Sermon de Mgr Lefebvre – 60 ans de sacerdoce du R.P. Londos – 18 juin 1986

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Cher Révérend Père Londos,
Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

C’est avec une très grande joie et une très grande satis­fac­tion, cher Révérend Père, que nous vous accueillons aujourd’hui dans cette humble cha­pelle de notre sémi­naire, pour fêter vos noces de dia­mant de sacerdoce.

Ce ne sont pas tous les prêtres aux­quels le Bon Dieu fait cette grâce, d’avoir et de fêter ses soixante ans de sacer­doce. Aussi sommes-​nous heu­reux de par­ta­ger votre joie, de nous unir à vous dans les actions de grâces que vous expri­mez dans cette messe que vous célé­brez vous-même.

Mais vous devriez être entou­ré de mil­liers de per­sonnes ; vous devriez être entou­ré de toute votre socié­té reli­gieuse, de tous ceux aux­quels votre apos­to­lat s’est diri­gé au cours de ces soixante années de sacer­doce, qui ont pro­fi­té des grâces de votre sacer­doce. Alors puisque la révo­lu­tion qui s’est intro­duite à l’intérieur de l’Église vous a en quelque sorte iso­lé, à cause de votre foi dans votre sacer­doce, parce que vous avez conti­nué à être fidèle à votre sacer­doce de tou­jours, nous essayons aujourd’hui de rem­pla­cer tous les absents et de vous dire le témoi­gnage de notre recon­nais­sance pour ce sacer­doce exer­cé pen­dant soixante ans et pour toutes les grâces que vous avez don­nées aux âmes qui ont pro­fi­té de votre ministère.

Vous aviez choi­si la Congrégation des Pères maristes ; fon­dée en 1816, congré­ga­tion par­ti­cu­liè­re­ment des­ti­née aux mis­sions, mis­sions exté­rieures, mis­sions inté­rieures, paroisses et aus­si à l’éducation chré­tienne, éga­le­ment à l’éducation de futurs prêtres. Et c’est ce que vous avez fait, au cours de votre vie, d’une manière toute par­ti­cu­lière. Vous vous êtes atta­ché par­ti­cu­liè­re­ment à la for­ma­tion de ceux qui se des­ti­naient au sacer­doce ou à la vie religieuse.

Et nous sommes heu­reux de pen­ser qu’à côté de vous, d’autres prêtres de votre socié­té, ont éga­le­ment choi­si la même voie que vous, dans la fidé­li­té à la foi de tou­jours, au sacer­doce de tou­jours. Le cher Père Da Silva ici pré­sent, le cher Père Vigouroux, qui nous a quit­tés il y a peu de temps et qui s’était dévoué avec tant de zèle auprès des élèves de notre école Saint-​Michel de Châteauroux et le Père Smith qui se dévoue éga­le­ment en Nouvelle Zélande.

Autant de témoins de votre chère socié­té qui a été fon­dée pré­ci­sé­ment, en grande par­tie, pour main­te­nir et res­tau­rer la foi qui avait été si éprou­vée par la Révolution fran­çaise. Beaucoup de congré­ga­tions comme la vôtre, sont nées au cours de ce XIXe siècle, ont été très flo­ris­santes, ont envoyé des mis­sion­naires par­tout ; ont réa­li­sé un tra­vail immense de rechris­tia­ni­sa­tion, fai­sant refleu­rir les voca­tions reli­gieuses et les voca­tions sacer­do­tales dans le monde dévas­té par la per­sé­cu­tion antichrétienne.

Et ain­si, vous avez été des­ti­né par­ti­cu­liè­re­ment, au cours de votre exis­tence sacer­do­tale, à vous occu­per des petits sémi­naires, petits sémi­naires de votre socié­té, petits sémi­naires d’autres dio­cèses, éga­le­ment de voca­tions tar­dives. Vous avez tou­jours aimé, cette voca­tion spi­ri­tuelle des jeunes qui se pré­parent au sacer­doce ou à la vie reli­gieuse. Vous l’avez mani­fes­té d’ailleurs, quand vous vous êtes occu­pé de nos chers frères.

Vous avez aus­si été for­ma­teur de futurs prêtres, dans les sémi­naires, dans les grands sémi­naires, sémi­naire de Nevers, sémi­naire de Valence où vous avez don­né le meilleur de vous-​même, bien cher Père. Et aujourd’hui, eh bien, en célé­brant cette sainte Messe, ren­dez grâces à Dieu et nous ren­dons grâces à Dieu avec vous de toutes ces béné­dic­tions qui ont été accor­dées par vos mains à tous ceux qui ont reçu cette for­ma­tion sacerdotale.

En effet s’il est un but par­ti­cu­lier, auquel l’Église est atta­chée, c’est bien la for­ma­tion des prêtres et la for­ma­tion des reli­gieux. La vie sacer­do­tale et la vie reli­gieuse dans l’Église sont vrai­ment ce qu’elle a de plus beau ; sont vrai­ment ses joyaux en quelque sorte, qui lui sont vrai­ment per­son­nels, qui la dis­tinguent de toutes les autres fausses religions.

Notre Seigneur a vou­lu se choi­sir ses prêtres. Il a vou­lu qu’il y ait une dis­tinc­tion pro­fonde entre les fidèles, entre les laïcs et les clercs. Il a vou­lu mar­quer ceux aux­quels Il com­mu­ni­quait son Sacerdoce par le carac­tère sacra­men­tel du sacre­ment de l’ordre. Il a vou­lu aus­si se choi­sir par­mi les laïcs, par­mi les fidèles, des âmes qui se consa­cre­raient spé­cia­le­ment à Lui, des reli­gieux, des reli­gieuses, mani­fes­tant ain­si la pré­sence du Saint-​Esprit dans l’Église par toutes les ver­tus, l’exemple sacer­do­tal et l’exemple de la vie religieuse.

