20 novembre 1947

Lettre encyclique Mediator Dei

Sur la liturgie et le culte eucharistique

Table des matières

A nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, évêques et autres Ordinaires en paix et com­mu­nion avec le Siège apos­to­lique, ain­si qu’à tout le cler­gé et aux fidèles de l’univers catholique

Vénérables Frères,

Salut et Bénédiction apostolique !

I – Introduction

Jésus-​Christ Rédempteur du monde

Médiateur entre Dieu et les hommes [1], Grand Prêtre qui a péné­tré les cieux, Jésus, Fils de Dieu [2], en entre­pre­nant l’œuvre de misé­ri­corde qui devait com­bler le genre humain de bien­faits sur­na­tu­rels, eut cer­tai­ne­ment en vue de réta­blir entre les hommes et leur Créateur l’ordre trou­blé par le péché et de rame­ner à son Père céleste, prin­cipe pre­mier et fin der­nière, l’infortunée des­cen­dance d’Adam, souillée par la faute originelle.

C’est pour­quoi, durant son séjour sur la terre, non seule­ment il annon­ça le com­men­ce­ment de la Rédemption et l’inauguration du royaume de Dieu, mais il s’employa aus­si à sau­ver les âmes par l’exercice conti­nuel de la prière et du sacri­fice, jusqu’au jour où, sur la croix, il s’offrit en vic­time sans tache à Dieu, pour puri­fier notre conscience des œuvres mortes, afin que nous ser­vions le Dieu vivant [3]. Par là, toute l’humanité, heu­reu­se­ment reti­rée du che­min qui la condui­sait à la ruine et à la per­di­tion, fut de nou­veau orien­tée vers Dieu, afin que par la coopé­ra­tion de cha­cun à l’acquisition de sa propre sain­te­té, qui naît du sang imma­cu­lé de l’Agneau elle don­nât à Dieu la gloire qui lui est due.

Le divin Rédempteur vou­lut ensuite que la vie sacer­do­tale, qu’il avait com­men­cée dans son corps mor­tel par ses prières et son sacri­fice, fût conti­nuée sans inter­rup­tion au cours des siècles dans son Corps mys­tique qui est l’Église. Il ins­ti­tua donc un sacer­doce visible pour offrir en tout lieu l’oblation pure [4], afin que tous les hommes, de l’Orient à l’Occident, déli­vrés du péché, ser­vissent Dieu, par devoir de conscience, libre­ment et spontanément.

L’Église continue la fonction sacerdotale de Jésus-Christ

L’Église, fidèle au man­dat reçu de son fon­da­teur, conti­nue donc la fonc­tion sacer­do­tale de Jésus-​Christ, prin­ci­pa­le­ment par la sainte litur­gie. Elle le fait d’abord à l’autel, où le sacri­fice de la croix est per­pé­tuel­le­ment repré­sen­té [5] et renou­ve­lé, la seule dif­fé­rence étant dans la manière de l’offrir [6] ; ensuite par les sacre­ments qui sont pour les hommes les moyens spé­ciaux de par­ti­ci­per à la vie sur­na­tu­relle ; enfin par le tri­but quo­ti­dien de louange offert à Dieu, Souverain Bien. « Quel joyeux spec­tacle n’offre pas au ciel et à la terre l’Église en prière, dit Notre pré­dé­ces­seur Pie XI, d’heureuse mémoire. Sans inter­rup­tion, tout le jour et toute la nuit, se répète sur la terre la divine psal­mo­die des chants ins­pi­rés ; il n’est pas d’heure du jour qui ne soit sanc­ti­fiée de sa litur­gie propre, il n’est pas de période de la vie qui n’ait sa place dans l’action de grâces, la louange, les demandes et la répa­ra­tion de cette solen­nelle et com­mune prière du Corps mys­tique du Christ, qui est l’Église. » [7]

Réveil des études liturgiques

Vous savez sans doute, Vénérables Frères, qu’à la fin du siècle der­nier et au début de celui-​ci, les études litur­giques furent pous­sées avec une sin­gu­lière ardeur, par les louables efforts de par­ti­cu­liers, et grâce sur­tout à l’activité zélée et assi­due de plu­sieurs monas­tères de l’Ordre illustre de saint Benoît ; il s’ensuivit, non seule­ment dans de nom­breux pays d’Europe, mais même au-​delà des mers, une noble et fruc­tueuse ému­la­tion dont les résul­tats bien­fai­sants ne tar­dèrent pas à se faire sen­tir, soit dans le domaine des sciences reli­gieuses où les rites litur­giques de l’Église d’Occident et de celle de l’Orient furent plus lar­ge­ment étu­diés et connus, soit dans la vie spi­ri­tuelle pri­vée de nom­breux chrétiens.

Les céré­mo­nies sacrées de la messe ont été mieux connues, com­prises, esti­mées ; la par­ti­ci­pa­tion aux sacre­ments a été plus large et plus fré­quente ; la beau­té des prières litur­giques plus goû­tée, et le culte de la sainte Eucharistie consi­dé­ré, à juste titre, comme la source et l’origine de la vraie pié­té chré­tienne. En outre, plus que par le pas­sé, on a fait connaître aux fidèles qu’ils forment tous ensemble un seul corps, très étroi­te­ment uni, dont le Christ est la tête et que le peuple chré­tien a le devoir de par­ti­ci­per, à sa juste place, aux rites liturgiques.

Empressement du Saint-​Siège pour le culte liturgique

Vous savez cer­tai­ne­ment que ce Siège apos­to­lique a tou­jours appor­té un soin dili­gent pour que le peuple confié à sa garde fût édu­qué à un sens litur­gique à la fois juste et actif, qu’avec un zèle non moins grand il s’est pré­oc­cu­pé de faire briller jusque dans l’extérieur des rites sacrés une digni­té conve­nable. Parlant Nous-​même, selon la cou­tume, aux pré­di­ca­teurs de carême à Rome en 1943, Nous les avons ins­tam­ment priés d’exhorter leurs audi­teurs à prendre une part plus active au sacri­fice de la messe ; récem­ment encore, Nous avons fait faire une nou­velle tra­duc­tion latine du livre des psaumes sur le texte ori­gi­nal, afin que les prières litur­giques dont il consti­tue dans l’Église catho­lique une part si impor­tante fussent mieux com­prises, leur véri­té et leur saveur plus faci­le­ment per­çues. [8]

Bien que cet apos­to­lat litur­gique Nous apporte un grand récon­fort à cause des fruits salu­taires qui en pro­viennent, la conscience de Notre charge Nous impose pour­tant de suivre avec atten­tion ce renou­veau tel qu’il est pré­sen­té par quelques-​uns, et de veiller soi­gneu­se­ment à ce que les ini­tia­tives ne dépassent pas la juste mesure ni ne tombent dans de véri­tables excès.

Déficits des uns – Exagération des autres

Or si, d’une part, Nous consta­tons avec dou­leur que dans quelques pays le sens, la connais­sance et le goût de la sainte litur­gie sont par­fois insuf­fi­sants et même presque inexis­tants, d’autre part Nous remar­quons, non sans pré­oc­cu­pa­tion et sans crainte, que cer­tains sont trop avides de nou­veau­té et se four­voient hors des che­mins de la saine doc­trine et de la pru­dence. Car, en vou­lant et en dési­rant renou­ve­ler la sainte litur­gie, ils font sou­vent inter­ve­nir des prin­cipes qui, en théo­rie ou en pra­tique, com­pro­mettent cette sainte cause, et par­fois même la souillent d’erreurs qui touchent à la foi catho­lique et à la doc­trine ascétique.

La pure­té de la foi et de la morale doit être la règle prin­ci­pale de cette science sacrée qu’il faut en tout point confor­mer aux plus sages ensei­gne­ments de l’Église. C’est donc Notre devoir de louer et d’approuver tout ce qui est bien, de conte­nir ou de blâ­mer tout ce qui dérive du vrai et juste chemin.

Que les inertes et les tièdes ne croient pour­tant pas avoir Notre appro­ba­tion parce que Nous repre­nons ceux qui se trompent ou que Nous refré­nons les auda­cieux ; mais que les impru­dents ne s’imaginent pas cou­verts de louanges du fait que Nous cor­ri­geons les négli­gents et les paresseux.

Dans cette ency­clique nous nous occu­pons sur­tout de la litur­gie latine ; ce n’est pas que Nous nour­ris­sions une moindre estime pour les véné­rables litur­gies de l’Église orien­tale, dont les rites, trans­mis par d’anciens et glo­rieux docu­ments, Nous sont éga­le­ment très chers ; mais cela tient aux condi­tions par­ti­cu­lières de l’Église d’Occident, qui semblent deman­der en cette matière l’intervention de Notre autorité.

Que tous les chré­tiens écoutent donc avec doci­li­té la voix du Père com­mun, dont le désir le plus ardent est que tous, inti­me­ment unis à lui, s’approchent de l’autel de Dieu, en pro­fes­sant la même foi, en obéis­sant à la même loi, en par­ti­ci­pant au même sacri­fice, d’un même esprit et d’une même volon­té. L’honneur dû à Dieu le réclame ; les besoins des temps actuels l’exigent. En effet, après une longue et cruelle guerre qui a divi­sé les peuples par ses dis­cordes et ses car­nages, les hommes de bonne volon­té font de leur mieux pour les rame­ner tous à la concorde. Nous croyons pour­tant qu’aucun pro­jet et aucune ini­tia­tive ne sont, en ce cas, aus­si effi­caces que le zèle éner­gique pour la reli­gion et l’esprit vigou­reux qui doivent ani­mer et gui­der les chré­tiens, de sorte que, accep­tant sin­cè­re­ment les mêmes véri­tés et obéis­sant de bon cœur aux légi­times pas­teurs, dans l’exercice du culte ren­du à Dieu, ils consti­tuent une com­mu­nau­té fra­ter­nelle : « Puisque, tout en étant plu­sieurs, nous for­mons un seul corps, nous qui par­ti­ci­pons tous à un même pain » (I Cor X. 17).

I. La liturgie, culte public

Honorer Dieu : devoir des individus

Le devoir fon­da­men­tal de l’homme est cer­tai­ne­ment celui d’orienter vers Dieu sa per­sonne et sa vie. « Car c’est à lui que nous devons tout d’abord nous unir comme à notre prin­cipe indé­fec­tible, à lui que doivent constam­ment s’adresser nos choix comme à notre fin der­nière, c’est lui aus­si que dans notre négli­gence nous per­dons par le péché, et que nous devons retrou­ver en témoi­gnant de notre foi et de notre fidé­li­té » [9]. Or l’homme se tourne nor­ma­le­ment vers Dieu quand il en recon­naît la suprême majes­té et le sou­ve­rain magis­tère, quand il accepte avec sou­mis­sion les véri­tés divi­ne­ment révé­lées, quand il en observe reli­gieu­se­ment les com­man­de­ments, quand il fait conver­ger vers lui toute son acti­vi­té, bref quand il lui rend, par la ver­tu de reli­gion, le culte et l’hommage dus à l’unique et vrai Dieu.

Devoir de la collectivité

C’est un devoir qui oblige en pre­mier lieu les hommes pris en par­ti­cu­lier, mais c’est aus­si un devoir col­lec­tif de toute la com­mu­nau­té humaine basée sur des liens sociaux réci­proques, parce qu’elle aus­si dépend de l’autorité suprême de Dieu.

Il faut remar­quer, en outre, que les hommes y sont tenus d’une manière spé­ciale, pour avoir été éle­vés par Dieu à l’ordre surnaturel.

C’est pour­quoi nous voyons Dieu dans l’établissement de la loi ancienne, édic­ter aus­si des pré­ceptes rituels et pré­ci­ser avec soin les règles que le peuple devait obser­ver pour lui rendre un culte légi­time. Il éta­blit, en consé­quence, divers sacri­fices et fixa les diverses céré­mo­nies pour les bien offrir ; il déter­mi­na clai­re­ment tout ce qui concer­nait l’arche d’Alliance, le temple et les jours de fête. Il consti­tua la tri­bu sacer­do­tale et le Grand Prêtre, il indi­qua avec détail les vête­ments dont se ser­vi­raient les ministres sacrés, et tout ce qui pour­rait avoir quelque rela­tion avec le culte divin [10].

Ce culte, du reste, n’était qu’une ombre [11] de celui que le Prêtre suprême du Nouveau Testament devait rendre au Père céleste.

Honneur rendu au Père par le Verbe incarné : sur la terre…

De fait à peine « Le Verbe s’est-il fait chair » [12] qu’il se mani­feste au monde dans sa fonc­tion sacer­do­tale, en fai­sant au Père éter­nel un acte de sou­mis­sion qui devait durer tout le temps de sa vie : « En entrant dans le monde il dit : voi­ci que je viens… pour faire, ô Dieu, votre volon­té » [13]. Cet acte, il devait le por­ter à sa per­fec­tion d’une manière mer­veilleuse dans le sacri­fice san­glant de la croix : « C’est en ver­tu de cette volon­té que nous sommes sanc­ti­fiés, par l’oblation que Jésus-​Christ a faite, une fois pour toutes, de son propre corps » [14]. Toute son acti­vi­té au milieu des hommes n’a pas d’autre but. Enfant, il est pré­sen­té au Seigneur dans le temple de Jérusalem ; ado­les­cent, il s’y rend encore ; dans la suite il y retourne sou­vent pour ins­truire le peuple et pour prier. Avant d’inaugurer son minis­tère public, il jeûne durant qua­rante jours ; par la parole et par son exemple il nous exhorte tous à prier, soit de jour, soit de nuit. En tant que Maître de véri­té, « il éclaire tout homme » [15], afin que les mor­tels recon­naissent le vrai Dieu immor­tel et qu’ils ne soient pas « de ceux qui se retirent pour leur perte, mais de ceux qui gardent la foi pour sau­ver leur âme » [16]. En tant que Pasteur, il dirige son trou­peau, il le conduit aux pâtu­rages vivi­fiants et lui donne une loi à obser­ver, afin que per­sonne ne s’écarte de lui et de la route droite tra­cée par lui, mais que tous vivent sain­te­ment sous son ins­pi­ra­tion et sous sa conduite. A la der­nière Cène, usant d’un rite et d’un appa­rat solen­nel, il célèbre la nou­velle Pâque et il en assure la conti­nua­tion grâce à l’institution divine de l’Eucharistie ; le len­de­main, éle­vé entre ciel et terre, il offre sa vie en sacri­fice pour nous sau­ver, et de sa poi­trine trans­per­cée il fait en quelque sorte jaillir les sacre­ments, qui dis­tri­buent aux âmes les tré­sors de la Rédemption. Ce fai­sant, il n’a en vue que la gloire de son Père et la plus grande sain­te­té de l’homme.

… et dans la gloire

Entré ensuite dans le lieu de la béa­ti­tude céleste, il veut que le culte ins­ti­tué et ren­du durant sa vie sur terre se conti­nue sans inter­rup­tion. Car il ne laisse pas orphe­lin le genre humain : il l’assiste tou­jours de sa conti­nuelle et puis­sante pro­tec­tion, en se fai­sant notre avo­cat au ciel auprès du Père [17] ; mais il l’aide aus­si par son Église, dans laquelle il per­pé­tue sa divine pré­sence au cours des siècles, qu’il a éta­blie la colonne de la véri­té [18] et la dis­pen­sa­trice de sa grâce, et que par le sacri­fice de la croix il fon­da, consa­cra et affer­mit à jamais. [19]

L’Église continue à honorer Dieu, en union avec le Christ

L’Église a donc en com­mun avec le Verbe incar­né le but, le devoir et la fonc­tion d’enseigner à tous la véri­té, de régir et de gou­ver­ner les hommes, d’offrir à Dieu le sacri­fice digne et accep­table, et de réta­blir ain­si entre le Créateur et les créa­tures cette union et cette har­mo­nie que l’apôtre des nations désigne clai­re­ment par ces paroles : « Vous n’êtes plus des étran­gers ni des hôtes de pas­sage ; mais vous êtes conci­toyens des saints et membres de la famille de Dieu, édi­fiés que vous êtes sur le fon­de­ment des apôtres et des pro­phètes, dont Jésus-​Christ lui-​même est la pierre angu­laire. C’est en lui que tout l’édifice bien ordon­né s’élève, pour for­mer un temple saint dans le Seigneur ; c’est en lui que, vous aus­si, vous êtes édi­fiés, pour être par l’Esprit-Saint une demeure où Dieu habite » [20]. Dans sa doc­trine, dans son gou­ver­ne­ment, dans le sacri­fice et les sacre­ments que le divin Rédempteur a ins­ti­tués, dans le minis­tère enfin qu’il lui a confié après avoir ardem­ment prié et répan­du son sang, la socié­té fon­dée par lui n’a d’autre fin que de croître et de s’étendre tou­jours plus, ce qui se réa­lise quand le Christ s’établit et gran­dit dans les âmes des mor­tels et quand à leur tour les âmes des mor­tels croissent et se for­ti­fient dans le Christ ; de la sorte s’amplifie chaque jour davan­tage dans ce ter­restre exil le temple sacré où la divine Majesté reçoit le culte agréable et légi­time. Dans toute action litur­gique, en même temps que l’Église, son divin Fondateur se trouve pré­sent : le Christ est pré­sent dans le saint sacri­fice de l’autel, soit dans la per­sonne de son ministre, soit sur­tout, sous les espèces eucha­ris­tiques ; il est pré­sent dans les sacre­ments par la ver­tu qu’il leur infuse pour qu’ils soient des ins­tru­ments effi­caces de sain­te­té ; il est pré­sent enfin dans les louanges et les prières adres­sées à Dieu, sui­vant la parole du Christ : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt., XVIII, 20). La sainte litur­gie est donc le culte public que notre Rédempteur rend au Père comme Chef de l’Église ; c’est aus­si le culte ren­du par la socié­té des fidèles à son chef et, par lui, au Père éter­nel : c’est, en un mot, le culte inté­gral du Corps mys­tique de Jésus-​Christ, c’est-à-dire du Chef et de ses membres.

Commencements historiques de la sainte liturgie

L’activité litur­gique a pris nais­sance avec la fon­da­tion même de l’Église. Les pre­miers chré­tiens, en effet, « étaient assi­dus aux pré­di­ca­tions des apôtres, à la frac­tion du pain en com­mun et aux prières » [21]. Partout où les pas­teurs peuvent réunir le noyau de fidèles, ils dressent un autel sur lequel ils offrent le sacri­fice et autour duquel viennent prendre place d’autres rites des­ti­nés à la sanc­ti­fi­ca­tion des hommes et à la glo­ri­fi­ca­tion de Dieu. Au pre­mier rang de ces rites se trouvent les sacre­ments, les sept sources prin­ci­pales de salut ; vient ensuite la louange divine assu­rée par les fidèles qui dans leurs réunions com­munes obéissent aux exhor­ta­tions de l’apôtre Paul : « Que vous vous ins­trui­siez et vous aver­tis­siez les uns les autres en toute sagesse ; sous l’inspiration de la grâce, que vos cœurs s’épanchent vers Dieu en chants, par des psaumes, des hymnes, des can­tiques spi­ri­tuels » (Col. III, 16) ; puis vient la lec­ture de la loi des pro­phètes, de l’Évangile et des Épîtres des apôtres ; enfin l’homélie, ou ser­mon du pré­sident de l’assemblée, qui rap­pelle et com­mente avec pro­fit les ensei­gne­ments du divin Maître et les évé­ne­ments prin­ci­paux de sa vie, et dont les conseils oppor­tuns et les exemples sti­mulent tous les assistants.

Son organisation et ses développements

Le culte s’organise et se déve­loppe selon les cir­cons­tances et les besoins des chré­tiens, il s’enrichit de nou­veaux rites, de nou­velles céré­mo­nies et de nou­velles for­mules, tou­jours dans le but « que nous tirions ensei­gne­ment de ces signes exté­rieurs, que nous pre­nions conscience de nos pro­grès et que nous nous sti­mu­lions for­te­ment à les pour­suivre car la valeur du résul­tat dépen­dra de la fer­veur qui l’aura pré­cé­dé » [22]. L’âme est ain­si ren­due plus atten­tive à Dieu et le sacer­doce de Jésus-​Christ rem­plit son rôle à tra­vers tous les siècles, puisque aus­si bien la litur­gie n’est pas autre chose que l’exercice de cette fonc­tion sacer­do­tale. Comme son divin Chef, l’Église assiste à jamais ses fils, elle les aide et les exhorte à la sain­te­té afin qu’ils puissent un jour, parés de cette beau­té sur­na­tu­relle, faire retour au Père qui est dans les cieux. Elle engendre à la vie céleste ceux qui sont nés à la vie ter­restre ; dans leur lutte contre l’ennemi impla­cable, elle leur com­mu­nique la force du Saint-​Esprit ; elle appelle les chré­tiens près des autels et, de ses avis et de ses invi­ta­tions réité­rés, elle les pousse à prendre leur part dans la célé­bra­tion du sacri­fice eucha­ris­tique ; elle les nour­rit du Pain des anges pour qu’ils soient tou­jours plus forts ; ceux que le péché a bles­sés et souillés, elle les puri­fie et elle les console ; ceux qui sont appe­lés par voca­tion divine à rem­plir le minis­tère sacer­do­tal, elle les consacre par un rite légal ; elle affer­mit de ses grâces et de ses dons sur­na­tu­rels le chaste mariage de ceux qui sont des­ti­nés à fon­der et consti­tuer une famille chré­tienne ; enfin, après avoir récon­for­té et res­tau­ré les der­nières heures de leur vie ter­restre par son via­tique eucha­ris­tique et par la sainte onc­tion, elle accom­pagne pieu­se­ment au tom­beau les dépouilles de ses fils, elle les y dépose reli­gieu­se­ment et les met sous la pro­tec­tion de la croix, afin qu’un jour elles en res­sus­citent vic­to­rieuses de la mort. A ceux qui se consacrent au ser­vice de Dieu pour atteindre la per­fec­tion dans la vie reli­gieuse, elle accorde sa béné­dic­tion et de solen­nelles prières. Elle tend enfin sa main secou­rable aux âmes qui dans les flammes du pur­ga­toire implorent des prières et des suf­frages, afin de les conduire fina­le­ment à l’éternel bonheur.

II. La liturgie, culte intérieur et extérieur

C’est un culte extérieur

L’ensemble du culte que l’Église rend à Dieu doit être à la fois inté­rieur et exté­rieur. Extérieur certes, car tel le requiert la nature de l’homme, com­po­sé d’une âme et d’un corps ; car la Providence divine a vou­lu que « par la connais­sance des réa­li­tés visibles nous soyons atti­rés à l’amour des réa­li­tés invi­sibles » [23] ; car tout ce qui vient de l’âme s’exprime natu­rel­le­ment par le moyen des sens ; car ce ne sont pas seule­ment les indi­vi­dus, mais aus­si la col­lec­ti­vi­té humaine, qui ont besoin de rendre leur culte à Dieu ; celui-​ci doit être social ; ce qui est impos­sible si, dans le domaine reli­gieux lui aus­si, il n’existe pas d’assujettissements exté­rieurs et de mani­fes­ta­tions exté­rieures ; c’est enfin le moyen d’attirer par­ti­cu­liè­re­ment l’attention sur l’unité du Corps mys­tique, d’en accroître le zèle, d’en cor­ro­bo­rer les forces et d’en inten­si­fier l’action : « bien que les céré­mo­nies ne contiennent en elles-​mêmes aucune per­fec­tion, aucune sain­te­té, elles sont pour­tant des actes exté­rieurs de reli­gion, et par leur signi­fi­ca­tion elles sti­mulent l’âme à la véné­ra­tion du sacré, elles élèvent l’esprit aux réa­li­tés sur­na­tu­relles, nour­rissent la pié­té, fomentent la cha­ri­té, accroissent la foi, for­ti­fient la dévo­tion, ins­truisent les âmes simples, font l’ornement du culte de Dieu, conservent la reli­gion et dis­tinguent les vrais chré­tiens des faux et des hété­ro­doxes » [24]

Mais il est surtout culte intérieur

Mais l’élément essen­tiel du culte doit être l’intérieur, car il est néces­saire de vivre tou­jours dans le Christ, de lui être tout entier dévoué, pour rendre en lui, avec lui et par lui, gloire au Père des cieux. La sainte litur­gie requiert que ces deux élé­ments soient inti­me­ment unis, et elle ne se lasse jamais de le répé­ter chaque fois qu’elle pres­crit un acte exté­rieur de culte. Ainsi, par exemple, elle veut « que ce que nous pro­fes­sons dans nos obser­vances exté­rieures, s’accomplisse réel­le­ment dans notre inté­rieur » [25]. Sans quoi, la reli­gion devient assu­ré­ment un for­ma­lisme incon­sis­tant et vide. Vous savez, Vénérables Frères, que le divin Maître juge indignes du temple sacré et n’hésite pas à les en chas­ser, ceux qui croient hono­rer Dieu par le seul son de phrases bien construites et par des poses théâ­trales, et se per­suadent pou­voir assu­rer par­fai­te­ment leur salut éter­nel sans déra­ci­ner de leur âme leurs vices invé­té­rés [26]. L’Église veut donc que tous les fidèles se pros­ternent aux pieds du Rédempteur pour lui pro­fes­ser leur amour et leur véné­ra­tion ; elle veut que les foules, à l’exemple des enfants qui, joyeux et chan­tants, allèrent à la ren­contre du Christ le jour de son entrée à Jérusalem, chantent en chœur pour accla­mer la gloire du Roi des rois et de l’Auteur sou­ve­rain de tout bien, et pour lui témoi­gner leur recon­nais­sance ; elle veut que de leurs lèvres sortent des prières, tan­tôt de sup­pli­ca­tion, tan­tôt de joie et de louange, afin d’expérimenter, comme les apôtres au bord du lac de Tibériade, l’aide de sa misé­ri­corde et de sa puis­sance ; ou bien, comme Pierre sur le mont Thabor, pour s’abandonner eux-​mêmes et tous leurs biens, au Dieu éter­nel, dans les mys­tiques trans­ports de la contemplation.

