Sermon de Mgr Lefebvre – 3e dimanche de carême – Engagements dans la Croisade eucharistique – 18 mars 1990

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers enfants,

On vous a deman­dé de vous réunir aujourd’hui pour cette céré­mo­nie qui va faire de vous des pages, des croi­sés, des conqué­rants et des che­va­liers de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Hier M. l’abbé Lovey a don­né un bap­tême à un petit neveu et moi-​même j’ai bap­ti­sé aus­si un petit enfant, un petit gar­çon qui avait quelques jours.

Ces enfants ont été bap­ti­sés, mais vous savez bien si vous avez assis­té déjà à un bap­tême, l’enfant ne se rend pas compte, il est tout petit ; c’est un bébé ; il a deux, trois jours ; il ne peut pas se rendre compte de la céré­mo­nie qui est faite. Et ce sont les par­rain et mar­raine qui s’engagent pour lui.

Quand le prêtre inter­roge l’enfant et lui dit, par exemple, Jean, Pierre, Jacques, veux-​tu être bap­ti­sé ? Ce sont les par­rain et mar­raine qui répondent : Oui, je veux être bap­ti­sé. Ce n’est pas le petit, il ne peut pas répondre, il ne sait pas, il ne com­prend pas, il ne sait pas ce qu’on lui dit. Il est incons­cient. Mais cet enfant va gran­dir. Nous avons tous été comme cela, bap­ti­sés enfants. Nous avons gran­di et alors nous devons prendre conscience que nous avons été bap­ti­sés. Oui, nous avons été bap­ti­sés ; vous avez été bap­ti­sés ; vos parents ont été baptisés.

Alors quand on gran­dit, on prend conscience. Mais c’est moi qui ai répon­du au prêtre : je veux être bap­ti­sé. Bien sûr ce sont mes par­rain et mar­raine, mais main­te­nant je com­prends que c’est moi.

Et quand le prêtre a dit : Renoncez-​vous à Satan ? Le par­rain et la mar­raine ont dit : Oui, je renonce. – Mais c’est moi qui ai dit cela. Ce sont mes par­rain et mar­raine qui ont dit cela, bien sûr, parce que je ne pou­vais pas le dire. Mais main­te­nant je com­prends. C’est moi qui ai dit : Je renonce à Satan.

Est-​ce que vous croyez en Jésus-​Christ ? – Oui, je crois en Jésus-​Christ. – C’est moi qui ai dit : Je crois en Jésus-Christ.

Alors, à mesure que nous gran­dis­sons, nous devons prendre conscience et nous devons dire : Je me suis atta­ché à Jésus-​Christ lorsque j’étais enfant. Maintenant, il faut que je réa­lise. Ce ne sont pas seule­ment des paroles. Il faut les mettre en pra­tique et ce n’est pas si facile que cela. Ce n’est pas si facile de s’attacher à Notre Seigneur Jésus-​Christ, de Le suivre, de suivre son exemple, de pra­ti­quer ses conseils, de mettre en pra­tique l’exemple qu’il a don­né, de por­ter – comme il l’a dit : Vous por­te­rez votre croix après moi. Celui qui est mon dis­ciple, doit por­ter sa croix après moi. Qu’est-ce que cela veut dire por­ter sa croix ? C’est-à-dire tous les jours, faire la volon­té du Bon Dieu.

Et c’est pour­quoi vous êtes Croisés. C’est pour­quoi vous vous êtes enga­gés dans la Croisade. Parce que – avec rai­son – vous avez pen­sé : Je pra­ti­que­rai mieux les enga­ge­ments de mon, bap­tême, dans la Croisade. Si je ne suis pas Croisé, je risque de me lais­ser aller, de n’avoir pas de cou­rage, de ne pas être entraî­né par l’exemple de mes petits camarades.

Tandis qu’avec les Croisés, tous ensemble, on forme une croi­sade, on forme une famille et nous allons nous entraî­ner pour réa­li­ser les enga­ge­ments de notre bap­tême. C’est-à-dire suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ, faire sa Sainte Volonté.

