Grégoire XVI

Lettre encyclique Inter præcipuas

8 mai 1844

Sur l'étude et l'interprétation de la Bible.

Table des matières
Note de La Porte Latine

Dessein coupable des Sociétés bibliques. — Tous ne sont pas capables d'entendre l'Ecriture par eux-mêmes, — Combien l'Eglise romaine prend à tâche de faire connaître l'Ecriture au peuple. — Précautions à prendre pour les versions de la Bible en langue vulgaire. — Condamnation des Sociétés bibliques. — Résultats heureux de cette condamnation. — L'alliance chrétienne formée contre les Italiens. — Condamnation de l'alliance chrétienne. — Règles relatives aux traductions de la Bible en langue vulgaire et aux livres prohibés. — Instruire avec soin les fidèles. — Enseignement de l'Ecriture. — Déjouer les efforts tentés auprès des Italiens, — Les princes doivent leur appui. — Prière.

fraternité sainte pie X

Salut et béné­dic­tion apostolique.

Dessein coupable des Sociétés bibliques

Entre les manœuvres prin­ci­pales qu’emploient de nos jours les non catho­liques de déno­mi­na­tions diverses, pour cher­cher à sur­prendre les ser­vi­teurs de la véri­té catho­lique et à détour­ner leurs esprits de la sain­teté de la foi, les socié­tés bibliques ne tiennent pas le der­nier rang. Instituées d’abord en Angleterre, et de là répan­dues au loin, nous les voyons for­mer comme un corps d’armée et s’entendre pour publier à un nombre infi­ni d’exem­plaires les livres des divines Ecritures tra­duits dans toutes les langues vul­gaires, pour les dis­sé­mi­ner au hasard, soit par­mi les chré­tiens, soit par­mi les infi­dèles, pour enga­ger cha­cun à les lire sans aucune direc­tion. Aujourd’hui donc, comme saint Jérôme le déplo­rait déjà de son temps, on accorde « au babil de la bonne femme, au rado­tage du vieillard décré­pit, à la ver­bo­si­té du sophiste, à tous » [1] enfin, de quelque condi­tion qu’ils soient et pour­vu qu’ils sachent lire, la facul­té d’interpréter les Ecritures sans aucun guide ; bien plus, ce qui est le comble de l’absurdité et presque abso­lu­ment inouï, on ne refuse pas cette intel­li­gence aux peu­plades même infidèles.

Tous ne sont pas capables d’entendre l’Ecriture par eux-mêmes

Vous ne pou­vez igno­rer, véné­rables Frères, où tendent les efforts des socié­tés bibliques. Vous n’avez pas oublié cet avis du prince des apôtres, consi­gné dans les saints livres : après avoir loué les épîtres de saint Paul, il dit « qu’elles contiennent quelques endroits dif­fi­ciles à entendre, que des hommes igno­rants et sans consis­tance détournent en de mau­vais sens, aus­si bien que les autres Ecritures, pour leur propre ruine. » Et il ajoute, incon­ti­nent : « Vous donc, mes frères, qui en êtes ins­truits d’avance, pre­nez garde ; n’allez pas, empor­tés par les éga­re­ments de ces insen­sés, déchoir de votre fidé­li­té. » (II P., III, 16, 17) Aussi est-​il bien éta­bli pour vous que, dès les pre­miers âges du chris­tia­nisme, le propre des héréti­ques fut de répu­dier la parole de Dieu trans­mise par la tra­di­tion, et de reje­ter l’autorité de l’Eglise catho­lique, pour lacé­rer de leur main les Ecritures, ou en cor­rompre le sens par leur inter­pré­ta­tion. Vous n’igno­rez pas non plus quelle sol­li­ci­tude, quelle sagesse est néces­saire pour trans­por­ter fidè­le­ment dans une autre langue les paroles du Seigneur. Qu’y a‑t-​il donc de sur­pre­nant si, dans ces ver­sions mul­ti­pliées par les socié­tés bibliques, l’imprudence ou la mau­vaise foi de tant d’interprètes insère les erreurs les plus graves, que la mul­ti­tude et la diver­si­té des tra­duc­tions tiennent long­temps cachées pour la ruine de plu­sieurs ? Mais qu’importe à ces socié­tés que les lec­teurs de leurs tra­duc­tions tombent dans une erreur ou dans une autre, pour­vu qu’ils s’accoutument insen­siblement à juger libre­ment et par eux-​mêmes du sens des Ecritures, à mépri­ser les tra­di­tions des Pères conser­vées dans l’Eglise catho­lique, à répu­dier même l’au­to­ri­té ensei­gnante de l’Eglise ?

