Sermon de Mgr Lefebvre – Diaconat et Ordres mineurs – Pentecôte – 2 juin 1974

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

En ce moment, alors que nous allons dans quelques ins­tants confé­rer des ordi­na­tions à un bon nombre d’entre les sémi­na­ristes, cette heure nous rap­pelle la des­cente du Saint-​Esprit sur les apôtres au jour de la Pentecôte.

En effet, c’est à la troi­sième heure que le Saint-​Esprit des­cen­dit sur les apôtres alors qu’ils étaient réunis dans le Cénacle et qu’ils priaient. Qu’ils priaient avec la très Sainte Vierge Marie. Qu’ils priaient en atten­dant que le Saint-​Esprit des­cende sur eux, que la pro­messe de Notre Seigneur Jésus-​Christ leur avait faite se réalise.

Et voi­ci qu’aujourd’hui, presque à la même heure, nous nous trou­vons réunis, pour deman­der aus­si à l’Esprit Saint de des­cendre dans les âmes de ceux qui vont rece­voir ces ordi­na­tions. Descendre aus­si dans toutes nos âmes. Nous avons tous besoin du Saint-​Esprit ; nous en avons tou­jours besoin.

Vous remar­que­rez, mes chers amis, que c’est jus­te­ment à l’heure de tierce que l’Église nous demande de réci­ter l’hymne spé­ciale au Saint-Esprit.

Vous remar­que­rez aus­si, qu’habituellement à l’heure de tierce, il est ques­tion du Saint-​Esprit, parce que la Sainte Église veut nous rap­pe­ler que c’est cette heure que Dieu a choi­sie pour faire des­cendre le Saint-​Esprit dans les âmes des apôtres.

Je m’adresserai d’abord à ceux qui venus pour la pre­mière année dans ce sémi­naire, vont bien­tôt ter­mi­ner leur pre­mière année de spi­ri­tua­li­té. Et ils la ter­minent presque par la fête de la Pentecôte.

Chers amis, vous qui avez pen­dant cette année, cher­ché d’une manière par­ti­cu­lière à rece­voir les grâces du Saint-​Esprit, vous avez sur­tout appris – je l’espère – à prier. Car c’est cela qui est la condi­tion par­ti­cu­lière pour que le Saint-​Esprit des­cende en nous. Et c’est cela que le Saint-​Esprit nous ins­pire aussi.

Oh ce n’est pas cela la prière vocale, vous avez sans doute appris de nou­velles prières que vous ne connais­siez pas, vous avez appris à médi­ter et à goû­ter les belles prières du bré­viaire, les belles prières de nos offices litur­giques sans doute. Mais je pense que la prière est plus que cela. Vous avez appris – je l’espère aus­si – non seule­ment à apprendre les prières vocales, à apprendre à prier sen­si­ble­ment, mais vous avez sur­tout – je l’espère – appris à vous unir à Notre Seigneur Jésus-​Christ dans votre prière.

Vous avez appris à contem­pler Notre Seigneur Jésus-​Christ, à contem­pler Dieu, la contem­pla­tion n’est pas réser­vée aux âmes par­ti­cu­liè­re­ment pri­vi­lé­giées, à toutes les âmes qui s’ouvrent à Dieu, à toutes les âmes qui dési­rent connaître Dieu, qui dési­rent prendre conscience que Dieu est en eux.

Si vous m’aimez, dit Notre Seigneur – nous l’entendrons dans quelques ins­tants – si vous nous aimez, nous vien­drons et nous ferons notre demeure en vous. Notre Seigneur le dit pour tout le monde, mais Il le dit par­ti­cu­liè­re­ment pour vous qui vous pré­pa­rez au sacer­doce. « Si vous nous aimez, nous vien­drons en vous et nous ferons notre demeure en vous ».

