Sermon de Mgr Lefebvre – Christ-​Roi – Tonsures – Sous-​Diaconat – Diaconat – 30 octobre 1977

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

C’était le 11 décembre 1925, que le pape Pie XI deman­dait à l’Église uni­ver­selle de fêter la fête du Christ-​Roi le der­nier dimanche d’octobre. Et le pape Pie XI le fai­sait d’une manière tout à fait solen­nelle, par une ency­clique, l’encyclique Quas pri­mas qui est res­tée célèbre et dans laquelle, il défi­nit avec toute son auto­ri­té pon­ti­fi­cale, papale, il défi­nit la royau­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

On pour­rait donc se deman­der, si cette véri­té du règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ, de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, est une véri­té qui n’a pas été pré­ci­sée, qui n’a été en défi­ni­tive remar­quée, par l’Église que depuis peu de temps.

Car enfin, nous étions au sémi­naire de Rome, lorsque cette ency­clique a paru, mais il est évident que si notre Saint-​Père le pape a cru devoir pro­cla­mer cette véri­té, c’est que pré­ci­sé­ment, c’était une véri­té ensei­gnée et crue dans l’Église depuis les temps apostoliques.

D’ailleurs, Notre Seigneur Lui-​même, s’est char­gé de nous l’enseigner. Lui-​même a fait sou­vent allu­sion à son règne, lorsqu’il était ici-​bas. Notre Seigneur a sou­vent par­lé du règne de Dieu ; or quand Il par­lait du règne de Dieu, il est évident qu’il par­lait de son règne, car Il est Dieu.

Notre Seigneur à Nicodème, par exemple, dans l’intimité d’une conver­sa­tion pri­vée, a décou­vert déjà des vues de son minis­tère, dès le début de ces années qu’il a pas­sées à prê­cher l’Évangile. Notre Seigneur découvre à Nicodème le royaume de Dieu.

Il lui dit que : « Si quelqu’un ne renaît, il ne pour­ra pas voir le royaume de Dieu ». Et comme Nicodème insiste pour savoir com­ment peut se faire cette renais­sance. Notre Seigneur lui dit : « Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne pour­ra pas entrer dans le royaume de Dieu ».

Par consé­quent, pour Notre Seigneur, l’entrée dans le royaume de Dieu, c’est aus­si l’entrée par Lui, par le sacre­ment de bap­tême et donc par sa Rédemption.

Notre Seigneur lorsqu’il envoie ses dis­ciples aus­si prê­cher l’Évangile, lorsqu’il les envoie deux à deux. Il leur donne des conseils ; Il leur donne des direc­tives. Que leur dit-Il ?

Predicate, dicentes : quia appro­pin­qua­vit regnum cœlo­rum (Mt 10,7). « Le royaume de Dieu est proche. Voilà ce que vous leur prêcherez. »

C’est donc la grande pré­oc­cu­pa­tion de Notre Seigneur : le règne de Dieu. Son règne en définitive.

A‑t-​il pro­cla­mé qu’Il était Roi ? Mais évi­dem­ment ! Vous vous sou­ve­nez de ce récit extra­or­di­naire de Notre Seigneur devant Pilate. Le pro­cu­ra­teur Pilate lui posant la ques­tion expli­ci­te­ment : « Es-​tu roi ? ». Notre Seigneur lui répond : « Tu l’as dit, je suis Roi ».

Et dans les Actes des Apôtres, il est dit expli­ci­te­ment, que pen­dant les qua­rante jours que Notre Seigneur a pas­sés après sa Résurrection au milieu de ses apôtres, de quoi leur a‑t-​il par­lé ? Du règne de Dieu.

Predicans regnum Dei (Ac 28,31).

L’auteur sacré résume ain­si donc tous les entre­tiens de Notre Seigneur avec ses apôtres pen­dant les qua­rante jours qui ont sui­vi sa Résurrection, qui ont été sur le règne de Dieu.

Nous pou­vons donc croire que s’il y a quelque chose qui est impor­tant pour Notre Seigneur, c’est son règne.

D’ailleurs Il l’a dit d’une manière si belle, si pro­fonde, dans sa prière du Pater nos­ter. Y a‑t-​il quelque chose qui lui était plus à cœur que le règne de Dieu ? Puisque c’est ce qu’il dit à pro­pos de son Père, les demandes qui sont faites vis-​à-​vis de Dieu : celles du règne de Dieu : Adveniat regnum tuum : « Que votre règne arrive, que votre volon­té soit faite sur la terre comme au Ciel ».

Et d’ailleurs toute l’Écriture sainte et toute la litur­gie, chantent le royaume de Dieu, non pas seule­ment en ce jour de la fête du Christ-Roi.

