Léon XIII

Lettre encyclique Sancta Dei civitas

3 décembre 1880

Sur trois œuvres pies: propagation de la Foi de Mlle Marie-Pauline Jaricot, à la Sainte-Enfance et l'œuvre des Écoles d'Orient

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 3 décembre 1880

À tous Nos véné­rables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Évêques du monde catho­lique, en grâce et com­mu­nion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique. 

La cité sainte de Dieu, qui est l’Eglise, n’é­tant limi­tée par aucune fron­tière, a reçu de son fon­da­teur une telle force que chaque jour elle élar­git l’en­ceinte de sa tente et elle étend les peaux qui couvrent ses taber­nacles [1]. Or, bien que ces accrois­se­ments des nations chré­tiennes soient dus prin­ci­pa­le­ment au souffle inté­rieur et au secours de l’Esprit-​Saint, exté­rieu­re­ment, tou­te­fois, ils s’o­pèrent par le tra­vail des hommes et à la façon humaine.

En effet, il convient à la sagesse de Dieu que toutes choses soient ordon­nées et menées à leur fin par le moyen qui se rap­porte à la nature de cha­cune d’elles. Mais ce n’est point par le moyen d’une seule espèce d’hommes ou d’œuvres que se fait cette acces­sion de nou­veaux citoyens à la Jérusalem céleste. Car tout d’a­bord ceux-​là sont au pre­mier rang qui prêchent la parole de Dieu, et c’est ce que Jésus-​Christ nous a ensei­gné par ses exemples et ses pré­ceptes. C’est aus­si ce sur quoi insis­tait l’a­pôtre saint Paul en ces termes Comment croira-​t-​on à celui qu’on n’au­ra pas enten­du ? Et com­ment entendra-​t-​on sans quel­qu’un qui prêche ? Donc, la foi vient de l’au­di­tion, et l’au­di­tion s’ob­tient de la parole de Jésus-​Christ [2]. Mais cette fonc­tion appar­tient à ceux qui ont été consa­crés régu­liè­re­ment à cet effet.

Or, ceux-​ci reçoivent une grande aide et un grand secours de ceux qui ont cou­tume soit de leur four­nir les res­sources tirées des choses exté­rieures, soit de leur obte­nir les grâces célestes par des prières adres­sées à Dieu. C’est pour­quoi l’Évangile loue les femmes qui don­naient de leurs biens [3] à Jésus-​Christ prê­chant le royaume de Dieu, et saint Paul atteste qu’à ceux qui annoncent l’Évangile, il a été accor­dé par la volon­té de Dieu qu’ils vivent de l’Évangile [4]. Semblablement, nous savons que Jésus-​Christ, par­lant à ses dis­ciples et à ses audi­teurs, leur a don­né cet ordre : Priez le maître de la mois­son d’en­voyer des ouvriers à sa mois­son [5], et que ses pre­miers dis­ciples, à la suite des apôtres, avaient accou­tu­mé de s’a­dres­ser à Dieu en ces termes : Accordez à vos ser­vi­teurs de publier vos paroles en toute confiance [6].

Ces deux sortes de secours qui consistent à don­ner et à prier ont cela de par­ti­cu­lier, qu’é­tant très utiles pour étendre plus au loin les fron­tières du royaume des cieux, ils peuvent faci­le­ment être pro­cu­rés par tous les hommes de quelque rang qu’ils soient. En effet, quel est l’homme de si petite for­tune qui ne puisse don­ner une faible obole, et quel est l’homme, si occu­pé de grandes affaires qu’on le sup­pose, qui ne puisse quel­que­fois prier Dieu pour les mes­sa­gers du saint Évangile ! Or, les hommes apos­to­liques ont tou­jours eu cou­tume de four­nir ces sortes de secours et spé­cia­le­ment les Pontifes romains, à qui incombe sur­tout le sou­ci de la pro­pa­ga­tion de la foi. Néanmoins, les moyens de se pro­cu­rer ces secours n’ont pas tou­jours été les mêmes, mais ils ont été divers et variés, selon la varié­té des lieux et la diver­si­té des temps.

