1er septembre 1910

Motu proprio Sacrorum antistitum

Serment anti-moderniste. Vigilance des évêques sur l'enseignement des clercs.

Table des matières

Vatican le 1er sep­tembre 1910

Aucun évêque n’i­gnore, croyons-​Nous, qu’une race très per­ni­cieuse d’hommes, les moder­nistes, même après que l’Encyclique Pascendi domi­ni­ci gre­gis (8 sept. 1907) eut levé le masque dont ils se cou­vraient, n’ont pas aban­don­né leurs des­seins de trou­bler la paix de l’Église. Ils n’ont pas ces­sé, en effet, de recher­cher et de grou­per en une asso­cia­tion secrète de nou­veaux adeptes, et d’i­no­cu­ler avec eux, dans les veines de la socié­té chré­tienne, le poi­son de leurs opi­nions, par la publi­ca­tion de livres et de bro­chures dont ils taisent ou dis­si­mulent les noms des auteurs. Si, après avoir relu Notre Lettre Encyclique pré­ci­tée, l’on consi­dère atten­ti­ve­ment cette auda­cieuse témé­ri­té qui Nous a cau­sé tant de dou­leur, on se convain­cra sans peine que ces hommes ne dif­fèrent en rien de ceux que Nous avons dépeints dans ce docu­ment. Ces adver­saires sont d’au­tant plus à redou­ter qu’ils nous touchent de plus près ; ils abusent de leur minis­tère pour tendre l’ap­pât d’une nour­ri­ture empoi­son­née ; en vue de sur­prendre la bonne foi de ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, ils pro­pagent autour d’eux une appa­rence de doc­trine, qui contient la somme de toutes les erreurs.

Ce fléau se pro­pa­geant consi­dé­ra­ble­ment dans cette par­tie du champ du Seigneur dont on devrait attendre les meilleurs fruits, il est de votre devoir à Vous, évêques, de tra­vailler à la défense de la foi catho­lique, et de veiller avec le plus grand soin à ce que l’in­té­gri­té de ce dépôt divin ne subisse aucune atteinte, comme il Nous appar­tient sur­tout à Nous d’exé­cu­ter l’ordre du Christ Sauveur, qui a dit à Pierre, dont Nous avons, mal­gré Notre indi­gni­té, héri­té la pri­mau­té : Confirme tes frères.

C’est pour­quoi, afin de raf­fer­mir le cou­rage des hommes de bien dans la lutte actuelle, Nous avons jugé oppor­tun de rap­pe­ler ces ensei­gne­ments et pres­crip­tions du docu­ment précité.

« Nous vous prions et vous conju­rons de ne pas souf­frir que l’on puisse trou­ver le moins du monde à redire, en une matière si grave, à votre vigi­lance, à votre zèle, à votre fer­me­té. Et ce que Nous vous deman­dons et que Nous atten­dons de vous, Nous le deman­dons aus­si et l’at­ten­dons de tous les autres pas­teurs d’âmes, de tous les édu­ca­teurs et pro­fes­seurs de la jeu­nesse clé­ri­cale, et tout spé­cia­le­ment des Supérieurs majeurs des Instituts religieux.

I. En ce qui regarde les études, Nous vou­lons et ordon­nons que la phi­lo­so­phie sco­las­tique soit mise à la base des sciences sacrées. Il va sans dire que s’il se ren­contre quelque chose chez les doc­teurs sco­las­tiques que l’on puisse regar­der comme excès de sub­ti­li­té, ou qui soit pro­po­sé sans qu’on veuille y atta­cher beau­coup d’im­por­tance, ou qui ne cadre pas avec les décou­vertes des temps pos­té­rieurs, ou qui n’ait enfin aucune espèce de pro­ba­bi­li­té, il est bien loin de Notre esprit de vou­loir le pro­po­ser à l’i­mi­ta­tion des géné­ra­tions pré­sentes [1]. Et quand Nous pres­cri­vons la phi­lo­so­phie sco­las­tique, ce que Nous enten­dons sur­tout par là – ceci est capi­tal -, c’est la phi­lo­so­phie que nous a léguée le Docteur angé­lique. Nous décla­rons donc que tout ce qui a été édic­té à ce sujet par Notre Prédécesseur reste plei­ne­ment en vigueur, et, en tant que de besoin, Nous l’é­dic­tons à nou­veau et le confir­mons, et ordon­nons qu’il soit par tous rigou­reu­se­ment obser­vé. Que, dans les Séminaires où on aurait pu le mettre en oubli, les évêques en imposent et en exigent l’ob­ser­vance : pres­crip­tions qui s’a­dressent aus­si aux Supérieurs des Instituts reli­gieux. Et que les pro­fes­seurs sachent bien que s’é­car­ter de saint Thomas, sur­tout dans les ques­tions méta­phy­siques, ne va pas sans détri­ment grave. Une erreur qui est petite dans son prin­cipe, pour me ser­vir des termes mêmes de saint Thomas, est grande dans ses consé­quences der­nières (De Ente et Essentia prœm).

Sur cette base philosophique que l’on élève solidement l’édifice théologique.

Autant que vous le pour­rez, Vénérables Frères, sti­mu­lez à l’é­tude de la théo­lo­gie, de façon que les clercs en emportent, au sor­tir du Séminaire, une estime pro­fonde et un ardent amour, et que toute leur vie ils en fassent leurs délices. Car nul n’i­gnore que, par­mi cette grande mul­ti­tude de sciences, et si diverses, qui s’offrent à l’es­prit avide de véri­té, la pre­mière place revient de droit à la théo­lo­gie, tel­le­ment que c’é­tait une maxime de l’an­tique sagesse que le devoir des autres sciences, comme des arts, est de lui être assu­jet­ties et sou­mises à la manière des ser­vantes [2].

Ajoutons que ceux-​là, entre autres, Nous paraissent dignes de louanges qui, plei­ne­ment res­pec­tueux de la tra­di­tion des saints Pères, du magis­tère ecclé­sias­tique, mesu­rés dans leur juge­ment, et se gui­dant sur les normes catho­liques (ce qui ne se voit pas chez tous), ont pris à tâche de faire plus de lumière dans la théo­lo­gie posi­tive, en y pro­je­tant celle de l’his­toire – de la vraie. Évidemment, il faut don­ner plus d’im­por­tance que par le pas­sé à la théo­lo­gie posi­tive, mais sans le moindre détri­ment pour la théo­lo­gie sco­las­tique ; et ceux-​là sont à répri­man­der, comme fai­sant les affaires des moder­nistes, qui exaltent de telle façon la théo­lo­gie posi­tive, qu’ils ont tout l’air de déni­grer en même temps la scolastique.

Quant aux études pro­fanes, il suf­fi­ra de rap­pe­ler ce qu’en a dit fort sage­ment Notre Prédécesseur : Appliquez-​vous avec ardeur à l’é­tude des sciences natu­relles : les géniales décou­vertes, les appli­ca­tions har­dies et utiles faites de nos jours sur ce ter­rain, qui pro­voquent à juste titre les applau­dis­se­ments des contem­po­rains, seront aus­si à la pos­té­ri­té un sujet d’ad­mi­ra­tion et de louanges (Alloc. Pergratus Nobis aux savants catho­liques, 7 mars 1880). Mais les études sacrées n’en doivent pas souf­frir. Sur quoi le même Pape donne tout aus­si­tôt le grave aver­tis­se­ment que voi­ci : Si l’on recherche avec soin la cause de ces erreurs, on la trou­ve­ra sur­tout en ceci ; que plus s’est accrue l’ar­deur pour les sciences natu­relles, plus les hautes sciences, les sciences sévères sont allées décli­nant ; il en est qui lan­guissent dans l’ou­bli ; cer­taines autres sont trai­tées fai­ble­ment et à la légère, et, ce qui est indigne, déchues de leur antique splen­deur, on les infecte encore de doc­trines per­verses et d’o­pi­nions dont la mons­truo­si­té épou­vante (ibid.). Sur cette loi, Nous ordon­nons que l’on règle dans les Séminaires l’é­tude des sciences naturelles.

II. On devra avoir ces pres­crip­tions, et celles de Notre Prédécesseur et les Nôtres, sous les yeux, chaque fois que l’on trai­te­ra du choix des direc­teurs et pro­fes­seurs pour les Séminaires et les Universités catho­liques. Qui d’une manière ou d’une autre se montre imbu de moder­nisme sera exclu, sans mer­ci, de la charge de direc­teur ou de pro­fes­seur ; l’oc­cu­pant déjà, il en sera reti­ré ; de même, qui favo­rise le moder­nisme, soit en van­tant les moder­nistes ou en excu­sant leur conduite cou­pable, soit en cri­ti­quant la sco­las­tique, les saints Pères, le magis­tère de l’Église, soit en refu­sant obéis­sance à l’au­to­ri­té ecclé­sias­tique, quel qu’en soit le dépo­si­taire ; de même qui, en his­toire, en archéo­lo­gie, en exé­gèse biblique, tra­hit l’a­mour de la nou­veau­té ; de même enfin, qui néglige les sciences sacrées ou paraît leur pré­fé­rer les profanes.

