Sermon de Mgr Lefebvre – Jubilé sacerdotal – 60 ans – 19 novembre 1989

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

19 novembre 1989
Jubilé sacer­do­tal – 60 ans

Mes bien chers confrères,
Chers séminaristes,
Bien chères sœurs,
Mes bien chers frères,

Ce n’est pas sans une pro­fonde émo­tion que je vous vois aujourd’hui, réunis si nom­breux, à l’occasion de cet anni­ver­saire sacer­do­tal. Vous avez pour beau­coup, sup­por­té la fatigue du voyage. Et cer­tains d’entre vous viennent de conti­nents loin­tains. Mais je pense que cette fatigue valait bien le déplacement.

Car pour­quoi sommes-​nous aujourd’hui réunis, mes biens chers frères ? Pour fêter le sacer­doce catho­lique. Je pense que c’est le motif pro­fond qui vous a déter­mi­nés à venir aujourd’hui. Oui, nous ne remer­cie­rons jamais suf­fi­sam­ment la Trinité Sainte, et Notre Seigneur Jésus-​Christ, Dieu fait homme, d’avoir ins­ti­tué le sacer­doce éternel.

Oui, Notre Seigneur est essen­tiel­le­ment le Médiateur, le Prêtre. Et Dieu qui s’est fait prêtre pour nous, pour offrir son saint Sacrifice, un sacri­fice digne, à son Père, a vou­lu dans sa sagesse divine, a vou­lu faire par­ti­ci­per à son sacer­doce des hommes choi­sis par Lui. Quel grand mys­tère de la cha­ri­té divine, de l’amour de Dieu pour nous ! Comme nous nous sen­tons indignes de por­ter cette grâce immense du sacer­doce. Oui, que Dieu soit béni ! Que soit béni Notre Seigneur Jésus-​Christ, que soit bénie aus­si la Vierge Marie ; car sans Marie, nous n’aurions pas eu le Grand-​Prêtre, au sacer­doce duquel nous par­ti­ci­pons. Marie, mère des prêtres, mère du sacer­doce ; oui, elle est bien notre mère, à nous prêtres. Que Dieu soit remer­cié et béni pour le sacer­doce qu’il a bien vou­lu me confé­rer, pour ces soixante années sacer­do­tales, ces quarante-​deux années d’épiscopat au cours des­quelles, par sa sainte Grâce, indigne, j’ai pu don­ner les consé­cra­tions épis­co­pales ; j’ai pu confé­rer de nom­breuses ordi­na­tions sacer­do­tales – je pense envi­ron cinq cents – ; j’ai pu célé­brer la Sainte Messe, le Saint Sacrifice de la messe quo­ti­dien­ne­ment ; j’ai pu don­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ lui-​même aux ânes, par les sacre­ments, et par­ti­cu­liè­re­ment par le Saint Sacrement de l’Eucharistie. Que de grâces ! Que de dons !

Et je vou­drai ajou­ter à cet hymne d’action de grâces – auquel vous vou­lez bien vous asso­cier, mes bien chers frères –, je vou­drais ajou­ter la tra­duc­tion de la parole de l’oraison de l’offertoire, qui me semblent conve­nir par­fai­te­ment à cette cir­cons­tance et que le prêtre récite tous les jours « Recevez, Père très Saint, Dieu éter­nel et tout-​puissant, cette hos­tie imma­cu­lée que je vous offre, bien indigne ser­vi­teur, à vous mon Dieu, vivant et véri­table pour mes innom­brables péchés, offenses et négli­gences, pour tous ceux qui sont ici pré­sents, pour les fidèles chré­tiens vivants et morts, pour que cette obla­tion serve à mon salut et au leur, pour la vie éter­nelle. Ainsi soit-​il ». Voilà la prière d’oblation de l’hostie que le prêtre récite tous les jours au saint Autel. Quelle magni­fique prière ! Oui, devant ce mys­tère sublime du sacer­doce, nous ne pou­vons pas ne pas nous sen­tir bien indignes et bien pauvres.

Mes chers confrères dans le sacer­doce, c’est vers vous que je me tourne pen­dant quelques ins­tants. À vous sur­tout, bien chers amis, bien chers confrères, qui êtes char­gés de la for­ma­tion des futurs prêtres : Oh oui, faites-​nous beau­coup de prêtres, beau­coup de saints Prêtres, beau­coup de prêtres catho­liques, ayant une foi pro­fonde, ayant un désir de sain­te­té, et désir d’être missionnaire.

