Pie XII

Discours aux jeunes filles

22 mai 1941

La mode

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 22 mai 1941

Notre joie est vive, chères filles, de bénir à nou­veau en vous la sainte « croi­sade de la pure­té » que vous avez si oppor­tu­né­ment entre­prise et que vous pour­sui­vez cou­ra­geu­se­ment sous la puis­sante pro­tec­tion de la Vierge toute pure, Marie immaculée.

Le digne et heu­reux nom de croi­sade que vous avez choi­si et impo­sé à votre belle et grande cam­pagne arbore une croix brillante, phare de salut pour le monde, et évoque les glo­rieux sou­ve­nirs his­to­riques des croi­sades des peuples chré­tiens, saintes expédi­tions et batailles livrées sous les dra­peaux sacrés pour la conquête des Lieux saints et pour la défense des pays catho­liques contre les inva­sions et les menaces des infi­dèles. Vous aus­si, vous enten­dez défendre un domaine catho­lique, la terre de la pure­té, y conqué­rir et conser­ver ces lis qui, comme un nuage char­gé de la bonne odeur du Christ, répandent leur par­fum dans les familles, les réunions d’amis, les rues, les assem­blées, les spec­tacles, les diver­tis­se­ments publics et pri­vés. C’est une croi­sade contre les enne­mis de la morale catho­lique, contre les périls que créent, dans le calme cou­rant des bonnes mœurs des peuples, les flots puis­sants de l’immoralité qui débouchent par les rues du monde et enva­hissent toutes les classes sociales.

Qu’aujourd’hui un tel péril existe par­tout, l’Église n’est pas seule à le dire. Même par­mi les hommes étran­gers à la foi chré­tienne, les esprits les plus clair­voyants et les plus sou­cieux du bien public en dénon­cent hau­te­ment les menaces ter­ribles pour l’ordre social et pour l’avenir des nations. Ces exci­ta­tions à l’impureté qui se mul­ti­plient à l’heure actuelle empoi­sonnent les racines de vie, alors que le frein du mal est encore plus affai­bli par l’indulgence, qu’on appel­lerait mieux une néga­tion, d’une par­tie de plus en plus éten­due de la conscience publique qui se montre aveugle en face des désordres moraux les plus répréhensibles.

Cette immo­ra­li­té est-​elle plus grande aujourd’hui qu’à d’autres époques anté­rieures ? Il serait peut-​être impru­dent de l’affirmer, en tout cas, c’est là une ques­tion oiseuse. Déjà, l’auteur de 1’Ecclésiaste écri­vait cet aver­tis­se­ment : « Ne dis pas : d’où vient que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-​ci ? Car une telle ques­tion est sotte. Toutes les choses sont dif­fi­ciles. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; et il n’y a rien de nou­veau sous le soleil » (Eccl VII, 11 ; I, 8–10).

La vie de l’homme sur terre — même dans les siècles chré­tiens — est tou­jours une bataille. Nous devons sau­ver nos âmes et celles de nos frères dans notre temps et, aujourd’hui, le péril est cer­tai­ne­ment plus grand car les arti­fices qui excitent les pas­sions ont extra­or­di­nai­re­ment aug­men­té, alors qu’en d’autres temps ils étaient confi­nés dans des cercles res­treints. Le pro­grès de la presse, les livres à bon mar­ché comme les livres de luxe, les pho­to­gra­phies, les illus­tra­tions, les repro­duc­tions artis­tiques de toute espèce, de toute cou­leur et de tout prix, les ciné­mas, les spec­tacles de varié­tés et cent autres moyens trom­peurs et secrets pro­pagent les attraits du mal et les mettent dans les mains de tous, grands et petits, femmes et filles. N’y a‑t-​il pas une mode qui s’étale aux yeux de tous, auda­cieuse et mal­séante à une jeune fille éle­vée chré­tien­ne­ment ? Le ciné­ma ne fait-​il pas assis­ter à des repré­sen­ta­tions qui, autre­fois, se réfu­giaient dans des enceintes où l’on n’aurait jamais osé mettre le pied ?

En face de ces périls, les pou­voirs publics ont pris en plu­sieurs pays des dis­po­si­tions d’ordre légis­la­tif ou admi­nis­tra­tif pour endi­guer le débor­de­ment de l’im­moralité. Mais, dans le domaine des mœurs, l’action exté­rieure des auto­ri­tés, même les plus puis­santes, pour louable, utile et néces­saire qu’elle soit, ne réus­sira jamais à obte­nir à elle seule ces fruits sin­cères et salu­taires qui gué­rissent les âmes sur les­quelles doit opé­rer une force plus puissante.