Dans toute cette ques­tion des études, Vénérables Frères, vous n’ap­por­te­rez jamais trop de vigi­lance ni de constance, sur­tout dans le choix des pro­fes­seurs : car, d’or­di­naire, c’est sur le modèle des maîtres que se forment les élèves. Forts de la conscience de votre devoir, agis­sez en tout ceci pru­dem­ment, mais fortement.

Il faut pro­cé­der avec même vigi­lance et sévé­ri­té à l’exa­men et au choix des can­di­dats aux saints Ordres. Loin, bien loin du sacer­doce l’es­prit de nouveauté !

Dieu hait les superbes et les opiniâtres.

Que le doc­to­rat en théo­lo­gie et en droit cano­nique ne soit plus confé­ré à qui­conque n’au­ra pas sui­vi le cours régu­lier de phi­lo­so­phie sco­las­tique ; confé­ré, qu’il soit tenu pour nul et de nulle valeur.

Les pres­crip­tions faites par la S. Cong. des Évêques et Réguliers, dans un Décret de 1896, aux clercs sécu­liers et régu­liers d’Italie, concer­nant la fré­quen­ta­tion des Universités, Nous en décré­tons l’ex­ten­sion désor­mais à toutes les nations.

Défense est faite aux clercs et aux prêtres qui ont pris quelque ins­crip­tion dans une Université ou Institut catho­lique de suivre, pour les matières qui y sont pro­fes­sées, les cours des Universités civiles. Si cela a été per­mis quelque part, Nous l’in­ter­di­sons pour l’avenir.

Que les évêques qui pré­sident à la direc­tion de ces Universités et Instituts veillent à ce que les pres­crip­tions que Nous venons d’é­dic­ter y soient fidèle ment observées.

III. Il est encore du devoir des évêques, en ce qui regarde les écrits enta­chés de moder­nisme et pro­pa­ga­teurs de moder­nisme, d’en empê­cher la publi­ca­tion, et, publiés d’en entra­ver la lecture.

Que tous les livres, jour­naux, revues de cette nature, ne soient pas lais­sés aux mains des élèves, dans les Séminaires ou dans les Universités : ils ne sont pas, en effet, moins per­ni­cieux que les écrits contre les bonnes morurs, ils le sont même davan­tage, car ils empoi­sonnent la vie chré­tienne dans sa source.

Il n’y a pas à juger autre­ment cer­tains ouvrages publiés par des catho­liques, hommes dont on ne peut sus­pec­ter l’es­prit, mais qui, dépour­vus de connais­sances théo­lo­giques et imbus de phi­lo­so­phie moderne, s’é­ver­tuent à conci­lier celle-​ci avec la foi, et à l’u­ti­li­ser, comme ils disent, au pro­fit de la foi. Lus de confiance, à cause du nom et du bon renom des auteurs, ils ont pour effet, et c’est ce qui les rend plus dan­ge­reux, de faire glis­ser len­te­ment vers le modernisme.

Généralement, Vénérables Frères, et c’est ici le point capi­tal, faites tout au monde pour ban­nir de votre dio­cèse tout livre per­ni­cieux, recou­rant, pour cela, s’il en est besoin, à l’in­ter­dic­tion solen­nelle. Le Saint-​Siège ne néglige rien pour faire dis­pa­raître les écrits de cette nature ; mais le nombre en est tel aujourd’­hui que les cen­su­rer tous est au-​dessus de ses forces. La consé­quence, c’est que le remède vient quel­que­fois trop tard, alors que le mal a déjà fait ses ravages. Nous vou­lons donc que les évêques, mépri­sant toute crainte humaine, fou­lant aux pieds toute pru­dence de la chair, sans égard aux criaille­ries des méchants, sua­ve­ment, sans doute, mais for­te­ment, prennent en ceci leur part de res­pon­sa­bi­li­té, se sou­ve­nant des pres­crip­tions de Léon XIII, dans la Constitution apos­to­lique Officiorum ac mune­rum (25 janv. 1897) : Que les Ordinaires, même comme délé­gués du Siège apos­to­lique, s’ef­forcent de pros­crire les livres et autres écrits mau­vais publiés ou répan­dus dans leurs dio­cèses, et de les arra­cher des mains des fidèles. C’est un droit qui est confé­ré dans ces paroles, mais aus­si un devoir qui est impo­sé. Et que nul ne pense avoir satis­fait aux obli­ga­tions de sa charge s’il Nous a défé­ré un ou deux ouvrages et lais­sé les autres, en grand nombre, se répandre et circuler.

Ne vous lais­sez pas arrê­ter, Vénérables Frères, au fait que l’au­teur a pu obte­nir d’ailleurs l’Imprimatur : cet Imprimatur peut être apo­cryphe, ou il a pu être accor­dé sur exa­men inat­ten­tif, ou encore par trop de bien­veillance ou de confiance à l’é­gard de l’au­teur, ce qui arrive peut-​être quel­que­fois dans les Ordres reli­gieux. Puis le même ali­ment ne convient pas à tous : de même, un livre inof­fen­sif dans un endroit peut, au contraire, à rai­son des circons­tances, être fort nui­sible dans un autre. Si donc l’é­vêque, après avoir pris l’a­vis d’hommes pru­dents, juge néces­saire de cen­su­rer dans son dio­cèse quelque livre de ce genre, qu’il le fasse, Nous lui en don­nons très volon­tiers la facul­té, Nous lui en impo­sons même l’o­bli­ga­tion. La chose, natu­rel­le­ment, doit se faire avec pru­dence, en restrei­gnant la pro­hi­bi­tion, si cela suf­fit, au cler­gé : res­tric­tion, en tout cas, que ne pren­dront jamais pour eux les libraires, dont c’est le devoir de reti­rer pure­ment et sim­ple­ment de la vente les ouvrages condam­nés par l’évêque.

Et puis­qu’il est ques­tion des libraires, que les évêques veillent à ce que l’a­mour du lucre ne les entraîne pas à tra­fi­quer des pro­duits délé­tères. Il est de fait qu’en cer­tains de leurs cata­logues s’é­talent, accom­pa­gnés de réclames allé­chantes, bon nombre d’ou­vrages moder­nistes. Que s’ils refusent obéis­sance, les évêques n’hé­si­te­ront pas, après moni­tion, à les pri­ver du titre de libraires catho­liques ; de même, et à plus forte rai­son, du titre de libraires épis­co­paux, s’ils en ont été gra­ti­fiés. Quant aux libraires pon­ti­fi­caux, ils les défé­re­ront au Saint-Siège.

A tous, Nous rap­pe­lons l’ar­ticle XXVI de la Constitution Officiorum : Ceux qui ont obte­nu la facul­té de lire et de rete­nir les livres pro­hi­bés n’ont pas pour cela le droit de lire et de rete­nir les livres ou jour­naux, quels qu’ils soient, inter­dits par l’Ordinaire, à moins que dans l’Indult apos­to­lique, la facul­té ne leur ait été accor­dée expres­sé­ment de lire et de rete­nir les livres condam­nés par n’im­porte quelle autorité.

IV. Il ne suf­fit pas d’empêcher la lec­ture et la vente des mau­vais livres, il faut encore en entra­ver la publi­ca­tion. Que les évêques donc usent de la plus grande sévé­ri­té en accor­dant la per­mis­sion de publier.

Or, comme le nombre est grand, d’a­près la Constitution Officiorum, des ouvrages qui ne peuvent paraître sans la per­mis­sion de l’Ordinaire, et comme, d’autre part, l’é­vêque ne les peut tous revi­ser par lui-​même, dans cer­tains dio­cèses on a ins­ti­tué, pour pro­cé­der à cette révi­sion, des cen­seurs d’of­fice. Nous louons très fort cette ins­ti­tu­tion, et non seule­ment Nous enga­geons à l’é­tendre à tous les dio­cèses, mais Nous en fai­sons un pré­cepte strict. Qu’il y ait dans toutes les curies épis­co­pales des cen­seurs d’of­fice, char­gés de l’exa­men des ouvrages à publier : ils seront choi­sis par­mi les prêtres du cler­gé tant régu­lier que sécu­lier, recom­man­dables par leur âge, leur science, leur pru­dence, et qui, en matière de doc­trine à approu­ver ou à blâ­mer, se tiennent dans le juste milieu. A eux sera défé­ré l’exa­men de tous les écrits qui, d’a­près les articles XLI et XLII de la Constitution men­tion­née, ne peuvent être édi­tés sans per­mis­sion. Le cen­seur don­ne­ra son avis par écrit. Si cet avis est favo­rable, l’é­vêque déli­vre­ra le per­mis de publi­ca­tion, par ce mot Imprimatur, mais qui sera pré­cé­dé de la for­mule Nihil obs­tat, avec au-​dessous, le nom du censeur.

Dans la Curie Romaine, aus­si bien que dans les autres, des cen­seurs seront ins­ti­tués. Leur nomi­na­tion sera faite, d’en­tente avec le cardinal-​vicaire, et avec l’ap­pro­ba­tion du Souverain Pontife, par le maître, du Sacré-​Palais. A celui-​ci il appar­tien­dra de dési­gner le cen­seur pour la révi­sion de chaque ouvrage. Le per­mis de publi­ca­tion sera encore déli­vré par lui, ain­si que par le car­di­nal vicaire ou son vice-​gérant, et il sera pré­cé­dé, comme ci-​dessus, de la for­mule d’ap­pro­ba­tion du cen­seur, sui­vie de son nom.

