Pie XI

Lettre encyclique Rerum omnium perturbationem

26 janvier 1923

Sur le troisième centenaire de la mort de saint François de Sales

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 26 jan­vier 1923
Vénérables Frères, Salut et béné­dic­tion Apostolique.

Dans une Encyclique toute récente, Nous avons étu­dié, en vue d’y por­ter remède la per­tur­ba­tion uni­ver­selle qui règne en ce moment ; Nous avons consta­té que c’est dans les âmes elles-​mêmes que le mal a sa racine, et qu’on n’en sau­rait espé­rer la gué­ri­son si l’on ne fait appel au divin Médecin, Jésus-​Christ, par l’in­ter­mé­diaire de la sainte Église. L’œuvre qui s’im­pose, en effet, c’est de refou­ler cet immense débor­de­ment de cupi­di­tés qui, source pre­mière des guerres et des conflits, rend impos­sibles tout ensemble la vie sociale et les rap­ports inter­na­tio­naux ; en même temps, il importe de détour­ner les âmes des richesses éphé­mères, et fra­giles et de les conduire vers les biens éter­nels et impé­ris­sables, pour les­quels la plu­part ne témoignent plus qu’une incroyable indif­fé­rence. Le jour où cha­cun se sera réso­lu à rem­plir régu­liè­re­ment son devoir avec un soin reli­gieux, la socié­té en sera améliorée.

Or, dans son magis­tère comme dans son minis­tère, l’Église n’a qu’un but : ensei­gner aux hommes par la pré­di­ca­tion la véri­té divi­ne­ment révé­lée et les sanc­ti­fier par les plus abon­dantes effu­sions de la grâce divine ; c’est par ce moyen qu’elle s’efforce de rame­ner dans le droit che­min, dès qu’elle la voit s’en écar­ter, la socié­té civile même que jadis elle a for­mée et comme mode­lée d’a­près les prin­cipes chré­tiens. Ce rôle que Dieu lui donne la grâce et la faveur de pou­voir pro­po­ser à l’i­mi­ta­tion des fidèles tels de ses plus glo­rieux enfants qui se sont ren­dus admi­rables par la pra­tique de toutes les ver­tus. Ce fai­sant, l’Église agit en pleine confor­mi­té avec sa nature : le Christ, son fon­da­teur, ne l’a-​t-​il pas consti­tuée sainte et sanc­ti­fi­ca­trice et à tous tendre à la sain­te­té ? La volon­té de Dieu, dit saint Paul, est que vous vous sanc­ti­fiiez ; et le Seigneur lui-​même explique en ces termes quelle doit être cette sanc­ti­fi­ca­tion : Soyez donc vous-​mêmes par­faits, comme votre Père céleste est parfait.

Nul ne doit s’i­ma­gi­ner que ce pré­cepte s’a­dresse à un petit nombre d’âmes d’élite, et qu’il soit loi­sible aux autres de s’en tenir à un degré de ver­tu infé­rieur. Cette loi, le texte est évident, astreint abso­lu­ment tous les hommes, sans excep­tion aucune ; d’autre part, ceux qui ont atteint le faite de ta per­fec­tion chré­tienne – l’his­toire témoigne qu’ils sont presque innom­brables, de tout âge et de toute condition- ont tous connu les mêmes fai­blesses de la nature que les autres fidèles et ont dû affron­ter les mêmes périls. Tant il est vrai, sui­vant la remar­quable parole de saint Augustin, que, Dieu n’or­donne pas l’impossible, mais en com­man­dant, il aver­tit qu’il faut accom­plir ce que nous pou­vons et deman­der la force d’exé­cu­ter ce dont nous sommes incapables.

Or, Vénérables Frères, les fêtes solen­nelles célé­brées l’an der­nier pour com­mé­mo­rer le troi­sième cen­te­naire de la cano­ni­sa­tion de nos grands héros Ignace de Loyola,François Xavier, Philippe de Néri, Thérèse de Jésus et Isidore le Laboureur ont, semble-​t-​il, contri­bué d’une façon notable à réveiller par­mi les fidèles la fer­veur de la vie chrétienne

Et voi­ci que se pré­sente fort à pro­pos le troi­sième cen­te­naire de la nais­sance au ciel d’un saint émi­nent, célèbre non seule­ment pour avoir excel­lé dans la pra­tique de toutes les ver­tus, mais encore pour avoir for­mu­lé les prin­cipes et la méthode de doc­teur de l’Église : lui aus­si, comme ces modèles écla­tants de per­fec­tions et de sagesse chré­tienne que Nous rap­pe­lions tout à l’heure, il semble que Dieu ait vou­lu l’opposer à l’hérésie des réfor­més, ce point de départ du mou­ve­ment qui a sépa­ré la socié­té d’avec l’Église, et dont, encore de nos jours, tout homme de bien déplore à juste titres les tristes et funestes conséquences.

