la rémis­sion des péchés. Si vous les avez bien reçus, vous êtes vous-​mêmes celui que vous avez reçu ». [110] Par consé­quent, « nous sommes deve­nus, non seule­ment des chré­tiens, mais le Christ lui-​même ». [111] Par là, nous pou­vons contem­pler la mys­té­rieuse action de Dieu qui com­porte l’u­ni­té pro­fonde entre nous et le Seigneur Jésus : « Le Christ n’est pas dans la tête sans être dans le corps, le Christ est tout entier dans la tête et dans le corps ». [112]

L’Eucharistie et le Christ ressuscité

37. Puisque la litur­gie eucha­ris­tique est essen­tiel­le­ment actio Dei dont nous sommes par­ti­ci­pants en Jésus par l’Esprit, son fon­de­ment n’est pas à la dis­po­si­tion de notre arbi­traire et il ne peut subir la pres­sion des modes du moment. L’irréfutable affir­ma­tion de saint Paul vaut aus­si dans ce cas : « Les fon­da­tions, per­sonne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà : ces fon­da­tions, c’est Jésus Christ » (1 Co 3, 11). L’Apôtre des Nations nous assure encore, pour ce qui est de l’Eucharistie, qu’il ne nous com­mu­nique pas une doc­trine per­son­nelle, mais ce que lui-​même a reçu (cf. 1 Co 11, 23). La célé­bra­tion de l’Eucharistie implique, en effet, la Tradition vivante. L’Église célèbre le Sacrifice eucha­ris­tique en obéis­sance au com­man­de­ment du Christ, à par­tir de l’ex­pé­rience du Ressuscité et de l’ef­fu­sion de l’Esprit Saint. Pour cette rai­son, la com­mu­nau­té chré­tienne se réunit depuis les ori­gines pour la frac­tio pan­is, le Jour du Seigneur. Le dimanche, jour où le Christ est res­sus­ci­té d’entre les morts, est aus­si le pre­mier jour de la semaine, celui en qui la tra­di­tion vétéro-​testamentaire voyait le com­men­ce­ment de la créa­tion. Le jour de la créa­tion est désor­mais deve­nu le jour de la « créa­tion nou­velle », le jour de notre libé­ra­tion où nous fai­sons mémoire du Christ mort et res­sus­ci­té. [113]

Ars cele­bran­di

38. Au cours des tra­vaux du Synode, on a recom­man­dé à de nom­breuses reprises la néces­si­té de dépas­ser toute sépa­ra­tion pos­sible entre l’ars cele­bran­di, à savoir l’art de bien célé­brer, et la par­ti­ci­pa­tion pleine, active et fruc­tueuse de tous les fidèles. En effet, le pre­mier moyen de favo­ri­ser la par­ti­ci­pa­tion du peuple de Dieu au Rite sacré est la célé­bra­tion appro­priée du Rite lui-​même. L’ars cele­bran­di est la meilleure condi­tion pour une actuo­sa par­ti­ci­pa­tio. [114] L’ars cele­bran­di découle de l’o­béis­sance fidèle aux normes litur­giques dans leur tota­li­té, puisque c’est jus­te­ment cette façon de célé­brer qui a assu­ré, depuis 2000 ans, la vie de foi de tous les croyants, qui sont appe­lés à vivre la célé­bra­tion en tant que peuple de Dieu, sacer­doce royal, nation sainte (cf. 1 P 2, 4–5.9). [115]

L’Évêque, liturge par excellence

39. S’il est vrai que le peuple de Dieu tout entier par­ti­cipe à la Liturgie eucha­ris­tique, cepen­dant, en rela­tion avec un ars cele­bran­di cor­rect, une tâche indé­niable revient à ceux qui ont reçu le sacre­ment de l’Ordre. Évêques, prêtres et diacres, cha­cun selon son degré, doivent consi­dé­rer la célé­bra­tion comme leur prin­ci­pal devoir. [116] Cela concerne avant tout l’Évêque dio­cé­sain : en effet, en tant que « pre­mier dis­pen­sa­teur des mys­tères de Dieu dans l’Église par­ti­cu­lière qui lui est confiée, il est le guide, le pro­mo­teur et le gar­dien de toute la vie litur­gique ». [117] Tout cela est déci­sif pour la vie de l’Église par­ti­cu­lière non seule­ment du fait que la com­mu­nion avec l’Évêque est la condi­tion pour que toute célé­bra­tion sur son ter­ri­toire soit légi­time, mais aus­si parce qu’il est lui-​même le liturge par excel­lence de son Église. [118] Il lui revient de sau­ve­gar­der l’u­ni­té una­nime des célé­bra­tions dans son dio­cèse. L’Évêque doit donc faire en sorte « que les prêtres, les diacres et les fidèles com­prennent tou­jours plus le sens authen­tique des rites et des textes litur­giques et qu’ils soient ain­si conduits à une célé­bra­tion de l’Eucharistie active et fruc­tueuse ». [119] J’exhorte en par­ti­cu­lier à faire tout ce qui est néces­saire pour que les célé­bra­tions litur­giques pré­si­dées par l’Évêque dans l’Église cathé­drale se déroulent dans le plein res­pect de l’ars cele­bran­di, afin qu’elles puissent être consi­dé­rées comme le modèle pour toutes les églises pré­sentes sur le ter­ri­toire. [120]

Le res­pect des livres litur­giques et de la richesse des signes

40. En sou­li­gnant l’im­por­tance de l’ars cele­bran­di, on met par consé­quent en lumière la valeur des normes litur­giques. [121] L’ars cele­bran­di doit favo­ri­ser le sens du sacré et l’u­ti­li­sa­tion des formes exté­rieures qui éduquent à un tel sens, comme par exemple l’har­mo­nie du rite, des vête­ments litur­giques, de l’a­meu­ble­ment et du lieu sacré. Là où les prêtres et les res­pon­sables de la pas­to­rale litur­gique s’emploient à faire connaître les livres litur­giques et les normes litur­giques en vigueur, met­tant en évi­dence les grandes richesses de la Présentation géné­rale du Missel romain et de la Présentation des Lectures de la Messe, la célé­bra­tion eucha­ris­tique en tire pro­fit. Dans les com­mu­nau­tés ecclé­siales, on croit peut-​être déjà les connaître et pou­voir por­ter un juge­ment éclai­ré sur elles, mais, sou­vent, il n’en est pas ain­si. En réa­li­té, ces textes contiennent des richesses qui conservent et qui expriment la foi et le che­min du peuple de Dieu au long des deux mil­lé­naires de son his­toire. Pour un ars cele­bran­di cor­rect, il est tout aus­si impor­tant d’être atten­tif à toutes les formes de lan­gage pré­vues par la litur­gie : parole et chant, gestes et silences, mou­ve­ments du corps, cou­leurs litur­giques des vête­ments. En effet, la litur­gie pos­sède de par sa nature une varié­té de registres de com­mu­ni­ca­tion qui lui per­mettent de par­ve­nir à inté­grer tout l’être humain. La sim­pli­ci­té des gestes et la sobrié­té des signes, effec­tués dans l’ordre et dans les moments pré­vus, com­mu­niquent et impliquent plus que le carac­tère arti­fi­ciel d’a­jouts inop­por­tuns. L’attention et l’o­béis­sance à la struc­ture propre du rite, tout en expri­mant la recon­nais­sance du carac­tère de don de l’Eucharistie, mani­festent la volon­té du ministre d’ac­cueillir, avec une docile gra­ti­tude, ce don ineffable.

L’art au ser­vice de la célébration

41. Le lien pro­fond entre la beau­té et la litur­gie doit nous rendre atten­tifs à toutes les expres­sions artis­tiques mises au ser­vice de la célé­bra­tion. [122] Un aspect impor­tant de l’art sacré est cer­tai­ne­ment l’ar­chi­tec­ture des églises, [123] dans les­quelles doit res­sor­tir l’u­ni­té entre les élé­ments consti­tu­tifs du chœur : autel, cru­ci­fix, taber­nacle, ambon, siège. À ce pro­pos, on doit gar­der pré­sent à l’es­prit que l’ar­chi­tec­ture sacrée a pour but d’of­frir à l’Église qui célèbre les mys­tères de la foi, en par­ti­cu­lier l’Eucharistie, l’es­pace le plus adap­té au dérou­le­ment appro­prié de son action litur­gique. [124] En effet, la nature du temple chré­tien est défi­nie par l’ac­tion litur­gique elle-​même, qui implique le ras­sem­ble­ment des fidèles (eccle­sia), qui sont les pierres vivantes du temple (cf. 1 P 2, 5).

Ce même prin­cipe vaut pour tout l’art sacré en géné­ral, spé­cia­le­ment la pein­ture et la sculp­ture, dans lequel l’i­co­no­gra­phie reli­gieuse doit être orien­tée vers la mys­ta­go­gie sacra­men­telle. Une connais­sance appro­fon­die des formes que l’art sacré a su pro­duire tout au long des siècles peut être d’une grande aide pour les per­sonnes qui, face aux archi­tectes et aux artistes, ont la res­pon­sa­bi­li­té de la com­mande d’œuvres artis­tiques liées à l’ac­tion litur­gique. Il est donc indis­pen­sable que dans la for­ma­tion des sémi­na­ristes et des prêtres soit incluse, comme dis­ci­pline impor­tante, l’his­toire de l’art, avec une réfé­rence spé­ciale aux édi­fices du culte à la lumière des normes litur­giques. En défi­ni­tive, il est néces­saire qu’en tout ce qui concerne l’Eucharistie, on ait le goût de la beau­té. On devra donc res­pec­ter et soi­gner aus­si les vête­ments litur­giques, le mobi­lier, les vases sacrés, afin que, reliés entre eux de façon orga­nique et ordon­née, ils entre­tiennent la véné­ra­tion pour le mys­tère de Dieu, qu’ils mani­festent l’u­ni­té de la foi et qu’ils ren­forcent la dévo­tion. [125]

Le chant liturgique

42. Dans l’ars cele­bran­di, le chant litur­gique occupe une place impor­tante. [126] Saint Augustin a rai­son, lors­qu’il affirme dans un ser­mon célèbre : « L’homme nou­veau sait quel est le can­tique nou­veau. Chanter, c’est expri­mer sa joie et, si nous y pen­sons avec un peu plus d’at­ten­tion, c’est expri­mer son amour ». [127] Le peuple de Dieu ras­sem­blé pour la célé­bra­tion chante les louanges de Dieu. L’Église, dans son his­toire bimil­lé­naire, a créé et conti­nue de créer des musiques et des chants qui consti­tuent un patri­moine de foi et d’a­mour qui ne doit pas être per­du. En réa­li­té, dans la litur­gie nous ne pou­vons pas dire qu’un can­tique équi­vaut à un autre. À ce sujet, il convient d’é­vi­ter l’im­pro­vi­sa­tion géné­rale ou l’in­tro­duc­tion de genres musi­caux qui ne sont pas res­pec­tueux du sens de la litur­gie. En tant qu’­élé­ment litur­gique, le chant doit s’in­té­grer dans la forme propre de la célé­bra­tion. [128] Par consé­quent, tout – dans le texte, dans la mélo­die, dans l’exé­cu­tion – doit cor­res­pondre au sens du mys­tère célé­bré, aux dif­fé­rents moments du rite et aux temps litur­giques. [129] Enfin, tout en tenant compte des diverses orien­ta­tions et des diverses tra­di­tions très louables, je désire que, comme les Pères syno­daux l’ont deman­dé, le chant gré­go­rien, [130] en tant que chant propre de la litur­gie romaine, [131] soit valo­ri­sé de manière appropriée.

La struc­ture de la célé­bra­tion eucharistique

43. Après avoir rap­pe­lé les élé­ments essen­tiels de l’ars cele­bran­di qui sont appa­rus dans les tra­vaux syno­daux, je vou­drais atti­rer l’at­ten­tion de manière plus spé­ci­fique sur quelques par­ties de la struc­ture de la célé­bra­tion eucha­ris­tique, qui néces­sitent, en notre temps, un soin par­ti­cu­lier, afin de demeu­rer fidèles à l’in­ten­tion pro­fonde du renou­veau litur­gique vou­lu par le Concile Vatican II, en conti­nui­té avec toute la grande tra­di­tion ecclésiale.

Unité intrin­sèque de l’ac­tion liturgique

44. Avant tout, il est néces­saire de réflé­chir à l’u­ni­té intrin­sèque du rite de la Messe. Il convient d’é­vi­ter que, dans les caté­chèses ou dans les moda­li­tés de la célé­bra­tion, on laisse paraître une vision jux­ta­po­sée des deux par­ties du rite. Liturgie de la Parole et litur­gie eucha­ris­tique – mis à part les rites d’in­tro­duc­tion et de conclu­sion – « sont si étroi­te­ment liées entre elles qu’elles forment un acte unique du culte ». [132] En effet, il existe un lien intrin­sèque entre la Parole de Dieu et l’Eucharistie. En écou­tant la Parole de Dieu, la foi naît ou se ren­force (cf. Rm 10, 17); dans l’Eucharistie, le Verbe fait chair se donne à nous comme nour­ri­ture spi­ri­tuelle. [133] Ainsi, « des deux tables de la Parole de Dieu et du Corps du Christ, l’Église reçoit et offre aux fidèles le Pain de vie ». [134] Par consé­quent, on doit constam­ment gar­der à l’es­prit que la Parole de Dieu, lue par l’Église et annon­cée dans la litur­gie, conduit à l’Eucharistie comme à sa fin naturelle.

La litur­gie de la Parole

45. Avec le Synode, je sou­haite que la litur­gie de la Parole soit tou­jours dûment pré­pa­rée et vécue. Je recom­mande donc vive­ment que, dans les litur­gies, on porte une grande atten­tion à la pro­cla­ma­tion de la Parole de Dieu par des lec­teurs bien pré­pa­rés. Nous ne devons jamais oublier que « lors­qu’on lit dans l’Église la sainte Écriture, c’est Dieu lui-​même qui parle à son peuple, et c’est le Christ, pré­sent dans sa parole, qui annonce son Évangile ». [135] Si les cir­cons­tances le requièrent, on peut pen­ser à quelques mots d’in­tro­duc­tion qui aident les fidèles à en avoir une conscience renou­ve­lée. La Parole de Dieu, pour être bien com­prise, doit être écou­tée et accueillie dans un esprit ecclé­sial et dans la conscience de son uni­té avec le Sacrement de l’Eucharistie. En effet, la Parole que nous annon­çons et que nous écou­tons est le Verbe fait chair (cf. Jn 1, 14) et elle fait intrin­sè­que­ment réfé­rence à la per­sonne du Christ et à la moda­li­té sacra­men­telle de sa per­ma­nence. Le Christ ne parle pas dans le pas­sé mais dans notre pré­sent, comme il est lui-​même pré­sent dans l’ac­tion litur­gique. Sur cet arrière-​fond sacra­men­tel de la révé­la­tion chré­tienne, [136] la connais­sance et l’é­tude de la Parole de Dieu nous per­mettent d’ap­pré­cier, de célé­brer et de mieux vivre l’Eucharistie. Là aus­si se révèle dans toute sa véri­té l’af­fir­ma­tion selon laquelle « l’i­gno­rance des Écritures est l’i­gno­rance du Christ ». [137]

Dans ce but, il est néces­saire qu’on aide les fidèles à appré­cier les tré­sors de la Sainte Écriture pré­sents dans le lec­tion­naire au moyen d’i­ni­tia­tives pas­to­rales, de célé­bra­tions de la Parole et de la lec­ture priante (lec­tio divi­na). En outre, qu’on n’ou­blie pas de pro­mou­voir les formes de prière confir­mées par la tra­di­tion : la Liturgie des Heures, sur­tout les Laudes, les Vêpres, les Complies, de même que les Vigiles. La prière des Psaumes, les lec­tures bibliques et celles de la grande tra­di­tion pré­sen­tées dans l’Office divin peuvent conduire à une expé­rience appro­fon­die de l’é­vé­ne­ment du Christ et de l’é­co­no­mie du salut, qui peut à son tour enri­chir la com­pré­hen­sion et la par­ti­ci­pa­tion à la célé­bra­tion eucha­ris­tique. [138]

L’homélie

46. En rela­tion avec l’im­por­tance de la Parole de Dieu, il est néces­saire d’a­mé­lio­rer la qua­li­té de l’ho­mé­lie. En effet, elle « fait par­tie de l’ac­tion litur­gique » ; [139] elle a pour fonc­tion de favo­ri­ser une com­pré­hen­sion plus large et plus effi­cace de la Parole de Dieu dans la vie des fidèles. C’est pour­quoi les ministres ordon­nés doivent « pré­pa­rer l’ho­mé­lie avec soin, en se basant sur une connais­sance appro­priée de la Sainte Écriture ». [140] On évi­te­ra les homé­lies géné­rales et abs­traites. Je demande en par­ti­cu­lier aux ministres de faire en sorte que l’ho­mé­lie mette la Parole de Dieu pro­cla­mée en étroite rela­tion avec la célé­bra­tion sacra­men­telle [141] et avec la vie de la com­mu­nau­té, en sorte que la Parole de Dieu soit réel­le­ment sou­tien et vie de l’Église. [142] Que l’on garde donc pré­sent à l’es­prit le but caté­ché­tique et exhor­ta­tif de l’ho­mé­lie. Il paraît oppor­tun, à par­tir du lec­tion­naire trien­nal, de pro­po­ser aux fidèles, avec dis­cer­ne­ment, des homé­lies thé­ma­tiques qui, tout au long de l’an­née litur­gique, trai­te­ront les grands thèmes de la foi chré­tienne, pui­sant à ce qui est pro­po­sé avec auto­ri­té par le Magistère dans les quatre « piliers » du Catéchisme de l’Église catho­lique et dans le récent Abrégé : la pro­fes­sion de foi, la célé­bra­tion du mys­tère chré­tien, la vie dans le Christ, la prière chré­tienne. [143]

La pré­sen­ta­tion des dons

47. Les Pères syno­daux ont aus­si atti­ré l’at­ten­tion sur la pré­sen­ta­tion des dons. Il ne s’a­git pas sim­ple­ment d’une sorte de « pause » entre la litur­gie de la Parole et la litur­gie eucha­ris­tique. Cela sup­pri­me­rait, entre autres, le sens de l’u­nique rite com­po­sé de deux par­ties liées entre elles. Dans ce geste humble et simple, se mani­feste, en réa­li­té, une signi­fi­ca­tion très grande : dans le pain et dans le vin que nous appor­tons à l’au­tel, toute la créa­tion est assu­mée par le Christ Rédempteur pour être trans­for­mée et pré­sen­tée au Père. [144] Dans cette pers­pec­tive, nous por­tons aus­si à l’au­tel toute la souf­france et toute la dou­leur du monde, dans la cer­ti­tude que tout est pré­cieux aux yeux de Dieu. Ce geste, pour être vécu dans sa signi­fi­ca­tion authen­tique, n’a pas besoin d’être ampli­fié par des com­pli­ca­tions inop­por­tunes. Il per­met de mettre en valeur la par­ti­ci­pa­tion que Dieu demande à l’homme, dès les ori­gines, pour por­ter à son accom­plis­se­ment l’œuvre divine en lui et pour don­ner ain­si un sens plé­nier au tra­vail humain, qui, par la célé­bra­tion eucha­ris­tique, est uni au sacri­fice rédemp­teur du Christ.