Combien l’Eglise romaine prend à tâche de faire connaître l’Ecriture au peuple

Aussi les membres de ces socié­tés ne cessent de pour­suivre de leurs calom­nies l’Eglise et le Saint-​Siège ; ils l’accusent de cher­cher, depuis plu­sieurs siècles, à éloi­gner le peuple fidèle de la connais­sance des Ecri­tures sacrées. Et cepen­dant, com­bien de preuves écla­tantes du zèle remar­quable que, dans ces der­niers temps mêmes, les sou­ve­rains pon­tifes et, sous leur conduite, les autres évêques catho­liques ont mis à pro­cu­rer au peuple une connais­sance plus appro­fon­die de la parole de Dieu soit écrite soit trans­mise par la tra­di­tion ! A cela se rap­portent en pre­mier lieu les décrets du concile de Trente ; il y est d’abord enjoint aux évêques de veiller à ce que les Ecritures sacrées et la loi divine soient plus fré­quemment expli­quées dans leurs dio­cèses ; de plus, enché­ris­sant sur une ins­ti­tu­tion due au concile de Latran, il y fut réglé, que, dans chaque église cathé­drale ou col­lé­giale des grandes cités et des prin­ci­pales villes, il y eût une pré­bende théo­lo­gale, et qu’elle fût confé­rée exclu­si­ve­ment à des per­sonnes capables d’exposer et d’interpréter la sainte Ecriture. Ce qui concerne l’érection de cette pré­bende théo­lo­gale, confor­mé­ment aux déci­sions du concile de Trente, et les expli­ca­tions publiques à don­ner aux clercs et au peuple par le théo­lo­gal, fut trai­té ensuite dans plu­sieurs synodes pro­vin­ciaux et dans le concile romain de l’année 1725, où avaient été convo­qués par le pape Benoît XIII, notre pré­dé­ces­seur d’heureuse mémoire, non seule­ment les évoques de la pro­vince, mais aus­si plu­sieurs des arche­vêques, évêques et autres ordi­naires des lieux qui rele­vaient im­médiatement du Saint-​Siège. Dans ce but encore, le même sou­ve­rain pon­tife éta­blit plu­sieurs sta­tuts dans des lettres apos­to­liques adres­sées expres­sément à l’Italie et aux îles adja­centes. Et vous, nos véné­rables Frères, qui aux temps vou­lus, avez cou­tume d’informer le Saint-​Siège de l’état de cha­cun de vos dio­cèses, vous connais­sez les réponses don­nées par notre Congrégation du concile à vos pré­dé­ces­seurs et réité­rées sou­vent à vous- mêmes ; et vous savez com­bien le Saint-​Siège s’empresse de féli­ci­ter les évêques lorsqu’ils ont des théo­lo­giens pré­ben­dés qui accom­plissent digne­ment leur devoir et expliquent en public les saintes Lettres ; com­ment il ne cesse d’ex­ci­ter, d’animer leur sol­li­ci­tude pas­to­rale, lorsque sous ce rap­port il ne trouve pas encore tout ce qu’il désire.