A notre époque, comme on se plaît à pour­suivre les entre­prises dif­fi­ciles en asso­ciant les conseils et les forces de plu­sieurs, nous avons vu par­tout se fon­der des Sociétés ; quelques-​unes se sont même fon­dées à cette fin de. ser­vir à pro­pa­ger la reli­gion dans cer­taines contrées. Mais celle qui brille entre toutes les autres, c’est la pieuse asso­cia­tion qui s’est fon­dée en France, à Lyon, il y a près de soixante ans, et qui s’est appe­lée du nom de Propagation de la Foi Tout d’a­bord elle eut pour but de venir en aide à cer­taines mis­sions en Amérique ; mais bien­tôt, comme le grain de séne­vé, elle crut et devint un grand arbre, dont les branches portent au loin le feuillage, si bien qu’elle étend son action bien­fai­sante à toutes les mis­sions sur tous les points de la terre. Cette illustre ins­ti­tu­tion a été promp­te­ment approu­vée par les pas­teurs de l’Eglise et hono­rée par eux d’a­bon­dants témoi­gnages d’é­loges. Les Pontifes romains Pie VII, Léon XII, Pie VIII, nos pré­dé­ces­seurs, la recom­man­dèrent vive­ment et l’en­ri­chirent d’indulgences.

Elle fut favo­ri­sée avec beau­coup plus de sol­li­ci­tude encore et embras­sée avec une cha­ri­té vrai­ment pater­nelle par Grégoire XVI qui, dans sa lettre Encyclique publiée le 15 août de la qua­ran­tième année de ce siècle, a por­té sur cette ins­ti­tu­tion le juge­ment que voi­ci : « C’est une oeuvre assu­ré­ment grande et très sainte, que Nous esti­mons très digne de l’ad­mi­ra­tion et de l’a­mour de tous les bons, celle qui est sou­te­nue, accrue, for­ti­fiée par les modiques offrandes et les prières quo­ti­diennes adres­sées à Dieu par cha­cun des fidèles ; celle qui a été fon­dée pour sub­ve­nir aux ouvriers apos­to­liques, pour exer­cer envers les néo­phytes les œuvres de la cha­ri­té chré­tienne et pour déli­vrer les fidèles de l’as­saut des per­sé­cu­tions. Et il faut croire que ce n’est pas sans une dis­po­si­tion par­ti­cu­lière de la Providence qu’en ces der­niers temps elle ait été d’un si grand avan­tage et d’une si grande uti­li­té pour l’Eglise. En effet, lorsque l’en­ne­mi infer­nal assaille l’Epouse bien-​aimée du Christ par des machi­na­tions de toutes sortes, il ne pou­vait rien lui arri­ver de plus oppor­tun que de voir les chré­tiens fidèles s’en­flam­mer du désir de pro­pa­ger la véri­té catho­lique, joindre les efforts de leur zèle et de leurs res­sources pour s’ef­for­cer de gagner tout le monde à Jésus-​Christ. » Après avoir ain­si par­lé, Grégoire XVI exhor­tait les évêques à tra­vailler avec soin, cha­cun dans son dio­cèse, pour qu’une ins­ti­tu­tion si salu­taire prît chaque jour de nou­veaux accroissements.

Pie IX, de glo­rieuse mémoire, ne s’é­car­ta pas des traces de son pré­dé­ces­seur ; car il ne lais­sa échap­per aucune occa­sion de favo­ri­ser une socié­té si méri­tante , et d’aug­men­ter encore plus sa pros­pé­ri­té. En effet, par son auto­ri­té, de plus amples pri­vi­lèges d’in­dul­gences pon­ti­fi­cales furent confé­rés à ses membres ; la pié­té des chré­tiens fut exci­tée à venir au secours de cette oeuvre, et les prin­ci­paux de ses membres, dont on avait consta­té les mérites sin­gu­liers, furent revê­tus de diverses marques d’hon­neur ; enfin, cer­taines ins­ti­tu­tions, qui s’é­taient adjointes à elle pour la secon­der, furent hau­te­ment louées et exal­tées p a r le même Souverain Pontife.

Dans le même temps, l’é­mu­la­tion de la pié­té lit que deux autres socié­tés se fon­dèrent, dont Tune s’ap­pe­la de la Sainte-​Enfance de Jésus-​Christ et l’autre des Ecoles d’Orient. La pre­mière se pro­po­sait de prendre et d’a­me­ner aux habi­tudes chré­tiennes les mal­heu­reux enfants que leurs parents, pous­sés par la paresse ou la misère, exposent inhu­mai­ne­ment, sur­tout dans les pays chi­nois, où cette cou­tume bar­bare est plus en usage. Ce sont ces enfants que recueille avec ten­dresse la cha­ri­té des fidèles, qu’elle rachète par­fois et qu’elle s’oc­cupe de laver dans les eaux de la régé­né­ra­tion chré­tienne, afin qu’ils s’é­lèvent avec l’aide de Dieu pour l’es­poir de l’Eglise, ou tout au moins que, s’ils viennent à mou­rir, le moyen leur soit don­né d’ac­qué­rir le bon­heur éternel.