L’Église doit tra­vailler sur les âmes, et à son ser­vice l’Action catho­lique, votre action, en étroite union et sous la direc­tion de la hié­rar­chie ecclé­sias­tique, en com­bat­tant les périls de l’inconduite dans tous les domaines qui vous sont ouverts : dans celui de la mode, du vête­ment et de l’habillement, de l’hygiène et du sport, dans le domaine des rela­tions sociales et des diver­tis­se­ments. Vos armes seront votre parole et votre exemple, votre ama­bi­li­té et votre main­tien, armes qui témoignent aus­si auprès des autres et ren­dent pos­sible et louable le com­por­te­ment qui vous honore et honore votre activité.

Nous ne nous pro­po­sons pas de retra­cer ici le triste tableau trop connu des désordres qui se pré­sentent à vos yeux : vête­ments si exi­gus ou tels qu’ils semblent faits plu­tôt pour mettre davan­tage en relief ce qu’ils devraient voi­ler ; par­ties de sport qui se déploient dans des condi­tions de vête­ments, d’exhibition et de cama­ra­de­rie, incon­ci­liables avec la modes­tie même la moins exi­geante ; danses, spec­tacles, audi­tions, lec­tures, illus­tra­tions, orne­ments, où le désir du diver­tissement et du plai­sir accu­mule les périls les plus graves. Nous enten­dons plu­tôt vous rap­pe­ler et remettre sous vos yeux les prin­cipes de la foi catho­lique qui, en ces matières, doivent éclai­rer votre juge­ment, gui­der votre conduite et vos pas, ins­pi­rer et sou­te­nir votre lutte spirituelle.

Car c’est bien d’une lutte qu’il s’agit. La pure­té des âmes vivant de la grâce sur­na­tu­relle ne se conserve ni ne se conser­ve­ra jamais sans com­bat. Heureuses êtes-​vous d’avoir reçu dans vos familles, à l’aube de votre vie, depuis le ber­ceau, avec le bap­tême, une vie plus éle­vée, la vie divine ! Enfants incons­cientes d’un si grand don et d’un si grand bon­heur, vous n’avez alors point eu à com­battre — comme des âmes plus mûres, moins heu­reuses que vous — pour la conquête d’un si haut bien ; mais vous-​mêmes ne le conserve­rez point sans lutte.

Si la grâce puri­fiante et sanc­ti­fiante qui vous a récon­ci­liées avec Dieu comme filles d’adoption et héri­tières du Ciel, a effa­cé dans votre âme le péché origi­nel, elle n’en a pas moins lais­sé en vous le triste héri­tage d’Adam, qui est ce dés­équi­libre inté­rieur, la lutte que sen­tait même le grand apôtre saint Paul qui, tout en pre­nant plai­sir à la loi de Dieu selon l’homme inté­rieur, voyait dans ses membres une autre loi du péché (Rm VII, 22–23), loi des pas­sions et des incli­na­tions désor­don­nées, qui ne se laissent jamais plei­ne­ment domp­ter, et avec les­quelles, allié de la chair et du monde, conspire un ange de Satan, dont les tenta­tions molestent les âmes. Telle est la guerre qui se livre entre l’esprit et la chair, si ouver­te­ment attes­tée par la Révélation divine qu’à l’exception de la Vierge bien­heu­reuse il est vain d’imaginer une vie humaine qui puisse être à la fois pure et vécue sans vigi­lance et sans com­bat. Ne don­nez point dans l’illusion de croire votre âme insen­sible aux exci­ta­tions, invin­cible aux attraits et aux périls. Il est vrai que l’habitude sou­vent réus­sit à rendre l’esprit moins sujet à de telles impres­sions, sur­tout lorsqu’il en est détour­né, absor­bé dans ses forces vives par l’exercice d’une acti­vi­té profes­sionnelle ou intel­lec­tuelle plus éle­vée. Mais s’imaginer que toutes les âmes, si enclines aux pas­sions, puissent se rendre insen­sibles aux exci­ta­tions pro­vo­quées par les images qui, colo­rées des attraits du plai­sir, attisent et retiennent sur elles l’attention, serait sup­poser et esti­mer que la maligne com­pli­ci­té que ces périlleuses ins­ti­ga­tions trouvent dans les ins­tincts de la nature humaine déchue et désor­don­née puisse jamais ces­ser ou diminuer.

