Sermon de Mgr Lefebvre – Christ-​Roi – Diaconat – Sous-​diaconat – 31 octobre 1976

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

L’ordination du Sous-​Diacre et des Diacres qui va avoir lieu dans quelques ins­tants, sera pour nous l’occasion de réflé­chir plus pro­fon­dé­ment sur ce qu’est le sacer­doce de l’Église et de le rap­pro­cher de cette fête que nous célé­brons aujourd’hui : la fête du Christ-Roi.

Hier, j’avais l’occasion de lire dans une publi­ca­tion faite d’ailleurs par un pas­teur pro­tes­tant et qui met­tait sur les lèvres de la jeu­nesse d’aujourd’hui : Vous nous dis­tri­buez ce que vous avez, mais dites-​nous ce que nous sommes.

Et cette réflexion je pense, est bien exacte. Vous nous don­nez ce que vous avez, mais dites-​nous ce que nous sommes. Et il conti­nuait, expli­quant que c’était la rai­son pour laquelle beau­coup de jeunes s’adonnaient à des pra­tiques qua­si super­sti­tieuses, recher­chaient dans l’occultisme, recher­chaient dans toutes les sectes de l’Extrême-Orient et même dans les sectes maçon­niques, quelque chose qui explique ce qu’ils sont, quelque chose de l’au-delà ; essayer de per­cer le mys­tère qui est autour de nous.

Comme ils sont à plaindre ceux qui ne connaissent pas que Notre Seigneur Jésus-​Christ est la solu­tion de tous les problèmes !

Nous savons, nous, ce que nous sommes ; nous savons que nous sommes par Notre Seigneur Jésus-​Christ, avec Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour Notre Seigneur Jésus-​Christ. Voilà la vraie solu­tion du pro­blème de ce qu’est l’homme. Lui seul peut don­ner une véri­table solu­tion à toutes les dif­fi­cul­tés, à toutes les épreuves que nous pou­vons avoir au cours de notre vie et à tous les pro­blèmes qui se posent à nous.

Et si aujourd’hui, les socié­tés qui ont mécon­nu la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ sont tou­jours à la recherche de solu­tions, de nou­veaux plans, de nou­velles tech­niques, pour essayer de solu­tion­ner tous les pro­blèmes de l’humanité, – leurs diri­geants – feraient bien de se sou­ve­nir qu’ils ont aban­don­né Celui qui pou­vait leur don­ner les solu­tions, le seul qui puisse leur appor­ter les solu­tions. Il n’y a aucun autre que Notre Seigneur Jésus-​Christ qui puisse nous appor­ter vrai­ment la solu­tion de tous les pro­blèmes de notre civi­li­sa­tion, par la civi­li­sa­tion chrétienne.

Et vous, mes chers amis, vous l’avez com­pris. Voici qu’aujourd’hui, vous vous appro­chez de l’autel où Notre Seigneur Jésus-​Christ est pré­sent et comme je le dirai tout à l’heure dans une moni­tion que l’Église met sur les lèvres de l’évêque : « Vous allez être bien­tôt les coopé­ra­teurs du Corps et du Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ ». C’est là une grande réa­li­té, un grand mystère.

Vous appro­chant tou­jours davan­tage de l’autel, jusqu’au jour où vous pour­rez vous-​même pro­non­cer les paroles de la Consécration et faire des­cendre sur l’autel, le Corps, le Sang, l’âme, la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, vous allez coopé­rer à ce grand mys­tère. Vous serez plus intiment unis au sacer­doce du prêtre ; vous serez plus inti­me­ment unis à l’autel.

Et je pense que vous ne vous deman­de­rez pas ce que vous êtes ; que vous avez com­pris que c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est votre seul Roi, votre seul Maître.

Et en ce jour de la fête de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, j’insisterai d’une manière plus par­ti­cu­lière sur le fait que Notre Seigneur Jésus-​Christ doit être notre Roi personnellement.

