Jean-Paul II

Lettre apostolique Vicesimus quintus annus

4 décembre 1988

Sur l'application de la réforme liturgique Sacrosanctum Concilium

Table des matières

Donné à Rome, près de Saint-​Pierre, 4 décembre
1988, en la onzième année de mon pontificat.

À tous mes frères dans l’é­pis­co­pat et dans le sacer­doce,
Salut et béné­dic­tion apostolique

1. Vingt-​cinq années se sont écou­lées depuis que, le 4 décembre 1963, le Souverain Pontife Paul VI pro­mul­guait la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte litur­gie, que les Pères du deuxième Concile du Vatican, ras­sem­blés dans l’Esprit-Saint, venaient d’approuver (1). Ce fut un évé­ne­ment mémo­rable à plus d’un titre. Il était, en effet, le pre­mier fruit du Concile vou­lu par Jean XXIII pour l’« aggior­na­men­to  » de l’Église ; il avait été pré­pa­ré par un large mou­ve­ment litur­gique et pas­to­ral, il était por­teur d’espérance de vie et de renou­veau pour l’Église. En effec­tuant la réforme de la litur­gie, le Concile réa­li­sait, à un titre tout à fait par­ti­cu­lier, le but fon­da­men­tal qu’il s’était pro­po­sé : « Faire pro­gres­ser la vie chré­tienne de jour en jour chez les fidèles ; mieux adap­ter aux néces­si­tés de notre époque celles des ins­ti­tu­tions qui sont sujettes à des chan­ge­ments ; favo­ri­ser tout ce qui peut contri­buer à l’u­nion de tous ceux qui croient au Christ ; for­ti­fier tout ce qui concourt à appe­ler tous les hommes dans le sein de l’Église (2). »

2. Dès le début de mon ser­vice pas­to­ral sur le siège de Pierre, j’ai tenu à « sou­li­gner l’importance per­ma­nente du deuxième Concile oecu­mé­nique du Vatican » et j’ai pris « l’engagement for­mel de l’appliquer soi­gneu­se­ment ». J’ajoutais qu’« il faut por­ter à matu­ri­té, dans le sens du mou­ve­ment et de la vie les semences fécondes que les Pères du Concile oecu­mé­nique, nour­ris par la Parole de Dieu, ont jetées dans la bonne terre (cf. Mt 13, 8–23), c’est-à-dire leurs ensei­gne­ments auto­ri­sés et leurs choix pas­to­raux (3) ». À plu­sieurs reprises ensuite, j’ai déve­lop­pé, sur divers points, l’enseignement du Concile sur la litur­gie (4), et j’ai rap­pe­lé l’importance de la Constitution Sacrosanctum Concilium pour la vie du Peuple de Dieu : en elle « on peut déjà décou­vrir la sub­stance de la doc­trine ecclé­sio­lo­gique qui sera par la suite pro­po­sée par l’assemblée conci­liaire. La Constitution Sacrosanctum Concilium, qui fut le pre­mier docu­ment conci­liaire dans l’ordre chro­no­lo­gique anti­cipe (5) » la Constitution dog­ma­tique Lumen gen­tium sur l’Église et s’enrichit, à son tour, de l’enseignement de cette Constitution.

Après un quart de siècle, au cours duquel l’Église et la socié­té ont connu des muta­tions pro­fondes et rapides, il est oppor­tun de mettre en lumière l’importance de cette Constitution conci­liaire, son actua­li­té devant l’apparition de pro­blèmes nou­veaux et la valeur per­ma­nente de ses principes.

I. LE RENOUVEAU DANS LA LIGNE DE LA TRADITION

3. Pour répondre aux ins­tances des Pères du Concile de Trente, pré­oc­cu­pés de la réforme de l’Église de leur temps, le Pape saint Pie V pro­cé­da à la réforme des livres litur­giques, en pre­mier lieu le bré­viaire et le mis­sel. C’est le même objec­tif qu’ont pour­sui­vi les Pontifes romains au cours des siècles sui­vants en assu­rant la mise à jour des rites et des livres litur­giques ou en les pré­ci­sant, et ensuite, depuis le début de ce siècle, en entre­pre­nant une réforme plus géné­rale. Saint Pie X ins­ti­tua une Commission spé­ciale char­gée de cette réforme, dont il pen­sait qu’il fau­drait de nom­breuses années pour l’achever, mais il posa la pre­mière pierre de l’édifice en res­tau­rant la célé­bra­tion du dimanche et en réfor­mant le Bréviaire romain (6). « En véri­té, affirmait-​il, tout cela exige, selon le juge­ment des experts, un tra­vail aus­si éten­du par son ampleur que par le temps qu’il deman­de­ra ; aus­si est-​il néces­saire que passent de nom­breuses années avant que cet édi­fice litur­gique, pour ain­si par­ler… appa­raisse de nou­veau dans la splen­deur de sa digni­té et de son har­mo­nie, une fois net­toyé des enlai­dis­se­ments, dus à l’âge (7). » Pie XII reprit le grand des­sein de réforme de la litur­gie en publiant l’encyclique Mediator Dei (8) et en ins­ti­tuant une nou­velle Commission (9). Il prit, par ailleurs, des déci­sions sur des points impor­tants, comme la nou­velle ver­sion du psau­tier, pour faci­li­ter l’intelligence de la prière des psaumes (10), l’assouplissement du jeûne eucha­ris­tique, pour favo­ri­ser un accès plus facile à la com­mu­nion, l’usage de la langue vivante dans le rituel, et sur­tout la res­tau­ra­tion de la veillée pas­cale (11) et de la Semaine sainte (12).

Au début du Missel romain de 1962 figu­rait la décla­ra­tion de Jean XXIII selon laquelle « les grands prin­cipes com­man­dant la réforme de l’ensemble de la litur­gie devaient être pro­po­sés aux Pères au cours du pro­chain Concile oecu­mé­nique (13) ».