François de Sales paraît éga­le­ment avoir été, par un des­sein spé­cial de Dieu, don­né à l’Église pour réfu­ter, par les exemples de sa vie et l’autorité de sa doc­trine un pré­ju­gé déjà en vogue à son époque et encore répan­due de nos jours, à savoir que la véri­table sain­te­té, conforme à l’enseignement de l’Église catho­lique, dépasse la por­tée des efforts humains, ou à tout le moins qu’elle est si dif­fi­cile à atteindre qu’elle ne concerne en aucune façon le com­mun des fidèles, mais seule­ment à un petit nombre de per­sonnes douées d’une rare éner­gie et d’une excep­tion­nelle élé­va­tion d’âme ; que, en outre, cette sain­te­té entraîne tant d’ennuis et d’embarras qu’elle est abso­lu­ment incom­pa­tible avec la situa­tion d’hommes et de femmes vivant dans le monde.

Aussi, lorsque, dans son allo­ca­tion solen­nelle consa­crée aux cinq jubi­lés dont Nous par­lions, Notre très regret­té pré­dé­ces­seur vint à men­tion­ner les fêtes qui allaient com­mé­mo­rer la bien­heu­reuse mort de François de Sales, Benoît XV promettait-​il d’a­dres­ser à cette occa­sion une lettre spé­ciale à l’Église toute entière. Ce pro­jet, Nous le consi­dé­rons comme un legs de Notre pré­dé­ces­seur ; ce Nous est une très vive satis­fac­tion de le réa­li­ser ; et Notre joie s’aug­mente encore de l’es­poir fon­dé que les fruits des cen­te­naires célé­brés ces temps der­niers s’ac­croî­tront des grâces de celui qui va s’ouvrir.

Si on exa­mine avec atten­tion la vie de François de Sales, on voit qu’il fut dès ses pre­mières années un modèle de sain­te­té, un modèle non point froid et triste, mais aimable et acces­sible à tous, de sorte qu’on peut en toute véri­té lui appli­quer cette parole : Son com­merce n’a point d’a­mer­tume, et sa com­pa­gnie n’est point ennuyeuse, mais pro­cure joie et plaisir.

De fait, s’il a brillé de l’é­clat de toutes les ver­tus, saint François s’est dis­tin­gué par une exquise dou­ceur d’âme qu’on est fon­dé à consi­dé­rer comme sa note par­ti­cu­lière et carac­té­ris­tique. Sa dou­ceur tou­te­fois, n’a­vait rien de com­mun avec cette ama­bi­li­té affec­tée qui se dépense en civi­li­tés raf­fi­nées et s’é­tale en pré­ve­nances exces­sives ; elle était aux anti­podes aus­si bien d’une tor­peur ou apa­thie que rien n’é­meut, que d’une timi­di­té qui n’a pas la force, même quand c’est néces­saire, de mani­fes­ter une indignation.

Cette ver­tu pré­do­mi­nante, jaillie des pro­fon­deurs de l’âme de François de Sales comme une déli­cieuse fleur de cha­ri­té puis­qu’elle était faite sur­tout de com­pas­sion et d’in­dul­gence, atté­nuait de sua­vi­té la gra­vi­té de son visage, se reflé­tait dans sa démarche et dans sa voix, et lui gagnait les égards empres­sés de tous. Les his­to­riens attestent que notre Saint avait accou­tu­mé de rece­voir sans la moindre dif­fi­cul­té et d’ac­cueillir avec ten­dresse tous ceux, et plus spé­cia­le­ment les pécheurs et apos­tats, qui se pres­saient à sa porte pour rece­voir le par­don de leurs fautes et amen­der leur conduite ; s’oc­cu­per des condam­nés déte­nus en pri­son était sa joie, et il les récon­for­tait, au cours de fré­quentes visites, par les mille indus­tries de sa cha­ri­té ; il ne mon­trait pas moins d’in­dul­gence dans ses rap­ports avec ses ser­vi­teurs, sup­por­tant avec une patience exem­plaire leurs négli­gences et leurs manques de respect.

S’étendant à tous, la man­sué­tude de François de Sales ne se démen­tit jamais à l’en­droit de qui que ce fût, pas plus dans le mal­heur que dans la pros­pé­ri­té : ain­si, mal­gré leurs ava­nies, les héré­tiques ne le trou­vèrent jamais moins bien­veillant ni moins affable.

L’année qui suit son ordi­na­tion, il s’offre spon­ta­né­ment, sans l’assentiment et contre le gré de son père, à Granier, évêque de Genève, pour rame­ner à l’Église la popu­la­tion du Chablais ; bien volon­tiers l’é­vêque lui confie cette pro­vince éten­due et inhos­pi­ta­lière ; saint François s’y dévoue avec tant de zèle qu’il ne recule, devant nulle fatigue et ne se laisse même arrê­ter par aucun dan­ger de mort. Or, l’ex­trême éten­due de sa science, la force et les res­sources de son élo­quence firent moins, pour pro­cu­rer le salut à tant de mil­liers d’âmes, que la bon­té sou­riante dont jamais il ne se dépar­tit dans l’exer­cice du saint ministère.