Cette lutte inévi­table, vous l’accepterez cou­ra­geu­se­ment et chré­tien­ne­ment. Le but de votre action com­mune ne peut donc être de la sup­pri­mer tota­le­ment, mais elle doit tendre à obte­nir que ce com­bat spi­ri­tuel néces­saire ne soit pas ren­du pour les âmes plus diffi­cile et plus périlleux par les cir­cons­tances exté­rieures, par l’atmosphère dans laquelle les cœurs qui en souf­frent les assauts doivent le sou­te­nir et le pour­suivre. Sur les champs de bataille de l’Église, où s’affrontent la ver­tu et le vice, vous ren­con­tre­rez tou­jours quelques carac­tères aux­quels Dieu a don­né une trempe intré­pide, héroïque. Soutenus par la grâce, ils ne se laissent ni ébran­ler ni ren­ver­ser par aucune impul­sion ; ils savent ouver­te­ment se main­te­nir sans cor­rup­tion et purs au milieu de la fange qui les entoure, pareils à un levain de bonne fer­men­ta­tion et de régé­né­ra­tion pour ce grand nombre d’âmes — rache­tées, elles aus­si, par le sang du Christ — qui font masse autour d’eux. Dès lors, le but de votre lutte est que la pure­té chré­tienne, condi­tion de salut pour les âmes, devienne moins ardue pour toutes les bonnes volon­tés, de sorte que les ten­ta­tions, nées de contin­gences exté­rieures, ne dépassent pas les limites de cette résis­tance qu’avec la grâce de Dieu, la médiocre vigueur de beau­coup d’âmes est capable d’opposer.

Pour réa­li­ser des réso­lu­tions aus­si saintes et aus­si ver­tueuses, il convient d’agir sur les milieux et les cou­rants d’idées que peut influen­cer assez effi­ca­ce­ment une action com­mune, alors qu’une action indi­viduelle et iso­lée a une effi­ca­ci­té limi­tée ou nulle. Si l’union fait la force, seul un groupe com­pact et aus­si nom­breux que pos­sible d’esprits chré­tiens réso­lus et sans crainte sau­ra, là où leur conscience parle et l’exige, secouer le joug de cer­tains milieux sociaux, se libé­rer de la tyran­nie, plus forte aujourd’hui que jamais, des modes de toute sorte, modes du vête­ment, modes dans les usages et les rela­tions sociales.

La mode n’a, en elle-​même, rien de mau­vais. Elle naît spon­ta­né­ment de la socia­bi­li­té humaine, sui­vant l’impulsion qui incline à se mettre en har­mo­nie avec ses sem­blables et avec les habi­tudes des per­sonnes par­mi les­quelles on vit. Dieu ne vous demande point de vivre en dehors de votre temps, de res­ter indiffé­rentes aux exi­gences de la mode au point de vous rendre ridi­cules en vous habillant à l’encontre des goûts et des usages com­muns de vos contem­po­raines, sans vous pré­oc­cu­per jamais de ce qui leur plaît. Ainsi, l’angélique saint Thomas d’Aquin affirme-​t-​il que dans les choses exté­rieures dont l’homme fait usage il n’y a pas de vice, mais que le vice vient de l’homme qui en use immo­dé­ré­ment par rap­port aux usages de ceux avec les­quels il vit, en se dis­tin­guant d’une façon étrange d’avec les autres, ou en usant des choses d’une façon conforme ou non conforme aux usages éta­blis, mais avec un sen­ti­ment désor­don­né, par sur­abon­dance de vête­ments super­be­ment ornés, ou por­tés avec com­plai­sance ou recher­chés avec une sol­li­ci­tude exa­gé­rée, alors que la modes­tie et la sim­plicité suf­fi­raient à satis­faire au déco­rum néces­saire. Le même saint doc­teur ajoute enfin qu’il y a acte méri­toire de ver­tu dans la parure fémi­nine quand elle est conforme à l’usage, conforme à l’état de la per­sonne et dans une bonne inten­tion. Lorsque les femmes por­tent des orne­ments décents en har­mo­nie avec leur état et leur digni­té, lorsqu’elles suivent en cela avec mesure les cou­tumes de leur pays, alors se parer est aus­si un acte de cette ver­tu de la modé­ra­tion qui imprime une mesure à la démarche, à l’attitude, au vête­ment et à tous les mou­ve­ments extérieurs.

