Pie XII

Discours aux jeunes époux

5 mai 1943

L'amour de Dieu pour nous : la Foi nous fait participants de la nature divine

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 5 mai 1943

L’éclosion de la vie humaine dans la famille, chers jeunes époux, est un grand mys­tère de la nature et de Dieu, un mys­tère qui enve­loppe comme d’un maillot d’é­nigmes l’en­fant à sa nais­sance et qui le place entre deux mondes : entre le monde visible de la nature et le monde invi­sible de Dieu, le Créateur de la nature et de l’âme immor­telle dont chaque homme tient la vie. D’ici à quelques mois, s’il plaît à Dieu, le foyer que vous avez fon­dé s’illu­mi­ne­ra d’une joie nou­velle : un enfant, le pre­mier fruit de votre amour, vous sou­ri­ra de son ber­ceau. Vous contem­ple­rez avec ravis­se­ment ce petit visage ; vous vous deman­de­rez ce que cherchent bien ces petits yeux, ce qu’ils dési­rent. C’est vous qu’ils cherchent et qu’ils dési­rent, et c’est même quelque chose de plus : c’est Dieu qu’ils cherchent et qu’ils désirent.

Alors l’é­glise parois­siale qui vous a vus échan­ger l’an­neau conju­gal, ver­ra le jeune père de famille appor­ter le nouveau-​né. Le prêtre inter­ro­ge­ra l’en­fant : « Que viens-​tu deman­der à l’Eglise de Dieu ? — La foi ! » répon­dra pour lui le par­rain. — « Et que te donne la foi ? — La vie éter­nelle. » Ce dia­logue ouvre le rite solen­nel du bap­tême, qui puri­fie le nouveau-​né de la faute ori­gi­nelle, le revêt de la grâce sanc­ti­fiante, lui donne avec la foi toutes les ver­tus, le fait enfant de Dieu et de l’Epouse du Christ, l’Eglise visible.

Quel puis­sant tré­sor que la foi ! Tous les tré­sors du monde sont inca­pables de pro­lon­ger la pauvre vie ter­restre, qui vole comme la flèche lan­cée vers son but (Sg 5, 12) ; mais la foi, elle, pré­pare dans ses pré­cieux tré­sors et pro­cure au fils de l’homme deve­nu fils de Dieu la vie éter­nelle. Qu’est-​ce que la vie éter­nelle ? C’est l’in­dé­fec­tible vie de l’es­prit, lequel entraî­ne­ra dans son ravis­se­ment ce corps lui-​même fait de pous­sière ; c’est la connais­sance des intimes et béa­ti­fiants secrets de la divi­ni­té, comme le dit à son Père céleste le Sauveur du monde, la veille de sa Passion rédemp­trice : « La vie éter­nelle, c’est qu’ils vous connaissent, Vous, le seul vrai Dieu, et Celui que Vous avez envoyé, Jésus-​Christ » (Jn 17, 3). Mais quelle est donc cette connais­sance ? La rai­son humaine n’a-​t-​elle pas assez de forces pour arri­ver à connaître Dieu par elle-​même ? Si, assu­ré­ment, puisque les cieux chantent la gloire divine et que de la créa­tion nous pou­vons nous éle­ver à la connais­sance du Créateur et des per­fec­tions de sa nature divine (cf. Rom. Rm 1,20). Et pour­tant le Christ a dit aus­si : « Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils a vou­lu le révé­ler » (Mt 11, 27). La rai­son, il est vrai, peut bien connaître Dieu, et la connais­sance à laquelle il lui est don­né de l’é­le­ver est très haute : elle est le som­met de la sagesse et de la science des hommes. Mais ce n’est pas encore une connais­sance qui pénètre dans l’in­time de Dieu, ce n’est pas encore cette connais­sance dont jouit le Fils éter­nel et que reçoivent ceux à qui il la révèle. Et quel tré­sor de connais­sances divines supé­rieures à la rai­son ne ren­ferme pas la foi ! Examinons-​le de plus près.