La prière eucharistique

48. La prière eucha­ris­tique est « le centre et le som­met de toute la célé­bra­tion ». [145] Son impor­tance mérite d’être sou­li­gnée de manière appro­priée. Les dif­fé­rentes prières eucha­ris­tiques conte­nues dans le Missel nous sont par­ve­nues par la Tradition vivante de l’Église et elles se carac­té­risent par une richesse théo­lo­gique et spi­ri­tuelle inépui­sable. Les fidèles doivent être en mesure de l’ap­pré­cier. La Présentation géné­rale du Missel romain nous aide à le faire, nous rap­pe­lant les élé­ments fon­da­men­taux de chaque prière eucha­ris­tique : action de grâce, accla­ma­tion, épi­clèse, récit de l’ins­ti­tu­tion, consé­cra­tion, ana­mnèse, offrande, inter­ces­sion et doxo­lo­gie finale. [146] En par­ti­cu­lier, la spi­ri­tua­li­té eucha­ris­tique et la réflexion théo­lo­gique sont mises en lumière si l’on contemple la pro­fonde uni­té dans l’a­na­phore entre l’in­vo­ca­tion de l’Esprit Saint et le récit de l’ins­ti­tu­tion, [147] où « s’ac­com­plit le sacri­fice que le Christ lui-​même ins­ti­tua à la der­nière Cène ». [148] En effet, « par des invo­ca­tions par­ti­cu­lières, l’Église invoque la puis­sance de l’Esprit Saint, pour que les dons offerts par les hommes soient consa­crés, c’est-​à-​dire deviennent le Corps et le Sang du Christ, et pour que la vic­time sans tache, que l’on reçoit dans la com­mu­nion, contri­bue au salut de ceux qui vont y par­ti­ci­per ». [149]

Le geste de paix

49. L’Eucharistie est par nature Sacrement de la paix. Cette dimen­sion du Mystère eucha­ris­tique trouve dans la célé­bra­tion litur­gique une expres­sion spé­ci­fique par le rite de l’é­change de la paix. C’est sans aucun doute un signe de grande valeur (cf. Jn 14, 27). À notre époque, si ter­ri­ble­ment éprou­vée par le poids des conflits, ce geste prend, même du point de vue de la sen­si­bi­li­té com­mune, un relief par­ti­cu­lier en ce que l’Église consi­dère tou­jours plus comme sa tâche propre, à savoir d’im­plo­rer du Seigneur le don de la paix et de l’u­ni­té pour elle-​même et pour la famille humaine tout entière. La paix est cer­tai­ne­ment une aspi­ra­tion irré­pres­sible, pré­sente dans le cœur de cha­cun. L’Église se fait la voix de la demande de paix et de récon­ci­lia­tion qui monte de l’es­prit de toute per­sonne de bonne volon­té, en la fai­sant se tour­ner vers Celui qui « est notre paix » (Ep 2, 14) et qui peut récon­ci­lier peuples et per­sonnes, même là où les ten­ta­tives humaines échouent. À par­tir de tout cela, on com­prend l’in­ten­si­té avec laquelle le rite de la paix est res­sen­ti dans la Célébration litur­gique. À ce pro­pos, durant le Synode des Évêques, il a paru tou­te­fois oppor­tun de modé­rer ce geste, qui peut prendre des expres­sions exces­sives, sus­ci­tant un peu de confu­sion dans l’as­sem­blée juste avant la Communion. Il est bon de rap­pe­ler que la sobrié­té néces­saire pour main­te­nir un cli­mat adap­té à la célé­bra­tion, par exemple en limi­tant l’é­change de la paix avec la per­sonne la plus proche, n’en­lève rien à la haute valeur du geste. [150]

Distribution et récep­tion de l’Eucharistie

50. Un autre moment de la célé­bra­tion auquel il est néces­saire de faire réfé­rence concerne la dis­tri­bu­tion et la récep­tion de la sainte Communion. Je demande à tous, en par­ti­cu­lier aux ministres ordon­nés et aux per­sonnes qui, pré­pa­rées de manière appro­priée et en cas de réelle néces­si­té, sont auto­ri­sées à exer­cer le minis­tère de la dis­tri­bu­tion de l’Eucharistie, de faire leur pos­sible pour que le geste, dans sa sim­pli­ci­té, cor­res­ponde à sa valeur de ren­contre per­son­nelle avec le Seigneur Jésus dans le Sacrement. Pour ce qui est des pres­crip­tions pour la pra­tique cor­recte, je ren­voie aux docu­ments récem­ment publiés. [151] Que toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes s’en tiennent fidè­le­ment aux normes en vigueur, voyant en elles l’ex­pres­sion de la foi et de l’a­mour que tous doivent avoir pour ce sublime Sacrement. De plus, que l’on n’o­mette pas le temps pré­cieux d’ac­tion de grâce après la Communion : outre l’exé­cu­tion d’un chant oppor­tun, il peut aus­si être très utile de se recueillir en silence. [152]

À ce pro­pos, je vou­drais atti­rer l’at­ten­tion sur un pro­blème pas­to­ral qu’il est fré­quent de ren­con­trer de nos jours. Je fais réfé­rence au fait que, en cer­taines cir­cons­tances, comme par exemple lors de Messes célé­brées à l’oc­ca­sion de mariages, de funé­railles ou d’é­vé­ne­ments ana­logues, par­ti­cipent à la célé­bra­tion non seule­ment des fidèles pra­ti­quants, mais aus­si d’autres qui, mal­heu­reu­se­ment, ne s’ap­prochent plus de l’au­tel depuis des années, ou qui peut-​être se trouvent dans une situa­tion de vie qui ne per­met pas l’ac­cès aux sacre­ments. Il arrive aus­si que des per­sonnes d’autres confes­sions chré­tiennes ou même d’autres reli­gions soient pré­sentes. Des situa­tions simi­laires se ren­contrent dans des églises qui sont des buts de visite, sur­tout dans les grandes villes d’art. On com­prend la néces­si­té de trou­ver alors des moyens brefs et inci­sifs pour rap­pe­ler à tous le sens de la com­mu­nion sacra­men­telle et les condi­tions de sa récep­tion. Là où se ren­contrent des situa­tions dans les­quelles il n’est pas pos­sible de garan­tir la clar­té qui s’im­pose sur le sens de l’Eucharistie, on doit éva­luer l’op­por­tu­ni­té de rem­pla­cer la célé­bra­tion eucha­ris­tique par une célé­bra­tion de la Parole de Dieu. [153]

L’envoi : « Ite, mis­sa est »

51. Je vou­drais sou­li­gner pour ter­mi­ner ce que les Pères syno­daux ont dit sur la salu­ta­tion du ren­voi à la fin de la célé­bra­tion eucha­ris­tique. Après la béné­dic­tion, le diacre ou le prêtre ren­voie le peuple avec les paroles : Ite, mis­sa est. Dans ce salut, il nous est don­né de com­prendre le rap­port entre la Messe célé­brée et la mis­sion chré­tienne dans le monde. Dans l’Antiquité, « mis­sa » signi­fiait tout sim­ple­ment « envoi » (dimis­sio). Dans l’u­sage chré­tien, ce mot a trou­vé une signi­fi­ca­tion bien plus pro­fonde. En réa­li­té, l’ex­pres­sion « envoi » se trans­forme en « mis­sion ». Ce salut exprime de manière syn­thé­tique la nature mis­sion­naire de l’Église. Par consé­quent, il est bon d’ai­der le peuple de Dieu à appro­fon­dir cette dimen­sion consti­tu­tive de la vie ecclé­siale, en s’ins­pi­rant de la litur­gie. Dans cette pers­pec­tive, pour la prière sur le peuple et pour la béné­dic­tion finale, il peut être utile de dis­po­ser de textes dûment approu­vés, qui expliquent ce lien. [154]

ctuo­sa participatio

Participation authen­tique

52. Le Concile Vatican II avait oppor­tu­né­ment vou­lu un déve­lop­pe­ment par­ti­cu­lier de la par­ti­ci­pa­tion active, pleine et fruc­tueuse du peuple de Dieu tout entier à la célé­bra­tion eucha­ris­tique. [155] Le renou­veau mis en œuvre au cours de ces années a bien cer­tai­ne­ment favo­ri­sé des pro­grès notables dans la direc­tion sou­hai­tée par les Pères conci­liaires. Nous ne devons pas cepen­dant nous cacher qu’une cer­taine incom­pré­hen­sion, pré­ci­sé­ment sur le sens de cette par­ti­ci­pa­tion, s’est par­fois mani­fes­tée. Il convient par consé­quent de dire clai­re­ment que, par ce mot, on n’en­tend pas faire réfé­rence à une simple atti­tude exté­rieure durant la célé­bra­tion. En réa­li­té, la par­ti­ci­pa­tion active sou­hai­tée par le Concile doit être com­prise en termes plus sub­stan­tiels, à par­tir d’une plus grande conscience du mys­tère qui est célé­bré et de sa rela­tion avec l’exis­tence quo­ti­dienne. Demeure encore tota­le­ment valable la recom­man­da­tion de la Constitution conci­liaire Sacrosanctum Conciliumqui exhor­tait les fidèles à ne pas assis­ter à la litur­gie eucha­ris­tique « comme des spec­ta­teurs étran­gers et muets », mais à par­ti­ci­per « de façon consciente, pieuse et active à l’ac­tion sacrée ». [156] Développant la réflexion, le Concile pour­sui­vait : que les fidèles « se laissent ins­truire par la Parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâces à Dieu, et qu’of­frant la vic­time sans tache non seule­ment par les mains du prêtre, mais aus­si en union avec lui, ils apprennent ain­si à s’of­frir eux-​mêmes et soient conduits de jour en jour, par le Christ Médiateur, à la per­fec­tion de l’u­ni­té avec Dieu et de l’u­ni­té entre eux ». [157]

Participation et minis­tère sacerdotal

53. La beau­té et l’har­mo­nie de l’ac­tion litur­gique trouvent une expres­sion signi­fi­ca­tive dans l’ordre par lequel cha­cun est appe­lé à par­ti­ci­per de manière active. Cela com­porte la recon­nais­sance des dif­fé­rents rôles hié­rar­chiques pré­sents dans la célé­bra­tion elle-​même. Il est utile de rap­pe­ler que la par­ti­ci­pa­tion active à la célé­bra­tion ne coïn­cide pas en soi avec l’ac­com­plis­se­ment d’un minis­tère par­ti­cu­lier. Surtout, une confu­sion qui serait engen­drée par l’in­ca­pa­ci­té de dis­tin­guer, dans la com­mu­nion ecclé­siale, les diverses tâches qui reviennent à cha­cun, ne sert pas la cause de la par­ti­ci­pa­tion active des fidèles. [158] Il est en par­ti­cu­lier néces­saire que soient cla­ri­fiées les tâches spé­ci­fiques du prêtre. Ce der­nier est de manière irrem­pla­çable, comme l’at­teste la Tradition de l’Église, celui qui pré­side la célé­bra­tion eucha­ris­tique tout entière, depuis le salut ini­tial jus­qu’à la béné­dic­tion finale. En ver­tu de l’Ordre sacré qu’il a reçu, il repré­sente Jésus Christ, chef de l’Église et, selon son mode propre, il repré­sente aus­si l’Église elle-​même. [159] Toute célé­bra­tion de l’Eucharistie est en effet diri­gée par l’Évêque, « soit par lui-​même, soit par les prêtres qui le secondent ». [160] Il est aidé par le diacre, qui accom­plit dans la célé­bra­tion cer­tains rôles spé­ci­fiques : pré­pa­rer l’au­tel et assis­ter le prêtre, annon­cer l’Évangile, éven­tuel­le­ment faire l’ho­mé­lie, pro­po­ser aux fidèles les inten­tions de la prière uni­ver­selle, dis­tri­buer l’Eucharistie aux fidèles. [161] En rela­tion avec ces minis­tères, liés au sacre­ment de l’Ordre, on trouve aus­si d’autres minis­tères liés au ser­vice litur­gique, accom­plis de manière appré­ciable par des reli­gieux et par des laïcs for­més. [162]

Célébration eucha­ris­tique et inculturation

54. À par­tir des affir­ma­tions fon­da­men­tales du Concile Vatican II, l’im­por­tance de la par­ti­ci­pa­tion active des fidèles au Sacrifice eucha­ris­tique a été plus d’une fois sou­li­gnée. Pour favo­ri­ser cette impli­ca­tion, on peut faire droit à cer­tains amé­na­ge­ments appro­priés aux divers contextes et aux dif­fé­rentes cultures. [163] Le fait qu’il y ait eu cer­tains abus n’en­tache pas la clar­té de ce prin­cipe, qui doit être main­te­nu selon les néces­si­tés réelles de l’Église, qui vit et qui célèbre le même mys­tère du Christ dans des situa­tions cultu­relles dif­fé­rentes. En effet, le Seigneur Jésus, pré­ci­sé­ment dans le mys­tère de l’Incarnation, nais­sant d’une femme comme homme par­fait (cf. Ga 4, 4), s’est mis en rela­tion directe non seule­ment avec les attentes pré­sentes dans l’Ancien Testament, mais aus­si avec celles que nour­rissent tous les peuples. De cette façon, il a mon­tré que Dieu entend nous rejoindre dans notre contexte de vie. Par consé­quent, pour une par­ti­ci­pa­tion plus effi­cace des fidèles aux saints Mystères, la pour­suite du pro­ces­sus d’in­cul­tu­ra­tion dans le cadre de la célé­bra­tion eucha­ris­tique est utile, compte tenu des pos­si­bi­li­tés d’a­dap­ta­tion offertes par la Présentation géné­rale du Missel romain, [164] inter­pré­tées à la lumière des cri­tères fixés par la IVe Instruction de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements Varietates legi­ti­mae du 25 jan­vier 1994, [165] et par les direc­tives expri­mées par le Pape Jean-​Paul II dans les exhor­ta­tions post-​synodales Ecclesia in Africa, Ecclesia in America, Ecclesia in Asia, Ecclesia in Oceania, Ecclesia in Europa. [166] Dans ce but, je recom­mande aux Conférences épis­co­pales d’a­gir en favo­ri­sant le juste équi­libre entre les cri­tères et les direc­tives qui existent déjà et les nou­veaux amé­na­ge­ments, [167] tou­jours en accord avec le Siège apostolique.

Conditions per­son­nelles pour une « actuo­sa participatio »

55. Considérant le thème de l’actuo­sa par­ti­ci­pa­tio des fidèles au rite sacré, les Pères syno­daux ont mis aus­si en relief les condi­tions per­son­nelles dans les­quelles doit se trou­ver tout fidèle pour une par­ti­ci­pa­tion fruc­tueuse. [168] L’une d’elles est assu­ré­ment l’es­prit de constante conver­sion qui doit carac­té­ri­ser la vie de tous les fidèles. On ne peut attendre une par­ti­ci­pa­tion active à la litur­gie eucha­ris­tique si l’on s’en approche de manière super­fi­cielle, sans s’in­ter­ro­ger aupa­ra­vant sur sa propre vie. Le recueille­ment et le silence, au moins quelques minutes avant le début de la litur­gie, le jeûne et, lorsque cela est néces­saire, la Confession sacra­men­telle, favo­risent, par exemple, cette dis­po­si­tion inté­rieure. Un cœur récon­ci­lié avec Dieu per­met la vraie par­ti­ci­pa­tion. Il convient en par­ti­cu­lier de rap­pe­ler aux fidèles le fait qu’une actuo­sa par­ti­ci­pa­tio aux saints Mystères ne peut pas se réa­li­ser si l’on ne cherche pas en même temps à prendre une part active à la vie ecclé­siale dans son inté­gra­li­té, qui com­prend aus­si l’en­ga­ge­ment mis­sion­naire de por­ter l’a­mour du Christ dans la société.

Sans aucun doute, la pleine par­ti­ci­pa­tion à l’Eucharistie se réa­lise quand on s’ap­proche aus­si per­son­nel­le­ment de l’au­tel pour rece­voir la Communion. [169] Toutefois, on doit veiller à ce que cette juste affir­ma­tion n’in­tro­duise pas par­mi les fidèles un cer­tain auto­ma­tisme, comme si par le seul fait de se trou­ver dans une église durant la litur­gie on avait le droit ou peut-​être même le devoir de s’ap­pro­cher de la Table eucha­ris­tique. Quand il n’est pas pos­sible de s’ap­pro­cher de la com­mu­nion sacra­men­telle, la par­ti­ci­pa­tion à la Messe demeure cepen­dant néces­saire, valable, signi­fi­ca­tive et fruc­tueuse. Dans ces cir­cons­tances, il est bon de culti­ver le désir de la pleine union avec le Christ, par exemple par la pra­tique de la com­mu­nion spi­ri­tuelle, rap­pe­lée par Jean-​Paul II [170] et recom­man­dée par de Saints maîtres de vie spi­ri­tuelle. [171]

Participation des chré­tiens non catholiques

56. Avec le thème de la par­ti­ci­pa­tion, nous avons inévi­ta­ble­ment à trai­ter la ques­tion des chré­tiens appar­te­nant à des Églises ou à des Communautés ecclé­siales qui ne sont pas en pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique. À ce sujet, on doit dire que, d’une part, le lien intrin­sèque exis­tant entre l’Eucharistie et l’u­ni­té de l’Église nous fait dési­rer ardem­ment le jour où nous pour­rons célé­brer la divine Eucharistie avec tous ceux qui croient au Christ et expri­mer ain­si visi­ble­ment la plé­ni­tude de l’u­ni­té que le Christ a vou­lue pour ses dis­ciples (cf. Jn 17, 21). D’autre part, le res­pect que nous devons au sacre­ment du Corps et du Sang du Christ nous empêche d’en faire un simple « moyen » à uti­li­ser sans dis­cri­mi­na­tion pour atteindre cette uni­té elle-​même. [172] L’Eucharistie, en effet, ne mani­feste pas seule­ment notre com­mu­nion per­son­nelle avec Jésus Christ, mais elle implique aus­si la pleine com­mu­nio avec l’Église. C’est donc là le motif pour lequel nous deman­dons, avec souf­france, mais non sans espé­rance, aux chré­tiens non catho­liques de com­prendre et de res­pec­ter notre convic­tion qui se réfère à la Bible et à la Tradition. Nous consi­dé­rons que la Communion eucha­ris­tique et la com­mu­nion ecclé­siale sont si inti­me­ment liées que cela rend géné­ra­le­ment impos­sible, pour les chré­tiens non catho­liques, d’ac­cé­der à l’une sans jouir de l’autre. Une concé­lé­bra­tion véri­table avec les ministres d’Églises ou de Communautés ecclé­siales qui ne sont pas en pleine com­mu­nion avec l’Église catho­lique serait plus encore pri­vée de sens. Il reste vrai tou­te­fois qu’en vue du salut éter­nel, il est pos­sible d’ad­mettre des chré­tiens non catho­liques indi­vi­duel­le­ment à l’Eucharistie, au sacre­ment de la Pénitence et à l’Onction des malades. Cela sup­pose cepen­dant de véri­fier qu’il s’a­git de situa­tions déter­mi­nées et excep­tion­nelles selon des condi­tions pré­cises. [173] Elles sont clai­re­ment indi­quées dans le Catéchisme de l’Église catho­lique[174] et dans son Abrégé. [175] C’est le devoir de cha­cun de s’y tenir fidèlement.

Participation par les moyens de communication

57. En rai­son du déve­lop­pe­ment for­mi­dable des moyens de com­mu­ni­ca­tion, au cours des der­nières décen­nies, le mot « par­ti­ci­pa­tion » a acquis une signi­fi­ca­tion plus ample que dans le pas­sé. Nous recon­nais­sons tous avec satis­fac­tion que ces ins­tru­ments offrent aus­si de nou­velles pos­si­bi­li­tés pour la célé­bra­tion eucha­ris­tique. [176] Cela requiert des agents pas­to­raux de ce sec­teur une pré­pa­ra­tion spé­ci­fique et un vif sens de la res­pon­sa­bi­li­té. En effet, la Messe trans­mise à la télé­vi­sion prend inévi­ta­ble­ment un cer­tain carac­tère d’exem­pla­ri­té. On doit donc être par­ti­cu­liè­re­ment atten­tif à ce que la célé­bra­tion, non seule­ment se déroule dans des lieux dignes et bien pré­pa­rés, mais res­pecte les normes liturgiques.

Enfin, pour ce qui concerne la valeur de la par­ti­ci­pa­tion à la Messe, ren­due pos­sible par les moyens de com­mu­ni­ca­tion, celui qui assiste à ces retrans­mis­sions doit savoir que, dans des condi­tions nor­males, il ne satis­fait pas au pré­cepte domi­ni­cal. En effet, le lan­gage de l’i­mage repré­sente la réa­li­té, mais il ne la repro­duit pas en elle-​même. [177] S’il est très louable que les per­sonnes âgées et les malades par­ti­cipent à la Messe domi­ni­cale par les retrans­mis­sions radio-​télévisées, on ne pour­rait en dire autant de celui qui, par ces retrans­mis­sions, vou­drait se dis­pen­ser de se rendre à l’é­glise pour par­ti­ci­per à la célé­bra­tion eucha­ris­tique dans l’as­sem­blée de l’Église vivante.