L’autre socié­té que nous avons rap­pe­lée s’oc­cupe des ado­les­cents et s’ef­force par tous les moyens de leur incul­quer la saine doc­trine, en même temps qu’elle veille à écar­ter d’eux les périls de la fausse science à laquelle ils sont sou­vent expo­sés en rai­son de leur impru­dente curio­si­té d’apprendre.

Du reste , l’une et l’autre socié­té viennent au secours de la socié­té plus ancienne qui a le nom de Propagation de la Foi, et, unies avec elle par un pacte ami­cal, elles aspirent au même but en s’ap­puyant aus­si sur l’au­mône et les prières des nations chré­tiennes ; car toutes ont pour objet de faire que, par la dif­fu­sion des lumières de l’Évangile, le plus grand nombre pos­sible de ceux qui sont en dehors de l’Eglise soient ame­nés à la connais­sance de Dieu et l’a­dorent avec Celui qui l’a envoyé, Jésus-​Christ. C’est donc à rai­son que notre pré­dé­ces­seur Pie IX, ain­si que nous l’a­vons indi­qué, a loué dans des lettres apos­to­liques ces deux ins­ti­tu­tions et leur a libé­ra­le­ment octroyé de saintes indulgences.

Ces trois socié­tés ayant donc fleu­ri avec la faveur si mar­quée des Souverains Pontifes et n’ayant jamais ces­sé de pour­suivre cha­cune son oeuvre avec un zèle sans riva­li­té, on les a vues pro­duire des fruits abon­dants de salut, aider puis­sam­ment notre congré­ga­tion de la foi à sou­te­nir la charge des mis­sions, et pros­pé­rer au point de don­ner pour l’a­ve­nir l’heu­reux espoir d’une plus ample mois­son. Mais les orages nom­breux et véhé­ments qui ont été déchaî­nés contre l’Eglise, dans les contrées depuis long­temps éclai­rées par la lumière évan­gé­lique, ont cau­sé du dom­mage aux œuvres mêmes des­ti­nées à civi­li­ser les nations bar­bares. Beaucoup de causes, en effet, sont venues dimi­nuer le nombre et la géné­ro­si­té des asso­ciés. Et certes, quand tant d’i­dées per­verses sont répan­dues dans le peuple, qui aiguisent l’ap­pé­tit du bon­heur ter­restre et ban­nissent l’es­pé­rance des biens célestes, qu’at­tendre de ceux qui ne se servent de leur esprit que pour dési­rer, et de leur corps que pour se pro­cu­rer le plai­sir ? Ces hommes-​là font-​ils, par l’ef­fu­sion de leurs prières, que Dieu, tou­ché dans sa misé­ri­corde, amène par sa grâce vic­to­rieuse à l a divine lumière de l’Évangile les peuples assis dans les ténèbres ? Subviennent-​ils aux prêtres qui tra­vaillent et com­battent pour la foi ? Le mal­heur des temps’est venu aus­si dimi­nuer les dis­po­si­tions géné­reuses des gens pieux eux-​mêmes, soit que l’é­ten­due de l’i­ni­qui­té ait refroi­di la cha­ri­té de beau­coup, soit que la gêne domes­tique, les per­tur­ba­tions poli­tiques, sans comp­ter la crainte de temps plus mau­vais encore, aient rend u la plu­part d’entre eux plus âpres à l’é­pargne et plus par­ci­mo­nieux pour l’aumône.

Par contre, de nom­breuses et lourdes néces­si­tés pèsent et pressent sur les mis­sions apos­to­liques, la pro­vi­sion d’ou­vriers évan­gé­liques allant chaque jour en dimi­nuant ; et il ne s’en trouve pas d’aus­si nom­breux et d’aus­si zélés pour rem­pla­cer ceux que la mort a enle­vés, que la vieillesse a acca­blés, que le tra­vail a bri­sés. Car nous voyons les familles reli­gieuses, d’où sor­taient un grand nombre de mis­sion­naires, dis­soutes par des lois iniques, les clercs arra­chés de l’au­tel et astreints au ser­vice mili­taire, les biens de l’un et l’autre cler­gé par­tout mis en vente et condamnés.