Précautions à prendre pour les versions de la Bible en langue vulgaire

Quant à ce qui regarde les tra­duc­tions de la Bible, déjà depuis plu­sieurs siècles les évêques ont dû, de temps en temps et en plu­sieurs en­droits, redou­bler de vigi­lance, en les voyant lues dans des conven­ti­cules secrets, et répan­dues avec pro­fu­sion par les héré­tiques. C’est à cela qu’ont trait les aver­tis­se­ments et les décrets de notre pré­dé­ces­seur de glo­rieuse mémoire, Innocent III, rela­tifs à cer­taines réunions secrètes d’hommes et de femmes, tenues dans le dio­cèse de Metz, sous le pré­texte de vaquer à la pié­té et à la lec­ture des livres saints. Nous voyons aus­si des traduc­tions de Bibles condam­nées en France bien­tôt après et en Espagne avant le XVIe siècle. Mais il fal­lait user d’une vigi­lance nou­velle avec les héré­sies de Luther et de Calvin. Assez auda­cieux pour vou­loir ébran­ler la doc­trine immuable de la foi par la diver­si­té presque incroyable des erreurs, leurs dis­ciples mirent tout en œuvre pour trom­per les âmes des fidèles par de fau­tives expli­ca­tions des saints livres et de nou­velles tra­ductions, mer­veilleu­se­ment aidés, dans la rapi­di­té et l’étendue de leur débit, par l’art nais­sant de l’imprimerie. Aussi, dans les règles que rédi­gèrent les Pères choi­sis par le concile de Trente, qu’approuva notre pré­décesseur Pie IV, d’heureuse mémoire, et qui furent ins­crites en tête de l’index des livres défen­dus, il est expres­sé­ment sta­tué de ne per­mettre la lec­ture d’une tra­duc­tion de la Bible qu’à ceux qu’on juge devoir y pui­ser l’accrois­se­ment de la pié­té et de la foi. Cette règle dut être res­treinte encore à rai­son de l’astuce per­sé­vé­rante des héré­tiques, et Benoît XIV décla­ra, avec toute son auto­ri­té, qu’on pou­vait regar­der comme per­mise la lec­ture des tra­duc­tions « approu­vées par le Siège Apostolique, ou publiées avec des anno­ta­tions tirées soit des Pères de l’Eglise, soit d’interprètes savants et catholiques. »

Condamnation des Sociétés bibliques

Cependant il se ren­con­tra des adeptes de la secte jan­sé­niste qui, emprun­tant la logique des luthé­riens et des cal­vi­nistes, ne rou­girent pas de repro­cher à l’Eglise et au Saint-​Siège cette sage conduite. A leur dire, la lec­ture de la Bible était utile et néces­saire à chaque fidèle en tout temps et par­tout ; aucune auto­ri­té n’avait donc le droit de l’interdire. Cette audace des jan­sé­nistes fut condam­née avec plus de rigueur dans deux déci­sions solen­nelles que por­tèrent contre leurs doc­trines, aux applau­dis­se­ments de tout l’univers catho­lique, deux sou­ve­rains pon­tifes, d’honorable mémoire, Clément XI, par sa consti­tu­tion Unigenitus de 1713, Pie VI, par la consti­tu­tion Auctorem fidei de 1794.

Ainsi, les socié­tés bibliques n’étaient pas encore éta­blies, et déjà les décrets men­tion­nés avaient pré­mu­ni les fidèles contre l’astuce des héré­tiques, voi­lée sous le zèle spé­cieux de pro­pa­ger la connais­sance des Ecri­tures. Pie VII, notre pré­dé­ces­seur de glo­rieuse mémoire, vit ces socié­tés naître et prendre de grands déve­lop­pe­ments ; il ne ces­sa de résis­ter à leurs efforts par ses nonces apos­to­liques, par des lettres, des décrets ren­dus dans diverses congré­ga­tions des car­di­naux, par deux lettres pon­ti­fi­cales adres­sées aux arche­vêques de Gnesne et de Mohiloff. Quant à Léon XII, notre pré­dé­ces­seur d’heureuse mémoire, il signa­la les ma­nœuvres des socié­tés bibliques dans sa lettre ency­clique du 5 mai 1824, adres­sée à tous les évêques de l’univers catho­lique C’est ce que fit aus­si Pie VIII dans l’Encyclique du 24 mai 1829. Nous enfin, qui avons suc­cé­dé à sa charge, si indigne que nous en soyons, nous n’a­vons pas oublié d’ap­pli­quer au même des­sein notre sol­li­ci­tude pas­to­rale, et nous avons tenu, entre autres choses, à rap­pe­ler aux fidèles les règles déjà éta­blies rela­ti­ve­ment aux tra­duc­tions de la Bible.