La révé­la­tion est avant tout la confi­dence pater­nelle que Dieu fait à l’homme de ses secrets à lui, des secrets de sa nature et de sa vie, de ses per­fec­tions, de ses magni­fi­cences, de ses œuvres, de ses des­seins. Comprenez-​vous bien tout ce que pareille « confi­dence » ren­ferme d’a­mour, de ten­dresse, de géné­reuse confiance ? Jeunes époux, le pre­mier grand témoi­gnage mutuel de votre affec­tion, est-​ce que ce ne fut pas pré­ci­sé­ment l’é­change de vos confi­dences ? Vous faire connaître l’un à l’autre, vous entre­te­nir des grandes choses et des petits riens de votre vie d’hier, de vos plus petites inquié­tudes et de vos plus nobles aspi­ra­tions pour la vie de demain, vous entre­te­nir de l’his­toire de vos familles, de leurs tra­di­tions, de leurs sou­ve­nirs, n’était-​ce pas là le sujet le plus vivant de vos affec­tueux col­loques ? Et ces confi­dences, vous ne ces­se­rez de les répé­ter et de les pro­lon­ger, sans jamais arri­ver à tout dire, car elles jaillissent de l’a­mour dont déborde votre cœur, et le sombre jour où elles ces­se­raient de s’é­pan­cher mar­que­rait que la source en est tarie. Parmi ces sou­ve­nirs de votre pas­sé, vous vous rap­pel­le­rez l’heure où, vous regar­dant désor­mais comme des « grands », vos père et mère vous ont fait part de leurs pen­sées, de leurs affaires et inté­rêts, du poids de labeurs, de sou­cis et de souf­frances qu’ils por­taient pour vous pré­pa­rer une vie plus belle, cette vie qu’ils rêvaient et dési­raient pour votre ave­nir. C’était pour vous une aurore de joie que cette inti­mi­té ; et vous avez com­pris l’a­mour qui l’ins­pi­rait, vous vous êtes sen­tis fiers d’être deve­nus les confi­dents de vos père et mère.

Elevez-​vous, jeunes époux, au-​dessus de vous-​mêmes : Dieu va jus­qu’à se faire l’Epoux des âmes ; et n’est-​ce pas une véri­té de son esprit que Jésus-​Christ est l’Epoux de son Eglise et l’Eglise — cette Eglise qu’il a for­mée de son propre sang et qu’il a éta­blie dépo­si­taire et gar­dienne de ses divins secrets et des­seins — son Epouse bien-​aimée ? Or voi­ci que ce Dieu d’in­fi­nie bon­té s’a­baisse jus­qu’à nous faire des confi­dences pour nous éle­ver jus­qu’à Lui ; le Seigneur d’im­mense majes­té, le Créateur et Maître sou­ve­rain, Juge infaillible et géné­reux Rémunérateur, daigne faire de nous ses fils et nous rendre par­ti­ci­pants de ses pen­sées et de ses tré­sors en nous les révé­lant et en nous les com­mu­ni­quant mal­gré notre inca­pa­ci­té de tout com­prendre. Il se sert des noms les plus doux et les plus chers que pro­nonce jamais la famille : il nous appelle ses enfants, ses frères, ses amis, et il veut se mon­trer envers nous Père, Mère, Epoux admi­rable d’a­mour, jaloux de notre bien et de notre féli­ci­té. Ecoutez ce que le Sauveur dit à ses apôtres : « Je ne vous appelle plus ser­vi­teurs, parce que le ser­vi­teur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai appe­lés amis, parce que tout ce que j’ai enten­du de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). Quelle ten­dresse n’a pas le Dieu de véri­té ! Et il se ren­con­tre­rait des hommes assez dédai­gneux de la lumière, assez enne­mis de la plus haute connais­sance révé­lée, assez insen­sibles à toute marque d’a­mour, assez orgueilleu­se­ment satis­faits de la pauvre rai­son humaine, pour renier et reje­ter ce qu’ils appellent le joug de la foi ? Ces pauvres oiseaux de nuit aiment l’obs­cu­ri­té de leur retraite, et ils ont pitié de l’aigle qui regarde de son œil tran­quille le soleil en plein midi.

N’y aurait-​il que le grand évé­ne­ment d’un Dieu qui s’ouvre de ses secrets à sa créa­ture, quelle mer­veille ce serait déjà que la révé­la­tion ! Jouir du pri­vi­lège d’é­cou­ter un Dieu révé­la­teur, quelle émo­tion ne serait-​ce pas, et quelle fier­té ! A qui contemple la nature dans la lumière de la droite rai­son, elle enseigne sur le Créateur de grandes véri­tés, mais si le Fils de Dieu, ce Fils sans qui rien n’a été fait de ce qui a été fait (Jn 1, 3) et qui est deve­nu notre frère mor­tel et notre maître de véri­té, si ce Fils venait lui-​même nous par­ler de son Père et des pro­fon­deurs de la vie divine qui leur est com­mune et qui est inac­ces­sible à l’es­prit humain, quelle joie ne se lève­rait pas dans l’es­prit qui cherche la véri­té et sou­pire après elle ! Or, le Dieu Créateur de toutes choses a dai­gné se faire connaître aux hommes par son Fils, et le dis­ciple bien-​aimé du Christ le pro­clame : « Dieu, per­sonne ne le vit jamais ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître » (Jn 1, 18). Oui, c’est un évé­ne­ment, une mer­veille, un ensei­gne­ment, une révé­la­tion ; mais ce n’est que le prin­cipe et le pré­lude d’œuvres et de trans­for­ma­tions spi­ri­tuelles plus admi­rables encore dans la régé­né­ra­tion de l’homme qui sera éle­vé à la par­ti­ci­pa­tion de la nature divine.