4. Une telle réforme d’ensemble de la litur­gie répon­dait à une attente géné­rale dans l’Église. Car l’esprit litur­gique s’était répan­du de plus en plus dans presque tous les milieux, avec le désir d’une « par­ti­ci­pa­tion active aux mys­tères sacro­saints et à la prière solen­nelle de l’Église (14) », avec aus­si l’aspiration à entendre la parole de Dieu plus lar­ge­ment. Liée au renou­veau biblique, au mou­ve­ment oecu­mé­nique, à l’élan mis­sion­naire, à la recherche ecclé­sio­lo­gique, la réforme de la litur­gie devait contri­buer à la réno­va­tion glo­bale de l’Église. Je l’ai rap­pe­lé dans ma lettre Dominicae Cenae : « Il existe en effet un lien très étroit et orga­nique entre le renou­veau de la litur­gie et le renou­veau de toute la vie de l’Église.L’Église agit dans la litur­gie, mais elle s’y exprime aus­si, elle vit de la litur­gie et elle puise dans la litur­gie ses forces vitales (15). » La réforme des rites et des livres litur­giques a été entre­prise presque aus­si­tôt après la pro­mul­ga­tion de la Constitution Sacrosanctum Concilium et réa­li­sée en quelques années grâce au tra­vail consi­dé­rable et dés­in­té­res­sé d’un grand nombre d’experts et de pas­teurs de toutes les par­ties du monde (16). Ce tra­vail a été accom­pli sui­vant le prin­cipe conci­liaire : fidé­li­té à la tra­di­tion et ouver­ture à un pro­grès légi­time (17). Aussi peut-​on dire que la réforme litur­gique est stric­te­ment tra­di­tion­nelle ad nor­mam Sanctorum Patrum (18).

II. LES PRINCIPES DIRECTEURS DE LA CONSTITUTION

5. Les prin­cipes direc­teurs de la Constitution, qui ont été à la base de la réforme, demeurent fon­da­men­taux pour intro­duire les fidèles à une célé­bra­tion active des mys­tères, « source pre­mière et indis­pen­sable du véri­table esprit chré­tien (19) ». Maintenant que la plu­part des livres litur­giques ont été publiés, tra­duits et mis en usage, il demeure néces­saire d’avoir sans cesse ces prin­cipes devant les yeux et de les approfondir.

a) L’actualisation du mys­tère pascal

6. C’est, en pre­mier lieu, le prin­cipe de l’actualisation du mys­tère pas­cal du Christ dans la litur­gie de l’Église, « car c’est du côté du Christ endor­mi sur la croix qu’est né l’admirable sacre­ment de l’Église tout entière (20) ». Toute la vie litur­gique gra­vite autour du sacri­fice eucha­ris­tique et des autres sacre­ments, où nous pui­sons aux sources vives du salut (cf. Is 12, 3) (21). Nous devons donc avoir suf­fi­sam­ment conscience que « par le mys­tère pas­cal, nous avons été mis au tom­beau avec le Christ dans le bap­tême, afin qu’avec lui nous vivions d’une vie nou­velle (22) ». Quand les fidèles par­ti­cipent à l’Eucharistie, ils doivent com­prendre que vrai­ment « chaque fois qu’est célé­bré ce sacri­fice en mémo­rial, c’est l’oeuvre de notre Rédemption qui s’accomplit (23) ». Il faut pour cela que les pas­teurs les forment avec per­sé­vé­rance à célé­brer chaque dimanche l’oeuvre mer­veilleuse que le Christ a accom­plie dans le mys­tère de sa Pâque pour qu’à leur tour ils l’annoncent au monde (24). La nuit pas­cale doit retrou­ver dans le coeur de tous — pas­teurs et fidèles — son impor­tance unique dans l’année litur­gique, au point d’être vrai­ment la fête des fêtes. Parce que la mort du Christ en croix et sa résur­rec­tion consti­tuent le conte­nu de la vie quo­ti­dienne de l’Église (25) et le gage de sa Pâque éter­nelle (26), la litur­gie a pour pre­mière tâche de nous rame­ner inlas­sa­ble­ment sur le che­min pas­cal ouvert par le Christ, où l’on consent à mou­rir pour entrer dans la vie.

7. Pour actua­li­ser son mys­tère pas­cal, le Christ est tou­jours là, pré­sent à son Église, sur­tout dans les actions litur­giques (27). La litur­gie est, en effet, le « lieu » pri­vi­lé­gié de ren­contre des chré­tiens avec Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus-​Christ (cf. Jn 17, 3). Le Christ est pré­sent dans l’Église réunie dans la prière en son nom. C’est pré­ci­sé­ment cela qui fonde la gran­deur de l’assemblée chré­tienne et la rai­son de ses exi­gences d’accueil fra­ter­nel — au besoin jusqu’au par­don (cf. Mt 5, 23–24) — et de digni­té dans les atti­tudes, les gestes et les chants. Le Christ est pré­sent et agit dans le prêtre qui célèbre (28). Celui-​ci n’est pas seule­ment inves­ti d’une fonc­tion, mais, en ver­tu de l’ordination qu’il a reçue, il a été consa­cré pour agir « in per­so­na Christi  ». À cela doit cor­res­pondre son atti­tude inté­rieure et exté­rieure, y com­pris dans les vête­ments litur­giques, dans la place qu’il occupe et dans les paroles qu’il pro­nonce. Le Christ est pré­sent dans sa parole, pro­cla­mée dans l’assemblée et que l’homélie com­mente. Cette parole doit être écou­tée dans la foi et reçue dans la prière. Cela doit se voir dans la digni­té du livre et du lieu de la pro­cla­ma­tion de la Parole de Dieu, dans la tenue du lec­teur et la conscience qu’il a d’être le porte-​parole de Dieu devant ses frères. Le Christ est pré­sent et agit par la puis­sance de l’Esprit-Saint dans les sacre­ments et, d’une manière sin­gu­lière et émi­nente (subli­mio­ri modo), dans le sacri­fice de la messe sous les espèces eucha­ris­tiques (29), même lorsqu’elles sont conser­vées dans le taber­nacle, en dehors de la célé­bra­tion, pour la com­mu­nion avant tout des malades et l’adoration des fidèles (30). Au sujet de cette réelle et mys­té­rieuse pré­sence, il revient aux pas­teurs de rap­pe­ler fré­quem­ment dans leur caté­chèse la doc­trine de la foi, dont les fidèles doivent vivre et que les théo­lo­giens sont appe­lés à approfondir.