Résultats heureux de cette condamnation

Vous devons ici vous féli­ci­ter vive­ment, véné­rables Frères, de ce qu’ex­ci­tés par votre pié­té et votre sagesse, sou­te­nus par les lettres de nos pré­dé­ces­seurs, vous n’avez pas négli­gé d’avertir au besoin le trou­peau fidèle, pour le pré­mu­nir contre les pièges ten­dus par les socié­tés bibliques. Ce zèle des évêques, uni à la sol­li­ci­tude du Saint-​Siège, a été béni du Seigneur ; aver­tis du mal, plu­sieurs catho­liques impré­voyants qui favo­ri­saient les socié­tés bibliques, se sont reti­rés, et le peuple a été presque entiè­re­ment pré­ser­vé de la conta­gion qui le menaçait.

Cependant les sec­taires biblistes se pro­met­taient une grande gloire ; ils comp­taient ame­ner jus­qu’à un cer­tain point les infi­dèles à la pro­fes­sion du chris­tia­nisme, par la lec­ture des Livres sacrés publiés dans les langues vul­gaires de ces peuples, et répan­dus à un nombre infi­ni d’exemplaires par les mis­sion­naires ou col­por­teurs qu’ils envoient dans ces régions pour les dis­tri­buer à qui veut les rece­voir et même pour les faire rece­voir bon gré mal gré à qui n’en veut pas. Mais à ces hommes qui cher­chent à pro­pa­ger le nom chré­tien, en se pla­çant en dehors des règles ins­ti­tuées par le Christ lui-​même, rien ou presque rien n’a réus­si selon leurs espé­rances : ils ont pu seule­ment créer quel­que­fois de nou­veaux obs­tacles à ces prêtres catho­liques, qui, après avoir reçu leur mis­sion du Saint-​Siège, vont vers ces mêmes peuples, et n’épargnent aucun labeur afin d’engendrer de nou­veaux fils à l’Eglise par la parole de Dieu et par l’ad­mi­nis­tra­tion des sacre­ments, prêts à répandre leur sang dans les plus cruels sup­plices pour le salut des âmes et en témoi­gnage de la foi.