Exagération de l’élément extérieur

C’est donc avoir une notion tout à fait inexacte de la sainte litur­gie que de la regar­der comme une par­tie pure­ment exté­rieure et sen­sible du culte divin, ou comme une céré­mo­nie déco­ra­tive ; ce n’est pas une moindre erreur de la consi­dé­rer sim­ple­ment comme l’ensemble des lois et des pré­ceptes par les­quels la hié­rar­chie ecclé­sias­tique ordonne l’exécution régu­lière des rites sacrés.

Qu’il soit donc bien enten­du de tous qu’on ne peut digne­ment hono­rer Dieu si l’âme ne tend pas à la per­fec­tion de la vie, et que pour faire par­ve­nir à la sain­te­té, le culte ren­du à Dieu par l’Église en union avec son chef divin pos­sède la plus grande efficacité.

Quand il s’agit du sacri­fice de la messe et des sacre­ments, cette effi­ca­ci­té pro­vient sur­tout et avant tout de l’action elle-​même (ex opere ope­ra­to). Si l’on consi­dère ensuite l’activité propre de l’épouse sans tache de Jésus-​Christ, qui rehausse de ses prières et de ses céré­mo­nies le sacri­fice eucha­ris­tique et les sacre­ments, ou s’il s’agit des sacra­men­taux et des autres rites ins­ti­tués par la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, alors l’efficacité dépend sur­tout de l’action de l’Église (ex opere ope­ran­tis Ecclesiae), en tant que sainte et étroi­te­ment unie à son Chef dans toute son activité.

Théories nouvelles sur la « piété objective »

A ce pro­pos, Vénérables Frères, Nous vou­drions atti­rer votre atten­tion sur les nou­velles théo­ries tou­chant ce qu’on appelle la « pié­té objec­tive » ; ten­dant à mettre en relief le mys­tère du Corps mys­tique, la réa­li­té effec­tive de la grâce sanc­ti­fiante et l’action divine des sacre­ments et de la messe, elles semblent vou­loir amoin­drir ou même pas­ser sous silence la « pié­té sub­jec­tive » ou personnelle.

Dans les céré­mo­nies litur­giques, et en par­ti­cu­lier dans le saint sacri­fice de l’autel, il est bien vrai que l’œuvre de notre rédemp­tion se conti­nue et que ses fruits nous sont appli­qués. Le Christ nous sauve chaque jour dans les sacre­ments et à la messe ; par eux, il puri­fie sans cesse et il consacre à Dieu toute l’humanité. Ces actes ont donc une valeur « objec­tive », qui nous fait vrai­ment par­ti­ci­per à la vie divine de Jésus-​Christ. C’est donc de la ver­tu divine, et non de la nôtre, qu’ils tirent leur effi­ca­ci­té pour unir la pié­té des membres à celle du Chef et en faire en quelque sorte une action de toute la com­mu­nau­té. Certains concluent de ces pro­fonds argu­ments que toute la pié­té chré­tienne doit se ren­fer­mer dans le mys­tère du Corps mys­tique du Christ, sans aucune consi­dé­ra­tion « per­son­nelle » ou « sub­jec­tive » ; ils estiment donc qu’il faut négli­ger les autres pra­tiques de reli­gion non stric­te­ment litur­giques et accom­plies en dehors du culte public.

Bien que les prin­cipes ci-​dessus expo­sés soient excel­lents, tout le monde remar­que­ra pour­tant que ces conclu­sions sur les deux sortes de pié­té sont tout à fait fal­la­cieuses, insi­dieuses et dommageables.

Nécessité de la piété subjective

Il est vrai que les sacre­ments et le sacri­fice de la messe ont une valeur intrin­sèque en tant qu’ils sont les actions du Christ lui-​même ; c’est lui qui com­mu­nique la grâce divine de Chef et la dif­fuse dans les membres du Corps mys­tique ; mais pour avoir l’efficacité requise, il est abso­lu­ment néces­saire que les âmes soient bien dis­po­sées. Ainsi, à pro­pos de l’Eucharistie, l’apôtre Paul nous dit : « Que cha­cun s’éprouve soi-​même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice » [27]. C’est pour­quoi l’Église, en termes expres­sifs et concis, nomme-​t-​elle « défense de la milice chré­tienne » [28] tous les exer­cices de puri­fi­ca­tion de l’âme, sur­tout durant le jeûne du carême ; ils repré­sentent, en effet, les efforts actifs des membres qui veulent, avec l’aide de la grâce, adhé­rer à leur Chef, afin que, dit saint Augustin « la source même de la grâce appa­raisse dans notre Chef » [29]. Mais il faut remar­quer que ce sont des membres vivants, doués de rai­son et de volon­té per­son­nelles ; en appro­chant leurs lèvres de la source, ils doivent donc néces­sai­re­ment s’emparer vita­le­ment de l’aliment, se l’assimiler et écar­ter tout ce qui pour­rait en empê­cher l’efficacité. Il faut donc affir­mer que l’œuvre rédemp­trice, indé­pen­dante en soi de notre volon­té, requiert notre effort inté­rieur pour pou­voir nous conduire au salut éternel.

Nécessité de la méditation et des pratiques de piété

Si la pié­té pri­vée et inté­rieure des indi­vi­dus négli­geait le saint sacri­fice de la messe et les sacre­ments et se sous­trayait à l’influx sal­vi­fique qui émane du Chef dans les membres, ce serait évi­dem­ment chose blâ­mable et sté­rile. Mais lorsque tous les exer­cices de pié­té non stric­te­ment litur­giques ne visent l’activité humaine que pour la diri­ger vers le Père des cieux, pour exci­ter effi­ca­ce­ment les hommes à la péni­tence et à la crainte de Dieu, pour les arra­cher à l’attrait du monde et des plai­sirs, et réus­sir à les conduire par un dur che­min au som­met de la sain­te­té, alors ils ne méritent pas seule­ment Nos plus grands éloges, mais ils s’imposent par une abso­lue néces­si­té, car ils démasquent les écueils de la vie spi­ri­tuelle, ils nous poussent à l’acquisition des ver­tus et ils aug­mentent l’ardeur avec laquelle nous devons nous consa­crer entiè­re­ment au ser­vice de Jésus-​Christ. La pié­té authen­tique, que le doc­teur angé­lique appelle « dévo­tion » et qui est l’acte prin­ci­pal de la ver­tu de reli­gion – acte qui met les hommes dans l’ordre, les oriente vers Dieu et les fait s’adonner libre­ment à tous les exer­cices du culte divin [30] cette pié­té authen­tique a besoin de la médi­ta­tion des réa­li­tés sur­na­tu­relles et des pra­tiques de pié­té pour s’alimenter, s’enflammer, s’épanouir et nous pous­ser à la per­fec­tion. Car une juste concep­tion de la reli­gion chré­tienne réclame qu’avant tout la volon­té soit consa­crée à Dieu et qu’elle exerce son influence sur les autres facul­tés de l’âme. Mais tout acte de volon­té pré­sup­pose l’exercice de l’intelligence, et avant même que naissent le désir et le pro­jet de se consa­crer à Dieu dans le sacri­fice de soi-​même, il est néces­saire de connaître les rai­sons et les motifs qui com­mandent la reli­gion, comme la fin der­nière de l’homme et la gran­deur de la majes­té divine, le devoir de se sou­mettre au Créateur, les inépui­sables tré­sors de l’amour dont Dieu a vou­lu nous enri­chir, la néces­si­té de la grâce pour atteindre le but assi­gné, et la voie spé­ciale que la divine Providence a vou­lue pour nous, en nous unis­sant tous à Jésus-​Christ notre Chef, comme les membres d’un corps. Et parce que les motifs de l’amour n’ont pas tou­jours de prise sur notre âme agi­tée par les mau­vaises pas­sions, il est fort oppor­tun que la consi­dé­ra­tion de la jus­tice divine nous impres­sionne salu­tai­re­ment pour nous ame­ner à l’humilité chré­tienne, à la péni­tence et à l’amendement.

Fruits concrets d’une vraie piété

Toutes ces consi­dé­ra­tions ne doivent pas être un vain rap­pel, mais tendre acti­ve­ment à sou­mettre nos sens et leurs facul­tés à la rai­son illu­mi­née par la foi, à puri­fier notre âme pour l’unir chaque jour plus inti­me­ment au Christ, nous confor­mer tou­jours plus à lui et pui­ser en lui l’inspiration et la force divine dont elle a besoin, à être des sti­mu­lants tou­jours plus effi­caces au bien, à la fidé­li­té au devoir d’état, à la pra­tique de la reli­gion, à l’exercice fervent de la ver­tu : « Vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » [31]. Que tout soit donc bien ordon­né et « théo­cen­trique », si nous vou­lons vrai­ment que tout soit diri­gé à la gloire de Dieu par la vie et la ver­tu qui nous viennent de notre divin Chef : « Ainsi donc, Frères, puisque nous avons, par le sang de Jésus, un libre accès dans le sanc­tuaire, par la voie nou­velle et vivante qu’il a inau­gu­rée pour nous à tra­vers le voile, c’est-à-dire à tra­vers sa chair, et puisque nous avons un Grand Prêtre éta­bli sur la mai­son de Dieu, approchons-​nous avec un cœur sin­cère, dans la plé­ni­tude de la foi, le cœur puri­fié des souillures d’une mau­vaise conscience, et le corps lavé dans une eau pure. Restons inébran­la­ble­ment atta­chés à la pro­fes­sion de notre espé­rance… Ayons l’œil ouvert les uns sur les autres pour nous exci­ter à la cha­ri­té et aux bonnes œuvres » [32].

Harmonie et équilibre entre les membres du Corps mystique

De là résulte un har­mo­nieux équi­libre entre les membres du Corps mys­tique de Jésus-​Christ. En nous ensei­gnant la foi catho­lique, en nous exhor­tant à l’observation des com­man­de­ments, l’Église pré­pare la route à son action pro­pre­ment sacer­do­tale et sanc­ti­fiante ; elle nous dis­pose à une contem­pla­tion plus intime de la vie du divin Rédempteur et nous conduit à une connais­sance plus pro­fonde des mys­tères de la foi, pour que nous y pui­sions une nour­ri­ture sur­na­tu­relle dont la force nous per­mette, avec l’aide du Christ, de pro­gres­ser sûre­ment vers la per­fec­tion. Par ses ministres d’abord, mais aus­si par ses simples fidèles rem­plis de l’Esprit de Jésus-​Christ, l’Église cherche à faire péné­trer cet esprit dans toute la vie pri­vée, conju­gale, sociale et même éco­no­mique et poli­tique, afin que tous ceux qui portent le nom d’enfants de Dieu puissent plus faci­le­ment atteindre leur fin.

Cette acti­vi­té pri­vée des chré­tiens et l’effort ascé­tique des­ti­né à puri­fier l’âme sti­mulent l’énergie des fidèles et les dis­posent à par­ti­ci­per dans de meilleures dis­po­si­tions au saint sacri­fice de la messe, à rece­voir les sacre­ments avec plus de fruit, à célé­brer les rites sacrés de façon à en sor­tir plus géné­reux et plus forts pour la prière et l’abnégation chré­tienne, à répondre acti­ve­ment aux ins­pi­ra­tions de la grâce pré­ve­nante et à imi­ter chaque jour davan­tage les ver­tus de notre Rédempteur ; ils ne seront pas les seuls à en pro­fi­ter, mais avec eux tout le corps de l’Église, dans lequel tout le bien qui se fait dérive de la ver­tu du Chef et sert fina­le­ment au bien de tous les membres.

Accord entre l’action divine et la coopération humaine

Il ne peut donc y avoir dans la vie spi­ri­tuelle, aucune oppo­si­tion ou contra­dic­tion entre l’action divine, qui infuse la grâce dans les âmes pour conti­nuer notre rédemp­tion, et l’active coopé­ra­tion de l’homme qui ne doit pas rendre vaine la grâce de Dieu [33] ; entre l’efficacité du rite exté­rieur des sacre­ments, qui pro­vient de leur valeur intrin­sèque ex opere ope­ra­to et le mérite de celui qui les admi­nistre ou les reçoit ex opere ope­ran­tis ; entre les prières pri­vées et les prières publiques ; entre la morale et la contem­pla­tion ; entre la vie ascé­tique et la pié­té litur­gique ; entre la juri­dic­tion et le magis­tère légi­time de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, d’une part, et le pou­voir sacer­do­tal pro­pre­ment dit, qui s’exerce dans le saint minis­tère, d’autre part.

Pour de graves motifs, l’Église pres­crit aux ministres de l’autel et aux reli­gieux de s’adonner, aux temps mar­qués, à la médi­ta­tion, à l’examen et amen­de­ment de la conscience, et aux autres exer­cices spi­ri­tuels [34], parce que des­ti­nés d’une manière par­ti­cu­lière à rem­plir les fonc­tions litur­giques de la messe et de la louange divine. Sans doute la prière litur­gique, du fait qu’elle est la prière publique de l’épouse de Jésus-​Christ, a une digni­té supé­rieure à celle des prières pri­vées ; mais cette supé­rio­ri­té ne veut nul­le­ment dire qu’il y ait, entre ces deux sortes de prières, contra­dic­tion ou oppo­si­tion. Inspirées par un seul et même esprit, elles tendent, ensemble et d’accord, au même but, jusqu’à ce que le Christ soit for­mé en nous [35], et devienne « tout en tous » [36].

III. La liturgie est réglée par la hiérarchie ecclésiastique

La nature de l’Église exige une hiérarchie…

Pour mieux com­prendre ce qu’est la sainte litur­gie, il faut encore consi­dé­rer un autre de ses carac­tères, qui n’est pas de moindre importance.

L’Église est une socié­té et, comme telle, elle requiert une auto­ri­té et une hié­rar­chie propres. Si tous les membres du Corps mys­tique par­ti­cipent aux mêmes biens et tendent aux mêmes fins, tous ne jouissent pas pour­tant du même pou­voir ni ne sont habi­li­tés pour accom­plir les mêmes actes. Le divin Rédempteur, en effet, a vou­lu consti­tuer son royaume et l’appuyer sur des fon­de­ments stables selon l’ordre sacré, qui est une sorte d’image de la hié­rar­chie céleste.

Aux seuls apôtres et à ceux qui, après eux, ont reçu de leurs suc­ces­seurs l’imposition des mains, a été confé­ré le pou­voir sacer­do­tal, en ver­tu duquel ils repré­sentent leur peuple devant Dieu de la même manière qu’ils repré­sentent devant leur peuple la per­sonne de Jésus-​Christ. Ce sacer­doce ne leur est pas trans­mis par héré­di­té ni par des­cen­dance humaine ; il n’émane pas non plus de la com­mu­nau­té chré­tienne et il n’est pas une délé­ga­tion du peuple. Avant de repré­sen­ter le peuple auprès de Dieu, le prêtre est l’envoyé du divin Rédempteur, et parce que Jésus-​Christ est la Tête de ce Corps dont les chré­tiens sont les membres, il repré­sente Dieu auprès du peuple dont il a la charge. Le pou­voir qui lui est confié n’a donc, de sa nature, rien d’humain ; il est sur­na­tu­rel et il vient de Dieu : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aus­si je vous envoie… [37] ; celui qui vous écoute m’écoute… [38] ; allez dans le monde entier et prê­chez l’Évangile à toute créa­ture : celui qui croi­ra et sera bap­ti­sé sera sau­vé » [39].

… et donc un sacerdoce extérieur, visible…

C’est pour­quoi le sacer­doce exté­rieur et visible de Jésus-​Christ ne se trans­met pas dans l’Église d’une manière uni­ver­selle, géné­rale ou indé­ter­mi­née : il est confé­ré à des hommes choi­sis et consti­tue une sorte de géné­ra­tion spi­ri­tuelle que réa­lise l’un des sept sacre­ments, l’ordre ; celui-​ci ne donne pas seule­ment une grâce par­ti­cu­lière propre à cet état et à cette fonc­tion, mais encore un « carac­tère » indé­lé­bile, qui confi­gure les ministres sacrés à Jésus-​Christ Prêtre et qui les rend aptes à exer­cer légi­ti­me­ment les actes de reli­gion ordon­nés à la sanc­ti­fi­ca­tion des hommes et à la glo­ri­fi­ca­tion de Dieu, sui­vant les exi­gences de l’économie surnaturelle.

… consacré par le sacrement de l’ordre

En effet, de même que le bain bap­tis­mal dis­tingue tous les chré­tiens et les sépare de ceux que l’eau sainte n’a point puri­fiés et qui ne sont point membres du Christ, de même le sacre­ment de l’ordre range les prêtres à part des autres fidèles du Christ qui n’ont point reçu ce don, car eux seuls, répon­dant à l’appel d’une sorte d’instinct sur­na­tu­rel, ont accé­dé à l’auguste minis­tère qui les consacre au ser­vice des autels et fait d’eux les divins ins­tru­ments par les­quels la vie céleste et sur­na­tu­relle est com­mu­ni­quée au Corps mys­tique de Jésus-​Christ. Et, en outre, comme Nous l’avons dit plus haut, eux seuls sont mar­qués du carac­tère indé­lé­bile qui les fait « conformes » au Christ Prêtre ; d’eux seuls les mains ont été consa­crées, « afin que tout ce qu’ils béni­raient soit béni, et tout ce qu’ils consa­cre­raient soit consa­cré et sanc­ti­fié au nom de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ » [40]. Qu’à eux donc recourent tous ceux qui veulent vivre dans le Christ, car c’est d’eux qu’ils rece­vront le récon­fort et l’aliment de la vie spi­ri­tuelle ; d’eux ils rece­vront le remède du salut, grâce auquel, gué­ris et for­ti­fiés, ils pour­ront échap­per au désastre où mènent les vices ; par eux, enfin, leur vie com­mune fami­liale sera bénie et consa­crée, et leur der­nier souffle en cette vie mor­telle devien­dra l’entrée dans la béa­ti­tude éternelle.

La liturgie dépend de l’autorité ecclésiastique

a. Par sa nature même

Puisque la litur­gie sacrée est accom­plie au pre­mier chef par les prêtres au nom de l’Église, son ordon­nan­ce­ment, sa régle­men­ta­tion et sa forme ne peuvent pas ne pas dépendre de l’autorité de l’Église. Ce prin­cipe, qui découle de la nature même du culte chré­tien, est confir­mé par les docu­ments de l’histoire.

b. Par ses relations étroites avec le dogme

Ce droit indis­cu­table de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique est cor­ro­bo­ré encore par le fait que la litur­gie sacrée est en connexion intime avec les prin­cipes doc­tri­naux qui sont ensei­gnés par l’Église comme points de véri­té cer­taine, et par le fait qu’elle doit être mise en confor­mi­té avec les pré­ceptes de la foi catho­lique édic­tés par le magis­tère suprême pour assu­rer l’intégrité de la reli­gion révé­lée de Dieu.

A ce sujet, Nous avons jugé devoir mettre en exacte lumière ceci, que vous n’ignorez sans doute point, Vénérables Frères : à savoir, l’erreur de ceux qui ont consi­dé­ré la litur­gie comme une sorte d’expérience des véri­tés à rete­nir comme de foi ; de façon que si une doc­trine avait pro­duit, par le moyen des rites litur­giques, des fruits de pié­té et de sanc­ti­fi­ca­tion, l’Église l’approuverait, et qu’elle la réprou­ve­rait dans le cas contraire. D’où pro­vien­drait l’axiome : Lex oran­di, lex cre­den­di ; « la règle de la prière est la règle de la croyance ».

Mais ce n’est point cela qu’enseigne, ce n’est point cela que pres­crit l’Église. Le culte qui est ren­du par elle au Dieu très saint est, comme le dit de façon expres­sive saint Augustin, une pro­fes­sion conti­nue de foi catho­lique et un exer­cice d’espérance et de cha­ri­té : Fide, spe, cari­tate colen­dum Deum, affirme-​t-​il. [41] Dans la litur­gie sacrée, nous pro­fes­sons la foi catho­lique expres­sé­ment et ouver­te­ment, non seule­ment par la célé­bra­tion des mys­tères, l’accomplissement du sacri­fice, l’administration des sacre­ments, mais aus­si en réci­tant ou chan­tant le « Symbole » de la foi, qui est comme la marque dis­tinc­tive des chré­tiens, et de même en lisant les autres textes, et sur­tout les Saintes Écritures ins­pi­rées par l’Esprit-Saint. Toute la litur­gie donc contient la foi catho­lique, en tant qu’elle atteste publi­que­ment la foi de l’Église.

C’est pour­quoi, chaque fois qu’il s’est agi de défi­nir une véri­té divi­ne­ment révé­lée, les sou­ve­rains pon­tifes et les conciles, lorsqu’ils pui­saient aux « sources théo­lo­giques », tirèrent maint argu­ment de cette dis­ci­pline sacrée ; tel, par exemple, Notre pré­dé­ces­seur d’immortelle mémoire Pie IX, lorsqu’il décré­ta l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Et de même l’Église et les saints Pères, lorsqu’ils dis­cu­taient de quelque véri­té dou­teuse et contro­ver­sée, ne négli­geaient pas de deman­der des éclair­cis­se­ments aux véné­rables rites trans­mis depuis l’antiquité, de là vient l’axiome connu et res­pec­table : Legem cre­den­di lex sta­tuat sup­pli­can­di, « que la règle de la prière fixe la règle de la croyance » [42]. Ainsi, la sainte litur­gie ne désigne et n’établit point la foi catho­lique abso­lu­ment et par sa propre auto­ri­té, mais plu­tôt, étant une pro­fes­sion des véri­tés célestes sou­mises au suprême magis­tère de l’Église, elle peut four­nir des argu­ments et des témoi­gnages de grande valeur pour déci­der d’un point par­ti­cu­lier de la doc­trine chré­tienne. Que si l’on veut dis­cer­ner et déter­mi­ner d’une façon abso­lue et géné­rale les rap­ports entre la foi et la litur­gie, on peut dire à juste titre : Lex cre­den­di legem sta­tuat sup­pli­can­di, « que la règle de la croyance fixe la règle de la prière ». Et il faut par­ler de même quand il s’agit des autres ver­tus théo­lo­gales : In… fide, spe, cari­tate conti­nua­to desi­de­rio sem­per ora­mus, « nous, prions tou­jours et avec une ardeur conti­nue, dans la foi, l’espérance et la cha­ri­té » [43].