« Actuosa par­ti­ci­pa­tio » des malades

58. Considérant la condi­tion de ceux qui, pour des rai­sons de san­té ou d’âge, ne peuvent pas se rendre dans les lieux de culte, je vou­drais atti­rer l’at­ten­tion de toute la com­mu­nau­té ecclé­siale sur la néces­si­té pas­to­rale d’as­su­rer l’as­sis­tance spi­ri­tuelle aux malades, à ceux qui res­tent chez eux ou qui se trouvent à l’hô­pi­tal. À plu­sieurs reprises au cours du Synode des Évêques leur condi­tion a été men­tion­née. Il faut faire en sorte que nos frères et sœurs puissent s’ap­pro­cher fré­quem­ment de la com­mu­nion sacra­men­telle. Renforçant de cette façon leur rela­tion avec le Christ cru­ci­fié et res­sus­ci­té, ils pour­ront res­sen­tir leur exis­tence comme plei­ne­ment insé­rée dans la vie et dans la mis­sion de l’Église par l’of­frande de leur souf­france en union avec le sacri­fice de notre Seigneur. Une atten­tion par­ti­cu­lière doit être réser­vée aux per­sonnes han­di­ca­pées ; là où leur condi­tion le leur per­met, la com­mu­nau­té chré­tienne doit favo­ri­ser leur par­ti­ci­pa­tion à la célé­bra­tion dans le lieu de culte. À ce pro­pos, on fera en sorte d’en­le­ver des lieux de culte d’é­ven­tuels obs­tacles archi­tec­tu­raux qui empêchent l’ac­cès aux per­sonnes han­di­ca­pées. Enfin, la com­mu­nion eucha­ris­tique doit aus­si être assu­rée, autant que pos­sible, aux han­di­ca­pés men­taux, bap­ti­sés et confir­més : ils reçoivent l’Eucharistie dans la foi éga­le­ment de leur famille ou de la com­mu­nau­té qui les accom­pagne. [178]

L’attention aux prisonniers

59. La tra­di­tion spi­ri­tuelle de l’Église, se fon­dant sur une parole pré­cise du Christ (cf. Mt 25, 36), a recon­nu dans la visite aux pri­son­niers l’une des œuvres de misé­ri­corde cor­po­relle. Les per­sonnes qui se trouvent dans cette situa­tion ont par­ti­cu­liè­re­ment besoin d’être visi­tées par le Seigneur lui-​même dans le sacre­ment de l’Eucharistie. Faire l’ex­pé­rience de la proxi­mi­té de la com­mu­nau­té ecclé­siale, par­ti­ci­per à l’Eucharistie et rece­voir la sainte Communion dans une période de la vie si par­ti­cu­lière et si dou­lou­reuse peut cer­tai­ne­ment contri­buer à la qua­li­té de son propre che­mi­ne­ment de foi et favo­ri­ser la pleine réin­ser­tion sociale de la per­sonne. Interprétant les dési­rs expri­més par l’as­sem­blée syno­dale, je demande aux dio­cèses de faire en sorte que, dans les limites du pos­sible, il y ait un inves­tis­se­ment appro­prié de forces dans l’ac­ti­vi­té pas­to­rale concer­nant l’as­sis­tance spi­ri­tuelle des déte­nus. [179]

Les migrants et la par­ti­ci­pa­tion à l’Eucharistie

60. Abordant le pro­blème des per­sonnes qui, pour divers motifs, sont contraintes à lais­ser leur terre, le Synode a expri­mé sa par­ti­cu­lière gra­ti­tude envers ceux qui sont enga­gés dans l’as­sis­tance pas­to­rale des migrants. Dans ce contexte, une atten­tion spé­ci­fique doit être por­tée aux migrants qui appar­tiennent aux Églises catho­liques orien­tales et pour les­quels, à l’é­loi­gne­ment de chez eux, s’a­joute la dif­fi­cul­té de ne pas pou­voir par­ti­ci­per à la litur­gie eucha­ris­tique selon leur rite d’ap­par­te­nance. C’est pour­quoi, là où c’est pos­sible, on doit leur accor­der d’être assis­tés par des prêtres de leur rite. En tout cas, je demande aux Évêques d’ac­cueillir ces frères dans la cha­ri­té du Christ. La ren­contre entre fidèles de rites dif­fé­rents peut aus­si deve­nir une occa­sion d’en­ri­chis­se­ment mutuel. Je pense en par­ti­cu­lier au béné­fice qui peut décou­ler, sur­tout pour le cler­gé, de la connais­sance des diverses tra­di­tions. [180]

Les grandes concélébrations

61. L’assemblée syno­dale a pris en consi­dé­ra­tion la qua­li­té de la par­ti­ci­pa­tion dans les grandes célé­bra­tions qui se déroulent dans des cir­cons­tances par­ti­cu­lières, où il y a aus­si, en plus d’un grand nombre de fidèles, beau­coup de prêtres concé­lé­brants. [181] Il est facile, d’une part, de recon­naître la valeur de ces moments, spé­cia­le­ment quand c’est l’Évêque qui pré­side entou­ré de son pres­by­té­rium et des diacres. D’autre part, en de telles cir­cons­tances, des pro­blèmes peuvent se poser quant à l’ex­pres­sion visible de l’u­ni­té du pres­by­té­rium, spé­cia­le­ment dans la prière eucha­ris­tique, et quant à la dis­tri­bu­tion de la sainte Communion. On doit évi­ter que ces grandes concé­lé­bra­tions ne créent la dis­per­sion. On pour­voi­ra à cela par des moyens de coor­di­na­tion appro­priés et en ins­tal­lant le lieu de culte de manière à per­mettre aux prêtres et aux fidèles une par­ti­ci­pa­tion pleine et réelle. Il faut donc se sou­ve­nir qu’il s’a­git de concé­lé­bra­tions à carac­tère excep­tion­nel et limi­tées à des situa­tions extraordinaires.

La langue latine

62. Ce qui vient d’être dit ne doit pas, tou­te­fois, cacher la valeur de ces grandes litur­gies. Je pense en ce moment, en par­ti­cu­lier, aux célé­bra­tions qui ont lieu durant des ren­contres inter­na­tio­nales, aujourd’­hui tou­jours plus fré­quentes. Elles doivent jus­te­ment être mises en valeur. Pour mieux expri­mer l’u­ni­té et l’u­ni­ver­sa­li­té de l’Église, je vou­drais recom­man­der ce qui a été sug­gé­ré par le Synode des Évêques, en har­mo­nie avec les direc­tives du Concile Vatican II : [182] excep­té les lec­tures, l’ho­mé­lie et la prière des fidèles, il est bon que ces célé­bra­tions soient en langue latine ; et donc que soient réci­tées en latin les prières les plus connues [183] de la tra­di­tion de l’Église et éven­tuel­le­ment que soient exé­cu­tés des pièces de chant gré­go­rien. De façon plus géné­rale, je demande que les futurs prêtres, dès le temps du sémi­naire, soient pré­pa­rés à com­prendre et à célé­brer la Messe en latin, ain­si qu’à uti­li­ser des textes latins et à uti­li­ser le chant gré­go­rien ; on ne négli­ge­ra pas la pos­si­bi­li­té d’é­du­quer les fidèles eux-​mêmes à la connais­sance des prières les plus com­munes en latin, ain­si qu’au chant en gré­go­rien de cer­taines par­ties de la litur­gie. [184]

Célébrations eucha­ris­tiques en petits groupes

63. Une situa­tion très dif­fé­rente est créée dans cer­taines cir­cons­tances pas­to­rales où, jus­te­ment pour une par­ti­ci­pa­tion plus consciente, plus active et plus fruc­tueuse, les célé­bra­tions en petits groupes sont favo­ri­sées. Tout en recon­nais­sant la valeur for­ma­trice sous-​jacente à ces choix, il est néces­saire de pré­ci­ser qu’ils doivent être har­mo­ni­sés avec l’en­semble de la pro­po­si­tion pas­to­rale du dio­cèse. En effet, ces expé­riences per­draient leur carac­tère péda­go­gique si elles don­naient l’im­pres­sion d’être en oppo­si­tion ou en paral­lèle avec la vie de l’Église par­ti­cu­lière. À ce sujet, le Synode a sou­li­gné quelques cri­tères aux­quels se confor­mer : les petits groupes doivent ser­vir à uni­fier la com­mu­nau­té, non à la frag­men­ter ; cela doit trou­ver confir­ma­tion dans la pra­tique concrète ; ces groupes doivent favo­ri­ser la par­ti­ci­pa­tion fruc­tueuse de l’as­sem­blée tout entière et pré­ser­ver le plus pos­sible l’u­ni­té de la vie litur­gique dans chaque famille. [185]

Participation inté­rio­ri­sée à la célébration

Catéchèse mys­ta­go­gique

64. La grande tra­di­tion litur­gique de l’Église nous enseigne qu’en vue d’une par­ti­ci­pa­tion fruc­tueuse, il est néces­saire de s’en­ga­ger à cor­res­pondre per­son­nel­le­ment au mys­tère qui est célé­bré, par l’of­frande à Dieu de sa propre vie, unie au sacri­fice du Christ pour le salut du monde entier. Pour cette rai­son, le Synode des Évêques a recom­man­dé de s’as­su­rer de l’ac­cord pro­fond des gestes et des paroles des fidèles avec leurs dis­po­si­tions inté­rieures. Si cela fai­sait défaut, nos célé­bra­tions, bien que vivantes, s’ex­po­se­raient à la dérive du ritua­lisme. C’est pour­quoi il faut pro­mou­voir une édu­ca­tion de la foi eucha­ris­tique qui dis­pose les fidèles à vivre per­son­nel­le­ment ce qu’ils célèbrent. Face à l’im­por­tance essen­tielle de cette par­ti­ci­pa­tio per­son­nelle et consciente, quels peuvent être les ins­tru­ments de for­ma­tion appro­priés ? À l’u­na­ni­mi­té, les Pères syno­daux ont indi­qué, à ce sujet, la voie d’une caté­chèse à carac­tère mys­ta­go­gique, qui pousse les fidèles à entrer tou­jours mieux dans les mys­tères qui sont célé­brés. [186] En par­ti­cu­lier, concer­nant la rela­tion entre l’ars cele­bran­di et l’actuo­sa par­ti­ci­pa­tio, on doit avant tout affir­mer que « la meilleure caté­chèse sur l’Eucharistie est l’Eucharistie elle-​même bien célé­brée ». [187] En effet, de par sa nature, la litur­gie a son effi­ca­ci­té péda­go­gique propre pour intro­duire les fidèles à la connais­sance du mys­tère célé­bré. Toujours à ce sujet, dans la tra­di­tion la plus antique de l’Église, le che­min de for­ma­tion du chré­tien, sans négli­ger l’in­tel­li­gence orga­nique du conte­nu de la foi, com­por­tait tou­jours un carac­tère d’i­ni­tia­tion où la ren­contre vivante et per­sua­sive avec le Christ, annon­cé par des témoins authen­tiques, était déter­mi­nante. En ce sens, celui qui intro­duit aux mys­tères est avant tout le témoin. Cette ren­contre s’ap­pro­fon­dit assu­ré­ment dans la caté­chèse et elle trouve sa source et son som­met dans la célé­bra­tion de l’Eucharistie. De cette struc­ture fon­da­men­tale de l’ex­pé­rience chré­tienne, naît l’exi­gence d’un iti­né­raire mys­ta­go­gique, dans lequel trois élé­ments doivent tou­jours être présents :

a) Il s’a­git d’a­bord de l’inter­pré­ta­tion des rites à la lumière des évé­ne­ments sal­vi­fiques, confor­mé­ment à la tra­di­tion vivante de l’Église. En effet, la célé­bra­tion de l’Eucharistie, dans son infi­nie richesse, contient de conti­nuelles réfé­rences à l’his­toire du salut. Dans le Christ cru­ci­fié et res­sus­ci­té, il nous est don­né de célé­brer vrai­ment le centre qui réca­pi­tule toute la réa­li­té (cf. Ep 1, 10). Depuis ses ori­gines, la com­mu­nau­té chré­tienne a lu les évé­ne­ments de la vie de Jésus, en par­ti­cu­lier le mys­tère pas­cal, en rela­tion avec toute l’his­toire vétéro-testamentaire.

b) La caté­chèse mys­ta­go­gique devra, par ailleurs, se pré­oc­cu­per d’intro­duire au sens des signes conte­nus dans les rites. Ce devoir est par­ti­cu­liè­re­ment urgent à une époque for­te­ment tech­ni­ci­sée comme la nôtre, où il existe un risque de perdre la capa­ci­té de per­ce­voir les signes et les sym­boles. Plutôt que d’in­for­mer, la caté­chèse mys­ta­go­gique devra réveiller et édu­quer la sen­si­bi­li­té des fidèles au lan­gage des signes et des gestes qui, asso­ciés à la parole, consti­tuent le rite.

c) Enfin, la caté­chèse mys­ta­go­gique doit se pré­oc­cu­per de mon­trer la signi­fi­ca­tion des rites en rela­tion avec la vie chré­tienne dans toutes ses dimen­sions, tra­vail et enga­ge­ment, réflexion et sen­ti­ments, acti­vi­té et repos. Mettre en évi­dence le lien des mys­tères célé­brés dans le rite avec la res­pon­sa­bi­li­té mis­sion­naire des fidèles fait par­tie de cet iti­né­raire mys­ta­go­gique. En ce sens, le résul­tat final de la mys­ta­go­gie est la conscience que sa propre exis­tence est pro­gres­si­ve­ment trans­for­mée par la célé­bra­tion des saints Mystères. De fait, le but de toute l’é­du­ca­tion chré­tienne est de for­mer le fidèle, comme « homme nou­veau », à une foi adulte, qui le rend capable de témoi­gner dans son milieu de l’es­pé­rance chré­tienne qui l’anime.

Pour pou­voir accom­plir, au sein de nos com­mu­nau­tés ecclé­siales, une telle tâche édu­ca­tive, il faut dis­po­ser de for­ma­teurs pré­pa­rés de manière appro­priée. Le peuple chré­tien tout entier doit assu­ré­ment se sen­tir enga­gé dans cette for­ma­tion. Toute com­mu­nau­té chré­tienne est appe­lée à être un lieu d’in­tro­duc­tion péda­go­gique aux mys­tères qui se célèbrent dans la foi. À cet égard, durant le Synode, les Pères ont sou­li­gné l’op­por­tu­ni­té d’une plus forte impli­ca­tion des Communautés de vie consa­crée, des mou­ve­ments et des groupes qui, en ver­tu de leur cha­risme propre, peuvent offrir un nou­vel élan à la for­ma­tion chré­tienne. [188] En notre temps aus­si, l’Esprit Saint répand lar­ge­ment ses dons pour sou­te­nir la mis­sion apos­to­lique de l’Église, à laquelle il revient de dif­fu­ser la foi et de l’é­du­quer jus­qu’à sa pleine matu­ri­té. [189]

Le res­pect envers l’Eucharistie

65. Un signe convain­cant que la caté­chèse eucha­ris­tique est effi­cace chez les fidèles est cer­tai­ne­ment la crois­sance, en eux, du sens du mys­tère de Dieu pré­sent par­mi nous. Cela peut être véri­fié à tra­vers des mani­fes­ta­tions spé­ci­fiques de res­pect envers l’Eucharistie, aux­quelles le par­cours mys­ta­go­gique doit intro­duire les fidèles. [190] Je pense, d’une manière géné­rale, à l’im­por­tance des gestes et des pos­tures, comme le fait de s’a­ge­nouiller pen­dant les moments cen­traux de la prière eucha­ris­tique. En s’a­dap­tant à la légi­time diver­si­té des signes qui sont posés dans le contexte des dif­fé­rentes cultures, que cha­cun vive et exprime la conscience de se trou­ver dans toute célé­bra­tion devant la majes­té infi­nie de Dieu, qui nous rejoint de manière humble dans les signes sacramentels.

Adoration et pié­té eucharistique

La rela­tion intrin­sèque entre célé­bra­tion et adoration

66. Un des moments les plus intenses du Synode a eu lieu lorsque nous nous sommes réunis dans la basi­lique Saint-​Pierre, avec de nom­breux fidèles, pour l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique. Par ce geste de prière, l’Assemblée des Évêques a vou­lu atti­rer l’at­ten­tion, et non seule­ment par des paroles, sur l’im­por­tance de la rela­tion intrin­sèque entre célé­bra­tion eucha­ris­tique et ado­ra­tion. Dans cet aspect signi­fi­ca­tif de la foi de l’Église, se trouve l’un des élé­ments déci­sifs du che­min ecclé­sial, réa­li­sé après la réforme litur­gique vou­lue par le Concile Vatican II. Alors que la réforme accom­plis­sait ses pre­miers pas, le rap­port intrin­sèque entre la Messe et l’a­do­ra­tion du Saint-​Sacrement ne fut par­fois pas assez clai­re­ment per­çu. Une objec­tion alors dif­fuse se fai­sait jour, par exemple, dans l’af­fir­ma­tion selon laquelle le Pain eucha­ris­tique ne nous serait pas don­né pour être contem­plé, mais pour être man­gé. En réa­li­té, à la lumière de l’ex­pé­rience de prière de l’Église, une telle oppo­si­tion se révé­lait pri­vée de tout fon­de­ment. Déjà saint Augustin avait dit : « nemo autem illam car­nem man­du­cat, nisi prius ado­ra­ve­rit;… pec­ce­mus non ado­ran­do – Que per­sonne ne mange cette chair sans d’a­bord l’a­do­rer;… nous péche­rions si nous ne l’a­do­rions pas ». [191] Dans l’Eucharistie, en effet, le Fils de Dieu vient à notre ren­contre et désire s’u­nir à nous ; l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique n’est rien d’autre que le déve­lop­pe­ment expli­cite de la célé­bra­tion eucha­ris­tique, qui est en elle-​même le plus grand acte d’a­do­ra­tion de l’Église. [192] Recevoir l’Eucharistie signi­fie se mettre en atti­tude d’a­do­ra­tion envers Celui que nous rece­vons. C’est ain­si, et seule­ment ain­si, que nous deve­nons un seul être avec Lui et que nous goû­tons par avance, d’une cer­taine façon, la beau­té de la litur­gie céleste. L’acte d’a­do­ra­tion en dehors de la Messe pro­longe et inten­si­fie ce qui est réa­li­sé durant la Célébration litur­gique elle-​même. En fait, « ce n’est que dans l’a­do­ra­tion que peut mûrir un accueil pro­fond et vrai. Et c’est bien par cet acte per­son­nel de ren­contre avec le Seigneur que mûrit ensuite la mis­sion sociale qui est ren­fer­mée dans l’Eucharistie et qui veut bri­ser les bar­rières non seule­ment entre le Seigneur et nous, mais aus­si et sur­tout les bar­rières qui nous séparent les uns des autres ». [193]

La pra­tique de l’a­do­ra­tion eucharistique

67. Avec l’as­sem­blée syno­dale, je recom­mande donc vive­ment aux Pasteurs de l’Église et au peuple de Dieu la pra­tique de l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique, qu’elle soit per­son­nelle ou com­mu­nau­taire. [194] À ce pro­pos, une caté­chèse adap­tée, dans laquelle on explique aux fidèles l’im­por­tance de cet acte du culte qui per­met de vivre plus pro­fon­dé­ment et avec davan­tage de fruit la célé­bra­tion litur­gique elle-​même, sera d’une grande uti­li­té. Dans les limites du pos­sible, sur­tout dans les zones les plus peu­plées, il convien­dra de réser­ver tout spé­cia­le­ment à l’a­do­ra­tion per­pé­tuelle des églises et des cha­pelles. En outre, je recom­mande que dans la for­ma­tion caté­ché­tique, en par­ti­cu­lier dans les par­cours de pré­pa­ra­tion à la Première Communion, les enfants soient ini­tiés au sens et à la beau­té du fait de se tenir en com­pa­gnie de Jésus, en culti­vant l’ad­mi­ra­tion pour sa pré­sence dans l’Eucharistie.

Je vou­drais ici expri­mer mon admi­ra­tion et mon sou­tien envers tous les Instituts de vie consa­crée, dont les membres vouent une par­tie signi­fi­ca­tive de leur temps à l’a­do­ra­tion eucha­ris­tique. De cette façon, ils offrent à tous l’exemple de per­sonnes qui se laissent trans­for­mer par la pré­sence réelle du Seigneur. Je désire éga­le­ment encou­ra­ger les asso­cia­tions de fidèles, de même que les confré­ries, qui accom­plissent cette pra­tique comme leur tâche par­ti­cu­lière, deve­nant ain­si ferment de contem­pla­tion pour toute l’Église et rap­pel de la place cen­trale du Christ pour la vie des per­sonnes et des communautés.

Les formes de dévo­tion eucharistique

68. Le rap­port per­son­nel que cha­cun des fidèles ins­taure avec Jésus, pré­sent dans l’Eucharistie, le ren­voie tou­jours à l’en­semble de la com­mu­nion ecclé­siale, en nour­ris­sant en lui la conscience de son appar­te­nance au Corps du Christ. C’est pour­quoi, outre le fait d’in­vi­ter chaque fidèle à trou­ver per­son­nel­le­ment du temps à pas­ser en prière devant le Sacrement de l’au­tel, il est de mon devoir de sol­li­ci­ter les paroisses elles- mêmes et les autres groupes ecclé­siaux pour que soient pro­mus des moments d’a­do­ra­tion com­mu­nau­taire. Évidemment, les formes déjà exis­tantes de dévo­tion eucha­ris­tique conservent toute leur valeur. Je pense, par exemple, aux pro­ces­sions eucha­ris­tiques, sur­tout à la tra­di­tion­nelle pro­ces­sion de la solen­ni­té du Corpus Domini, à la pieuse pra­tique des Quarante-​Heures, aux congrès eucha­ris­tiques locaux, natio­naux ou inter­na­tio­naux, et aux autres ini­tia­tives ana­logues. Opportunément réno­vées et adap­tées aux diverses cir­cons­tances, de telles formes de dévo­tion méritent d’être aujourd’­hui encore culti­vées. [195]

Le lieu du taber­nacle dans l’église

69. En rela­tion avec l’im­por­tance de la réserve eucha­ris­tique et de l’a­do­ra­tion, ain­si que du res­pect envers le sacre­ment du Sacrifice du Christ, le Synode des Évêques s’est inter­ro­gé sur la juste place du taber­nacle à l’in­té­rieur de nos églises. [196] Sa loca­li­sa­tion cor­recte aide en effet à recon­naître la pré­sence réelle du Christ dans le Saint-​Sacrement. Il est donc néces­saire que le lieu où sont conser­vées les espèces eucha­ris­tiques soit faci­le­ment iden­ti­fiable par qui­conque entre dans une église, grâce aus­si à la tra­di­tion­nelle veilleuse. À cette fin, il faut tenir compte de la dis­po­si­tion archi­tec­tu­rale de l’é­di­fice sacré : dans les églises où la cha­pelle du Saint-​Sacrement n’existe pas, et où demeure l’au­tel majeur avec le taber­nacle, il est oppor­tun de conti­nuer à se ser­vir d’une telle struc­ture pour la conser­va­tion et l’a­do­ra­tion de l’Eucharistie, en évi­tant que le siège du célé­brant ne soit pla­cé devant. Dans les nou­velles églises, il est bon de dis­po­ser la cha­pelle du Saint-​Sacrement à proxi­mi­té du chœur ; là où cela n’est pas pos­sible, il est pré­fé­rable de situer le taber­nacle dans le chœur, en un lieu suf­fi­sam­ment éle­vé, au centre de la zone absi­diale ou en un autre lieu où il soit éga­le­ment bien visible. De tels moyens concourent à confé­rer sa digni­té au taber­nacle, qui doit tou­jours être soi­gné, même sur le plan artis­tique. Il est natu­rel­le­ment néces­saire de tenir compte à ce sujet de ce que dit la Présentation géné­rale du Missel romain. [197] Le juge­ment final en la matière revient donc à l’Évêque.

