Sermon de Mgr Lefebvre – Funérailles de Madame Maret – 6 mars 1984

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

Ne vous semblait-​il pas qu’à l’occasion de cette céré­mo­nie des funé­railles de cette chère Madame Maret, nous retrou­vons tout l’esprit de l’Église. Cet esprit qui veut nous ensei­gner que l’âme est immor­telle et que par consé­quent, l’âme de Madame Maret se trouve encore par­mi nous : Vita muta­tur, non tol­li­tur : La vie est chan­gée, elle n’est pas enle­vée, chantons-​nous dans la pré­face de la messe des défunts.

Et quelle belle litur­gie qui nous enseigne ce qui sera pour nous la fin de cette vie ter­restre. Nous avons chan­té tout à l’heure : Voca me cum bene­dic­tis, dans le Dies iræ. Appelez-​moi avec les bénis du Seigneur. Pourquoi ? Parce que le Dies iræ nous rap­pelle qu’il y a un juge­ment der­nier, un juge­ment par lequel le Bon Dieu déci­de­ra défi­ni­ti­ve­ment de nous-​mêmes. Alors, nous sup­plions le Seigneur de nous mettre à sa droite, de nous mettre avec les bénis du Ciel.

Et puis nous prions encore : Absolve, Domine, ani­mas omnium fide­lium defunc­to­rum ab omni vin­cu­lo delic­to­rum (Trait, de la messe des funé­railles). Absolvez-​nous Seigneur, des péchés que nous avons com­mis et des péchés qu’ont com­mis ceux qui sont allés vous rejoindre et pour­quoi parce que nous croyons aus­si non seule­ment au juge­ment der­nier, mais nous croyons au Purgatoire. C’est ce que dit déjà Maccabée dans l’Ancien Testament (2 M 12,46). Il est bon de prier pour les morts, afin qu’ils soient absous de leurs péchés.

Eh oui, nous ne savons pas, c’est un grand mys­tère. L’âme de Madame Maret est-​elle main­te­nant dans le Paradis défi­ni­ti­ve­ment, ou est-​elle au Purgatoire ? Nous ne savons pas.

Ô certes nous espé­rons tous qu’elle est entrée direc­te­ment dans le bon­heur éter­nel, mais si nous pen­sons aus­si aux prières de l’Église – et l’Église sait ce qu’est Dieu – nous peut-​être hélas, nous sommes trop aveu­glés par les choses de la terre et nous ne com­pre­nons pas ce qu’est Dieu, la gran­deur, la subli­mi­té, la per­fec­tion, la splen­deur de Dieu. Alors, nous ne nous ima­gi­nons pas qu’une âme telle que celle de notre chère défunte puisse avoir encore quelque chose à se faire par­don­ner. Mais qui sait, devant cette gran­deur de Dieu, alors on trouve des ombres dans les âmes les plus simples, les plus saintes et alors il faut peut-​être pas­ser quelque temps par le Purgatoire pour faire la toi­lette de l’âme, pour ren­trer dans la Maison du Seigneur.

Et c’est pour­quoi nous prions Dieu d’accueillir l’âme de Madame Maret dans le sein de la Trinité Sainte, dans le Requiem æter­nam dona ei Domine : Seigneur, donnez-​lui le repos éter­nel, qu’elle ait donc ce repos, repos de joie, repos de jouis­sance, repos de la vision de la paix qu’est la Cité céleste. Là-​bas plus de pleurs, plus de grin­ce­ments de dents, plus de dou­leurs, plus de sépa­ra­tion, c’est le bon­heur éternel.

In Paradisum, nous chan­te­rons tout à l’heure : In Paradisum dedu­cant te ange­li : Que les anges vous conduisent dans le Paradis.

Voilà notre magni­fique litur­gie ; voi­là ce qu’est notre mère l’Église. Elle nous conduit ain­si de la terre jusqu’au Ciel. Elle nous trans­porte tous, pen­dant quelques ins­tants auprès de cette âme qui vient de quit­ter la terre, pour se trou­ver avec elle, là où elle se trouve main­te­nant, dans la Cité céleste.