Seulement dans des cas excep­tion­nels et fort rares, pour des rai­sons dont l’ap­pré­cia­tion est lais­sée à la pru­dence de l’é­vêque, la men­tion du cen­seur pour­ra être omise.

Le nom du cen­seur sera tenu secret aux auteurs et ne leur sera révé­lé qu’a­près avis favo­rable, de peur qu’il ne soit moles­té, et durant le tra­vail de révi­sion et par la suite, s’il a refu­sé son approbation.

Nul cen­seur ne sera pris dans un Institut reli­gieux sans qu’on ait, au préa­lable, consul­té secrè­te­ment le pro­vin­cial ; celui-​ci devra attes­ter en conscience la ver­tu, la science, l’in­té­gri­té doc­tri­nale du candidat.

Nous aver­tis­sons les Supérieurs reli­gieux du grave devoir qui leur incombe de veiller à ce qu’au­cun ouvrage ne soit publié sans leur auto­ri­sa­tion et celle de l’Ordinaire.Nous décla­rons enfin que le titre de cen­seur ne pour­ra jamais être invo­qué pour appuyer les opi­nions per­son­nelles de celui qui en aura été revê­tu et sera, à cet égard, de nulle valeur.

Ceci dit en géné­ral, Nous ordon­nons en par­ti­cu­lier l’ob­ser­va­tion de l’ar­ticle XLII de la Constitution Officiorum, dont voi­ci la teneur : Défense aux membres du cler­gé tant sécu­lier que régu­lier de prendre la direc­tion de jour­naux ou de revues sans la per­mis­sion des Ordinaires. Que s’ils viennent à abu­ser de cette per­mis­sion, elle leur sera reti­rée après monition.

En ce qui regarde les prêtres cor­res­pon­dants ou col­la­bo­ra­teurs pour employer les mots cou­rants -, comme il n’est pas rare qu’ils glissent dans les jour­naux ou revues des articles enta­chés de moder­nisme, il appar­tient aux évêques de les sur­veiller, et, s’ils les prennent en faute, de les aver­tir d’a­bord, puis de leur inter­dire toute espèce de col­la­bo­ra­tion ou cor­res­pon­dance. Même injonc­tion est faite aux supé­rieurs reli­gieux : en cas de négli­gence de leur part, les évêques agi­ront comme délé­gués du Souverain Pontife.

Qu’à chaque jour­nal et revue il soit assi­gné, autant que faire se pour­ra, un cen­seur dont ce sera le devoir de par­cou­rir en temps oppor­tun chaque numé­ro publié, et s’il y ren­contre quelque idée dan­ge­reuse, d’en impo­ser au plus tôt la rétrac­ta­tion. Ce même droit appar­tien­dra à l’é­vêque, lors même que l’a­vis du cen­seur aurait été favorable.

V. Nous avons déjà par­lé des Congrès et assem­blées publiques comme d’un champ pro­pice aux moder­nistes pour y semer et y faire pré­va­loir leurs idées.

Que désor­mais les évêques ne per­mettent plus, ou que très rare­ment, de Congrès sacer­do­taux. Que s’il leur arrive d’en per­mettre ce soit tou­jours sous cette loi qu’on n’y trai­te­ra point de ques­tion rele­vant du Saint-​Siège ou des évêques, que l’on n’y émet­tra aucune pro­po­si­tion ni aucun vœu usur­pant sur l’au­to­ri­té ecclé­sias­tique, que l’on n’y pro­fé­re­ra aucune parole qui sente le moder­nisme, ou le pres­by­té­ria­nisme, ou le laïcisme.

A ces sortes de Congrès qui ne pour­ront se tenir que sur auto­ri­sa­tion écrite, accor­dée en temps oppor­tun et par­ti­cu­lière pour chaque cas, les prêtres des dio­cèses étran­gers ne pour­ront assis­ter sans une per­mis­sion pareille­ment écrite de leur Ordinaire.

Nul prêtre, au sur­plus, ne doit perdre de vue la grave recom­man­da­tion de Léon XIII : Que l’au­to­ri­té de leurs pas­teurs soit sacrée aux prêtres, qu’ils tiennent pour cer­tain que le minis­tère sacer­do­tal, s’il n’est exer­cé sous la conduite des évêques, ne peut être ni saint, ni fruc­tueux, ni recom­man­dable [3].

VI. Mais que servirait-​il, Vénérables Frères, que Nous inti­mions des ordres, que Nous fas­sions des pres­crip­tions, si on ne devait pas les obser­ver ponc­tuel­le­ment et fidè­le­ment ? Afin que Nos vues et Nos vœux soient rem­plis, il Nous a paru bon d’é­tendre à tous les dio­cèses ce que les évêques de l’Ombrie [4], il y a déjà long­temps, éta­blirent dans les leurs, avec beau­coup de sagesse. Afin, disaient-​ils, de ban­nir les erreurs déjà répan­dues et d’en empê­cher une dif­fu­sion plus grande, de faire dis­pa­raître aus­si les doc­teurs de men­songe, par qui se per­pé­tuent les fruits funestes de cette dif­fu­sion, la sainte Assemblée a décré­té, sur les traces de saint Charles Borromée, l’ins­ti­tu­tion dans chaque dio­cèse d’un Conseil for­mé d’hommes éprou­vés des deux cler­gés, qui aura pour mis­sion de sur­veiller les erreurs, de voir s’il en est de nou­velles qui se glissent et se répandent, et par quels arti­fices, et d’in­for­mer de tout l’é­vêque, afin qu’il prenne, après com­mune déli­bé­ra­tion, les mesures les plus propres à étouf­fer le mal dans son prin­cipe, et à empê­cher qu’il ne se répande de plus en plus, pour la ruine des âmes, et qui pis est, qu’il ne s’in­vé­tère et ne s’ag­grave.

Nous décré­tons donc que dans chaque dio­cèse un Conseil de ce genre, qu’il Nous plaît de nom­mer Conseil de vigi­lance, soit ins­ti­tué sans retard. Les prêtres qui seront appe­lés à en faire par­tie seront choi­sis à peu près comme il a été dit à pro­pos des cen­seurs. Ils se réuni­ront tous les deux mois, à jour fixe, sous la pré­si­dence de l’é­vêque. Sur les déli­bé­ra­tions et les déci­sions, ils seront tenus au secret. Leur rôle sera le sui­vant : ils sur­veille­ront très atten­ti­ve­ment et de très près tous les indices, toutes les traces de moder­nisme dans les publi­ca­tions, aus­si bien que dans l’en­sei­gne­ment ; ils pren­dront, pour en pré­ser­ver le cler­gé et la jeu­nesse, des mesures pru­dentes, mais promptes et efficaces.

Leur atten­tion se fixe­ra très par­ti­cu­liè­re­ment sur la nou­veau­té des mots, et ils se sou­vien­dront, à ce sujet, de l’a­ver­tis­se­ment de Léon XIII : On ne peut approu­ver, dans les écrits des catho­liques, un lan­gage qui, s’ins­pi­rant d’un esprit de nou­veau­té condam­nable, paraît ridi­cu­li­ser la pié­té des fidèles et parle d’ordre nou­veau, de vie chré­tienne, de nou­velles doc­trines de l’Église, de nou­veaux besoins de l’âme chré­tienne, de nou­velle voca­tion sociale du cler­gé, de nou­velle huma­ni­té chré­tienne, et d’autres choses du même genre [5]. Qu’ils ne souffrent pas de ces choses-​là dans les livres ni dans les cours des professeurs.

Ils sur­veille­ront pareille­ment les ouvrages où l’on traite de pieuses tra­di­tions locales et de reliques. Ils ne per­met­tront pas que ces ques­tions soient agi­tées dans les jour­naux, ni dans les revues des­ti­nées à nour­rir la pié­té, ni sur un ton de per­si­flage et où perce le dédain, ni par manière de sen­tences sans appel, sur­tout s’il s’a­git, comme c’est l’or­di­naire, d’une thèse qui ne passe pas les bornes de la pro­ba­bi­li­té et qui ne s’ap­puie guère que sur des idées préconçues.

Au sujet des reliques, voi­ci ce qui est à tenir. Si les évêques, seuls com­pé­tents en la matière, acquièrent la cer­ti­tude qu’une relique est sup­po­sée, celle-​ci doit être reti­rée du culte. Si le docu­ment témoi­gnant de l’au­then­ti­ci­té d’une relique a péri dans quelque per­tur­ba­tion sociale ou de toute autre manière, cette relique ne devra être expo­sée à la véné­ra­tion publique qu’a­près recog­ni­tion faite avec soin par l’é­vêque. L’argument de pres­crip­tion ou de pré­somp­tion fon­dée ne vau­dra que si le culte se recom­mande par l’an­ti­qui­té selon le décret sui­vant por­té en 1896 par la S. Cong. des Indulgences et Reliques : Les reliques anciennes doivent être main­te­nues en la véné­ra­tion où elles ont été jus­qu’i­ci, à moins que, dans un cas par­ti­cu­lier, on ait des rai­sons cer­taines pour les tenir fausses et supposées.