TROISIÈME PARTIE – EUCHARISTIE, MYSTÈRE À VIVRE

« De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aus­si celui qui me man­ge­ra vivra par moi » (Jn 6, 57)

Forme eucha­ris­tique de la vie chrétienne

Le culte spi­ri­tuel – logi­ké latreía (Rm 12, 1)

70. Parlant du don de sa vie, le Seigneur Jésus, qui s’est fait pour nous nour­ri­ture de véri­té et d’a­mour, nous assure que « si quel­qu’un mange de ce pain, il vivra éter­nel­le­ment » (Jn 6, 51). Mais cette « vie éter­nelle » com­mence déjà en nous en ce temps, à tra­vers le chan­ge­ment que le don eucha­ris­tique engendre en nous : « Celui qui me man­ge­ra vivra par moi » (Jn 6, 57). Ces paroles de Jésus nous font com­prendre que le mys­tère « auquel on croit » et « qui est célé­bré » pos­sède en lui-​même un dyna­misme qui en fait le prin­cipe de la vie nou­velle en nous et la forme de l’exis­tence chré­tienne. En com­mu­niant au Corps et au Sang de Jésus Christ, nous sommes en effet ren­dus par­ti­ci­pants de la vie divine de façon tou­jours plus adulte et plus consciente. Cela vaut aus­si de ce que saint Augustin, dans ses Confessions, disait du logos éter­nel, nour­ri­ture de l’âme ; met­tant en relief le carac­tère para­doxal de cette nour­ri­ture, le saint Docteur ima­gine s’en­tendre dire : « Je suis la nour­ri­ture des grands. Grandis, et tu me man­ge­ras, tu ne me trans­for­me­ras pas en toi, telle la nour­ri­ture de ta chair ; mais c’est en moi que tu te trans­for­me­ras » [198]. De fait, ce n’est pas l’a­li­ment eucha­ris­tique qui se trans­forme en nous, mais c’est nous qui sommes mys­té­rieu­se­ment chan­gés par lui. Le Christ nous nour­rit en nous unis­sant à lui ; « il nous attire en lui ». [199]

La célé­bra­tion eucha­ris­tique appa­raît ici, dans toute sa force, en tant que source et som­met de l’exis­tence chré­tienne, étant en même temps le com­men­ce­ment et l’ac­com­plis­se­ment du culte nou­veau et défi­ni­tif, la logi­ké latreía. [200] Les paroles de saint Paul aux Romains à ce sujet sont la for­mu­la­tion la plus syn­thé­tique de la façon dont l’Eucharistie trans­forme toute notre vie en culte spi­ri­tuel agréable à Dieu : « Je vous exhorte, mes frères, par la ten­dresse de Dieu, à lui offrir vos corps en sacri­fice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là le culte spi­ri­tuel que vous avez à rendre » (Rm 12, 1). Dans cette exhor­ta­tion, appa­raît l’i­mage du culte nou­veau comme offrande totale de la per­sonne en com­mu­nion avec toute l’Église. L’insistance de l’Apôtre sur l’of­frande de nos corps sou­ligne le carac­tère concret et humain d’un culte qui n’a rien de dés­in­car­né. À ce sujet, le saint d’Hippone nous rap­pelle encore que dans « le sacri­fice des chré­tiens, tout nom­breux que nous sommes, nous ne for­mons dans le Christ qu’un seul corps, et c’est ce sacrifice-​là – connu des fidèles – que chaque jour renou­velle l’Église, se décou­vrant offerte dans cela même qu’elle offre ». [201] La doc­trine catho­lique affirme de fait que l’Eucharistie, en tant que sacri­fice du Christ, est éga­le­ment le sacri­fice de l’Église, et donc des fidèles. [202] L’insistance sur le sacri­fice – « rendre sacré » – dit ici toute la den­si­té exis­ten­tielle impli­quée dans la trans­for­ma­tion de notre réa­li­té humaine sai­sie par le Christ (cf. Ph 3, 12).

Efficacité inté­grale du culte eucharistique

71. Le nou­veau culte chré­tien englobe tous les aspects de l’exis­tence, en la trans­fi­gu­rant : « Tout ce que vous faites : man­ger, boire, ou n’im­porte quoi d’autre, faites-​le pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31). En tout acte de la vie, le chré­tien est appe­lé à expri­mer le vrai culte ren­du à Dieu. C’est ici que prend forme la nature intrin­sè­que­ment eucha­ris­tique de la vie chré­tienne. Puisqu’elle implique la réa­li­té humaine du croyant dans le concret du quo­ti­dien, l’Eucharistie rend pos­sible, jour après jour, la trans­fi­gu­ra­tion pro­gres­sive de l’homme, appe­lé par grâce à être à l’i­mage du Fils de Dieu (cf. Rm 8, 29s). Il n’y a rien d’au­then­ti­que­ment humain – pen­sées et sen­ti­ments, paroles et actes – qui ne trouve dans le sacre­ment de l’Eucharistie la forme appro­priée pour être vécu en plé­ni­tude. Ici appa­raît toute la valeur anthro­po­lo­gique de la nou­veau­té radi­cale appor­tée par le Christ dans l’Eucharistie : le culte ren­du à Dieu dans l’exis­tence humaine ne peut pas être can­ton­né à un moment par­ti­cu­lier et pri­vé, mais il tend de par sa nature à enva­hir chaque aspect de la réa­li­té de la per­sonne. Le culte agréable à Dieu devient ain­si une nou­velle façon de vivre toutes les cir­cons­tances de l’exis­tence où toute par­ti­cu­la­ri­té est exal­tée en tant qu’elle est vécue dans la rela­tion avec le Christ et offerte à Dieu. « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu ». [203]

« Iuxta domi­ni­cam viventes » – Vivre selon le dimanche

72. La nou­veau­té radi­cale que l’Eucharistie intro­duit dans la vie de l’homme s’est révé­lée à la conscience chré­tienne dès les ori­gines. Les fidèles ont immé­dia­te­ment per­çu l’in­fluence pro­fonde que la célé­bra­tion eucha­ris­tique exer­çait sur leur style de vie. Saint Ignace d’Antioche expri­mait cette véri­té en qua­li­fiant ain­si les chré­tiens : ceux qui « sont venus à la nou­velle espé­rance » ; il les pré­sen­tait comme ceux qui vivent « selon le dimanche » (iux­ta domi­ni­cam viventes). [204] Cette for­mule du grand mar­tyr d’Antioche met clai­re­ment en lumière le lien entre la réa­li­té eucha­ris­tique et l’exis­tence chré­tienne dans son carac­tère quo­ti­dien. L’habitude carac­té­ris­tique des chré­tiens de se réunir le pre­mier jour après le sab­bat pour célé­brer la résur­rec­tion du Christ – selon le récit de saint Justin mar­tyr [205] – est éga­le­ment l’élé­ment qui défi­nit la forme de l’exis­tence renou­ve­lée par la ren­contre avec le Christ. La for­mule de saint Ignace – « Vivre selon le dimanche » – sou­ligne aus­si la valeur para­dig­ma­tique que pos­sède ce jour saint par rap­port à tout autre jour de la semaine. En effet, il ne se dis­tingue pas par la simple sus­pen­sion des acti­vi­tés habi­tuelles, comme une sorte de paren­thèse dans le rythme nor­mal des jours. Les chré­tiens ont tou­jours res­sen­ti ce jour comme le pre­mier de la semaine, parce qu’en lui on fait mémoire de la nou­veau­té radi­cale appor­tée par le Christ. Le dimanche est donc le jour où le chré­tien retrouve la forme eucha­ris­tique de son exis­tence, selon laquelle il est appe­lé à vivre constam­ment. « Vivre selon le dimanche » signi­fie vivre dans la conscience de la libé­ra­tion appor­tée par le Christ et accom­plir son exis­tence comme l’of­frande de soi à Dieu, pour que sa vic­toire se mani­feste plei­ne­ment à tous les hommes à tra­vers une conduite inti­me­ment renouvelée.

Vivre le pré­cepte dominical

73. Conscients de ce nou­veau prin­cipe de vie que l’Eucharistie apporte au chré­tien, les Pères syno­daux ont rap­pe­lé l’im­por­tance pour tous les fidèles du pré­cepte domi­ni­cal comme source de liber­té authen­tique, pour pou­voir vivre tous les autres jours selon ce qu’ils ont célé­bré le « Jour du Seigneur ». En effet, la vie de foi est en dan­ger quand on ne res­sent plus le désir de par­ti­ci­per à la célé­bra­tion eucha­ris­tique où l’on fait mémoire de la vic­toire pas­cale. Participer à l’as­sem­blée litur­gique domi­ni­cale, avec tous nos frères et sœurs qui forment un unique corps dans le Christ Jésus, est requis par la conscience chré­tienne et, en même temps, forme la conscience chré­tienne. Perdre le sens du dimanche comme Jour du Seigneur à sanc­ti­fier est le symp­tôme d’une perte du sens authen­tique de la liber­té chré­tienne, la liber­té des fils de Dieu. [206] À ce sujet, les obser­va­tions concer­nant les dif­fé­rentes dimen­sions du dimanche pour les chré­tiens faites par mon pré­dé­ces­seur Jean-​Paul II, dans la Lettre apos­to­lique Dies Domini, [207] res­tent pré­cieuses : le dimanche est Dies Domini, en réfé­rence à l’œuvre de la créa­tion ; il est Dies Christi en tant que jour de la nou­velle créa­tion et du don que le Seigneur Ressuscité fait de l’Esprit Saint ; il est Dies Ecclesiae comme jour où la com­mu­nau­té chré­tienne se retrouve pour la célé­bra­tion ; il est Dies homi­nis comme jour de joie, de repos et de cha­ri­té fraternelle.

Un tel jour se mani­feste donc comme la fête pri­mor­diale, où tout fidèle peut se faire, dans le milieu où il vit, annon­cia­teur et gar­dien du sens du temps. De ce jour, en effet, naît le sens chré­tien de l’exis­tence et une nou­velle manière de vivre le temps, les rela­tions, le tra­vail, la vie et la mort. Il est donc bon que, le Jour du Seigneur, les réa­li­tés ecclé­siales orga­nisent, autour de la célé­bra­tion eucha­ris­tique domi­ni­cale, des mani­fes­ta­tions propres à la com­mu­nau­té chré­tienne : ren­contres ami­cales, ini­tia­tives pour la for­ma­tion chré­tienne des enfants, des jeunes et des adultes, pèle­ri­nages, œuvres de cha­ri­té et dif­fé­rentes ren­contres de prière. En rai­son de ces valeurs si impor­tantes – bien que le same­di soir, à par­tir des pre­mières Vêpres, appar­tienne déjà au dimanche et qu’il soit donc per­mis d’y accom­plir le pré­cepte domi­ni­cal –, il est néces­saire de rap­pe­ler que c’est le dimanche en lui-​même qui mérite d’être sanc­ti­fié, afin qu’il ne finisse pas par deve­nir un jour « vide de Dieu ». [208]

Le sens du repos et du travail

74. Enfin, il est par­ti­cu­liè­re­ment urgent, à notre époque, de rap­pe­ler que le Jour du Seigneur est aus­si le jour du repos par rap­port au tra­vail. Nous sou­hai­tons vive­ment que cela soit aus­si recon­nu comme tel par la socié­té civile, de sorte qu’il soit pos­sible d’être libre des acti­vi­tés du tra­vail sans être pour autant péna­li­sé. En effet, les chré­tiens, en rela­tion avec la signi­fi­ca­tion du sab­bat dans la tra­di­tion juive, ont tou­jours vu éga­le­ment dans le Jour du Seigneur le jour du repos du labeur quo­ti­dien. Cela a un sens pré­cis, consti­tuant une rela­ti­vi­sa­tion du tra­vail, qui est ordon­né à l’homme : le tra­vail est pour l’homme et non l’homme pour le tra­vail. Il est facile de sai­sir la pro­tec­tion qui en découle pour l’homme lui- même, qui est ain­si éman­ci­pé d’une pos­sible forme d’es­cla­vage. Comme j’ai eu l’oc­ca­sion de l’af­fir­mer, « le tra­vail est de pre­mière impor­tance pour la réa­li­sa­tion de l’homme et pour le déve­lop­pe­ment de la socié­té, et c’est pour­quoi il convient qu’il soit tou­jours orga­ni­sé et accom­pli dans le plein res­pect de la digni­té humaine et au ser­vice du bien com­mun. En même temps, il est indis­pen­sable que l’homme ne se laisse pas asser­vir par le tra­vail, qu’il n’en fasse pas une idole, pré­ten­dant trou­ver en lui le sens ultime et défi­ni­tif de la vie ». [209] C’est dans le jour consa­cré à Dieu que l’homme com­prend le sens de son exis­tence ain­si que de son tra­vail. [210]

Assemblées domi­ni­cales en l’ab­sence de prêtre

75. Redécouvrant le sens de la célé­bra­tion domi­ni­cale pour la vie des chré­tiens, il est natu­rel de se poser le pro­blème de ces com­mu­nau­tés chré­tiennes où manque le prêtre et où il n’est donc pas pos­sible de célé­brer la Messe le Jour du Seigneur. Il faut dire, à ce pro­pos, que nous nous trou­vons face à des situa­tions très dif­fé­rentes les unes des autres. Le Synode a tout d’a­bord recom­man­dé aux fidèles de se rendre dans une des églises du dio­cèse où est garan­tie la pré­sence du prêtre, même quand cela demande un cer­tain sacri­fice. [211] Là où, par contre, les grandes dis­tances rendent pra­ti­que­ment impos­sible la par­ti­ci­pa­tion à l’Eucharistie domi­ni­cale, il est impor­tant que les com­mu­nau­tés chré­tiennes se ras­semblent éga­le­ment pour louer le Seigneur et pour faire mémoire du jour qui lui est consa­cré. Cela devra cepen­dant se réa­li­ser dans le cadre d’une ins­truc­tion appro­priée sur la dif­fé­rence entre la Messe et les assem­blées domi­ni­cales en absence de prêtre. Le soin pas­to­ral de l’Église doit s’ex­pri­mer dans ce cas en veillant à ce que la litur­gie de la Parole, orga­ni­sée sous la pré­si­dence d’un diacre ou d’un res­pon­sable de la com­mu­nau­té à qui ce minis­tère a été régu­liè­re­ment confié par l’au­to­ri­té com­pé­tente, se déroule selon un rituel spé­ci­fique, éla­bo­ré par les Conférences épis­co­pales et approu­vé par elles à cette fin. [212] Je rap­pelle que concé­der la facul­té de dis­tri­buer la com­mu­nion dans ces litur­gies revient aux Ordinaires, qui éva­lue­ront atten­ti­ve­ment l’op­por­tu­ni­té des choix à effec­tuer. En outre, on doit faire en sorte que de telles assem­blées n’en­traînent pas de confu­sion sur le rôle cen­tral du prêtre et sur l’as­pect sacra­men­tel dans la vie de l’Église. L’importance du rôle des laïcs, que l’on doit jus­te­ment remer­cier de leur géné­ro­si­té au ser­vice des com­mu­nau­tés chré­tiennes, ne peut jamais occul­ter le minis­tère irrem­pla­çable des prêtres pour la vie de l’Église. [213] On veille­ra donc avec atten­tion à ce que les assem­blées en absence de prêtre ne donnent pas prise à des visions ecclé­sio­lo­giques qui ne seraient pas fidèles à la véri­té de l’Évangile et à la tra­di­tion de l’Église. Elles devraient plu­tôt être des occa­sions pri­vi­lé­giées de prière adres­sée à Dieu pour qu’il envoie de saints prêtres selon son cœur. À ce sujet, ce qu’é­cri­vait le Pape Jean-​Paul II dans sa Lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint 1979, est par­ti­cu­liè­re­ment émou­vant, rap­pe­lant les lieux où les fidèles, pri­vés de prêtre par un régime dic­ta­to­rial, se réunis­saient dans une église ou dans un sanc­tuaire, met­taient sur l’autelune étole qu’ils conser­vaient encore et réci­taient les prières de la litur­gie eucha­ris­tique, fai­sant silence « au moment qui cor­res­pon­drait à la trans­sub­stan­tia­tion », témoi­gnant qu’ils dési­raient « ardem­ment entendre les paroles que seules les lèvres d’un prêtre peuvent pro­non­cer effi­ca­ce­ment ». [214] Dans cette pers­pec­tive, étant don­né le bien incom­pa­rable qui découle de la célé­bra­tion du Sacrifice eucha­ris­tique, je demande à tous les prêtres une dis­po­ni­bi­li­té effec­tive et concrète pour visi­ter le plus sou­vent pos­sible les com­mu­nau­tés qui sont confiées à leur soin pas­to­ral, pour qu’elles ne res­tent pas trop long­temps sans le Sacrement de la charité.

Une forme eucha­ris­tique de l’exis­tence chré­tienne, l’ap­par­te­nance ecclésiale

76. L’importance du dimanche comme Dies Ecclesiae nous ren­voie à la rela­tion intrin­sèque entre la vic­toire de Jésus sur le mal et sur la mort et notre appar­te­nance à son Corps ecclé­sial. En effet, le Jour du Seigneur, tout chré­tien retrouve éga­le­ment la dimen­sion com­mu­nau­taire de son exis­tence rache­tée. Participer à l’ac­tion litur­gique, com­mu­nier au Corps et au Sang du Christ signi­fie en même temps rendre tou­jours plus intime et plus pro­fonde son appar­te­nance à Celui qui est mort pour nous (cf. 1 Co 6, 19s ; 7, 23). En véri­té, celui qui mange le Christ vit par Lui. Le sens pro­fond de la com­mu­nio sanc­to­rum se com­prend en rela­tion avec le Mystère eucha­ris­tique. La com­mu­nion a tou­jours et insé­pa­ra­ble­ment une conno­ta­tion ver­ti­cale et hori­zon­tale : com­mu­nion avec Dieu et com­mu­nion avec nos frères et sœurs. Les deux dimen­sions se ren­contrent mys­té­rieu­se­ment dans le don eucha­ris­tique. « Là où se détruit la com­mu­nion avec Dieu, qui est com­mu­nion avec le Père, avec le Fils et avec le Saint-​Esprit, se détruit aus­si la racine et la source de la com­mu­nion entre nous. Et là où n’est pas vécue la com­mu­nion entre nous, là non plus la com­mu­nion avec le Dieu tri­ni­taire n’est ni vivante ni vraie ». [215] Appelés à être membres du Christ et donc membres les uns des autres (cf. 1 Co 12, 27), nous consti­tuons une réa­li­té onto­lo­gi­que­ment fon­dée sur le Baptême et nour­rie par l’Eucharistie, réa­li­té qui demande de trou­ver une réponse visible dans la vie de nos communautés.

La forme eucha­ris­tique de l’exis­tence chré­tienne est sans aucun doute une forme ecclé­siale et com­mu­nau­taire. À tra­vers le dio­cèse et les paroisses, en tant que struc­tures de base de l’Église sur un ter­ri­toire par­ti­cu­lier, tout fidèle peut faire une expé­rience concrète de son appar­te­nance au Corps du Christ. Les asso­cia­tions, les mou­ve­ments ecclé­siaux et les com­mu­nau­tés nou­velles – avec la viva­ci­té de leurs cha­rismes don­nés par le Saint-​Esprit pour notre temps –, de même que les Instituts de vie consa­crée, ont le devoir d’of­frir leur contri­bu­tion spé­ci­fique pour favo­ri­ser chez les fidèles la per­cep­tion du fait qu’ils sont du Seigneur (cf. Rm 14, 8). Le phé­no­mène de la sécu­la­ri­sa­tion, qui contient, et ce n’est pas un hasard, des carac­tères for­te­ment indi­vi­dua­listes, pro­duit ses effets délé­tères sur­tout chez les per­sonnes qui s’i­solent en rai­son d’un manque de sens de l’ap­par­te­nance. Depuis ses ori­gines, le chris­tia­nisme implique tou­jours une com­pa­gnie, un réseau de rela­tions vivi­fiées conti­nuel­le­ment par l’é­coute de la Parole, par la célé­bra­tion eucha­ris­tique, et ani­mées par l’Esprit Saint.