IV. Progrès et développement de la liturgie

De tout temps, la hié­rar­chie ecclé­sias­tique a usé de ce droit sur les choses de la litur­gie ; elle a orga­ni­sé et réglé le culte divin, rehaus­sant son éclat de digni­té et de splen­deurs nou­velles, pour la gloire de Dieu et le pro­fit spi­ri­tuel des chré­tiens. Et, de plus, elle n’a pas hési­té – tout en sau­ve­gar­dant l’intégrité sub­stan­tielle du sacri­fice eucha­ris­tique et des sacre­ments – à modi­fier ce qu’elle jugeait n’être pas par­fai­te­ment conve­nable et à ajou­ter ce qui lui parais­sait plus apte à accroître l’honneur ren­du à Jésus-​Christ et à l’auguste Trinité, et à ins­truire et sti­mu­ler le peuple chré­tien de façon plus bien­fai­sante. [44]

Éléments divins et éléments humains de la liturgie

En effet, la sainte litur­gie est for­mée d’éléments humains et d’éléments divins ; ceux-​ci, évi­dem­ment, ayant été éta­blis par le divin Rédempteur, ne peuvent en aucune façon être chan­gés par les hommes ; les pre­miers, au contraire, peuvent subir des modi­fi­ca­tions diverses, selon que les néces­si­tés des temps, des choses et des âmes les demandent, et que la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, forte de l’aide de l’Esprit-Saint, les aura approu­vées. De là vient l’admirable varié­té des rites orien­taux et occi­den­taux ; de là l’accroissement pro­gres­sif par lequel des cou­tumes cultuelles et des œuvres de pié­té par­ti­cu­lières se déve­loppent peu à peu, alors qu’on n’en trou­vait qu’un faible indice dans les âges anté­rieurs ; et de là vient aus­si par­fois que telles pieuses ins­ti­tu­tions, que le temps avait effa­cées, soient de nou­veau remises en usage. Toutes ces trans­for­ma­tions attestent la vie per­ma­nente de l’Église à tra­vers tant de siècles ; elles expriment le lan­gage sacré qui, au cours des temps, s’est échan­gé entre elle et son divin Époux, pour dire sa foi et celle des peuples à elle confiés, et son amour inépui­sable ; et elles montrent la sage péda­go­gie par laquelle elle excite et aug­mente de jour en jour dans les croyants « le sens du Christ ».

Développement de certains éléments humains

Il y eut, certes, bien des causes au pro­grès et au déve­lop­pe­ment de la litur­gie sacrée tout au long de la glo­rieuse vie de l’Église.

a. Dû à une formulation doctrinale plus précise

Ainsi, par exemple, tan­dis que la doc­trine catho­lique du Verbe de Dieu incar­né, du sacre­ment et du sacri­fice de l’Eucharistie, de la Vierge Marie Mère de Dieu, était déter­mi­née de façon plus cer­taine et plus exacte, de nou­velles formes rituelles furent intro­duites, par les­quelles la lumière qui avait jailli plus écla­tante des décla­ra­tions du magis­tère ecclé­sias­tique se trou­va répé­tée et comme reflé­tée de façon plus plé­nière et plus juste dans les actions litur­giques, et put atteindre avec plus de faci­li­té l’esprit et le cœur du peuple chrétien.

b. Dû à des modifications disciplinaires

Ensuite le pro­grès de la dis­ci­pline ecclé­sias­tique dans l’administration des sacre­ments, par exemple du sacre­ment de péni­tence, et l’institution puis la sup­pres­sion du caté­chu­mé­nat et encore la com­mu­nion eucha­ris­tique sous une seule espèce adop­tée dans l’Église latine, furent autant de causes qui, cer­tai­ne­ment, contri­buèrent à la trans­for­ma­tion de l’ancien rite au cours des temps et à l’introduction lente d’un rite nou­veau, qui parut plus en accord avec les régle­men­ta­tions par là impliquées.

c. Dû aussi à des pratiques de piété extra-liturgiques

A ce pro­grès et à cette trans­for­ma­tion contri­buèrent beau­coup des ini­tia­tives de pié­té et des œuvres qui ne sont point en liai­son intime avec la litur­gie sacrée et qui, nées dans les époques sui­vantes par un admi­rable des­sein de Dieu, prirent par­mi le peuple une si grande impor­tance : tel, par exemple, le culte accru et chaque jour plus atten­tif envers la divine Eucharistie, et de même envers les cruelles souf­frances de notre Rédempteur, envers le Sacré-​Cœur de Jésus, la Vierge Mère de Dieu et son très chaste Époux.

A ces effets eurent part aus­si, au gré des cir­cons­tances, les pèle­ri­nages publics de pié­té au tom­beau des mar­tyrs, les jeûnes de dévo­tion, enfin les prières sta­tio­nales qui se célé­braient en esprit de péni­tence dans la sainte cité et aux­quelles pre­nait part sou­vent le Souverain Pontife lui-même.

d. Dû encore au développement des beaux-arts

Et il est facile de com­prendre que le déve­lop­pe­ment des beaux-​arts, sur­tout de l’architecture, de la pein­ture et de la musique, influa consi­dé­ra­ble­ment sur la déter­mi­na­tion et les formes variées que reçurent les élé­ments exté­rieurs de la litur­gie sacrée.

L’Église a usé de ce même droit sur les choses litur­giques pour défendre la sain­te­té du culte divin contre les abus intro­duits avec témé­ri­té et impru­dence par des per­sonnes pri­vées et des Églises par­ti­cu­lières. Et c’est ain­si que, au XVIe siècle, les usages et cou­tumes de ce genre s’étant accrus à l’excès, et les ini­tia­tives pri­vées en ces matières mena­çant l’intégrité de la foi et de la pié­té pour le plus grand pro­fit des héré­tiques et de la pro­pa­ga­tion de leurs erreurs, Notre pré­dé­ces­seur d’immortelle mémoire Sixte-​Quint éta­blit en l’année 1588 la Sacrée Congrégation des Rites, afin de défendre les rites légi­times de l’Église et d’en écar­ter tout ce qui aurait été intro­duit d’impur [45], à cette ins­ti­tu­tion, de nos jours encore, il appar­tient, de par la fonc­tion qui lui est dévo­lue, d’ordonner et décré­ter tout ce qui concerne la litur­gie sacrée [46].

V. Ce progrès ne peut être abandonné à l’arbitraire des personnes privées

C’est pour­quoi au seul Souverain Pontife appar­tient le droit de recon­naître et éta­blir tout usage concer­nant le culte divin, d’introduire et approu­ver de nou­veaux rites, de modi­fier ceux mêmes qu’il aurait jugés immuables [47] ; le droit et le devoir des évêques est de veiller dili­gem­ment à l’exacte obser­va­tion des pré­ceptes des saints canons sur le culte divin [48]. Il n’est donc pas per­mis de lais­ser à l’arbitraire des per­sonnes pri­vées, fussent-​elles de l’ordre du cler­gé, les choses saintes et véné­rables qui touchent la vie reli­gieuse de la socié­té chré­tienne, et de même l’exercice du sacer­doce de Jésus-​Christ et le culte divin, l’honneur qui doit être ren­du à la très sainte Trinité, au Verbe incar­né, à son auguste Mère, et aux autres habi­tants du ciel, et le salut des hommes. Pour cette rai­son, aucune per­sonne pri­vée n’a le pou­voir de régle­men­ter les actions exté­rieures de cette espèce, qui sont au plus haut point liées avec la dis­ci­pline ecclé­sias­tique et avec l’ordre, l’unité et la concorde du Corps mys­tique, et qui, plus est, fré­quem­ment avec l’intégrité de la foi catho­lique elle-même.

Quelques abus téméraires

L’Église, sans doute, est un orga­nisme vivant, donc, même en ce qui regarde la litur­gie sacrée elle croît, se déve­loppe, évo­lue, et s’accommode aux formes que requièrent les néces­si­tés et les cir­cons­tances au cours des temps, pour­vu que soit sau­ve­gar­dée l’intégrité de la doc­trine. Néanmoins, il faut réprou­ver l’audace tout à fait témé­raire de ceux qui, de pro­pos déli­bé­ré, intro­duisent de nou­velles cou­tumes litur­giques ou font revivre des rites péri­més, en désac­cord avec les lois et rubriques main­te­nant en vigueur. Or, Nous avons appris avec grande dou­leur, Vénérables Frères, que cela se pro­dui­sait, et en des choses, non seule­ment de faible, mais aus­si de très grave impor­tance ; il en est, en effet, qui dans la célé­bra­tion de l’auguste sacri­fice eucha­ris­tique, se servent de la langue vul­gaire, qui trans­fèrent à d’autres époques des jours de fête – les­quels avaient été décré­tés et éta­blis après mûre déli­bé­ra­tion – qui enfin sup­priment des livres de la prière publique approu­vés par l’Église les textes sacrés de l’Ancien Testament, parce qu’ils les jugent insuf­fi­sam­ment adap­tés à notre temps et inopportuns.

L’emploi de la langue latine, en usage dans une grande par­tie de l’Église, est un signe d’unité mani­feste et écla­tant, et une pro­tec­tion effi­cace contre toute cor­rup­tion de la doc­trine ori­gi­nale. Dans bien des rites cepen­dant, se ser­vir du lan­gage vul­gaire peut être très pro­fi­table au peuple : mais c’est au seul Siège apos­to­lique qu’il appar­tient de le concé­der ; et sans son avis et son appro­ba­tion, il est abso­lu­ment inter­dit de rien faire en ce genre, car, comme Nous l’avons dit, la régle­men­ta­tion de la sainte litur­gie dépend entiè­re­ment de son appré­cia­tion et de sa volonté.

Attachement exagéré aux rites anciens

Il faut juger de même des efforts de cer­tains pour remettre en usage d’anciens rites et céré­mo­nies. Sans doute, la litur­gie de l’antiquité est-​elle digne de véné­ra­tion ; pour­tant, un usage ancien ne doit pas être consi­dé­ré, à rai­son de son seul par­fum d’antiquité, comme plus conve­nable et meilleur, soit en lui-​même, soit quant à ses effets et aux condi­tions nou­velles des temps et des choses. Les rites litur­giques plus récents eux aus­si, sont dignes d’être hono­rés et obser­vés, puisqu’ils sont nés sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, qui assiste l’Église à toutes les époques jusqu’à la consom­ma­tion des siècles [49] ; et ils font par­tie du tré­sor dont se sert l’insigne Épouse du Christ pour pro­vo­quer et pro­cu­rer la sain­te­té des hommes.

Revenir par l’esprit et le cœur aux sources de la litur­gie sacrée est chose certes sage et louable, car l’étude de cette dis­ci­pline, en remon­tant à ses ori­gines, est d’une uti­li­té consi­dé­rable pour péné­trer avec plus de pro­fon­deur et de soin la signi­fi­ca­tion des jours de fêtes, le sens des for­mules en usage et des céré­mo­nies sacrées ; mais il n’est pas sage ni louable de tout rame­ner en toute manière à l’antiquité. De sorte que, par exemple, ce serait sor­tir de la voie droite de vou­loir rendre à l’autel sa forme pri­mi­tive de table, de vou­loir sup­pri­mer radi­ca­le­ment des cou­leurs litur­giques le noir, d’exclure des églises les images saintes et les sta­tues, de faire repré­sen­ter le divin Rédempteur sur la croix de telle façon que n’apparaissent point les souf­frances aiguës qu’il a endu­rées, de répu­dier et reje­ter enfin les chants poly­pho­niques ou à plu­sieurs voix, même s’ils se conforment aux normes don­nées par le Siège apostolique.

Archéologisme excessif

De même, en effet, qu’aucun catho­lique sérieux ne peut, dans le but de reve­nir aux anciennes for­mules employées par les pre­miers conciles, écar­ter les expres­sions de la doc­trine chré­tienne que l’Église, sous l’inspiration et la conduite du divin Esprit, a dans des âges plus récents éla­bo­rées et décré­té devoir être tenues, avec grand pro­fit pour les âmes ; et qu’aucun catho­lique sérieux ne peut écar­ter les lois en vigueur pour reve­nir aux pres­crip­tions des sources anciennes du Droit cano­nique, de même, quand il s’agit de litur­gie sacrée, qui­conque vou­drait reve­nir aux antiques rites et cou­tumes, en reje­tant les normes intro­duites sous l’action de la Providence, à rai­son du chan­ge­ment des cir­cons­tances, celui-​là évi­dem­ment, ne serait point mû par une sol­li­ci­tude sage et juste.

Une telle façon de pen­ser et d’agir ferait revivre cette exces­sive et mal­saine pas­sion des choses anciennes qu’excitait le concile illé­gi­time de Pistoie, et réveille­rait les mul­tiples erreurs qui furent à l’origine de ce faux concile et qui en résul­tèrent, pour le grand dom­mage des âmes, erreurs que l’Église, gar­dienne tou­jours vigi­lante du « dépôt de la foi » à elle confié par son divin Fondateur, a réprou­vées à bon droit [50]. Car des des­seins et des ini­tia­tives de ce genre tendent à ôter toute force et toute effi­ca­ci­té à l’action sanc­ti­fi­ca­trice, par laquelle la litur­gie sacrée oriente, pour leur salut, vers le Père céleste les fils de l’adoption.

Que tout se fasse donc de telle façon que soit sau­ve­gar­dée l’union avec la hié­rar­chie ecclé­sias­tique. Que per­sonne ne s’arroge la liber­té de se don­ner à soi-​même des règles, et de les impo­ser aux autres de son propre chef. Seul le Souverain Pontife, comme suc­ces­seur du bien­heu­reux Pierre à qui le divin Rédempteur a confié le soin de paître le trou­peau uni­ver­sel [51], et avec lui les évêques, que « l’Esprit-Saint a pla­cés… pour régir l’Église de Dieu » [52] sous la conduite du Siège apos­to­lique, ont le droit et le devoir de gou­ver­ner le peuple chré­tien. C’est pour­quoi, Vénérables Frères, chaque fois que vous défen­dez votre auto­ri­té – et avec une sévé­ri­té salu­taire s’il le faut – non seule­ment vous rem­plis­sez la fonc­tion de votre charge, mais vous faites res­pec­ter la volon­té même du Fondateur de l’Église.

II – Le culte eucharistique

I. Nature du sacrifice eucharistique 

Le point culmi­nant et comme le centre de la reli­gion chré­tienne est le mys­tère de la très sainte Eucharistie que le Christ, Souverain Prêtre, a ins­ti­tuée, et qu’il veut voir per­pé­tuel­le­ment renou­ve­lé dans l’Église par ses ministres. Comme il s’agit de la matière prin­ci­pale de la litur­gie, Nous esti­mons utile de Nous y attar­der quelque peu et d’attirer votre atten­tion, Vénérables Frères, sur ce sujet très important.

Le Christ, notre Seigneur, « prêtre éter­nel selon l’ordre de Melchisédech » [53], « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde » [54], « durant la der­nière Cène, la nuit où il fut tra­hi, vou­lut, comme l’exige la nature humaine, lais­ser à l’Église, son Épouse bien-​aimée, un sacri­fice visible, pour repré­sen­ter le sacri­fice san­glant qui devait s’accomplir une fois seule­ment sur la croix, afin donc que son sou­ve­nir demeu­rât jusqu’à la fin des siècles et que la ver­tu en fût appli­quée à la rémis­sion de nos péchés de chaque jour… Il offrit à Dieu son Père son corps et son sang sous les appa­rences du pain et du vin, sym­boles sous les­quels il les fit prendre aux apôtres, qu’il consti­tua alors prêtres du Nouveau Testament, et il ordon­na, à eux et à leurs suc­ces­seurs, de l’offrir » [55].

Il est un véritable renouvellement du sacrifice de la croix

Le saint sacri­fice de l’autel n’est donc pas une pure et simple com­mé­mo­ra­tion des souf­frances et de la mort de Jésus-​Christ, mais un vrai sacri­fice, au sens propre, dans lequel, par une immo­la­tion non san­glante, le Souverain Prêtre fait ce qu’il a fait sur la croix, en s’offrant lui-​même au Père éter­nel comme une hos­tie très agréable. « La vic­time est la même ; celui qui main­te­nant offre par le minis­tère des prêtres est celui qui s’offrit alors sur la croix ; seule la manière d’offrir dif­fère ». [56]

a. Prêtre identique

C’est donc le même prêtre, Jésus-​Christ, mais dont la per­sonne sacrée est repré­sen­tée par son ministre, celui-​ci, en effet, par la consé­cra­tion sacer­do­tale qu’il a reçue, est assi­mi­lé au Souverain Prêtre et jouit du pou­voir d’agir avec la puis­sance et au nom du Christ lui-​même [57]. C’est pour­quoi par son action sacer­do­tale, d’une cer­taine manière, « il prête sa langue au Christ, il lui offre sa main ». [58]

b. Victime identique

La vic­time est éga­le­ment la même, à savoir le divin Rédempteur, selon sa nature humaine et dans la véri­té de son corps et de son sang. La manière dont le Christ est offert est cepen­dant dif­fé­rente. Sur la croix, en effet, il offrit à Dieu tout lui-​même et ses dou­leurs, et l’immolation de la vic­time fut réa­li­sée par une mort san­glante subie libre­ment. Sur l’autel, au contraire, à cause de l’état glo­rieux de sa nature humaine, « la mort n’a plus d’empire sur lui » [59], et, par consé­quent, l’effusion du sang n’est plus pos­sible ; mais la divine sagesse a trou­vé un moyen admi­rable de rendre mani­feste le sacri­fice de notre Rédempteur par des signes exté­rieurs, sym­boles de mort. En effet, par le moyen de la trans­sub­stan­tia­tion du pain au corps et du vin au sang du Christ, son corps se trouve réel­le­ment pré­sent, de même que son sang, et les espèces eucha­ris­tiques, sous les­quelles il se trouve, sym­bo­lisent la sépa­ra­tion vio­lente du corps et du sang. Ainsi le sou­ve­nir de sa mort réelle sur le Calvaire est renou­ve­lé dans tout sacri­fice de l’autel, car la sépa­ra­tion des sym­boles indique clai­re­ment que Jésus-​Christ est en état de victime.

c. Fins identiques

Les buts visés enfin, sont les mêmes. Le pre­mier est la glo­ri­fi­ca­tion du Père céleste. De son ber­ceau jusqu’à la mort, Jésus-​Christ fut enflam­mé du désir de pro­cu­rer la gloire de Dieu ; de la croix au ciel, l’offrande de son sang s’éleva comme un par­fum délec­table, et pour que cet hom­mage ne cesse jamais, les membres s’unissent à leur Chef divin dans le sacri­fice eucha­ris­tique, et avec lui, unis aux anges et aux archanges, ils adressent en chœur à Dieu de conti­nuels hom­mages [60], rap­por­tant au Père tout-​puissant tout hon­neur et toute gloire [61].

Le second but pour­sui­vi est de rendre à Dieu les grâces qui lui sont dues. Seul le divin Rédempteur, en tant que Fils bien-​aimé du Père éter­nel, dont il connais­sait l’immense amour, put lui offrir un digne chant d’action de grâces. C’est ce qu’il visa, ce qu’il vou­lut, « en ren­dant grâces » [62] à la der­nière Cène. Et il ne ces­sa de le faire lorsqu’il était sus­pen­du à la croix ; il ne le cesse pas dans le saint sacri­fice de l’autel, dont le sens est « action de grâces » ou action « eucha­ris­tique », et ceci parce que « c’est vrai­ment digne et juste, équi­table et salu­taire » [63].

En troi­sième lieu, le sacri­fice se pro­pose un but d’expiation, de pro­pi­tia­tion et de récon­ci­lia­tion. Aucun autre que le Christ ne pou­vait assu­ré­ment offrir à Dieu satis­fac­tion pour toutes les fautes du genre humain ; aus­si voulut-​il être immo­lé lui-​même sur la croix « en pro­pi­tia­tion pour nos péchés, et non seule­ment pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier » [64]. De la même manière, il s’offre tous les jours sur les autels pour notre rédemp­tion, afin qu’arrachés à la dam­na­tion éter­nelle nous soyons ins­crits au nombre de ses élus. Et cela non seule­ment pour nous qui jouis­sons de cette vie mor­telle, mais aus­si « pour tous ceux qui reposent dans le Christ, qui nous ont pré­cé­dés avec le signe de la foi, et qui dorment du som­meil de la paix » [65] ; en effet, soit que nous vivions, soit que nous mou­rions, « nous ne nous éloi­gnons pas du seul et unique Christ » [66].

En qua­trième lieu, enfin, il y a un but impé­tra­toire. L’homme enfant pro­digue, a mal usé de tous les biens reçus du Père céleste, et les a dis­si­pés ; aus­si se trouve-​t-​il réduit à un état de très grande pau­vre­té et de très grande souillure. Cependant, du haut de la croix, le Christ « offrant avec un grand cri et des larmes… ses prières et ses sup­pli­ca­tions… fut exau­cé à cause de sa pié­té » [67]. Semblablement, sur les saints autels il exerce la même média­tion effi­cace, afin que nous soyons com­blés de toute béné­dic­tion et de toute grâce.

Valeur infinie du divin sacrifice

Il est donc facile de com­prendre pour­quoi le saint concile de Trente affirme que la ver­tu salu­taire de la croix nous est com­mu­ni­quée par le sacri­fice eucha­ris­tique pour la rémis­sion de nos péchés quo­ti­diens [68]. L’apôtre des Gentils, en pro­cla­mant la sur­abon­dante plé­ni­tude et per­fec­tion du sacri­fice de la croix, a décla­ré que le Christ, par une seule obla­tion, a ren­du par­faits à jamais tous les sanc­ti­fiés [69]. De fait, les mérites de ce sacri­fice, infi­nis et sans mesure, n’ont pas de limites : ils s’étendent à l’universalité des hommes de tous les lieux et de tous les temps, parce que l’Homme-Dieu en est le Prêtre et la Victime ; parce que son immo­la­tion, comme son obéis­sance à la volon­té du Père éter­nel, fut abso­lu­ment par­faite, et parce qu’il a vou­lu mou­rir comme Chef du genre humain : « Vois com­ment fut trai­té notre rachat : le Christ pend au bois, vois à quel prix il a ache­té… il a ver­sé son sang, il a ache­té avec son sang, il a ache­té avec le sang de l’Agneau imma­cu­lé, avec le sang du Fils unique de Dieu… L’acheteur est le Christ, le prix, le sang ; l’achat, le monde entier » [70].

Ce rachat, cepen­dant, n’atteint pas aus­si­tôt son plein effet : il faut que le Christ, après avoir rache­té le monde au prix très pré­cieux de lui-​même, entre effec­ti­ve­ment en pos­ses­sion réelle des âmes des hommes. Aussi, pour que leur rédemp­tion et leur salut, en ce qui concerne les indi­vi­dus et toutes les géné­ra­tions qui se suc­cé­de­ront jusqu’à la fin des siècles, se réa­lisent et soient agréés de Dieu, il faut abso­lu­ment que chaque homme en par­ti­cu­lier entre en contact vital avec le sacri­fice de la croix, et donc que les mérites qui en découlent lui soient trans­mis. On peut dire d’une cer­taine manière que sur le Calvaire le Christ a éta­bli une pis­cine d’expiation et de salut, qu’il a rem­plie de son sang répan­du, mais si les hommes ne se plongent pas dans ses eaux et n’y lavent les taches de leurs fautes, ils ne peuvent assu­ré­ment obte­nir puri­fi­ca­tion ni salut.

Mais la collaboration des fidèles est nécessaire

Afin donc que chaque pécheur soit blan­chi dans le sang de l’Agneau, les chré­tiens doivent néces­sai­re­ment asso­cier leur tra­vail à celui du Christ. Si, par­lant en géné­ral, on peut dire, en effet, que le Christ a récon­ci­lié, avec son Père par sa mort san­glante, tout le genre humain, il a vou­lu cepen­dant que, pour obte­nir les fruits salu­taires pro­duits par lui sur la croix, tous fussent conduits et ame­nés à sa croix, par les sacre­ments prin­ci­pa­le­ment et par le sacri­fice eucha­ris­tique. Dans cette par­ti­ci­pa­tion actuelle et per­son­nelle, de même que les membres prennent chaque jour une res­sem­blance plus grande avec leur divin Chef, de même la vie salu­taire décou­lant du Chef est com­mu­ni­quée aux membres, si bien que nous pou­vons répé­ter les paroles de saint Paul : « Je suis atta­ché à la croix avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, mais c’est le Christ qui vit en moi » [71].