La foi en cette pré­sence du Seigneur implique une marque exté­rieure de res­pect envers l’église, lieu saint où Dieu se mani­feste dans son mys­tère (cf. Ex 3, 5), mais sur­tout au cours des célé­bra­tions des sacre­ments : que les choses saintes soient tou­jours trai­tées saintement !

b) La lec­ture de la Parole de Dieu

8. En deuxième lieu vient le prin­cipe de la pré­sence de la Parole de Dieu. La Constitution Sacrosanctum Concilium a vou­lu aus­si res­tau­rer « une lec­ture de la Sainte Écriture plus abon­dante, plus variée et mieux adap­tée (31) ». La rai­son pro­fonde de cette res­tau­ra­tion est expri­mée dans la Constitution litur­gique : « Pour qu’apparaisse clai­re­ment l’union intime du rite et de la parole dans la litur­gie (32) », et dans la Constitution dog­ma­tique sur la Révélation divine : « L’Église a tou­jours véné­ré les divines Écritures, comme elle l’a tou­jours fait aus­si pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, sur­tout dans la sainte litur­gie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles (33). » Le déve­lop­pe­ment de la vie litur­gique et, par suite, le pro­grès de la vie chré­tienne ne pour­ront se faire si l’on ne pro­meut conti­nuel­le­ment chez les fidèles, et tout d’abord chez les prêtres, un « goût savou­reux et vivant de la Sainte Écriture (34) ». La Parole de Dieu est main­te­nant plus connue dans les com­mu­nau­tés chré­tiennes, mais un vrai renou­veau pose encore et tou­jours d’autres exi­gences : la fidé­li­té au sens authen­tique de l’Écriture qu’il faut tou­jours gar­der pré­sent, par­ti­cu­liè­re­ment quand elle est tra­duite dans les dif­fé­rentes langues ; la manière de pro­cla­mer la

Parole de Dieu pour qu’elle soit per­çue comme telle, l’emploi des moyens tech­niques appro­priés, la dis­po­si­tion inté­rieure des ministres de la Parole pour bien rem­plir leur fonc­tion dans l’assemblée litur­gique (35), la pré­pa­ra­tion soi­gnée de l’homélie par l’étude et la médi­ta­tion, le sou­ci des fidèles de par­ti­ci­per à la table de la Parole, le goût de prier les psaumes, le désir de décou­vrir le Christ — comme les dis­ciples d’Emmaüs — dans les Écritures comme dans le pain par­ta­gé (36).

c) La mani­fes­ta­tion de l’Église à elle-même

9. Le Concile a enfin vou­lu voir dans la litur­gie une épi­pha­nie de l’Église : elle est l’Église en prière. En célé­brant le culte divin, l’Église exprime ce qu’elle est : une, sainte, catho­lique et apostolique.

Elle se mani­feste une, de cette uni­té qui lui vient de la Trinité (37), sur­tout quand le peuple saint de Dieu par­ti­cipe « à la même Eucharistie, dans une seule prière, auprès de l’autel unique où pré­side l’évêque entou­ré de son pres­by­te­rium et de ses ministres (38) ». Que rien ne vienne bri­ser ni même dis­tendre, dans la célé­bra­tion de la litur­gie, cette uni­té de l’Église !

L’Église exprime la sain­te­té qui lui vient du Christ (cf. Ep 5, 26–27) quand, ras­sem­blée en un seul corps par l’Esprit-Saint (39) qui sanc­ti­fie et qui donne la vie (40), elle com­mu­nique aux fidèles, par l’Eucharistie et les autres sacre­ments, toute grâce et toute béné­dic­tion du Père (41). Dans la célé­bra­tion litur­gique, l’Église exprime sa catho­li­ci­té, car en elle l’Esprit du Seigneur ras­semble des hommes de toutes langues dans la pro­fes­sion de la même foi (42), et de l’Orient à l’Occident elle pré­sente à Dieu le Père l’offrande du Christ et s’offre elle-​même avec lui (43).

Enfin, dans la litur­gie, l’Église mani­feste qu’elle est apos­to­lique, parce que la foi qu’elle pro­fesse est fon­dée sur le témoi­gnage des apôtres, parce que, dans la célé­bra­tion des mys­tères, pré­si­dée par l’évêque, suc­ces­seur des apôtres, ou par un ministre ordon­né dans la suc­ces­sion apos­to­lique, elle trans­met fidè­le­ment ce qu’elle-même a reçu de la tra­di­tion apos­to­lique, parce que le culte qu’elle rend à Dieu lui apprend qu’elle a la mis­sion de rayon­ner l’Évangile dans le monde. Ainsi, c’est avant tout dans la litur­gie que le mys­tère de l’Église est annon­cé, goû­té et vécu (44).

III. ORIENTATIONS POUR GUIDER LE RENOUVEAU DE LA VIE LITURGIQUE

10. De ces prin­cipes résultent des normes et des orien­ta­tions qui doivent gui­der le renou­veau de la vie litur­gique. Si la réforme de la litur­gie vou­lue par le deuxième Concile du Vatican peut être consi­dé­rée désor­mais comme ache­vée, la pas­to­rale litur­gique, au contraire, consti­tue un devoir per­ma­nent afin de pui­ser tou­jours plus abon­dam­ment, dans la richesse de la litur­gie, la force vitale qui, du Christ, se répand dans les membres de son Corps qui est l’Église.

Parce que la litur­gie est l’exercice du sacer­doce du Christ, il est néces­saire de main­te­nir tou­jours vive l’affirmation du dis­ciple devant la pré­sence mys­té­rieuse du Christ : « C’est le Seigneur ! » (Jn 21, 7.) Rien de tout ce que nous fai­sons, nous, dans la litur­gie, ne peut appa­raître comme plus impor­tant que ce que fait le Christ, invi­si­ble­ment, mais réel­le­ment, par son Esprit. La foi vive condui­sant à l’amour, l’adoration, la louange du Père et le silence de contem­pla­tion seront tou­jours les pre­miers objec­tifs que devra atteindre une pas­to­rale litur­gique et sacramentelle.

Parce que la litur­gie est tou­jours impré­gnée de la Parole de Dieu, il faut que toute autre parole soit en har­mo­nie avec elle, en pre­mier lieu l’homélie, mais aus­si les chants et les muni­tions. Aucune autre lec­ture ne doit rem­pla­cer la parole biblique, et la parole des hommes doit être au ser­vice de la Parole de Dieu, sans l’obscurcir.

Parce que « les actions litur­giques ne sont pas des actions pri­vées, mais des célé­bra­tions de l’Église, qui est le sacre­ment de l’unité (45) », leur dis­ci­pline dépend uni­que­ment de l’autorité hié­rar­chique de l’Église (46). La litur­gie appar­tient au Corps tout entier de l’Église (47). C’est pour­quoi il n’est per­mis à per­sonne, même au prêtre, ni à un groupe quel­conque, d’y ajou­ter, enle­ver ou chan­ger quoi que ce soit de son propre chef (48). La fidé­li­té aux rites et aux textes authen­tiques de la litur­gie est une exi­gence de la « lex oran­di », qui doit tou­jours être conforme à la « lex cre­den­di ». Le manque de fidé­li­té sur ce point peut même tou­cher à la vali­di­té des sacrements.

