30e anniversaire des sacres – Des évêques pour sauver l’Eglise

Doté d’une riche expé­rience pas­to­rale et épis­co­pale, Mgr Lefebvre savait mieux que qui­conque le poids d’un évêque. Il per­ce­vait avec l’élévation de son juge­ment si sûr l’immense carence de l’épiscopat contem­po­rain, ce « lamen­table aveu­gle­ment de tant de confrères dans l’épiscopat » [1]. Pas un évêque ne s’était levé pour dénon­cer le scan­dale d’Assise, pas un évêque n’avait par­lé contre la nou­velle messe, pas un évêque n’avait dénon­cé le concile Vatican II. Des chiens muets qu’aurait stig­ma­ti­sés le pro­phète [2].

L’âge du départ appro­chait. Fallait-​il s’en remettre à la Providence en atten­dant qu’elle appor­tât la réponse d’elle-même ? Mgr Lefebvre n’était ni sur­na­tu­ra­liste ni pro­vi­den­tia­liste ; la Providence avait clai­re­ment par­lé par le silence des évêques lors du scan­dale d’Assise et du synode cala­mi­teux de 1985, lequel avait enté­ri­né les erreurs conci­liaires : si les évêques s’étaient révé­lés inca­pables de défendre l’honneur de Jésus-​Christ outra­gé, il ne fal­lait pas attendre qu’ils vinssent ordon­ner des prêtres issus d’un « sémi­naire sau­vage ». Hormis Mgr de Castro-​Mayer, Mgr Lefebvre ne pou­vait comp­ter sur aucun de ses confrères dans l’épiscopat. Mysterium ini­qui­ta­tis. Il lui fal­lait aller jusqu’au bout de sa grâce d’évêque et se don­ner des successeurs.

La néces­si­té des sacres était double. D’une part, il s’agissait de sau­ver les moyens de sanc­ti­fi­ca­tion tels que la Sainte Messe, le Sacerdoce catho­lique, les confir­ma­tions valides ; d’autre part, il fal­lait don­ner aux fidèles catho­liques des princes de l’Eglise qui pussent exer­cer une véri­table autorité.

Sauver le trésor du Saint-​Sacrifice de l’Eglise

La pre­mière néces­si­té des sacres rele­vait du pou­voir d’ordre. Il fal­lait sau­ver la messe de tou­jours. Mgr Lefebvre savait que s’il dis­pa­rais­sait sans sacrer des évêques, c’en était fait de l’immense tré­sor du Saint Sacrifice voué à dis­pa­raître de l’Eglise pour lais­ser défi­ni­ti­ve­ment et tota­le­ment la place à la messe de Luther. Une fois tarie la source du sacer­doce, la vraie messe tom­be­rait dans l’oubli.

Dans sa lettre aux évêques du 29 août 1987, c’est le point saillant, juste après le règne de Jésus-​Christ qu’il met en avant : « La chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occu­pés par des anti­christs, la des­truc­tion du Règne de Notre-​Seigneur se pour­suit rapi­de­ment à l’intérieur même de son Corps mys­tique ici-​bas, spé­cia­le­ment par la cor­rup­tion de la sainte Messe, expres­sion splen­dide du triomphe de Notre-​Seigneur par la Croix, Regnavit a ligno Deus [3], et source d’extension de son Règne dans les âmes et dans les sociétés.

Ainsi appa­raît avec évi­dence la néces­si­té abso­lue de la per­ma­nence et de la conti­nua­tion du sacri­fice ado­rable de Notre-​Seigneur pour que ‘son Règne arrive’ ».

Sauver le sacerdoce

L’opération sur­vie de la messe est insé­pa­rable de la sur­vie du sacer­doce, mena­cé par l’incompréhensible incu­rie des autres évêques. « Vous savez bien, mes bien chers frères, disait Mgr Lefebvre dans son ser­mon des sacres, vous savez bien qu’il ne peut y avoir de prêtres sans évêque. Tous ces sémi­na­ristes qui sont ici pré­sents, si demain le bon Dieu me rap­pelle, et ce sera sans doute sans tar­der, eh bien, ces sémi­na­ristes de qui recevront-​ils le sacre­ment de l’ordre ? Des évêques conci­liaires, dont les sacre­ments sont tous dou­teux, parce qu’on ne sait pas exac­te­ment quelles sont leurs inten­tions ? Ce n’est pas possible ! »

Confirmer validement

Une troi­sième néces­si­té habi­tait l’esprit de Mgr Lefebvre : confé­rer des confir­ma­tions cer­tai­ne­ment valides et don­ner ain­si à l’Eglise de Dieu des ath­lètes de la foi, des bap­ti­sés confir­més dans la foi. « C’est pour­quoi nous avons choi­si, avec la grâce de Dieu, des jeunes prêtres (…) qui sont dans des lieux et dans des fonc­tions qui leur per­mettent le plus faci­le­ment de rem­plir leur minis­tère épis­co­pal, de don­ner la confir­ma­tion à vos enfants &raquo [4].