Il aimait à redire fré­quem­ment cet adage qui mérite d’être rete­nu : « Les Apôtres ne com­battent qu’en souf­frant et ne triomphent qu’en mou­rant » ; et l’on a peine à croire avec quelle ardeur et quelle per­sé­vé­rance il sou­tint la cause de Jésus-​Christ par­mi ses chères popu­la­tions du Chablais.

Pour leur por­ter les lumières de la foi et les conso­la­tions de l’es­pé­rance chré­tienne, notre saint allait par le fond des val­lées et se glis­sait en ram­pant à tra­vers les gorges étroites. Si les âmes fuient, il se met à leur pour­suite, les appe­lant à grands cris ; bru­ta­le­ment repous­sé, il ne se décou­rage point ; assailli de menaces, il se remet à l’œuvre ; expul­sé plus d’une fois des hôtel­le­ries, il passe des nuits en plein air dans le froid et la neige ; il célèbre la Messe même si tout assis­tant fait défaut ; ses audi­teurs se reti­rant presque tous, il conti­nue de prê­cher ; tou­jours il conserve une par­faite éga­li­té d’âme, et il témoigne aux ingrats une cha­ri­té sou­ve­rai­ne­ment aimable qui finit par triom­pher de ses adver­saires, si obs­ti­née que puisse être leur résis­tance. D’aucun pen­se­ront peut-​être que François de Sales a héri­té en nais­sant de ces qua­li­tés morales, et qu’il est une de ces natures spé­cia­le­ment pri­vi­lé­giées que la grâce de Dieu a pré­ve­nue du don de la dou­ceur : erreur pro­fonde ! Au contraire, il était, de par son tem­pé­ra­ment phy­sique même, d’un natu­rel dif­fi­cile, et enclin à la colère ; mais, s’é­tant fixe pour modèle le Christ Jésus qui a dit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, il sur­veilla constam­ment les mou­ve­ments de son âme et, en se fai­sant vio­lence, réus­sit si bien à les com­pri­mer et à les domp­ter, que nul n’a rap­pe­lé que lui, en toute sa per­sonne, le Dieu de paix et de man­sué­tude. Sa bio­gra­phie contient un trait qui est une preuve remar­quable de ces com­bats intimes. Les méde­cins aux­quels, après sa mort, sa sainte dépouille fut remise pour l’embaumement trou­vèrent le foie presque pétri­fié et réduit en menus cal­culs ; ce phé­no­mène révé­la quelques vio­lence et quels efforts il avait dû s’imposer pour domp­ter, cin­quante années durant, son iras­ci­bi­li­té native.

Ainsi donc, c’est à sa force d’âme, sans cesse ali­men­tée par une foi robuste et un brû­lant amour de Dieu, que François de Sales dut toute sa dou­ceur, de façon qu’on peut lui appli­quer à la lettre ce mot de la Sainte Écriture : De la force est sor­tie la dou­ceur. Et par la dou­ceur apos­to­lique qui le dis­tin­guait, et qui, au dire de Jean Chrysostome, est la plus puis­sante des vio­lences, il ne pou­vait man­quer de jouir, pour atti­rer les cœurs, de ce pou­voir que pro­met aux doux l’o­racle divin : Heureux les doux, car ils seront maître du monde.

D’autre part, quelle était l’énergie morale de saint François, en qui il était per­mis de signa­ler un modèle de dou­ceur, on le vit très clai­re­ment, chaque fois qu’il eut à lut­ter contre les puis­sants pour la gloire de Dieu, les droits de l’Église et le salut des âmes. Ce fut le cas lorsqu’il défen­dit l’immunité de la juri­dic­tion ecclé­sias­tique contre le Sénat du Chambéry ; cette assem­blée l’ayant mena­cé par lettre de lui reti­rer une par­tie de ses reve­nus, non seule­ment François de Sales fit au mes­sa­ger la réponse qui conve­nait à sa digni­té, mais il ne ces­sa de pro­tes­ter contre cette injus­tice jus­qu’à ce que le Sénat lui eût don­né pleine satis­fac­tion. C’est avec, la même fer­me­té de carac­tère qu’il subit la colère du prince, auprès de qui il avait, ain­si que ses frères, été calom­nié ; il résis­ta avec non moins de force aux pré­ten­tions des sei­gneurs pour la col­la­tion des béné­fices ecclé­sias­tiques ; de même encore, après avoir tout essayé, il sévit contre les rebelles qui avaient refu­sé la dîme au Chapitre des cha­noines de Genève.