Souvenez-​vous des paroles qui sont chan­tées à Noël :

Puer natus est nobis et filius datus est nobis ; cujus impe­rium super hume­rum ejus (Is 9,6 – Ps 97,1).

« Voici qu’un Enfant nous est don­né ; voi­ci que le Fils de Dieu nous est don­né ; sur les épaules duquel repose l’empire, repose le com­man­de­ment » : imperium.

Et c’est la même chose pour l’Épiphanie :

Ecce adve­nit Dominator Dominus, et regnum in manu ejus et potes­tas, et impe­rium (Mal, 3,1 – Chronique 29,12 – Ps 71,1).

« Le règne est dans ses mains, » et potes­tas et impe­rium « et le pou­voir et l’empire. » Voilà ce que nous chan­tons à l’Épiphanie.

Et ce sera la même chose à Pâques, à l’Ascension, à toutes les grandes fêtes de Notre Seigneur, c’est le royaume de Notre Seigneur ; c’est sa Toute-​Puissance qui est pro­cla­mée par l’Église, tout au cours des siècles.

Ainsi cette ency­clique Quas pri­mas, de notre Saint-​Père le pape Pie XI, n’a été que la conclu­sion de la foi que Notre Seigneur nous a ensei­gnée et que le peuple chré­tien a tou­jours crue.

Et pour­quoi notre Saint-​Père le pape Pie XI a‑t-​il cru bon de pro­cla­mer d’une manière encore plus solen­nelle en notre temps, la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ ? À cause du laï­cisme de notre temps ; à cause de la néga­tion du Royaume de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Parce que, pré­ci­sé­ment, en notre temps, on refuse ce royaume. Comme les juifs l’ont refu­sé, lorsqu’ils L’ont crucifié :

Non habe­mus regem, nisi Cæsarem (Jn 19,15) ; Nolumus hunc regnare super nos (Lc 19,14) : « Nous ne vou­lons pas que celui-​là règne sur nous ».

Alors, les papes, géné­ra­le­ment, affirment les véri­tés d’une manière plus solen­nelle, lorsqu’elles sont niées, précisément.

Parce que le monde a besoin de ces véri­tés. S’il y a quelque chose qui nous est pré­cieux, qui nous est cher, c’est bien le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour nous per­son­nel­le­ment, pour nos âmes. Ce règne que nous pré­pa­rons ici-​bas, pour le règne de l’éternité.

Or, il est évident – et c’est toute l’Histoire de l’Église, c’est toute l’Histoire qui nous l’enseigne et la réa­li­té de l’Incarnation de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il est évident que Notre Seigneur Jésus-​Christ a régné par sa Croix.

Désormais le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ n’est plus conce­vable, sans la Croix. La Croix est son trône ; sa cou­ronne d’épines est sa cou­ronne rayon­nante de gloire aujourd’hui. Ses bras éten­dus montrent l’infinité de son royaume et son cœur ouvert montre que c’est par son amour qu’Il règne ; par sa cha­ri­té qu’Il règne. Voilà com­ment Notre Seigneur Jésus-​Christ se pré­sente dans notre foi.

Et c’est pour­quoi, mes chers amis, votre mon­tée vers l’autel qui va encore se mani­fes­ter d’une manière plus concrète, plus effi­cace, en ce jour de vos ordi­na­tions, doit vous don­ner comme leçon de faire en sorte que le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ pro­gresse en vous tou­jours davan­tage. Et c’est cela que signi­fie cette mon­tée vers l’autel, cette mon­tée vers la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ, vers son sacrifice.

Si les prêtres ne s’associent pas au royaume de Notre Seigneur Jésus-​Christ par leurs sacri­fices, par leurs souf­frances, par la croix qu’ils doivent por­ter, com­ment les fidèles pourront-​ils eux aus­si, por­ter leur croix et mar­cher à la suite de Notre Seigneur Jésus-Christ ?

Il faut par consé­quent, que vous vous pré­pa­riez tout au long de vos années de sémi­naire, à médi­ter le grand mys­tère de la Croix, le grand mys­tère de la conquête et de la vic­toire de Notre Seigneur Jésus-​Christ par sa Croix. Particulièrement, parce que vous mon­tez à l’autel ; parce que vous aurez à réa­li­ser le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ par le Saint Sacrifice de la messe.

Et vous remar­que­rez d’ailleurs, que toutes les ordi­na­tions sont mar­quées à la fois du sacri­fice, du renon­ce­ment, de l’éloignement du péché, de l’éloignement des influences dia­bo­liques et en même temps de cette approxi­ma­tion, de ce voi­si­nage, de cet amour tou­jours plus grand de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Dans la ton­sure déjà, c’est le renon­ce­ment aux choses de ce monde. Mais, par le revê­te­ment du sur­plis, c’est aus­si un signe de l’amour et de la lumière de Notre Seigneur Jésus-Christ.