Sauver l’Eglise

Enfin, Mgr Lefebvre le signi­fia expres­sé­ment dans sa lettre aux évêques comme dans son ser­mon des sacres : cette céré­mo­nie est l’opération sur­vie de l’Eglise et non de la seule Tradition, du sacer­doce ou de la messe.

« …en consa­crant ces évêques, je suis per­sua­dé de conti­nuer, de faire vivre la Tradition, c’est-à-dire l’Eglise catho­lique » précise-​t-​il dans son homé­lie du 30 juin. Et un an plus tôt, dans sa lettre aux quatre futurs évêques, le ton était le même : « Je me vois contraint par la Providence divine de trans­mettre la grâce de l’épiscopat catho­lique que j’ai reçue, afin que l’Église et le sacer­doce catho­lique conti­nuent à sub­sis­ter… » [5]

Le motif est lim­pide : sacrer des évêques, c’est assu­rer la péren­ni­té du sacer­doce, du Saint-​Sacrifice de tou­jours, et donc de l’Eglise dans sa fina­li­té même : le culte de Dieu dans la pro­fes­sion publique de la vraie foi.

En consé­quence, les évêques consa­crés par Mgr Lefebvre ne sont pas les évêques de la seule Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X [6] mais des évêques au ser­vice de l’Eglise tout entière, car ce n’est pas le seul bien com­mun de la FSSPX qui est en jeu mais celui de l’Eglise. Certes, les évêques res­tent membres de la FSSPX et sont de ce fait sou­mis au supé­rieur géné­ral pour toutes les ques­tions rela­tives à celle-​ci [7], mais leur mis­sion dépasse le cadre de la seule Fraternité. Leur épis­co­pat n’appartient ni à leur per­sonne ni à la FSSPX, ni à un dio­cèse, mais à l’Eglise tout entière, comme le montre le sacre de Mgr Rangel [8], ou les ordi­na­tions confé­rées aux membres des com­mu­nau­tés amies

Sacrer

La crise durant, les lieux de culte se mul­ti­pliant, la ques­tion de nou­veaux sacres se pose de plus en plus pres­sante. Déjà en 1991, Mgr Tissier de Mallerais, entou­ré de NNSS Williamson et de Galarreta, avait sacré Mgr Licinio Rangel (†) pour suc­cé­der à Mgr de Castro-​Mayer, décé­dé le 25 avril 1991, lequel avait fon­dé l’Union Sacerdotale Saint-​Jean-​Marie-​Vianney des prêtres de Campos.

Dans son homé­lie, Mgr Tissier de Mallerais s’était expli­qué de cette déci­sion : « Aujourd’hui, mes trois confrères dans l’épiscopat et moi-​même venons répondre à votre demande ins­tante d’avoir un évêque catho­lique, digne suc­ces­seur des Apôtres, pour conser­ver votre foi et les sources de la grâce. (…) Nous pro­cé­dons à ce sacre dans l’esprit de l’Eglise (…) dans l’esprit de vive sol­li­ci­tude que le pape Pie XII exi­geait de tout évêque catho­lique, pour le bien de l’Eglise uni­ver­selle, actuel­le­ment en dan­ger à Campos. Nous réa­li­sons un acte de res­pon­sa­bi­li­té soli­daire [9] pour le bien de l’Eglise, qui nous revient en tant que membre du corps épis­co­pal catho­lique » [10].

Le main­tien de la foi, le don des vrais sacre­ments, le bien de toute l’Eglise au nom de la sol­li­ci­tude née du sacre épis­co­pal, tels sont les graves motifs de cette consé­cra­tion. Mgr Tissier de Mallerais illus­trait la dimen­sion poli­tique (ou royale) du seul pou­voir d’ordre épis­co­pal [11], entiè­re­ment tour­né vers le bien com­mun non de la seule Fraternité mais de l’Eglise uni­ver­selle, a for­tio­ri en temps de crise.