Spiritualité et culture eucharistique

77. De manière signi­fi­ca­tive, les Pères syno­daux ont affir­mé que « les fidèles chré­tiens ont besoin d’une com­pré­hen­sion plus pro­fonde des rela­tions entre l’Eucharistie et la vie quo­ti­dienne. La spi­ri­tua­li­té eucha­ris­tique n’est pas seule­ment par­ti­ci­pa­tion à la Messe et dévo­tion au Saint-​Sacrement. Elle englobe la vie entière ». [216] Cette insis­tance revêt pour nous tous aujourd’­hui un sens par­ti­cu­lier. Il faut recon­naître que l’un des effets les plus graves de la sécu­la­ri­sa­tion, qui vient d’être men­tion­né, consiste dans le fait d’a­voir relé­gué la foi chré­tienne aux marges de l’exis­tence, comme si elle était inutile pour ce qui concerne le dérou­le­ment concret de la vie des hommes. L’échec de la manière de vivre « comme si Dieu n’exis­tait pas » est main­te­nant devant les yeux de tous. Aujourd’hui, il est néces­saire de redé­cou­vrir que Jésus Christ n’est pas une simple convic­tion pri­vée ou une doc­trine abs­traite, mais une per­sonne réelle, dont l’in­ser­tion dans l’his­toire est capable de renou­ve­ler la vie de tous. C’est pour­quoi l’Eucharistie, comme source et som­met de la vie et de la mis­sion de l’Église, doit se tra­duire en spi­ri­tua­li­té, en vie « selon l’Esprit » (Rm 8, 4s ; cf. Ga 5, 16.25). Il est signi­fi­ca­tif que saint Paul, dans le pas­sage de la Lettre aux Romains où il invite à vivre le nou­veau culte spi­ri­tuel, rap­pelle en même temps la néces­si­té du chan­ge­ment dans la manière de vivre et de pen­ser : « Ne pre­nez pas pour modèle le monde pré­sent, mais transformez-​vous en renou­ve­lant votre façon de pen­ser pour savoir recon­naître quelle est la volon­té de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est par­fait » (12, 2). De cette façon, l’Apôtre des Nations sou­ligne le lien entre le vrai culte spi­ri­tuel et la néces­si­té d’une nou­velle manière de per­ce­voir l’exis­tence et de conduire sa vie. Renouveler sa façon de pen­ser fait par­tie inté­grante de la forme eucha­ris­tique de la vie chré­tienne, « alors nous ne serons plus comme des enfants, nous lais­sant secouer et mener à la dérive par tous les cou­rants d’i­dées » (Ep 4, 14).

Eucharistie et évan­gé­li­sa­tion des cultures

78. Il résulte de tout ce qui a été dit que le Mystère eucha­ris­tique nous met en dia­logue avec les dif­fé­rentes cultures, mais aus­si en un sens il les défie. [217] Il faut recon­naître le carac­tère inter­cul­tu­rel de ce nou­veau culte, de cette logi­ké latreía. La pré­sence de Jésus Christ et l’ef­fu­sion de l’Esprit Saint sont des évé­ne­ments qui peuvent constam­ment se confron­ter à toute réa­li­té cultu­relle, pour y mettre le ferment évan­gé­lique. Cela com­porte en consé­quence l’en­ga­ge­ment de pro­mou­voir avec convic­tion l’é­van­gé­li­sa­tion des cultures, dans la conscience que le Christ lui-​même est la véri­té de tout homme et de toute l’his­toire humaine. L’Eucharistie devient cri­tère de valo­ri­sa­tion de tout ce que le chris­tia­nisme ren­contre dans les dif­fé­rentes expres­sions cultu­relles. Dans cet impor­tant pro­ces­sus, nous pou­vons entendre de manière ô com­bien signi­fi­ca­tive les paroles de saint Paul dans sa Première Lettre aux Thessaloniciens : « Discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-​le » (5, 21).

Eucharistie et fidèles laïcs

79. Dans le Christ, Tête de l’Église qui est son Corps, tous les chré­tiens forment « la race choi­sie, le sacer­doce royal, la nation sainte, le peuple qui appar­tient à Dieu pour annon­cer ses mer­veilles » (1 P 2, 9). Comme mys­tère à vivre, l’Eucharistie s’offre à cha­cun de nous dans la condi­tion où il se trouve, fai­sant de sa situa­tion exis­ten­tielle le lieu où il faut vivre quo­ti­dien­ne­ment la nou­veau­té chré­tienne. Si le Sacrifice eucha­ris­tique nour­rit et fait gran­dir en nous ce qui est déjà don­né dans le Baptême, par lequel nous sommes tous appe­lés à la sain­te­té, [218] alors cela doit appa­raître et se mani­fes­ter pré­ci­sé­ment dans les situa­tions ou dans les états de vie dans les­quels chaque chré­tien se trouve. On devient jour après jour un culte agréable à Dieu en vivant sa vie comme une voca­tion. Partant de la convo­ca­tion litur­gique, c’est le sacre­ment de l’Eucharistie lui-​même qui nous engage dans la réa­li­té quo­ti­dienne pour que tout soit fait à la gloire de Dieu.

Et puisque le monde est « le champ » (Mt 13, 38) dans lequel Dieu met ses enfants comme du bon grain, les chré­tiens laïcs, en ver­tu de leur Baptême et de leur Confirmation, et for­ti­fiés par l’Eucharistie, sont appe­lés à vivre la nou­veau­té radi­cale appor­tée par le Christ pré­ci­sé­ment au cœur des condi­tions com­munes de l’exis­tence. [219] Ils doivent nour­rir le désir que l’Eucharistie marque tou­jours plus pro­fon­dé­ment leur vie quo­ti­dienne, les ame­nant à être des témoins iden­ti­fiables dans leur milieu de tra­vail et dans la socié­té tout entière. [220] J’adresse un encou­ra­ge­ment par­ti­cu­lier aux familles, pour qu’elles puisent ins­pi­ra­tion et force dans ce Sacrement. L’amour entre l’homme et la femme, l’ac­cueil de la vie, la tâche édu­ca­tive, se révèlent être des lieux pri­vi­lé­giés où l’Eucharistie peut mani­fes­ter sa capa­ci­té de trans­for­mer et de por­ter l’exis­tence à sa plé­ni­tude de sens. [221] Les Pasteurs ne man­que­ront jamais de sou­te­nir, d’é­du­quer et d’en­cou­ra­ger les fidèles laïcs à vivre plei­ne­ment leur voca­tion à la sain­te­té dans le monde, que Dieu a tant aimé jus­qu’à don­ner son Fils pour qu’il en devienne le salut (cf. Jn 3, 16).

Eucharistie et spi­ri­tua­li­té sacerdotale

80. La forme eucha­ris­tique de l’exis­tence chré­tienne se mani­feste sans aucun doute de façon par­ti­cu­lière dans l’é­tat de vie sacer­do­tale. La spi­ri­tua­li­té sacer­do­tale est intrin­sè­que­ment eucha­ris­tique. Le germe de cette spi­ri­tua­li­té se trouve déjà dans les paroles que l’Évêque pro­nonce dans la litur­gie de l’Ordination : « Recevez l’of­frande du peuple saint pour la pré­sen­ter à Dieu. Ayez conscience de ce que vous ferez, imi­tez dans votre vie ce que vous accom­pli­rez par ces rites et conformez-​vous au mys­tère de la croix du Seigneur ». [222] Pour don­ner à son exis­tence une forme eucha­ris­tique tou­jours plus accom­plie, le prêtre doit faire une large place, dès la période de sa for­ma­tion puis dans les années qui suivent, à la vie spi­ri­tuelle. [223] Il est appe­lé à être en per­ma­nence un authen­tique cher­cheur de Dieu, tout en res­tant proche des pré­oc­cu­pa­tions des hommes. Une vie spi­ri­tuelle intense lui per­met­tra d’en­trer plus pro­fon­dé­ment en com­mu­nion avec le Seigneur et l’ai­de­ra à se lais­ser prendre par l’a­mour de Dieu, en deve­nant son témoin en toute cir­cons­tance, même dif­fi­cile et sombre. Dans ce but, je recom­mande aux prêtres, avec les Pères du Synode, « la célé­bra­tion quo­ti­dienne de la Messe, même sans la par­ti­ci­pa­tion de fidèles ». [224] Cette recom­man­da­tion cor­res­pond avant tout à la valeur objec­ti­ve­ment infi­nie de chaque célé­bra­tion eucha­ris­tique ; elle en tire ensuite motif pour une effi­ca­ci­té spi­ri­tuelle par­ti­cu­lière, parce que, si elle est vécue avec atten­tion et avec foi, la Messe est for­ma­trice dans le sens le plus pro­fond du terme, en tant qu’elle pro­meut la confor­ma­tion au Christ et qu’elle affer­mit le prêtre dans sa vocation.

Eucharistie et vie consacrée

81. Dans le cadre des rela­tions entre l’Eucharistie et les dif­fé­rentes voca­tions ecclé­siales res­plen­dit en par­ti­cu­lier « le témoi­gnage pro­phé­tique des per­sonnes consa­crées, qui trouvent dans la célé­bra­tion eucha­ris­tique et dans l’a­do­ra­tion la force pour suivre radi­ca­le­ment le Christ obéis­sant, pauvre et chaste ». [225] Les per­sonnes consa­crées, tout en ren­dant beau­coup de ser­vices dans le domaine de la for­ma­tion humaine et du soin des pauvres, dans l’en­sei­gne­ment ou dans l’as­sis­tance aux malades, savent que le but prin­ci­pal de leur vie est « la contem­pla­tion de la véri­té divine et l’u­nion constante avec Dieu ». [226] La contri­bu­tion essen­tielle que l’Église attend de la vie consa­crée est beau­coup plus de l’ordre de l’être que de l’ordre du faire. À ce pro­pos, je vou­drais rap­pe­ler l’im­por­tance du témoi­gnage de la vir­gi­ni­té spé­cia­le­ment en rela­tion avec le mys­tère de l’Eucharistie. En plus du lien avec le céli­bat sacer­do­tal, le Mystère eucha­ris­tique a aus­si un rap­port intrin­sèque avec la vir­gi­ni­té consa­crée, en tant qu’elle est expres­sion du don exclu­sif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidé­li­té radi­cale et féconde. [227] Dans l’Eucharistie, la vir­gi­ni­té consa­crée trouve ins­pi­ra­tion et nour­ri­ture pour sa dona­tion totale au Christ. Elle tire aus­si de l’Eucharistie récon­fort et impul­sion pour être, en notre temps éga­le­ment, signe de l’a­mour gra­tuit et fécond que Dieu a pour l’hu­ma­ni­té. Enfin, à tra­vers son témoi­gnage spé­ci­fique, la vie consa­crée devient objec­ti­ve­ment rap­pel et anti­ci­pa­tion des « noces de l’Agneau » (Ap 19, 7–9), qui sont le but de toute l’his­toire du salut. En ce sens, elle ren­voie de manière effi­cace à l’ho­ri­zon escha­to­lo­gique dont tout homme a besoin pour pou­voir orien­ter les choix et les déci­sions de sa vie.

Eucharistie et trans­for­ma­tion morale

82. Découvrant la beau­té de la forme eucha­ris­tique de l’exis­tence chré­tienne, nous sommes ame­nés éga­le­ment à réflé­chir sur les éner­gies morales qui sont mises en œuvre par cette forme comme sou­tien de l’au­then­tique liber­té des enfants de Dieu. Je sou­haite reprendre ici une thé­ma­tique appa­rue au cours du Synode concer­nant le lien entre forme eucha­ris­tique de l’exis­tence et trans­for­ma­tion morale. Le Pape Jean-​Paul II avait affir­mé que la vie morale « a une valeur de « culte spi­ri­tuel » (Rm 12, 1 ; cf. Ph 3, 3), pui­sé et nour­ri à la source inépui­sable de sain­te­té et de glo­ri­fi­ca­tion de Dieu que sont les sacre­ments, en par­ti­cu­lier l’Eucharistie : en effet, par­ti­ci­pant au Sacrifice de la croix, le chré­tien com­mu­nie à l’a­mour d’of­frande du Christ, et il est habi­li­té et enga­gé à vivre cette même cha­ri­té dans tous les actes et tous les com­por­te­ments de sa vie ». [228] En défi­ni­tive, « dans le « culte » lui-​même, dans la com­mu­nion eucha­ris­tique, sont conte­nus le fait d’être aimé et celui d’ai­mer les autres à son tour. Une Eucharistie qui ne se tra­duit pas en une pra­tique concrète de l’a­mour est en elle-​même tron­quée ». [229]

Ce rap­pel de la valeur morale du culte spi­ri­tuel ne doit pas être inter­pré­té de façon mora­li­sante. Il s’a­git avant tout de la décou­verte joyeuse du dyna­misme de l’a­mour dans un cœur qui accueille le don du Seigneur, qui s’a­ban­donne à lui et qui trouve la vraie liber­té. La trans­for­ma­tion morale, impli­quée dans le nou­veau culte ins­ti­tué par le Christ, est une ten­sion et un désir pro­fond de vou­loir cor­res­pondre à l’a­mour du Seigneur de tout son être, tout en étant conscient de sa fra­gi­li­té. Ce dont nous par­lons se reflète bien dans le récit évan­gé­lique concer­nant Zachée (cf. Lc 19, 1–10). Après avoir accueilli Jésus dans sa mai­son, le publi­cain se retrouve com­plè­te­ment trans­for­mé : il décide de don­ner la moi­tié de ses biens aux pauvres et de rendre le qua­druple à ceux qu’il avait volés. La ten­sion morale qui naît de l’ac­cueil de Jésus dans notre vie découle de la gra­ti­tude pro­ve­nant de l’ex­pé­rience de la proxi­mi­té du Seigneur, sans aucun mérite de notre part.

Cohérence eucha­ris­tique

83. Il est impor­tant de rele­ver ce que les Pères syno­daux ont appe­lé cohé­rence eucha­ris­tique, à laquelle notre exis­tence est objec­ti­ve­ment appe­lée. En effet, le culte agréable à Dieu n’est jamais un acte pure­ment pri­vé, sans consé­quence sur nos rela­tions sociales : il requiert un témoi­gnage public de notre foi. Évidemment, cela vaut pour tous les bap­ti­sés, mais s’im­pose avec une exi­gence par­ti­cu­lière pour ceux qui, par la posi­tion sociale ou poli­tique qu’ils occupent, doivent prendre des déci­sions concer­nant les valeurs fon­da­men­tales, comme le res­pect et la défense de la vie humaine, de sa concep­tion à sa fin natu­relle, comme la famille fon­dée sur le mariage entre homme et femme, la liber­té d’é­du­ca­tion des enfants et la pro­mo­tion du bien com­mun sous toutes ses formes. [230] Ces valeurs ne sont pas négo­ciables. Par consé­quent, les hommes poli­tiques et les légis­la­teurs catho­liques, conscients de leur grave res­pon­sa­bi­li­té sociale, doivent se sen­tir par­ti­cu­liè­re­ment inter­pel­lés par leur conscience, jus­te­ment for­mée, pour pré­sen­ter et sou­te­nir des lois ins­pi­rées par les valeurs fon­dées sur la nature humaine. [231] Cela a, entre autres, un lien objec­tif avec l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 27–29). Les Évêques sont tenus de rap­pe­ler constam­ment ces valeurs ; cela fait par­tie de leur res­pon­sa­bi­li­té à l’é­gard du trou­peau qui leur est confié. [232]

Eucharistie, mys­tère à annoncer

Eucharistie et mission

84. Dans l’ho­mé­lie de la célé­bra­tion eucha­ris­tique par laquelle j’ai com­men­cé solen­nel­le­ment mon minis­tère sur la Chaire de Pierre, j’ai dit : « Il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, sur­pris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de com­mu­ni­quer aux autres l’a­mi­tié avec lui ». [233] Cette affir­ma­tion acquiert une plus forte inten­si­té si nous pen­sons au mys­tère eucha­ris­tique. En effet, nous ne pou­vons gar­der pour nous l’a­mour que nous célé­brons dans ce Sacrement. Il demande de par sa nature d’être com­mu­ni­qué à tous. Ce dont le monde a besoin, c’est de l’a­mour de Dieu, c’est de ren­con­trer le Christ et de croire en lui. C’est pour­quoi l’Eucharistie n’est pas seule­ment source et som­met de la vie de l’Église ; elle est aus­si source et som­met de sa mis­sion : « Une Église authen­ti­que­ment eucha­ris­tique est une Église mis­sion­naire ». [234] Nous aus­si, nous devons pou­voir dire à nos frères avec convic­tion : « Ce que nous avons contem­plé, ce que nous avons enten­du, nous vous l’an­non­çons à vous aus­si, pour que, vous aus­si, vous soyez en com­mu­nion avec nous » (1 Jn 1, 3). En réa­li­té, il n’y a rien de plus beau que de ren­con­trer le Christ et de le com­mu­ni­quer à tous. L’institution même de l’Eucharistie, du reste, anti­cipe ce qui consti­tue le cœur de la mis­sion de Jésus : Il est l’Envoyé du Père pour la rédemp­tion du monde (cf. Jn 3, 16- 17 ; Rm 8, 32). Au cours de la der­nière Cène, Jésus confie à ses dis­ciples le Sacrement qui actua­lise le sacri­fice qu’il a fait de lui-​même par obéis­sance au Père pour notre salut à tous. Nous ne pou­vons nous appro­cher de la Table eucha­ris­tique sans nous lais­ser entraî­ner dans le mou­ve­ment de la mis­sion qui, pre­nant nais­sance dans le Cœur même de Dieu, veut rejoindre tous les hommes. La ten­sion mis­sion­naire est donc consti­tu­tive de la forme eucha­ris­tique de l’exis­tence chrétienne.

Eucharistie et témoignage

85. La mis­sion pre­mière et fon­da­men­tale qui nous vient des saints Mystères que nous célé­brons est de rendre témoi­gnage par notre vie. L’émerveillement pour le don que Dieu nous a fait dans le Christ imprime à notre exis­tence un dyna­misme nou­veau qui nous engage à être témoins de son amour. Nous deve­nons témoins lorsque, par nos actions, nos paroles et nos com­por­te­ments, un Autre trans­pa­raît et se com­mu­nique. On peut dire que le témoi­gnage est le moyen par lequel la véri­té de l’a­mour de Dieu rejoint l’homme dans l’his­toire, l’in­vi­tant à accueillir libre­ment cette nou­veau­té radi­cale. Dans le témoi­gnage, Dieu s’ex­pose, pour ain­si dire, au risque de la liber­té de l’homme. Jésus lui-​même est le témoin fidèle et véri­dique (cf. Ap 1, 5 ; 3, 14); il est venu pour rendre témoi­gnage à la véri­té (cf. Jn 18, 37). Dans cet ordre d’i­dées, il me tient à cœur de reprendre un concept cher aux pre­miers chré­tiens, mais qui nous touche aus­si, nous chré­tiens d’au­jourd’­hui : le témoi­gnage jus­qu’au don de soi-​même, jus­qu’au mar­tyre, a tou­jours été consi­dé­ré dans l’his­toire de l’Église comme le som­met du nou­veau culte spi­ri­tuel : « Offrez vos corps » (Rm 12, 1). Que l’on pense, par exemple, au récit du mar­tyre de saint Polycarpe de Smyrne, dis­ciple de saint Jean : tout le dérou­le­ment dra­ma­tique est décrit comme une litur­gie, et même comme le fait que le mar­tyr lui-​même veuille deve­nir Eucharistie. [235] Pensons aus­si à la conscience eucha­ris­tique qu’ex­prime saint Ignace d’Antioche en vue de son mar­tyre : il se consi­dère comme « le fro­ment de Dieu » et il désire deve­nir dans le mar­tyre le « pur pain du Christ ». [236] Le chré­tien qui offre sa vie dans le mar­tyre entre dans la pleine com­mu­nion avec la Pâque de Jésus Christ et devient ain­si lui-​même Eucharistie avec Lui. Aujourd’hui encore, les mar­tyrs, en qui se mani­feste de manière suprême l’a­mour de Dieu, ne font pas défaut pas à l’Église. Même quand l’é­preuve du mar­tyre ne nous est pas deman­dée, nous savons bien que le culte agréable à Dieu requiert en pro­fon­deur cette dis­po­ni­bi­li­té [237] et qu’il trouve sa réa­li­sa­tion dans le témoi­gnage joyeux et convain­cu, devant le monde, d’une vie chré­tienne cohé­rente dans les milieux où le Seigneur nous appelle à l’annoncer.

Jésus Christ, unique Sauveur

86. Souligner le rap­port intrin­sèque entre Eucharistie et mis­sion nous fait aus­si redé­cou­vrir le conte­nu ultime de notre annonce. Plus l’a­mour pour l’Eucharistie sera vivant dans le cœur du peuple chré­tien, plus le devoir de la mis­sion sera clair pour lui : por­ter le Christ. Ce n’est ni une idée ni un com­man­de­ment moral ins­pi­ré par Lui, mais c’est le don de sa propre Personne. Celui qui ne com­mu­nique pas la véri­té de l’Amour à son frère n’a pas encore don­né assez. En tant que sacre­ment de notre salut, l’Eucharistie nous ren­voie ain­si inévi­ta­ble­ment au carac­tère unique du Christ et du salut qu’il a accom­pli au prix de son sang. Par consé­quent, du Mystère eucha­ris­tique, auquel on croit et que l’on célèbre, naît l’exi­gence d’é­du­quer constam­ment tout le monde au tra­vail mis­sion­naire dont le centre est l’an­nonce de Jésus, unique Sauveur. [238] Cela évi­te­ra de réduire à un aspect pure­ment socio­lo­gique l’œuvre déter­mi­nante de pro­mo­tion humaine, qui est tou­jours impli­quée dans tout pro­ces­sus authen­tique d’évangélisation.