C’est donc avec une liber­té tout évan­gé­lique qu’il avait accou­tu­mé soit de flé­trir les vices publics, soit de démas­quer les contre­fa­çons de la ver­tu et de la pié­té ; res­pec­tueux, autant que qui­conque, de l’au­to­ri­té des princes, jamais cepen­dant il ne consen­tit par ses actes à se faire com­plice de leurs pas­sions ni à se plier aux excès de leur arbitraire.

Voyons main­te­nant, Vénérables Frères, com­ment François de Sales, en même temps qu’il s’est mon­tré per­son­nel­le­ment un modèle aimable de sain­te­té, a indi­qué aus­si à tous par ses écrits une voie sûre et rapide vers la per­fec­tion chré­tienne, et com­ment, ici encore, il a imi­té le Seigneur Jésus, qui ensei­gna par l’exemple puis par la parole. Il a écrit dans ce des­sein de nom­breux ouvrages fort célèbres, par­mi les­quels deux livres très répan­dus occupent la pre­mière place : Philothée [Introduction à la vie dévote] et le Traité de l’a­mour de Dieu.

Dans le pre­mier, François de Sales, sans enle­ver à la vraie pié­té la juste aus­té­ri­té qui convient à la vie chré­tienne, la dis­tingue tout d’a­bord de cette sévé­ri­té exa­gé­rée qui effraye et décou­rage les âmes dans la pra­tique de la ver­tu ; puis il se consacre tout entier à mon­trer que la sain­te­té est par­fai­te­ment com­pa­tible avec tous les devoirs et toutes les condi­tions de la vie dans le monde, que cha­cun peut au milieu même du siècle, mener une vie conforme à ses inté­rêts éter­nels pour­vu qu’il ne se laisse pas enva­hir et impré­gner par l’es­prit du monde.

Entre temps, à son école nous appre­nons à faire cela même – hor­mis le péché – que fait habi­tuel­le­ment tout le monde, mais aus­si – ce que bien des gens omettent – à le faire sain­te­ment et en vue de plaire à Dieu.

Il nous enseigne encore à res­ter fidèles aux conve­nances, qu’il appelle lui-​même les dehors attrayants de la ver­tu ; à ne pas sup­pri­mer la nature, mais à la vaincre ; à nous éle­ver vers le ciel peu à peu, à petits coups d’ailes à la façon des colombes, si nous ne pou­vons imi­ter le vol des aigles, c’est-​à-​dire à tendre à la sain­te­té par la voie com­mune si l’on n’est point appe­lé à une per­fec­tion extraordinaire.

Toujours dans ce style grave et alerte à la fois, émaillé d’ex­pres­sions et de traits ingé­nieux et char­mants qui relèvent les ensei­gne­ments et les font mieux accep­ter du lec­teur, François de Sales com­mence par recom­man­der d’é­vi­ter toute faute, de résis­ter aux pen­chants mau­vais, de fuir tout ce qui est inutile ou dan­ge­reux ; puis il indique les pra­tiques propres à per­fec­tion­ner notre âme et la méthode à suivre pour nous unir à Dieu.

Il pour­suit en éta­blis­sant qu’il faut choi­sir quelque ver­tu spé­ciale que l’on ne ces­se­ra de culti­ver jusqu’à ce qu on la pos­sède. Il traite alors des ver­tus en par­ti­cu­lier, de la chas­te­té, des bonnes et des mau­vaises conver­sa­tions, des diver­tis­se­ments per­mis et de ceux qui sont dan­ge­reux, de la fidé­li­té envers Dieu, enfin des devoirs des époux, des veuves et des vierges.

Il conclut en ensei­gnant par quels pro­cé­dés on arrive à décou­vrir et vaincre les dan­gers, les ten­ta­tions et les séduc­tions de la volup­té, puis par quels exer­cices il convient chaque année de renou­ve­ler nos bons pro­pos, et confir­mer notre âme en la dévotion.

Puisse cet ouvrage, le plus ache­vé qu’on ait publié en ce genre, de l’a­vis des contem­po­rains de saint François, être encore aujourd’­hui entre les mains de tous les fidèles, comme jadis, il fut long­temps le livre de che­vet de tous ! La pié­té chré­tienne refleu­ri­rait dans le monde entier, et l’Église de Dieu goû­te­rait la joie de voir la sain­te­té se répandre par­mi tous ses enfants.

Le Traité de l’amour de Dieu a plus d’im­por­tance encore et d’au­to­ri­té. Entreprenant une sorte d’his­toire du divin amour, le saint doc­teur en décrit la genèse et les déve­lop­pe­ments, les causes qui le font s’attiédir et lan­guir dans les âmes, enfin la manière de s’y exer­cer et d’y progresser.