En ce qui regarde le juge­ment à por­ter sur les pieuses tra­di­tions, voi­ci ce qu’il faut avoir sous les yeux : l’Eglise use d’une telle pru­dence en cette matière qu’elle ne per­met point que l’on relate ces tra­di­tions dans des écrits publics, si ce n’est qu’on le fasse avec de grandes pré­cau­tions et après inser­tion de la décla­ra­tion impo­sée par Urbain VIII : encore ne se porte-​t-​elle pas garante, même dans ce cas, de la véri­té du fait ; sim­ple­ment elle n’empêche pas de croire des choses aux­quelles les motifs de foi humaine ne font pas défaut. C’est ain­si qu’en a décré­té, il y a trente ans, la S. Cong. des Rites : Ces appa­ri­tions ou révé­la­tions n’ont été ni approu­vées ni condam­nées par le Saint-​Siège, qui a sim­ple­ment per­mis qu’on les crût de foi pure­ment humaine sur les tra­di­tions qui les relatent, cor­ro­bo­rées par des témoi­gnages et des monu­ments dignes de foi [6]. Qui tient cette doc­trine est en sécu­ri­té. Car le culte qui a pour objet quel­qu’une de ces appa­ri­tions, en tant qu’il regarde le fait même, c’est-​à-​dire en tant qu’il est rela­tif, implique tou­jours comme condi­tion la véri­té du fait ; en tant qu’abso­lu, il ne peut jamais s’ap­puyer que sur la véri­té, atten­du qu’il s’a­dresse à la per­sonne même des saints que l’on veut hono­rer. Il faut en dire autant des reliques.

Nous recom­man­dons enfin au Conseil de vigi­lance d’a­voir l’oeil assi­dû­ment et dili­gem­ment ouvert sur les ins­ti­tu­tions sociales et sur tous les écrits qui traitent de ques­tions sociales, pour voir s’il ne s’y glisse point du moder­nisme et si tout y répond bien aux vues des Souverains Pontifes.

VII. Et de peur que ces pres­crip­tions ne viennent à tom­ber dans l’ou­bli, Nous vou­lons et ordon­nons que tous les Ordinaires des dio­cèses, un an après la publi­ca­tion des pré­sentes, et ensuite tous les trois ans, envoient au Saint-​Siège une rela­tion fidèle et cor­ro­bo­rée par le ser­ment sur l’exé­cu­tion de toutes les ordon­nances conte­nues dans les pré­sentes Lettres, de même que sur les doc­trines qui ont cours dans le cler­gé, et sur­tout dans les Séminaires et autres ins­ti­tu­tions catho­liques, sans en excep­ter ceux qui sont exempts de la juri­dic­tion de l’Ordinaire. Nous fai­sons la même injonc­tion aux Supérieurs géné­raux des Ordres reli­gieux en ce qui regarde leurs sujets. »

A ces pres­crip­tions que Nous confir­mons plei­ne­ment dans leur inté­gri­té, avec l’in­ten­tion de char­ger la conscience de ceux qui les enfrein­draient, Nous ajou­tons quelques mesures spé­ciales pour les sémi­na­ristes et les novices.

Il faut évi­dem­ment que dans les Séminaires toutes les par­ties de l’é­du­ca­tion convergent pour for­mer un prêtre qui soit digne de ce nom. On n’a pas le droit de consi­dé­rer ces éta­blis­se­ments comme ouverts soit aux seules études, soit à la pié­té seule. La for­ma­tion com­plète com­porte ces deux élé­ments. Les Séminaires sont comme des champs d’exer­cices où se pré­pare lon­gue­ment la milice sacrée du Christ. Afin donc qu’il en sorte une armée par­fai­te­ment for­mée, deux choses sont abso­lu­ment néces­saires : la doc­trine pour l’in­for­ma­tion de l’es­prit, la ver­tu pour la per­fec­tion de l’âme. Il faut donc, d’une part, que les can­di­dats au sacer­doce soient avant tout ins­truits des sciences plus étroi­te­ment appa­ren­tées avec les études théo­lo­giques, et d’autre part, qu’ils excellent par­ti­cu­liè­re­ment par la fer­me­té de leur vertu.

A ceux qui sont char­gés de la dis­ci­pline et de la pié­té de voir quelles espé­rances leur offre chaque élève, d’exa­mi­ner le carac­tère de cha­cun en se deman­dant s’il est plus ou moins indul­gent pour ses propres pen­chants, ou acces­sible aux sen­ti­ments pro­fanes, s’il est prompt à l’o­béis­sance, por­té à la pié­té, s’il n’a pas trop d’es­time de lui-​même, s’il est dis­ci­pli­né, si son désir du sacer­doce est pur de tout alliage d’in­té­rêt ou ins­pi­ré par des vues humaines, si enfin il se dis­tingue par la conduite et la doc­trine requises ou, au moins, si, à défaut de l’une ou l’autre de ces qua­li­tés, il tra­vaille avec une sin­cère bonne volon­té à l’acquérir.

Et cette recherche ne pré­sente pas une exces­sive dif­fi­cul­té : l’ab­sence des ver­tus dont Nous avons par­lé se tra­hit bien vite par ce fait que les exer­cices de pié­té sont accom­plis sans sin­cé­ri­té et que la règle est obser­vée par crainte et non pour obéir à la voix de la conscience. Celui qui se main­tient dans la dis­ci­pline par crainte ser­vile, ou qui l’en­freint par légè­re­té d’es­prit ou mépris, est très loin de don­ner les espé­rances d’un sacer­doce sain­te­ment exer­cé. Il est peu pro­bable, en effet, qu’un contemp­teur de la dis­ci­pline inté­rieure de l’Eglise ne s’é­car­te­ra en rien, plus tard, de ses règles publiques. Si un supé­rieur char­gé de jeunes clercs sur­prend pareil état d’es­prit dans un élève, et si, après plu­sieurs admo­ni­tions et une année d’é­preuve, il s’a­per­çoit que ce clerc ne modi­fie en rien sa conduite, le supé­rieur devra le ren­voyer, de sorte qu’il ne puisse plus désor­mais être reçu ni par lui, ni par quelque évêque que ce soit.

Deux condi­tions sont donc requises de toute néces­si­té pour la pro­mo­tion des clercs : l’in­no­cence de la vie et la pos­ses­sion de la saine doc­trine. Et il ne faut point oublier que les pres­crip­tions et les aver­tis­se­ments que donne l’é­vêque aux nou­veaux ordi­nands ne s’a­dressent pas moins à ceux-​ci qu’aux can­di­dats, puis­qu’il y est dit : « On veille­ra à ce que la sagesse céleste, des mœurs intègres et la constante obser­va­tion de la jus­tice recom­mandent ceux qui sont choi­sis pour ce minis­tère… Qu’ils soient hon­nêtes et avan­cés à la fois dans la science et dans les œuvres… Qu’en eux se mani­feste avec éclat la sain­te­té sous toutes ses formes. »

Et pour ce qui est de l’hon­nê­te­té de la vie, Nous en aurions par­lé déjà suf­fi­sam­ment, si l’on pou­vait faci­le­ment la sépa­rer de la doc­trine et des opi­nions que cha­cun fait siennes et qu’il se pro­pose de défendre. Mais ain­si qu’on lit dans le livre des Proverbes : C’est à la doc­trine que l’on recon­naî­tra l’homme (Pr 12, 8), et comme l’en­seigne l’Apôtre : Quiconque ne per­sé­vère pas dans la doc­trine du Christ ne pos­sède point Dieu (2 Jn 9).

Quant au soin que l’on devra mettre à acqué­rir des connais­sances nom­breuses, certes, et variées, la situa­tion même de notre temps nous le révèle il n’exalte et ne glo­ri­fie rien tant que la lumière et le pro­grès de l’hu­ma­ni­té. Ainsi donc tous les clercs qui veulent exer­cer leurs fonc­tions comme il convient à notre temps, exhor­ter uti­le­ment dans la saine doc­trine et reprendre ses détrac­teurs (Tt 1, 9), et qui ont à couur de consa­crer au bien de l’Église les res­sources de leur esprit, ceux-​là devront acqué­rir des connais­sances supé­rieures à celles du com­mun des hommes et atteindre plus que les autres à l’ex­cel­lence de la doc­trine. Nous avons à lut­ter, en effet, avec des enne­mis habiles qui joignent à l’é­lé­gance de leurs argu­ments une science sou­vent arti­fi­cieuse : leurs phrases spé­cieuses et sonores ne vont pas sans un grand flux et un grand fra­cas de paroles, d’où semble jaillir quelque chose d’in­so­lite. C’est pour­quoi ils doivent se hâter de pré­pa­rer leurs âmes et d’a­mas­ser de grands tré­sors de doc­trine, tous ceux qui, dans le calme d’une vie cachée, se dis­posent à exer­cer de très saintes et très dif­fi­ciles fonctions.

