Sermon de Mgr Lefebvre – Immaculée Conception – Engagements – 8 décembre 1977

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,

« Tota pul­chra es Maria, et macu­la ori­gi­na­lis non est in te »

C’est par ces paroles que nous venons de chan­ter, que l’Église nous demande de croire, de croire à l’Immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie.

Et il nous faut nous deman­der pour­quoi Notre Seigneur, pour­quoi Dieu a‑t-​il vou­lu choi­sir une créa­ture qui fut imma­cu­lée dans sa concep­tion. Est-​ce uni­que­ment par les propres mérites de la très Sainte Vierge Marie ? Est-​ce que, parce que cette créa­ture a plu d’une manière par­ti­cu­lière à Dieu, que Dieu a vou­lu l’exempter de toute faute ori­gi­nelle et que Marie a été ain­si imma­cu­lée dans sa concep­tion et qu’elle n’a pas connu la domi­na­tion du démon ?

Ce serait inexact et ce serait mal com­prendre les des­seins de Dieu, les des­seins de la Providence, que de limi­ter à ce pri­vi­lège per­son­nel à la très Sainte Vierge Marie, le fait de l’immaculée concep­tion. Car en effet, l’Immaculée Conception s’inscrit dans l’histoire de l’humanité comme un des faits les plus impor­tants, les plus fon­da­men­taux de l’histoire de toute l’humanité.

Et l’Église prend soin de remettre sous les yeux des prêtres qui lisent leur bré­viaire, les leçons du bré­viaire, elle prend soin de rap­pe­ler que le moment où l’Immaculée Conception a été annon­cée au monde, n’est pas celui qui est lorsque l’ange est venu annon­cer à la Vierge Marie qu’elle serait la mère du Sauveur et qu’elle était rem­plie de grâce, mais c’est bien dans les paroles qui ont été dites à Satan lui-​même après le péché de nos pre­miers parents, lorsque Dieu a dit à Satan : « Je met­trai entre toi et la femme une ini­mi­tié et entre ta des­cen­dance et la sienne, et elle t’écrasera la tête et tu la mor­dras au talon » .

Voilà, c’est à ce moment-​là que déjà. Dieu avait réso­lu de sus­ci­ter cette créa­ture admi­rable qu’est la Sainte Vierge et de la rendre imma­cu­lée dans sa conception.

« Je met­trai une ini­mi­tié entre toi, Satan, qui a trom­pé Ève et qui l’a entraî­née avec Adam dans le péché, et entre sa descendance ».

Dieu ain­si pré­voyait toute l’histoire de l’humanité. Il y aurait désor­mais la famille de Marie et la famille de Satan. Entre toi, Satan et la femme.

Inter te et mulie­rem.

Désormais Dieu aper­çoit à tra­vers l’histoire du monde, tous ceux qui se rat­ta­che­ront à Satan, tous ceux qui sui­vront Satan et ses prin­cipes et ses sug­ges­tions, qui se sou­met­tront à lui, et tous ceux qui seront dans la famille de la Vierge Marie.

Sans doute, quand Dieu a pro­non­cé ce terme semen illius (Gen 3,15) « cette des­cen­dance », c’est Jésus-​Christ, qui, certes, était le pre­mier des­cen­dant de la Vierge, le Fils de la Vierge, dans lequel nous devions deve­nir tous fils de Dieu, par Jésus, mais Il est bien le fils de la Vierge Marie et, par consé­quent, c’est bien dans la famille de la Vierge Marie que nous devons être ins­crits, dont nous devons faire par­tie, si nous vou­lons nous oppo­ser à la famille de Satan et ne pas tom­ber sous l’influence de Satan.

C’est pour­quoi, cette fête de l’Immaculée Conception a une impor­tance pri­mor­diale dans la théo­lo­gie, dans l’histoire de l’Église, dans la litur­gie. C’est en pré­vi­sion de la nais­sance de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui devait naître de Marie, que la Vierge a été l’Immaculée dans sa Conception.

Ainsi com­men­çait une famille qui ne serait pas sous l’influence de Satan. La pre­mière per­sonne qui a été exempte de la domi­na­tion de Satan, ce fut la Vierge Marie.

Certes, nous, nous n’avons pas ce pri­vi­lège et nous nais­sons domi­nés par Satan. Mais pré­ci­sé­ment par la grâce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par la grâce que nous trans­met la très Sainte Vierge Marie dans le bap­tême, par toutes les grâces que nous rece­vons, nous devons conqué­rir notre titre de fils de Dieu.

Et hélas, il faut bien le dire, ces deux familles ne sont pas encore sépa­rées défi­ni­ti­ve­ment. Elles sont, au cours de cette épreuve qui nous est don­née, elles sont mélangées.