Comme Nous l’avons déjà dit en une autre occa­sion d’une façon expresse et concise, « Jésus-​Christ en mou­rant sur la croix don­na à son Église, sans aucune coopé­ra­tion de la part de celle-​ci, l’immense tré­sor de la Rédemption ; mais quand il s’agit de dis­tri­buer ce tré­sor, non seule­ment il par­tage avec son Épouse imma­cu­lée cette œuvre de sanc­ti­fi­ca­tion, mais il veut encore qu’elle naisse en quelque sorte de sa propre acti­vi­té » [72]. Or, le saint sacri­fice de l’autel est comme l’instrument par excel­lence par lequel les mérites venant de la croix du divin Rédempteur sont dis­tri­bués : « Toutes les fois que le sou­ve­nir de ce sacri­fice est célé­bré, l’œuvre de notre Rédemption s’accomplit » [73]. Celui-​ci, cepen­dant, bien loin de dimi­nuer la digni­té du sacri­fice san­glant, en fait plu­tôt connaître davan­tage et en rend plus évi­dentes la gran­deur et la néces­si­té comme l’affirme le concile de Trente [74].

Renouvelé tous les jours, il nous rap­pelle qu’il n’y a pas de salut hors de la croix de Notre- Seigneur Jésus-​Christ [75] ; et que Dieu lui-​même tient à la conti­nua­tion de ce sacri­fice « de l’aurore au cou­cher du soleil » [76] pour que jamais ne cesse l’hymne de gloire et d’action de grâces dû par les hommes à leur Créateur, car ils ont per­pé­tuel­le­ment besoin de son secours, besoin aus­si du sang du Rédempteur pour effa­cer des péchés qui pro­voquent sa justice.

II. Participation des fidèles au sacrifice eucharistique

Participation, mais non pouvoirs sacerdotaux

Il est donc néces­saire, Vénérables Frères, que tous les chré­tiens consi­dèrent comme un devoir prin­ci­pal et un hon­neur suprême de par­ti­ci­per au sacri­fice eucha­ris­tique, et cela, non d’une manière pas­sive et négli­gente et en pen­sant à autre chose, mais avec une atten­tion et une fer­veur qui les unissent étroi­te­ment au Souverain Prêtre, selon la parole de l’Apôtre : « Ayez en vous les sen­ti­ments qui étaient dans le Christ-​Jésus » [77] offrant avec lui et par lui, se sanc­ti­fiant en lui.

Assurément le Christ est prêtre, mais il est prêtre pour nous, non pour lui, car il pré­sente au Père éter­nel des prières et des sen­ti­ments reli­gieux au nom du genre humain tout entier, de même il est vic­time, mais pour nous, puisqu’il se met lui-​même à la place de l’homme cou­pable. Le mot de l’Apôtre : « Ayez en vous les sen­ti­ments qui étaient dans le Christ Jésus », demande donc de tous les chré­tiens qu’ils repro­duisent, autant qu’il est humai­ne­ment pos­sible, les sen­ti­ments dont était ani­mé le divin Rédempteur lorsqu’il offrait le sacri­fice de lui-​même, c’est-à-dire qu’ils repro­duisent son humble sou­mis­sion d’esprit, qu’ils adorent, honorent, louent et remer­cient la sou­ve­raine majes­té de Dieu. Il demande encore d’eux-mêmes qu’ils prennent en quelque sorte la condi­tion de vic­time, qu’ils se sou­mettent com­plè­te­ment aux pré­ceptes de l’Évangile, qu’ils s’adonnent spon­ta­né­ment et volon­tiers à la péni­tence, et que cha­cun déteste et expie ses fautes. Il demande enfin que tous avec le Christ nous mou­rions mys­ti­que­ment sur la croix, de manière à pou­voir faire nôtre la pen­sée de saint Paul : « Je suis cru­ci­fié avec le Christ » [78]. Du fait cepen­dant que les chré­tiens par­ti­cipent au sacri­fice eucha­ris­tique, il ne s’ensuit pas qu’ils jouissent éga­le­ment du pou­voir sacer­do­tal. Il est abso­lu­ment néces­saire que vous expo­siez cela clai­re­ment aux yeux de vos fidèles.

Il y a en effet, Vénérables Frères, des gens qui, se rap­pro­chant d’erreurs jadis condam­nées [79], enseignent aujourd’hui que dans le Nouveau Testament, le mot « sacer­doce » désigne uni­que­ment les pré­ro­ga­tives de qui­conque a été puri­fié dans le bain sacré du bap­tême ; de même, disent-​ils, le pré­cepte de faire ce qu’il avait fait, don­né par Jésus-​Christ à ses apôtres durant la der­nière Cène, vise direc­te­ment toute l’Église des chré­tiens, et c’est par consé­quent plus tard seule­ment qu’on en est arri­vé au sacer­doce hié­rar­chique. C’est pour­quoi, ils pré­tendent que le peuple jouit d’un véri­table pou­voir sacer­do­tal, et que le prêtre agit seule­ment comme un fonc­tion­naire délé­gué par la com­mu­nau­té. A cause de cela, ils estiment que le sacri­fice eucha­ris­tique est au sens propre une « concé­lé­bra­tion », et que les prêtres devraient « concé­lé­brer » avec le peuple pré­sent, plu­tôt que d’offrir le sacri­fice en par­ti­cu­lier en l’absence du peuple.

Combien des erreurs cap­tieuses de ce genre contre­disent aux véri­tés que Nous avons affir­mées plus haut, en trai­tant de la place que tient le prêtre dans le Corps mys­tique du Christ, il est super­flu de l’expliquer. Nous esti­mons cepen­dant devoir rap­pe­ler que le prêtre rem­place le peuple uni­que­ment parce qu’il repré­sente la per­sonne de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ en tant que Chef de tous les membres s’offrant lui-​même pour eux ; quand il s’approche de l’autel, c’est donc en tant que ministre du Christ, infé­rieur au Christ, mais supé­rieur au peuple [80]. Le peuple, au contraire, ne jouant nul­le­ment le rôle du divin Rédempteur, et n’étant pas conci­lia­teur entre lui-​même et Dieu, ne peut en aucune manière jouir du droit sacerdotal.

1. Participation en tant qu’ils l’offrent avec le prêtre

Ces véri­tés sont de foi cer­taine ; les fidèles cepen­dant offrent, eux aus­si la divine Victime, mais d’une manière différente.

a. Ceci est affirmé par l’Église

Ceci a déjà été très clai­re­ment affir­mé par cer­tains de Nos pré­dé­ces­seurs et par les doc­teurs de l’Église. « Non seule­ment – ain­si parle Innocent III, d’immortelle mémoire – les prêtres offrent, mais aus­si tous les fidèles, car ce qui s’accomplit d’une manière spé­ciale par le minis­tère des prêtres se fait d’une manière uni­ver­selle par le vœu des fidèles » [81], Et Nous aimons à citer en cette matière au moins une affir­ma­tion de saint Robert Bellarmin, prise entre beau­coup d’autres : « Le sacri­fice, dit-​il, est offert prin­ci­pa­le­ment dans la per­sonne du Christ. C’est pour­quoi l’offrande qui suit la consé­cra­tion atteste en quelque sorte que toute l’Église consent à l’oblation faite par le Christ et offre avec lui » [82].

b. Ceci est exprimé par les rites eux-mêmes

Les rites et les prières du sacri­fice eucha­ris­tique n’expriment et ne mani­festent pas moins clai­re­ment que l’oblation de la vic­time est faite par les prêtres en même temps que par le peuple. Non seule­ment, en effet, après l’offrande du pain et du vin, le ministre du sacri­fice, tour­né vers le peuple, dit expres­sé­ment : « Priez, mes frères, pour que mon sacri­fice qui est aus­si le vôtre, trouve accès près de Dieu, le Père tout-​puissant » [83], mais en outre, les prières par les­quelles la divine hos­tie est offerte à Dieu sont for­mu­lées, la plu­part du temps, au plu­riel, et il y est plus d’une fois indi­qué que le peuple, lui aus­si, prend part à cet auguste sacri­fice en tant qu’il l’offre. On y trouve ceci, par exemple : « Pour les­quels nous t’offrons, ou qui t’offrent… Nous vous prions donc, Seigneur, d’accueillir d’un cœur apai­sé cette offrande de vos ser­vi­teurs et de toute votre famille… Nous, vos ser­vi­teurs, ain­si que votre peuple saint, nous offrons à votre glo­rieuse Majesté ce que vous-​même nous avez don­né et nous don­nez, l’hostie pure, l’hostie sainte, l’hostie imma­cu­lée » [84].

Et il n’est pas éton­nant que les chré­tiens soient éle­vés à cette digni­té. Par le bain du bap­tême, en effet, les chré­tiens deviennent à titre com­mun membres dans le corps du Christ-​prêtre, et par le « carac­tère » qui est en quelque sorte gra­vé en leur âme, ils sont délé­gués au culte divin : ils ont donc part, selon leur condi­tion, au sacer­doce du Christ lui-même.

c. Offrande du pain et du vin faite par les fidèles

De tout temps, dans l’Église catho­lique, la rai­son humaine, éclai­rée par la foi, s’efforce d’atteindre à une connais­sance aus­si grande que pos­sible des choses divines. C’est pour­quoi il convient que le peuple chré­tien cherche avec amour en quel sens il est dit dans le canon du sacri­fice eucha­ris­tique qu’il offre lui aus­si. Afin donc de satis­faire à ce pieux désir, nous aimons à trai­ter ici le sujet brièvement.

Il y a d’abord des rai­sons plus éloi­gnées : sou­vent, par exemple, les chré­tiens assis­tant aux céré­mo­nies répondent aux prières du prêtre ; de même, par­fois – ce qui arri­vait jadis plus sou­vent – ils offrent aux ministres de l’autel le pain et le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang du Christ ; l’aumône, enfin, qu’ils donnent au prêtre a pour but de faire offrir la divine vic­time pour eux-mêmes.

Mais il y a aus­si une rai­son pro­fonde pour laquelle on dit que tous les chré­tiens, sur­tout ceux qui y assistent, offrent le sacrifice.

d. Sacrifice offert par les fidèles

Pour ne pas faire naître en cette matière très impor­tante d’erreurs per­ni­cieuses, il faut pré­ci­ser avec exac­ti­tude le sens du mot « offrir ». L’immolation non san­glante par le moyen de laquelle, après les paroles de la consé­cra­tion, le Christ est ren­du pré­sent sur l’autel en état de vic­time, est accom­plie par le seul prêtre en tant qu’il repré­sente la per­sonne du Christ, non en tant qu’il repré­sente la per­sonne des fidèles. Mais par le fait que le prêtre pose la divine vic­time sur l’autel, il la pré­sente à Dieu le Père en tant qu’offrande, pour la gloire de la très sainte Trinité et le bien de toute l’Église. Or, cette obla­tion au sens res­treint, les chré­tiens y prennent part à leur manière et d’une double façon, non seule­ment parce qu’ils offrent le sacri­fice par les mains du prêtre, mais aus­si parce qu’ils l’offrent avec lui en quelque sorte, et cette par­ti­ci­pa­tion fait que l’offrande du peuple se rat­tache au culte litur­gique lui-même.

Que les fidèles, par les mains du prêtre, offrent le sacri­fice, cela res­sort avec évi­dence du fait que le ministre de l’autel repré­sente le Christ en tant que chef offrant au nom de tous ses membres ; c’est pour­quoi l’Église uni­ver­selle est dite, à bon droit, pré­sen­ter par le Christ l’offrande de la vic­time. Si le peuple offre en même temps que le prêtre, ce n’est pas que les membres de l’Église accom­plissent le rite litur­gique visible de la même manière que le prêtre lui-​même, ce qui revient au seul ministre délé­gué par Dieu pour cela, mais parce qu’il unit ses vœux de louange, d’impétration, d’expiation et d’action de grâces aux vœux ou inten­tions men­tales du prêtre, et même du Souverain Prêtre, afin de les pré­sen­ter à Dieu le Père dans le rite exté­rieur même du prêtre offrant la vic­time. Le rite exté­rieur du sacri­fice, en effet, doit néces­sai­re­ment, par sa nature, mani­fes­ter le culte inté­rieur ; or, le sacri­fice de la loi nou­velle signi­fie l’hommage suprême par lequel le prin­ci­pal offrant, qui est le Christ, et avec lui et par lui tous ses membres mys­tiques, rendent à Dieu l’honneur et le res­pect qui lui sont dus.

Nous avons appris avec grande joie que, sur­tout en ces der­niers temps, par suite de l’étude plus pous­sée que beau­coup ont faite des ques­tions litur­giques, cette doc­trine a été mise en pleine lumière. Nous ne pou­vons cepen­dant ne pas déplo­rer vive­ment les exa­gé­ra­tions et les excès qui ne concordent pas avec les véri­tables ensei­gne­ments de l’Église.

Certains, en effet, réprouvent com­plè­te­ment les messes qui sont offertes en pri­vé et sans assis­tance, comme éloi­gnées de l’antique manière de célé­brer ; quelques-​uns même affirment que les prêtres ne peuvent en même temps offrir la divine hos­tie sur plu­sieurs autels parce que par cette manière de faire ils divisent la com­mu­nau­té et mettent son uni­té en péril ; on va par­fois jusqu’à esti­mer que le peuple doit confir­mer et agréer le sacri­fice pour que celui-​ci obtienne sa valeur et son efficacité.

On en appelle à tort, en la matière, à la nature sociale du sacri­fice eucha­ris­tique. Toutes les fois, en effet, que le prêtre renou­velle ce que le divin Rédempteur accom­plit à la der­nière Cène, le sacri­fice est vrai­ment consom­mé, et ce sacri­fice, par­tout et tou­jours, d’une façon néces­saire et par sa nature, a un rôle public et social, puisque celui qui l’immole agit au nom du Christ et des chré­tiens dont le divin Rédempteur est le chef, l’offrant à Dieu pour la sainte Église catho­lique, pour les vivants et les défunts [85]. Et ceci se réa­lise sans aucun doute, soit que les fidèles y assistent – et Nous dési­rons et recom­man­dons qu’ils y soient pré­sents très nom­breux et très fer­vents – soit qu’ils n’y assistent pas, n’étant en aucune manière requis que le peuple rati­fie ce que fait le ministre sacré.

De l’exposé pré­cé­dent, il résulte clai­re­ment que la messe est offerte au nom du Christ et de l’Église, et que le sacri­fice eucha­ris­tique ne serait pas pri­vé de ses fruits, même sociaux, si le prêtre célé­brait sans la pré­sence d’aucun aco­lyte ; néan­moins, à cause de la digni­té d’un si grand mys­tère, Nous vou­lons et exi­geons que – confor­mé­ment aux ordon­nances constantes de notre Mère l’Église – aucun prêtre ne monte à l’autel s’il n’a un ministre pour le ser­vir et lui répondre, selon la pres­crip­tion du canon 813.

2. Participation en tant qu’ils doivent s’offrir eux-​mêmes comme victimes

Pour que l’oblation, par laquelle dans ce sacri­fice ils offrent au Père céleste la divine vic­time, obtienne son plein effet, il faut encore que les chré­tiens ajoutent quelque chose : ils doivent s’immoler eux-​mêmes en vic­times. Cette immo­la­tion ne se réduit pas seule­ment au sacri­fice litur­gique. Parce que nous sommes édi­fiés sur le Christ comme des pierres vivantes, le prince des apôtres veut, en effet, que nous puis­sions, comme « sacer­doce saint, offrir des vic­times spi­ri­tuelles agréables à Dieu par Jésus-​Christ » [86] ; et l’apôtre Paul, par­lant pour tous les temps, exhorte les fidèles en ces termes : « Je vous conjure donc, mes frères… d’offrir vos corps en hos­tie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spi­ri­tuel que vous lui devez » [87]. Mais lorsque les fidèles par­ti­cipent à l’action litur­gique avec tant de pié­té et d’attention qu’on peut dire d’eux : « Dont la foi et la dévo­tion te sont connues » [88], alors il est impos­sible que leur foi à cha­cun n’agisse avec plus d’ardeur par la cha­ri­té, que leur pié­té ne se for­ti­fie et ne s’enflamme, qu’ils ne se consacrent, tous et cha­cun, à pro­cu­rer la gloire de Dieu et, dans leur ardent désir de se rendre étroi­te­ment sem­blables à Jésus-​Christ qui a souf­fert de très cruelles dou­leurs, il est impos­sible qu’ils ne s’offrent avec et par le sou­ve­rain Prêtre, comme une hos­tie spirituelle.

a. En purifiant leur âme

Ceci est éga­le­ment ensei­gné dans les exhor­ta­tions que l’évêque, au nom de l’Église, adresse aux ministres sacrés le jour où il les consacre : « Rendez-​vous compte de ce que vous accom­plis­sez, imi­tez ce que vous faites et en célé­brant le mys­tère de la mort du Seigneur faites mou­rir com­plè­te­ment en vos membres les vices et les concu­pis­cences » [89]. C’est presque dans les mêmes termes que, dans les livres litur­giques, les chré­tiens qui s’approchent de l’autel sont invi­tés à par­ti­ci­per aux céré­mo­nies : « Que sur cet autel soit hono­rée l’innocence, immo­lé l’orgueil, étouf­fée la colère ; que la luxure et tout dérè­gle­ment soient frap­pés à mort ; qu’en guise de tour­te­relles soit offert le sacri­fice de la chas­te­té, et au lieu des petits de colombe, le sacri­fice de l’innocence » [90] . Lorsque nous sommes à l’autel, nous devons donc trans­for­mer notre âme, tout ce qui est péché en elle doit être com­plè­te­ment étouf­fé, tout ce qui, par le Christ, engendre la vie sur­na­tu­relle doit être vigou­reu­se­ment res­tau­ré et for­ti­fié, si bien que nous deve­nions, avec l’Hostie imma­cu­lée, une seule vic­time agréable au Père éternel.

La sainte Église s’efforce, par les pré­ceptes de la sainte litur­gie d’obtenir la réa­li­sa­tion de cette très sainte inten­tion de la manière la plus adap­tée. A cela, en effet, visent non seule­ment les lec­tures, les homé­lies et les autres dis­cours des ministres sacrés, et tout le cycle des mys­tères qui sont pro­po­sés à notre mémoire tout au long de l’année, mais encore les vête­ments et les rites sacrés et toutes leurs céré­mo­nies exté­rieures qui ont pour but de « faire valoir la majes­té d’un si grand sacri­fice, et par ces signes visibles de reli­gion et de pié­té, d’exciter les esprits des fidèles à la contem­pla­tion des réa­li­tés les plus pro­fondes cachées dans ce sacri­fice » [91].

b. En reproduisant l’image de Jésus-Christ

Tous les élé­ments de la litur­gie incitent donc notre âme à repro­duire en elle par le mys­tère de la croix l’image de notre divin Rédempteur, selon ce mot de l’Apôtre : « Je suis atta­ché à la croix avec le Christ ; je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » [92]. Par là, nous deve­nons hos­tie avec le Christ pour la plus grande gloire du Père.

C’est donc vers cet idéal que les chré­tiens doivent orien­ter et éle­ver leur âme quand ils offrent la divine vic­time dans le sacri­fice eucha­ris­tique. Si, en effet, comme l’écrit saint Augustin, sur la table du Seigneur lui-​même repose notre mys­tère [93] c’est-à-dire le Christ Seigneur lui-​même, en tant qu’il est Chef et sym­bole de cette union par laquelle nous sommes le Corps du Christ [94] et les membres de son Corps [95] ; si saint Robert Bellarmin enseigne, selon l’esprit du doc­teur d’Hippone, que dans le sacri­fice de l’autel est expri­mé le sacri­fice géné­ral par lequel tout le Corps mys­tique du Christ, c’est-à-dire toute la cité rache­tée, s’offre à Dieu par le Christ, Grand Prêtre [96], on ne peut rien ima­gi­ner de plus conve­nable et de plus juste que de nous immo­ler tous au Père éter­nel avec notre Chef qui a souf­fert pour nous. Dans le sacre­ment de l’autel, en effet, selon le même Augustin, il est démon­tré à l’Église que dans le sacri­fice qu’elle offre, elle est offerte, elle aus­si [97].

Que les fidèles consi­dèrent donc à quelle digni­té le bain sacré du bap­tême les a éle­vés, et qu’ils ne se contentent pas de par­ti­ci­per au sacri­fice eucha­ris­tique avec l’intention géné­rale qui convient aux membres du Christ et aux fils de l’Église, mais que, selon l’esprit de la sainte litur­gie, libre­ment et inti­me­ment unis au sou­ve­rain Prêtre et à son ministre sur la terre, ils s’unissent à lui d’une manière par­ti­cu­lière au moment de la consé­cra­tion de la divine Hostie, et qu’ils l’offrent avec lui quand sont pro­non­cées les solen­nelles paroles : « Par lui, avec lui, en lui, est à toi, Dieu Père tout-​puissant, dans l’unité du Saint-​Esprit, tout hon­neur et toute gloire dans les siècles des siècles » [98], paroles aux­quelles le peuple répond : Amen. Et que les chré­tiens n’oublient pas, avec le divin Chef cru­ci­fié, de s’offrir eux-​mêmes et leurs pré­oc­cu­pa­tions, leurs dou­leurs, leurs angoisses, leurs misères et leurs besoins.

3. Moyens pour promouvoir cette participation

Ceux-​là, par consé­quent, sont dignes de louanges qui, en vue de rendre plus facile et plus fruc­tueuse pour le peuple chré­tien la par­ti­ci­pa­tion au sacri­fice eucha­ris­tique, s’efforcent oppor­tu­né­ment de mettre entre les mains du peuple le Missel romain, de manière que les fidèles, unis au prêtre, prient avec lui à l’aide des mêmes paroles et avec les sen­ti­ments mêmes de l’Église ; ceux-​là méritent des louanges qui s’efforcent de faire de la litur­gie une action sainte même exté­rieu­re­ment, à laquelle prennent réel­le­ment part tous les assis­tants, ce qui peut se réa­li­ser de diverses manières : quand, par exemple, tout le peuple, selon les règles rituelles ou bien répond d’une façon bien réglée aux paroles du prêtre, ou se livre à des chants en rap­port avec les dif­fé­rentes par­ties du sacri­fice, ou bien fait l’un et l’autre, ou enfin lorsque dans les messes solen­nelles il répond aux prières des ministres de Jésus-​Christ et s’associe au chant liturgique.

Moyens subor­don­nés aux pré­ceptes de l’Église

Ces manières de par­ti­ci­per au sacri­fice sont à louer et à recom­man­der quand elles obéissent soi­gneu­se­ment aux pré­ceptes de l’Église et aux règles des rites sacrés. Elles ont pour but prin­ci­pal d’alimenter et de favo­ri­ser la pié­té des chré­tiens et leur union intime avec le Christ et avec son ministre visible, et de sti­mu­ler les sen­ti­ments et les dis­po­si­tions inté­rieures selon les­quels notre âme doit se confor­mer au sou­ve­rain Prêtre du Nouveau Testament. Elles démontrent d’une manière exté­rieure que, de sa nature, le sacri­fice, étant accom­pli par le Médiateur de Dieu et des hommes [99], doit être consi­dé­ré comme l’œuvre de tout le Corps mys­tique du Christ ; elles ne sont néan­moins nul­le­ment néces­saires pour en consti­tuer le carac­tère public et com­mun. En outre, la messe dia­lo­guée ne peut prendre la place de la messe solen­nelle, qui, même si elle est célé­brée en la pré­sence des seuls ministres, jouit d’une digni­té par­ti­cu­lière à cause de la majes­té des rites et de l’éclat des céré­mo­nies ; celles-​ci, tou­te­fois, prennent beau­coup plus de gran­deur et de solen­ni­té si, comme l’Église le désire, un peuple nom­breux et pieux y assiste.