Liberté de culte

87. Dans cet esprit, je sou­haite faire écho à ce qu’ont affir­mé les Pères durant l’as­sem­blée syno­dale concer­nant les graves dif­fi­cul­tés qui pèsent sur la mis­sion des com­mu­nau­tés chré­tiennes vivant en situa­tion de mino­ri­té ou même pri­vées de liber­té reli­gieuse. [239] Nous devons vrai­ment rendre grâce au Seigneur pour tous les Évêques, les prêtres, les per­sonnes consa­crées et les laïcs, qui s’emploient à annon­cer l’Évangile et qui vivent leur foi en met­tant leur propre vie en dan­ger. Les régions du monde dans les­quelles célé­brer ou se rendre à l’Église consti­tue un témoi­gnage héroïque, qui expose la vie de celui qui le fait à l’ex­clu­sion et à la vio­lence, ne manquent pas. À ce pro­pos, je veux aus­si réaf­fir­mer la soli­da­ri­té de toute l’Église avec ceux qui souffrent de l’ab­sence de liber­té de culte. Là où manque la liber­té reli­gieuse, nous le savons, manque en défi­ni­tive la liber­té la plus signi­fi­ca­tive, puisque dans la foi l’homme exprime son intime déci­sion quant au sens ultime de son exis­tence. Prions donc pour que s’é­lar­gissent les espaces de la liber­té reli­gieuse dans tous les États, afin que les chré­tiens, de même que les membres des autres reli­gions, puissent vivre libre­ment leurs convic­tions, indi­vi­duel­le­ment et en communauté.

Eucharistie, mys­tère à offrir au monde

Eucharistie, pain rom­pu pour la vie du monde

88. « Le pain que je don­ne­rai, c’est ma chair, don­née pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51). Par ces paroles, le Seigneur révèle la véri­table signi­fi­ca­tion du don de sa propre vie pour tous les hommes, nous mon­trant aus­si la pro­fonde com­pas­sion qu’Il a pour toute per­sonne. En effet, à de nom­breuses reprises, les Évangiles nous rap­portent les sen­ti­ments de Jésus à l’é­gard des hommes, tout par­ti­cu­liè­re­ment des per­sonnes qui souffrent et des pécheurs (cf. Mt 20, 34 ; Mc 6, 34 ; Lc 19, 41). À tra­vers un sen­ti­ment pro­fon­dé­ment humain, il exprime l’in­ten­tion sal­vi­fique de Dieu pour tout homme, afin qu’il atteigne la vraie vie. Toute célé­bra­tion eucha­ris­tique actua­lise sacra­men­tel­le­ment le don que Jésus a fait de sa vie sur la croix pour nous et pour le monde entier. En même temps, dans l’Eucharistie, Jésus fait de nous des témoins de la com­pas­sion de Dieu pour cha­cun de nos frères et sœurs. Autour du mys­tère eucha­ris­tique naît ain­si le ser­vice de la cha­ri­té vis-​à-​vis du pro­chain, qui « consiste pré­ci­sé­ment dans le fait que j’aime aus­si, en Dieu et avec Dieu, la per­sonne que je n’ap­pré­cie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réa­li­ser qu’à par­tir de la ren­contre intime avec Dieu, une ren­contre qui est deve­nue com­mu­nion de volon­té pour aller jus­qu’à tou­cher le sen­ti­ment. J’apprends alors à regar­der cette autre per­sonne non plus seule­ment avec mes yeux et mes sen­ti­ments, mais selon la pers­pec­tive de Jésus Christ ». [240] De cette façon, dans les per­sonnes que j’ap­proche, je recon­nais des frères et des sœurs pour les­quels le Seigneur a don­né sa vie en les aimant « jus­qu’au bout » (Jn 13, 1). Par consé­quent, nos com­mu­nau­tés, quand elles célèbrent l’Eucharistie, doivent prendre tou­jours plus conscience que le sacri­fice du Christ est pour tous, et que l’Eucharistie presse alors toute per­sonne qui croit en Lui à se faire « pain rom­pu » pour les autres et donc à s’en­ga­ger pour un monde plus juste et plus fra­ter­nel. En pen­sant à la mul­ti­pli­ca­tion des pains et des pois­sons, nous devons recon­naître que le Christ, encore aujourd’­hui, conti­nue à exhor­ter ses dis­ciples à s’en­ga­ger per­son­nel­le­ment : « Donnez-​leur vous-​mêmes à man­ger » (Mt 14, 16). La voca­tion de cha­cun de nous consiste véri­ta­ble­ment à être, avec Jésus, pain rom­pu pour la vie du monde.

Les impli­ca­tions sociales du Mystère eucharistique

89. L’union au Christ qui se réa­lise dans le Sacrement nous ouvre aus­si à une nou­veau­té dans les rap­ports sociaux : « la « mys­tique » du Sacrement a un carac­tère social ». En effet, « l’u­nion au Christ est en même temps union avec tous ceux aux­quels il se donne. Je ne peux avoir le Christ pour moi seul ; je ne peux lui appar­te­nir qu’en union avec tous ceux qui sont deve­nus ou qui devien­dront siens ». [241] À ce pro­pos, il est néces­saire d’ex­pli­ci­ter la rela­tion entre Mystère eucha­ris­tique et enga­ge­ment social. L’Eucharistie est sacre­ment de com­mu­nion entre frères et sœurs qui acceptent de se récon­ci­lier dans le Christ, lui qui a fait des Juifs et des païens un seul peuple, abat­tant le mur d’i­ni­mi­tié qui les sépa­rait (cf. Ep 2, 14). C’est seule­ment cette constante ten­sion en vue de la récon­ci­lia­tion qui per­met de com­mu­nier digne­ment au Corps et au Sang du Christ (cf. Mt 5, 23–24). [242] Par le mémo­rial de son sacri­fice, il ren­force la com­mu­nion entre les frères et, en par­ti­cu­lier, il pousse ceux qui sont en conflit à hâter leur récon­ci­lia­tion en s’ou­vrant au dia­logue et à l’en­ga­ge­ment pour la jus­tice. Il est hors de doute que la res­tau­ra­tion de la jus­tice, la récon­ci­lia­tion et le par­don sont des condi­tions pour bâtir une paix véri­table. [243] De cette conscience naît la volon­té de trans­for­mer aus­si les struc­tures injustes pour res­tau­rer le res­pect de la digni­té de l’homme, créé à l’i­mage et à la res­sem­blance de Dieu. C’est au moyen du déve­lop­pe­ment concret de cette res­pon­sa­bi­li­té que l’Eucharistie devient dans la vie ce qu’elle signi­fie dans la célé­bra­tion. Comme j’ai eu l’oc­ca­sion de l’af­fir­mer, ce n’est pas le rôle propre de l’Église de prendre en charge le com­bat poli­tique pour réa­li­ser la socié­té la plus juste pos­sible ; tou­te­fois, elle ne peut et ne doit pas non plus res­ter à l’é­cart de la lutte pour la jus­tice. L’Église « doit s’in­sé­rer en elle par la voie de l’ar­gu­men­ta­tion ration­nelle et elle doit réveiller les forces spi­ri­tuelles, sans les­quelles la jus­tice, qui requiert tou­jours aus­si des renon­ce­ments, ne peut s’af­fir­mer ni se déve­lop­per ». [244]

Dans la pers­pec­tive de la res­pon­sa­bi­li­té sociale de tous les chré­tiens, les Pères syno­daux ont rap­pe­lé que le sacri­fice du Christ est mys­tère de libé­ra­tion qui nous inter­pelle et qui nous pro­voque conti­nuel­le­ment. J’adresse donc un appel à tous les fidèles pour qu’ils soient réel­le­ment des arti­sans de paix et de jus­tice : « Celui qui par­ti­cipe à l’Eucharistie doit en effet s’en­ga­ger à construire la paix dans notre monde mar­qué par beau­coup de vio­lences et de guerres, et aujourd’­hui de façon par­ti­cu­lière, par le ter­ro­risme, la cor­rup­tion éco­no­mique et l’ex­ploi­ta­tion sexuelle ». [245] Ce sont tous des pro­blèmes qui, à leur tour, pro­duisent d’autres phé­no­mènes avi­lis­sants qui sus­citent une vive pré­oc­cu­pa­tion. Nous savons que ces situa­tions ne peuvent être affron­tées de façon super­fi­cielle. C’est pré­ci­sé­ment en ver­tu du Mystère que nous célé­brons qu’il nous faut dénon­cer les situa­tions qui sont en oppo­si­tion avec la digni­té de l’homme, pour lequel le Christ a ver­sé son sang, affir­mant ain­si la haute valeur de toute personne.

La nour­ri­ture de la véri­té et l’in­di­gence de l’homme

90. Nous ne pou­vons res­ter sans rien faire devant cer­tains pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion qui font sou­vent gran­dir déme­su­ré­ment, au niveau mon­dial, l’é­cart entre riches et pauvres. Nous devons dénon­cer ceux qui dila­pident les richesses de la terre, pro­vo­quant des inéga­li­tés qui crient vers le ciel (cf. Jc 5, 4). Par exemple, il est impos­sible de se taire face « aux images bou­le­ver­santes des grands camps de per­sonnes dépla­cées ou de réfu­giés – en diverses par­ties du monde –, ras­sem­blés dans des condi­tions de for­tune, pour échap­per à des condi­tions pires encore, alors qu’ils ont besoin de tout. Ces êtres humains ne sont-​ils pas nos frères et nos sœurs ? Leurs enfants ne sont-​ils pas venus au monde avec les mêmes attentes légi­times de bon­heur que les autres ? ». [246] Le Seigneur Jésus, Pain de vie éter­nelle, nous pousse à être atten­tifs aux situa­tions de misère dans les­quelles se trouve encore une grande par­tie de l’hu­ma­ni­té : ce sont des situa­tions dont la cause implique sou­vent une res­pon­sa­bi­li­té claire et inquié­tante des hommes. En effet, « sur la base des don­nées sta­tis­tiques dis­po­nibles, on peut affir­mer que moins de la moi­tié des immenses sommes glo­ba­le­ment des­ti­nées aux arme­ments serait plus que suf­fi­sante pour que l’im­mense armée des pauvres soit tirée de l’in­di­gence, et cela de manière stable. La conscience humaine en est inter­pel­lée. Pour les popu­la­tions qui vivent en des­sous du seuil de pau­vre­té, plus en rai­son de situa­tions qui dépendent des rela­tions inter­na­tio­nales poli­tiques, com­mer­ciales et cultu­relles qu’en rai­son de cir­cons­tances incon­trô­lées, notre enga­ge­ment com­mun dans la véri­té peut et doit don­ner de nou­velles espé­rances ». [247]

La nour­ri­ture de la véri­té nous pousse à dénon­cer les situa­tions indignes de l’homme, dans les­quelles on meurt par manque de nour­ri­ture en rai­son de l’in­jus­tice et de l’ex­ploi­ta­tion, et elle nous donne des forces et un cou­rage renou­ve­lés pour tra­vailler sans répit à l’é­di­fi­ca­tion de la civi­li­sa­tion de l’a­mour. Depuis les ori­gines, les chré­tiens se sont pré­oc­cu­pés de par­ta­ger leurs biens (cf. Ac 4, 32) et d’ai­der les pauvres (cf. Rm 15, 26). La quête qui est recueillie dans les assem­blées litur­giques en est un sou­ve­nir vivant, mais elle est aus­si une néces­si­té très actuelle. Les ins­ti­tu­tions ecclé­siales de bien­fai­sance, en par­ti­cu­lier la Caritas à divers niveaux, réa­lisent le pré­cieux ser­vice d’ai­der les per­sonnes dans le besoin, sur­tout les plus pauvres. Tirant leur ins­pi­ra­tion de l’Eucharistie, qui est le sacre­ment de la cha­ri­té, elles en deviennent l’ex­pres­sion concrète ; elles méritent donc appro­ba­tion et encou­ra­ge­ment pour leur enga­ge­ment de soli­da­ri­té dans le monde.

La doc­trine sociale de l’Église

91. Le mys­tère de l’Eucharistie nous rend aptes et nous pousse à un enga­ge­ment cou­ra­geux dans les struc­tures de notre monde, pour y appor­ter la nou­veau­té de rela­tions qui a sa source inépui­sable dans le don de Dieu. La prière que nous repre­nons à chaque Messe : « Donne-​nous notre pain de ce jour », nous oblige à faire tout notre pos­sible, en col­la­bo­ra­tion avec les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, publiques et pri­vées, pour que cesse ou au moins pour que dimi­nue dans le monde le scan­dale de la faim et de la sous-​alimentation dont souffrent des mil­lions de per­sonnes, sur­tout dans les pays en voie de déve­lop­pe­ment. Le chré­tien laïc en par­ti­cu­lier, for­mé à l’é­cole de l’Eucharistie, est appe­lé à assu­mer direc­te­ment sa res­pon­sa­bi­li­té poli­tique et sociale. Pour qu’il puisse accom­plir ses tâches d’une manière appro­priée, il convient de le pré­pa­rer par une édu­ca­tion concrète à la cha­ri­té et à la jus­tice. C’est pour­quoi, comme le Synode l’a deman­dé, il est néces­saire que, dans les dio­cèses et dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes, on fasse connaître et on pro­meuve la doc­trine sociale de l’Église. [248] Dans ce patri­moine pré­cieux, pro­ve­nant de la plus antique tra­di­tion ecclé­siale, nous trou­vons les élé­ments qui orientent, de manière très sage, le com­por­te­ment des chré­tiens face aux ques­tions sociales brû­lantes. Cette doc­trine, mûrie tout au long de l’his­toire bimil­lé­naire de l’Église, se carac­té­rise par son réa­lisme et son équi­libre, aidant ain­si à évi­ter les com­pro­mis erro­nés ou les vagues utopies.

Sanctification du monde et sau­ve­garde de la création

92. Enfin, pour déve­lop­per une spi­ri­tua­li­té eucha­ris­tique pro­fonde, capable aus­si de peser signi­fi­ca­ti­ve­ment sur le tis­su social, il est néces­saire que le peuple chré­tien, qui rend grâce par l’Eucharistie, ait conscience de le faire au nom de la créa­tion tout entière, aspi­rant ain­si à la sanc­ti­fi­ca­tion du monde et tra­vaillant inten­sé­ment à cette fin. [249] L’Eucharistie elle-​même éclaire d’une lumière puis­sante l’his­toire humaine et tout le cos­mos. Dans cette pers­pec­tive sacra­men­telle, nous appre­nons, jour après jour, que tout évé­ne­ment ecclé­sial pos­sède le carac­tère de signe, par lequel Dieu se com­mu­nique lui-​même et nous inter­pelle. Ainsi, la forme eucha­ris­tique de l’exis­tence peut vrai­ment favo­ri­ser un authen­tique chan­ge­ment de men­ta­li­té dans la façon dont nous lisons l’his­toire et le monde. La litur­gie elle-​même nous éduque à tout cela quand, durant la pré­sen­ta­tion des dons, le prêtre adresse à Dieu une prière de béné­dic­tion et de demande en rela­tion avec le pain et le vin, « fruit de la terre », « de la vigne » et du « tra­vail des hommes ». Par ces paroles, en plus d’im­pli­quer dans l’of­frande à Dieu toute l’ac­ti­vi­té et l’ef­fort humains, le rite nous pousse à consi­dé­rer la terre comme créa­tion de Dieu, qui pro­duit pour nous ce dont nous avons besoin pour notre sub­sis­tance. La terre n’est pas une réa­li­té neutre, une simple matière à uti­li­ser indif­fé­rem­ment selon l’ins­tinct humain. Elle se place au cœur même du bon des­sein de Dieu, par lequel nous sommes tous appe­lés à être fils et filles dans l’u­nique Fils de Dieu, Jésus Christ (cf. Ep 1, 4–12). Les légi­times pré­oc­cu­pa­tions concer­nant les condi­tions éco­lo­giques de la créa­tion en de nom­breuses par­ties du monde trouvent des points d’ap­pui dans la pers­pec­tive de l’es­pé­rance chré­tienne, qui nous engage à œuvrer de manière res­pon­sable pour la sau­ve­garde de la créa­tion. [250] Dans la rela­tion entre l’Eucharistie et le cos­mos, en effet, nous décou­vrons l’u­ni­té du des­sein de Dieu et nous sommes por­tés à sai­sir la pro­fonde rela­tion entre la créa­tion et la « nou­velle créa­tion », inau­gu­rée dans la résur­rec­tion du Christ, nou­vel Adam. Nous y par­ti­ci­pons déjà main­te­nant en ver­tu du Baptême (cf. Col 2, 12s); ain­si, pour notre vie chré­tienne nour­rie de l’Eucharistie, s’ouvre la pers­pec­tive du monde nou­veau, du ciel nou­veau et de la terre nou­velle, où la Jérusalem nou­velle des­cend du ciel, de chez Dieu, « toute prête, comme une fian­cée parée pour son époux » (Ap 21, 2).

Utilité d’un Compendium eucharistique

93. Au terme de ces réflexions, dans les­quelles j’ai vou­lu m’ar­rê­ter sur les orien­ta­tions appa­rues durant le Synode, je désire accueillir aus­si la demande que les Pères ont faite pour aider le peuple chré­tien à croire, à célé­brer et à vivre tou­jours mieux le Mystère eucha­ris­tique. Un Compendium sera publié par les soins des Dicastères com­pé­tents ; il com­pren­dra des textes du Catéchisme de l’Église catho­lique, des prières, des expli­ca­tions des Prières eucha­ris­tiques du Missel et tout ce qui pour­ra se révé­ler utile pour la com­pré­hen­sion cor­recte, pour la célé­bra­tion et pour l’a­do­ra­tion du Sacrement de l’au­tel. [251] Je sou­haite que cet ins­tru­ment puisse contri­buer à faire en sorte que le mémo­rial de la Pâque du Seigneur devienne chaque jour davan­tage source et som­met de la vie et de la mis­sion de l’Église. Cela sti­mu­le­ra tous les fidèles à faire de leur vie un véri­table culte spirituel.

CONCLUSION

94. Chers frères et sœurs, l’Eucharistie est à l’o­ri­gine de toute forme de sain­te­té et cha­cun de nous est appe­lé à une plé­ni­tude de vie dans l’Esprit Saint. Combien de saints ont ren­du leur vie authen­tique grâce à leur pié­té eucha­ris­tique ! De saint Ignace d’Antioche à saint Augustin, de saint Antoine, Abbé, à saint Benoît, de saint François d’Assise à saint Thomas d’Aquin, de sainte Claire d’Assise à sainte Catherine de Sienne, de saint Pascal Baylon à saint Pierre-​Julien Eymard, de saint Alphonse-​Marie de Liguori au bien­heu­reux Charles de Foucauld, de saint Jean-​Marie Vianney à sainte Thérèse de Lisieux, de saint Pio de Pietrelcina à la bien­heu­reuse Teresa de Calcutta, du bien­heu­reux Piergiorgio Frassati au bien­heu­reux Ivan Merz, pour n’en citer que quelques-​uns par­mi les très nom­breux noms, la sain­te­té a tou­jours trou­vé son centre dans le sacre­ment de l’Eucharistie.

Il est donc néces­saire que, dans l’Église, ce très saint Mystère soit vrai­ment objet de foi, célé­bré avec dévo­tion et vécu inten­sé­ment. Le don que Jésus fait de lui-​même dans le Sacrement mémo­rial de sa pas­sion nous atteste que la réus­site de notre vie réside dans la par­ti­ci­pa­tion à la vie tri­ni­taire, qui en Lui nous est offerte de façon défi­ni­tive et effi­cace. La célé­bra­tion et l’a­do­ra­tion de l’Eucharistie nous per­mettent de nous appro­cher de l’a­mour de Dieu et d’y adhé­rer per­son­nel­le­ment jus­qu’à l’u­nion avec le Seigneur bien- aimé. L’offrande de notre vie, la com­mu­nion avec toute la com­mu­nau­té des croyants et la soli­da­ri­té avec tout homme sont des aspects insé­pa­rables de la « logi­ké latreía », du culte spi­ri­tuel, saint et agréable à Dieu (cf. Rm 12, 1), dans lequel toute notre réa­li­té humaine concrète est trans­for­mée pour la gloire de Dieu. J’invite donc tous les pas­teurs à por­ter la plus grande atten­tion à la pro­mo­tion d’une spi­ri­tua­li­té chré­tienne authen­ti­que­ment eucha­ris­tique. Les prêtres, les diacres et tous ceux qui exercent un minis­tère eucha­ris­tique pour­ront tou­jours tirer de ces services-​là, accom­plis avec soin et avec une pré­pa­ra­tion constante, force et sti­mu­lant pour leur che­min de sanc­ti­fi­ca­tion per­son­nel et com­mu­nau­taire. J’exhorte tous les laïcs, les familles en par­ti­cu­lier, à trou­ver conti­nuel­le­ment dans le Sacrement de l’a­mour du Christ l’éner­gie pour trans­for­mer leur vie en un signe authen­tique de la pré­sence du Seigneur res­sus­ci­té. Je demande à toutes les per­sonnes consa­crées de mon­trer par leur vie eucha­ris­tique la splen­deur et la beau­té de leur appar­te­nance totale au Seigneur.