En résu­mé, l’état de néces­si­té spi­ri­tuelle appe­lait à tout le moins la trans­mis­sion du pou­voir d’ordre épis­co­pal. Peut-​on en dire autant du pou­voir de gouvernement ?

Un pouvoir de gouvernement des évêques de la Tradition ?

A la ques­tion de savoir si les évêques de la Tradition jouissent d’un pou­voir de gou­ver­ne­ment, il est ten­tant de répondre par la néga­tive. L’affirmer ne serait-​il pas un aveu de schisme ? Des pré­ci­sions s’imposent.

En sacrant des évêques, Mgr Lefebvre a tenu à ne pas leur don­ner de juri­dic­tion ter­ri­to­riale – qu’il ne pou­vait de toute façon pas leur don­ner. Romain jusqu’au fond de l’âme, Mgr Lefebvre ne vou­lait abso­lu­ment pas consti­tuer une Eglise parallèle.

Les évêques de la Tradition sont-​ils pour autant de purs dis­tri­bu­teurs de sacre­ments ? La réponse est conte­nue dans la ques­tion. Cela pour trois raisons.

La pre­mière est tirée de la nature du pou­voir d’ordre épis­co­pal. Comme nous l’avons vu, son exer­cice est ordon­né au bien com­mun de l’Eglise, c’est-​à-​dire qu’il met de l’ordre dans l’Eglise. Ainsi ordonne-​t-​il des ministres – les prêtres – au culte divin.

Le seul exer­cice de son pou­voir sacra­men­tel régit l’Eglise de Dieu. La céré­mo­nie des sacres le montre d’une manière écla­tante. Sacrer des évêques était l’acte d’un chef qui posait un acte d’autorité en vue de défendre et de conser­ver la Tradition mena­cée par sa dis­pa­ri­tion. Tel le bon pas­teur pro­té­geant son trou­peau, Mgr Lefebvre met­tait à l’abri les fidèles contre les loups dégui­sés en agneaux.
Au-​delà d’un acte sacra­men­tel, c’était l’acte d’un prince de l’Eglise, au ser­vice du bien commun.

La deuxième est tirée du sacre épis­co­pal. Si l’évêque, en ver­tu de sa seule consé­cra­tion épis­co­pale, n’a pas de pou­voir de magis­tère ou de gou­ver­ne­ment [12], il pos­sède néan­moins une auto­ri­té morale ain­si qu’une apti­tude posi­tive à rece­voir ces pou­voirs de magis­tère et de gou­ver­ne­ment [13].

Sa parole a une por­tée et une auto­ri­té supé­rieures à celle d’un simple prêtre, fût-​ce le plus brillant, de même que par leur consé­cra­tion épis­co­pale, leur rang et leurs pou­voirs épis­co­paux, les évêques pos­sèdent une auto­ri­té « natu­relle » vis-​à-​vis du bien com­mun de toute l’Eglise

Qu’on se rap­pelle le poids de l’autorité doc­tri­nale de Mgr Lefebvre. A l’issue du Concile, Mgr Lefebvre était un évêque émé­rite, sans dio­cèse, sans juri­dic­tion ter­ri­to­riale. Pourtant, dès qu’on l’entendit, sa voix eut un écho mon­dial. Au milieu de tous les ténors de la Tradition, sa parole d’évêque réson­nait plus dis­tinc­te­ment. Il ne s’agit évi­dem­ment pas de dimi­nuer la valeur intrin­sèque de ses pro­pos, la pers­pi­ca­ci­té, la force, la sagesse sur­na­tu­relle ou le souffle qui éma­naient de ses inter­ven­tions, mais il est évident que les âmes sacer­do­tales et laïques y dis­tin­guaient la parole d’un évêque [14].

En sacrant des évêques, Mgr Lefebvre assu­rait donc la péren­ni­té d’un cer­tain Magistère. Et cela est d’autant plus impor­tant pour la sur­vie de l’Eglise que la pré­di­ca­tion d’évêques catho­liques empêche l’existence d’une pré­di­ca­tion una­ni­me­ment conci­liaire au sein du corps épis­co­pal actuel. Les sacres revê­taient une dimen­sion émi­nem­ment doc­tri­nale [15].