En outre, de nou­velles routes ayant été ouvertes, par suite d’une explo­ra­tion plus éten­due des lieux et des peuples, vers des contrées tenues jusque-​là impra­ti­cables, des expé­di­tions mul­tiples de sol­dats du Christ se sont for­mées et de nou­velles sta­tions ont été éta­blies ; et ain­si on manque main­te­nant de beau­coup d’ou­vriers pour se dévouer à ces mis­sions et por­ter un concours oppor­tun. — Nous pas­sons sous silence les dif­fi­cul­tés et les obs­tacles nés des contra­dic­tions. Souvent, en effet, des hommes fal­la­cieux, des semeurs d’er­reurs, se donnent pour des apôtres du Christ et abon­dam­ment pour­vus des res­sources humaines, entravent le minis­tère des prêtres catho­liques, ou viennent après ceux qui sont par­tis, ou élèvent chaire contre chaire, croyant avoir assez fait en ren­dant dou­teuse la voie du salut à ceux qui entendent annon­cer la parole de Dieu autre­ment par les uns et par les autres. Plût à Dieu qu’ils ne réus­sissent point dans leurs arti­fices ! Mais com­bien il est regret­table que tels et tels qui ont en dégoût de pareils maîtres ou qui ne les ont jamais connus, et qui aspirent après la pure lumière de la véri­té, n’aient sou­vent pas un homme pour les ins­truire de la saine doc­trine et les ame­ner dans le sein de l’Eglise ! Petits enfants, ils demandent du pain, et il n ” y a per­sonne pour leur en don­ner ; les pays sont comme une mois­son blan­chis­sante, et cette-​moisson est riche ; mais les ouvriers sont peu nom­breux et ils le devien­dront peut-​être encore moins.

Puisqu’il en est ain­si, Vénérables Frères, Nous esti­mons qu’il est de Notre charge de sti­mu­ler le zèle pieux et la cha­ri­té des chré­tiens, pour qu’ils s’ef­forcent, soit par leurs prières, soit par leurs aumônes, d’ai­der l’oeuvre des mis­sions et de favo­ri­ser la pro­pa­ga­tion de la foi. Les biens qu’on se pro­pose, les fruits à recueillir, montrent l’im­por­tance de cette sainte entre­prise. Elle a, en effet, pour objet direct la gloire du nom de Dieu et l’ex­ten­sion du règne de Jésus- Christ sur la terre ; elle est aus­si un bien­fait inap­pré­ciable pour ceux qui sont tirés de la fange des vices et des ombres de la mort ; car, non seule­ment ils deviennent aptes au salut éter­nel, mais ils sont ame­nés de la bar­ba­rie et d’un état de mœurs sau­vage à la plé­ni­tude de la civi­li­sa­tion. De plus, elle est, pour ceux qui y par­ti­cipent, gran­de­ment utile et fruc­tueuse, puis­qu’elle leur assure les richesses spi­ri­tuelles, leur four­nit un sujet de mérite, et leur donne, pour ain­si dire, Dieu comme débiteur.

Vous donc, Vénérables Frères, qui êtes appe­lés à par­ta­ger Notre sol­li­ci­tude, Nous Vous exhor­tons de plus en plus à Vous effor­cer una­ni­me­ment de venir en aide avec zèle et ardeur aux mis­sions apos­to­liques, met­tant en Dieu Votre confiance et ne Vous lais­sant effrayer par aucune dif­fi­cul­té. Il y va du salut des âmes, pour lequel Notre Rédempteur a don­né sa vie et Nous a confié à Nous, évêques et prêtres, l’oeuvre sainte de com­plé­ter son corps. C’est pour­quoi, en res­tant cha­cun au poste où Dieu Nous a pla­cés et à la garde du trou­peau qu’il Nous a confié, efforçons-​Nous ardem­ment d’ap­por­ter aux saintes mis­sions les secours que Nous avons rap­pe­lés comme étant en usage depuis le com­men­ce­ment de l’Eglise, à savoir la pré­di­ca­tion de l’Évangile et les prières , avec les aumônes des pieux fidèles.