Ne pas exa­gé­rer la valeur de ces moyens

Il faut remar­quer qu’attacher à ces condi­tions exté­rieures une impor­tance telle qu’on ose décla­rer leur omis­sion capable d’empêcher l’action sainte d’atteindre son but, c’est s’écarter de la véri­té et de la droite rai­son, et se lais­ser gui­der par des idées fausses. Un bon nombre de chré­tiens, en effet, ne peuvent se ser­vir du Missel romain, même s’il est écrit en langue vul­gaire ; et tous ne sont pas aptes à com­prendre cor­rec­te­ment, comme il convient, les rites et les for­mules litur­giques. Le tem­pé­ra­ment, le carac­tère et l’esprit des hommes sont si variés et si dif­fé­rents que tous ne peuvent pas être diri­gés et conduits de la même manière par des prières, des can­tiques et des actes com­muns. En outre, les besoins des âmes et leurs goûts ne sont pas les mêmes chez tous, et ne demeurent pas tou­jours les mêmes en cha­cun. Qui ose­ra donc dire sur la foi d’un tel pré­ju­gé, que tant de chré­tiens ne peuvent par­ti­ci­per au sacri­fice eucha­ris­tique et jouir de ses bien­faits ? Mais ces gens-​là peuvent assu­ré­ment grâce à une méthode, qui se trouve être pour cer­tains plus facile, comme par exemple, de médi­ter pieu­se­ment les mys­tères de Jésus-​Christ, d’accomplir d’autres exer­cices de pié­té et de faire d’autres prières qui, bien qu’elles dif­fèrent des rites sacrés par la forme, s’accordent cepen­dant avec eux par leur nature.

Que soient ins­ti­tuées des com­mis­sions dio­cé­saines pour pro­mou­voir la liturgie

C’est pour­quoi Nous vous exhor­tons, Vénérables Frères, à vou­loir bien ordon­ner et régler, cha­cun dans votre dio­cèse ou votre ter­ri­toire ecclé­sias­tique, la manière et la méthode selon les­quelles le peuple par­ti­ci­pe­ra à l’action litur­gique en confor­mi­té avec les règles éta­blies par le Missel et avec les pré­ceptes qu’ont édic­tés la Sacrée Congrégation des Rites et le Code de Droit canon ; de manière que tout se fasse avec l’ordre et la digni­té néces­saires, et qu’il ne soit pas per­mis à n’importe qui, fût-​il prêtre, de se ser­vir des édi­fices sacrés pour y faire en quelque sorte des expé­riences. Dans ce but, Nous dési­rons aus­si que dans chaque dio­cèse, de même qu’il y a une com­mis­sion pour l’art et la musique sacrés, une com­mis­sion pour pro­mou­voir l’apostolat litur­gique soit éga­le­ment consti­tuée afin que par votre soin vigi­lant tout s’accomplisse dili­gem­ment selon les pres­crip­tions du Siège apostolique.

Que dans les com­mu­nau­tés de reli­gieux tout ce que leurs propres Constitutions ont éta­bli en cette matière soit obser­vé soi­gneu­se­ment, et qu’on n’introduise pas de nou­veau­tés que les supé­rieurs de ces com­mu­nau­tés n’aient préa­la­ble­ment approuvées.

Si variées que puissent être les formes et les par­ti­cu­la­ri­tés de la par­ti­ci­pa­tion du peuple au sacri­fice eucha­ris­tique et aux autres actions litur­giques, on doit tou­jours faire les plus grands efforts pour que les âmes des assis­tants s’unissent au divin Rédempteur par des liens les plus étroits pos­sibles, pour que leur vie s’enrichisse d’une sain­te­té tou­jours plus grande et que croisse chaque jour davan­tage la gloire du Père céleste.

III. La communion eucharistique

L’auguste sacri­fice de l’autel se conclut par la com­mu­nion au repas divin. Cependant, comme tous le savent, pour assu­rer l’intégrité de ce sacri­fice il suf­fit que le prêtre com­mu­nie ; il n’est pas néces­saire – bien que ce soit sou­ve­rai­ne­ment sou­hai­table – que le peuple lui aus­si s’approche de la sainte table.

Pour l’intégrité du sacri­fice, celle du prêtre suffit.

Nous aimons, à ce sujet, répé­ter les consi­dé­ra­tions de Notre pré­dé­ces­seur, Benoît XIV, sur les défi­ni­tions du concile de Trente : « En pre­mier lieu… nous devons dire qu’il ne peut venir à l’esprit d’aucun fidèle que les messes pri­vées dans les­quelles seul le prêtre com­mu­nie perdent de ce fait le carac­tère du sacri­fice non san­glant, par­fait et com­plet, ins­ti­tué par le Christ Notre-​Seigneur, et qu’elles doivent, par consé­quent, être consi­dé­rées comme illi­cites. Les fidèles, en effet, n’ignorent pas ou du moins il est facile de leur ensei­gner que le saint concile de Trente, s’appuyant sur la doc­trine conser­vée par la tra­di­tion per­pé­tuelle de l’Église, a condam­né comme nou­velle et fausse l’opinion de Luther qui s’y oppo­sait » [100]. « Si quelqu’un dit que les messes dans les­quelles seul le prêtre com­mu­nie sacra­men­tel­le­ment sont illi­cites et doivent par consé­quent être sup­pri­mées, qu’il soit ana­thème » [101].

Ils s’écartent donc du che­min de la véri­té ceux qui ne veulent accom­plir le saint sacri­fice que si le peuple chré­tien s’approche de la table sainte ; et ils s’en écartent encore davan­tage ceux qui, pré­ten­dant qu’il est abso­lu­ment néces­saire que les fidèles com­mu­nient avec le prêtre, affirment dan­ge­reu­se­ment qu’il ne s’agit pas seule­ment d’un sacri­fice, mais d’un sacri­fice et d’un repas de com­mu­nau­té fra­ter­nelle, et font de la com­mu­nion accom­plie en com­mun comme le point culmi­nant de toute la cérémonie.

Il faut encore une fois remar­quer que le sacri­fice eucha­ris­tique consiste essen­tiel­le­ment dans l’immolation non san­glante de la vic­time divine, immo­la­tion qui est mys­ti­que­ment indi­quée par la sépa­ra­tion des saintes espèces et par leur obla­tion faite au Père éter­nel. La sainte com­mu­nion en assure l’intégrité, et a pour but d’y faire par­ti­ci­per sacra­men­tel­le­ment, mais tan­dis qu’elle est abso­lu­ment néces­saire de la part du ministre sacri­fi­ca­teur, elle est seule­ment à recom­man­der vive­ment aux fidèles.

Exhortation à la com­mu­nion spi­ri­tuelle et sacramentelle

De même que l’Église, comme maî­tresse de véri­té, fait tous ses efforts pour pro­té­ger l’intégrité de la foi, de même, comme mère pleine de sol­li­ci­tude pour ses fils, elle les exhorte très for­te­ment à par­ti­ci­per avec empres­se­ment, et fré­quem­ment, à ce très grand bien­fait de notre religion.

Elle désire avant tout que les chré­tiens, spé­cia­le­ment quand ils ne peuvent rece­voir effec­ti­ve­ment la nour­ri­ture eucha­ris­tique, la reçoivent au moins de désir, de manière à s’unir au Rédempteur avec une foi vive, un esprit res­pec­tueu­se­ment humble et confiant dans sa volon­té, avec l’amour le plus ardent.

Mais ceci ne lui suf­fit pas. Puisque, en effet, comme Nous l’avons dit ci-​dessus, nous pou­vons par­ti­ci­per sacra­men­tel­le­ment au sacri­fice en rece­vant le pain des anges, afin que d’une manière plus effi­cace nous « sen­tions conti­nuel­le­ment en nous l’effet de notre Rédemption » [102], l’Église notre Mère renou­velle à tous et à cha­cun de ses fils l’invitation du Christ Notre-​Seigneur : « Prenez et man­gez… Faites ceci en mémoire de moi » [103]. Dans ce but, le concile de Trente, répon­dant en quelque sorte aux dési­rs de Jésus-​Christ et de son Épouse imma­cu­lée, recom­man­da for­te­ment que « à chaque messe, les assis­tants com­mu­nient non seule­ment en esprit, mais aus­si par la récep­tion sacra­men­telle de l’Eucharistie, afin que le fruit de ce sacri­fice très saint leur par­vienne plus abon­dam­ment » [104]. Bien plus, Notre pré­dé­ces­seur, d’immortelle mémoire, Benoît XIV, afin de faire mieux connaître, et plus clai­re­ment, que par la récep­tion de la divine Eucharistie les fidèles par­ti­cipent au sacri­fice lui-​même, loue la pié­té de ceux qui, non seule­ment dési­rent se nour­rir du pain céleste quand ils assistent au sacri­fice, mais encore sou­haitent rece­voir des hos­ties consa­crées à ce sacri­fice même ; mais, comme lui-​même le déclare, on prend vrai­ment et réel­le­ment part au sacri­fice, même s’il s’agit de pain eucha­ris­tique dont la consé­cra­tion a été dûment accom­plie aupa­ra­vant. Voici en effet ce qu’il a écrit : « Outre ceux à qui le célé­brant donne une part de la vic­time offerte par lui dans la messe même, ceux-​là aus­si par­ti­cipent au même sacri­fice, à qui le prêtre donne la sainte réserve ; cepen­dant, jamais l’Église n’a inter­dit et elle n’interdit pas actuel­le­ment au prêtre, de satis­faire à la pié­té et à la juste demande des assis­tants qui demandent à par­ti­ci­per au sacri­fice même, qu’ils offrent eux aus­si à leur manière ; bien plus elle approuve et désire que cela ne soit pas omis, et elle blâ­me­rait les prêtres par la faute ou la négli­gence des­quels cette par­ti­ci­pa­tion serait refu­sée aux fidèles » [105].

Pour toutes les caté­go­ries de personnes

Dieu fasse que tous répondent spon­ta­né­ment et volon­tiers à ces invi­ta­tions pres­santes de l’Église ; Dieu fasse que les chré­tiens prennent part au divin sacri­fice, non seule­ment d’une manière spi­ri­tuelle, mais aus­si en rece­vant dans la com­mu­nion sacra­men­telle, même tous les jours s’ils le peuvent, le Corps de Jésus offert pour tous au Père éter­nel. Excitez, Vénérables Frères, dans les âmes de tous ceux qui sont confiés à vos soins, une faim ardente et comme inex­tin­guible de Jésus-​Christ ; que votre ensei­gne­ment attire en foule autour des autels enfants et jeunes gens, qui offrent au divin Rédempteur leur inno­cence et leur enthou­siasme ; que les époux s’en approchent fré­quem­ment afin que, nour­ris à la sainte table, ils puissent faire pas­ser dans les enfants qui leur sont confiés les sen­ti­ments et l’amour de Jésus-​Christ ; que les ouvriers y soient appe­lés, afin qu’ils puissent rece­voir la nour­ri­ture solide capable de refaire leurs forces sans leur man­quer jamais, et qui leur pré­pare au ciel la récom­pense éter­nelle de leurs tra­vaux ; appe­lez enfin et for­cez à entrer [106] tous les hommes de toutes les classes, car c’est le pain de vie dont tous ont besoin. L’Église de Jésus-​Christ n’a que ce seul pain pour satis­faire les aspi­ra­tions et les dési­rs de nos âmes, pour les unir très étroi­te­ment au Christ Jésus, pour en faire fina­le­ment « un seul corps » [107] et les unir entre eux, comme des frères qui s’assoient à la même table pour prendre le remède de l’immortalité [108] en par­ta­geant un même pain.

Communion reçue autant que pos­sible durant la messe…

Il est tout à fait conve­nable, ce que d’ailleurs la litur­gie a éta­bli, que le peuple s’approche de la sainte table après la com­mu­nion du prêtre, et comme Nous l’avons écrit plus haut, il faut louer ceux qui assis­tant à la messe reçoivent les hos­ties qui y ont été consa­crées, afin que se réa­lise la prière : « Que nous tous qui, par­ti­ci­pant à ce sacri­fice, aurons reçu le corps sacré et le sang de votre Fils, nous soyons rem­plis de toute béné­dic­tion céleste et de toute grâce » [109].

Cependant, il n’est pas rare qu’il se pré­sente des motifs de dis­tri­buer la sainte com­mu­nion, soit avant, soit après le sacri­fice lui-​même, ou encore – bien que l’hostie soit dis­tri­buée aus­si­tôt après la com­mu­nion du prêtre – de faire cette dis­tri­bu­tion avec des hos­ties consa­crées aupa­ra­vant. Même dans ces condi­tions – comme d’ailleurs Nous l’avons déjà fait remar­quer plus haut – le peuple par­ti­cipe nor­ma­le­ment au sacri­fice eucha­ris­tique, et il n’est pas rare qu’il puisse ain­si plus faci­le­ment s’approcher de la table sainte. Si donc, dans sa mater­nelle indul­gence, l’Église s’efforce d’aller au-​devant des besoins spi­ri­tuels de ses fils, ceux-​ci, néan­moins, cha­cun pour sa part, doivent ne pas mépri­ser faci­le­ment ce que la sainte litur­gie conseille, et toutes les fois qu’un motif rai­son­nable ne s’y oppose pas, réa­li­ser tout ce qui mani­feste plus clai­re­ment à l’autel l’unité vivante du Corps mystique.

Suivie d’une action de grâces convenable…

Lorsque l’action sainte, qui est réglée par ces lois litur­giques par­ti­cu­lières, est ache­vée, celui qui a reçu le pain du ciel n’est pas dis­pen­sé de rendre grâces ; bien plus, il est tout à fait conve­nable qu’une fois reçue la sainte Eucharistie et ache­vées les céré­mo­nies publiques, il se recueille et, inti­me­ment uni au divin Maître, il ait avec lui un entre­tien très doux et bien­fai­sant, autant que les cir­cons­tances le lui per­mettent. Ceux-​là s’écartent donc du droit sen­tier de la véri­té qui, s’attachant aux mots plus qu’à la pen­sée, affirment et enseignent qu’une fois le sacri­fice ache­vé, il n’y a pas à le pro­lon­ger par une action de grâces de ce genre, non seule­ment parce que le sacri­fice de l’autel est par lui-​même une action de grâces, mais aus­si parce que ceci est affaire de dévo­tion per­son­nelle et par­ti­cu­lière, qui regarde cha­cun et non le bien de la communauté.

Mais, au contraire, la nature même du sacre­ment demande que le chré­tien qui le reçoit en retire d’abondants fruits de sain­te­té. Assurément, la réunion publique de la com­mu­nau­té est congé­diée, mais il faut que cha­cun, uni au Christ, n’interrompe pas dans sa propre âme le can­tique de louanges « ren­dant grâces tou­jours et pour toutes choses à Dieu, au nom de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ » [110]. La litur­gie du sacri­fice eucha­ris­tique nous y exhorte quand elle nous fait prier en ces termes : « Accordez-​nous de demeu­rer tou­jours en action de grâces… [111] et de ne ces­ser jamais de vous louer » [112]. C’est pour­quoi, s’il n’y a aucun moment auquel il ne faille rendre grâces à Dieu, et s’il ne faut jamais ces­ser de le louer, qui ose­rait accu­ser ou blâ­mer l’Église de conseiller à ses prêtres [113] et aux fidèles de s’entretenir au moins quelque temps avec le divin Rédempteur après la sainte com­mu­nion, et d’avoir intro­duit dans les livres litur­giques des prières de cir­cons­tance, enri­chies d’indulgences, par les­quelles les ministres sacrés, soit avant d’exercer les fonc­tions litur­giques et de se nour­rir de l’Eucharistie, se pré­parent conve­na­ble­ment soit, après avoir ache­vé la sainte messe, expriment à Dieu leur recon­nais­sance ? La sainte litur­gie, loin d’étouffer les sen­ti­ments intimes de chaque chré­tien, les ranime et les sti­mule plu­tôt, pour qu’ils prennent la res­sem­blance du Christ et soient par lui orien­tés vers le Père céleste ; c’est pour­quoi elle enseigne et invite à rendre à Dieu les actions de grâces que lui doit qui­conque a reçu sa nour­ri­ture à la sainte table. Le divin Rédempteur, en effet, aime à entendre nos prières, à nous par­ler à cœur ouvert et à nous offrir un refuge dans son cœur brûlant.

Nécessaire pour recueillir des fruits plus abondants

Bien plus, de tels actes, par­ti­cu­liers à cha­cun, sont abso­lu­ment néces­saires pour que tous nous jouis­sions plus abon­dam­ment des tré­sors d’en-haut, dont l’Eucharistie déborde, et pour que, selon nos forces, nous les fas­sions se répandre sur les autres, afin que Notre Seigneur atteigne en toutes les âmes la plé­ni­tude de sa vertu.

Pourquoi donc, Vénérables Frères, ne louerions-​Nous pas ceux qui, après avoir reçu la nour­ri­ture eucha­ris­tique, même après que l’assemblée des fidèles a été offi­ciel­le­ment congé­diée, s’attardent dans une fami­lia­ri­té intime avec le divin Rédempteur, non seule­ment pour s’entretenir avec lui de la manière la plus suave, mais encore pour le remer­cier et lui rendre les louanges qui lui sont dues, et sur­tout pour lui deman­der son aide, pour écar­ter, cha­cun, de son âme tout ce qui dimi­nue l’efficacité du sacre­ment, et pour réa­li­ser toute leur part de ce qui peut favo­ri­ser l’action toute-​puissante de Jésus-​Christ ? Nous les exhor­tons à le faire d’une manière par­ti­cu­lière en met­tant à exé­cu­tion les réso­lu­tions qu’ils auront prises, en exer­çant les ver­tus chré­tiennes, en adap­tant à leurs propres besoins les dons reçus de sa libé­ra­li­té royale. Certes, l’auteur du livre d’or de L’Imitation du Christ parle en ins­pi­ré et selon les pré­ceptes de la litur­gie quand il donne ce conseil : « Demeure dans le secret et jouis de ton Dieu, car tu pos­sèdes Celui que le monde entier ne peut t’enlever » [114].

Nous tous, étroi­te­ment unis au Christ, efforçons-​nous donc de nous plon­ger en quelque sorte dans son très saint amour, et attachons-​nous à lui afin de prendre part aux actes par les­quels lui-​même adore l’auguste Trinité dans un hom­mage qui lui est extrê­me­ment agréable, par les­quels il rend au Père éter­nel des actions de grâces et des louanges sou­ve­raines qui reten­tissent d’un com­mun accord au ciel et sur la terre, selon la parole : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénis­sez le Seigneur » [115] ; par les­quels enfin, unis ensemble, nous implo­rons le secours de Dieu au moment le plus oppor­tun qui soit don­né pour deman­der et obte­nir de l’aide au nom du Christ [116] et par les­quels sur­tout nous nous offrons et nous immo­lons en hos­tie, en disant : « Faites que nous deve­nions pour vous un don éter­nel » [117].

Le divin Rédempteur répète inces­sam­ment son invi­ta­tion pres­sante : « Demeurez en moi » [118]. Or, par le sacre­ment de l’Eucharistie, le Christ demeure en nous et nous en lui ; et de même que le Christ demeu­rant en nous vit et agit, de même il faut que nous, demeu­rant dans le Christ, nous vivions et agis­sions par lui.

IV. Adoration de l’Eucharistie

La nour­ri­ture eucha­ris­tique contient, comme cha­cun sait, « vrai­ment, réel­le­ment et sub­stan­tiel­le­ment, le corps, le sang, l’âme et la divi­ni­té de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ » [119] ; il n’y a donc rien d’étonnant si l’Église, depuis ses ori­gines, a ado­ré le corps du Christ sous l’espèce du pain, comme il est évident par les rites mêmes du saint sacri­fice, qui ordonnent aux ministres sacrés d’adorer le Saint Sacrement par une génu­flexion ou une incli­na­tion profonde.

Les saints conciles enseignent comme une tra­di­tion de l’Église, remon­tant aux débuts de son exis­tence, qu’il faut hono­rer « d’une seule ado­ra­tion le Verbe de Dieu incar­né et sa propre chair » [120], et saint Augustin affirme : « Que per­sonne ne mange cette chair avant de l’avoir ado­rée », ajou­tant que non seule­ment nous ne péchons pas en l’adorant, mais que nous péchons en ne l’adorant pas [121].

Le culte d’adoration de l’Eucharistie dis­tinct du saint sacri­fice est né de ces prin­cipes doc­tri­naux et a gran­di petit à petit. La conser­va­tion des saintes espèces pour les malades et pour tous ceux qui se trou­vaient en dan­ger de mort a ame­né la louable cou­tume d’adorer le pain du ciel conser­vé dans les églises. Ce culte d’adoration repose sur une rai­son solide et ferme. L’Eucharistie, en effet, est à la fois sacri­fice et sacre­ment ; ce sacre­ment dif­fère des autres en ce que non seule­ment il engendre la grâce, mais contient encore d’une manière per­ma­nente l’Auteur même de la grâce. Quand donc l’Église nous ordonne d’adorer le Christ caché sous les voiles eucha­ris­tiques et de lui deman­der des biens sur­na­tu­rels et ter­restres dont nous avons conti­nuel­le­ment besoin, elle mani­feste la foi vive avec laquelle elle croit son divin Époux pré­sent sous ces voiles, elle lui mani­feste sa recon­nais­sance et jouit de son intime familiarité.

Développement du culte eucharistique

Au cours des temps, l’Église a intro­duit diverses formes de ce culte, chaque jour assu­ré­ment plus belles et plus salu­taires, comme par exemple les visites quo­ti­diennes de dévo­tion au Saint Sacrement, la béné­dic­tion du Saint Sacrement, les pro­ces­sions solen­nelles dans les villes et les vil­lages, spé­cia­le­ment durant les congrès eucha­ris­tiques, et les ado­ra­tions publiques du Saint Sacrement. Ces ado­ra­tions publiques du Saint Sacrement sont par­fois brèves ; par­fois aus­si elles se pro­longent jusque durant qua­rante heures ; en cer­taines régions, elles conti­nuent toute l’année, dans diverses églises à tour de rôle ; ou bien même elles sont assu­rées jour et nuit par des congré­ga­tions reli­gieuses ; et il n’est pas rare que des laïques y par­ti­cipent. Ces exer­cices de pié­té ont contri­bué d’une manière éton­nante à la foi et à la vie sur­na­tu­relle de l’Église mili­tante ; par cette manière de faire elle répond en quelque sorte à l’Église triom­phante qui élève conti­nuel­le­ment son hymne de louange à Dieu et à « l’Agneau qui fut immo­lé » [122]. C’est pour­quoi non seule­ment l’Église a approu­vé ces exer­cices de pié­té pro­pa­gés par toute la terre dans le cours des siècles, mais elle les a fait siens en quelque sorte et les a confir­més de son auto­ri­té [123]. Ils sortent de l’inspiration de la sainte litur­gie ; aus­si, exé­cu­tés avec la digni­té, la foi et la pié­té conve­nables, requises par les pres­crip­tions rituelles de l’Église, contribuent-​ils sans aucun doute d’une manière très impor­tante à vivre la vie liturgique.

Aucune confu­sion entre « Christ his­to­rique et Christ eucharistique »

Et il ne faut pas dire que dans un sem­blable culte eucha­ris­tique, le Christ his­to­rique, comme on l’appelle, celui qui vécut un jour sur la terre, le Christ pré­sent dans le Saint Sacrement, et celui qui triomphe glo­rieu­se­ment dans les cieux et accorde les dons d’en-haut, sont faus­se­ment confon­dus ; bien au contraire, il faut plu­tôt affir­mer que de cette manière les fidèles attestent et mani­festent solen­nel­le­ment la foi de l’Église, pour qui ne font qu’un le Verbe de Dieu et le Fils de la Vierge Marie, qui a souf­fert sur la Croix, qui est invi­si­ble­ment pré­sent dans l’Eucharistie et qui règne dans les cieux. Ainsi parle saint Jean Chrysostome : « Lorsqu’il (le Corps du Christ) t’est pré­sen­té, dis-​toi : A cause de ce Corps, je ne suis plus terre et cendre je ne suis plus pri­son­nier, mais libre ; aus­si j’espère rece­voir le ciel et les biens qui m’y attendent, la vie éter­nelle, le sort des anges, la vie avec le Christ ; ce Corps per­cé de clous, frap­pé de fouets, la mort ne l’a pas détruit ; voi­ci le Corps qui a été ensan­glan­té, ouvert par la lance, qui a fait jaillir pour la terre des sources de salut, l’une de sang, l’autre d’eau… Il nous a don­né ce Corps à tenir et à man­ger, ce qui prouve un ardent amour » [124].

