Sermon de Mgr Lefebvre – 1er dimanche de Carême – 24 février 1980

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien cher amis,
Mes bien chers frères,

L’Église en ce pre­mier dimanche de Carême, nous invite à l’austérité. Nous le voyons par les rites mêmes de cette messe – rites aus­tères – et elle nous invite aus­si à médi­ter sur les rai­sons que nous avons de faire pénitence.

Et cet Évangile qui raconte la ten­ta­tion que Notre Seigneur a subie de la part du démon doit nous faire pen­ser que si le démon a eu l’impudence et l’orgueil de s’attaquer à Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même, alors qu’il savait par­fai­te­ment qu’il était le Fils de Dieu, com­bien à plus forte rai­son, le démon s’attachera à nous perdre. Car il sait que chez nous, il a bien davan­tage de chance de nous faire tom­ber dans le péché.

Et c’est pour­quoi nous avons besoin de médi­ter sur les rai­sons de ce jeûne que l’Église nous demande, de ce carême à l’image de Notre Seigneur Jésus-​Christ, qui nous donne l’exemple de ce jeûne qu’il a subi pen­dant qua­rante jours au désert.

Et pour concré­ti­ser d’une cer­taine manière, les rai­sons, les motifs de notre péni­tence, je choi­si­rai trois exemples : l’exemple de sainte Marie-​Madeleine, l’exemple de saint François d’Assise et l’exemple de la Vierge Marie.

Sainte Marie-​Madeleine a fait péni­tence, parce qu’elle avait péché. Sans doute elle avait péché gra­ve­ment ; elle avait mené une vie dis­so­lue. Mais tou­chée par la grâce de Dieu, elle se conver­tit. Et alors elle décide de se déta­cher de tout ce qui pou­vait l’attirer dans le péché. Voici qu’elle se pré­ci­pite aux pieds de Notre Seigneur, qu’elle brise le vase de par­fum si pré­cieux qu’elle avait et répand ce par­fum sur les pieds de Notre Seigneur. Elle baise les pieds de son Dieu, Et elle reçoit cette parole si belle, si conso­lante pour elle : « Il lui a été beau­coup par­don­né, parce qu’elle a beau­coup aimé ». Ce geste d’amour de Marie-​Madeleine envers Notre Seigneur, lui a valu encore une grâce plus grande : celle d’être la pre­mière à recon­naître Notre Seigneur Jésus-​Christ après sa Résurrection.

Voilà com­ment Notre Seigneur récom­pense ceux qui font péni­tence et ceux qui pleurent leurs péchés. Nous tous nous sommes pécheurs ; nous tous par consé­quent aus­si nous avons tous à pleu­rer nos péchés et à bri­ser tout ce qui peut nous être une occa­sion de pécher, afin de nous atta­cher à Notre Seigneur Jésus-​Christ comme nous l’avons pro­mis au jour de notre baptême.

Saint François d’Assise par contre, autant que l’on peut savoir, ne menait pas une vie dis­so­lue. Il aidait son père dans son négoce. Mais il a eu peur, il a craint que ce négoce, que cette recherche de l’argent, des biens de ce monde, ne lui fasse perdre son âme. Il sen­tait sa fai­blesse et il déci­da – pous­sé par la grâce de Dieu – de rompre aus­si avec toutes les choses d’ici-bas. Tout ce qui peut d’une cer­taine manière, exci­ter nos appé­tits, nos appé­tits désordonnés.

Car c’est bien en cela que nous sommes faibles. Les suites du péché ori­gi­nel sont encore ins­crites dans nos cœurs, dans nos âmes, comme des bles­sures et nous sommes malades ; nous avons besoin de gué­rir. Alors pour gué­rir, il nous faut faire péni­tence aus­si afin de réta­blir l’ordre en nous. Et c’est ce que saint François d’Assise a vou­lu faire. Il aurait pu deve­nir riche ; il a choi­si la pau­vre­té ; il aurait pu deve­nir puis­sant ; il a choi­si l’ignominie, l’humilité.

Et Notre Seigneur Jésus-​Christ nous montre par la récom­pense qu’il a don­née à saint François d’Assise, com­bien Il appré­cie la péni­tence qu’il a faite. Et com­bien cet exemple nous encou­rage nous aus­si, à faire péni­tence. Notre Seigneur lui est appa­ru sur la Croix, rayon­nant, et les rayons sor­tant des pieds et des mains et du cœur de Jésus ont trans­per­cé saint François d’Assise. Et il a été mar­qué des stig­mates de Notre Seigneur. Ainsi Dieu récom­pense ceux qui font péni­tence en répan­dant dans leur âme, un amour total pour Lui, pour Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et enfin, la Vierge Marie n’avait pas ces rai­sons de faire péni­tence puisqu’elle n’a pas péché ; puisqu’elle n’a pas connu le péché ori­gi­nel, par consé­quent elle n’en a pas connu non plus les suites et les maladies.

La très Sainte Vierge Marie est toute pure, imma­cu­lée dans sa concep­tion. Pourquoi fait-​elle péni­tence ? Et c’est le troi­sième motif, le plus noble d’ailleurs pour nous, de faire péni­tence : s’associer à la Rédemption de son divin Fils.

Si Jésus aus­si, a vou­lu ver­ser son Sang, répandre son Sang pour nous rache­ter, Lui qui était Dieu, Lui qui n’a pas connu le péché – la Vierge Marie aus­si qui n’avait pas connu le péché – a vou­lu s’associer à sa dou­leur. Et c’est pour­quoi elle a été appe­lée Mère des dou­leurs, Notre-​Dame de la Compassion. Reine des mar­tyrs, parce qu’un glaive lui a trans­per­cé le cœur.

Alors elle a asso­cié ses dou­leurs, ses souf­frances, ses épreuves aux souf­frances de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et c’est le motif le plus beau, le plus grand, le plus fort pour lequel nous devions faire péni­tence, afin d’associer aus­si nos épreuves, asso­cier notre sang en quelque sorte, à celui de Notre Seigneur Jésus-​Christ afin de sau­ver les âmes, afin de par­ti­ci­per à sa Rédemption.

Voilà, mes bien chers amis, mes bien chers frères, les trois motifs pour les­quels nous devons faire péni­tence, mais sur­tout par amour de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par désir de nous asso­cier à ses inté­rêts, à ses dési­rs, à son but qui est de sau­ver les âmes et de répandre son Sang sur les âmes.

Que nous aus­si nous fas­sions tout ; que nous accep­tions non seule­ment les quelques péni­tences que nous nous impo­sons, mais aus­si la péni­tence que le Bon Dieu nous impose par la Providence. Pénitence dans les dif­fi­cul­tés de san­té que nous pou­vons avoir ; dans les dif­fi­cul­tés d’accomplir notre devoir d’état ; que d’épreuves dans nos familles, dans nos connais­sances, dans nos amis, dans tout ce qui nous entoure ; que de dou­leurs, que de souf­frances. Acceptons ces souf­frances en union avec celles de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour la rédemp­tion des âmes.

Demandons à la Vierge Marie de nous faire com­prendre la néces­si­té de cette souf­france et de cette péni­tence, afin de nous asso­cier à elle et de rece­voir, comme elle, la récom­pense éternelle.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.