Parce qu’elle est une célé­bra­tion de l’Église, la litur­gie appelle la par­ti­ci­pa­tion pleine, consciente et active de tous, selon la diver­si­té des ordres et des fonc­tions (49) : tous, ministres et fidèles, en accom­plis­sant leur fonc­tion, font tout ce qui leur revient, et seule­ment ce qui leur revient (50). C’est pour­quoi l’Église donne la pré­fé­rence à la célé­bra­tion com­mune, quand la nature des rites l’appelle (51) ; elle encou­rage la for­ma­tion de ser­vants, de lec­teurs, de chan­teurs, de com­men­ta­teurs, qui accom­plissent un véri­table minis­tère litur­gique (52) ; elle a res­tau­ré la concé­lé­bra­tion (53) ; elle recom­mande la célé­bra­tion com­mune de l’office divin (54).

Parce que la litur­gie est la grande école de la prière de l’Église, il a été jugé bon d’introduire et de déve­lop­per l’usage de la langue vivante — sans éli­mi­ner l’usage de la langue latine, conser­vée par le Concile pour les rites latins (55) — afin que cha­cun puisse entendre et pro­cla­mer en sa langue mater­nelle les mer­veilles de Dieu (cf. Ac 2, 11) ; et aus­si d’augmenter le nombre des pré­faces et des prières eucha­ris­tiques, qui enri­chissent le tré­sor de la prière et l’intelligence des mys­tères du Christ. Parce que la litur­gie a une grande valeur pas­to­rale, les livres litur­giques ont pré­vu une marge d’adaptation à l’assemblée et aux per­sonnes, et une pos­si­bi­li­té d’ouverture au génie et à la culture des dif­fé­rents peuples (56). La révi­sion des rites a recher­ché une noble sim­pli­ci­té (57) et des signes faci­le­ment com­pré­hen­sibles, mais la sim­pli­ci­té sou­hai­tée ne doit pas dégé­né­rer dans l’appauvrissement des signes. Au contraire, les signes, sur­tout les signes sacra­men­tels, doivent avoir la plus grande expres­si­vi­té. Le pain et le vin, l’eau et l’huile, mais aus­si l’encens, les cendres, le feu et les fleurs, et presque tous les élé­ments de la créa­tion ont leur place dans la litur­gie comme une offrande au Créateur et contri­buent à la digni­té et à la beau­té de la célébration.

IV. APPLICATION CONCRÈTE DE LA RÉFORME

a) Difficultés

11. Il faut recon­naître que l’application de la réforme litur­gique s’est heur­tée à des dif­fi­cul­tés dues sur­tout à un contexte peu favo­rable, mar­qué par une pri­va­ti­sa­tion du domaine reli­gieux, un cer­tain rejet de toute ins­ti­tu­tion, une moindre visi­bi­li­té de l’Église dans la socié­té, une remise en ques­tion de la foi per­son­nelle. On peut sup­po­ser aus­si que le pas­sage d’une simple assis­tance, assez sou­vent pas­sive et muette, à une par­ti­ci­pa­tion plus pleine et active a été une exi­gence trop forte pour cer­tains. Il en est résul­té des atti­tudes diverses et même oppo­sées vis-​à-​vis de la réforme : cer­tains ont reçu les nou­veaux livres avec quelque indif­fé­rence ou sans cher­cher à com­prendre ni à faire com­prendre les motifs des chan­ge­ments ; d’autres, mal­heu­reu­se­ment, se sont repliés de manière uni­la­té­rale et exclu­sive sur les formes litur­giques pré­cé­dentes, per­çues par cer­tains comme seule garan­tie de sécu­ri­té dans la foi ; d’autres enfin ont pro­mu des inno­va­tions fan­tai­sistes, pre­nant leurs dis­tances par rap­port aux normes éta­blies par l’autorité du Siège apos­to­lique ou des évêques, per­tur­bant l’unité de l’Église et la pié­té des fidèles, heur­tant même par­fois les don­nées de la foi.

b) Résultats positifs

12. Cela ne doit pas faire oublier que les pas­teurs et le peuple chré­tien, dans leur immense majo­ri­té, ont accueilli la réforme litur­gique dans un esprit d’obéissance et même de fer­veur joyeuse. C’est pour­quoi il faut rendre grâce à Dieu pour le pas­sage de son Esprit dans son Église qu’a été le renou­veau litur­gique (58) ; pour la table de la Parole de Dieu désor­mais lar­ge­ment ouverte à tous (59), pour l’immense effort entre­pris à tra­vers le monde afin de four­nir au peuple chré­tien des tra­duc­tions de la Bible, du Missel et des autres livres litur­giques ; pour la par­ti­ci­pa­tion accrue des fidèles, par les prières et les chants, les atti­tudes et le silence, à l’Eucharistie et aux autres sacre­ments ; pour les minis­tères accom­plis par les laïcs et les res­pon­sa­bi­li­tés qu’ils ont prises en ver­tu du sacer­doce com­mun dans lequel ils sont éta­blis par le bap­tême et la confir­ma­tion ; pour la vita­li­té rayon­nante de tant de com­mu­nau­tés chré­tiennes, pui­sée à la source de la liturgie.

Ce sont là autant de motifs de res­ter fidè­le­ment atta­chés à l’enseignement de la Constitution Sacrosanctum Concilium et aux réformes qu’elle a per­mis de réa­li­ser : « Le renou­veau litur­gique est le fruit le plus appa­rent de toute l’œuvre conci­liaire (60). » Pour beau­coup, le mes­sage du deuxième Concile du Vatican a été per­çu avant tout à tra­vers la réforme liturgique.

c) Applications erronées

13. À côté de ces bien­faits de la réforme litur­gique, il faut recon­naître et déplo­rer cer­taines dévia­tions, plus ou moins graves, dans son appli­ca­tion. On constate par­fois des omis­sions ou des ajouts illi­cites, des rites inven­tés hors des normes éta­blies, des atti­tudes ou des chants qui ne favo­risent pas la foi ou le sens du sacré, des abus dans la pra­tique de l’absolution col­lec­tive, des confu­sions entre le sacer­doce minis­té­riel, lié à l’ordination, et le sacer­doce com­mun des fidèles, qui a son fon­de­ment dans le baptême.

On ne peut tolé­rer que cer­tains prêtres s’arrogent le droit de com­po­ser des prières eucha­ris­tiques ou de rem­pla­cer les textes de l’Écriture sainte par des textes pro­fanes. Des ini­tia­tives de ce genre, loin d’être liées à la réforme litur­gique elle-​même, ou aux livres qui en sont issus, lui contre­viennent direc­te­ment, la défi­gurent et privent le peuple chré­tien des richesses authen­tiques de la litur­gie de l’Église.