Ce qui est vrai au plan du gou­ver­ne­ment. Si Mgr Lefebvre a tou­jours récu­sé d’être le chef des tra­di­tion­na­listes, son épis­co­pat, joint à toutes ses émi­nentes qua­li­tés, fai­saient de lui le bon pas­teur que sui­vaient natu­rel­le­ment les âmes droites.

Ce pou­voir de gou­ver­ne­ment n’est évi­dem­ment pas ordi­naire, il ne doit pas être pris dans toute la force du terme, mais il est dû à la néces­si­té. C’est un minis­tère de sup­pléance [16]. De même que les fidèles, désem­pa­rés par le nau­frage conci­liaire, sont allés cher­cher des prêtres fidèles à la vraie doc­trine qui ont pris sur eux de les confes­ser sans que les fidèles n’y aient jamais vu la moindre pré­ten­tion schis­ma­tique, de même l’exercice du pou­voir d’ordre des évêques de la Tradition et de leur auto­ri­té doc­tri­nale et juri­dic­tion­nelle relève de la néces­si­té dans l’Eglise d’avoir un épis­co­pat catho­lique qui prêche la vraie doc­trine, confère les vrais sacre­ments et pose les actes de gou­ver­ne­ment indis­pen­sables au bien des âmes, sans que cela pro­cède ni en droit ni en fait d’une atti­tude schis­ma­tique. A situa­tion extra­or­di­naire, moyens extraordinaires.

La troi­sième rai­son est tirée du rap­port de fina­li­té entre le pou­voir de juri­dic­tion et le pou­voir d’ordre. L’autorité n’existe qu’en ver­tu des biens à trans­mettre ; le gou­ver­ne­ment n’a d’autre rai­son d’être que de conduire la socié­té et leurs sujets à leur fin. Dans l’Eglise de Dieu, le pou­voir de juri­dic­tion orga­nise et déter­mine l’exercice concret du pou­voir d’ordre. Il lui est subordonné.

La consé­quence suit : dès lors qu’existe la néces­si­té d’exercer le pou­voir d’ordre, il est néces­saire qu’une auto­ri­té y pré­side. L’existence d’un pou­voir d’ordre de sup­pléance [17] engendre l’existence d’un pou­voir de juri­dic­tion de sup­pléance, comme Mgr Lefebvre le laisse clai­re­ment entendre : « Dans la mesure où les fidèles viennent deman­der aux prêtres et à l’évêque les sacre­ments et la doc­trine de la foi, ceux-​ci ont un devoir de veiller à la bonne récep­tion et au bon usage de la doc­trine de la grâce du Sacrifice de la messe et des sacre­ments. Les fidèles ne peuvent pas deman­der les sacre­ments et refu­ser l’autorité vigi­lante des prêtres et de l’évêque » [18].

Enfin, un argu­ment tiré de l’histoire aide­ra à mieux com­prendre. Lors des inva­sions bar­bares, et compte-​tenu de la démis­sion ou de l’incompétence des auto­ri­tés civiles, les fidèles se tour­nèrent natu­rel­le­ment vers les auto­ri­tés capables de prendre en main le salut tem­po­rel de la Cité : les évêques. Dès lors, quand ces der­niers orga­ni­sèrent la défense mili­taire des cités antiques, ils sup­pléèrent par leur com­pé­tence et leur sens du bien com­mun à la défec­tion des auto­ri­tés civiles, sans pour autant pré­tendre deve­nir les nou­veaux princes tem­po­rels. Telle est la sup­pléance. De même, nos évêques sup­pléent par leurs pou­voirs épis­co­paux aux défi­ciences doc­tri­nales et pas­to­rales de l’ensemble de l’épiscopat, et comme les évêques de l’Antiquité ont pro­té­gé les cités de l’invasion bar­bare, nos évêques ont pour mis­sion de pro­té­ger prêtres et fidèles de l’invasion conci­liaire. Et si l’histoire est rede­vable de ces Défenseurs de la Cité, elle hono­re­ra la mémoire de ces Défenseurs de l’Eglise.

Une profession de foi, d’espérance et de charité

Enfin, nul doute que cette céré­mo­nie du 30 juin 1988 fut une pro­fes­sion de foi, d’espérance, et de cha­ri­té.
Profession de foi, ces sacres le furent à l’Eglise, au sacer­doce, à la messe et au règne de Notre-​Seigneur. Ils le furent aus­si dans leur fon­de­ment qui était d’assurer la défense et la trans­mis­sion de la foi.