Dans l’attitude à obser­ver à l’égard de la mode, la ver­tu tient le juste milieu. Ce que Dieu vous demande est de vous sou­ve­nir tou­jours que la mode n’est pas ni ne peut être la règle suprême de votre conduite, qu’au-dessus de la mode et de ses exi­gences, il y a des lois plus hautes et impé­rieuses, des prin­cipes supé­rieurs et immuables qui, en aucun cas, ne peuvent être sacri­fiés au gré du plai­sir ou du caprice et devant les­quels l’idole de la mode doit savoir abais­ser sa fugi­tive toute-​puissance. Ces prin­cipes ont été pro­cla­més par Dieu, par l’Église, par les saints et les saintes, par la rai­son et par la morale chré­tienne. Ce sont des signaux qui marquent les limites au-​delà des­quelles ne fleu­rissent pas les lis et les roses, où la pure­té, la modes­tie, la digni­té et l’honneur fémi­nins n’exhalent plus leurs par­fums, mais où souffle et règne un air mal­sain de légè­re­té, de lan­gage équi­voque, de vani­té auda­cieuse, de fatui­té dans le cœur tout autant que dans l’habillement. Ce sont ces prin­cipes que saint Thomas d’Aquin énonce et rap­pelle tou­chant la toi­lette de la femme en indi­quant quel doit être l’ordre de notre cha­ri­té et de nos affec­tions : le bien de notre âme l’emporte sur celui de notre corps, et nous devons pré­fé­rer à l’avantage de notre propre corps le bien de l’âme de notre pro­chain. Dès lors ne voyez-​vous pas qu’il existe une limite qu’aucune forme de mode ne peut per­mettre de dépas­ser, une limite au-​delà de laquelle la mode se fait source de ruines pour l’âme de la femme et pour l’âme d’autrui ?

Certaines jeunes filles diront peut-​être que telle façon déter­mi­née de se vêtir est plus com­mode et aus­si hygié­nique ; mais si elle devient pour le salut de l’âme un péril grave et pro­chain, elle n’est cer­tai­ne­ment pas hygié­nique pour votre esprit et il est de votre devoir d’y renon­cer. La volon­té de sau­ver leur âme a ren­du héroïques les mar­tyres, telles les Agnès et les Cécile, au milieu des tour­ments et des lacé­ra­tions de leur corps vir­gi­nal. Vous, leurs sœurs dans la foi, dans l’amour du Christ et dans l’estime de la ver­tu, vous ne trou­ve­riez pas au fond de votre cœur le cou­rage et la force de sacri­fier un peu de bien-​être, un avan­tage phy­sique, si l’on veut, pour gar­der saine et pure la vie de vos âmes ? Et si, pour un simple plai­sir per­son­nel, nul n’a le droit de mettre en péril la vie cor­porelle des autres, est-​ce qu’il n’est pas encore moins per­mis de com­pro­mettre le salut, donc la vie même de leurs âmes ? Si, comme le pré­tendent cer­taines, une mode auda­cieuse ne pro­duit sur elles aucune impres­sion mau­vaise, que savent-​elles de l’impression que les autres en res­sentent ? Qui les assure que les autres n’en retirent pas de mau­vaises inci­ta­tions ? Vous ne connais­sez pas le fond de la fra­gi­li­té humaine ni de quel sang cor­rom­pu ruis­sellent les bles­sures lais­sées dans la nature humaine par le péché d’Adam avec l’ignorance dans l’intelligence, la malice dans la volon­té, l’avidité du plai­sir et la fai­blesse à l’égard du bien ardu dans les pas­sions des sens, à tel point que l’homme, souple comme la cire pour le mal, « voit ce qui est mieux et l’approuve et s’attache au pire », à cause de ce poids qui tou­jours, comme du plomb, l’entraîne au fond. Oh ! com­bien jus­te­ment on a obser­vé que si cer­taines chré­tiennes soup­çon­naient les tenta­tions et les chutes qu’elles causent chez les autres par leur toi­lette et les fami­lia­ri­tés aux­quelles, dans leur légè­re­té, elles accordent si peu d’importance, elles s’épouvanteraient de leur responsabilité !