Il appar­tient aux évêques d’extirper ces abus, puisque le gou­ver­ne­ment de la litur­gie dépend de l’évêque, dans les limites du droit (61), et que « la vie chré­tienne de ses fidèles découle de lui en quelque manière (62) ».

V. L’AVENIR DU RENOUVEAU

14. La Constitution

Sacrosanctum Concilium a expri­mé la voix una­nime du Collège épis­co­pal ras­sem­blé autour du suc­ces­seur de Pierre et avec l’assistance de l’Esprit de véri­té pro­mis par le Seigneur Jésus (cf. Jn 15, 26) : elle conti­nue d’entraîner l’Église dans la voie du renou­veau et de la sain­te­té, en déve­lop­pant la vie litur­gique authen­tique. Les prin­cipes énon­cés dans ce docu­ment sont aus­si des orien­ta­tions pour l’avenir de la litur­gie, de manière que la réforme litur­gique soit tou­jours mieux com­prise et réa­li­sée. « Il est donc néces­saire et il convient tout à fait d’entreprendre à nou­veau une édu­ca­tion inten­sive pour faire décou­vrir les richesses que contient la litur­gie actuelle (63). »

La litur­gie de l’Église va au-​delà de la réforme litur­gique. Nous ne sommes pas dans la même situa­tion qu’en 1963 : une géné­ra­tion de prêtres et de fidèles, qui n’a pas connu les livres litur­giques d’avant la réforme, exerce aujourd’hui les res­pon­sa­bi­li­tés dans l’Église et la socié­té. On ne peut donc conti­nuer à par­ler de chan­ge­ment comme au temps de la publi­ca­tion du docu­ment mais d’un appro­fon­dis­se­ment tou­jours plus intense de la litur­gie de l’Église, célé­brée selon les livres actuels et vécue avant tout comme un fait d’ordre spirituel.

a) Formation biblique et liturgique

15. La tâche la plus urgente est celle de la for­ma­tion biblique et litur­gique du peuple de Dieu, pas­teurs et fidèles. La Constitution l’avait déjà sou­li­gné : « Il n’y a aucun espoir d’obtenir ce résul­tat (la par­ti­ci­pa­tion pleine et active de tout le peuple) si d’abord les pas­teurs eux-​mêmes ne sont pas pro­fon­dé­ment impré­gnés de l’esprit et de la force de la litur­gie et ne deviennent pas capables de l’enseigner (64). » C’est là une oeuvre de longue haleine, qui doit com­men­cer dans les sémi­naires et les mai­sons de for­ma­tion (65), et se pour­suivre tout au long d’une vie sacer­do­tale (66). Cette même for­ma­tion, adap­tée à leur état, est indis­pen­sable aus­si aux laïcs (67), d’autant plus que ceux-​ci sont appe­lés, dans bien des régions, à assu­mer des res­pon­sa­bi­li­tés de plus en plus notables dans la communauté.

b) Adaptation

16. Une autre tâche impor­tante à l’avenir est celle de l’adaptation de la litur­gie aux dif­fé­rentes cultures. La Constitution a énon­cé le prin­cipe et indi­qué la pro­cé­dure à suivre de la part des Conférences épis­co­pales (68). L’adaptation des langues a été rapide, bien que par­fois dif­fi­cile à réa­li­ser. L’adaptation des rites l’a sui­vie, plus déli­cate, mais éga­le­ment néces­saire. L’effort à pour­suivre demeure consi­dé­rable pour enra­ci­ner la litur­gie dans les diverses cultures, en accueillant celles de leurs expres­sions qui peuvent s’harmoniser avec les aspects du véri­table et authen­tique esprit litur­gique, dans le res­pect de l’uni­té sub­stan­tielle du rite romain, expri­mé dans les livres litur­giques (69). L’adaptation doit tenir compte du fait que, dans la litur­gie, sur­tout celle des sacre­ments, il existe une par­tie immuable — parce qu’elle est d’institution divine —, dont l’Église est gar­dienne, et des par­ties sus­cep­tibles de chan­ge­ment, qu’elle a le pou­voir, et par­fois même le devoir, d’adapter aux cultures des peuples récem­ment évan­gé­li­sés (70). Ce n’est pas un pro­blème nou­veau dans l’Église : la diver­si­té litur­gique peut être source d’enrichissement, elle peut aus­si pro­vo­quer des ten­sions, des incom­pré­hen­sions réci­proques et même des schismes. Dans ce domaine, il est clair que la diver­si­té ne doit pas nuire à l’unité. Elle ne peut s’exprimer que dans la fidé­li­té à la foi com­mune, aux signes sacra­men­tels que l’Église a reçus du Christ, et à la com­mu­nion hié­rar­chique. L’adaptation aux cultures exige une conver­sion du coeur et, s’il le faut, des rup­tures avec des habi­tudes ances­trales incom­pa­tibles avec la foi catho­lique. Cela requiert une sérieuse for­ma­tion théo­lo­gique, his­to­rique et cultu­relle, et un juge­ment sain pour dis­cer­ner ce qui est néces­saire, ou utile, ou au contraire inutile ou dan­ge­reux pour la foi. « Un pro­grès satis­fai­sant en ce domaine ne pour­ra être le fruit que d’une matu­ra­tion pro­gres­sive dans la foi, inté­grant le dis­cer­ne­ment spi­ri­tuel, la luci­di­té théo­lo­gique, le sens de l’Église uni­ver­selle, dans une large concer­ta­tion (71). »

c) Attention aux pro­blèmes nouveaux

17. L’effort du renou­veau litur­gique doit encore répondre aux exi­gences de notre temps. La litur­gie n’est pas dés­in­car­née (72). Depuis vingt-​cinq ans, des pro­blèmes nou­veaux se sont posés ou ont pris un relief nou­veau, tels que, par exemple, l’exercice du dia­co­nat ouvert à des hommes mariés les fonc­tions confiées à des laïcs, hommes et femmes, dans les célé­bra­tions, les célé­bra­tions litur­giques pour les enfants, les jeunes et les han­di­ca­pés, les moda­li­tés de com­po­si­tion de textes litur­giques appro­priés à un pays.