Cependant, la vie de l’homme étant bor­née par des limites telles que, de la mul­ti­tude de connais­sances qui s’offrent à nous, c’est à peine s’il nous est don­né d’en effleu­rer quelques-​unes, il faut modé­rer l’ar­deur d’app­prendre et se sou­ve­nir de cette parole de saint Paul : Il ne faut pas savoir plus qu’il ne convient, mais savoir avec modé­ra­tion (Rm 12, 3). C’est pour­quoi, comme les clercs sont déjà sou­mis à de nom­breuses et sérieuses études, qu’elles aient rap­port aux Saintes Lettres, au dogme, à la morale, à l’as­cé­tique, science de la pié­té et des devoirs, ou bien encore à l’his­toire de l’Église, au droit canon, à l’é­lo­quence sacrée, il importe que les jeunes gens ne gas­pillent pas leur temps à d’autres ques­tions et ne soient pas dis­traits de leurs études prin­ci­pales ; c’est pour­quoi Nous leur défen­dons abso­lu­ment la lec­ture de tous jour­naux ou revues, si excel­lents soient-​ils, char­geant la conscience des supé­rieurs qui n’au­ront pas veillé avec un son scru­pu­leux à l’empêcher.

Mais, afin d’en­le­ver au moder­nisme toute pos­si­bi­li­té de se glis­ser comme à la déro­bée, non seule­ment Nous vou­lons qu’on observe ce qui a été pres­crit au cha­pitre second, mais Nous ordon­nons en outre que tous les pro­fes­seurs, avant de com­men­cer leurs cours, au début de l’an­née, pré­sentent à leur supé­rieur le texte qu’ils se pro­posent d’en­sei­gner ou les ques­tions et thèses qu’ils se pro­posent de trai­ter ; en outre, Nous vou­lons que, dans le cours de l’an­née, la méthode d’en­sei­gne­ment de chaque maître soit exa­mi­née ; si elle semble s’é­loi­gner de la saine doc­trine, il y aura lieu d’é­car­ter le maître immé­dia­te­ment. Enfin Nous ordon­nons qu’en plus de la pro­fes­sion de foi, le pro­fes­seur prête ser­ment entre les mains de son supé­rieur, selon for­mule ajou­tée ci-​après, et qu’il y appose sa signature.

Ce ser­ment, après la pro­fes­sion de foi selon la for­mule de Pie IV, Notre Prédécesseur de sainte mémoire, aug­men­tée de défi­ni­tions du Concile du Vatican, le prê­te­ront aus­si à leur évêque :

  • I. Les clercs qui doivent être pro­mus aux ordres majeurs. On devra leur remettre d’a­vance un exem­plaire tant de la pro­fes­sion de foi que de la for­mule du ser­ment à pro­non­cer, afin qu’ils en soient bien infor­més, ain­si que de la sanc­tion pré­vue ci-​après en cas d’infraction.
  • II. Les prêtres des­ti­nés à entendre les confes­sions, et les pré­di­ca­teurs, avant que leur soit accor­dé le pou­voir d’exer­cer ces fonctions.
  • III. Les curés, cha­noines, béné­fi­ciers, avant de prendre pos­ses­sion de leur bénéfice.
  • IV. Les offi­ciers des Curies épis­co­pales et des Tribunaux ecclé­sias­tiques, y com­pris le vicaire géné­ral et les juges.
  • V. Les pré­di­ca­teurs de Carême.
  • VI. Tous les offi­ciers des SS. Congrégations et des Tribunaux ecclé­sias­tiques de Rome, en pré­sence du cardinal-​préfet ou du secré­taire de la Congrégation ou du Tribunal.
  • VII. Les supé­rieurs et les pro­fes­seurs des Familles et des Congrégations reli­gieuses, avant d’en­trer en fonction.

Les actes authen­tiques de ces pro­fes­sions de foi et ser­ments seront conser­vés sur des registres par­ti­cu­liers dans les Curies épis­co­pales et dans les bureaux des Congrégations romaines. Si quel­qu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, osait vio­ler ce ser­ment, il devrait être défé­ré immé­dia­te­ment au tri­bu­nal du Saint-Office.

Formule du Serment

Moi, N…, j’embrasse et reçois fer­me­ment toutes et cha­cune des véri­tés qui ont été défi­nies, affir­mées et décla­rées par le magis­tère infaillible de l’Eglise, prin­ci­pa­le­ment les cha­pitres de doc­trine qui sont direc­te­ment oppo­sés aux erreurs de ce temps.

Et d’a­bord, je pro­fesse que Dieu, prin­cipe et fin de toutes choses, peut être cer­tai­ne­ment connu, et par consé­quent aus­si, démon­tré à la lumière natu­relle de la rai­son « par ce qui a été fait » Rm 1,20 , c’est-​à-​dire par les œuvres visibles de la créa­tion, comme la cause par les effets.

Deuxièmement, j’ad­mets et je recon­nais les preuves exté­rieures de la Révélation, c’est-​à-​dire les faits divins, par­ti­cu­liè­re­ment les miracles et les pro­phé­ties comme des signes très cer­tains de l’o­ri­gine divine de la reli­gion chré­tienne et je tiens qu’ils sont tout à fait adap­tés à l’in­tel­li­gence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d’aujourd’hui.

Troisièmement, je crois aus­si fer­me­ment que l’Eglise, gar­dienne et maî­tresse de la Parole révé­lée, a été ins­ti­tuée immé­dia­te­ment et direc­te­ment par le Christ en per­sonne, vrai et his­to­rique, lors­qu’il vivait par­mi nous, et qu’elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hié­rar­chie apos­to­lique, et sur ses suc­ces­seurs pour les siècles.

Quatrièmement, je reçois sin­cè­re­ment la doc­trine de la foi trans­mise des apôtres jus­qu’à nous tou­jours dans le même sens et dans la même inter­pré­ta­tion par les pères ortho­doxes ; pour cette rai­son, je rejette abso­lu­ment l’in­ven­tion héré­tique de l’é­vo­lu­tion des dogmes, qui pas­se­raient d’un sens à l’autre, dif­fé­rent de celui que l’Eglise a d’a­bord pro­fes­sé. Je condamne éga­le­ment toute erreur qui sub­sti­tue au dépôt divin révé­lé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidè­le­ment, une inven­tion phi­lo­so­phique ou une créa­tion de la conscience humaine, for­mée peu à peu par l’ef­fort humain et qu’un pro­grès indé­fi­ni per­fec­tion­ne­rait à l’avenir.

Cinquièmement, je tiens très cer­tai­ne­ment et pro­fesse sin­cè­re­ment que la foi n’est pas un sen­ti­ment reli­gieux aveugle qui émerge des ténèbres du sub­cons­cient sous la pres­sion du cœur et l’in­cli­na­tion de la volon­té mora­le­ment infor­mée, mais qu’elle est un véri­table assen­ti­ment de l’in­tel­li­gence à la véri­té reçue du dehors, de l’é­coute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l’au­to­ri­té de Dieu sou­ve­rai­ne­ment véri­dique, ce qui a été dit, attes­té et révé­lé par le Dieu per­son­nel, notre Créateur et notre Seigneur.

Je me sou­mets aus­si, avec la révé­rence vou­lue, et j’adhère de tout mon cœur à toutes les condam­na­tions, décla­ra­tions, pres­crip­tions, qui se trouvent dans l’en­cy­clique Pascendi (3475–3500) et dans le décret Lamentabili 3401- 3466, notam­ment sur ce qu’on appelle l’his­toire des dogmes.

De même, je réprouve l’er­reur de ceux qui affirment que la foi pro­po­sée par l’Eglise peut être en contra­dic­tion avec l’his­toire, et que les dogmes catho­liques, au sens où on les com­prend aujourd’­hui, ne peuvent être mis d’ac­cord avec une connais­sance plus exacte des ori­gines de la reli­gion chrétienne.

Je condamne et rejette aus­si l’o­pi­nion de ceux qui disent que le chré­tien savant revêt une double per­son­na­li­té, celle du croyant et celle de l’his­to­rien, comme s’il était per­mis à l’his­to­rien de tenir ce qui contre­dit la foi du croyant, ou de poser des pré­mices d’où il sui­vra que les dogmes sont faux ou dou­teux, pour­vu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

Je réprouve éga­le­ment la manière de juger et d’in­ter­pré­ter l’Ecriture sainte qui, dédai­gnant la tra­di­tion de l’Eglise, l’a­na­lo­gie de la foi et les règles du Siège apos­to­lique, s’at­tache aux inven­tions des ratio­na­listes et adopte la cri­tique tex­tuelle comme unique et sou­ve­raine règle, avec autant de dérè­gle­ment que de témérité.

Je rejette en outre l’o­pi­nion de ceux qui tiennent que le pro­fes­seur des dis­ci­plines historico-​théologiques ou l’au­teur écri­vant sur ces ques­tions doivent d’a­bord mettre de côté toute opi­nion pré­con­çue, à pro­pos, soit de l’o­ri­gine sur­na­tu­relle de la tra­di­tion catho­lique, soit de l’aide pro­mise par Dieu pour la conser­va­tion éter­nelle de cha­cune des véri­tés révé­lées ; ensuite, que les écrits de cha­cun des Pères sont à inter­pré­ter uni­que­ment par les prin­cipes scien­ti­fiques, indé­pen­dam­ment de toute auto­ri­té sacrée, avec la liber­té cri­tique en usage dans l’é­tude de n’im­porte quel docu­ment profane.