A quoi nous n’hésitons pas d’ajouter : Ô mères chré­tiennes, si vous saviez quel ave­nir d’angoisses et de périls inté­rieurs, de doutes mal répri­més, de hontes mal conte­nues vous pré­pa­rez à vos fils et à vos filles en les accou­tu­mant impru­dem­ment à vivre à peine cou­verts, en leur fai­sant perdre le sens déli­cat de la modes­tie, vous rou­gi­riez de vous-​mêmes et vous redou­te­riez la honte que vous vous faites à vous-​mêmes et le tort que vous cau­sez à ces enfants que le Ciel vous a confiés pour les éle­ver chré­tien­ne­ment. Et ce que nous disons aux mères, nous le répé­tons à nombre de femmes croyantes et même pieuses qui, en accep­tant de suivre telle ou telle mode auda­cieuse, font tom­ber par leur exemple les der­nières hési­ta­tions qui retiennent une foule de leurs sœurs loin de cette mode qui pour­ra deve­nir pour elles une cause de ruine spi­ri­tuelle. Tant que cer­taines toi­lettes provo­cantes demeurent le triste pri­vi­lège de femmes de répu­ta­tion dou­teuse et comme le signe qui les fait recon­naître, on n’osera pas les adop­ter pour soi. Mais le jour où ces toi­lettes appa­raissent por­tées par des per­sonnes au-​dessus de tout soup­çon, on n’hésitera plus à suivre le cou­rant, un cou­rant qui entraî­ne­ra peut-​être aux pires chutes.

S’il convient que toutes les femmes chré­tiennes aient le cou­rage de se mettre en face de si graves res­ponsabilités morales, vous, chères filles, à cause de ce vif sen­ti­ment que vous avez pui­sé dans votre foi et dans la can­deur de la ver­tu, vous avez la gloire de vous être unies, pala­dines de la pure­té, dans votre sainte croi­sade. Isolées, votre har­diesse serait de peu de valeur pour s’opposer à l’invasion du mal qui vous entoure ; étroi­te­ment unies et enca­drées, vous serez une légion suf­fi­sam­ment forte et puis­sante pour impo­ser le res­pect des droits de la modes­tie chré­tienne. Votre sens de jeunes catho­liques, sens affi­né et sou­te­nu par la sagesse de la foi et la pra­tique consciente d’une vie soli­de­ment pieuse, vous fera voir et dis­cer­ner, à la lumière de l’Esprit de Dieu, avec l’aide de sa grâce obte­nue par la prière et aus­si avec le secours des conseils deman­dés à ceux que Jésus-​Christ a pla­cés comme guides et maîtres à vos côtés, ce qui, dans les modes, dans les usages et dans les bien­séances sociales qui se pré­sentent à vous, est plei­ne­ment accep­table, ce qui est seule­ment tolé­rable, ce qui est tout à fait inad­mis­sible. La connais­sance claire et pro­fon­dé­ment sen­tie de votre devoir vous ren­dra cou­ra­geuses et loyales dans l’appui mutuel, pour l’accomplir sans hési­ta­tion, mais avec une réso­lu­tion digne de votre ardeur juvénile.

Belle est la ver­tu de pure­té et suave la grâce qui brille non seule­ment dans les faits, mais aus­si dans la parole qui n’outrepasse jamais les règles de la bien­séance et de la poli­tesse et qui assai­sonne d’amour l’avis et l’avertissement. La géné­ra­tion chaste est aus­si écla­tante de grâce devant Dieu que devant les hommes. Aux jours d’épreuves, de souf­frances, de sacri­fices et d’austères devoirs où nous sommes, elle ne craint pas de s’élever de tout son pou­voir à la hau­teur des graves obli­ga­tions que lui impose la Providence. Aujourd’hui, chères filles, la croi­sade pour vous n’est point dans l’épée, le sang ou le mar­tyre, mais dans l’exemple, la parole et l’exhortation. Contre vos éner­gies et vos des­seins se dresse, tel un enne­mi capi­tal, le démon de l’impureté et de la licence des mœurs. Levez hau­te­ment la tête vers le Ciel, d’où le Christ et la Vierge imma­cu­lée, sa Mère, vous contemplent. Soyez fortes et inflexibles dans l’accom­plissement de votre devoir de chré­tiennes. Prenez la défense de la pure­té en mar­chant contre la cor­rup­tion qui amol­lit la jeu­nesse. Rendez à votre chère patrie ce ser­vice d’une valeur inap­pré­ciable en tra­vaillant et en coopé­rant effi­ca­ce­ment à répandre dans les âmes plus de pure­té et de can­deur ; par là, vous les ren­drez plus pru­dentes, plus vigi­lantes, plus droites, plus fortes, plus généreuses.

De grâce, que la Reine des anges, vic­to­rieuse du ser­pent insi­dieux, toute pure, toute forte de sa pure­té, sou­tienne et dirige vos efforts dans cette croi­sade qu’elle vous a ins­pi­rée ! Qu’elle bénisse votre éten­dard et la cou­ronne des can­dides tro­phées de vos victoires !

PIE XII, Pape.

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