La Constitution Sacrosanctum Concilium ne fait pas réfé­rence à ces pro­blèmes, mais donne les prin­cipes géné­raux pour coor­don­ner et pro­mou­voir la vie liturgique.

d) Liturgie et pié­té populaire

18. Enfin, pour sau­ve­gar­der la réforme et assu­rer le pro­grès de la litur­gie (73), il faut tenir compte de la pié­té popu­laire chré­tienne et de son rap­port avec la vie litur­gique (74). Cette pié­té popu­laire ne peut être ni igno­rée ni trai­tée avec indif­fé­rence ou mépris, car elle est riche de valeurs (75), et déjà par elle-​même elle exprime le fond reli­gieux de l’homme devant Dieu. Mais elle a besoin sans cesse d’être évan­gé­li­sée, pour que la foi qui l’inspire s’exprime par un acte tou­jours plus réflé­chi et authen­tique. Les « pieux exer­cices » du peuple chré­tien (76), comme aus­si les autres formes de dévo­tion, sont accueillis et recom­man­dés, pour­vu qu’ils ne se sub­sti­tuent pas et qu’ils ne se mélangent pas aux célé­bra­tions litur­giques. Une authen­tique pas­to­rale litur­gique sau­ra s’appuyer sur les richesses de la pié­té popu­laire, les puri­fier et les orien­ter vers la litur­gie comme offrande des peuples (77).

VI. LES ORGANISMES RESPONSABLES DU RENOUVEAU LITURGIQUE

a) La Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements

19. La charge de pro­mou­voir le renou­veau de la litur­gie revient en pre­mier lieu au Siège apos­to­lique (78). Voici quatre cents ans cette année, Sixte V créait la Sacrée Congrégation des Rites et lui confiait la tâche de veiller sur l’exercice du culte divin, réfor­mé à la suite du Concile de Trente. Saint Pie X créa une autre Congrégation, pour la Discipline des sacre­ments. Pour mettre en oeuvre la Constitution sur la litur­gie du deuxième Concile du Vatican Paul VI ins­ti­tua un Conseil (79) puis la Sacrée Congrégation pour le Culte divin (80), qui ont accom­pli la tâche qu’ils avaient reçue, avec géné­ro­si­té, com­pé­tence et rapi­di­té. Selon la nou­velle dis­po­si­tion de la Curie romaine pré­vue par la Constitution apos­to­lique Pastor bonus, tout le domaine de la litur­gie sacrée est uni­fié et revient à un seul dicas­tère : la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacre­ments. Il lui appar­tient, res­tant sauve la com­pé­tence de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (81), de régler et de pro­mou­voir la litur­gie, dont les sacre­ments sont la par­tie essen­tielle, en encou­ra­geant l’action pas­to­rale litur­gique (82), en sou­te­nant les divers orga­nismes qui se consacrent à l’apostolat litur­gique, à la musique, au chant et à l’art sacré (83), et en veillant à la dis­ci­pline sacra­men­telle (84). C’est là une oeuvre impor­tante, puisqu’il s’agit avant tout de gar­der fidè­le­ment les grands prin­cipes de la litur­gie catho­lique, illus­trés et déve­lop­pés dans la Constitution conci­liaire, et de s’en ins­pi­rer pour pro­mou­voir et appro­fon­dir dans toute l’Église le renou­veau liturgique.

La Congrégation aide­ra, par consé­quent, les évêques dio­cé­sains dans leur charge de pré­sen­ter à Dieu le culte de la reli­gion chré­tienne et de le régler selon les pré­ceptes du Seigneur et selon les lois de l’Église (85). Elle sera en rap­port étroit et confiant avec les Conférences épis­co­pales, pour ce qui touche à leur com­pé­tence dans le domaine litur­gique (86).

b) Les Conférences épiscopales

20. Les Conférences épis­co­pales ont eu la lourde charge de pré­pa­rer les tra­duc­tions des livres litur­giques (87). Les néces­si­tés du moment ont par­fois conduit à uti­li­ser des tra­duc­tions pro­vi­soires, qui ont été approu­vées ad inter­im.

Mais le temps est venu de réflé­chir à cer­taines dif­fi­cul­tés éprou­vées depuis, de remé­dier à cer­taines fai­blesses ou inexac­ti­tudes, de com­plé­ter les tra­duc­tions par­tielles, de créer ou d’approuver les chants à uti­li­ser dans la litur­gie, de veiller au res­pect des textes approu­vés, de publier enfin des livres litur­giques dans un état qu’on peut consi­dé­rer comme acquis dura­ble­ment et dans une pré­sen­ta­tion qui soit digne des mys­tères célé­brés. Pour le tra­vail de tra­duc­tion, mais aus­si pour une concer­ta­tion plus large à l’échelle du pays entier, les Conférences épis­co­pales devaient consti­tuer une Commission natio­nale et s’assurer le concours de per­sonnes expertes dans les dif­fé­rents sec­teurs de la science et de l’apostolat litur­gique (88). Il convient de s’interroger sur le bilan, posi­tif ou néga­tif, de cette Commission, sur les orien­ta­tions et sur l’aide qu’elle a reçues de la Conférence des évêques dans sa com­po­si­tion ou son acti­vi­té. Le rôle de cette Commission est beau­coup plus déli­cat quand la Conférence veut trai­ter de cer­taines mesures d’adaptation ou d’inculturation plus pro­fondes (89) : c’est une rai­son de plus pour veiller à y pla­cer des per­sonnes vrai­ment expertes.

c) L’évêque diocésain

21. Dans chaque dio­cèse, l’évêque est le prin­ci­pal dis­pen­sa­teur des mys­tères de Dieu comme aus­si l’organisateur, le pro­mo­teur et le gar­dien de toute la vie litur­gique dans l’Église qui lui est confiée (90). Quand l’évêque célèbre au milieu de son peuple, c’est le mys­tère même de l’Église qui se mani­feste. Il est donc néces­saire que l’évêque soit for­te­ment convain­cu de l’importance de telles célé­bra­tions pour la vie chré­tienne de ses fidèles. Elles doivent être un modèle pour tout le dio­cèse (91). Il reste encore beau­coup à faire pour aider les prêtres et les fidèles à péné­trer le sens des rites et des textes litur­giques, pour déve­lop­per la digni­té et la beau­té des célé­bra­tions et des lieux, pour pro­mou­voir, à la manière des Pères, une « caté­chèse mys­ta­go­gique » des sacre­ments. Pour mener à bien cette tâche, l’évêque doit consti­tuer une ou même plu­sieurs Commissions dio­cé­saines, qui lui appor­te­ront leur concours pour pro­mou­voir l’action litur­gique, la musique et l’art sacré dans son dio­cèse (92). La Commission dio­cé­saine, de son côté, agi­ra selon la pen­sée et les direc­tives de l’évêque, et devra pou­voir comp­ter sur son auto­ri­té et son encou­ra­ge­ment pour accom­plir son rôle.