Alors pro­fi­tons de ces occa­sions que le Bon Dieu nous donne, de nous rap­pe­ler ces fins der­nières, afin de nous y pré­pa­rer tous. Tous nous y pas­se­rons, sans aucun doute : tous.

Et puis par­ti­cu­liè­re­ment en cette occa­sion, nous sommes bien obli­gé et nous le fai­sons avec joie, de pou­voir dire quelques mots de cette âme qui vient de nous quitter.

Madame Maret était une âme excep­tion­nelle, excep­tion­nel­le­ment éprou­vée. Nous la connais­sons, vous connais­sez tous la situa­tion que le Bon Dieu a faite dans sa famille. Épreuves, épreuves extra­or­di­naires, qu’elle a sup­por­tées avec une force morale qui aurait cer­tai­ne­ment été absente dans beau­coup d’entre nous. Aurions-​nous pu sup­por­ter ce qu’elle a dû sup­por­ter. Et pour­tant lorsque l’on inter­roge ses enfants qui l’ont vue, qui ont vécu ces heures dou­lou­reuses dans la famille, eh bien Madame Maret disait : « Oh, tout cela n’est rien. Ces épreuves ne sont rien. Pour moi, une seule chose compte ; c’est que mes enfants fassent la volon­té du Bon Dieu ». (Monseigneur répète 🙂 C’est que mes enfants fassent la volon­té du Bon Dieu. Je pense qu’elle disait en elle-​même : Et que moi-​même je fasse tou­jours la volon­té du Bon Dieu.

Et c’était cela d’une cer­taine manière qui était en même temps son sacri­fice, sa souf­france, sa croix. Oh ce n’était pas les dif­fi­cul­tés maté­rielles, ce n’était pas la situa­tion de son époux éprou­vé par une mala­die mys­té­rieuse qu’elle a dû soi­gner comme un enfant pen­dant dix ans. Non, tout cela n’était rien pour elle. Elle me l’a dit à moi-même.

Elle m’a dit : « Oh, Monseigneur, cela ce n’est rien, pour­vu que l’on fasse la volon­té du Bon Dieu ». Quelle belle leçon ! Et c’était cela son sou­ci. Et certes Dieu l’a récom­pen­sée. Sur les dix enfants qu’elle a eus, deux sont morts en bas âge et les huit qui sont ici pré­sents, dont trois se sont don­nés au Bon Dieu d’une manière toute par­ti­cu­lière… Alors elle était bénie dans ses enfants. Nous sommes heu­reux de recueillir son exemple. Les paroles édi­fient, mais les exemples entraînent : Verba ædi­fi­cant, exemple tra­hunt : Oui, les exemples nous entraînent.

Eh bien, que l’exemple de cette bonne et sainte Personne, nous entraîne nous aus­si à sa suite et que nous rete­nions cette leçon : Faire la volon­té du Bon Dieu. C’est simple. Comme une bonne mère de famille qui est pré­oc­cu­pée par les sou­cis quo­ti­diens ; elle était certes à des moments d’une manière cru­ciale, mais elle accep­tait tout dans son esprit de foi, dans son cou­rage extra­or­di­naire, dans sa prière. Elle aimait la Sainte Messe. Et quand cela avait été pos­sible autre­fois pour elle, elle assis­tait jusqu’à deux fois par jour à la messe, pour y trou­ver la force et le cou­rage dont elle avait besoin pour conti­nuer à s’occuper de l’éducation de ses enfants et à soi­gner son mari, bel exemple certainement.

Demandons à Dieu, de pro­fi­ter de cet exemple ; qu’il demeure par­mi nous. Et à l’occasion de cette messe nous prions spé­cia­le­ment pour le repos de son âme et aus­si pour sa chère famille. Nous les assu­rons de notre sym­pa­thie en cette occa­sion, de nos prières ; que le Bon Dieu les bénisse, qu’il accorde aux enfants et aux petits-​enfants, de suivre l’exemple de leur mère et grand mère. Et deman­dons à la Vierge Marie d’accueillir l’âme de Madame Maret dans le Paradis, comme nous le chan­te­rons tout à l’heure.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.