Oh, sans doute. Notre Seigneur est le Roi des familles. Il est le Roi de la Société, mais avant tout s’Il est le Roi des familles et le Roi des Sociétés, s’il est le Roi des rois : Rex regum Dominus domi­nen­tium. Il l’est pour les per­sonnes, pour les indi­vi­dus, pour nos âmes, pour le salut de nos âmes ; Il l’est afin de l’être pen­dant l’éternité au Ciel.

Vous avez donc une grande tâche à accom­plir et pour vous-​même et pour ceux que plus tard vous évan­gé­li­se­rez et aux­quels vous appren­drez la royau­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous l’apprendrez pas à pas ; vous appren­drez aux enfants ; vous appren­drez aux parents ; vous appren­drez à tous les fidèles ; vous appren­drez à tous ceux qui vous entourent, com­ment deve­nir des enfants de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Comment pro­fi­ter de toutes les grâces de la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; com­ment pro­fi­ter de sa Croix ; com­ment pro­fi­ter de son Sacrifice.

Et alors, il faut que vous-​même, au cours de ces années de for­ma­tion, vous com­pre­niez que vous devez, vous, pre­miè­re­ment, vous sou­mettre à Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est ce que dit d’une manière magni­fique le pape Pie XI dans son ency­clique Quas pri­mas. Elle n’est pas si ancienne cette ency­clique Quas pri­mas. J’étais sémi­na­riste lorsqu’à Rome, nous avons appris la paru­tion d’une magni­fique ency­clique sur la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Mais est-​ce que la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ ne serait qu’une affaire – qui ne date que – de cin­quante ans ?

Eh non ! La royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, elle est déjà pro­cla­mée dans le Nouveau Testament. Il s’est pro­cla­mé Lui-​même Roi, devant Pilate. Il s’est pro­cla­mé Roi et tous les apôtres et tous ceux qui ont suc­cé­dé aux apôtres L’ont pro­cla­mé Roi.

Et non seule­ment ceux qui ont suc­cé­dé aux apôtres, mais même les princes des nations chré­tiennes se disaient les lieu­te­nants de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ils n’étaient que ceux qui tenaient la place de Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour gou­ver­ner les nations, au temps de la chré­tien­té, au temps de l’Europe chrétienne.

Eh bien, si Notre Seigneur Jésus-​Christ est vrai­ment notre Roi, vous devez avoir aus­si à cœur de l’avoir comme Roi de vos intel­li­gences. Notre Seigneur Jésus-​Christ est la Vérité. Il ne nous donne pas seule­ment la Vérité, Il est la Vérité. Par consé­quent, rece­voir Notre Seigneur Jésus-​Christ dans vos intel­li­gences, c’est rece­voir la Lumière, la lumière de la Vérité et, par la lumière aus­si de la foi. Soumettez donc vos intel­li­gences au règne de Notre Seigneur. Soumettez aus­si vos intel­li­gences à l’obéissance de la foi.

Cela le monde moderne ne le veut pas. Le monde moderne refuse d’être obli­gé de croire à des véri­tés qui ne sont pas sor­ties de sa propre conscience, de sa propre intelligence.

Vous, au contraire, tout au cours de votre sémi­naire, vous avez médi­té sur les véri­tés de la foi. Dans vos études, dans vos cel­lules, pen­chés sur les livres qui vous donnent la foi de l’Église de tou­jours, vous avez com­pris qu’il fal­lait sou­mettre vos intel­li­gences à la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Redigentes intel­lec­tum in obse­quium Christi.