L’ordre de Portier mani­fes­te­ra l’amour que le sémi­na­riste, – l’amour que celui qui reçoit cet ordre – doit avoir pour le temple de Dieu, pour la mai­son de Dieu, le soin qu’il doit avoir pour la mai­son de Dieu, il en a les clefs. Quelle res­pon­sa­bi­li­té. Et en même temps – comme le dit le Pontifical – il doit fer­mer la porte au diable : clau­da­tis dia­bo­lo, et faire entrer ceux qui sont vrai­ment dignes d’assister au Saint Sacrifice de la messe.

Le Lecteur par contre, lui, sera déjà celui qui porte la lumière de l’Évangile ; qui s’approche davan­tage de l’autel, plus proche de Notre Seigneur, plus prêt de la sanc­ti­fi­ca­tion que Notre Seigneur lui apporte, le plus inves­ti du sort de la lumière et de l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et voi­ci l’Exorciste qui aura pour but d’éloigner le démon, de chas­ser le démon. Mais pour qu’il puisse chas­ser le démon chez les autres, il faut qu’il le chasse d’abord en lui ; qu’il montre l’exemple des ver­tus de Notre Seigneur Jésus-​Christ en lui.

Et puis l’Acolyte. L’acolyte, lui, s’approche encore davan­tage de l’autel. Il sert à l’autel ; il est le ser­vant de messe ; il porte les burettes à l’autel, la matière qui va ser­vir au Saint Sacrifice. Déjà il entre dans l’intimité du mys­tère de l’autel.

Et le Sous-​Diacre devra s’éloigner du monde. Il devra par­ti­cu­liè­re­ment pra­ti­quer la chas­te­té et donc se sépa­rer du monde. Son cœur devra être plus pur, s’attacher davan­tage à Notre Seigneur Jésus-​Christ ; se rem­plir de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; mani­fes­ter au monde cet atta­che­ment à Celui qu’il fau­drait que tout le monde aime ; à Celui à qui il fau­drait que tout le monde soit attaché.

Notre Seigneur Jésus-​Christ règne par son amour.

Mais quel homme a été plus aimé que Notre Seigneur Jésus-​Christ au cours de l’Histoire de l’Église ? Et quel homme aus­si a été plus haï que Notre Seigneur Jésus-​Christ ? Eh bien, le sous-​diacre, lui, doit mani­fes­ter son amour pour Notre Seigneur Jésus-​Christ en s’éloignant du monde.

Le Diacre, lui, mon­te­ra encore un peu plus près de l’autel et des saints Mystères, des taber­nacles. Il aura donc un amour encore plus pro­fond et la néces­si­té pour lui de pra­ti­quer les ver­tus de Notre Seigneur Jésus-​Christ d’une manière encore plus par­faite. Il lira les Saintes Écritures ; il les pro­cla­me­ra ; il rayon­ne­ra davan­tage déjà la gran­deur, la subli­mi­té des mys­tères aux­quels il par­ti­cipe déjà d’une manière plus intime.

Pensez à saint Étienne. Saint Étienne ce diacre lapi­dé par les juifs et dont le visage rayon­nait et qui ren­dait encore plus furieux ceux qui lui jetaient des pierres, de voir ce visage res­plen­dis­sant, qui rayon­nait le Ciel.

Eh bien, le diacre doit être comme cela aus­si, parce qu’il approche de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; parce qu’il est près de Notre Seigneur Jésus-​Christ, il doit rayon­ner le Ciel.

Voilà ce que sont ces ordi­na­tions que vous allez recevoir.

Évidemment, je ne parle pas du sacer­doce puisque aujourd’hui nous n’aurons pas consa­cré des prêtres. Mais il est évident que toutes ces ordi­na­tions ne sont autre chose que la marche vers le sacer­doce. Le sacer­doce qui fait ren­trer, lui, dans le mys­tère de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Le prêtre est un autre Christ, le prêtre ne devrait plus avoir ni de pen­sée, ni de volon­té, ni d’amour que pour Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et en cela res­sem­bler davan­tage à la Mère de Jésus. Car dans la Mère de Jésus, il n’y avait aus­si de pen­sée, de volon­té et d’amour, que pour Notre Seigneur Jésus-Christ.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie aujourd’hui, de faire en sorte que ces grâces que nous sou­hai­tons voir se réa­li­ser dans ces jeunes lévites qui vont rece­voir les ordi­na­tions, qu’ils les aient en abondance.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.