L’alliance chrétienne : liberté religieuse et indifférentisme

Or, par­mi ces sec­taires, ain­si frus­trés dans leur attente et réflé­chis­sant dans leur esprit cha­grin aux sommes immenses dépen­sées à édi­ter leurs Bibles et à les répandre sans aucun résul­tat, il s’en est trou­vé naguère qui ont our­di leurs trames sur un nou­veau plan, se pro­po­sant pour but d’atteindre, comme par une pre­mière attaque, les âmes des habi­tants de l’Italie et des citoyens de notre propre Ville. Il nous est prou­vé par des mes­sages et des docu­ments reçus il y a peu de temps, que des hommes de sectes diverses se sont réunis l’an der­nier à New-​York en Amérique, et la veille des ides de juin, ont for­mé une nou­velle asso­cia­tion dite de l’Alliance chré­tienne, des­ti­née à rece­voir dans son sein des membres de tout pays et de toute nation, et à se for­ti­fier par l’adjonction ou l’affilia­tion d’autres socié­tés éta­blies pour lui venir en aide, dans le but com­mun d’inoculer aux Romains et aux autres peuples de l’Italie, sous le nom de liber­té reli­gieuse, l’amour insen­sé de l’indifférence en matière de reli­gion. Car ils avouent que depuis un grand nombre de siècles les institu­tions de la nation romaine et ita­lienne sont d’un si grand poids, que rien de grand ne s’est pro­duit dans le monde qui n’ait eu son prin­cipe dans cette Ville mère ; ce qu’ils n’attribuent pas à l’établissement en ces lieux, par la dis­po­si­tion du Seigneur, du siège suprême de Pierre, mais à cer­tains restes de l’antique domi­na­tion des Romains, que l’on voit encore, disent-​ils, dans la puis­sance que nos pré­dé­ces­seurs ont usur­pée. Résolus donc de gra­ti­fier tous les peuples de la liber­té de conscience ou plu­tôt de la liber­té de l’erreur, d’où coule, comme de sa source, et pour l’accroissement de ce qu’ils appellent la pros­pé­ri­té publique, la liber­té poli­tique, ils croient ne rien pou­voir si, d’abord, ils n’avancent leur œuvre auprès des citoyens Italiens et Romains, dont l’autorité et l’ac­tion sur les autres peuples leur serait ensuite un secours tout puis­sant. Ce qui leur fait espé­rer d’atteindre aisé­ment ce pre­mier résul­tat, c’est qu’un si grand nombre d’Italiens séjournent dans les diverses par­ties de la terre, d’où un grand nombre reviennent à la patrie : beau­coup d’entre eux étant déjà ou spon­ta­né­ment enflam­més du goût des choses nou­velles, ou cor­rom­pus dans leurs mœurs, ou en proie à la misère, on les déter­mine presque sans peine à s’enrôler dans l’Association nou­velle ou du moins à lui vendre leur concours à prix d’argent. Ainsi donc, après avoir recueilli ces hommes de toutes parts, ils emploient tous les moyens pour faire por­ter jusque dans Rome leurs Bibles en langue vul­gaire et cor­rom­pues, et pour les faire dis­tri­buer clan­des­ti­ne­ment aux fidèles ; pour faire dis­tri­buer en même temps et afin d’aliéner l’esprit des lec­teurs de l’obéissance due à l’Eglise et à ce Saint-​Siège, les livres et les libelles les plus détes­tables, com­po­sés par ces Italiens, ou tra­duits par eux d’au­tres auteurs ; par­mi eux ils recom­mandent par­ti­cu­liè­re­ment l’his­toire de la Réforme, de Merle d’Aubigné, et les Mémoires sur la Réforme en Italie, de Jean Cric. Du reste, on peut se faire une idée de ce que peuvent être tous ces écrits, d’après ce sta­tut qu’on attri­bue à l’association ; il y est dit qu’on ne peut jamais admettre dans cer­taines réunions particu­lières pour le choix des livres, deux membres appar­te­nant à la même secte religieuse.

[ils] ont for­mé une nou­velle asso­cia­tion dite de l’Alliance chré­tienne, […] dans le but com­mun d’inoculer aux Romains et aux autres peuples de l’Italie, sous le nom de liber­té reli­gieuse, l’amour insen­sé de l’indifférence en matière de religion

Condamnation de l’alliance chrétienne

Aussitôt que ces choses nous ont été rap­por­tées, nous n’avons pu que nous affli­ger pro­fon­dé­ment en consi­dé­rant le péril pré­pa­ré par les sec­taires à notre sainte Religion, non seule­ment dans les lieux éloi­gnés de Rome, mais jusqu’au centre même de l’unité catho­lique. On ne doit pas craindre sans doute de voir jamais tom­ber le siège de Pierre sur lequel a été posé par le Christ Notre-​Seigneur, l’i­nex­pug­nable fon­de­ment de son Eglise ; il ne nous est pas per­mis cepen­dant de négli­ger la défense de son auto­ri­té, et l’office même du suprême apos­to­lat nous rap­pelle que le Prince divin des Pasteurs nous deman­de­ra un compte rigou­reux de l’i­vraie qui croît dans le champ du Seigneur, si l’homme enne­mi a pu en répandre la semence pen­dant notre som­meil, et du sang des bre­bis con­fiées à notre garde, si c’est par notre faute qu’elles ont péri.