Avez-​vous conscience que Notre Seigneur, que Dieu est venu en vous et qu’il habite en vous ? C’est cette conscience de la pré­sence de Dieu en vous et en toutes choses, qui est pré­ci­sé­ment la défi­ni­tion, en quelque sorte, de la contem­pla­tion. Nous sommes mal­heu­reu­se­ment tel­le­ment éloi­gnés de Dieu. Nos esprits et nos cœurs sont tel­le­ment atta­chés aux choses de ce monde. Nous sommes tel­le­ment impli­qués dans nos pen­sées, nos dési­rs, nos pro­jets, ce que nous pos­sé­dons, tout ce que nous avons, tout cela nous pré­oc­cupe beau­coup plus que Dieu. Notre répu­ta­tion, ce que l’on pense de nous, ce que l’on dit de nous. Ah, si nous pou­vions nous déta­cher davan­tage ! Car c’est là pré­ci­sé­ment que se trouve peut-​être le prin­ci­pal effort que vous pou­vez faire et que vous devez faire et que vous avez fait cer­tai­ne­ment – je le pense – au cours de cette année.

Vous déta­cher, vous aban­don­ner entre les mains de la Providence ; vous aban­don­ner entre les mains de Dieu ; vous déta­cher des biens de ce monde ; vous déta­cher des hon­neurs, de la répu­ta­tion ; vous déta­cher de vos propres pen­sées ; vous déta­cher de vos propres dési­rs, pour n’avoir plus que ceux du Bon Dieu ; pour n’avoir plus que les inté­rêts de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans votre cœur et dans votre âme. Ne plus pen­ser qu’à cela.

Alors, vrai­ment, quand vous venez à la cha­pelle, quand vous venez devant Notre Seigneur Jésus-​Christ dans le Saint-​Sacrement, alors vos âmes s’élèvent toutes seules vers le Bon Dieu. Tandis qu’au contraire, si vous demeu­rez atta­chés, si vous demeu­rez liés à tous ces biens éphé­mères qui ne sont rien à côté de Dieu, qui ne sont rien à côté de la très Sainte Trinité, rien à côté de Notre Seigneur Jésus-​Christ, alors vos âmes ne s’élèvent pas. Elles ne peuvent pas s’élever.

J’espère que cette année de spi­ri­tua­li­té vous aura aidés à vous appro­cher du Bon Dieu, à Le com­prendre un peu plus.

Vous connais­sez ces paroles que je vous ai déjà citées et que saint Thomas répète : « Plus on apprend à connaître Dieu, et plus on s’aperçoit qu’on le connaît moins ».

Plus on s’approche de la connais­sance de Dieu et plus l’on s’aperçoit qu’on Le connaît moins.

En effet, à mesure que l’on s’approche tant soit peu de la gran­deur de Dieu et plus l’on s’aperçoit que le Bon Dieu nous dépasse infi­ni­ment. Et ce sera la joie de l’éternité. De pen­ser que nous avons déjà une cer­taine connais­sance de Dieu, une vision de Dieu et cepen­dant Dieu est encore beau­coup plus infi­ni, beau­coup plus grand, beau­coup plus immense que nous ne le pen­sions et que nous pou­vons l’imaginer.

Eh bien, je sou­haite que cette année de spi­ri­tua­li­té vous marque pour votre vie sacer­do­tale tout entière. Pourquoi y a‑t-​il tant de défec­tions dans le sacer­doce ? Parce que peut-​être ces prêtres qui ont aban­don­né leur voca­tion sacer­do­tale, n’ont pas su prier, n’ont pas su ce que c’était que la prière ; ont prié super­fi­ciel­le­ment ; ont prié par habi­tude ; ont prié par un cer­tain devoir, en quelque sorte, de leur fonc­tion, mais n’ont pas prié véri­ta­ble­ment ; n’ont pas appris ce qu’était Dieu ; n’ont pas appris à s’unir à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et main­te­nant, je m’adresserai à vous mes chers amis, qui allez, dans quelques ins­tants, rece­voir le dia­co­nat. Le Saint-​Esprit se mani­feste dans la Sainte Église d’une manière toute par­ti­cu­lière – et Dieu sait si le jour de la Pentecôte nous le rap­pelle – car c’est bien ce jour-​là que l’Église a été fondée.

On pour­rait dire, d’une cer­taine manière, si l’on vou­lait employer notre lan­gage moderne, que la fête de la Pentecôte est la fête de l’efficacité, la fête de l’efficience.