Sortis que nous sommes des éter­nelles pro­fon­deurs du conseil de Dieu pour venir à la vie, ce que nous serons un jour n’est pas encore appa­ru, mais ce que nous avons été et ce que nous sommes dans le temps se cou­ron­ne­ra dans le demain de l’é­ter­ni­té. Enfants de Dieu, trans­for­més en sa vivante res­sem­blance, nous le contem­ple­rons face à face, tel qu’il est dans sa gloire. Si durant le cours de notre vie mor­telle cela n’est pas encore visible en nous, nous sommes dès main­te­nant, par la foi et par la grâce de Dieu, non seule­ment de nom, mais en réa­li­té, enfants de Dieu : « Nous sommes appe­lés enfants de Dieu et nous le sommes en effet… Nous sommes main­te­nant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n’a pas encore été mani­fes­té ; mais nous savons qu’au temps de cette mani­fes­ta­tion, nous lui serons sem­blables, parce que nous le ver­rons tel qu’il est » (I Jn 3, 1–2). Ce sont là les paroles de l’a­pôtre Jean aux pre­miers fidèles. La révé­la­tion, la confi­dence de Dieu, est donc en même temps une pro­messe qui est pour nous une espérance.

Attendons avec confiance l’ac­com­plis­se­ment dans la vie éter­nelle ; mais Dieu, dès le temps pré­sent, en cette vie même qui passe, nous donne à connaître et pour ain­si dire à goû­ter d’a­vance l’i­mage et la beau­té de sa pro­fonde pen­sée et de son des­sein : il nous en donne comme un gage dans la foi, qui est « la sub­stance des choses, une convic­tion de celles qu’on ne voit point » (He 11, 1). En quoi, en effet, consiste la foi, sinon à croire ce que nous ne voyons point ?

« Les pro­fondes choses qui me livrent ici leur clair visage, aux yeux de la terre sont tel­le­ment cachée que leur essence est dans la seule foi, sur laquelle se fonde la haute espé­rance et qui pour cette rai­son joue le rôle de sub­stance »1. L’amour de Dieu pour nous, comme s’il ne pou­vait par­ve­nir à l’é­clat du plein jour, ne se laisse qu’en­tre­voir à l’aube de la révé­la­tion. O libres pen­seurs, vous qui ne croyez pas à l’a­mour de Dieu pour nous, pauvres aveugles volon­taires qui che­mi­nez les yeux clos dans les ténèbres et les ombres de la mort, ne plai­gnez pas les chré­tiens : s’il ne leur est pas encore don­né sur la terre de contem­pler le soleil, ils s’ap­prochent néan­moins de lui dans la clar­té de l’aube, dans le sou­rire de l’au­rore, dans l’es­pé­rance de le voir bien­tôt briller et rayon­ner dans la lumière d’un midi qui ne connaî­tra point de déclin. Nous sui­vons le Christ, nous croyons en lui qui est le Verbe, la Parole, le Fils de Dieu, la lumière éclai­rant tout homme qui vient en ce monde. Mais le Verbe n’est pas écou­té, les ténèbres ne veulent pas le rece­voir parce que les fils des ténèbres fuient le soleil et pré­fèrent la nuit à la lumière. Ce Fils de Dieu des­cen­du du ciel pour nous appor­ter la véri­té qui nous élève à des hau­teurs si sublimes, se deman­dait un jour tris­te­ment si, lors de son retour, il retrou­ve­rait encore la foi sur la terre (cf. Luc, Lc 18, 8). Elles semblent dures, ces paroles du Christ aux hommes sans foi ; mais Pierre, au nom de tous les croyants qui ont été, qui sont ou qui seront jamais, pro­tes­tait de sa foi et de sa fidé­li­té, en dehors des­quelles il n’y a que ver­tige d’i­gno­rance et ruine morale : « Seigneur, à qui irions-​nous ? Vous avez les paroles de la vie éter­nelle » (Jn 6, 68–69).