Conclusion

22. La litur­gie n’est pas le tout de l’activité de l’Église, la Constitution Sacrosanctum Concilium l’a rap­pe­lé (93), mais elle est une source et un som­met (94). Elle est une source parce que, prin­ci­pa­le­ment dans les sacre­ments, les fidèles puisent en abon­dance l’eau de la grâce, qui coule du côté du Christ en croix. Pour reprendre une image chère à Jean XXIII, elle est comme la fon­taine du vil­lage où chaque géné­ra­tion vient pui­ser l’eau tou­jours vive et fraîche. Elle est un som­met, parce que toute l’activité de l’Église tend vers la com­mu­nion de vie avec le Christ et que c’est dans la litur­gie que l’Église mani­feste et com­mu­nique aux fidèles l’oeuvre du salut réa­li­sée une fois pour toutes par le Christ.

23. Le temps paraît venu de retrou­ver le grand souffle qui a sou­le­vé l’Église au moment où la Constitution Sacrosanctum Concilium a été pré­pa­rée, dis­cu­tée, votée, pro­mul­guée et où elle a connu ses pre­mières mesures d’application. Le grain a été semé : il a connu la rigueur de l’hiver, mais la semence a ger­mé, elle est deve­nue un arbre. Il s’agit bien, en effet, de la crois­sance orga­nique d’un arbre d’autant plus vigou­reux qu’il plonge plus pro­fond ses racines dans la terre de la tra­di­tion (95). Je vou­drais rap­pe­ler ici ce que je disais au Congrès des Commissions litur­giques en 1984 : dans l’oeuvre de réno­va­tion litur­gique vou­lue par le Concile, il faut tenir pré­sents, « de la manière la plus équi­li­brée, la part de Dieu et la part de l’homme, la hié­rar­chie et les fidèles, la tra­di­tion et le pro­grès, la loi et l’adaptation, le par­ti­cu­lier et la com­mu­nau­té, le silence et l’élan cho­ral. Ainsi la litur­gie de la terre se relie­ra à celle du ciel, où (…) se for­me­ra un seul choeur (…) pour éle­ver d’une seule et même voix un chant de louange vers le Père par Jésus-​Christ (96) ».

Avec ce sou­hait plein de confiance, qui dans mon coeur se trans­forme en prière, je vous donne à tous la béné­dic­tion apostolique.

Du Vatican, le 4 décembre 1988, en la onzième année de mon pontificat.