Pourquoi ? Parce que le Saint-​Esprit est Celui qui agit. Veni Creator Spiritus : l’Esprit créa­teur. C’est Lui par lequel Dieu a créé le monde. C’est Lui aus­si qui a réa­li­sé toute l’œuvre de l’Incarnation, qui est à l’origine de l’œuvre de l’Incarnation. Car c’est bien Lui qui a rem­pli la très Sainte Vierge Marie. C’est par Lui qu’elle est deve­nue Mère de Dieu.

Et c’était, rappelez-​vous, dans la prière que le Saint-​Esprit est venu, lorsque Marie priait.

C’est Lui qui est des­cen­du sur Notre Seigneur Jésus-​Christ au moment de son bap­tême et Notre Seigneur priait, Et ora­bat, Jesu orante, dit l’Évangile : Jésus priait. Et le Saint-​Esprit est des­cen­du sur Lui.

Oh non pas pour le lui don­ner ! Notre Seigneur était rem­pli du Saint-​Esprit, mais pour être le signe de la plé­ni­tude que Notre Seigneur avait de l’Esprit Saint.

Et enfin, le Saint-​Esprit s’est mani­fes­té au jour de la Pentecôte et Il s’est mani­fes­té par les langues de feu. Par des langues de feu qui signi­fient ce feu de la cha­ri­té dont Il embra­sait le cœur des apôtres qui allaient deve­nir des mis­sion­naires ; qui allaient com­prendre enfin, enfin, ce qu’était l’Évangile, ce pour­quoi Notre Seigneur les avait choi­sis, quelle était leur voca­tion. Car ils n’avaient rien com­pris jusqu’alors et cela encore juste avant l’Ascension. Avant que Notre Seigneur monte au Ciel, ils lui deman­daient encore : « Quand vien­dra le royaume, ce royaume tem­po­rel ? » Ils se voyaient déjà des ministres de Notre Seigneur Jésus-​Christ, dans ce royaume ter­restre. Ils n’avaient encore rien compris.

Mais Notre Seigneur leur avait dit : « Lorsque le Saint-​Esprit vien­dra. Il vous fera com­prendre tout ce que je vous ai dit ». Et ils l’ont com­pris. Ils sont deve­nus mis­sion­naires. Ils ont par­lé et c’est en enten­dant leur parole que les âmes se sont conver­ties et ont été bap­ti­sées. Trois mille per­sonnes ont été bap­ti­sées sur le champ, parce qu’elles étaient prêtes à rece­voir le Saint-​Esprit, grâce à la parole des apôtres.

Eh bien, dans la Sainte Église, les moments – si l’on peut dire – et les moyens les plus effi­caces que le Saint-​Esprit veut employer pour la conver­sion des âmes, sont ceux que les saints ont tou­jours employés dans leur minis­tère. C’est le confes­sion­nal. Accipite Spiritum Sanctum : Recevez le Saint-Esprit.

Deinde ego te absol­vo a pec­ca­tis tuis.
« Que le Dieu tout-​puissant vous fasse misé­ri­corde ; qu’il vous par­donne vos péchés et vous conduise à la vie éter­nelle.
« Que le Seigneur tout-​puissant et misé­ri­cor­dieux vous accorde l’indulgence, l’absolution et la rémis­sion de vos péchés » .

Notre Seigneur dit à Pierre : Et quod­cumque liga­ve­ris super ter­ram, erit liga­tum in cœlis ; et quod­cumque sol­ve­ris super ter­ram, erit solu­tum et in cœlis (Mt 16,19) : « Tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié aus­si dans les cieux et tout ce que tu délie­ras sur la terre sera délié dans les cieux ».

Accipite Spiritum Sanctum. Et donc, au confes­sion­nal, le Saint-​Esprit se donne aux âmes.

Et c’est pour­quoi l’Église a tou­jours esti­mé beau­coup le sacre­ment de péni­tence et c’est aus­si pour­quoi les saints ont pas­sé leur vie au confes­sion­nal. Souvenez-​vous du saint Curé d’Ars et tout récem­ment du bon Padre Pio. Ils ont pas­sé leur vie dans le confes­sion­nal, parce qu’ils savaient que par là les âmes rece­vaient le Saint-Esprit.