Enfin, d’une manière géné­rale, je pro­fesse n’a­voir abso­lu­ment rien de com­mun avec l’er­reur des moder­nistes qui tiennent qu’il n’y a rien de divin dans la tra­di­tion sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens pan­théiste, si bien qu’il ne reste plus qu’un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l’his­toire : les hommes par leurs efforts, leur habi­le­té, leur génie conti­nuant, à tra­vers les âges, l’en­sei­gne­ment inau­gu­ré par le Christ et ses apôtres.

Enfin, je garde très fer­me­ment et je gar­de­rai jus­qu’à mon der­nier sou­pir la foi des Pères sur le cha­risme cer­tain de la véri­té qui est, qui a été et qui sera tou­jours « dans la suc­ces­sion de l’é­pis­co­pat depuis les apôtres », non pas pour qu’on tienne ce qu’il semble meilleur et plus adap­té à la culture de chaque âge de pou­voir tenir, mais pour que « jamais on ne croie autre chose, ni qu’on ne com­prenne autre­ment la véri­té abso­lue et immuable prê­chée depuis le com­men­ce­ment par les apôtres.

Toutes ces choses, je pro­mets de les obser­ver fidè­le­ment, entiè­re­ment et sin­cè­re­ment, et de les gar­der invio­la­ble­ment, sans jamais m’en écar­ter ni en ensei­gnant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J’en fais le ser­ment ; je le jure. Qu’ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

De la prédication Sacrée

Comme une longue expé­rience Nous l’a appris, les résul­tats ne répondent pas au soin mis par les évêques à faire annon­cer la parole de Dieu, et cela non pas tant à cause de l’i­ner­tie des audi­teurs que de la vaine gloire des pré­di­ca­teurs, qui font entendre plu­tôt la parole de l’homme que celle de Dieu ; aus­si avons-​Nous jugé oppor­tun de faire tra­duire en latin, de répandre et de recom­man­der aux Ordinaires le docu­ment adres­sé, sur l’ordre de Léon XIII, Notre Prédécesseur d’heu­reuse mémoire, par la Congrégation des Évêques et Réguliers, le 31 juillet 1894, aux Ordinaires d’Italie et aux supé­rieurs des Familles et des Congrégations religieuses.

1° « Et en pre­mier lieu, en ce qui concerne les ver­tus dont il importe sur­tout que les ora­teurs sacrés soient ornés, que les Ordinaires et les supé­rieurs des Familles reli­gieuses aient soin de ne jamais confier ce saint et salu­taire minis­tère de la parole divine à ceux qui n’ont pas en abon­dance soit la pié­té envers Dieu, soit l’a­mour pour son Fils Jésus-​Christ Notre-​Seigneur. Si les pré­di­ca­teurs de la doc­trine catho­lique manquent de ces qua­li­tés, quel que soit du reste leur talent de parole, ils n’au­ront pas plus de résul­tat qu’un airain son­nant ou une cym­bale reten­tis­sante (1 Co 13, 1) : ils man­que­ront aus­si de ce qui fait la force et la ver­tu de la pré­di­ca­tion évan­gé­lique, c’est-​à-​dire du zèle pour la gloire divine et pour le salut éter­nel des âmes. Cette pié­té par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire aux ora­teurs sacrés doit briller même dans la conduite exté­rieure de leur vie ; les com­man­de­ments et les règles du chré­tien, qui sont exal­tés dans leurs pré­di­ca­tions, ne devront pas être en contra­dic­tion avec leurs mœurs ; ils ne devront pas détruire eux-​mêmes par leurs actes ce que leurs paroles auront édi­fié. De plus, leur pié­té ne tra­hi­ra rien de pro­fane ; mais elle aura cette gra­vi­té qui mani­fes­te­ra en eux de vrais ministres du Christ et des dis­pen­sa­teurs des mys­tères de Dieu (1 Co 4, 1). Sans quoi, comme le remarque très bien le Docteur angé­lique, si la doc­trine est bonne et que le pré­di­ca­teur soit mau­vais, lui-​même est une occa­sion de blas­phé­mer la parole de Dieu [7]

Mais que la science ne cesse pas d’al­ler de pair avec la pié­té et les autres ver­tus chré­tiennes ; car, c’est un fait évident et confir­mé par une longue expé­rience, une parole sage, modé­rée et utile ne pour­ra être d’au­cune manière le par­tage de ceux qui ne sont pas enri­chis de science, sur­tout de science sacrée, et qui, confiants dans l’art d’une élo­quence natu­relle, montent en chaire témé­rai­re­ment et presque sans pré­pa­ra­tion. Ils frappent véri­ta­ble­ment l’air, et ils exposent à leur insu la parole divine au mépris et à la raille­rie ; ils méritent bien qu’on leur applique cette sen­tence de Dieu : Parce que tu as reje­té la science, je te rejet­te­rai à mon tour, pour que tu ne t’ac­quittes pas de mon sacer­doce (Os 4, 6). »

2° « Ainsi les évêques et les supé­rieurs de Familles reli­gieuses ne devront confier à un prêtre le soin de prê­cher la parole de Dieu qu’a­près s’être assu­rés qu’il a bien la pié­té et la science vou­lues. Ils devront aus­si veiller avec soin à ce que les sujets trai­tés dans la pré­di­ca­tion soient exclu­si­ve­ment de ceux qui conviennent à la chaire sacrée.

Quels sont ces sujets ?

Jésus-​Christ Notre-​Seigneur a mani­fes­té quels ils étaient lors­qu’il a dit : Prêchez l’Évangile… (Mc 16, 15). Leur appre­nant à obser­ver tout ce que je vous ai ensei­gné moi-​même (Mt 28, 20). Et saint Thomas ajoute très à pro­pos : Les pré­di­ca­teurs doivent mettre en lumière ce qui a rap­port à la foi, diri­ger les actes, mani­fes­ter ce qu’il faut évi­ter, et, soit en mena­çant, soit en exhor­tant, prê­cher aux hommes (loc. cit). Et le très saint Concile de Trente dit aus­si : Annoncez-​leur quelles fautes ils doivent évi­ter, quelles ver­tus pra­ti­quer, afin qu’ils puissent échap­per à la peine éter­nelle et méri­ter la gloire céleste [8]. Le Pape Pie IX, d’heu­reuse mémoire, a don­né avec plus de déve­lop­pe­ment ces mêmes avis, quand il a dit : Nous vou­lons que, prê­chant non pas eux-​mêmes, mais Jésus-​Christ cru­ci­fié, ils annoncent clai­re­ment et ouver­te­ment au peuple les dogmes et les pré­ceptes de notre très sainte reli­gion, selon la doc­trine de l’Église catho­lique et des Pères, usant à cet effet d’une élo­quence à la fois grave et lumi­neuse ; qu’ils expliquent avec soin quels sont les devoirs par­ti­cu­liers de cha­cun, qu’ils les détournent tous des vices et qu’ils les enflamment d’ar­deur pour la pié­té, afin que les fidèles, raf­fer­mis par l’ac­tion salu­taire de la parole de Dieu, évitent ain­si tous les vices, pour­suivent la pra­tique des ver­tus et puissent évi­ter les châ­ti­ments éter­nels et acqué­rir la gloire céleste [9].

« On voit mani­fes­te­ment par là que le sym­bole des Apôtres, le divin Décalogue, les com­man­de­ments de l’Eglise, les sacre­ments, les ver­tus et les vices, les devoirs propres à chaque condi­tion, les fins der­nières et autres véri­tés de ce genre, qui sont éter­nel­le­ment vraies, forment les sujets aux­quels le pré­di­ca­teur devra spé­cia­le­ment consa­crer sa parole. »

3° « Mais quelles que soient la richesse et la gra­vi­té de tels sujets, il arrive maintes fois que les pré­di­ca­teurs de nos jours n’en ont cure : ils les négligent, comme on fait d’une chose péri­mée et vaine, et en viennent presque à les reje­ter. Sentant très bien, en effet, que les sujets par Nous énu­mé­rés per­mettent moins que d’autres de cap­ter cette faveur popu­laire à laquelle seule ils aspirent, ils les mettent de côté cher­chant leurs propres inté­rêts et non pas ceux de Jésus-​Christ (Ph 2, 21) ; et cette conduite, ils l’ob­servent même pen­dant le temps du Carême et aux fêtes plus solen­nelles de l’an­née. Ils changent à la fois le nom et le sujet de leurs dis­cours, et rem­placent les ser­mons d’au­tre­fois par un genre d’al­lo­cu­tion récent et de concep­tion moins heu­reuse, qu’ils nomment confé­rences, et qui séduit plus l’es­prit et l’i­ma­gi­na­tion qu’il n’ex­cite la volon­té au bien et ne trans­forme les mœurs. Assurément, ceux-​là sont loin de se dou­ter que les ser­mons prê­chés sur la morale sont utiles à tous, tan­dis que les confé­rences servent à peine à quelques-​uns ; et ces der­niers mêmes, si l’on s’oc­cu­pait avec plus de zèle de leur amen­de­ment par la pré­di­ca­tion répé­tée des ver­tus de chas­te­té, d’hu­mi­li­té, de sou­mis­sion à l’au­to­ri­té de l’Église, aban­don­ne­raient leurs pré­ju­gés à l’en­droit de la foi pour accueillir bien­tôt la pleine lumière de la véri­té. En effet, si nombre de per­sonnes, par­ti­cu­liè­re­ment au sein des nations catho­liques, pensent mal de la reli­gion, il faut l’at­tri­buer aux pas­sions effré­nées de l’âme plu­tôt qu’au défaut de l’in­tel­li­gence dévoyée, selon ces paroles : C’est du cceur que pro­viennent les mau­vaises pen­sées…, les blas­phèmes (Mt 15, 19). Aussi saint Augustin, rap­por­tant les paroles du Psalmiste : L’impie a dit dans son cceur : il n’y a pas de Dieu (Ps 13, 1), fait la remarque sui­vante : dans son cceur et non dans son esprit. »