La béné­dic­tion du Saint Sacrement

Il faut, en par­ti­cu­lier, louer en tout point la cou­tume répan­due dans le peuple chré­tien de ter­mi­ner par la béné­dic­tion du Saint Sacrement de nom­breux exer­cices de pié­té. Rien de meilleur et de plus fruc­tueux que le geste par lequel le prêtre, levant au ciel le pain des anges à la vue de la foule chré­tienne pros­ter­née, et des­si­nant avec lui le signe de la croix, demande au Père céleste de vou­loir bien jeter avec bien­veillance les yeux sur son Fils cru­ci­fié par amour pour nous, et à cause de lui, qui vou­lut être notre Rédempteur et notre Frère, et par média­tion, de répandre ses dons célestes sur les hommes rache­tés par le sang de l’Agneau imma­cu­lé [125].

Faites donc en sorte, Vénérables Frères, avec le grand zèle qui vous est cou­tu­mier, que les temples édi­fiés par la foi et la pié­té des géné­ra­tions chré­tiennes au cours des siècles, comme un hymne éter­nel de gloire au Dieu tout-​puissant et comme une digne demeure de Notre-​Seigneur caché sous les espèces eucha­ris­tiques, s’ouvrent lar­ge­ment à des foules de plus en plus nom­breuses, pour que celles-​ci, recueillies aux pieds de notre Sauveur, écoutent sa très douce invi­ta­tion : « Venez à moi vous tous qui pei­nez et qui êtes acca­blés et je refe­rai vos forces » [126]. Que les églises soient, en véri­té, la mai­son de Dieu dans laquelle qui­conque entre, pour deman­der des faveurs, se réjouisse d’avoir tout obte­nu [127] et reçoive la conso­la­tion céleste.

Ainsi seule­ment pourra-​t-​il arri­ver que toute la famille des hommes, les choses étant enfin ren­trées dans l’ordre, trouve la paix et chante d’un cœur et d’un esprit una­nimes ce can­tique d’espérance et de cha­ri­té : « Bon Pasteur, Pain véri­table – Jésus, aie pitié de nous – nourris-​nous, protège-​nous – fais-​nous voir les vrais biens – dans la terre des vivants » [128].

III – L’Office divin et l’année litrugique

I. L’Office Divin…

La forme idéale et essen­tielle de la vie chré­tienne consiste pour cha­cun à se tenir uni étroi­te­ment et constam­ment à Dieu. C’est pour­quoi le culte, que l’Église rend à l’Éternel, et qui est basé sur­tout sur le sacri­fice eucha­ris­tique et l’usage des sacre­ments, est orga­ni­sé et dis­po­sé de telle manière que, grâce à l’office divin, il s’étend aux heures du jour, aux semaines, à tout le cours de l’année, à toutes les sai­sons et aux diverses condi­tions de la vie humaine.

Connaissant le pré­cepte du divin Maître : « Il faut prier tou­jours sans jamais se las­ser » [129], l’Église s’est fidè­le­ment confor­mée à cette invi­ta­tion. Aussi ne cesse-​t-​elle jamais de prier, et elle nous exhorte à faire de même en se ser­vant de ces paroles de l’Apôtre : « Par lui, Jésus, offrons sans cesse à Dieu une hos­tie de louange » [130].

La prière publique et col­lec­tive, s’élevant vers Dieu de la part de tous en même temps, n’avait lieu, dans la plus ancienne anti­qui­té, qu’à des jours et à des heures déter­mi­nés. Cependant, on lui adres­sait aus­si des sup­pli­ca­tions, non seule­ment par groupes, mais aus­si dans les demeures pri­vées et par­fois même avec le concours de voi­sins et d’amis. Assez vite, cepen­dant, la cou­tume s’établit, dans les diverses par­ties du monde, de réser­ver à la prière des moments par­ti­cu­liers, par exemple, la der­nière heure du jour, quand vient le cré­pus­cule et qu’on allume les lampes ; la pre­mière aus­si, quand la nuit touche à sa fin, après le chant du coq, au lever du soleil. D’autres moments de la jour­née se trouvent men­tion­nés dans la Sainte Écriture comme plus propres à la prière, soit d’après les tra­di­tions juives, soit confor­mé­ment à l’usage de tous les jours. D’après les Actes des apôtres, les dis­ciples de Jésus-​Christ étaient réunis pour prier tous ensemble à la troi­sième heure, lorsqu’ils « furent rem­plis du Saint-​Esprit » [131] ; le Prince des apôtres, avant de prendre son repas « mon­ta sur la ter­rasse pour prier vers la sixième heure » [132] ; Pierre et Jean « mon­tèrent au Temple à la neu­vième heure pour prier » [133], et c’est « à minuit que Paul et Silas priaient pour louer Dieu » [134].

Ces diverses prières, grâce sur­tout à l’initiative et à la pra­tique des moines et des ascètes en géné­ral, se per­fec­tion­nèrent davan­tage dans la suite des temps et, peu à peu, l’Église les intro­dui­sit dans l’usage de la litur­gie sacrée.

… est la prière conti­nuelle de l’Église

Ce qu’on appelle l’« office divin » est donc la prière du Corps mys­tique du Christ adres­sée à Dieu, au nom et pour l’avantage de tous les chré­tiens, par les prêtres et les autres ministres de l’Église ain­si que par les reli­gieux délé­gués par elle à cet effet.

Ce que doit être le carac­tère et la valeur de la louange ain­si ren­due à Dieu se découvre dans la parole que l’Église nous sug­gère avant de com­men­cer la prière des diverses heures, en nous pres­cri­vant de les réci­ter « digne­ment, avec atten­tion et dévotion ».

Le Verbe de Dieu, en pre­nant la nature humaine, impor­ta lui-​même dans cette terre d’exil l’hymne qui, de tout temps, se chante dans les demeures célestes. Unissant à lui l’ensemble de la com­mu­nau­té humaine, il se l’associe dans ce can­tique de louange. Nous devons le recon­naître hum­ble­ment, « ce que nous devons deman­der dans nos prières, nous ne le savons pas ; mais l’esprit lui-​même demande pour nous par des gémis­se­ments inef­fables » [135]. Le Christ lui aus­si, par son esprit, sup­plie le Père en nous. « Dieu ne pour­rait pas accor­der de plus grand bien­fait aux hommes… (Jésus) prie pour nous comme étant notre prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu… Reconnaissons donc nos voix en lui et sa voix en nous… Il reçoit nos prières dans la forme de Dieu ; il prie dans la forme de ser­vi­teur ; créa­teur dans l’une, créé dans l’autre, il fait sienne, sans chan­ger, la nature à chan­ger, et de nous avec lui il fait un homme, la tête et le corps » [136].

La dévo­tion, inté­rieure y est requise

A cette haute digni­té de la prière de l’Église il faut que cor­res­pondent l’attention et la pié­té de notre âme. Et puisque la voix de celui qui prie redit les chants com­po­sés sous l’inspiration du Saint-​Esprit, où se trouve expri­mée et mise en relief la sou­ve­raine gran­deur de Dieu, il faut que le mou­ve­ment inté­rieur de notre esprit l’accompagne, en sorte que nous fas­sions nôtres ces mêmes sen­ti­ments, qui nous élè­ve­ront vers le ciel, et par les­quels nous ado­re­rons la sainte Trinité en lui adres­sant les louanges et actions de grâces qui lui sont dues. « Quand nous psal­mo­dions, soyons tels que notre esprit s’accorde avec notre voix » [137]. Il ne s’agit donc pas uni­que­ment d’une réci­ta­tion ou d’un chant qui, mal­gré la per­fec­tion due à sa confor­mi­té aux règles de l’art musi­cal et des rites sacrés, tou­che­rait uni­que­ment les oreilles ; ce dont il s’agit, c’est avant tout l’élévation de notre esprit et de notre âme vers Dieu afin de lui consa­crer plei­ne­ment, en union avec Jésus-​Christ, nos per­sonnes et toutes nos actions.

Voilà cer­tai­ne­ment d’où dépend pour une grande par­tie l’efficacité de nos sup­pli­ca­tions. Sans doute ne s’adressent-elles pas au Verbe même en tant que fait homme, mais elles se ter­minent par les paroles « par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ », et lui, comme conci­lia­teur entre nous et Dieu, mon­trant ses glo­rieux stig­mates au Père céleste, reste « tou­jours vivant pour inter­pel­ler en notre faveur » [138].

Merveilleux conte­nu du psautier

Les psaumes, tout le monde le sait, consti­tuent la par­tie prin­ci­pale de « l’office divin ». Ce sont eux qui, embras­sant tout le cours de la jour­née, la sanc­ti­fient et l’embellissent. Comme le dit Cassiodore en par­lant du psau­tier tel qu’il était dis­tri­bué de son temps dans l’office divin, « les psaumes rendent favo­rable le jour qui vient par la joie du matin ; ils sanc­ti­fient pour nous la pre­mière heure du jour ; ils consacrent pour nous la troi­sième heure ; ils sont la joie de la sixième dans la frac­tion du pain ; à none, ils rompent notre jeûne ; ils concluent les der­niers ins­tants du jour et, quand la nuit arrive, ils empêchent les ténèbres d’envahir notre esprit » [139].

Ils rap­pellent à l’esprit les véri­tés divi­ne­ment révé­lées au peuple élu, ter­ri­fiantes par­fois, mais res­pi­rant par­fois une très douce sua­vi­té. Ils réveillent et animent l’espérance du Libérateur pro­mis, qu’on entre­te­nait jadis en les chan­tant, soit au foyer fami­lial soit dans la majes­té du temple. De même mettent-​ils en lumière la gloire du Christ, qu’ils annon­çaient d’avance, sa sou­ve­raine et éter­nelle puis­sance, sa venue ensuite et son abais­se­ment dans l’exil ter­restre, sa digni­té de roi et son pou­voir de prêtre, le bien­fait enfin de ses tra­vaux et le sang qu’il répan­drait pour notre rédemp­tion. De même expriment-​ils la joie de nos âmes, nos peines, notre espé­rance, notre crainte, notre confiance en Dieu et notre volon­té de lui rendre amour pour amour, ain­si que notre ascen­sion mys­tique vers les taber­nacles éternels.

« Le psaume… est la béné­dic­tion du peuple, la louange de Dieu, l’acclamation du peuple, l’applaudissement de tous, le dis­cours uni­ver­sel, la voix de l’Église, la confes­sion de foi reten­tis­sante, la dévo­tion pleine d’autorité, la joie de la liber­té, l’expression du conten­te­ment, l’écho de la féli­ci­té » [140].

La par­ti­ci­pa­tion des fidèles aux vêpres du dimanche

Jadis les fidèles pre­naient part plus nom­breux à ces heures de prière ; mais, peu à peu, cet usage s’est per­du et, comme Nous venons de le dire, la réci­ta­tion des heures n’incombe plus qu’au cler­gé et aux reli­gieux. En cette matière, il n’y a donc rien de pres­crit pour les laïques ; cepen­dant, il est extrê­me­ment sou­hai­table qu’en les réci­tant ou en les chan­tant, ils s’associent, de fait, cha­cun dans leur paroisse, aux prières qui y ont lieu dans la soi­rée. Nous vous exhor­tons vive­ment, Vénérables Frères, vous et vos fidèles, à ne pas lais­ser se perdre cette habi­tude et là où elle s’est per­due, à la réta­blir autant que pos­sible. On y arri­ve­ra très fruc­tueu­se­ment si, non content d’apporter à la célé­bra­tion des vêpres la digni­té et l’éclat qui leur conviennent, on cherche les divers moyens d’y inté­res­ser la pié­té des fidèles.

Que les jours de fête soient fidè­le­ment obser­vés : ils doivent être des­ti­nés et consa­crés à Dieu d’une façon par­ti­cu­lière, le jour du dimanche sur­tout, que les apôtres, ins­truits par le Saint-​Esprit, sub­sti­tuèrent au sab­bat. Il avait été dit aux juifs : « Vous tra­vaille­rez six jours ; le sep­tième jour, c’est le sab­bat, repos consa­cré au Seigneur ; qui­conque tra­vaille­ra ce jour-​là, mour­ra » [141]. Comment donc n’auraient-ils pas à craindre la mort spi­ri­tuelle les chré­tiens qui, les jours de fête, se livre­raient aux œuvres ser­viles et qui pro­fi­te­raient de ces jours de repos pour s’abandonner sans rete­nue aux entraî­ne­ments de ce monde au lieu de s’appliquer à la pié­té et à la religion ?

C’est donc aux choses divines par les­quelles on honore Dieu et l’on donne à l’âme une nour­ri­ture céleste que doivent être consa­crés le dimanche et les autres jours de fête. L’Église, il est vrai, ne pres­crit aux fidèles que l’abstention du tra­vail ser­vile et l’assistance au sacri­fice de la messe ; elle ne donne aucun pré­cepte pour l’office du soir ; mais elle ne l’en recom­mande pas moins avec insis­tance et elle ne l’en désire pas moins. Au reste, il s’impose encore, par ailleurs, en ver­tu du besoin et du devoir com­mun à tous et à cha­cun de se rendre Dieu pro­pice pour obte­nir ses bienfaits.

Grande est la dou­leur qui rem­plit Notre âme à voir la manière dont, de nos jours, le peuple chré­tien passe son après-​midi les jours de fête. On rem­plit les lieux de spec­tacles et d’amusements publics, bien loin de se rendre comme il convien­drait aux édi­fices reli­gieux. Tous, au contraire, doivent venir à nos églises pour s’y entendre ensei­gner la véri­té de la foi catho­lique, pour y chan­ter les louanges de Dieu, pour y rece­voir du prêtre la béné­dic­tion eucha­ris­tique et y être récon­for­tés contre les adver­si­tés de cette vie par le secours du ciel. Qu’ils s’appliquent autant qu’ils le peuvent à rete­nir ces for­mules qui se chantent aux prières du soir et qu’ils se pénètrent l’âme de leur signi­fi­ca­tion. Sous l’action et l’impulsion de ces paroles, ils éprou­ve­ront ce que saint Augustin dit de lui-​même : « Que de larmes j’ai ver­sées aux hymnes et aux can­tiques ; les doux accents des paroles de votre Église m’émouvaient pro­fon­dé­ment. Ces paroles péné­traient par mes oreilles et en véri­té s’écoulaient dans mon cœur ; la fer­veur de leurs sen­ti­ments m’embrasait, et mes larmes cou­laient, et je me trou­vais bien » [142]

II. Le cycle des mystères dans l’années liturgique

Tout le long de l’année, la célé­bra­tion du sacri­fice eucha­ris­tique et les prières des heures se déroulent prin­ci­pa­le­ment autour de la per­sonne de Jésus-​Christ ; elles sont si har­mo­nieu­se­ment et si conve­na­ble­ment dis­po­sées que notre Sauveur, avec les mys­tères de son abais­se­ment, de sa rédemp­tion et de son triomphe, y occupe la pre­mière place

En com­mé­mo­rant ain­si les mys­tères de Jésus-​Christ, la litur­gie sacrée se pro­pose d’y faire par­ti­ci­per tous les croyants en sorte que le divin Chef du Corps mys­tique vive en cha­cun de ses membres avec toute la per­fec­tion de sa sain­te­té. Que les âmes des chré­tiens soient comme des autels, sur les­quels les diverses phases du sacri­fice qu’offre le Grand Prêtre revivent en quelque sorte les unes après les autres : les dou­leurs et les larmes qui effacent et expient les péchés ; la prière adres­sée à Dieu, qui s’élève jusqu’au ciel ; la consé­cra­tion et comme l’immolation de soi-​même faite d’un cœur empres­sé, géné­reux et ardent ; l’union très intime enfin par laquelle, nous aban­don­nant à Dieu, nous et tout ce qui nous appar­tient, nous trou­vons en lui notre repos ; « le tout de la reli­gion, en effet, étant d’imiter celui à qui l’on adresse son culte » [143].

La signi­fi­ca­tion des temps liturgiques

Grâce à ces arran­ge­ments et à ces dis­po­si­tions de la litur­gie qui lui per­mettent de pro­po­ser à notre médi­ta­tion, à époques déter­mi­nées, la vie de Jésus-​Christ, l’Église nous met sous les yeux les exemples que nous avons à imi­ter ; elle nous indique les tré­sors de sain­te­té que nous pou­vons nous appro­prier, car ce qu’on chante des lèvres, il faut le croire en son esprit, et ce que l’esprit croit doit pas­ser dans les habi­tudes de la vie pri­vée et publique.

Avent. – Au saint temps de l’Avent, donc, elle réveille en nous la conscience des péchés que nous avons eu le mal­heur de com­mettre ; elle nous exhorte à réfré­ner nos convoi­tises et à châ­tier nous-​mêmes notre corps, afin de nous res­sai­sir nous-​mêmes en une pieuse médi­ta­tion et de nous aban­don­ner à l’ardent désir de reve­nir au Dieu qui seul, par sa grâce, peut nous déli­vrer des fautes com­mises et des maux qui en sont la funeste conséquence.

Noël. – Quand revient le jour de la nais­sance du Rédempteur, elle semble nous rame­ner à la grotte de Bethléem, afin que nous y appre­nions la néces­si­té abso­lue de renaître et de nous réfor­mer à fond, ce qui s’obtient uni­que­ment lorsque nous nous unis­sons d’une union intime et vitale au Verbe de Dieu fait homme et que nous deve­nons par­ti­ci­pants de sa nature divine à laquelle nous sommes élevés.

Épiphanie. – Par les solen­ni­tés de l’Épiphanie, elle rap­pelle la voca­tion des Gentils à la foi chré­tienne, et son inten­tion par là est que nous ren­dions grâces tous les jours à l’Éternel de ce grand bien­fait ; que nous recher­chions avec une foi agis­sante le Dieu vivant et vrai ; que nous nous appli­quions à acqué­rir une intel­li­gence pieuse et pro­fonde des réa­li­tés sur­na­tu­relles, et que nous nous plai­sions au silence ain­si qu’à la médi­ta­tion, qui per­mettent de contem­pler plus faci­le­ment et de rece­voir les dons célestes.

Septuagésime. – A la Septuagésime et pen­dant le carême, Notre Mère l’Église insiste sans se las­ser pour que nous consi­dé­rions cha­cun nos misères, que nous nous appli­quions à un amen­de­ment effec­tif, en par­ti­cu­lier, que nous détes­tions nos péchés et que nous les effa­cions par nos prières et nos péni­tences : c’est, en effet, par la prière assi­due et le regret des fautes com­mises que nous obte­nons le secours d’en-haut sans lequel il n’est aucun de nos efforts qui ne reste vain et stérile.

Passion. – Quand vient l’époque sainte où la litur­gie nous met sous les yeux les cruelles souf­frances de Jésus-​Christ, l’Église nous invite au cal­vaire pour que nous mar­chions sur les traces du divin Rédempteur, que nous accep­tions de por­ter la croix avec lui, que nous repro­dui­sions en notre âme ses sen­ti­ments d’expiation et de satis­fac­tion, et que tous ensemble nous mou­rions avec lui.

Pâques. – Avec les solen­ni­tés pas­cales qui com­mé­morent le triomphe du Christ, notre âme est péné­trée d’une joie intime ; il nous convient alors de nous sou­ve­nir qu’unis au Rédempteur nous avons nous aus­si à res­sus­ci­ter d’une vie froide et inerte à une vie plus fer­vente et plus sainte, en nous don­nant plei­ne­ment et géné­reu­se­ment à Dieu et en oubliant cette terre de misère pour aspi­rer uni­que­ment au ciel : « Si vous êtes res­sus­ci­tés avec le Christ, cher­chez les choses d’en-haut… pre­nez goût aux choses d’en-haut » [144].

Pentecôte. – Arrive enfin le temps de la Pentecôte. L’Église alors, par ses pré­ceptes et par ses efforts nous exhorte à nous rendre dociles à l’action du Saint-​Esprit. Lui, de son côté, allume dans nos âmes le feu de la divine cha­ri­té, afin que, pro­gres­sant tous les jours avec plus d’ardeur dans la ver­tu, nous deve­nions saints comme le sont le Christ Notre-​Seigneur et son Père qui est dans le ciel.

Le Christ revit dans l’Église durant l’année liturgique

Dans l’année litur­gique, par consé­quent, il faut voir comme un hymne de louanges magni­fique que la famille des chré­tiens, par Jésus, son per­pé­tuel conci­lia­teur, fait mon­ter vers le Père céleste, mais cet hymne demande aus­si de nous un effort atten­tif et sou­te­nu pour que nous arri­vions tous les jours à mieux connaître et à mieux louer notre Rédempteur. De même requiert-​il que nous nous appli­quions et que nous nous exer­cions sans nous las­ser à imi­ter ses mys­tères, à nous enga­ger volon­tai­re­ment dans la voie de ses dou­leurs, afin de par­ti­ci­per un jour à sa gloire et à son éter­nelle béatitude.

Erreurs d’auteurs modernes

Des ensei­gne­ments que Nous avons don­nés jusqu’ici, il résulte à l’évidence, Vénérables Frères, com­bien se méprennent sur la vraie et authen­tique nature de la litur­gie les écri­vains de notre temps qui, séduits par les appa­rences d’une mys­tique plus éle­vée, osent affir­mer qu’il n’y a pas à s’occuper du Christ his­to­rique, mais du Christ « pneu­ma­tique ou glo­ri­fié ». De même n’hésitent-ils pas à affir­mer que dans la pié­té telle qu’elle est pra­ti­quée par les fidèles, il se serait pro­duit, à l’endroit du Christ, un chan­ge­ment qui l’aurait des­cen­du de son trône : on aurait voi­lé le Christ glo­ri­fié, qui vit et règne dans les siècles des siècles assis à la droite de son Père, pour mettre à sa place le Christ qui a vécu sur cette terre. Aussi quelques-​uns vont-​ils jusqu’à deman­der qu’on sup­prime dans les édi­fices sacrés les images du Christ souf­frant sur la croix.

Or, ces idées fausses sont en oppo­si­tion com­plète avec la doc­trine sacrée que nous ont trans­mise les Pères. » Croyez au Christ né dans la chair, dit saint Augustin, et vous arri­ve­rez au Christ né de Dieu, Dieu en Dieu » [145]. La sainte litur­gie nous met sous les yeux le Christ tout entier et dans toutes les condi­tions de sa vie, c’est-à-dire, celui qui est le Verbe du Père éter­nel, qui naît de la Vierge Mère de Dieu, qui nous enseigne la véri­té, qui gué­rit les malades, qui console les affli­gés, qui endure les dou­leurs, qui meurt et qui, ensuite, triom­phant de la mort, res­sus­ci­té, qui régnant dans la gloire du ciel répand sur nous l’Esprit Saint, qui vit per­pé­tuel­le­ment dans son Église ; « Jésus-​Christ hier et aujourd’hui, lui-​même à jamais » [146].

De plus, elle ne nous le pro­pose pas seule­ment à imi­ter ; elle nous montre aus­si en lui le Maître auquel nous avons à prê­ter une oreille atten­tive, le Pasteur qu’il nous faut suivre, l’Auteur de notre salut, le Principe de notre sain­te­té, le Corps mys­tique dont nous sommes les membres jouis­sants de sa vie.

Mais, comme les cruels tour­ments qu’il a endu­rés consti­tuent le prin­ci­pal mys­tère d’où vient notre salut, il convient à la foi catho­lique de les mettre le plus pos­sible en lumière. En lui se trouve comme le centre du culte divin, car le sacri­fice eucha­ris­tique le repré­sente et le renou­velle tous les jours, et tous les sacre­ments se trouvent rat­ta­chés à lui par un lien très réel [147].