Les membres de la famille de la Vierge Marie, les membres de la famille de Satan, se trouvent dans les mêmes mai­sons, dans les mêmes éta­blis­se­ments, dans les mêmes pays, dans les mêmes régions. On se croise ; dans les rues on se ren­contre ; on se parle.

Alors qui res­te­ra dans la famille de la Vierge Marie ? Saurons-​nous pro­té­ger notre carac­tère de fils de Dieu au milieu de ce monde dépravé ?

C’est pour­quoi l’Église, dont Marie est la Mère, l’Église a tou­jours vou­lu, dans le cours de son his­toire, par la volon­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, afin de suivre l’exemple de Notre Seigneur Jésus-​Christ, afin de par­ti­ci­per davan­tage à la grâce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, a vou­lu qu’il y ait une lignée, une lignée par­ti­cu­lière, lignée de prêtres, lignée de reli­gieux et de reli­gieuses, de per­sonnes consa­crées à Dieu, qui mani­fes­te­raient par leur vie, par leurs pro­messes, par leurs enga­ge­ments, par leur fidé­li­té à la ver­tu de Notre Seigneur Jésus-​Christ, mon­tre­raient au monde qu’il y a une famille de la Vierge Marie. Que cette famille est puis­sante ; que cette famille est vivante. Et ce serait un exemple qui entraî­ne­rait les fidèles, qui entraî­ne­rait les chré­tiens, qui les main­tien­drait dans leur titre de filia­tion de Dieu.

Et cela a tou­jours été, au cours de l’histoire de l’Église une consta­ta­tion conso­lante, encou­ra­geante, magni­fique, de voir qu’au cours des siècles, se sont levées des légions de reli­gieux, de reli­gieuses, de prêtres, qui se sont consa­crés à Dieu ; qui ont don­né toute leur vie à Dieu et qui ont donc réso­lu de mani­fes­ter au monde qu’ils vou­laient suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ, por­ter sa Croix avec Lui, être des vrais fils de Marie ; être des pha­langes qui sont les pre­mières à mani­fes­ter les ver­tus de Marie et les ver­tus de Jésus, afin de sau­ver le monde.

Et c’est pour­quoi notre Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, qu’il a plu au Bon Dieu de faire naître en ces temps dif­fi­ciles, veut et pro­met d’être de la lignée de ces familles religieuses.

Il faut, mes chers amis, que nous soyons fidèles à nos enga­ge­ments. Il faut que nous les pre­nions de toute notre âme, de tout notre cœur, pour que conti­nue cette force, cette ver­tu de la grâce qui vient de la très Sainte Vierge Marie, qui vient de Notre Seigneur, à tra­vers toute l’Église, à tra­vers toute l’histoire de l’Église.

Que vous soyez sem­blables à ceux qui vous ont pré­cé­dés dans ces enga­ge­ments d’une vie plus par­faite. Qu’il s’agisse de vœux pour nos reli­gieux, pour nos reli­gieuses ; qu’il s’agisse d’engagements pour vous, pour nos oblates. Il ne s’agit pas de savoir si cano­ni­que­ment ou théo­ri­que­ment ; nous sommes dans une voie qui est plus ou moins par­faite ; il s’agit de savoir, si par nos enga­ge­ments, nous vou­lons suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ ; nous vou­lons mani­fes­ter toutes les ver­tus que Jésus et la très Sainte Vierge Marie nous ont enseignées.

Nous le devons. Nous le devons pour l’honneur de l’Église ; nous le devons pour le salut des âmes ; nous le devons pour conti­nuer ce que Jésus et Marie sont venus appor­ter ici-​bas. Nous n’avons pas le droit d’être des médiocres. Nous n’avons pas le droit d’écouter tan­tôt les sirènes de Satan et de nous affir­mer membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. Nous devons être entiè­re­ment, com­plè­te­ment don­nés au Bon Dieu, don­nés à notre apos­to­lat sans réserve.

C’est à ce titre et c’est à cette condi­tion que nous ferons du bien autour de nous. Or nous consta­tons aujourd’hui mal­heu­reu­se­ment, que des hommes d’Église – nous sommes bien obli­gé de le dire ; nous sommes bien obli­gé de le consta­ter – des hommes d’Église écoutent le Serpent, comme Ève l’a fait. Ils conti­nuent à suivre ceux qui au lieu de s’éloigner de ces paroles fal­la­cieuses, de ces men­songes dont Satan est le père, conti­nuent de l’écouter.