4° « Qu’on se garde pour­tant de don­ner à Nos paroles le sens d’une répro­ba­tion abso­lue de ce genre de dis­cours, puisque, au contraire, trai­tés comme il convient, ces sortes de sujets peuvent être très utiles, voire même néces­saires, pour réfu­ter les erreurs qu’on oppose à la reli­gion. Mais il faut abso­lu­ment pro­hi­ber dans la chaire cette pompe de lan­gage qui consiste plu­tôt dans une cer­taine contem­pla­tion des choses que dans l’é­tude des actes de la vie, qui traite plu­tôt de la civi­li­sa­tion que de la reli­gion ; enfin qui brille plus par ces faux dehors que par la fécon­di­té des fruits de salut qu’elle pro­cure. Plus propre aux revues et aux Académies, ce genre d’é­lo­quence ne convient nul­le­ment à la digni­té et la gran­deur de la mai­son de Dieu.

Pour ce qui est des ser­mons ou confé­rences qui se pro­posent sur­tout la défense de l’Église contre les attaques de ses enne­mis, ils sont, il est vrai, par­fois néces­saires ; cepen­dant, ils ne sau­raient être don­nés par tous, mais seule­ment par les plus forts. Et même ces ora­teurs émi­nents devront user d’une grande pru­dence, car ces plai­doyers apo­lo­gé­tiques ne conviennent que lorsque le temps, le lieu ou la condi­tion des audi­teurs les réclament abso­lu­ment, et qu’il y a espoir qu’ils ne seront pas sans uti­li­té ; c’est aux Ordinaires, nul n’en peut dou­ter, qu’il appar­tient de déci­der. Il faut de plus que, dans les ser­mons de ce genre, la force pro­bante des rai­sons repose plus sur la doc­trine sacrée que sur les paroles de la sagesse humaine, que tout soit énon­cé avec force et clar­té, de peur qu’il n’ar­rive peut être que les esprits des audi­teurs soient plus for­te­ment impres­sion­nés par les fausses opi­nions que par la véri­té, ou que les objec­tions ne les frappent plus que les réponses.

Avant tout il faut veiller à ce que le fré­quent usage de ces ser­mons n’en vienne pas à dépré­cier ou à faire tom­ber en désué­tude les ser­mons de morale, comme si ces der­niers étaient d’un ordre infé­rieur com­pa­ra­ti­ve­ment aux contro­verses, et qu’il fal­lût les lais­ser aux pré­di­ca­teurs et aux audi­toires vul­gaires ; tan­dis qu’au contraire il est incon­tes­table que les ser­mons sur la morale sont très néces­saires à la plu­part des fidèles : ils ne le cèdent en rien, comme impor­tance, aux contro­verses ; ils peuvent donc être don­né par les ora­teurs les plus émi­nents, en pré­sence de tout audi­toire, si élé­gant et si nom­breux qu’il soit, pour­vu tou­te­fois que, dans ces cir­cons­tances, ils soient faits avec un grand soin. S’il n’en est pas ain­si, la mul­ti­tude des fidèles sera obli­gée d’en­tendre un pré­di­ca­teur prê­chant tou­jours sur des erreurs pour les­quelles la plu­part d’entre eux ont une pro­fonde aver­sion ; mais ils ne l’en­ten­dront jamais par­ler sur les vices et les défauts dont les audi­toires de ce genre sont par­ti­cu­liè­re­ment contaminés. »

5 ° « Que si le choix du sujet prête à de graves cri­tiques, on trouve d’autres et même de plus graves rai­sons de se plaindre à consi­dé­rer le genre et la forme du dis­cours. Ainsi que l’en­seigne fort bien saint Thomas, le pré­di­ca­teur de la parole divine, pour être vrai­ment la lumière du monde, doit avoir trois qua­li­tés : d’a­bord la constance, pour ne point dévier de la véri­té ; en second lieu, la clar­té, pour ne point ensei­gner confu­sé­ment ; en troi­sième lieu, l’u­ti­li­té de façon à recher­cher la louange de Dieu et non point la sienne propre (loc. cit.).

Bien sou­vent la forme d’é­lo­quence employée de nos jours non seule­ment est très éloi­gnée de cette clar­té et de cette sim­pli­ci­té évan­gé­liques qui devraient dis­tin­guer les ora­teurs sacrés, mais encore elle consiste uni­que­ment en des sub­ti­li­tés de lan­gage, en des énigmes qui dépassent la com­pré­hen­sion com­mune du peuple. C’est assu­ré­ment chose affli­geante et qu’il faut déplo­rer avec le pro­phète : Les enfants ont deman­dé du pain, et il n’y avait per­sonne pour le leur rompre (Lm 4, 4). Mais, chose plus triste encore, ce qui sou­vent fait défaut à ces ser­mons, c’est cette forme reli­gieuse, ce souffle de la pié­té chré­tienne, cette force divine et cette ver­tu de l’Esprit Saint qui parle au dedans et qui pousse pieu­se­ment l’âme au bien. Sous l’empire de cette force et de cet influx divin, les pré­di­ca­teurs devraient pou­voir tou­jours répé­ter pour leur compte ces paroles de l’a­pôtre : Ma parole et ma pré­di­ca­tion n’ont rien du lan­gage per­sua­sif de la sagesse humaine, mais elles mani­festent l’Esprit et la ver­tu de Dieu (1 Co 2, 4). Au contraire, s’ap­puyant sur le lan­gage per­sua­sif de la sagesse humaine, ils appliquent à peine ou n’ap­pliquent même pas leur esprit aux ensei­gne­ments de la parole divine, aux Saintes Écritures, qui sont pour la pré­di­ca­tion sacrée une source excel­lente et des plus fécondes, comme le disait naguère Léon XIII par ces graves et élo­quentes paroles :

La ver­tu propre et sin­gu­lière des Saintes Ecritures, ver­tu qui émane du souffle divin de l’Esprit Saint, est celle qui, en aug­men­tant l’au­to­ri­té de l’o­ra­teur sacré, lui confère la liber­té apos­to­lique de la parole ain­si qu’une élo­quence forte et vic­to­rieuse. Quiconque, en effet, repro­duit par sa parole l’es­prit et la force de la parole divine, celui-​là ne prêche pas en parole seule­ment, mais sa pré­di­ca­tion est accom­pa­gnée de miracles de l’ef­fu­sion du Saint-​Esprit et d’une pleine per­sua­sion (1 Th 1, 5). C’est pour­quoi ils agissent mal­adroi­te­ment et incon­si­dé­ré­ment, ceux qui, dans leurs ins­truc­tions sur la reli­gion et les com­man­de­ments de Dieu, emploient uni­que­ment ou à peu près les paroles de la science et de la pru­dence humaines, en s’ap­puyant sur des rai­sons qui leur sont propres plu­tôt que sur des rai­sons d’ordre divin. Leur dis­cours, quelque brillant qu’il soit, est néces­sai­re­ment lan­guis­sant et froid, car il manque de cette flamme de la parole divine ; il en laisse bien loin la ver­tu dont parle l’é­cri­vain sacré en ces termes : La parole de Dieu est vivante, effi­cace, plus acé­rée qu’au­cune épée à deux tran­chants, si péné­trante qu’elle va jus­qu’à sépa­rer l’âme et l’es­prit (He 4, 12). D’ailleurs, les plus sages doivent eux-​mêmes recon­naître qu’il existe dans les Livres Saints une élo­quence remar­qua­ble­ment variée, féconde et digne des grands évé­ne­ments qu’elle raconte ; saint Augustin [10] l’a très bien vu et en parle avec saga­ci­té. Un fait même le confirme, c’est le témoi­gnage des plus émi­nents par­mi les ora­teurs sacrés, qui ont affir­mé, en ren­dant grâces à Dieu, qu’ils devaient leur célé­bri­té à la lec­ture assi­due et à la pieuse médi­ta­tion des Saints Livres.

Lettr. Encycl. de Studiis Script. Sacr., 18 nov. 1893.

La source incon­tes­ta­ble­ment la plus abon­dante de l’é­lo­quence sacrée, c’est donc la Bible. Mais les pré­di­ca­teurs for­més sui­vant cette méthode nou­velle ne puisent point la fécon­di­té de leur parole à la source d’eau vive, mais par un abus qu’on ne peut tolé­rer, ils se tournent vers les fon­taines des­sé­chées de la sagesse humaine ; met­tant de côté la doc­trine divi­ne­ment ins­pi­rée, celle de l’Eglise, des Pères et des Conciles, ils s’ap­pliquent de toutes leurs forces à men­tion­ner les noms et à repro­duire les pen­sées des écri­vains pro­fanes plus récents et même de ceux qui vivent encore, pen­sées qui prêtent sou­vent occa­sion à des inter­pré­ta­tions ou ambi­gués ou très dangereuses.