Quand le sujet lui en four­nit l’oc­ca­sion, il fait un expo­sé lumi­neux des ques­tions les plus dif­fi­ciles : grâce effi­cace, pré­des­ti­na­tion, voca­tion à la foi ; et, pour évi­ter l’a­ri­di­té, son génie riche et souple relève son dis­cours de si gra­cieuses images et d’un par­fum de pié­té si péné­trant, il l’a­gré­mente d’al­lé­go­ries si variées, d’exemples et de cita­tions si appro­priés, emprun­tés pour la plu­part à ta Sainte Écriture, que l’ou­vrage semble moins une œuvre de son esprit que l’ef­fu­sion des plus intimes sen­ti­ments, de son cœur.

Les prin­cipes de vie spi­ri­tuelle qu’il avait for­mu­lés dans ces deux ouvrages, notre saint en fit lui-​même pro­fi­ter les âmes, soit dans l’exer­cice quo­ti­dien du minis­tère, soit dans les admi­rables Lettres sor­ties de sa plume. En outre, il les adap­ta à la direc­tion des Sœurs de la Visitation dont l’ins­ti­tut, fon­dé par lui, garde encore très reli­gieu­se­ment son esprit.

Dans cette Société tout res­pire, si l’on peut ain­si par­ler, un par­fum de dis­cré­tion et de sua­vi­té. Cette Congrégation a ceci de par­ti­cu­lier qu’elle s’ouvre aux jeunes filles, veuves et dames, même déli­cates de san­té, malades, ou âgées, et chez les­quelles les forces phy­siques ne semblent pas répondre aux géné­reuses aspi­ra­tions de l’âme. Point de veilles, ni de psal­mo­dies pro­lon­gées, point de rigueur dans les péni­tences ou mor­ti­fi­ca­tions ; mais une règle si douce et si aisée à suivre que les moniales même les moins fortes n’é­prouvent aucune dif­fi­cul­té à en rem­plir toutes les pres­crip­tions. Seulement, cette sim­pli­ci­té facile et joyeuse dans les obser­vances doit s’ins­pi­rer d’une ardente cha­ri­té qui rende les filles de saint François capable de se renon­cer com­plè­te­ment, d’o­béir en toute humi­li­té et, par la pra­tique de ver­tus solides, sinon écla­tantes, de mou­rir à elles-​mêmes pour vivre en Dieu. Qui ne recon­naî­trait là l’u­nion mer­veilleuse de la dou­ceur et de la force que nous admi­rons dans leur Père et législateur ?

Nous pas­sons sur bien d’autres œuvres, des­quelles a décou­lé sa céleste doc­trine, tel un fleuve d’eau vive, arro­sant le champ de l’Église et por­tant le salut au peuple de Dieu ; mais il est impos­sible de ne pas signa­ler le livre des Controverses, qui, on ne sau­rait le contes­ter, ren­ferme une démons­tra­tion com­plète de la foi catho­lique. On sait, Vénérables Frères, en quelles cir­cons­tances François de Sales entre­prit sa sainte expé­di­tion dans le Chablais. Suivant le récit des his­to­riens, le duc de Savoie venait de signer, vers la fin de 1593, une trêve avec Berne et Genève ; le moment parais­sait émi­nem­ment favo­rable pour employer le moyen qui sem­blait le plus puis­sant de rame­ner les popu­la­tions du Chablais à l’Église : l’en­voi dans cette région de pré­di­ca­teurs de la parole divine zélés et ins­truits, et dont l’é­lo­quence per­sua­sive atti­re­rait peu à peu ces âmes à la foi.

Le pre­mier entré dans le pays, soit par déses­poir de conver­tir les héré­tiques, soit par appré­hen­sion pour sa propre sécu­ri­té, aban­don­na la lutte. François de Sales qui, nous l’a­vons vu, s’é­tait offert comme mis­sion­naire à l’é­vêque de Genève, se ren­dit alors dans la pro­vince héré­tique (sep­tembre 1594), à pied, sans vivres ni pro­vi­sions d’aucune sorte, sans autre com­pa­gnon qu’un cou­sin ; mais il avait mul­ti­plié prières et jeûnes, car il n’at­ten­dait que de Dieu l’heu­reuse issue de son entre­prise. Les héré­tiques refu­sant d’en­tendre ses démons­tra­tions, il prit le par­ti de réfu­ter leurs erreurs dans des tracts qu’il com­po­sait entre ses ser­mons ; des copies s’en trans­met­taient de main en main et arri­vaient ain­si jusque par­mi les pro­tes­tants. Il ralen­tit peu à peu la rédac­tion de ces feuilles volantes lorsque les habi­tants vinrent en foule assis­ter à ses pré­di­ca­tions. Quant aux tracts écrits de la main même du saint doc­teur, dis­per­sés après sa mort, ils furent réunis en volumes long­temps après et offerts à Notre pré­dé­ces­seur Alexandre VII, qui, dans la suite, après un pro­cès cano­nique régu­lier, ins­cri­vit François de Sales au nombre des bien­heu­reux puis des saints.