Aussi, après avoir consul­té plu­sieurs car­di­naux de la sainte Eglise, après avoir gra­ve­ment et mûre­ment pesé toute l’affaire, de leur avis, nous avons réso­lu de vous adres­ser à tous cette lettre, véné­rables Frères. Nous y condam­nons de nou­veau, en ver­tu de l’au­to­ri­té apos­to­lique, toutes les sus­dites socié­tés bibliques déjà réprou­vées par nos prédéces­seurs ; et de même, par le juge­ment de notre suprême apos­to­lat, nous réprou­vons nomi­na­ti­ve­ment et nous condam­nons l’association nou­velle ci-​dessus dési­gnée, de l’Alliance chré­tienne, consti­tuée l’an der­nier à New-​York, ain­si que toutes les socié­tés de même genre qui déjà se seraient unies ou qui s’uniraient dans la suite à cette asso­cia­tion. Que tous le sachent donc : ce serait, devant Dieu et devant l’Eglise, se rendre cou­pable d’un crime très grave que de s’affilier ou prê­ter aide à quelqu’une des­dites socié­tés ou de les favo­ri­ser d’une manière quel­conque. Nous confir­mons en outre et nous renou­ve­lons par notre auto­ri­té apos­to­lique les pres­crip­tions rap­pe­lées plus haut et déjà depuis long­temps promul­guées sur la publi­ca­tion, la pro­pa­ga­tion, la lec­ture et la conser­va­tion des livres de l’Ecriture sacrée tra­duits en langues vul­gaires ; quant aux autres ouvrages, quels qu’en scient les auteurs, tous doivent savoir qu’il faut s’en tenir aux règles géné­rales et aux décrets de nos pré­dé­ces­seurs pla­cés en tête de l’index des livres pro­hi­bés ; et qu’on doit se gar­der non seule­ment des livres nomi­na­ti­ve­ment indi­qués dans ce même Index, mais encore de tous ceux dont il est ques­tion d’une manière géné­rale dans les­dites prescriptions.

Règles relatives aux traductions de la Bible en langue vulgaire et aux livres prohibés

Pour vous, véné­rables Frères, appe­lés à par­ta­ger notre sol­li­ci­tude, nous vous recom­man­dons vive­ment, dans le Seigneur, d’annoncer et d’expliquer, selon les lieux et les temps, aux peuples confiés à votre charge pas­to­rale, ce juge­ment apos­to­lique et nos pré­sents commande­ments ; faites aus­si tous vos efforts pour éloi­gner les bre­bis fidèles de la sus­dite asso­cia­tion de l’Alliance chré­tienne, et de toutes celles qui lui viennent en aide, ain­si que des autres socié­tés bibliques, et de tout rap­port avec les unes et les autres. Vous devrez encore, d’après cela, ôter des mains des fidèles soit les Bibles tra­duites en langue vul­gaire, publiées contrai­re­ment aux sanc­tions ci-​dessus rap­pe­lées des Pontifes romains, et de plus, veiller à ce que, par vos aver­tis­se­ments et par votre auto­ri­té, les chré­tiens apprennent quels pâtu­rages ils doivent regar­der comme salu­taires, les­quels, comme nui­sibles et mortels.

Enseignement de l’Ecriture

Cependant, appliquez-​vous chaque jour davan­tage, véné­rables Frères, à la pré­di­ca­tion de la parole de Dieu, soit par vous-​mêmes, soit par les curés ayant charge d’âmes dans chaque dio­cèse et par les autres ecclésias­tiques propres à cette fonc­tion : veillez plus par­ti­cu­liè­re­ment sur ceux-​là sur­tout qui sont char­gés d’expliquer publi­que­ment l’Ecriture sacrée ; qu’ils aient soin, en s’acquittant de leur office, de se mettre à la por­tée de leurs audi­teurs, et qu’aucun d’eux ne se per­mette, sous quelque pré­texte que ce soit, d’expliquer et d’interpréter les divines Lettres d’une manière contraire à la tra­di­tion des Pères ou en dehors du sens de l’Eglise catho­lique. Enfin, comme le propre d’un bon pas­teur est non seule­ment de pro­té­ger et de nour­rir les bre­bis qui res­tent près de lui, mais encore de cou­rir à la recherche de celles qui se sont écar­tées au loin et de les rame­ner au ber­cail, ain­si votre devoir et le nôtre sera d’employer toutes les forces de l’a­mour pas­to­ral pour faire recon­naître, par la grâce de Dieu, la gra­vi­té de leur péché à tous ceux qu’auraient pu séduire les sec­taires ci-​dessus dési­gnés et les pro­pa­ga­teurs de mau­vais livres, et pour les ame­ner à expier leurs fautes par le remède d’une sa­lutaire péni­tence. Votre sol­li­ci­tude pas­to­rale ne doit pas même négli­ger les séduc­teurs de ses mal­heu­reux ni les maîtres eux-​mêmes de l’i­ni­qui­té ; quoique leur ini­qui­té soit plus grande, nous ne devons pas nous abs­te­nir de pro­cu­rer avec ardeur leur salut par toutes les voies et tous les moyens en notre pouvoir.