Profession d’espérance, ces sacres le furent en assu­rant la sur­vie de la Tradition et en mon­trant aux géné­ra­tions mon­tantes qu’elles n’étaient pas orphe­lines, que tous les chefs n’étaient pas des lâches et qu’il exis­tait encore des cœurs nobles.

Acte de cha­ri­té, ces sacres le furent par l’abnégation et l’oubli de soi qu’ils deman­dèrent aux évêques consé­cra­teurs et consa­crés, bro­car­dés comme schis­ma­tiques, excom­mu­niés par les auto­ri­tés, voués aux gémo­nies de toutes parts. A l’heure où tant d’hommes aban­don­naient leur mis­sion, le vieil évêque, le vieux lut­teur de Dieu ne renon­çait pas. Et pour les évêques nou­vel­le­ment consa­crés, cette céré­mo­nie mar­qua le début d’une vie iti­né­rante et apos­to­lique peu com­mune dans l’histoire de l’Eglise. Les sacres étaient une leçon de bien commun.

Epilogue

Histoire révo­lue ? L’état de néces­si­té demeure, quoi qu’on en dise. Si quelques évêques, faits inédits et encou­ra­geants, ont pris la parole, y com­pris contre les agis­se­ments inouïs du Saint-​Père, ils demeurent hélas inva­ria­ble­ment muets devant la noci­vi­té de la nou­velle messe, le scan­dale de l’œcuménisme ou la sécu­la­ri­sa­tion des États.

Trente ans après les consé­cra­tions épis­co­pales, leur légi­ti­mi­té pas­sée et pré­sente n’est plus à démon­trer. Trente ans après les sacres, l’acte héroïque de Mgr Lefebvre reste un phare dans la tem­pête, un aver­tis­se­ment et un encou­ra­ge­ment don­né aux âmes de bonne volon­té. Pour que per­dure l’Eglise, pour que renaisse la Chrétienté.

Abbé François-​Marie Chautard, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Chardonnet n° 339 de juin 2018