La vie éter­nelle est la vie que le Christ a révé­lée à l’homme pour sou­le­ver son esprit immor­tel au-​dessus de la matière d’où il a été tiré. Comme le corps est un voile de l’âme, ain­si la parole de la foi est un voile de la véri­té divine, et ce voile en recouvre l’é­clat qui jaillit des secrètes pro­fon­deurs de l’é­ter­nelle sagesse entre­vue comme la source de toute beau­té, à la lueur des éclairs. A celui-​là même qui ne pos­sède que les connais­sances rudi­men­taires du caté­chisme, la parole de la révé­la­tion com­mu­nique la véri­té de Dieu. Le mes­sage du Christ élève l’es­prit incom­pa­ra­ble­ment plus haut que les concep­tions gros­sières des dieux du paga­nisme, plus haut que les plus nobles idées, tou­jours défi­cientes d’ailleurs, aux­quelles est par­ve­nue, tou­chant la divi­ni­té, la rai­son d’un Socrate et d’un Platon, d’un Aristote et d’un Cicéron, plus haut même que l’an­tique révé­la­tion, à la fois sainte et incom­plète, que Dieu avait accor­dée à son peuple choi­si. Maître de son peuple et Maître de toutes les nations, le Christ nous montre le Dieu vivant, non pas dans une froide soli­tude, mais dans l’in­fi­nie béa­ti­tude de sa pen­sée et de son amour fécond, dans la splen­deur de son inef­fable Trinité. Ce sublime mes­sage d’in­com­pa­rable lumière nous mani­feste un Dieu qui crée par un simple acte de volon­té — non pour acqué­rir une per­fec­tion, mais pour révé­ler l’i­né­pui­sable épan­che­ment de sa bon­té — l’u­ni­vers et toutes ses mer­veilles, un Dieu qui donne à toutes les natures pla­cées par lui dans l’o­céan de l’être, l’ins­tinct, les lois et l’im­pul­sion qui les guident dans leur déve­lop­pe­ment vers des ports divers, un Dieu qui sème à tra­vers les jour­nées que sont les siècles, la vie sur la terre et en tous lieux pour pré­pa­rer à l’homme, der­nier venu de la créa­tion, l’heu­reuse demeure qu’il habi­te­ra avant de mon­ter dans la gloire et la béa­ti­fiante joie de son Seigneur.

Mais la véri­té que nous apporte sur l’homme la révé­la­tion, est à la fois triste et conso­lante. Dieu avait doté l’homme de pré­cieux dons sur­na­tu­rels et pré­ter­na­tu­rels, et l’homme est déchu de sa mys­té­rieuse par­ti­ci­pa­tion à la vie divine (cf. II Pierre, 1, 4) Dieu pour­tant, dans sa ten­dresse de Père, ne l’a pas aban­don­né : il a déci­dé de lui rendre la digni­té perdue.

Et voi­ci l’ad­mi­rable his­toire de l’i­nef­fable Rédemption : voi­ci le Fils de Dieu qui se fait homme et qui devient notre frère, notre guide, notre ami, notre modèle, notre maître de véri­té et de ver­tu, notre pain de vie éter­nelle : l’Homme-​Dieu qui expire sur une croix, res­sus­cite du sépulcre et monte dans la gloire céleste pour y être notre Avocat auprès du Père et pour nous pré­pa­rer là-​haut notre éter­nelle demeure de béa­ti­tude en nous envoyant ici-​bas l’es­prit d’a­mour infi­ni du Dieu Créateur et Rédempteur, l’Esprit-​Saint, pour habi­ter en nous, âme de notre âme, vie de notre vie, voix de notre prière, gémis­se­ment de nos angoisses.

Quoi donc encore ? Le Sauveur laisse ici-​bas l’Epouse de son sang, dépo­si­taire indé­fec­tible de l’in­faillible parole et dis­pen­sa­trice de la puri­fiante misé­ri­corde : il laisse ici-​bas son Eglise, pour pré­ser­ver les hommes de l’er­reur, pour les rele­ver de toutes leurs chutes, pour les affer­mir dans le bien et la bonne voie, pour les récon­for­ter dans la dou­leur et sur le déclin de leur vie.