Déjouer les efforts tentés auprès des Italiens

Au reste, véné­rables Frères, nous deman­dons une vigi­lance particuliè­rement active contre les embûches et les ten­ta­tives des membres de l’Alliance chré­tienne, à ceux de votre ordre qui régissent les Eglises situées en Italie ou dans les lieux que les Italiens fré­quentent davan­tage, mais sur­tout dans les pays limi­trophes et par­tout où se trouvent des mar­chés et des ports d’où le pas­sage en Italie est plus fré­quent. Les sec­taires s’efforçant d’exécuter leurs des­seins dans ces lieux-​là mêmes, c’est sur­tout aux évêques de ces lieux de tra­vailler ardem­ment et constam­ment avec nous à déjouer leurs manœuvres, avec le secours de Dieu.

Les princes doivent leur appui

Vos efforts et les nôtres auront nous n’en dou­tons pas, l’ap­pui des puis­sances civiles, et par­ti­cu­liè­re­ment des très hauts et très puis­sants princes de l’Italie, soit à cause de leur zèle pour la conser­va­tion de la reli­gion catho­lique, soit parce que leur sagesse n’ignore pas qu’il importe beau­coup au bien public de faire échouer les pro­jets des sec­taires. Il est constant, en effet, et l’expérience des temps pas­sés ne le prouve que trop, que l’indifférence en matière de reli­gion, pro­pa­gée par les sec­taires sous le nom de liber­té reli­gieuse, est la voie la plus sûre pour reti­rer les peuples de la fidé­li­té et de l’o­béis­sance qu’ils doivent aux princes. Et les nou­veaux asso­ciés de l’Alliance chré­tienne ne s’en cachent pas. Ils pro­testent n’a­voir aucun des­sein d’exciter des sédi­tions civiles ; mais en attri­buant à cha­cun indis­tinc­te­ment l’interprétation de la Bible et en pro­pa­geant par­mi les Italiens ce qu’ils appellent l’entière liber­té de conscience, ils se vantent de don­ner par là même la liber­té poli­tique à l’Italie.

Prière

Mais avant tout et par-​dessus tout, levons tous ensemble nos mains vers Dieu, véné­rables Frères : recommandons-​lui notre cause, la cause de tout son trou­peau et de son Eglise, par les prières les plus humbles et les plus fer­ventes ; invo­quons aus­si la très pieuse inter­ces­sion de Pierre, le Prince des Apôtres, de tous les autres Saints, et sur­tout de la bien­heu­reuse Vierge Marie, à qui il a été don­né d’exterminer toutes les héré­sies dans tout l’univers.

Enfin, et comme gage de notre ardente cha­ri­té, nous vous don­nons avec amour et avec effu­sion de cœur notre béné­dic­tion apos­to­lique, à vous tous, véné­rables Frères, à tous les clercs ain­si qu’à tous les fidèles laïques confiés à vos soins.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le len­de­main des nones de mai 1844. de notre Pontificat l’an 14e.

GRÉGOIRE XVI, PAPE.

Source : Lettres apos­to­liques de Pie IX, Grégoire XVI, Pie VII, Edition « Les bon livres »

Notes de bas de page

  1. Epist. ad Paulinum § 7,quae est epis­to­la LIII, tom. I.Op. S. Hieron. edit. Vallarsii[]
fraternité sainte pie X
4 octobre 1833
Condamnation d'un mouvement de fausse réforme menaçant l'Eglise
  • Grégoire XVI