Sermon de Mgr Lefebvre – Enterrement de Christophe Lovey – 10 avril 1984

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

Réunis aujourd’hui autour de la dépouille mor­telle du cher Christophe Lovey, nous nous tour­nons vers sa famille et nous lui offrons nos res­pec­tueuses et affec­tueuses condoléances.

Et nous prie­rons Dieu, au cours de cette céré­mo­nie, pour que l’âme de ce jeune Christophe soit reçue comme nous le dirons à la fin de cette céré­mo­nie : In Paradisum dedu­cant te ange­li : Que Dieu vous conduise et que ses saints Anges vous conduisent vers Dieu, dans le Paradis.

À cette occa­sion, mes bien chers frères, je ne peux m’empêcher de remer­cier éga­le­ment la famille de Maître Lovey de l’exemple pro­fon­dé­ment chré­tien, pro­fon­dé­ment catho­lique qu’elle nous a don­né au cours de l’épreuve qu’elle vient de subir. Et je rap­pro­che­rai de cet exemple, l’exemple éga­le­ment d’autres familles que nous avons eu l’occasion de secou­rir dans des épreuves un peu similaires.

Je pense à l’enterrement que nous avons eu il y a peu de temps de Madame Maret, tous ceux qui ont connu cette famille, ont admi­ré les grâces et les béné­dic­tions qui ont été répan­dues dans cette famille, dans les épreuves douloureuses.

Et puis, nous sommes en famille. Nous pou­vons bien citer éga­le­ment la famille de Madame Sermier, éprou­vée aus­si d’une manière bien cruelle et bien dou­lou­reuse. Et je ne puis pas m’empêcher de me repor­ter aus­si aux épreuves subies par les familles Alphonse et Marcel Pedroni.

Et nous avons été obli­gé d’admirer avec quelle séré­ni­té, avec quelle pro­fon­deur de foi, ces familles ont sup­por­té leurs épreuves.

Je pense que c’est une leçon pour nous. Et il nous est bon de réflé­chir un peu sur les causes de cette force, force chré­tienne, appuyée sur une foi pro­fonde. C’est un exemple que nous devons suivre et dont nous avons par­ti­cu­liè­re­ment besoin aujourd’hui. Sans doute la pre­mière cause en est à Dieu. Il faut remer­cier Dieu des grâces qu’il accorde aux familles chré­tiennes. Et nous rap­pe­ler que le sacre­ment de mariage donne une grâce sacra­men­telle spé­ciale pour sou­te­nir les familles dans leur foi. Cette grâce sacra­men­telle n’est pas une illu­sion, n’est pas un mythe. C’est une réa­li­té. Et nous en voyons là les effets, les consé­quences. Grâces par­ti­cu­lières aus­si, qui sont don­nées, à cause de la fidé­li­té dans la foi de ces familles. Et com­ment se maintiennent-​elles dans cette fidé­li­té ? Par la prière et par la pra­tique sacra­men­telle. On ne peut pas rece­voir des grâces spé­ciales et extra­or­di­naires comme celles-​là, si l’on ne se main­tient pas dans l’esprit de prière. Il faut prier. Dieu accorde à ceux qui prient ; prier et aus­si pra­ti­quer les sacrements.

Or c’est ce qui carac­té­rise ces familles. Familles qui reçoivent régu­liè­re­ment et fré­quem­ment les sacre­ments. Alors, au moment où l’orage gronde, au moment où l’épreuve sur­vient, où la tem­pête arrive, ces familles tiennent bon. Elles sont unies à Dieu ; elles aiment Dieu ; elles servent Dieu et par consé­quent à la manière dont Job aus­si a reçu toutes ses épreuves, il a dit : « Mon Dieu vous m’avez tout don­né, vous m’avez tout enle­vé, que votre saint nom soit béni ». Ce sont les mêmes sen­ti­ments qui se trouvent dans ces âmes privilégiées.

Mais elles le sont, encore une fois, parce qu’elles ont main­te­nu cette foi. Et puisque je parle des familles valai­sannes, il me semble bon de sug­gé­rer et de rap­pe­ler à vos cœurs et à vos esprits ces sou­ve­nirs que vous avez tous, plus ou moins tous, de vos parents, de vos grands-parents.

Que de sou­ve­nirs ont été ain­si racon­tés à l’occasion de ren­contres. Souvenirs de la mon­tagne, sou­ve­nirs de ces vil­lages de mon­tagne où toutes les mai­sons se trou­vaient entou­rées d’églises, où l’église était tout. Où Dieu était tout en défi­ni­tive, dans ces familles. Familles qui vivaient dans la sim­pli­ci­té, peut-​être même dans la pau­vre­té, mais dans la foi, dans une foi pro­fonde. On fai­sait des marches des jour­nées entières pour aller dans des sanc­tuaires, pour aller prier la Sainte Vierge. On n’hésitait pas à souf­frir un peu du froid, pour ser­vir le Bon Dieu. Les familles étaient nom­breuses, il y avait beau­coup de voca­tions, voca­tions de prêtres, de reli­gieux, de reli­gieuses, de mis­sion­naires, magni­fiques fruits de cette foi pro­fonde qui ani­mait vos familles. Tous, vous avez des exemples en mémoire.

Alors je pense que dans des occa­sions comme celle-​ci, il est bon de rani­mer cette flamme de la foi dans les familles, qui risque de se perdre aujourd’hui, vous le savez mieux que moi. Vous qui pou­vez com­pa­rer pré­ci­sé­ment ce qu’étaient vos parents et vos grands-​parents et la situa­tion d’aujourd’hui dans vos propres vil­lages, dans vos propres villes. Vous pou­vez faire la comparaison.

Et d’ailleurs, hélas, si les voca­tions étaient un signe de la vita­li­té de la foi catho­lique autre­fois, où en sont main­te­nant les voca­tions, dans cet admi­rable pays du Valais .

Alors pro­fi­tons de cette cir­cons­tance pour rani­mer notre foi, prendre des réso­lu­tions de main­te­nir nos prin­cipes reli­gieux et de pra­ti­quer notre foi. Encore une fois, on ne peut pas subir les épreuve chré­tien­ne­ment, si l’on n’est pas pré­pa­ré à les subir. Car elles sur­viennent subi­te­ment, sans que le Bon Dieu nos aver­tisse. C’est là que l’on peut voir quelle est la pro­fon­deur de sa foi.

Eh bien deman­dons aujourd’hui au Bon Dieu de répandre ses grâces sur vos familles à l’exemple de ces familles qui demeurent encore chré­tiennes et qui sont un exemple et un modèle pour toutes les familles chré­tiennes du Valais.

Et deman­dons sur­tout à la Vierge Marie – nous allons pen­dant ces semaines de la Passion – nous trou­ver au pied de la Croix, avec la très Sainte Vierge Marie. Elle est res­tée debout, ferme, sereine, auprès du mar­tyre de son Fils. Elle aus­si a subi des épreuves ter­ribles, un véri­table mar­tyre. Elle l’a subi debout, consciente de la voca­tion que le Bon Dieu lui avait don­née. Elle ne s’est pas répan­due en larmes et en contor­sions, comme le font les païens. Non, elle s’est unie au Sacrifice de son divin Fils.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie d’être notre Reine, d’être notre modèle et notre exemple en ces cir­cons­tances et prions pour l’âme de ce cher Christophe Lovey, afin que le Bon Dieu l’accueille dans son Paradis.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.