Or, en ces Controverses, tout en tirant très heu­reu­se­ment par­ti de l’ar­se­nal polé­mique des siècles pas­sés, le saint doc­teur garde tou­jours dans la dis­cus­sion sa note per­son­nelle. Il éta­blit tout d’a­bord qu’on ne peut même conce­voir dans l’Église une auto­ri­té qui ne soit dévo­lue par man­dat légi­time, man­dat dont les ministres pro­tes­tants sont tota­le­ment dépour­vus ; il réfute les erreurs de ces héré­tiques sur la nature de l’Église, défi­nit les notes dis­tinc­tives de l’Église véri­table, et prouve que l’Église catho­lique les pos­sède, tan­dis qu’elles font défaut à l’Église, réfor­mée. Puis il expose soi­gneu­se­ment les règles de la foi et montre, qu’elles sont vio­lées par les héré­tiques, alors qu’elles sont scru­pu­leu­se­ment obser­vées par les catho­liques. Il ter­mine par des trai­tés par­ti­cu­liers, dont il ne nous reste que les dis­cus­sions sur les sacre­ments et sur le purgatoire.

On reste éton­né de l’a­bon­dance de sa doc­trine et de son habi­le­té à grou­per les argu­ments comme en rang (de bataille lors­qu’il attaque ses adver­saires, démasque leurs men­songes et leurs four­be­ries, maniant au besoin avec un rare bon­heur une iro­nie voi­lée. Que s’il lui arrive d’employer des termes en appa­rence plus véhé­ments, néan­moins, de l’aveu de ses enne­mis mêmes, la force de la cha­ri­té domine tout le débat et en tem­père l’ar­deur. En effet, alors même qu’il reproche à ces fils éga­rés d’a­voir aban­don­né la foi catho­lique, on voit qu’il ne vise qu’à s’ou­vrir un che­min pour les sup­plier ins­tam­ment de reve­nir à leurs croyances. Jusque dans le livre des Controverses, on peut retrou­ver la même cor­diale ten­dresse et le même esprit dont débordent ses ouvrages de pié­té et d’édification.

Quant au style, il avait une telle élé­gance, une telle dis­tinc­tion, une telle force de per­sua­sion, que les ministres héré­tiques eux-​mêmes avaient accou­tu­mé de pré­mu­nir leurs fidèles contre les enve­lop­pantes séduc­tions et les charmes cap­ti­vants du mis­sion­naire de Genève.

Après ce bref aper­çu de l’a­pos­to­lat et des œuvres de François de Sales, il Nous reste, Vénérables Frères, à vous invi­ter à célé­brer son cen­te­naire en cha­cun de vos dio­cèses par une com­mé­mo­rai­son féconde en résultats.

Nous ne vou­drions pas que ces fêtes se bor­nassent à une sté­rile évo­ca­tion du pas­sé, ou que la durée en fût res­treinte à quelques jours. Notre désir est au contraire, que, au cours de toute cette année jusqu’au 28 décembre, jour anni­ver­saire de la mort de saint François, vous met­tiez la plus grande dili­gence à faire connaître les ver­tus et les ensei­gne­ments du saint docteur.

Votre pre­mière tâche sera de com­mu­ni­quer et de com­men­ter avec soin la pré­sente lettre au cler­gé et aux fidèles dont vous avez la charge. Ce que Nous sou­hai­tons avant tout, c’est que, vous rap­pe­liez à cha­cun le devoir de pra­ti­quer la sain­te­té spé­ciale à son état, car ils ne sont que trop nom­breux ceux qui ne songent jamais à la vie éter­nelle ou négligent com­plè­te­ment le salut de leur âme.

Les uns, en effet, absor­bés dans le tour­billon des affaires, n’ont d’autre sou­ci que d’a­mas­ser des richesses, tan­dis que leur âme souffre misé­ra­ble­ment de la faim. Les autres, lit­té­ra­le­ment livrés aux pas­sions, s’a­vi­lissent, dans leur atta­che­ment à la terre, au point d’é­mous­ser et d’a­bo­lir en eux le goût des biens qui dépassent les sens. D’autres, enfin, qui se consacrent à la direc­tion des affaires publiques, n’ont de sol­li­ci­tude que pour le bien de l’État et oublient leurs propres inté­rêts. C’est pour­quoi, Vénérables Frères, à l’exemple de François de Sales, vous ferez com­prendre aux fidèles, que la sain­te­té n’est pas un pri­vi­lège accor­dé à quelques-​uns et refu­sé aux autres, mais la com­mune des­ti­née et la com­mune obli­ga­tion de tous ; que la conquête de la ver­tu, bien qu’elle exige des efforts – efforts com­pen­sés par la joie du cœur et par des conso­la­tions de toute nature –, est la por­tée de toute les âmes moyen­nant l’aide de la grâce, que Dieu ne refuse à personne.