Ainsi l’année litur­gique, qu’alimente et accom­pagne la pié­té de l’Église, n’est-elle pas une repré­sen­ta­tion froide et sans vie d’événements appar­te­nant à des temps écou­lés ; elle n’est pas un simple et pur rap­pel de choses d’une époque révo­lue. Elle est plu­tôt le Christ lui-​même, qui per­sé­vère dans son Église et qui conti­nue à par­cou­rir la car­rière de son immense misé­ri­corde, il la com­men­ça sans doute dans sa vie mor­telle, alors qu’il pas­sait en fai­sant le bien [148], dans le misé­ri­cor­dieux des­sein de mettre les hommes en contact avec ses mys­tères et par eux leur assu­rer la vie. Or, ces mys­tères, ce n’est pas de la manière incer­taine et assez obs­cure dont parlent cer­tains écri­vains récents qu’ils res­tent constam­ment pré­sents et qu’ils opèrent ; d’après les doc­teurs de l’Église, en effet, ils sont d’excellents modèles pour la per­fec­tion chré­tienne. A cause des mérites et des prières du Christ, ils sont la source de la divine grâce ; ils se pro­longent en nous par leurs effets, étant don­né que cha­cun, sui­vant sa propre nature, demeure à sa manière la cause de notre salut.

Il faut ajou­ter que notre sainte Mère l’Église, lorsqu’elle nous pro­pose de contem­pler les mys­tères de notre Rédempteur, demande par sa propre prière les dons célestes grâce aux­quels, par la ver­tu du Christ avant tout, ses enfants se pénètrent de leur esprit. Grâce à l’inspiration et à la ver­tu du Christ, par l’activité de notre volon­té, nous pou­vons rece­voir en nous la force vitale à la manière dont la reçoivent les branches d’un arbre ou les membres d’un corps. De même, pouvons-​nous nous trans­for­mer peu à peu, à force de labeur, « jusqu’à la mesure de l’âge de la plé­ni­tude du Christ » [149].

III. Les fêtes des saints

Dans le cours de l’année litur­gique, ce ne sont pas seule­ment les mys­tères de Jésus-​Christ, ce sont aus­si les fêtes des saints du ciel qui sont célé­brées. Par ces fêtes, l’Église pour­suit tou­jours, quoique dans un ordre infé­rieur et subor­don­né, le même but : pro­po­ser aux fidèles des modèles de sain­te­té, sous l’impulsion des­quels ils se revêtent des ver­tus du divin Rédempteur.

Ils nous sont pro­po­sés comme des exemples…

Nous devons être, en effet, les imi­ta­teurs des saints du ciel, dans la ver­tu des­quels res­plen­dit à des degrés divers la ver­tu même de Jésus-​Christ, comme ils furent eux-​mêmes ses imi­ta­teurs. Dans les uns a brillé le zèle apos­to­lique, dans les autres, la force de nos héros pous­sée jusqu’à l’effusion du sang. Chez cer­tains, se remarque une constance inin­ter­rom­pue à attendre le Rédempteur ; chez d’autres, une pure­té d’âme vir­gi­nale et la modes­tie suave de l’humilité chré­tienne. Tous brû­lèrent d’une très ardente cha­ri­té envers Dieu et envers le prochain.

Toutes ces gloires de la sain­te­té, la sainte litur­gie nous les met sous les yeux afin que nous les contem­plions avec fruit et que « nous réjouis­sant de leurs mérites nous soyons entraî­nés par leurs exemples » [150]. Il faut, par consé­quent, conser­ver « l’innocence dans la sim­pli­ci­té, la concorde dans la cha­ri­té, la modes­tie dans l’humilité, le soin dans l’administration, l’attention à sou­la­ger ceux qui peinent, la misé­ri­corde dans le secours aux pauvres, la fer­me­té dans la défense de la véri­té, la jus­tice dans le main­tien sévère de la dis­ci­pline, de sorte qu’il ne nous manque rien des bonnes œuvres pro­po­sées à notre imi­ta­tion. Ce sont là les traces que les saints, dans leur retour à la patrie, nous ont lais­sées, afin que, nous atta­chant à leurs pas nous par­ve­nions aus­si à leurs joies » [151]. Or, pour que nos sens eux-​mêmes soient salu­tai­re­ment impres­sion­nés, l’Église a vou­lu qu’on expo­sât dans nos temples les images des saints du ciel, mais tou­jours dans le même des­sein, afin que « nous imi­tions les ver­tus de ceux dont nous hono­rons les images » [152].

… et comme nos intercesseurs

Il y a encore un autre but au culte que le peuple fidèle rend aux saints du ciel : c’est celui d’implorer leurs secours, en sorte que « nous com­plai­sant à les louer, nous trou­vions aus­si un secours dans leur patro­nage » [153]. On s’explique par là, aisé­ment, les nom­breuses for­mules de prière que nous pro­pose la sainte litur­gie pour implo­rer le secours des saints.

Culte pré­émi­nent envers la très Sainte Vierge

Parmi les saints du ciel, la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’objet d’un culte plus rele­vé. Sa vie, en effet, de par la mis­sion qu’elle a reçue de Dieu, est étroi­te­ment liée aux mys­tères du Christ, et per­sonne, assu­ré­ment, n’a sui­vi de plus près et plus effec­ti­ve­ment qu’elle les traces du Verbe incar­né ; per­sonne ne jouit d’une plus grande faveur et d’une plus grande puis­sance qu’elle auprès du très Sacré Cœur du Fils de Dieu, et par lui, auprès du Père céleste. Plus sainte que les ché­ru­bins et les séra­phins, elle jouit d’une gloire supé­rieure à celle de tous les autres saints, parce qu’elle est « pleine de grâce » [154] et Mère de Dieu et nous a, par son heu­reuse mater­ni­té, don­né le Rédempteur. Puisqu’elle est « Mère de misé­ri­corde, notre vie, notre dou­ceur et notre espé­rance », crions vers elle nous qui « gémis­sons et pleu­rons dans cette val­lée de larmes » [155], et mettons-​nous avec confiance sous son patro­nage, nous et tout ce qui nous concerne. Elle est deve­nue notre Mère au moment où le divin Rédempteur accom­plis­sait le sacri­fice de lui-​même, en sorte que voi­là encore un titre auquel nous sommes ses enfants. Toutes les ver­tus, elle nous les enseigne. Elle nous donne son Fils et, avec lui, elle nous donne tous les secours dont nous avons besoin, car Dieu « a vou­lu que nous ayons tout par Marie » [156].

Tel est le che­min litur­gique qui s’ouvre à nou­veau devant nous tous les ans, et que s’applique à nous faire par­cou­rir l’Église, ouvrière de sain­te­té. Aidés des secours et for­ti­fiés par les exemples des saints du ciel et, en par­ti­cu­lier, de l’Immaculée Vierge Marie, sui­vons ce che­min et « dans la plé­ni­tude de la foi, le cœur puri­fié des souillures d’une mau­vaise conscience et le corps lavé dans une eau pure, avec un cœur sin­cère, approchons-​nous » [157] du « Grand Prêtre » [158], afin de vivre avec lui et de nous trou­ver d’accord avec lui, de manière à pou­voir péné­trer avec lui « jusqu’à l’intérieur du voile » [159] et y hono­rer pen­dant toute l’éternité le Père céleste.

Telle est la nature et la rai­son d’être de la litur­gie. Elle a pour objet le sacri­fice, les sacre­ments et les louanges à rendre à Dieu. Il lui appar­tient de même d’unir nos âmes au Christ et de leur faire acqué­rir la sain­te­té par le divin Rédempteur afin que gloire soit ren­due au Christ, et par lui et en lui, à la très sainte Trinité. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.

IV – Directives pastorales

I. Les autres formes de piété non strictement liturgiques sont vivement recommandées

Afin d’écarter plus aisé­ment de l’Église les erreurs et les exa­gé­ra­tions de la véri­té, dont Nous avons par­lé ci-​dessus, et afin de per­mettre aux fidèles de s’adonner très fruc­tueu­se­ment, en sui­vant des règles très sûres, à l’apostolat litur­gique, Nous esti­mons oppor­tun, Vénérables Frères, d’ajouter quelque chose ayant trait à la mise en pra­tique de la doc­trine exposée.

Traitant de l’authentique et sin­cère pié­té, Nous avons affir­mé qu’entre la litur­gie et les autres dévo­tions – pour­vu que celles-​ci soient bien équi­li­brées et se pro­posent une juste fin – il ne peut exis­ter de véri­table oppo­si­tion ; tout au contraire, l’Église recom­mande très vive­ment au cler­gé et aux reli­gieux un cer­tain nombre de pieux exercices.

Nous vou­lons, à pré­sent, que même le peuple chré­tien ne soit pas exclu de ces der­niers. Ce sont, pour ne par­ler que des prin­ci­paux, la médi­ta­tion des choses spi­ri­tuelles, l’examen de conscience atten­tif, per­met­tant de se mieux connaître, les retraites fer­mées, ins­ti­tuées pour réflé­chir plus pro­fon­dé­ment sur les véri­tés éter­nelles, les fer­ventes visites au Saint Sacrement et ces spé­ciales prières ou sup­pli­ca­tions en l’honneur de la bien­heu­reuse Vierge Marie, entre les­quelles excelle, comme cha­cun sait, le Rosaire [160].

L’action du Saint-​Esprit n’y est pas étrangère

A ces mul­tiples formes de pié­té ne peuvent être étran­gères l’inspiration et l’action du Saint-​Esprit ; elles tendent toutes, en effet, bien que de diverses manières, à conver­tir les âmes et à les mener à Dieu à les puri­fier de leurs péchés ; à leur faire acqué­rir la ver­tu, d’un mot, à sti­mu­ler en elles la véri­table pié­té, par le fait qu’elles les habi­tuent à médi­ter les véri­tés éter­nelles et les rendent plus aptes à contem­pler les mys­tères de la nature humaine et divine du Christ. De plus, en nour­ris­sant inten­sé­ment chez les fidèles la vie spi­ri­tuelle, ces pra­tiques les dis­posent à par­ti­ci­per aux fonc­tions sacrées avec un plus grand fruit et écartent le dan­ger que les prières litur­giques ne se réduisent à un vain formalisme.

Erreurs dont il faut pré­ser­ver les fidèles

Ne ces­sez donc pas, Vénérables Frères, dans votre zèle pas­to­ral de recom­man­der et d’encourager ces exer­cices de pié­té, des­quels, sans nul doute, ne pour­ront man­quer de déri­ver, pour le peuple qui vous est confié, des fruits salu­taires. Surtout, ne per­met­tez pas – comme d’aucuns l’admettent, soit sous pré­texte d’un renou­vel­le­ment de la litur­gie, soit en par­lant avec légè­re­té d’une effi­ca­ci­té et d’une digni­té exclu­sive des rites litur­giques – que les églises soient fer­mées durant le temps qui n’est pas consa­cré aux fonc­tions publiques, comme cela se fait déjà en cer­taines régions ; que l’adoration de l’auguste sacre­ment et les pieuses visites aux taber­nacles eucha­ris­tiques soient négli­gées ; que soit décon­seillée la confes­sion des fautes faite dans le seul but de la dévo­tion ; que le culte de la Vierge Mère de Dieu qui, de l’aveu des saints, est un signe de pré­des­ti­na­tion, soit sous-​estimé, spé­cia­le­ment chez les jeunes, au point de s’éteindre et de s’alanguir peu à peu. Ces façons d’agir sont des fruits empoi­son­nés, exces­si­ve­ment nocifs à la pié­té chré­tienne et qui croissent sur les branches pour­ries d’un arbre sain ; il faut donc cou­per celles-​ci pour que la sève de l’arbre puisse nour­rir seule­ment des fruits suaves et excellents.

La confes­sion sacramentelle

Mais, comme les opi­nions que pro­fessent cer­tains au sujet de la fré­quente confes­sion des péchés, ne sont pas du tout conformes à l’esprit du Christ et de son Épouse imma­cu­lée, mais véri­ta­ble­ment funestes à la vie spi­ri­tuelle, Nous rap­pe­lons ce que Nous avons écrit avec dou­leur, sur ce sujet, dans l’encyclique Mystici Corporis, et Nous insis­tons de nou­veau pour que vous rap­pe­liez à la sérieuse médi­ta­tion et à la docile obser­va­tion de vos fidèles, et spé­cia­le­ment des can­di­dats au sacer­doce et du jeune cler­gé, les très graves paroles dont nous nous sommes ser­vi en cet endroit.

Les exer­cices et retraites spirituels

Efforcez-​vous, d’une façon par­ti­cu­lière, ensuite, d’obtenir que le plus grand nombre pos­sible, non seule­ment de clercs, mais aus­si de laïques, et spé­cia­le­ment ceux qui font par­tie des confré­ries reli­gieuses et des grou­pe­ments d’Action catho­lique, prennent part aux récol­lec­tions men­suelles et aux exer­cices spi­ri­tuels, orga­ni­sés à des dates déter­mi­nées, dans le but d’intensifier leur pié­té. Comme Nous l’avons dit ci-​dessus, ces exer­cices spi­ri­tuels sont très utiles, plus que cela, néces­saires pour infu­ser aux âmes la pié­té authen­tique et pour les for­mer à la sain­te­té des mœurs, de façon qu’elles puissent tirer de la sainte litur­gie des bien­faits plus effi­caces et abondants.

Quant aux modes variés selon les­quels s’effectuent habi­tuel­le­ment ces exer­cices, qu’il soit bien enten­du et bien clair pour tous que dans l’Église de la terre, comme dans celle du ciel, il y a « beau­coup de demeures » [161] ; et que l’ascétisme ne peut être le mono­pole de per­sonne. Un est l’Esprit qui, cepen­dant, « souffle où il veut » [162], et qui, avec des dons divers et par des voies diverses, dirige les âmes qu’il illu­mine dans la pour­suite de la sain­te­té. Que leur liber­té et l’action sur­na­tu­relle du Saint-​Esprit en elles soit une chose sacro-​sainte, qu’il n’est per­mis à per­sonne, à aucun titre, de trou­bler et de mépri­ser. Il est notoire, tou­te­fois, que les exer­cices spi­ri­tuels de saint Ignace furent plei­ne­ment approu­vés et ins­tam­ment recom­man­dés par Nos pré­dé­ces­seurs pour leur admi­rable effi­ca­ci­té, et Nous aus­si, pour la même rai­son, les avons approu­vés et recom­man­dés, comme encore à pré­sent Nous les approu­vons et recom­man­dons bien volontiers.

Il est abso­lu­ment néces­saire, tou­te­fois, que l’inspiration à suivre et à pra­ti­quer des exer­cices déter­mi­nés de pié­té vienne du Père des lumières, source des meilleures choses et de tout don par­fait [163] ; une preuve en sera l’efficacité avec laquelle ces exer­cices aide­ront à faire aimer et pro­gres­ser tou­jours davan­tage le culte divin et à déve­lop­per de plus en plus, chez les fidèles, le désir de par­ti­ci­per aux sacre­ments, ain­si que l’honneur et le res­pect qui sont dus à toutes les choses saintes. Si, par contre, ils devaient abou­tir à mettre obs­tacle ou se révé­laient oppo­sés aux prin­cipes et aux règles du culte divin, alors sans aucun doute on devrait les consi­dé­rer comme n’étant pas ins­pi­rés ni diri­gés par un sage conseil ou par un zèle éclairé.

Autres pra­tiques non stric­te­ment liturgiques

Il y a, en outre, d’autres pra­tiques de pié­té qui, bien que ne rele­vant pas en droit strict de la sainte litur­gie, revêtent une par­ti­cu­lière digni­té et impor­tance, au point d’être consi­dé­rées comme fai­sant par­tie, d’une cer­taine façon, de l’organisation litur­gique, et qui jouissent des appro­ba­tions et louanges réité­rées de ce Siège apos­to­lique et de l’épiscopat. De ce nombre relèvent les prières qu’on a cou­tume de faire durant le mois de mai en l’honneur de la Vierge Mère de Dieu, ou durant le mois de juin, en l’honneur du Cœur sacré de Jésus, les tri­duums et les neu­vaines, le che­min de croix et d’autres dévo­tions semblables.

Ces pieuses pra­tiques, en exci­tant le peuple chré­tien à une fré­quen­ta­tion assi­due du sacre­ment de la péni­tence et à une fer­vente par­ti­ci­pa­tion au sacri­fice eucha­ris­tique et à la sainte table, comme à la médi­ta­tion des mys­tères de notre Rédemption ou à l’imitation des grands exemples des saints, contri­buent par cela même, non sans fruits salu­taires, à nous rendre par­ti­ci­pants du culte liturgique.

C’est pour­quoi, il ferait une chose per­ni­cieuse et pleine de trom­pe­rie celui qui ose­rait, témé­rai­re­ment, assu­mer la réforme de ces exer­cices de pié­té, pour les rame­ner aux seules céré­mo­nies litur­giques. Il est néces­saire, tou­te­fois, que l’esprit de la sainte litur­gie et ses pré­ceptes influent avec pro­fit sur eux, pour évi­ter que ne s’y intro­duise quoi que ce soit d’inadapté ou de peu conforme à la digni­té de la mai­son de Dieu, ou qui soit dom­ma­geable aux fonc­tions sacrées et à la saine piété.

Veillez donc, Vénérables Frères, à ce que cette pure et authen­tique pié­té pros­père sous vos yeux et fleu­risse chaque jour davan­tage. Ne man­quez pas sur­tout d’inculquer à cha­cun que la vie chré­tienne ne consiste pas dans la mul­ti­pli­ci­té et la varié­té des prières et des exer­cices de pié­té mais consiste plu­tôt en ce que ceux-​ci contri­buent réel­le­ment au pro­grès spi­ri­tuel des fidèles et, du fait, à l’accroissement de toute l’Église. Le Père éter­nel, en effet, « nous a élus en lui (le Christ) avant la créa­tion du monde, pour être saints et sans tache en sa pré­sence » [164]. Toutes nos prières, par consé­quent, et toutes nos pra­tiques de dévo­tion doivent tendre à diri­ger nos res­sources spi­ri­tuelles vers l’obtention de cette suprême et très noble fin.

II. Esprit liturgique et apostolat liturgique

Nous vous exhor­tons, ensuite, ins­tam­ment, Vénérables Frères, une fois expo­sées les erreurs et les inexac­ti­tudes, en même temps que pro­hi­bé tout ce qui est en dehors de la véri­té et de l’ordre, à pro­mou­voir les ini­tia­tives sus­cep­tibles de don­ner au peuple une plus pro­fonde connais­sance de la sainte litur­gie, de façon qu’il puisse plus conve­na­ble­ment et plus faci­le­ment par­ti­ci­per aux rites divins, avec des dis­po­si­tions vrai­ment chrétiennes.

Obéissance aux dis­po­si­tions de l’Église

Il est néces­saire avant tout de veiller à ce que tous obéissent, avec le res­pect et la foi qui leur sont dus, aux décrets publiés par le concile de Trente, les pon­tifes romains, la Sacrée Congrégation des Rites et à tout ce que les livres litur­giques ont fixé au sujet de l’action exté­rieure du culte public.

Dans tout ce qui regarde la litur­gie, il faut que se mani­festent le plus pos­sible ces trois carac­tères, dont parle Notre pré­dé­ces­seur Pie X : le res­pect du sacré, qui rejette avec hor­reur les nou­veau­tés pro­fanes ; la tenue et la cor­rec­tion des œuvres d’art, vrai­ment dignes de ce nom ; enfin le sens de l’universel qui, tout en tenant compte des tra­di­tions et cou­tumes locales légi­times, affirme l’unité et la catho­li­ci­té de l’Église [165].

Beauté des édi­fices sacrés et des sanctuaires

Nous dési­rons et Nous recom­man­dons chau­de­ment, encore une fois, la beau­té des édi­fices sacrés et des sanc­tuaires. Que cha­cun fasse sienne cette parole ins­pi­rée : « Le zèle de ta mai­son m’a dévo­ré » [166] ; et qu’il s’ingénie de son mieux pour qu’aussi bien dans les édi­fices cultuels que dans les vête­ments et orne­ments litur­giques, sans tou­te­fois faire parade d’un luxe exces­sif, chaque chose soit adap­tée et de bon goût, comme étant consa­crée à la Majesté divine. Si, déjà, Nous avons réprou­vé, plus haut, la façon d’agir incor­recte de ceux qui, sous pré­texte de retour à l’antiquité, veulent expul­ser des temples les images sacrées, Nous pen­sons que c’est ici Notre devoir de reprendre la pié­té mal com­prise de ceux qui, dans les églises et même sur les autels, offrent sans juste motif à la véné­ra­tion des fidèles une mul­ti­tude d’images et de sta­tues ; de ceux qui exposent des reliques non authen­ti­quées : de ceux enfin qui mettent l’accent sur des pra­tiques par­ti­cu­lières et insi­gni­fiantes, au détri­ment des essen­tielles, ridi­cu­li­sant ain­si la reli­gion et dimi­nuant la digni­té du culte.

Nous vous remet­tons éga­le­ment en mémoire ce décret « sur les formes nou­velles du culte et de la dévo­tion qu’on ne doit pas intro­duire » [167], et Nous en recom­man­dons la scru­pu­leuse obser­va­tion à votre vigilance.

Le chant grégorien

Pour ce qui concerne l’art musi­cal, qu’on observe reli­gieu­se­ment dans la litur­gie les règles pré­cises et bien connues, éma­nées de ce Siège apos­to­lique. Quant au chant gré­go­rien que l’Église romaine consi­dère comme son bien par­ti­cu­lier, héri­tage d’une antique tra­di­tion que sa tutelle vigi­lante a conser­vée au cours des siècles, qu’elle pro­pose éga­le­ment aux fidèles comme leur bien propre, et qu’elle pres­crit abso­lu­ment en cer­taines par­ties de la litur­gies [168], non seule­ment il ajoute à la beau­té et à la solen­ni­té des divins mys­tères, mais il contri­bue encore au plus haut point à aug­men­ter la foi et la pié­té des assis­tants. A ce pro­pos, Nos pré­dé­ces­seurs d’immortelle mémoire, Pie X et Pie XI, ont décré­té – et Nous confir­mons volon­tiers de Notre auto­ri­té les dis­po­si­tions prises par eux – que dans les sémi­naires et dans les Instituts reli­gieux soit culti­vé avec soin et dili­gence le chant gré­go­rien et que, au moins dans les églises plus impor­tantes, soient res­tau­rées les anciennes « écoles de chant » (scholæ can­to­rum), comme cela s’est déjà fait avec suc­cès en beau­coup d’endroits [169].

Le chant populaire

Il importe, en outre, « afin que les fidèles par­ti­cipent plus acti­ve­ment au culte divin, de rendre au peuple l’usage du chant gré­go­rien pour la part qui le concerne. Il est vrai­ment urgent que les fidèles assistent aux céré­mo­nies sacrées, non comme des spec­ta­teurs muets et étran­gers, mais qu’ils soient tou­chés à fond par la beau­té de la litur­gie… qu’ils fassent alter­ner, selon les règles pres­crites, leurs voix avec la voix du prêtre et de la Schola ; si cela, grâce à Dieu, se réa­lise, alors il n’arrivera plus que le peuple ne réponde que par un léger et imper­cep­tible mur­mure aux prières com­munes dites en latin et en langue vul­gaire » [170].

La nom­breuse assis­tance qui prend part au sacri­fice de l’autel, où notre Sauveur, en union avec ses fils rache­tés de son sang, chante l’épithalame de son immense cha­ri­té, ne pour­ra cer­tai­ne­ment se taire, puisque « chan­ter est le fait de celui qui aime » [171], et que, comme le disait déjà un vieux pro­verbe, « celui qui chante bien prie deux fois ». Aussi l’Église mili­tante, c’est-à-dire le cler­gé et les fidèles assem­blés, unit-​elle sa voix aux can­tiques de l’Église triom­phante et aux chœurs angé­liques, pour éle­ver à l’unisson un hymne splen­dide et sans fin en l’honneur de la très sainte Trinité, selon ces mots (de la Préface) : « En com­pa­gnie des­quels nous te prions de faire admettre nos voix » [172].