Jean-​Paul II

Notes

(1) AAS 56 (1964), pp. 97–134.
(2) Const. Sacrosanctum conci­lium, n. 1.
(3) Premier mes­sage au monde (17 octobre 1978) : AAS 70 (1978), pp. 920–921.
(4) Cf. en par­ti­cu­lier : Encyclique Redemptor homi­nis (4 mars 1979), nn. 7. 18–22 : AAS 71 (1979), pp. 268–269, 301–324 ; Exhortation apos­to­lique Catechesi tra­den­dae (16 octobre 1979), nn. 23. 27–30. 33. 37. 48. 53–55. 66–68 : AAS 71 (1979), pp. 1296–1297, 1298–1303, 1305–1306, 1308–1309, 1316 ; Lettre Dominicae Cenae sur le mys­tère et le culte de la Sainte Eucharistie (24 février 1980): AAS 72 (1980), pp. 113–148, Encyclique Dives in mise­ri­cor­dia (30 novembre 1980), nn. 13–15 : AAS 72 (1980), pp. 1218–1232 ; Exhortation apos­to­lique Familiaris consor­tio (22 novembre 1981), nn. 13. 15. 19–21. 33. 38–39. 55–59. 66–68, AAS 74 (1982), pp. 93–96, 97, 101–106, 120–123, 129–131, 147–152, 159–165 ; Exhortation apos­to­lique post­sy­no­dale pp. 185–275, spé­cia­le­ment les nn. 23–33, pp. 233–271.
(5) Allocution aux par­ti­ci­pants du Congrès des pré­si­dents et secré­taires des Commissions natio­nales de litur­gie (27 octobre 1984), n. 1 : Insegnamenti, VII, 2. (1984), p. 1049.
(6) Const. apost. Divino affla­tu (1 er novembre 1911): AAS 3 (1911), p. 633–638.
(7) Motu pro­prio Abhinc duos annos (23 octobre 1913) : AAS 5 (1913), pp. 449–450.
(8) 20 novembre 1947 : AAS 39 (1947), pp. 521–600.
(9) S. Congrégation des Rites, Section his­to­rique, n. 71, Memoria sul­la rifor­ma litur­gi­ca (1946).
(10) Pie XII, Motu pro­prio In coti­dia­nis pre­ci­bus (24 mars 1945): AAS37 (1945), pp. 65–67.
(11) S. Congrégation des Rites, Décret Dominicae Resurrectionis (9 février 1951) : AAS 43 (1951), pp. 128–129.
(12) S. Congrégation des Rites, Décret Maxima Redemptionis (16 novembre 1955): AAS 47 (1955), pp. 838–841.
(13) Jean XXIII, Motu pro­prio Rubricarum instruc­tum (25 juillet 1960) : AAS 52 (1960), p. 594.
(14) S. Pie X, Motu pro­prio Tra le sol­le­ci­tu­di­ni dell’officio pas­to­rale (22 novembre 1903): Pie X Pontificis Maximi Acta, I, p. 77.
(15) Lettre Dominicae Cenae (24 février 1980), n. 13 : AAS 72 (1980), p. 146.
(16) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 25.
(17) Cf. ibid., n. 23.
(18) Cf. ibid., n. 50 ; Missel romain, Préambule, n. 6.v (19) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 14.
(20) Const. Sacrosanctum Concilium, n. 5 ; Missel romain, Veillée pas­cale, orai­son après la 7 e lec­ture.
(21) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 5–6, 47. 61. 102. 106–107.
(22) Missel romain, Veillée pas­cale, Rénovation de la pro­fes­sion de foi bap­tis­male.
(23) Ibid., Messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur, Prière sur les offrandes.
(24) Cf. ibid., Préface des dimanches, I.
(25) Cf. Encyclique Redemptor homi­nis (4 mars 1979), n. 7 : AAS 71 (1979), pp. 268–270.
(26) Cf. Lettre Dominicae Cenae (24 février 1980), n. 4 : AAS 72 (1980), pp. 119–121.
(27) Cf. Const. Sacrosancturn Concilium, n. 7 ; cf. Paul VI, Encyclique Mysterium fidei (3 sep­tembre 1965): AAS 57 (1965), pp. 762, 764.
(28) Cf. S. Congrégation des Rites, Instruction Eucharisticum mys­te­rium (25 mai 1967), n. 9 : AAS 59 (1967), p. 547.
(29) Cf. Paul VI, Encyclique Mysterium fidei (3 sep­tembre 1965) : AAS 57 (1965), p. 763.
(30) Cf. ibid., pp. 769–771.
(31) Const. Sacrosanctum Concilium, n. 35.
(32) Ibid.
(33) Const. dog­ma­tique Dei Verbum, n. 21.
(34) Const. Sacrosanctum Concilium, n. 24.
(35) Cf. Lettre Dominicae Cenae (24 février 1980), n. 10 : AAS 72 (1980), pp. 134–137.
(36) Cf. Liturgie des Heures, lun­di de la 4 e semaine, orai­son des Vêpres.
(37) Cf. Missel romain, Préface des dimanches, VIII.
(38) Const. Sacrosanctum Concilium, n. 41.
(39) Cf. Missel romain, Prières eucha­ris­tiques II et IV.
(40) Cf. ibid., Prière eucha­ris­tique III ; Symbole de Nicée-​Constantinople.
(41) Cf. ibid., Prière eucha­ris­tique I.
(42) Cf. ibid., Bénédiction solen­nelle pour le dimanche de la Pentecôte.
(43) Cf. ibid., Prière eucha­ris­tique III.
(44) Cf. Allocution aux par­ti­ci­pants du Congrès des pré­si­dents et secré­taires des Commissions natio­nales de litur­gie (27 octobre 1984), n. 1 : Insegnamenti, VII, 2 (1984), p. 1049.
(45) Const. Sacrosanctum conci­lium, n. 26.
(46) Cf. ibid. nn. 22 et 26.
(47) Cf. ibid., n. 26.
(48) Cf. ibid., n. 22.
(49) Cf. ibid., n. 26.
(51) Cf. ibid., n. 27.
(52) Cf. ibid., n. 29.
(53) Cf. ibid., n. 57 ; cf. S. Congrégation des Rites, Décret géné­ral Ecclesiae sem­per (7 mars 1965): AAS 57 (1965), pp. 410–412.
(54) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 99.
(55) Cf. ibid., n. 36.
(56) Cf. ibid., nn. 37–40.
(57) Cf. ibid., n. 34.
(58) Cf. ibid., n. 43.
(59) Cf. Const. dog­ma­tique Dei Verbum, n. 21 ; Const. Sacrosanctum Concilium, n. 51.
(60) Relation finale de l’Assemblée extra­or­di­naire du Synode des évêques (7 décembre 1985), II, B, b, 1.
(61) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 22, §1.
(62) Ibid., n. 41.
(63) Lettre Dominicae Cenae (24 février 1980), n. 9 : AAS 72 (1980), p. 133.
(64) Const. Sacrosanctum Concilium, n. 14. (65) Cf. S. Congrégation des Rites, Instruction Inter oecu­me­ni­ci (26 sep­tembre 1964) nn. 11–13 : AAS 56 (1964), pp. 879–880 ; S. Congrégation pour l’Éducation catho­lique, « Ratio fun­da­men­ta­lis » pour la for­ma­tion sacer­do­tale (6 jan­vier 1970), ch. VIII : AAS 62 (1970), pp. 351–361, Instruction In eccle­sias­ti­cam futu­ro­rum sur la for­ma­tion litur­gique dans les sémi­naires (3 juin 1979), Rome, 1979.
(66) Cf. S. Congrégation des Rites, Instruction Inter oecu­me­ni­ci (26 sep­tembre 1964), nn. 141–7 : AAS 56 (1964), pp. 880–881.
(67) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 19.
(68) Cf. ibid., n. 39.
(69) Cf. ibid., nn. 37–40.
(70) Cf. ibid., n. 21.
(71) Allocution à un groupe d’évêques de la Conférence épis­co­pale du Zaïre (12 avril 1983), n. 5 : AAS 75 (1983), p. 620.
(72) Allocution aux par­ti­ci­pants du Congrès des pré­si­dents et secré­taires des Commissions natio­nales de litur­gie (27 octobre 1984), n. 2 : Insegnamenti, VII, 2 (1984), p. 1051.
(73) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 1.
(74) Cf. ibid., nn. 12–13.
(75) Cf. Paul VI, Exhortation apos­to­lique Evangelii nun­tian­di (8 décembre 1975), n. 48 : AAS 68 (1976), pp. 37–38.
(76) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 13.
(77) Cf. Allocution à la Conférence des évêques des Abruzzes et Molise en visite « ad limi­na » (24 avril 1986), nn. 3–7 : AAS 78 (1986), pp. 1140–1143.
(78) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 22, §1.
(79) Lettre apost. Sacram Liturgiam (25 jan­vier 1964) : AAS 56 (1964), pp. 139–144.
(80) Const. apost. Sacra Rituum Congregatio (8 mai 1969) : AAS 61 (1969), pp. 297–305.
(81) Const. apost. Pastor Bonus (28 juin 1988), n. 69 : AAS 80 (1988), p. 876.
(82) Cf. ibid., n. 64 : l.c., pp. 876–877. (83) Cf. ibid., n. 65 : I.c., p. 877.
(84) Cf. ibid. nn. 63 et 66 : l.c., pp. 876 et 877.
(85) Cf. Const. dog­ma­tique Lumen gen­tium, n. 26 ; Const. Sacrosanctum Concilium, n. 22, §1.
(86) Cf. Const. apost. Pastor Bonus, n. 64, § 3 : l.c., p. 877 .
(87) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 36 et 63.
(88) Cf. ibid., n. 44.
(89) Cf. ibid., n. 40.
(90) Cf. Décret Christus Dominus, n. 15.
(91) Cf. Discours aux évêques ita­liens par­ti­ci­pants à un cours de for­ma­tion litur­gique (12 février 1988), n. 1 : L’Osservatore Romano, 13 février 1988, p. 4.
(92) Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, nn. 45–46.
(93) Cf. ibid., n. 9.
(94) Cf. ibid., n. 10.
(95) Cf. ibid., n. 23.
(96) Allocution aux par­ti­ci­pants du Congrès des pré­si­dents et secré­taires des Commissions natio­nales de litur­gie (27 octobre 1984). n. 6 : Insegnamenti, VII, 2 (1984), p. 1054.

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