Proposez d’une façon par­ti­cu­lière à l’i­mi­ta­tion des fidèles la dou­ceur de saint François ; il suf­fi­ra, en effet, que cette ver­tu, qui repro­duit et reflète si bien la béni­gni­té de Jésus et qui attire si puis­sam­ment les cœurs, se répande lar­ge­ment dans la socié­té pour que s’a­paisent les conflits d’ordre public et pri­vé. N’est-​ce pas cette ver­tu qu’on pour­rait appe­ler l’ai­mable exté­rio­ri­sa­tion de la divine cha­ri­té qui assure à la famille et à la socié­té le plus de tran­quilli­té et de concorde ? Quant à l’a­pos­to­lat, sui­vant l’ex­pres­sion reçue, des prêtres et des laïcs, quand il s’ac­com­pagne de la dou­ceur chré­tienne, n’acquiert-​il pas aus­si un consi­dé­rable sur­croît d’in­fluence pour l’a­mé­lio­ra­tion de la société ?

Vous voyez donc com­bien il importe que les fidèles aient l’es­prit et le cœur péné­trés des admi­rables exemples de saint François de Sales et fassent de ses ensei­gne­ments la règle de leur vie.

Un moyen d’une mer­veilleuse effi­ca­ci­té pour obte­nir ce résul­tat est de répandre le plus lar­ge­ment pos­sible les ouvrages et opus­cules que Nous avons signa­lés : ces écrits, d’in­tel­li­gence facile et de lec­ture agréable, éveille­ront dans les âmes des fidèles le goût de la vraie et solide pié­té, et les prêtres ne seront jamais mieux pré­pa­rés à déve­lop­per ce germe que s’ils s’as­si­milent la doc­trine du saint doc­teur et s’ap­pliquent à repro­duire la sou­ve­raine sua­vi­té de sa prédication.

A ce sujet, on rap­porte que Notre pré­dé­ces­seur Clément VIII avait déjà pré­dit les fruits mer­veilleux que devaient pro­duire dans les âmes les paroles et les écrits de saint François. A la suite de l’exa­men sur les sciences sacrées auquel, en pré­sence de car­di­naux et de très doctes per­son­nages, il avait sou­mis François de Sales lors de son élé­va­tion à l’é­pis­co­pat, le Pape fut sai­si d’une telle admi­ra­tion que, après l’a­voir très affec­tueu­se­ment embras­sé, il lui adres­sa ces paroles : « Va, mon fils, bois l’eau de ta citerne et les ruis­seaux qui jaillissent de ton puits, que tes sources se répandent au dehors, et que tes ruis­seaux coulent sur les places publiques. » Et, de fait, François de Sales par­lait de telle sorte que sa pré­di­ca­tion était tout entière une mani­fes­ta­tion de l’es­prit et de la ver­tu de Dieu : ins­pi­rée de la Bible et des Pères, elle se for­ti­fiait d’une saine nour­ri­ture qu’elle pui­sait dans la théo­lo­gie, et elle rece­vait de l’onc­tion de la cha­ri­té un sur­croît de dou­ceur et de sua­vi­té. Il n’y a donc pas lieu de s’é­ton­ner qu’il ait rame­né tant d’hé­ré­tiques à l’Église, ni que, au cours des trois der­niers siècles, il ait gui­dé un si grand nombre d’âmes dans les voies de la perfection.

Quant au pro­fit prin­ci­pal de ce cen­te­naire, Nous sou­hai­tons qu’il soit pour tous les catho­liques qui, par la publi­ca­tion de jour­naux ou autres écrits, expliquent, pro­pagent et défendent la doc­trine chré­tienne. Comme François de Sales, ils doivent tou­jours gar­der, dans la dis­cus­sion, la fer­me­té unie à l’es­prit de mesure et à la charité.

L’exemple du saint doc­teur leur trace clai­re­ment leur ligne de conduite ; étu­dier avec le plus grand soin la doc­trine catho­lique et la pos­sé­der dans la mesure de leurs forces ; évi­ter soit d’al­té­rer la véri­té, soit de l’at­té­nuer ou de la dis­si­mu­ler, sous pré­texte de ne pas bles­ser les adver­saires ; veiller à la forme et à la beau­té du style, rele­ver et parer les idées de l’éclat du lan­gage de façon à rendre la véri­té attrayante au lec­teur ; savoir, quand une attaque s’im­pose, réfu­ter les erreurs et s’op­po­ser à la malice des ouvriers du mal, de manière tou­te­fois à mon­trer qu’on est ani­mé d’in­ten­tions droites et qu’on agit avant tout dans un sen­ti­ment de cha­ri­té. Or, aucun docu­ment public et solen­nel du Siège apos­to­lique n’é­ta­blit que saint François de Sales ait été don­né comme patron aux écri­vains catho­liques ; sai­sis­sant donc cette heu­reuse occa­sion, de science cer­taine et après mûre déli­bé­ra­tion, en ver­tu de Notre auto­ri­té apos­to­lique et par la pré­sente Lettre Encyclique, Nous leur don­nons à tous ou confir­mons comme céleste patron saint François de Sales, évêque de Genève et doc­teur de l’Église, et Nous le décla­rons, non­obs­tant toutes choses contraires.