Réduisant, sou­met­tant nos intel­li­gences à ce qu’est le Christ. Et vous devez aus­si sou­mettre vos volon­tés ; sou­mettre vos volon­tés en vous aban­don­nant tota­le­ment à Notre Seigneur Jésus-​Christ ; en appli­quant sa Loi ; en pra­ti­quant ses ver­tus. Et cela ne se fait pas en une seule jour­née. C’est tout au long de votre for­ma­tion, de votre sémi­naire, que vous devez vous atta­cher pas à pas, à faire en sorte que Notre Seigneur Jésus-​Christ soit vrai­ment le seul Seigneur de vos cœurs, de vos âmes et qu’ainsi vous lui soyez com­plè­te­ment sou­mis, en aban­don­nant vos volon­tés entre les mains de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et sou­mettre éga­le­ment vos cœurs ; n’avoir d’autre affec­tion, d’autre désir dans vos cœurs que celui d’union avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et je suis bien per­sua­dé que vous le com­pre­nez pro­fon­dé­ment. Je suis sûr que dans cette cha­pelle, dans ce sémi­naire, vous appre­nez tous les jours un peu plus, à connaître Notre Seigneur ; à com­prendre qu’il n’y a pour vous d’autre joie, d’autre satis­fac­tion, d’autre conso­la­tion, que de vous trou­ver avec Lui ; de com­prendre qu’il est notre tout ; de com­prendre que plus tard, dans l’éternité, il n’y aura plus que Lui.

Et vous le faites, cer­tai­ne­ment gui­dé par la main de la très Sainte Vierge Marie, qui elle aus­si, n’a dans son cœur, dans sa volon­té, qu’un seul nom ; celui de Jésus. C’est cela qu’est vrai­ment le catho­lique ; c’est cela qu’est le reli­gieux ; c’est cela, à plus forte rai­son, qu’est le prêtre.

Le prêtre qui a l’honneur, ce pri­vi­lège incroyable, incom­pré­hen­sible, incom­men­su­rable de pou­voir tenir dans ses mains Notre Seigneur Jésus-​Christ, de par ses pauvres paroles, de faire des­cendre Notre Seigneur Jésus-​Christ sur l’autel et de Le don­ner aux fidèles.

Alors soyez atta­chés à Notre Seigneur. Que pour vous il n’y ait pas de désir de faire connaître vos idées, vos concep­tions, vos sen­ti­ments, non, mais seule­ment de faire connaître les pen­sées, la doc­trine, les sen­ti­ments de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Que vous épou­siez les inté­rêts de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; que vous vous deman­diez tou­jours : Que veut Notre Seigneur de moi. Quelles sont les véri­tés que je dois répandre autour de moi ; quel est l’amour que je dois répandre autour de moi : Celui de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Alors, vrai­ment, les fidèles com­pren­dront qu’ils ont affaire à des prêtres, de vrais prêtres. C’est cela qu’ils désirent.

Vous serez esti­mé, vous serez dési­ré par les fidèles, dans la mesure où vous serez d’autres Christs, dans la mesure où vous leur appor­te­rez Notre Seigneur Jésus-​Christ et non pas vous-​même et non pas vos propres idées, vos propres concep­tions, votre propre désir, mais uni­que­ment Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et cette fête du Christ-​Roi nous le dit d’une manière admi­rable. Vous avez enten­du, ce matin, dans les antiennes que nous avons chan­tées à l’occasion de Laudes et dans tous les textes que nous lisons dans la litur­gie d’aujourd’hui :

Rien n’est beau, rien n’est grand, rien n’est sublime que Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est notre Roi.

Ah si le monde pou­vait com­prendre que Notre Seigneur Jésus-​Christ, aujourd’hui, peut être et doit être notre Roi !

Mais lorsque l’on dit cela au monde moderne, il s’insurge. Pour les quelques paroles que j’ai pu dire dans ce dis­cours que j’ai pro­non­cé à Lille, quel tol­lé de la part du monde ! Pour avoir par­lé des adver­saires de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; pour avoir dit que Notre Seigneur Jésus-​Christ était encore notre Roi et qu’il devait être notre Roi et qu’il n’y avait qu’un seul Roi dans ce monde : Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le monde ne peut plus accep­ter cette seule pen­sée d’avoir pour Roi, Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors si l’on fait réfé­rence à ce fait, que pen­dant mille ans, Notre Seigneur Jésus-​Christ a vrai­ment régné sur les peuples et sur les popu­la­tions pen­dant mille ans de chré­tien­té, alors nous disons des choses abo­mi­nables et nous sommes des retar­da­taires, des sclé­ro­sés, des gens qui ne pensent qu’à ce qui s’est pas­sé au temps du Moyen Âge. Nous sommes dans l’obscurantisme.