95. Au com­men­ce­ment du qua­trième siècle, le culte chré­tien était encore inter­dit par les auto­ri­tés impé­riales. Certains chré­tiens d’Afrique du Nord, qui se sen­taient pous­sés à célé­brer le Jour du Seigneur, défièrent l’in­ter­dic­tion. Ils furent mar­ty­ri­sés alors qu’ils décla­raient qu’il ne leur était pas pos­sible de vivre sans l’Eucharistie, nour­ri­ture du Seigneur : sine domi­ni­co non pos­su­mus . [252] Que ces mar­tyrs d’Abitène, unis à tant de saints et de bien­heu­reux qui ont fait de l’Eucharistie le centre de leur vie, inter­cèdent pour nous et qu’ils nous enseignent à être fidèles dans notre ren­contre avec le Christ res­sus­ci­té. Nous non plus, nous ne pou­vons pas vivre sans par­ti­ci­per au Sacrement de notre salut et nous dési­rons être iux­ta domi­ni­cam viventes, c’est-​à-​dire tra­duire dans notre vie ce que nous célé­brons dans le Jour du Seigneur. Ce jour, en effet, est le jour de notre libé­ra­tion défi­ni­tive. Faut-​il s’é­ton­ner si nous dési­rons que chaque jour soit vécu selon la nou­veau­té intro­duite par le Christ dans le mys­tère de l’Eucharistie ?

96. Que Marie très sainte, Vierge imma­cu­lée, arche de l’al­liance nou­velle et éter­nelle, nous accom­pagne sur ce che­min de la ren­contre avec le Seigneur qui vient. En elle, se réa­lise de la manière la plus par­faite l’es­sence de l’Église. L’Église voit en Marie, « Femme eucha­ris­tique » – comme l’a appe­lée le Serviteur de Dieu Jean-​Paul II [253] –, son icône la mieux réus­sie et elle la contemple comme modèle irrem­pla­çable de vie eucha­ris­tique. C’est pour­quoi, se pré­pa­rant à accueillir sur l’autel le « verum Corpus natum de Maria Virgine », le prêtre, au nom de l’assemblée litur­gique, affirme avec les paroles du Canon : « Nous vou­lons nom­mer en pre­mier lieu la bien­heu­reuse Marie tou­jours Vierge, Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ ». [254] Son saint nom est invo­qué et véné­ré aus­si dans les canons des tra­di­tions chré­tiennes orien­tales. Les fidèles, quant à eux, « recom­mandent à Marie, Mère de l’Église, leur exis­tence et leur tra­vail. S’efforçant d’a­voir les mêmes sen­ti­ments que Marie, ils aident toute la com­mu­nau­té à vivre en offrande vivante, agréable au Père ». [255] Elle est la Tota pul­chra, la Toute-​belle, puisque res­plen­dit en elle la splen­deur de la gloire de Dieu. La beau­té de la litur­gie céleste, qui doit se reflé­ter aus­si dans nos assem­blées, trouve en elle un miroir fidèle. Nous devons apprendre d’elle à deve­nir nous-​mêmes des per­sonnes eucha­ris­tiques et ecclé­siales pour pou­voir nous aus­si, selon la parole de saint Paul, nous pré­sen­ter « sans tache » devant le Seigneur, comme celui-​ci a vou­lu que nous soyons dès le com­men­ce­ment (cf. Col 1, 21 ; Ep 1, 4). [256]

97. Par l’in­ter­ces­sion de la Bienheureuse Vierge Marie, que l’Esprit Saint allume en nous la même ardeur dont les dis­ciples d’Emmaüs firent l’ex­pé­rience (cf. Lc 24, 13–35) et qu’il renou­velle dans notre vie l’é­mer­veille­ment eucha­ris­tique pour la splen­deur et la beau­té qui res­plen­dissent dans le rite litur­gique, signe effi­cace de la beau­té infi­nie elle-​même du saint mys­tère de Dieu. Ces dis­ciples se levèrent et retour­nèrent en hâte à Jérusalem pour par­ta­ger leur joie avec leurs frères et leurs sœurs dans la foi. En effet, la vraie joie est de recon­naître que le Seigneur demeure par­mi nous, com­pa­gnon fidèle de notre che­min. L’Eucharistie nous fait décou­vrir que le Christ, mort et res­sus­ci­té, se mani­feste comme notre contem­po­rain dans le mys­tère de l’Église, son Corps. Nous sommes ren­dus témoins de ce mys­tère d’a­mour. Souhaitons-​nous mutuel­le­ment d’al­ler pleins de joie et d’é­mer­veille­ment vers l’Eucharistie, pour faire l’ex­pé­rience de la véri­té de la Parole par laquelle Jésus se sépa­ra de ses dis­ciples et pour l’an­non­cer aux autres : « Je suis avec vous tous les jours jus­qu’à la fin du monde » (Mt 28, 20).

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, le 22 février 2007, fête de la Chaire de saint Pierre Apôtre, en la deuxième année de mon Pontificat.