Autre moyen dont le Saint-​Esprit se sert pour venir dans les âmes : la pré­di­ca­tion. « Allez, ensei­gnez toutes les nations » a dit Notre Seigneur. Et l’efficacité de la parole des apôtres s’est mani­fes­tée pré­ci­sé­ment lorsque tous ces fidèles, tous ceux qui ont enten­du la parole des apôtres, se sont conver­tis et tous ceux qui à la suite des apôtres ont enten­du la parole de leurs suc­ces­seurs. Prêcher l’Évangile, prê­cher les mis­sions, ne jamais refu­ser de por­ter la parole de Dieu, mes chers amis, ne refu­sez jamais. Lorsque l’on vous deman­de­ra de par­ler de Dieu, de prê­cher l’Évangile, ne refu­sez jamais. Le SaintEsprit sera avec vous. Il vous don­ne­ra cette parole dont vous avez besoin. Ne refu­sez pas ; ne dites jamais : je ne suis pas capable ; je ne suis pas digne. Car vous êtes faits pour cela ; vous êtes faits pour par­ler, pour por­ter l’Évangile.

Le confes­sion­nal, la chaire, la pré­di­ca­tion, et enfin le Saint Sacrifice de la messe et la Sainte Communion, la Sainte Eucharistie, car par le Saint Sacrifice de la messe, par le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par la Sainte Communion, vient en nous éga­le­ment le Saint-Esprit.

Ce sont les trois moyens les plus impor­tants que Notre Seigneur Jésus-​Christ a fon­dés, a ins­ti­tués, pour nous don­ner l’Esprit Saint. C’est pour­quoi nous devons être atta­chés à ces choses. Futurs prêtres, vous devez vous pré­pa­rer à prê­cher l’Évangile, à confes­ser et à offrir le Saint Sacrifice de la messe, pour qu’il y ait un véri­table sacri­fice et que ce sacri­fice répande les grâces dans les âmes par la Sainte Communion.

Voilà quel sera votre rôle prin­ci­pal. Soyez-​en persuadés.

Et vous deman­de­rez ces grâces au Saint-​Esprit, à la très Sainte Vierge Marie, elle qui était rem­plie du Saint-​Esprit, elle qui a prié, elle qui était à la fois contem­pla­tive et active.

Voyez, par­fois l’on essaye d’opposer la vie contem­pla­tive à la vie active, comme si c’était deux choses qui ne pour­raient vivre ensemble. On ne peut pas être actif et contem­pla­tif en même temps ; on ne peut pas être contem­pla­tif et actif en même temps, alors que toute la vie chré­tienne devrait être contem­pla­tive. Toutes les âmes sont appe­lées à s’unir à Dieu ; toutes les âmes sont appe­lées à la vision béa­ti­fique, sont appe­lées à voir Dieu face à face.

Et si main­te­nant nous sommes dans ce pèle­ri­nage, en quelque sorte, non point éloi­gnés de Dieu, mais sépa­rés de Dieu, parce que nous n’en avons pas une vision directe, mais par la foi nous devons croire à Dieu. Et par les dons du Saint-​Esprit, par le don d’intelligence, par le don de sagesse qui est répan­du dans toutes les âmes, le Bon Dieu sus­cite en nous cette vision de Dieu, cette vision intime de l’âme qui s’unit à Dieu. Et cette sagesse qui nous fait goû­ter Dieu, de telle sorte que les âmes chré­tiennes, à plus forte rai­son les âmes sacer­do­tales, soient pro­fon­dé­ment atta­chées à Dieu et soient en quelque sorte confir­mées en grâce comme l’ont été les apôtres.

Les apôtres, le jour où ils ont reçu l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte, ont été confir­més en grâce. C’est un pri­vi­lège extra­or­di­naire que le Bon Dieu leur a don­né. C’est-à-dire qu’ils ne pou­vaient plus pécher mor­tel­le­ment et qu’ils ont été confir­més en grâce, jusqu’à la grâce de la per­sé­vé­rance finale : ils ont don­né leur vie pour Notre Seigneur Jésus-Christ.

Demandons aus­si au Bon Dieu, de nous confir­mer en grâce. Demandons à la très Sainte Vierge Marie, elle qui a été confir­mée en grâce, dès sa nais­sance, puisqu’elle n’a pas eu le péché ori­gi­nel, demandons-​lui de nous confir­mer en grâce. De faire en sorte que nous soyons vrai­ment atta­chés au Bon Dieu, de telle manière que jamais plus nous ne nous en séparions.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.