Si donc Vous connais­sez des hommes zélés pour la gloire de Dieu et en même temps dis­po­sés et aptes à par­tir pour ces saintes expé­di­tions, encouragez-​les, afin que la volon­té de Dieu étant bien connue et mani­fes­tée, ils n’é­coutent point la chair et le sang, mais plu­tôt qu’ils se hâtent de répondre à l’ap­pel du Saint-​Esprit. Auprès des autres prêtres, des Ordres reli­gieux de l’un et l “autre sexe, de tous les fidèles enfin confiés à Vos soins, insis­tez pour qu’ils méritent par leurs prières inces­santes d’ob­te­nir le secours divin en faveur des semeurs de la parole de Dieu. Que ceux qui prient invoquent la Vierge, Mère de Dieu, qui a la puis­sance de détruire tous les monstres des erreur, et son très pur Époux, que plu­sieurs mis­sions se sont déjà don­né pour patron et pour pro­tec­teur, et que, der­niè­re­ment, le Siège Apostolique a éta­bli patron de l’Eglise uni­ver­selle ; et aus­si les princes et tout le col­lège des apôtres d’où est par­tie la pre­mière pré­di­ca­tion de l’Évangile qui a reten­ti dans le monde entier ; enfin, tous les hommes érai­nents en sain­te­té qui ont consu­mé leurs forces dans ce minis­tère ou ont répan­du leur vie avec leur sang.

Qu’à la prière sup­pliante s’a­joute l’au­mône, dont l’ef­fi­ca­ci­té est telle qu’elle fera de ceux gui sont le plus éloi­gnés et le plus occu­pés d’autres choses, les coad­ju­teurs des hommes apos­to­liques, les asso­cies de leurs tra­vaux et de leurs mérites. À notre époque, beau­coup souffrent de gênes de famille, mais que per­sonne, pour cela, ne se décou­rage ; la coti­sa­tion deman­dée pour cette oeuvre ne peut être à charge à presque per­sonne, puisque avec beau­coup de petites sous­crip­tions mises en com­mun, on arrive à se pro­cu­rer d’as­sez nom­breuses ressources.

Que cha­cun donc, sur Vos exhor­ta­tions, Vénérables Frères, consi­dère que sa libé­ra­li­té ne lui sera point à détri­ment, mais à gain, parce qu’il p r ê t e à Dieu celui qui donne à l’in­di­gent, et c’est pour cela que la pra­tique de l’au­mône a été appe­lée la plus fruc­tueuse de toutes les opé­ra­tions. En effet, si au témoi­gnage de Jésus-​Christ lui-​même, il ne per­dra pas sa récom­pense celui qui aura don­né un verre d’eau froide à l’un des petits, il aura certes une très grande récom­pense celui qui, par la moindre obole don­née pour les saintes mis­sions et par des prières, exerce des œuvres de cha­ri­té à la fois nom­breuses et variées, et celle que les saints Pères ont pro­cla­mée divine entre toutes, puis­qu’il devient l’auxi­liaire de Dieu pour le salut du prochain.

Nous sommes assu­ré, Vénérables Frères, que, réflé­chis­sant à ces choses, et enflam­més par Vos exhor­ta­tions, tous ceux qui se glo­ri­fient du nom de catho­liques, ne man­que­ront pas à ce devoir de pié­té qui Nous est tant à cœur. Nous sommes assu­ré qu’ils ne souf­fri­ront pas de voir leurs efforts pour l’ex­ten­sion du royaume de Jésus-​Christ vain­cus par le zèle et l’ha­bi­le­té de ceux qui s’ef­forcent de pro­pa­ger la domi­na­tion du prince des ténèbres.

Cependant, priant Dieu d’être pro­pice aux pieuses entre­prises des nations chré­tiennes, Nous Vous don­nons très affec­tueu­se­ment dans le Seigneur la Bénédiction Apostolique, prin­ci­pa­le­ment comme témoi­gnage de Notre bien­veillance, à vous, Vénérables Frères, au cler­gé et au peuple confié à Notre vigilance.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 3 décembre 1880, la troi­sième année de notre pontificat.

LÉON XIII, Pape

Notes de bas de page

  1. Is M Liv, 2.[]
  2. Rom., x, 14, 17.[]
  3. Luc, VIII, 3.[]
  4. 1 Cor., ix, 14.[]
  5. Matth., ix, 38 ; Luc, x, 2[]
  6. Act., iv, 29.[]
fraternité sainte pie X