Et main­te­nant, Vénérables Frères, afin que ces fêtes cen­te­naires revêtent plus de splen­deur et pro­duisent plus de fruits, il ne faut pri­ver vos fidèles d’au­cune pieuse exhor­ta­tion de nature à les exci­ter à hono­rer ce brillant flam­beau de l’Église avec la véné­ra­tion qui convient et, aidés de son inter­ces­sion, à puri­fier leurs âmes des traces du péché, à se nour­rir de l’a­li­ment divin et à s’ef­for­cer avec éner­gie et dou­ceur à acqué­rir rapi­de­ment la sainteté.

Chacun de vous, dans sa ville épis­co­pale et dans toutes les paroisses de son dio­cèse, fera célé­brer cette année, de ce jour au 28 décembre, un tri­duum ou une neu­vaine où seront don­nées des pré­di­ca­tions, car il importe sou­ve­rai­ne­ment d’en­sei­gner avec soin aux fidèles les véri­tés qui doivent les ame­ner, à la suite de saint François de Sales, vers les som­mets de la per­fec­tion chré­tienne. Il vous incom­be­ra éga­le­ment de faire com­mé­mo­rer l’a­pos­to­lat du très saint évêque par tous autres moyens que vous juge­rez plus opportuns.

Voulant en outre ouvrir an pro­fit des âmes le tré­sor des faveurs divines que Dieu a dépo­sé entre Nos mains, Nous accor­dons à tous ceux qui par­ti­ci­pe­ront pieu­se­ment aux prières solen­nelles que Nous venons d’in­di­quer, une indul­gence de sept ans et sept qua­ran­taines à gagner chaque jour, et enfin, pour le der­nier jour de ces fêtes ou tout autre jour de leur choix, une indul­gence plé­nière aux condi­tions ordi­naires. Le monas­tère de la Visitation d’Annecy, où repose le véné­rable corps de saint François de Sales, devant lequel Nous-​même avons jadis célé­bré la sainte Messe avec une joie inef­fable ; le monas­tère de Trévise, qui converse son cœur, et les autres cou­vents des Sœurs de la Visitation, doivent rece­voir une marque par­ti­cu­lière de Notre bien­veillance. Aussi accordons-​Nous éga­le­ment une indul­gence plé­nière à tous ceux qui, au cours des céré­mo­nies men­suelles d’ac­tions de grâces que ces reli­gieuses feront célé­brer en la pré­sente année, ain­si que le 28 décembre 1923, visi­te­ront leurs cha­pelles et, s’é­tant confes­sés et ayant reçu la sainte com­mu­nion, prie­ront à Notre intention.

Quant à vous, Vénérables Frères, deman­dez ins­tam­ment aux fidèles confiés à vos soins de prier pour Nous le saint doc­teur : puis­qu’il a plu à Dieu de Nous confier en des temps très dif­fi­ciles le gou­ver­ne­ment de son Église, Nous lui deman­dons ‑sous les aus­pices de François de Sales, qui témoi­gna d’un amour et d’un res­pect tout par­ti­cu­liers pour le Siège apos­to­lique, dont il défen­dit admi­ra­ble­ment dans ses Controverses les droits et l’autorité- cette douce faveur de voir reve­nir aux pâtu­rages de la vie éter­nelle tous ceux qui sont sépa­rés de la loi et de la cha­ri­té du Christ. Plaise à Dieu qu’ils rentrent en com­mu­nion avec Nous, et que Nous puis­sions leur don­ner le bai­ser de paix.

En atten­dant, comme gage des faveurs célestes et en témoi­gnage de Notre pater­nelle bien­veillance, rece­vez la Bénédiction Apostolique que, de tout cœur, Nous vous accor­dons à vous, Vénérables Frères, à tout votre cler­gé et à tous vos fidèles.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 26 jan­vier 1923, de Notre Pontificat la première.

PIE XI, Pape.

fraternité sainte pie X
12 novembre 1923
À l’occasion du IIIe centenaire de la mort de saint Josaphat, martyr, archevêque de Polotsk, pour le rite oriental.
  • Pie XI
7 mars 1922
À l’occasion du tricentenaire de saint Fidèle de Sigmaringen, premier martyr de la S. Congrégation de la Propagande.
  • Pie XI