Eh bien, ayant pas­sé toute votre vie à ser­vir l’Église dans cette for­ma­tion de reli­gieux et de prêtres, vous avez vrai­ment bien méri­té de l’Église. Et il est tout à votre hon­neur d’avoir pré­fé­ré vous sépa­rer de ceux qui n’ont pas vou­lu conti­nuer dans cette tra­di­tion ; qui n’ont pas com­pris la gran­deur du sacer­doce, la gran­deur de la vie reli­gieuse et qui aujourd’hui, dans une cer­taine mesure, détruisent le sacer­doce et détruisent la vie religieuse.

Alors vous avez pré­fé­ré souf­frir, offrir ce grand sacri­fice de vous éloi­gner de votre famille reli­gieuse. Et ce n’est pas peu de chose, vous éloi­gner de votre vie reli­gieuse, de votre famille reli­gieuse, pour res­ter fidèle à votre sainte Vocation et non pas par­ti­ci­per, ni être le témoin de la des­truc­tion de la vie sacer­do­tale et de la vie reli­gieuse, à laquelle vous avez tra­vaillé toute votre vie et ain­si vous êtes venu vous joindre à nous et nous avons eu la joie de vous avoir ain­si pen­dant ces années et vous avez conti­nué votre apos­to­lat auprès de nous, auprès de nos jeunes gens. Nous vous en remer­cions vivement.

Quel bel exemple pour vous, mes bien chers amis, alors que si peu de prêtres, si peu de reli­gieux et de reli­gieuses ont main­te­nu cette tra­di­tion, ont conti­nué cette tra­di­tion. Il est bon que vous puis­siez avoir dans votre mémoire, que vous puis­siez fixer dans votre mémoire des exemples de prêtres qui ont été fidèles, fidèles jusqu’au bout à leur sainte Vocation reli­gieuse et voca­tion sacerdotale.

Ainsi ces exemples sont pour vous un grand encou­ra­ge­ment et je dirai, une grande sécu­ri­té. Ceux qui ont l’expérience – qui avaient l’expérience de la vie reli­gieuse, l’expérience de la vie sacer­do­tale – vous ont mon­tré la voie qu’il fal­lait suivre. Et nous remer­cions tous ceux qui sont venus ain­si col­la­bo­rer à notre œuvre et qui ont pré­fé­ré faire ce sacri­fice de quit­ter leur famille reli­gieuse, leur famille sacer­do­tale, pour mon­trer l’exemple de la fidé­li­té à l’Église, de la fidé­li­té à Notre Seigneur, de la fidé­li­té au sacerdoce.

Nous pen­sons au cher Père Barrielle ; nous pen­sons au cher Père Le Boulch, au cher Père Da Silva et à tous ceux qui comme eux sont venus mon­trer cet exemple, exemple très salutaire.

Alors, bien chers amis, gar­dez cela dans votre mémoire et soyez fidèles. Rien de si beau que la fidé­li­té à des enga­ge­ments que l’on a pris dans sa jeu­nesse. Rien d’aussi beau que la fidé­li­té au sacer­doce, 732
à la Sainte Messe dans laquelle on a été ordon­né. Ces prêtres ont vou­lu gar­der la Sainte Messe de leur ordi­na­tion, l’idéal de la voca­tion sacer­do­tale qu’ils conce­vaient à ce moment-​là. Et ils ont été fidèles.

Aussi, mon cher Père, je crois que vous pou­vez répé­ter les paroles de saint Paul : Bonum cer­ta­nem cer­ta­vi, cur­sum consum­ma­vi, fidem ser­va­vi (2 Tm 4,7) : J’ai bien com­bat­tu, j’ai ache­vé ma course, j’ai gar­dé la foi, et In reli­guo repo­si­ta est mihi coro­na jus­ti­tiæ, quam red­det mihi Dominus in illa die jus­tus judex… (2 Tm 4,8) : Il ne me reste plus qu’à rece­voir la cou­ronne de jus­tice qui m’est réser­vée, le Seigneur, le juste Juge, me la don­ne­ra en ce jour-là…

Nous prions pour cela, bien cher Père Londos, que le Bon Dieu vous accorde la joie intime et pro­fonde de ce bon com­bat de la foi, de cette foi que vous avez conser­vée jusqu’au bout et de la cou­ronne de jus­tice et de sain­te­té que le Bon Dieu vous don­ne­ra cer­tai­ne­ment un jour et pour laquelle nous prions pour vous.

Puisque vous êtes fils de la Congrégation de Marie, ce serait un oubli impar­don­nable, de ne pas évo­quer le nom de la Vierge Marie, au moment où vous fêtez ces soixante ans de sacer­doce que vous avez accom­plis sous la pro­tec­tion de la très Sainte Vierge Marie, comme fils de la Congrégation de Marie, comme Père mariste.

Que la Vierge Marie conti­nue cette pro­tec­tion et ses béné­dic­tions auprès de vous, ain­si que saint Joseph dont vous avez choi­si de célé­brer la Sainte Messe aujourd’hui, la Sainte Messe de saint Joseph.

Que saint Joseph et la très Sainte Vierge Marie, conti­nuent à vous pro­té­ger jusqu’à la fin de vos jours et vous accueillent un jour dans le Paradis.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.