Notes de bas de page

  1. Déclaration de Mgr de Castro-​Mayer lors de la céré­mo­nie des sacres.[]
  2. « Les gar­diens d’Israël sont tous aveugles, ils ne savent rien ; ce sont tous des chiens muets, qui ne peuvent pas aboyer… » Is 56/​10 []
  3. « Le Seigneur a régné par le bois » extrait du Vexilla regis, hymne des vêpres du temps de la Passion. Le ver­set signi­fie que le règne de Jésus-​Christ s’opère par le bois de sa croix.[]
  4. Sermon des sacres[]
  5. Le 4 décembre 1990, Mgr Lefebvre écri­vait à Mgr de Castro-​Mayer au sujet de « la néces­si­té abso­lue de conti­nuer l’épiscopat catho­lique pour conti­nuer l’Eglise catho­lique », Fideliter juillet-​août 1991, n° 82, p. 13.[]
  6. Même s’ils sont d’abord au ser­vice de celle-​ci, évêques auxi­liaires de la FSSPX.[]
  7. « Ce sera au Supérieur Général de prendre les déci­sions. » Notes prises par Mgr Williamson, Recommandations de Mgr Lefebvre avant les sacres, Sel de la terre nº 28, Printemps 1999, p. 167.[]
  8. Lettre du 4 décembre 1990 de Mgr Lefebvre à Mgr de Castro-​Mayer : « L’appel aux évêques de la Fraternité pour la consé­cra­tion éven­tuelle n’est pas fait en tant qu’évêques de la Fraternité, mais en tant qu’évêques catho­liques », Fideliter juillet-​août 1991, n° 82, p. 14.[]
  9. Cette res­pon­sa­bi­li­té dont parle Pie XII est à dis­tin­guer de la col­lé­gia­li­té conci­liaire. Ici, Pie XII parle de la res­pon­sa­bi­li­té morale de tous et cha­cun des évêques vis-​à-​vis de l’Eglise mais non de la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle de chaque évêque dans son dio­cèse.[]
  10. Sermon du 28 juillet 1991, Fideliter septembre-​octobre 1991, n° 83, p. 5[]
  11. Dimension poli­tique clai­re­ment ensei­gnée par saint Thomas : « Le rap­port du pou­voir épis­co­pal au pou­voir des ordres infé­rieurs est sem­blable à celui de la poli­tique qui pour­suit le bien com­mun (…) La poli­tique donne leur loi aux arts infé­rieurs, c’est-à-dire en désigne les dépo­si­taires, en déter­mine l’étendue et le mode d’exercice. C’est pour­quoi il appar­tient à l’évêque d’appeler les sujets à tous les divins minis­tères. C’est pour­quoi seul il confirme – aux confir­més est en effet confié, comme un man­dat, de confes­ser la foi – seul encore il bénit les vierges, qui sont la figure de l’Eglise, épouse du Christ, dont il porte prin­ci­pa­le­ment le sou­ci ; de même il consacre ceux qui doivent être pré­po­sés aux fonc­tions des ordres (…) Ainsi celui qui détient la plé­ni­tude du pou­voir, le roi, dépar­tit dans la cité les offices tem­po­rels ». Suppl q 38, 1, c.[]
  12. « …les évêques qui n’ont été ni nom­més ni confir­més par le Saint-​Siège, qui ont même été choi­sis et consa­crés contre ses dis­po­si­tions expli­cites, ne peuvent jouir d’au­cun pou­voir de magis­tère ni de juri­dic­tion ; car la juri­diction ne par­vient aux évêques que par l’in­ter­mé­diaire du Pontife romain »,Pie XII, Ad apos­to­lo­rum prin­ci­pis[]
  13. On parle de puis­sance posi­tive, c’est-​à-​dire qu’il ne s’agit pas d’une pure pos­si­bi­li­té de rece­voir ce pou­voir, mais d’une apti­tude posi­tive et réelle à le rece­voir. Le rai­son­ne­ment vaut tout autant pour le pou­voir de gou­ver­ne­ment. Le sacre ne confère qu’en puis­sance le pou­voir de juri­dic­tion. « A son sacre, l’évêque reçoit un pou­voir inamis­sible, qui (…) ne l’ordonne pas direc­te­ment à Dieu, mais au corps mys­tique du Christ. » Suppl, q 38, 2, ad 2[]
  14. Conscient de ce poids, le Père Calmel écri­vait en 1967 : « le jour où nous pour­rons dire : ‘un évêque a pris posi­tion, notre résis­tance aux cham­bar­de­ments litur­giques dog­ma­tiques, dis­ci­pli­naires n’est plus le fait de simples laïques, de simples prêtres, mais nous avons un évêque’, ce jour-​là les choses seront cla­ri­fiées » cité par le P. Jean-​Dominique, Le Père Roger-​Thomas Calmel, Clovis, 2012, p. 405.[]
  15. Mgr Lefebvre le sou­li­gnait d’ailleurs aux quatre futurs évêques quelques jours avant les sacres : « Le rôle des évêques consa­crés : les ordi­na­tions, les confir­ma­tions et le main­tien de la foi [sou­li­gné dans les notes] à l’occasion des confir­ma­tions. Il vous fau­dra pro­té­ger le trou­peau. (…) Votre rôle, en tant qu’évêques, sera de don­ner les sacre­ments et d’assurer la pré­di­ca­tion de la foi. » Notes prises par Mgr Williamson, « Recommandations de Mgr Lefebvre avant les sacres » Sel de la terre nº 28, Printemps 1999, p. 165 et 167. []
  16. « … la juri­dic­tion du nou­vel évêque n’est pas ter­ri­to­riale, mais per­son­nelle (…) l’autorité juri­dic­tion­nelle de l’évêque ne lui venant pas d’une nomi­na­tion romaine mais de la néces­si­té du salut des âmes. » Mgr Lefebvre, Note au sujet du nou­vel évêque suc­cé­dant à S. Exc. Mgr de Castro-​Mayer, 20 février 1991, Fideliter juillet-​août 1991, n° 82, p. 16–17.[]
  17. Nous disons bien de sup­pléance, c’est-​à-​dire qu’une néces­si­té conduit à exer­cer ce pou­voir d’ordre. Nous ne vou­lons évi­dem­ment pas dire que le simple fait de jouir du pou­voir d’ordre entraîne la pos­ses­sion d’une juri­dic­tion.[]
  18. Mgr Lefebvre, Note au sujet du nou­vel évêque suc­cé­dant à S. Exc. Mgr de Castro-​Mayer, 20 février 1991, Fideliter juillet-​août 1991, n° 82, p. 16–17.[]

FSSPX

M. l’ab­bé François-​Marie Chautard est l’ac­tuel rec­teur de l’Institut Saint Pie X, 22 rue du cherche-​midi à Paris.