Une autre pierre d’a­chop­pe­ment vient de ceux qui dis­cutent sur les choses de la reli­gion comme si tout en elle devait se mesu­rer selon l’u­ti­li­té et les avan­tages de cette vie caduque, oubliant presque l’autre vie et son éter­ni­té. Les avan­tages pro­cu­rés par la reli­gion chré­tienne à la socié­té humaine sont gran­de­ment van­tés par eux ; mais ils omettent de par­ler aus­si des obli­gations aux­quelles les hommes sont tenus ; ils portent uni­que­ment aux nues la cha­ri­té du Christ Sauveur ; ils taisent sa jus­tice. De là le peu de fruit de cette pré­di­ca­tion ; l’homme mon­dain, lors­qu’il l’en­tend, se per­suade que, sans chan­ger nul­le­ment de morurs, il sera chré­tien, pour­vu qu’il dise : Je crois dans le Christ Jésus. » (Card. Bausa, archev. de Florence, Au jeune cler­gé, 1892.)

Mais que leur importe de recueillir des fruits de salut ? Ce n’est pas cela, à coup sûr, qu’ils cherchent, mais ils veulent sur­tout, en flat­tant les oreilles des audi­teurs, leur com­plaire ; pour­vu qu’ils voient les églises où ils parlent regor­ger de monde, ils laissent faci­le­ment le vide dans les esprits. C’est pour­quoi ils ne font aucune men­tion ni du péché, ni des fins der­nières, ni d’autres ques­tions d’une très grande impor­tance, mais ils sont absor­bés dans le sou­ci de faire entendre des paroles agréables ; leur élo­quence est plu­tôt une élo­quence de bar­reau, une élo­quence mon­daine, qu’elle n’est une élo­quence apos­to­lique et sacrée ; ce qu’ils cherchent c’est de s’at­ti­rer les accla­ma­tions et les applau­dis­se­ments de la foule. Saint Jérôme a contre eux ces paroles : Lorsque tu enseignes dans l’é­glise, ce ne sont pas les applau­dis­se­ments du peuple, mais ses gémis­se­ments, qu’il te faut pro­vo­quer : que les larmes des audi­teurs te servent de louanges (Ad Nepotian). Il arrive par là que ces dis­cours pro­non­cés, soit à l’in­té­rieur, soit en dehors du temple sacré, pré­sentent un cer­tain appa­reil théâ­tral et enlèvent à la parole toute sain­te­té et toute effi­ca­ci­té. De là toute la jouis­sance que l’on puise dans l’au­di­tion de la parole divine a dis­pa­ru des rangs du peuple, et même d’un cer­tain nombre de membres du cler­gé ; de là le scan­dale de tous les gens de bien ; de là l’a­mé­lio­ra­tion tout à fait minime, si elle n’est pas nulle, des âmes éga­rées qui, tout en se pres­sant en foule pour entendre des paroles agréables, de grands mots char­meurs et cent fois répé­tés tels que ceux de pro­grès de l’hu­ma­ni­té, de patrie, de science nou­velle, se retirent du temple saint les mêmes qu’ils y étaient entrés, non sans avoir tou­te­fois pro­di­gué leurs accla­ma­tions au pré­di­ca­teur élo­quent et habile qu’ils ont enten­du. Ils res­semblent à ceux qui admi­raient, mais ne se conver­tis­saient pas (S. Aug. in Mt 19, 25).

Cette Sacrée Congrégation vou­lant donc, confor­mé­ment à l’ordre du Souverain Pontife, répri­mer de si nom­breux et de si blâ­mables abus, demande à tous les évêques et aux Supérieurs géné­raux de Familles reli­gieuses ou d’Institutions ecclé­sias­tiques de s’op­po­ser avec un cou­rage apos­to­lique à cette forme de pré­di­ca­tion, et de mettre tout leur soin à la sup­pri­mer. Qu’ils se sou­viennent donc des pres­crip­tions du saint Concile de Trente (Sess. V, c. II De Reform.) : Ils sont tenus d’employer des hommes capables d’as­su­mer la charge d’une telle pré­di­ca­tion – et que, dans cette entre­prise, ils se com­portent avec le plus grand soin et la plus grande pru­dence. S’il s’a­git de prêtres, que les Ordinaires de leur dio­cèse veillent atten­ti­ve­ment à ne jamais les admettre à cet emploi avant de les avoir éprou­vés rela­ti­ve­ment à leur vie, leur science et leur conduite (Conc. de Trente, sess. V, c. II, De Reform.), c’est-​à-​dire avant qu’un essai ou tout autre moyen oppor­tun employé ait ren­du mani­feste leur apti­tude. Mais, s’il s’a­git de prêtres d’un autre dio­cèse, qu’ils ne laissent aucun d’eux mon­ter en chaire, sur­tout aux jours de fêtes solen­nelles, avant d’a­voir obte­nu un témoi­gnage écrit de leur Ordinaire propre ou de leur supé­rieur reli­gieux attes­tant que leur conduite est bonne et qu’ils sont aptes à cette charge.

Quant aux supé­rieurs d’Ordre, de Société ou de Congrégation, qu’ils ne laissent aucun de leurs reli­gieux rem­plir les fonc­tions de pré­di­ca­teur, et que, moins encore, ils ne les recom­mandent par lettres aux Ordinaires, s’ils ne se sont assu­rés aupa­ra­vant de l’hon­nê­te­té de leurs mœurs et de leur apti­tude à prê­cher comme il convient.

Mais s’ils accueillent un pré­di­ca­teur qui leur est recom­man­dé par écrit, et s’ils constatent après expé­rience que, dans sa pré­di­ca­tion, il s’é­carte des règles des pré­sentes Lettres, ils devront sans tar­der l’a­me­ner à s’y confor­mer. S’il ne veut pas écou­ter leurs remon­trances, qu’ils lui inter­disent alors la chaire sacrée, dussent-​ils pour cela employer les sanc­tions cano­niques qui paraî­tront nécessaires.

Frappé de la gra­vi­té du mal, qui croît de jour en jour, et auquel on ne sau­rait sans le plus grand dan­ger tar­der davan­tage de s’op­po­ser, Nous avons jugé bon d’é­dic­ter ou de rap­pe­ler ces pres­crip­tions, et d’or­don­ner qu’elles soient reli­gieu­se­ment obser­vées. Déjà, en effet, Nous n’a­vons plus à lut­ter, comme au début, avec des sophistes s’a­van­çant cou­verts de peaux de bre­bis, mais avec des enne­mis décla­rés et cruels, enne­mis du dedans qui, ayant fait un pacte avec les pires adver­saires de l’Eglise, se pro­posent la des­truc­tion de la foi. Nous par­lons de ces hommes qui, chaque jour, s’é­lèvent auda­cieu­se­ment contre la sagesse qui nous vient du ciel : ils s’ar­rogent le droit de la réfor­mer, comme si elle était cor­rom­pue ; ils pré­tendent la renou­ve­ler, comme si le temps l’a­vait ren­due hors d’u­sage ; ils veulent en aug­men­ter le déve­lop­pe­ment et l’a­dap­ter aux caprices, aux pro­grès et aux com­mo­di­tés du siècle, comme si elle était oppo­sée non pas à la légè­re­té de quelques-​uns, mais au bien même de la société.

A ces atten­tats contre la doc­trine de l’Évangile et contre la tra­di­tion de l’Église, il ne sera jamais oppo­sé trop de vigi­lance ou de sévé­ri­té de la part de ceux à qui est confiée la garde fidèle de ce dépôt sacré.

Ainsi les avis et les ordres salu­taires que par ce Motu pro­prio et de science cer­taine Nous avons pres­crits, Nous vou­lons qu’ils soient obser­vés très scru­pu­leu­se­ment par tous les Ordinaires et Supérieurs géné­raux des Ordres régu­liers et des Institutions ecclé­sias­tiques de tout l’u­ni­vers catho­lique. Nous vou­lons et Nous ordon­nons que ces pres­crip­tions soient recon­nues et jouissent de toute leur force non­obs­tant toutes dis­po­si­tions contraires.

Rome, le 1er sep­tembre 1910

Pie X, P.P.

Notes de bas de page

  1. Léon XIII, Enc. Aeterni Patris[]
  2. Léon XIII, Lett ap. 10 déc. 1889[]
  3. Lettre Enc. Nobilissima 8 fév. 1884[]
  4. Actes du Congrès des évêques de l’Ombrie, nov. 1849, tit. II, art. ô[]
  5. Instruct. de la S. Cong. des affaires ecclé­sias­tiques extra­or­di­naires, 27 janv. 1902[]
  6. Décr. 2 mai 1877[]
  7. Comm. sur s. Matth. V.[]
  8. Sess. V, c. II de Réformation[]
  9. Lett. Encyc. Qui Pluribus du 9 nov. 1846[]
  10. De Doctr. christ. IV, 6, 7[]
fraternité sainte pie X