Eh bien, non ! Jusqu’à notre der­nier sou­pir, nous pro­cla­me­rons que Notre Seigneur Jésus-​Christ est notre seul Roi ; qu’il n’y en a pas d’autre et il n’y en aura pas d’autre au Ciel ; il n’y aura que Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et ce n’est pas seule­ment quand Il vien­dra sur les nuées du Ciel qu’il sera notre Roi et qu’il doit être notre Roi.

C’est pour cela, peut-​être, que l’on a ren­voyé la fête du Christ-​Roi à la fin du mois de novembre, pour faire com­prendre que Jésus-​Christ sera notre Roi à la fin des temps lorsqu’il des­cen­dra sur les nuées du Ciel, mais pas sur cette terre.

Mais nous, nous disons : Si, sur cette terre Notre Seigneur Jésus-​Christ est notre Roi. Pas seule­ment quand Il vien­dra juger tout le monde ; pas seule­ment quand Il vien­dra sur les nuées du Ciel. Il est notre Roi aujourd’hui. Il doit être notre Roi demain. Il doit être notre Seigneur tou­jours. Et c’est la seule solu­tion pour les peuples d’arriver à la paix ; d’arriver à la fra­ter­ni­té ; d’arriver à la jus­tice ; d’arriver à la sain­te­té et d’arriver au Ciel. Il n’y a pas d’autre solution.

Nous devons donc tout faire ce qui est en notre pou­voir, pour que Notre Seigneur règne sur les Sociétés ; règne sur les familles ; règne sur les indi­vi­dus. C’est le rôle du prêtre ; c’est le rôle des familles chré­tiennes ; c’est le rôle de tous ceux qui croient en Notre Seigneur Jésus-​Christ, en sa divinité.

Alors ayons cette foi accro­chée dans nos cœurs. Et même si le monde devait être entiè­re­ment sou­mis aux forces de Satan et aux forces des adver­saires et aux forces de ce qui est oppo­sé à l’Église, nous pro­cla­me­rons tou­jours la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ce n’est pas parce que les faits sont contre nous, que Satan a pu, en quelque sorte, domi­ner le monde ; que nous devons accep­ter le règne de Satan et faire un com­pro­mis avec son royaume en disant : Eh bien nous accep­tons désor­mais que Satan règne sur cer­taines socié­tés et dans une cer­taine mesure sur le monde. Nous ne pou­vons pas accep­ter cela. Nous tolé­rons, si nous ne pou­vons pas faire autre­ment ; mais dans nos cœurs, nous avons tou­jours le désir ardent de dire : Le jour où nous pour­rons bou­ter Satan dehors, nous le ferons. Serait-​ce au prix de notre sang, pour que Notre Seigneur Jésus-​Christ règne.

Voilà ce qu’un vrai chré­tien, un vrai catho­lique doit avoir dans son cœur et non pas faire des com­pro­mis avec les forces sata­niques et les forces sub­ver­sives du monde.

Eh bien, c’est ce que vous serez, mes bien chers amis. Nous allons deman­der tous ensemble, tous ceux qui sont venus de loin, tous vos amis, tous vos parents qui vous entourent de leur affec­tion aujourd’hui et qui sont heu­reux de vous voir mon­ter encore un peu plus près de Notre Seigneur Jésus-​Christ, nous deman­de­rons par toutes les prières de la litur­gie, que d’abondantes grâces des­cendent dans vos âmes pour que vous soyez dignes de cette grâce que vous allez recevoir.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.