On ne sau­rait, tou­te­fois, exclure tota­le­ment du culte catho­lique la musique et le chant modernes. Bien mieux, pour­vu qu’ils n’aient rien de pro­fane ou d’inconvenant étant don­né la sain­te­té du lieu et des offices sacrés, qu’ils ne témoignent pas non plus d’une recherche d’effets bizarres et inso­lites, il est indis­pen­sable de leur per­mettre alors l’entrée de nos églises, car ils peuvent l’un et l’autre gran­de­ment contri­buer à la magni­fi­cence des céré­mo­nies, aus­si bien qu’à l’élévation des âmes et à la vraie dévotion.

Nous vous exhor­tons encore, Vénérables Frères, à prendre soin de pro­mou­voir le chant reli­gieux popu­laire et sa par­faite exé­cu­tion, selon la digni­té conve­nable, car il est apte à sti­mu­ler et accroître la foi et la pié­té de la foule chré­tienne. Que montent vers le ciel, una­nimes, et puis­sants comme le bruit des flots de la mer [173], les accents de notre peuple, expres­sion ryth­mée et vibrante d’un seul cœur et d’une seule âme [174], ain­si qu’il convient à des frères et aux fils du même Père.

Les autres arts dans le culte liturgique

Ce que Nous venons de dire de la musique convient éga­le­ment à plu­sieurs autres arts, en par­ti­cu­lier, à l’architecture, à la sculp­ture et à la pein­ture. Les œuvres modernes, les mieux har­mo­ni­sées avec les maté­riaux ser­vant aujourd’hui à les com­po­ser, ne doivent pas être mépri­sées et reje­tées en bloc, de par­ti pris ; mais, tout en évi­tant, avec un sage esprit de mesure, d’une part les excès du « réa­lisme », et de l’autre ceux du « sym­bo­lisme », comme on les appelle, et tout en tenant compte des exi­gences de la com­mu­nau­té chré­tienne plu­tôt que du juge­ment et du goût per­son­nel des artistes, il importe extrê­me­ment de lais­ser le champ libre à l’art de notre temps, qui, sou­cieux du res­pect dû aux temples et aux rites sacrés, se met à leur ser­vice, de telle sorte que, lui aus­si, puisse unir sa voix à l’admirable can­tique chan­té, dans les siècles pas­sés, par les hommes de génie, à la gloire de la foi catho­lique. Nous ne pou­vons, cepen­dant, Nous empê­cher – c’est pour Nous un devoir de conscience – de déplo­rer et de réprou­ver ces images ou ces sta­tues intro­duites récem­ment par quelques-​uns, et qui semblent bien être une dépra­va­tion et une défor­ma­tion de l’art véri­table, en ce qu’elles répugnent par­fois ouver­te­ment à la beau­té, à la réserve et à la pié­té, par le regret­table mépris qu’elles font de l’instinctif sen­ti­ment reli­gieux, il faut abso­lu­ment ban­nir ou expul­ser ces œuvres de nos églises, ain­si qu’« en géné­ral tout ce qui n’est pas en confor­mi­té avec la sain­te­té du lieu » [175].

Dans l’esprit et la ligne des direc­tives pon­ti­fi­cales, ayez grand soin, Vénérables Frères, d’éclairer et de diri­ger l’inspiration des artistes, aux­quels sera confié à pré­sent le soin de res­tau­rer et de recons­truire tant d’églises atteintes ou détruites par les vio­lences de la guerre ; puissent-​ils et veuillent-​ils, s’inspirant de la reli­gion, trou­ver le style le plus capable de s’adapter aux exi­gences du culte ; il advien­dra de la sorte, fort heu­reu­se­ment, que les arts humains, sem­blant venir du ciel, res­plen­di­ront de lumière sereine et contri­bue­ront extrê­me­ment au pro­grès de l’humaine civi­li­sa­tion, en même temps qu’à l’honneur de Dieu et à la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes. Puisqu’en toute véri­té, les beaux-​arts s’harmonisent avec la reli­gion, dès lors qu’ils se com­portent « en très nobles ser­vi­teurs du culte divin » [176].

Importance de vivre la vie liturgique

Mais il y a quelque chose de plus impor­tant encore, Vénérables Frères, et que Nous recom­man­dons spé­cia­le­ment à votre sol­li­ci­tude et à votre zèle apos­to­lique. Tout ce qui concerne le culte reli­gieux exté­rieur a son impor­tance, mais ce qui est le plus urgent et ce qui importe au plus haut point, c’est que les chré­tiens vivent la vie de la litur­gie, en ali­mentent et for­ti­fient l’esprit.

Ayez donc grand soin que le jeune cler­gé, en même temps qu’il s’initie aux dis­ci­plines ascé­tiques, théo­lo­giques, juri­diques et pas­to­rales, soit for­mé à l’intelligence des céré­mo­nies sacrées, à la com­pré­hen­sion de leur majes­tueuse beau­té, et qu’il en apprenne dili­gem­ment les règles, appe­lées rubriques. Cela non dans un motif de pure éru­di­tion, ni afin seule­ment que le sémi­na­riste puisse, un jour, accom­plir les rites reli­gieux avec l’ordre, la bien­séance et la digni­té conve­nables, mais sur­tout pour qu’il s’adonne, dès le cours de sa for­ma­tion, à une très intime union avec le Christ-​Prêtre et devienne un saint ministre des choses saintes.

Ingéniez-​vous aus­si de toute façon pour qu’à l’aide des secours, jugés dans votre pru­dence les plus effi­caces, le cler­gé et le peuple forment un seul esprit et une seule âme ; et qu’ainsi le peuple chré­tien prenne une part active à la sainte litur­gie, qui devien­dra vrai­ment alors l’action sacrée, où le prêtre, et sur­tout le prêtre char­gé d’âmes, dans la paroisse à lui confiée, en étroite union avec l’assemblée du peuple, rend au Seigneur le culte qui lui est dû.

Les enfants de chœur au ser­vice de l’autel

Pour obte­nir plus sûre­ment ce résul­tat, il sera fort utile que, dans toutes les caté­go­ries sociales, on fasse choix d’enfants pieux et bien éle­vés qui servent assi­dû­ment à l’autel, s’y dévouant avec dés­in­té­res­se­ment et de bon cœur ; cette fonc­tion devrait être tenue en grande estime par les parents, même de condi­tion et de culture plus élevées.

Si ces jeunes gens étaient ins­truits comme il convient et entraî­nés, grâce aux soins vigi­lants du cler­gé, à rem­plir cet office, qui leur est confié, en des heures déter­mi­nées, avec per­sé­vé­rance et res­pect, cela favo­ri­se­rait l’éclosion par­mi eux de nou­velles voca­tions au sacer­doce et il n’arriverait pas que le cler­gé se lamente – comme, hélas ! même en des régions très catho­liques – de ne trou­ver per­sonne pour lui répondre et le ser­vir dans la célé­bra­tion de l’auguste sacrifice.

Zèle des pasteurs

Tâchez sur­tout d’obtenir, par votre zèle très dili­gent, que tous les fidèles assistent au sacri­fice eucha­ris­tique ; et, pour qu’ils en retirent de plus abon­dants fruits de salut, ne man­quez pas de les exhor­ter sou­vent à y par­ti­ci­per de toutes les manières cor­rectes dont Nous avons par­lé ci-​dessus. L’auguste sacri­fice de l’autel est l’acte prin­ci­pal du culte divin ; il faut donc qu’il soit la source et le centre de la pié­té chré­tienne. Et tenez pour cer­tain que vous n’aurez pas satis­fait à votre tâche apos­to­lique, aus­si long­temps que vous ne ver­rez pas vos enfants s’approcher nom­breux du ban­quet céleste, « ce sacre­ment de la pié­té, ce signe de l’unité, ce lien de la cha­ri­té » [177].

Mais pour que le peuple chré­tien puisse tou­jours plus abon­dam­ment mettre à pro­fit ces dons sur­na­tu­rels, pre­nez soin de l’instruire des richesses que contient pour la pié­té, la sainte litur­gie ; faites-​le par des pré­di­ca­tions oppor­tunes, spé­cia­le­ment par des séries de confé­rences, des semaines d’études et autres pro­cé­dés sem­blables. Dans ce but, les mili­tants de l’Action catho­lique, tou­jours prêts à col­la­bo­rer avec la hié­rar­chie, afin de pro­mou­voir le règne de Jésus-​Christ, se met­tront volon­tiers à votre disposition.

Vigilance contre les erreurs et les préjugés

Il est cepen­dant indis­pen­sable qu’en tout cela vous veilliez atten­ti­ve­ment à ce que dans le champ du Seigneur ne s’introduise pas l’ennemi, semeur de ziza­nie au milieu du bon grain [178] ; pre­nez garde, autre­ment dit, que ne s’infiltrent dans votre trou­peau les erreurs per­ni­cieuses et sub­tiles d’un faux « mys­ti­cisme » et d’un nocif « quié­tisme » – erreurs que Nous avons déjà condam­nées, comme vous savez [179] – et que les âmes ne soient séduites par un dan­ge­reux « huma­nisme », ni par l’introduction d’une fal­la­cieuse doc­trine, alté­rant la notion même de la foi catho­lique, ni enfin, par un retour exces­sif à l’« archéo­lo­gisme » en matière litur­gique. Déployez une égale dili­gence pour que ne se répandent pas les fausses opi­nions de ceux qui croient à tort et enseignent que la nature humaine du Christ glo­rieux habite réel­le­ment et d’une pré­sence conti­nuelle dans les « jus­ti­fiés » ou qu’une grâce unique et iden­tique, prétend-​on, unit le Christ avec les membres de son Corps mystique.

Ne vous lais­sez pas décou­ra­ger par les dif­fi­cul­tés qui se font jour ; que jamais ne se lasse votre zèle pas­to­ral : « Sonnez de la trom­pette dans Sion, convo­quez l’assemblée, réunis­sez le peuple, sanc­ti­fiez l’Église, ras­sem­blez les vieillards, les enfants et les petits à la mamelle » (Joël, II, 15–16), et faites en sorte, de toutes manières, que dans l’univers entier les temples et les autels voient en foule accou­rir des chré­tiens qui, tels des membres vivants réunis à leur Chef divin, se for­ti­fient par la grâce des sacre­ments et, de concert avec lui et par lui, célèbrent l’auguste sacri­fice, en ren­dant au Père éter­nel les louanges qui lui sont dues.

Conclusion

Voilà ce que Nous avions, Vénérables Frères, à vous écrire, et Nous le fai­sons dans l’espoir que Nos et vos fils com­prennent mieux et estiment davan­tage le très pré­cieux tré­sor conte­nu dans la sainte litur­gie : à savoir, le sacri­fice eucha­ris­tique, repré­sen­ta­tion et renou­vel­le­ment du sacri­fice de la croix ; les sacre­ments, canaux de la grâce et de la vie divine ; l’hymne de louange, éle­vé par la terre et le ciel, chaque jour, vers Dieu.

Il Nous est peut-​être per­mis d’espérer que ces exhor­ta­tions por­te­ront les tièdes et les récal­ci­trants, non seule­ment à l’étude plus pro­fonde et plus exacte de la litur­gie, mais aus­si à sa mise en pra­tique en rani­mant dans leur conduite son souffle sur­na­tu­rel, comme Nous les en aver­tis­sons d’un cœur pater­nel, selon le mot de l’apôtre : « N’éteignez pas l’Esprit » (I Thess., V, 19).

A ceux qu’un zèle intem­pes­tif pousse quel­que­fois à dire ou à faire ce que Nous avons le regret de ne pou­voir approu­ver, Nous redi­sons le conseil de saint Paul : « Mettez tout à l’épreuve ; gar­dez ce qui est bon » (I Thess., V, 21). Et Nous leur deman­dons pater­nel­le­ment de vou­loir bien rec­ti­fier leur façon de pen­ser et d’agir, d’après une doc­trine chré­tienne qui soit conforme aux leçons de l’Épouse sans tache de Jésus-​Christ, Mère des saints.

Nous rap­pe­lons aus­si à tous la néces­si­té d’une géné­reuse et fidèle volon­té d’obéir aux pas­teurs, à qui appar­tient le droit et incombe le devoir de régler toute la vie de l’Église et prin­ci­pa­le­ment la vie spi­ri­tuelle : « Obéissez à vos supé­rieurs et soyez-​leur sou­mis. Chargés, en effet, de veiller sur vos âmes, dont ils auront à rendre compte, qu’ils le fassent avec joie et non en gémis­sant » (He XIII, 17).

Daigne le Dieu que nous ado­rons et qui « n’est pas le Dieu de la dis­corde, mais de la paix » (I Co XIV, 33), nous accor­der à tous de par­ti­ci­per d’un seul esprit et d’un seul cœur, en cet exil ter­restre, à la sainte litur­gie, qui soit comme une pré­pa­ra­tion et un avant-​goût de cette litur­gie céleste, dans laquelle, espérons-​le, nous chan­te­rons en com­pa­gnie de la Reine du ciel, notre Mère très douce : « A Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau : béné­dic­tion, hon­neur, gloire et puis­sance dans les siècles des siècles » (Ap V, 13).

Dans cette très joyeuse espé­rance, à vous tous et à cha­cun de vous, Vénérables Frères, ain­si qu’aux bre­bis confiées à votre vigi­lance, comme gage des dons célestes et témoi­gnage de Notre par­ti­cu­lière bien­veillance, Nous envoyons de très grand cœur la Bénédiction apostolique.

Donné le 20 novembre de l’année 1947, 9e de Notre Pontificat.

Pie XII, Pape

Source : D’après le texte latin des A. A. S., XXXIX, 1947, p. 521 ; tra­duc­tion fran­çaise offi­cielle publiée dans la Documentation Catholique, t. XLV, col. 193. Les titres et sous-​titres ne font pas par­tie du texte ori­gi­nal, mais de la ver­sion fran­çaise de Rome.

Notes de bas de page

  1. I Tm II, 5[]
  2. cf. He IV, 14[]
  3. cf. He IX, 14[]
  4. cf. Mal., I, 11[]
  5. Cf. Conc. Trid., Sess. XXII, can. 1.[]
  6. Ibid., can. 2.[]
  7. Lettre ency­cl. Caritate Christi, du 3 mai 1932.[]
  8. Cf. Lettre ap. Motu Proprio In coti­dia­nis pre­ci­bus, du 24 mars 1945.[]
  9. S. Thomas, Summa Theol., IIa IIae, q. 81, a. 1.[]
  10. cf. Livre du Lévitique[]
  11. cf. He X, 1[]
  12. Jn, I, 14[]
  13. Heb X. 5–7[]
  14. Ibid., X, 10[]
  15. Jn, I, 9[]
  16. He X, 39[]
  17. cf. I Jn, II, 1[]
  18. cf. I. Tm III, 15[]
  19. Cf. Boniface IX, Ab ori­gine mun­di, du 7 octobre 1391, Callixte III, Summus Pontifex, du 1er jan­vier 1456 ; Pie II, Triumphans Pastor, du 22 avril 1459 ; Innocent XI, Triumphans Pastor, du 3 octobre 1678.[]
  20. Ep II, 19–22[]
  21. Ac II, 42[]
  22. S. Augustin, Epist. 130, ad Probam, 18.[]
  23. Missale Rom., Praef. Nativ.[]
  24. I. Card. Bona, De divi­na psal­mo­dia, cap. XIX, § 3, 1.[]
  25. Missale Rom., Secreta feriae V post Dom. II Quadrag.[]
  26. cf. Mc VII, 6, et Isaïe, XXIX, 13[]
  27. I Co XI, 28[]
  28. Missale Rom., Feria IV Cinerum : orat post impo­sit. cine­rum.[]
  29. De prae­des­ti­na­tione sanc­to­rum, 31[]
  30. Cf. s. Thomas. Summa Theol., IIa IIae. q. 82, a. 1.[]
  31. cf. I Co III, 23[]
  32. He X, 19–24[]
  33. cf. II Co VI, 1[]
  34. C.I.C., can. 125, 126, 565, 571, 595, 1367.[]
  35. cf. Gal., IV, 19[]
  36. Col., III, 11[]
  37. Jn, XX, 21[]
  38. Lc X, 16[]
  39. Mc XVI, 15–16[]
  40. Pontif. Rom., De ordi­na­tione pres­by­te­ri, in manuum unc­tione.[]
  41. Enchiridion. cap. 3.[]
  42. De gra­tia Dei « Indiculus »[]
  43. S. Augustin, Epist. 130, ad Probam, 18.[]
  44. cf. Const. Divini cultus, du 20 décembre 1928.[]
  45. Const. Immensa, du 22 jan­vier 1588[]
  46. C. I. C., can. 253[]
  47. cf. C. I. C., can. 1257[]
  48. cf. C. I. C. can. 1261[]
  49. cf. Mt, XXVIII, 20[]
  50. cf. Pie VI, Const. Auctorem fidei, du 28 août 1794, nn. XXXI-​XXXIV, XXXIX, LXII, LXVI, LXIX-​LXXIV.[]
  51. Jn XXI, 15–17[]
  52. Act XX, 28[]
  53. Ps CIX, 4[]
  54. Jn XIII, 1[]
  55. Conc. Trid., Sess. XXII, cap. 1[]
  56. Ibid. cap. 2[]
  57. Cf. S. Thomas, Summa theol. IIIa, q. 22, a. 4.[]
  58. Jean Chrysostome, In Ioann. Hom., 86, 4.[]
  59. Rm VI, 9[]
  60. cf. Missale Rom., Praefatio[]
  61. Ibid., Canon[]
  62. Mc XIV, 23[]
  63. Missale Rom., Praefatio[]
  64. I Jn, II, 2[]
  65. Missale Rom., Canon[]
  66. S. Augustin, De Trinit., lib. XIII, c. 19[]
  67. He, V, 7[]
  68. cf. Sess. XXII, cap. 1[]
  69. cf. He X, 14[]
  70. S. Augustin, Enarr. in Ps. CXLVII, n. 16[]
  71. Gal II, 19–20[]
  72. Lettre ency­cl. Mystici Corporis, du 29 juin 1943[]
  73. Missale Rom., Secreta Dom. IX post Pentec.[]
  74. cf. Conc. Trid., Sess. XXII, cap. 2 et can. 4[]
  75. cf. Ga VI, 14[]
  76. Mal. I, 11[]
  77. Ph II, 5[]
  78. Ga II, 19[]
  79. cf. Conc. Trid., Sess. XXIII, cap. 4[]
  80. cf. S. Robert Bellarmin, De Missa, II, cap. 4[]
  81. De Sacro Altaris Mysterio, III, 6[]
  82. De Missa, I, cap. 27[]
  83. Missale Rom., Ordo Missae[]
  84. Ibid., Canon Missae[]
  85. Missale Rom., Canon Missae[]
  86. I Pierre, II, 5[]
  87. Rm XII, 1[]
  88. Missale Rom., Canon Missae[]
  89. Pontif Rom., De Ordinatione pres­by­te­ri[]
  90. Ibidem, De alta­ris conse­crat., Praefatio[]
  91. cf. Conc. Trid., Sess. XXII, cap. 5[]
  92. Ga II, 19–20[]
  93. cf. Serm. CCLXXII.[]
  94. cf. I Cor XII, 27[]
  95. cf. Ep V, 30[]
  96. cf. S. Robert Bellarmin, De Missa. II, cap. 8[]
  97. cf. De Civ. Dei, lib. X, cap. 6[]
  98. Missale Rom., Canon Missae[]
  99. cf. I Tm II, 5[]
  100. Lettre ency­cl. Certiores effec­ti, du 13 novembre 1742, § 1[]
  101. Conc. Trid., Sess. XXII. can. 8[]
  102. Missale Rom., Collecta Festi Corp. Christi[]
  103. I Co XI, 24[]
  104. Sess. XXII, cap. 6[]
  105. Lettre ency­cl. Certiores effec­ti, § 3.[]
  106. cf. Lc, XIV, 23[]
  107. I Co X, 17[]
  108. cf. S. Ignat. Martyr., Ad Ephes., 20.[]
  109. Missale Rom., Canon Missae[]
  110. Ep V, 20[]
  111. Missale Rom., Postcommunio Dominicae infra Oct. Ascens.[]
  112. Ibidem, Postcommunio Dominicae I post Pentec.[]
  113. C.I.C., can. 810[]
  114. Lib. IV, cap. 12[]
  115. Dan., III. 57[]
  116. cf. Jn XVI, 23[]
  117. Missale Rom., Secreta Missae SS. Trinit.[]
  118. Jn XV, 4[]
  119. Conc. Trid., Sess. XIII, can. 1[]
  120. Conc. Constant. II, Anath. de trib. Capit., can. 9 col­lat. Conc. Ephes., Anath. Cyrill., can. 8. Cf. Conc. Trid., Sess. XIII, can. 6 ; Pie VI, Const. Auctorem fidei, n. LXI[]
  121. cf. Enarr. in Ps. XCVIII, 9[]
  122. Ap V, 12 ; coll. VII, 10[]
  123. cf. Conc. Trid., Sess. XIII, cap. 5 et can. 6[]
  124. In I ad Cor., XXIV, 4[]
  125. cf. I Pierre, I, 19[]
  126. Mt XI, 28[]
  127. cf. Missale Rom., Coll. in Missa Ded. Eccl.[]
  128. Missale Rom., Seq. Lauda Sion in fes­to Ssmi Corporis Christi[]
  129. Lc, XVIII, l[]
  130. He XIII, 15[]
  131. cf. Act II, 1–15[]
  132. Ibid., X, 9[]
  133. Ibid., III, 1[]
  134. Ibid., XVI, 25[]
  135. Rm VIII, 26[]
  136. S. Augustin, Enarr. in Ps. LXXXV, n. 1[]
  137. S. Benoît, Regula Monachorum, c. XIX[]
  138. He VII, 25[]
  139. Explicatio in Psalterium. Praefatio : P. L., LXX, 10. Certains pensent cepen­dant que ce pas­sage ne doit pas être attri­bué à Cassiodore[]
  140. S. Ambroise, Enarrat. in Ps. I, n. 9[]
  141. Ex XXXI, 15[]
  142. Confessions, lib. IX, cap. 6.[]
  143. S. Augustin, De Civ. Dei, lib. VIII, cap. 17[]
  144. Col., III, 1–2[]
  145. S. Augustin, Enarr. in Ps. CXXIII, n. 2[]
  146. He XIII, 8[]
  147. S. Thomas, Summa Theol., IIIa, q. 49 et q. 62, a. 5[]
  148. Actes, X, 38[]
  149. Eph., IV, 13[]
  150. Missale Rom., Coll. III Missae pro plur. Martyr. extra T. P[]
  151. S. Bède le Vénérable, Hom. suid. LXX in solemn. omnium Sanct.[]
  152. Missale Rom. Collecta Missae S. Ioan. Damascen.[]
  153. S. Bernard, Sermo II in fes­to omnium Sanct.[]
  154. Lc I, 28[]
  155. Salve Regina[]
  156. S. Bernard, In Nativ. B. M. V., 7[]
  157. He X, 22[]
  158. Ibid., X, 21[]
  159. Ibid., VI, 19[]
  160. cf. C.I.C., can. 125[]
  161. cf. Jn XIV, 2[]
  162. Jn III, 8[]
  163. cf. Jacques, I, 17[]
  164. Ep I, 4[]
  165. cf. Lettre apost. Motu Proprio Tra le sol­le­ci­tu­di­ni, du 22 novembre 1903[]
  166. Ps. LXVIII, 10 ; Jn II, 17[]
  167. Suprema S. Congr. S. Officii : Décret du 26 mai 1937[]
  168. cf. Pie X, Lettre apost. Motu Proprio Tra le sol­le­ci­tu­di­ni[]
  169. cf. Pie X, loc. cit. ; Pie XI, Const. Divini cultus, II, V[]
  170. Pie XI, Const. Divini cultus, IX[]
  171. S. Augustin, Serm. CCCXXXVI, n. 1[]
  172. Missale Rom., Praefatio[]
  173. cf. S. Ambroise, Hexameron, III, 5, 23[]
  174. cf. Ac IV, 32[]
  175. C.I.C. can. 1178[]
  176. Pie XI, Const. Divini cultus[]
  177. S. Augustin, Tract. XXVI in Ioan., 13[]
  178. cf. Mt XIII, 24–25[]
  179. Lettre ency­cl, Mystici Corporis[]
fraternité sainte pie X