Et sous quelle forme l’écoutent-ils ? Mes bien chers amis, je crois que l’on peut résu­mer tout en un seul mot : Le fruit qui est pré­sen­té aujourd’hui aux intel­li­gences et aux âmes par le démon, ce fruit dont Ève disait : « Il m’a paru délec­table ; il m’a paru beau ; il m’a paru bon. » Eh bien ce fruit c’est la liberté.

Satan depuis deux siècles trompe l’humanité par ce fruit de la liber­té. Et com­bien de catho­liques, com­bien de prêtres, com­bien d’évêques aujourd’hui, se laissent séduire par ce mot de liber­té, se laissent séduire par Satan ! Qu’il s’agisse de la liber­té reli­gieuse ; qu’il s’agisse de la liber­té de conscience ; qu’il s’agisse de la liber­té de pen­sée, de la liber­té de la presse. Quels sont ceux qui refusent ces fruits empoi­son­nés ? Quels sont ceux qui res­tent dans la voie de l’obéissance, dans la voie de la Vérité ? Car la voie de la Vérité, c’est la voie de l’obéissance, de l’obéissance à Dieu.

La Vérité nous apprend à nous ser­vir de notre liber­té. La Vérité met des limites à notre liber­té. La liber­té n’est pas un absolu.

Alors, nous, nous avons choi­si de gar­der la Vérité et de nous ser­vir de notre liber­té pour ser­vir la Vérité, pour ser­vir le bien. Et non pas d’être au ser­vice d’une liber­té qui n’a plus de limites, une liber­té qui n’est ni plus ni moins qu’une licence, une liber­té de pécher ; la liber­té de faire tout ce que l’on veut ; la liber­té d’insulter Dieu, de mépri­ser Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ce n’est pas autre chose que cette liber­té d’aujourd’hui.

Et l’on vou­drait, l’on vou­drait par obéis­sance, nous faire man­ger de ce fruit ! Parce que vous ne vou­lez pas man­ger de ce fruit que nous vous pro­po­sons, vous serez per­sé­cu­té, vous serez consi­dé­ré comme infi­dèle à l’Église, infi­dèle à la Vierge Marie, infi­dèle à Notre Seigneur Jésus-Christ !

Eh bien nous sommes per­sua­dé du contraire. Nous sommes fidèle à Jésus, fidèle à Marie, fidèle à l’Église, fidèle à toute la papau­té, fidèle à la Vérité qui nous a été ensei­gnée, en refu­sant cette liber­té trom­peuse, cette liber­té men­son­gère qui est en train de faire périr le monde.

Non seule­ment de faire périr son âme, mais le faire périr dans son corps par toutes ces guerres, toutes ces atro­ci­tés que nous vivons tous les jours, qui sont des fruits de cette liber­té empoisonnée.

Alors, en pre­nant nos enga­ge­ments dans quelques ins­tants, nous les pren­drons avec cette conscience que nous vou­lons ser­vir, que nous vou­lons être obéis­sants, obéis­sants à Jésus, obéis­sants à Marie, obéis­sants à sa loi, obéis­sants à l’Église, à la Sainte Église. Nous vou­lons l’être et nous vou­lons conti­nuer cette obéis­sance et nous vou­lons la mani­fes­ter au monde.

Et nous n’avons pas peur, parce que nous sui­vons tous ceux qui nous ont pré­cé­dés dans cette ligne.

Ce que nous deman­dons pour la Fraternité, ce que nous vous deman­dons par vos enga­ge­ments, ou par les vœux pour les frères et pour les reli­gieuses, ce que nous vous deman­dons, c’est ce qui a tou­jours été deman­dé par l’Église, de pra­ti­quer les ver­tus de pau­vre­té, de chas­te­té, d’obéissance, de véri­table obéis­sance. Ces ver­tus que l’on méprise aujourd’hui, dont on ne veut plus entendre parler.

Alors, vous les mani­fes­te­rez, vous pren­drez la réso­lu­tion d’être pauvre, d’avoir l’esprit de pau­vre­té, de vivre pau­vre­ment ; de vous déta­cher des biens de ce monde ; de vous déta­cher de l’argent et de tout ce que l’argent peut procurer.

Vous pren­drez la réso­lu­tion d’être chaste, d’être pur comme la Vierge Marie, afin que tous ceux qui vous voient vivre aient ce désir de vivre dans la pure­té, dans la chas­te­té, dans le don à Dieu, dans la fidé­li­té aux com­man­de­ments de Dieu.

Et dans l’obéissance ; vous pren­drez la réso­lu­tion aus­si de vivre dans l’obéissance et d’être fidèle à Jésus-​Christ, à la très Sainte Vierge Marie et à la Sainte Église.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.