Et si vous regar­dez votre emblème, l’insigne que vous por­tez, qu’y a‑t-​il sur votre insigne ? Deux choses, deux. Il y a une Croix avec le calice, qui ne forment qu’une seule chose, et l’hostie. Le rond signi­fie l’hostie. Il est mar­qué sur le petit rond de la Croix de votre croi­sade : Ecce pan­is ange­lo­rum : Voici le pain des anges. Donc la Croix et l’Eucharistie.

Mais c’est le pro­gramme du chré­tien cela. C’est le pro­gramme de toute vie chré­tienne. Tout bon chré­tien doit regar­der la Croix, imi­ter Notre Seigneur Jésus-​Christ et rece­voir la Sainte Eucharistie pour accom­plir la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Quelle est la leçon de la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ ? Obéir à Dieu. C’est tout : obéir à Dieu. Nous avons tou­jours envie de déso­béir au Bon Dieu. La Croix nous rap­pelle : nous obéis­sons au Bon Dieu. Mais c’est dif­fi­cile d’obéir au Bon Dieu. il y a des dif­fi­cul­tés ; il y a des ten­ta­tions ; il y a des obs­tacles. Alors nous rece­vons l’Eucharistie. Nous rece­vons Notre Seigneur avec nous. Alors Notre Seigneur dans notre cœur, dans notre âme, dans notre esprit, nous donne les bonnes ins­pi­ra­tions et la force et le cou­rage pour accom­plir la volon­té du Bon Dieu.

Ce que nous disons, tous les jours dans le Notre Père : « Que votre volon­té soit faite sur la terre comme au Ciel ». Tandis que ceux qui ne font pas la volon­té du Bon Dieu, disent : « Que ma volon­té soit faite, comme je veux ». Ils ne veulent pas dire : « Que votre volon­té soit faite sur terre comme au Ciel », que la volon­té du Bon Dieu soit faite sur la terre comme au Ciel. – Ah non, non, non, c’est trop dif­fi­cile ! Moi je demande de faire ma volon­té ; ce que je désire moi, ce que je veux moi.

Ce n’est pas bien cela. Ce n’est pas bon cela. C’est contre le Bon Dieu. C’est la volon­té du Bon Dieu qu’il faut faire. Ce n’est pas ma volon­té. Ce n’est pas facile. Alors on répète cela tous les jours. Combien de fois vous répé­tez cela ! Il faut le mettre en pra­tique. Et c’est pour­quoi vous por­tez la Croix du Croisé. C’est pour­quoi va avoir lieu cette céré­mo­nie, pour vous aider à être de bons croi­sés, à bien aimer la Croix de Notre Seigneur, à suivre Notre Seigneur sur sa Croix, à obéir au Bon Dieu, à sa sainte Volonté et à rece­voir l’Eucharistie, pour rece­voir le Pain des forts. L’Eucharistie, c’est le pain des forts.

Voilà, mon­trer l’exemple et être mis­sion­naire comme le demande la Croisade. Montrer l’exemple à tout le monde, pas seule­ment en famille, mais même à l’école, mais même par­tout où vous êtes : mon­trer l’exemple.

Voilà mes enfants. Alors nous allons tous prier ensemble et nous allons prier la bonne Mère du Ciel, la Mère de Jésus qui elle aus­si est une Croisée. Elle a pris ses enga­ge­ments, au pied de la Croix de Jésus.

Alors, avec la très Sainte Vierge, avec notre bonne Mère du Ciel, nous allons prier pour que vous soyez vrai­ment de bons Croisés, de bons che­va­liers, de bonnes conqué­rantes, afin que vous pra­ti­quiez vos enga­ge­ments. Que ce que vous allez dire dans quelques ins­tants que vous vous enga­gez, eh bien, que vous le fas­siez ; que ce ne soit pas seule­ment des paroles ; que ce soit vrai­ment des actes.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.