BENEDICTUS PP. XVI

Notes de bas de page

  1. Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique III, q. 73, a. 3.[]
  2. In Iohannis Evangelium Tractatus, 26.5 : PL 35, 1609 ; Études augus­ti­niennes, n. 72 (1988), p. 497.[]
  3. Benoît XVI, Discours aux par­ti­ci­pants à l’Assemblée plé­nière de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (10 février 2006): AAS 98 (2006), p. 255 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 310.[]
  4. Cf. Benoît XVI, Discours aux Membres du Conseil ordi­naire du Secrétariat géné­ral du Synode des Évêques (1(er) juin 2006): L’Osservatore Romano (2 juin 2006), p. 5.[]
  5. Cf. Proposition 2.[]
  6. Je me réfère ici à la néces­si­té d’une her­mé­neu­tique de la conti­nui­té, en fai­sant aus­si réfé­rence à une lec­ture cor­recte du déve­lop­pe­ment litur­gique après le Concile Vatican II : cf. mon Discours à la Curie romaine (22 décembre 2005): AAS 98 (2006), pp. 45–53 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 59–63.[]
  7. AAS 97 (2005), pp. 337–352 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), pp. 919–928.[]
  8. Cf. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Année de l’Eucharistie : sug­ges­tions et pro­po­si­tions (15 octobre 2004): L’Osservatore Romano (15 octobre 2004), Supplément.[]
  9. Cf. AAS 95 (2003), pp. 433–475 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), pp. 368–390. On se rap­pel­le­ra aus­si l’Instruction de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004): AAS 96 (2004), pp. 549–601, vou­lue expres­sé­ment par Jean-​Paul II.[]
  10. Seulement pour rap­pe­ler les prin­ci­pales : Conc. œcum. de Trente, Doctrina et canones de ss. Missae sacri­fi­cio, DS 1738–1759 ; Léon XIII, Encycl. Mirae cari­ta­tis (28 mai 1902): ASS (1903), pp. 115–136 ; Pie XII, Encycl. Mediator Dei (20 novembre 1947): AAS 39 (1947), pp. 521–595 ; La Documentation catho­lique 45 (1948), col. 195–251 ; Paul VI, Encycl. Mysterium fidei (3 sep­tembre 1965): AAS 57 (1965), pp. 753–774 ; La Documentation catho­lique 62 (1965), col. 1634–1651 ; Jean-​Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003): AAS 95 (2003), pp. 433–475 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), pp. 368–390 ; Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instr. Eucharisticum mys­te­rium (25 mai 1967): AAS 59 (1967), pp. 539–573 ; La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 1091–1122 ; Instr. Liturgiam authen­ti­cam (28 mars 2001): AAS 93 (2001), pp. 685–726 ; La Documentation catho­lique 98 (2001), pp. 684–703.[]
  11. Cf. Proposition 1.[]
  12. N. 14 : AAS 98 (2006), p. 229 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 173.[]
  13. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1327.[]
  14. Proposition 16.[]
  15. Benoît XVI, Homélie à l’oc­ca­sion de la prise de pos­ses­sion de sa chaire en la basi­lique Saint-​Jean-​de-​Latran (7 mai 2005): AAS 97 (2005), p. 752 ; La Documentation catho­lique 102 (2005), p. 559.[]
  16. Cf. Proposition 4.[]
  17. De Trinitate, VIII, 8, 12 : CCL 50, 287.[]
  18. Encycl. Deus cari­tas est (25 décembre 2005), n. 12 : AAS 98 (2006), p. 228 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 172.[]
  19. Cf. Proposition 3.[]
  20. Bréviaire romain, Hymne de l’Office des Lectures de la Solennité du Saint-​Sacrement du Corps et du Sang du Christ.[]
  21. Benoît XVI, Encycl. Deus cari­tas est (25 décembre 2005), n. 13 : AAS 98 (2006), p. 228 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 172.[]
  22. Benoît XVI, Homélie sur l’es­pla­nade de Marienfeld (21 août 2005): AAS 97 (2005), p. 892 ; La Documentation catho­lique 102 (2005), p. 910.[]
  23. Cf. Proposition 3.[]
  24. Cf. Missel romain, Prière eucha­ris­tique IV.[]
  25. Catéchèses XXIII, 7 : PG 33, 1114s.[]
  26. Cf. Sur le Sacerdoce, VI, 4 : PG 48, 681 ; SCh 272 (1980), pp. 315–321.[]
  27. Ibidem, III, 4 : PG 48, 642 ; SCh 272 (1980), p. 147.[]
  28. Proposition 22.[]
  29. Cf. Proposition 42 : « Cette ren­contre eucha­ris­tique se réa­lise dans l’Esprit Saint qui nous trans­forme et qui nous sanc­ti­fie. Il réveille dans le dis­ciple la ferme volon­té d’an­non­cer aux autres, avec audace, ce qui a été vu et enten­du, pour les conduire eux aus­si à la même ren­contre avec le Christ. De cette façon, le dis­ciple, envoyé par l’Église, s’ouvre à une mis­sion sans fron­tières ».[]
  30. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 3. Voir par exemple S. Jean Chrysostome, Catéchèses 3, 13–19 ; SCh 50, pp. 174–177.[]
  31. Jean-​Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 1 : AAS 95 (2003), p. 433 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 368.[]
  32. Ibidem, n. 21 : AAS 95 (2003), p. 447 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 375.[]
  33. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Redemptor homi­nis (4 mars 1979), n. 20 : AAS 71 (1979), pp. 309–316 ; La Documentation catho­lique 76 (1979), pp. 317–318 ; Lettre apost. Dominicae Cenae (24 février 1980), n. 4 : AAS 72 (1980), pp. 119–121 ; La Documentation catho­lique 77 (1980), pp. 302–303.[]
  34. Cf. Proposition 5.[]
  35. S. Thomas d’Aquin, Somme Théologique, III, q. 80, a. 4.[]
  36. N. 38 : AAS 95 (2003), p. 458 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 381.[]
  37. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 23.[]
  38. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre sur cer­tains aspects de l’Église catho­lique com­prise comme com­mu­nion Communionis notio (28 mai 1992), n. 11 : AAS 85 (1993), p. 845 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), p. 732.[]
  39. Proposition 5 : « Le terme ‘catho­lique” exprime l’u­ni­ver­sa­li­té pro­ve­nant de l’u­ni­té que l’Eucharistie, célé­brée dans chaque Église, favo­rise et édi­fie. Les Églises par­ti­cu­lières dans l’Église uni­ver­selle ont ain­si, dans l’Eucharistie, la tâche de rendre visibles leur uni­té et leur diver­si­té. Ce lien d’a­mour fra­ter­nel laisse trans­pa­raître la com­mu­nion tri­ni­taire. Les conciles et les synodes expriment dans l’his­toire cet aspect fra­ter­nel de l’Église ».[]
  40. Cf. ibi­dem.[]
  41. Décret sur le minis­tère et la vie des prêtres Presbyterorum ordi­nis, n. 5.[]
  42. Cf. Proposition 14.[]
  43. Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 1.[]
  44. Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 48 ; cf. aus­si ibi­dem n. 9.[]
  45. Cf. Proposition 13.[]
  46. Cf. Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 7.[]
  47. Cf. ibi­dem, n. 11 ; Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l’ac­ti­vi­té mis­sion­naire de l’Église Ad gentes, nn. 9 et 13.[]
  48. Cf. Jean-​Paul II, Lettre apos­to­lique Dominicae Cenae (24 février 1980), n.7 : AAS 72 (1980), pp. 124–127 ; La Documentation catho­lique 77 (1980), p. 304 ; cf. aus­si Conc. œcum. Vat. II, Décret Presbyterorum ordi­nis, n. 5.[]
  49. Cf. Code des Canons des Églises orien­tales, can. 710.[]
  50. Cf. Rituel de l’Initiation chré­tienne des adultes, intro­duc­tion géné­rale, nn. 34–36.[]
  51. Cf. Rituel du Baptême des enfants, intro­duc­tion, nn. 18–19.[]
  52. Cf. Proposition 15.[]
  53. Cf. Proposition 7 ; Jean-​Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 36 : AAS 95 (2003), pp. 457–458 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 381.[]
  54. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Reconciliatio et pae­ni­ten­tia(2 décembre 1984), n. 18 : AAS 77 (1985), pp. 224- 228 ; La Documentation catho­lique 82 (1985), pp.12–13.[]
  55. Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1385.[]
  56. Cf. On pense ici au Confiteor ou au dia­logue entre le prêtre et l’as­sem­blée avant de s’ap­pro­cher de la Communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te rece­voir ; mais dis seule­ment une parole et je serai gué­ri ». Il n’est pas sans signi­fi­ca­tion que la litur­gie pré­voie aus­si pour le prêtre quelques très belles prières, recueillies par la tra­di­tion, qui rap­pellent le besoin d’être par­don­né, comme par exemple celle qui est pro­non­cée à mi-​voix, avant d’in­vi­ter les fidèles à la com­mu­nion sacra­men­telle : « Que ton corps et ton sang me délivrent de mes péchés et de tout mal ; fais que je demeure fidèle à tes com­man­de­ments et que jamais je ne sois sépa­ré de toi ».[]
  57. Cf. S. Jean Damascène, De fide ortho­doxa, IV, 9 : PG 94, 1124C ; S. Grégoire de Nazianze, Discours 39, 17 : PG 36, 356A ; SCh 358 (1990), p. 189 ; Conc. œcum. de Trente, Doctrina de sacra­men­to pae­ni­ten­tiae, cap. 2 : DS 1672.[]
  58. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 11 ; Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Reconciliatio et pae­ni­ten­tia (2 décembre 1984), n. 30 : AAS 77 (1985), pp. 256–257 ; La Documentation catho­lique 82 (1985), p. 22.[]
  59. Cf. Proposition 7.[]
  60. Cf. Jean-​Paul II, Motu Proprio Misericordia Dei (7 avril 2002) : AAS 94 (2002), pp. 452–459 ; La Documentation catho­lique 99 (2002), pp. 451–455.[]
  61. Avec les Pères syno­daux, je rap­pelle que les célé­bra­tions péni­ten­tielles non sacra­men­telles, men­tion­nées dans le rituel du sacre­ment de la Réconciliation, peuvent être utiles pour ren­for­cer l’es­prit de conver­sion et de com­mu­nion dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes, en pré­pa­rant ain­si les cœurs à la célé­bra­tion du sacre­ment : cf. Proposition 7.[]
  62. Cf. Code de Droit cano­nique, can. 508.[]
  63. Paul VI, Const. apost. Indulgentiarum doc­tri­na(1(er )jan­vier 1967), Normae, n. 1 : AAS 59 (1967), p. 21 ; La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 214.[]
  64. Ibidem, n. 9 : AAS 59 (1967), pp. 18–19 ; La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 212.[]
  65. Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, nn. 1499–1531.[]
  66. Ibidem, n. 1524.[]
  67. Cf. Proposition 44.[]
  68. Cf. Synode des Évêques, Deuxième Assemblée géné­rale, Document sur le sacer­doce minis­té­riel Ultimis tem­po­ri­bus (30 novembre 1971): AAS 63 (1971), pp. 898–942 ; La Documentation catho­lique 69 (1972), pp. 2–11.[]
  69. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), nn. 42–69 : AAS 84 (1992), pp. 729–778 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 476–492.[]
  70. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 10 ; Congrégation pour la doc­trine de la foi, Lettre sur quelques ques­tions concer­nant le ministre de l’Eucharistie Sacerdotium minis­te­riale (6 août 1983) : AAS 75 (1983), pp. 1001–1009 ; La Documentation catho­lique 80 (1983), pp. 885–887.[]
  71. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1548.[]
  72. Ibidem, n. 1552.[]
  73. Cf. In Iohannis Evangelium Tractacus 123, 5 : PL 35, 1967.[]
  74. Cf. Proposition 11.[]
  75. Cf. Décret sur le minis­tère et la vie des prêtres Presbyterorum Ordinis, n. 16.[]
  76. Cf. Jean XXIII, Encycl. Sacerdotii nos­tri pri­mor­dia(1(er) août 1959): AAS 51 (1959), pp. 545–579 ; La Documentation catho­lique 56 (1959), col. 1025–1045 ; Paul VI, Encycl. Sacerdotalis cae­li­ba­tus (24 juin 1967): AAS 59 (1967), pp. 657–697 ; La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 1249–1280 ; Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Pastores dabo vobis(25 mars 1992), n. 29 : AAS 84 (1992), pp. 703–705 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 467- 468 ; Benoît XVI, Discours aux Cardinaux et à la Curie romaine pour la pré­sen­ta­tion des vœux de Noël (22 décembre 2006): L’Osservatore roma­no (23 décembre 2006), p. 6 ; La Documentation catho­lique 104 (2007), pp. 106–107.[]
  77. Cf. Proposition 11.[]
  78. Cf. Conc œcum. Vat. II, Décret sur la for­ma­tion sacer­do­tale Optatam totius, n. 6 ; Code de Droit cano­nique, can. 241, § 1 et can. 1029 ; Code des Canons des Églises orien­tales, can. 342, § 1 et can. 758 ; Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), nn. 11.34.50 : AAS 84 (1992), pp. 673–675 ; 712- 714 ; 746–748 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 457 ; 470- 471 ; 481–482 ; Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le minis­tère et la vie des prêtres Dives Ecclesiae (31 mars 1994), n. 58 : LEV, 1994, pp. 56–58 ; La Documentation catho­lique 91 (1994), pp. 374–375 ; Congrégation pour l’Éducation catho­lique, Instruction sur les cri­tères de dis­cer­ne­ment voca­tion­nel au sujet des per­sonnes pré­sen­tant des ten­dances homo­sexuelles en vue de l’ad­mis­sion au Séminaire et aux Ordres sacrés (4 novembre 2005): AAS 97 (2005), pp. 1007–1013 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 24–27.[]
  79. Cf. Proposition 12 ; Jean-​Paul II, Exhort. apost. post- syno­dale Pastores dabo vobis (25 mars 1992) n. 41 : AAS 84 (1992), pp. 726–729 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 475–476.[]
  80. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 29.[]
  81. Cf. Proposition 38.[]
  82. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Familiaris consor­tio(22 novembre 1981), n. 57 : AAS 74 (1982), pp. 149–150 ; La Documentation catho­lique 79 (1982), p. 22.[]
  83. Lettre apost. Mulieris digni­ta­tem (15 août 1988), n. 26 : AAS 80 (1988), pp. 1715–1716 ; La Documentation catho­lique 85 (1988), pp. 1083–1084.[]
  84. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1617.[]
  85. Cf. Proposition 8.[]
  86. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 11.[]
  87. Cf. Proposition 8.[]
  88. Cf. Jean-​Paul II, Lettre apost. Mulieris digni­ta­tem (15 août 1988): AAS 80 (1988), pp. 1653–1729 ; La Documentation catho­lique 85 (1988), pp. 1063–1088 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux Évêques de l’Église catho­lique sur la col­la­bo­ra­tion de l’homme et de la femme dans l’Église et dans le monde (31 mai 2004): AAS 96 (2004), pp. 671–687 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), pp. 775–784.[]
  89. Cf. Proposition 9.[]
  90. Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1640.[]
  91. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Familiaris consor­tio (22 novembre 1981), n. 84 : AAS 74 (1982), pp. 184–186 ; La Documentation catho­lique 79 (1982), pp. 32–33 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux Évêques de l’Église catho­lique sur l’ac­cès à la com­mu­nion eucha­ris­tique de la part des fidèles divor­cés rema­riés Annus inter­na­tio­na­lis Familiae (14 sep­tembre 1994): AAS 86 (1994), pp. 974–979 ; La Documentation catho­lique 91 (1994), pp. 930–932.[]
  92. Cf. Conseil pon­ti­fi­cal pour les Textes légis­la­tifs, Instruction sur les normes à obser­ver dans les tri­bu­naux ecclé­sias­tiques pour les causes matri­mo­niales Dignitatis connu­bii (25 jan­vier 2005), Cité du Vatican 2005.[]
  93. Cf. Proposition 40.[]
  94. Benoît XVI, Discours au Tribunal de la Rote romaine à l’oc­ca­sion de l’i­nau­gu­ra­tion de l’an­née judi­ciaire (28 jan­vier 2006): AAS 98 (2006), p. 138 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 258.[]
  95. Cf. Proposition 40.[]
  96. Cf. ibi­dem.[]
  97. Cf. ibi­dem.[]
  98. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 48.[]
  99. Cf. Proposition 3.[]
  100. Je vou­drais rap­pe­ler ici les paroles pleines d’es­pé­rance et de récon­fort que nous trou­vons dans la Deuxième Prière eucha­ris­tique : « Souviens-​toi aus­si de nos frères qui se sont endor­mis dans l’es­pé­rance de la résur­rec­tion et de tous les hommes qui ont quit­té cette vie : reçois-​les dans ta lumière, auprès de toi ».[]
  101. Cf. Benoît XVI, Homélie pour le 40(e) anni­ver­saire de la clô­ture du Concile Vatican II (8 décembre 2005): AAS 98 (2006), pp. 14–19 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 66–69.[]
  102. Const. dogm. Lumen gen­tium, n. 58.[]
  103. Proposition 4.[]
  104. Relatio post dis­cep­ta­tio­nem, n. 4 : L’Osservatore Romano en langue fran­çaise, n. 46 (15 novembre 2005), p. 8.[]
  105. Cf. Sermo 1, 7 ; 7, 10 ; 22, 7 ; 29, 76 : Sermones Dominicales ad fidem codi­cum nunc denuo edi­ti, Grottaferrata (1977), pp. 135, 209s, 292s, 337 ; Benoît XVI, Message au Mouvements ecclé­siaux et aux Communautés nou­velles (22 mai 2006): AAS 98 (2006), p. 463 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 620.[]
  106. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 22.[]
  107. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, nn. 2.4.[]
  108. De Orat. Dom., 23 : PL 4, 553.[]
  109. Proposition 33.[]
  110. Sermo 227, 1 : PL 38, 1099 ; SCh n. 116 (1966), pp. 235.237.[]
  111. S. Augustin, In Iohannis Evangelium Tractatus, 21, 8 : PL 35, 1568 ; Études augus­ti­niennes, n. 72 (1988), p. 287.[]
  112. Ibidem, 28, 1 : PL 35, 1622 ; Études augus­ti­niennes n. 72 (1988), p. 569.[]
  113. Cf. Proposition 30. La Messe que l’Église célèbre au cours de la semaine et à laquelle les fidèles sont invi­tés à par­ti­ci­per trouve aus­si sa forme ini­tiale dans le Jour du Seigneur, le jour de la Résurrection du Christ : Proposition 43.[]
  114. Cf. Proposition 2.[]
  115. Cf. Proposition 25.[]
  116. Cf. Proposition 19. La Proposition 25 spé­ci­fie : « Une authen­tique action litur­gique exprime le carac­tère sacré du Mystère eucha­ris­tique. Elle devra trans­pa­raître dans les paroles et dans les actions du prêtre qui célèbre, tan­dis qu’il inter­cède auprès de Dieu le Père soit avec les fidèles, soit pour eux ».[]
  117. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 22 ; Cf. Conc. œcum. Vat. II, Constitution Sacrosanctum Concilium, n. 41 ; Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instr. Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004), nn. 19–25 : AAS 96 (2004), pp. 555–557 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), pp. 464–466.[]
  118. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décret Christus Dominus, n. 14 ; Constitution Sacrosanctum Concilium, n. 41.[]
  119. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 22.[]
  120. Cf. ibi­dem.[]
  121. Cf. Proposition 25.[]
  122. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 112–130.[]
  123. Cf. Proposition 27.[]
  124. Cf. ibi­dem.[]
  125. Pour tout ce qui concerne ces aspects, il convient de s’en tenir fidè­le­ment à ce qui est indi­qué dans la Présentation géné­rale du Missel romain, nn. 281–310.[]
  126. Cf. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 19 ; Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 112–118.[]
  127. Sermo 34, 1 : PL 38, 210.[]
  128. Cf. Proposition 25 : « Comme toutes les expres­sions artis­tiques, le chant doit aus­si être inti­me­ment har­mo­ni­sé avec la litur­gie, par­ti­ci­per de manière effi­cace à sa fin, c’est-​à-​dire expri­mer la foi, la prière, la véné­ra­tion, l’a­mour envers Jésus pré­sent dans l’Eucharistie ».[]
  129. Cf. Proposition 29.[]
  130. Cf. Proposition 36.[]
  131. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 116 ; Présentation géné­rale du Missel romain, n. 19.[]
  132. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 8 ; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 56 ; Sacrée Congrégation des Rites, Instr. Eucharisticum Mysterium (25 mai 1967), n. 3 : AAS 57 (1967), pp. 540–543 ; La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 1092–1095.[]
  133. Cf. Proposition 18.[]
  134. Ibid. []
  135. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 9.[]
  136. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Fides et ratio (14 sep­tembre 1998), n. 13 : AAS 91 (1999), pp. 15–16 ; La Documentation catho­lique 95 (1998), pp. 905–906.[]
  137. S. Jérôme, Comm. in Is., Prol.: PL 24, 17 ; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 25.[]
  138. Cf. Proposition 31.[]
  139. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 9 ; cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 7 ; 33 ; 52.[]
  140. Proposition 19.[]
  141. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 52.[]
  142. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 21.[]
  143. Le Synode a exhor­té à ce sujet à éla­bo­rer des docu­ments pas­to­raux, basés sur le lec­tion­naire trien­nal, qui aident à lier de manière intrin­sèque la pro­cla­ma­tion des lec­tures pré­vues à la doc­trine de la foi : cf. Proposition 19.[]
  144. Cf. Proposition 20.[]
  145. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 54.[]
  146. Cf. ibi­dem, n. 55.[]
  147. Cf. Proposition 22.[]
  148. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 55 d.[]
  149. Ibidem, n. 55 c.[]
  150. Tenant compte des cou­tumes antiques et véné­rables et des dési­rs expri­més par les Pères syno­daux, j’ai deman­dé aux Dicastères com­pé­tents d’é­tu­dier la pos­si­bi­li­té de pla­cer le geste de paix à un autre moment, par exemple avant la pré­sen­ta­tion des dons à l’au­tel. Ce choix, d’autre part, ne man­que­rait pas de rap­pe­ler de manière signi­fi­ca­tive l’a­ver­tis­se­ment du Seigneur sur la récon­ci­lia­tion requise avant toute offrande à Dieu (cf. Mt 5, 23s). Cf. Proposition 23.[]
  151. Cf. Cong. pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instr. Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004), nn. 80–96 : AAS 96 (2004), pp. 574–577 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), pp. 475–477.[]
  152. Cf. Proposition 34.[]
  153. Cf. Proposition 35.[]
  154. Cf. Proposition 24.[]
  155. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 14–20 ; 30s ; 48s ; Cong. pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instr. Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004), nn. 36–42 : AAS 96 (2004), pp. 561–564 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), pp. 468–469.[]
  156. N. 48.[]
  157. Ibidem.[]
  158. Cf. Cong. pour le Clergé et autres Dicastères de la Curie romaine, Instruction sur quelques ques­tions concer­nant la col­la­bo­ra­tion des fidèles laïcs au minis­tère des prêtres Ecclesiae de mys­te­rio (15 août 1997): AAS 89 (1997), pp. 852–877 ; La Documentation catho­lique 94 (1997), pp. 1009–1020.[]
  159. Cf. Proposition 33.[]
  160. Présentation géné­rale du Missel romain, n. 59.[]
  161. Cf. ibi­dem, n. 61.[]
  162. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l’a­pos­to­lat des laïcs Apostolicam actuo­si­ta­tem, n. 24 ; Présentation géné­rale du Missel romain, nn. 65–73 ; Congr. pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instr. Redemptionis Sacramentum (25 mars 2004), nn. 43–47 : AAS 96 (2004), pp. 564–566 ; La Documentation catho­lique 101 (2004), p. 470 ; Proposition 33 : « Ces minis­tères devront être intro­duits selon un man­dat spé­ci­fique et selon les exi­gences réelles de la com­mu­nau­té qui célèbre. Les per­sonnes char­gées de ces ser­vices litur­giques confiés à des laïcs doivent être soi­gneu­se­ment choi­sies, bien pré­pa­rées et accom­pa­gnées par une for­ma­tion per­ma­nente. Leur nomi­na­tion se fera pour un temps déter­mi­né. Ces per­sonnes doivent être connues par la com­mu­nau­té et elles doivent aus­si rece­voir d’elle une recon­nais­sance cor­diale ».[]
  163. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 37–42.[]
  164. Cf. Présentation géné­rale du Missel romain, Normes uni­ver­selles de l’an­née litur­gique, nn. 48–61.[]
  165. AAS 87 (1995), pp. 288–314 ; La Documentation catho­lique 91 (1994), pp. 435–446.[]
  166. Cf. Exhort. apost. post-​synodale Ecclesia in Africa (14 sep­tembre 1995), nn. 55–71 : AAS 88 (1996), pp. 33–47 ; La Documentation catho­lique 92 (1995), pp. 830–835. Exhort. apost. post- syno­dale Ecclesia in America (22 jan­vier 1999), nn. 16 ; 40 ; 64 ; 70- 72 : AAS 91 (1999), pp. 752–753 ; 775–776 ; 799 ; 805–809 ; La Documentation catho­lique 96 (1999), pp. 112 ; 121–122 ; 131 ; 134–135. Exhort. apost. post-​synodale Ecclesia in Asia (6 novembre 1999), nn. 21–22 : AAS 92 (2000), pp. 482–487 ; La Documentation catho­lique 96 (1999), pp. 990–991. Exhort. apost. post-​synodale Ecclesia in Oceania(22 novembre 2001), n. 16 : AAS 94 (2002), pp. 382–384 ; La Documentation catho­lique 98 (2001), pp. 1082–1083. Exhort. apost. post-​synodale Ecclesia in Europa (28 juin 2003), nn. 58–60 : AAS 95 (2003), pp. 685–686 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 689.[]
  167. Cf. Proposition 26.[]
  168. Cf. Proposition 35 ; Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 11.[]
  169. Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1388 ; Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 55.[]
  170. Cf. Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 34 : AAS 95 (2003), p. 456 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 380.[]
  171. Tels, par exemple, S. Thomas d’Aquin, Somme théo­lo­gique, III, q. 80, a. 1, 2 ; S. Thérèse de Jésus, Le che­min de la per­fec­tion, ch. 35. La doc­trine a été confir­mée avec auto­ri­té par le Concile de Trente, sess. XIII, c. VIII.[]
  172. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Ut unum sint (25 mai 1995), n. 8 : AAS 87 (1995), pp. 925–926 ; La Documentation catho­lique 92 (1995), p. 569.[]
  173. Cf. Proposition 41 ; Conc. œcum. Vat. II, Décret sur l’œ­cu­mé­nisme Unitatis redin­te­gra­tio, nn. 8, 15 ; Jean-​Paul II, Encycl. Ut unum sint (25 mai 1995), n. 46 : AAS 87 (1995), p. 948 ; La Documentation catho­lique 92 (1995), p. 580 ; Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), nn. 45–46 : AAS 95 (2003), pp. 463–464 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), pp. 383–384. Code de Droit cano­nique, can. 844 §§ 3–4 ; Code des Canons des Églises orien­tales, can. 671 §§ 3–4 ; Conseil pont. pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, Directoire pour l’ap­pli­ca­tion des Principes et des Normes sur l’œ­cu­mé­nisme (25 mars 1993), nn. 125, 129–131 : AAS 85 (1993), pp. 1087, 1088–1089 ; La Documentation catho­lique 90 (1993), pp. 630- 631.[]
  174. Cf., nn. 1398–1401.[]
  175. Cf. n. 293.[]
  176. Cf. Conseil pont. pour les Communications sociales, Instr. past. sur les com­mu­ni­ca­tions sociales pour le 20(e )anni­ver­saire de « Communio et pro­gres­sio », Aetatis novae (22 février 1992): AAS 84 (1992), pp. 447–468 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 359–367.[]
  177. Cf. Proposition 29.[]
  178. Cf. Proposition 44.[]
  179. Cf. Proposition 48.[]
  180. Cette connais­sance peut aus­si être effec­tuée au cours des années de for­ma­tion des can­di­dats au sacer­doce, dans le sémi­naire, à tra­vers des ini­tia­tives oppor­tunes : cf. Proposition 45.[]
  181. Cf. Proposition 37.[]
  182. Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 36 et 54.[]
  183. Proposition 36.[]
  184. Cf. ibi­dem.[]
  185. Cf. Proposition 32.[]
  186. Cf. Proposition 14.[]
  187. Proposition 19.[]
  188. Cf. Proposition 14.[]
  189. Cf. Benoît XVI, Homélie pour les pre­mières Vêpres de la Pentecôte (3 juin 2006): AAS 98 (2006), p. 509 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 625–626.[]
  190. Cf. Proposition 34.[]
  191. Enarrationes in Psalmos 98, 9 CCL XXXIX, 1385 ; Cf. Benoît XVI, Discours à la Curie romaine (22 décembre 2005) : AAS 98 (2006), pp. 44–45 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 58–59.[]
  192. Cf. Proposition 6.[]
  193. Benoît XVI, Discours à la Curie romaine (22 décembre 2005): AAS 98 (2006), p. 45 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 59.[]
  194. Cf. Proposition 6 ; Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, Directoire sur la pié­té popu­laire et la litur­gie. Principes et orien­ta­tions (17 décembre 2001), nn. 164- 165, Paris (2003), pp. 136–138 ; Sacrée Congrégation des rites, Instr. Eucharisticum Mysterium (25 mai 1967): AAS 57 (1967); pp. 539–573, La Documentation catho­lique 64 (1967), col. 1091–1122.[]
  195. Cf. Relatio post dis­cep­ta­tio­nem, n. 11 : L’Osservatore Romano en langue fran­çaise, n. 46 (15 novembre 2005), p. 8.[]
  196. Cf. Proposition 28.[]
  197. Cf. n. 314.[]
  198. VII, 10, 16 : PL 32, 742 ; Œuvres I, Paris (1998), p. 918.[]
  199. Benoît XVI, Homélie sur l’es­pla­nade de Marienfeld, (21 août 2005): AAS 97 (2005), p. 891 ; La Documentation catho­lique 102 (2005), p. 910 ; Homélie de la veille de la Pentecôte (3 juin 2006): AAS 98 (2006), p. 505 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 623.[]
  200. Cf. Relatio post dis­cep­ta­tio­nem, 6.47 : L’Osservatore Romano en langue fran­çaise, n. 46 (2005), p. 10 ; Proposition 43.[]
  201. De civi­tate Dei, X, 6 : PL 41, 284 ; Œuvres II, Paris (2000), p. 379.[]
  202. Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1368.[]
  203. S. Irénée, Adversus Haereses IV, 20, 7 : PG 7, 1037 ; SCh 100/​2 (1965), p. 649.[]
  204. Lettre aux Magnésiens, 9, 1 : PG 5, 670 ; SCh 10, p. 103.[]
  205. Cf. 1ère Apologie 67, 1–6 : PG 6, 430 s. 427.430 ; Ichtus/​Les Pères dans la foi, Paris (1982), pp. 94–95.[]
  206. Cf. Proposition 30.[]
  207. Cf. AAS 90 (1998), pp. 713–766 ; La Documentation catho­lique 95 (1998), pp. 658–681.[]
  208. Proposition 30.[]
  209. Homélie (19 mars 2006): AAS 98 (2006), p. 324 ; L’Osservatore Romano en langue fran­çaise, n. 12 (2006), p. 2.[]
  210. Le Compendium de la doc­trine sociale de l’Église remarque avec rai­son : « Le repos ouvre à l’homme, lié à la néces­si­té du tra­vail, la pers­pec­tive d’une liber­té plus pleine, celle du Sabbat éter­nel (cf. He 4, 9–10). Le repos per­met aux hommes d’é­vo­quer et de revivre les œuvres de Dieu, de la Création à la Rédemption, de se recon­naître eux-​mêmes comme son œuvre (cf. Ep 2, 10) et de rendre grâce pour leur vie et leur sub­sis­tance, à lui qui en est l’Auteur » (n. 258).[]
  211. Cf. Proposition 10.[]
  212. Cf. ibi­dem.[]
  213. Cf. Benoît XVI, Discours aux Évêques de la Conférence épis­co­pale du Canada – Québec en visite ad limi­na apos­to­lo­rum (11 mai 2006): La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 657–658.[]
  214. N. 10 : AAS 71 (1979), pp. 414–415 ; La Documentation catho­lique 71 (1979), p. 359.[]
  215. Benoît XVI, Audience géné­rale du 29 mars 2006 : L’Osservatore Romano (30 mars 2006), p. 4 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 417.[]
  216. Proposition 39.[]
  217. Cf. Relatio post dis­cep­ta­tio­nem, n. 30 : L’Osservatore Romano en langue fran­çaise, n. 46 (2005), p. 10.[]
  218. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gen­tium, nn. 39–42.[]
  219. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Christifideles lai­ci (30 décembre 1988), nn. 14.16 : AAS 81 (1989), pp. 409- 413 ; 416–418 ; La Documentation catho­lique 86 (1989), pp. 158–160.[]
  220. Cf. Proposition 39.[]
  221. Cf. ibi­dem.[]
  222. Pontifical romain. L’ordination de l’Évêque, des prêtres, des diacres, Rite de l’or­di­na­tion du prêtre, n. 135.[]
  223. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992), nn. 19–33 ; 70–81 : AAS 84 (1992), pp. 686–712 ; 778–800 ; La Documentation catho­lique 89 (1992), pp. 461- 470 ; 492–500.[]
  224. Proposition 38.[]
  225. Proposition 39. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post- syno­dale Vita conse­cra­ta (25 mars 1996), n. 95 : AAS 88 (1996), pp. 470–471 ; La Documentation catho­lique 93 (1996), p. 390.[]
  226. Code de Droit cano­nique, can. 663, § 1.[]
  227. Cf. Jean-​Paul II, Exhort. apost. post-​synodale Vita conse­cra­ta(25 mars 1996), n. 34 : AAS 88 (1996), pp. 407–408 ; La Documentation catho­lique 93 (1996), p. 364.[]
  228. Encycl. Veritatis splen­dor (6 août 1993), n. 107 : AAS 85 (1993), pp. 1216–1217 ; La Documentation catho­lique 90 (1993), p. 937.[]
  229. Benoît XVI, Encycl. Deus cari­tas est (25 décembre 2005), n. 14 : AAS 98 (2006), p. 229 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 173.[]
  230. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Evangelium vitae (25 mars 1995): AAS 87 (1995), pp. 401–522 ; La Documentation catho­lique 92 (1995), pp. 351–404 ; Benoît XVI, Discours au Congrès inter­na­tio­nal sur l’embryon humain (27 février 2006): AAS 98 (2006), pp. 263–266 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 413–415.[]
  231. Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Note doc­tri­nale sur l’en­ga­ge­ment et le com­por­te­ment des catho­liques dans la vie poli­tique (24 novembre 2002): AAS 96 (2004), pp. 359–370 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), pp. 130–136.[]
  232. Cf. Proposition 46.[]
  233. AAS 97 (2005), p. 711 ; La Documentation catho­lique 102 (2005), p. 548.[]
  234. Proposition 42.[]
  235. Cf. Le mar­tyre de saint Polycarpe, XV, 1 : PG 5, 1039.1042 ; SCh 10 (1951), pp. 263.265.[]
  236. S. Ignace d’Antioche, Lettre aux Romains, IV, 1 : PG 5, 690 ; SCh 10 (1951), p. 131.[]
  237. Cf. Conc. œcum. Vat. II, Constit. dogm. Lumen gen­tium, n. 42.[]
  238. Cf. Proposition 42 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dominus Iesussur l’u­ni­ci­té et l’u­ni­ver­sa­li­té sal­vi­fique de Jésus Christ et de l’Église (6 août 2000), nn. 13–15 : AAS 92 (2000), pp. 754–756 ; La Documentation catho­lique 97 (2000), pp. 817–818.[]
  239. Cf. Proposition 42.[]
  240. Benoît XVI, Encycl. Deus cari­tas est (25 décembre 2005), n. 18 : AAS 98 (2006), p. 232 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), pp. 174–175.[]
  241. Ibidem, n. 14.[]
  242. Au cours de l’as­sem­blée syno­dale nous avons écou­té avec émo­tion des témoi­gnages très signi­fi­ca­tifs concer­nant l’ef­fi­ca­ci­té du sacre­ment dans l’œuvre de récon­ci­lia­tion. À ce sujet dans la Proposition 49 on affirme : « Grâce aux célé­bra­tions eucha­ris­tiques, des peuples en conflit ont pu se réunir autour de la Parole de Dieu, écou­ter son annonce pro­phé­tique de la récon­ci­lia­tion par le par­don gra­tuit, rece­voir la grâce de la conver­sion qui per­met la com­mu­nion au même pain et au même calice ».[]
  243. Cf. Proposition 48.[]
  244. Benoît XVI, Encycl. Deus cari­tas est (25 décembre 2005), n. 28 : AAS 98 (2006), p. 239 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 179.[]
  245. Cf. Proposition 48.[]
  246. Cf. Benoît XVI, Discours au Corps diplo­ma­tique accré­di­té près le Saint-​Siège (9 jan­vier 2006): AAS 98 (2006), p. 127 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 106.[]
  247. Ibidem. []
  248. Cf. Proposition 48. Dans cette pers­pec­tive, le Compendium de la doc­trine sociale de l’Église se révèle par­ti­cu­liè­re­ment utile.[]
  249. Cf. Proposition 43.[]
  250. Cf. Proposition 47.[]
  251. Cf. Proposition 17.[]
  252. Martyrium Saturnini, Dativi et alio­rum plu­ri­mo­rum, ch.7, 9, 10 : PL 8, 707.709–710.[]
  253. Cf. Jean-​Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 53 : AAS 95 (2003), p. 469 ; La Documentation catho­lique 100 (2003), p. 387.[]
  254. Prière eucha­ris­tique I (Canon romain). []
  255. Proposition 50.[]
  256. Cf. Benoît XVI, Homélie (8 décembre 2005): AAS 98 (2006), p. 15 ; La Documentation catho­lique 103 (2006), p. 67. []
fraternité sainte pie X