Et par-​delà le déclin de notre vie, que deviendrons-​nous ? La révé­la­tion nous parle de notre ave­nir et de notre des­ti­née : elle nous dit que nous serons jugés, et par qui ? par ce même Sauveur qui est mort pour nous don­ner la vie, par ce Fils qui a éta­bli sa Mère notre Mère et Avocate auprès de lui, une Avocate d’ir­ré­sis­tible puis­sance. La révé­la­tion pro­met à notre repen­tir la rémis­sion des péchés ; à notre corps, sujet de tant de misères, com­pa­gnon indo­cile et dan­ge­reux tyran de l’âme, sa résur­rec­tion de la pous­sière où il sera retour­né, pour se réunir à l’âme dans une vie de bon­heur, immor­telle et sans déclin, à moins que l’homme ne se ferme pour tou­jours, par son obs­ti­na­tion à refu­ser le salut, la porte de la joie du Seigneur.

Dans la voie du salut nous pré­cède tou­jours la lumière de la foi comme une lampe qui brille dans un lieu obs­cur (II Pierre, 1, 19) ; avec l’es­pé­rance et la cha­ri­té elle conduit, sou­tient et for­ti­fie la volon­té sur le che­min du bien et de la ver­tu, qui est votre propre che­min, jeunes époux. La foi inonde le mariage et la famille d’une lumière et d’une cha­leur auprès des­quelles une concep­tion pure­ment natu­relle et ter­restre de ce lien sacré ne paraît répandre qu’une ombre froide et une lumière de cré­pus­cule. Vous qui vous êtes unis dans les noces chré­tiennes, vous êtes, par la foi et le bap­tême, enfants de Dieu. Non pas au même titre que le Christ, Fils de Dieu que le Père engendre de toute éter­ni­té dans l’u­ni­té de la même nature divine, mais enfants d’a­dop­tion, régé­né­rés par la grâce de l’Esprit-​Saint dans l’eau du salut. L’époux auquel vous avez, jeune épouse, don­né votre consen­te­ment devant l’au­tel, est frère du Christ et son cohé­ri­tier de la gloire éter­nelle (cf. Rom. Rm 8, 17, 29). Et l’é­pouse à laquelle vous avez, jeune époux, don­né votre main, est sœur de Marie et doit vous être, pour l’a­mour de la Mère de Dieu, sacrée et véné­rable. C’est à vous aider mutuel­le­ment que vous êtes appe­lés, c’est à mar­cher ensemble, l’un et l’autre pèle­rins et gui­dés l’un par l’autre, vers la céleste et éter­nelle patrie.

Les enfants que Dieu vous don­ne­ra n’au­ront pas d’autre des­ti­née que la vôtre : à leur nais­sance, l’eau du bap­tême les attend pour en faire comme vous des enfants de Dieu et un jour des citoyens du ciel. A sup­po­ser que votre nouveau-​né meure tout de suite après sa mise au monde, mais bap­ti­sé, ne dites point que les espé­rances, les dou­leurs, les sou­cis et les soins de sa mère sont per­dus. O mère dans l’af­flic­tion, mère qui gémis­sez sur la dis­pa­ri­tion de votre petiot, ne pleu­rez pas sur ce petit corps : vous pleu­rez un ange du para­dis, un ange qui vous sou­rit du haut du ciel et qui vous sera éter­nel­le­ment recon­nais­sant de la vie de béa­ti­tude dont il joui­ra devant la face de Dieu, dans l’at­tente de sa mère, de ses petits frères, de toute la famille. N’est-​ce pas là les suprêmes conso­la­tions de la foi, les grandes véri­tés qui sou­lagent dans les peines de l’âpre et dou­lou­reux che­min d’ici-​bas ? N’est-​ce pas là les espé­rances qui ne déçoivent point et qui conduisent au port de la bien­heu­reuse éternité ?

Grandissez dans la foi, chers époux, non seule­ment pour vous-​mêmes mais aus­si pour vos enfants : soyez leurs pre­miers maîtres de véri­té par la parole et par l’exemple.

Bienheureux le foyer qu’é­clairent ces divines véri­tés, le foyer qui en vit et duquel elles rayonnent, le foyer qui, à chaque fois qu’une vie dans ses murs arrive à son déclin, voit se lever l’aube d’une éter­nelle aurore.

Quels vœux plus beaux, plus éle­vés, plus saints, quelle meilleure prière ferons-​Nous jamais mon­ter pour vous vers le Père des cieux ? Dans l’es­pé­rance et la confiance que le Seigneur exau­ce­ra Notre sup­pli­ca­tion, Nous vous don­nons de grand cœur Notre pater­nelle Bénédiction apostolique.

PIE XII, Pape.

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