C’est ce que vous faites et je vous en remer­cie au nom de tous les fidèles qui sont ici pré­sents et qui com­prennent si bien la néces­si­té d’avoir des prêtres vrai­ment catho­liques, vrai­ment d’autres Christ. C’est de cela dont vous avez besoin n’est-ce-pas, mes bien chers frères. Alors que le Bon Dieu vous donne la grâce, mes bien chers amis de for­mer beau­coup de prêtres et beau­coup de saints Prêtres.

Je me tourne aus­si vers vous, mes bien chers confrères, qui êtes dans la pas­to­rale. C’est à vous de dis­cer­ner les germes de voca­tion dans les cœurs des fidèles qui vous entourent, des jeunes gens qui vous entourent ; voca­tions aus­si pour les socié­tés reli­gieuses. À vous, par consé­quent, que le Bon Dieu donne la grâce aus­si de vous pré­oc­cu­per de recher­cher les âmes que le Bon Dieu s’est choi­sies pour deve­nir prêtres et par­ti­ci­per aus­si d’une manière indi­recte au sacer­doce par la vie religieuse.

Quant à vous, mes bien chers frères, vous parents chré­tiens, vous êtes le sanc­tuaire dans lequel se forment les voca­tions sacer­do­tales ; vous êtes le sanc­tuaire dans lequel se forment les voca­tions reli­gieuses. Sans vous que ferions-​nous ? Où trouverions-​nous les voca­tions de prêtres, les voca­tions de reli­gieux et de religieuses ?

Alors je vous sup­plie, gar­dez ce sanc­tuaire loin, oh oui bien loin, de toutes les influences délé­tères, de toutes les influences mau­vaises de ce monde. Ah, ne lais­sez pas péné­trer le monde dans vos foyers. Que vos foyers soient vrai­ment des annexes de vos paroisses, de vos églises. Que les enfants n’aient devant les yeux que des images édi­fiantes et non pas des images qui peuvent cor­rompre leurs âmes pour toute leur vie. Éloignez de leurs yeux tout ce qui peut cor­rompre leurs cœurs, afin que dans vos foyers le Bon Dieu se choi­sisse des âmes d’élite. Il n’y a rien de plus beau qu’un prêtre dans une famille, rien de plus beau qu’une voca­tion de reli­gieux ou de reli­gieuse dans une famille. C’est une pro­tec­tion pour toute la famille, pour les frères et sœurs ! N’en dou­tez pas.

Et c’est pour­quoi, au cours de cette Sainte Messe nous allons prier tous ensemble pour que le Bon Dieu fasse en sorte que le sacer­doce catho­lique et que les voca­tions reli­gieuses conti­nuent mal­gré les assauts du monde et de l’enfer contre les bonnes voca­tions, contre le sacer­doce catho­lique. Qu’est-ce que serait une Église sans prêtre ? L’Église qui peut être encore une Église catho­lique, et qui n’aura bien­tôt plus que des A.D.A.P., comme l’on dit main­te­nant dans le lan­gage moderne : « Assemblée Dominicale en l’Absence de Prêtre » ! Que peuvent bien être ces assemblées ?

Ce n’est plus le Sacrifice de Notre Seigneur renou­ve­lé sur l’autel, auquel vous par­ti­ci­pez et auquel nous par­ti­ci­pons tous. Non, l’Église catho­lique n’est pas une Église d’A.D.A.P. L’Église catho­lique est une Église de prêtres catho­liques. Sans prêtres catho­liques, il n’y a plus d’Église catho­lique. Et il ne peut y avoir de prêtres catho­liques sans évêques catholiques.

Nous aurions pu, peut-​être, comme vous le savez, avoir, après les conver­sa­tions romaines, un évêque. Mais quel eût été cet évêque ? Puisque l’on nous deman­dait qu’il ait le pro­fil dési­ré par le Vatican ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Sinon que cet évêque fut un évêque conci­liaire ; un évêque qui avait l’esprit du Concile, l’esprit de Vatican II. Et c’est pré­ci­sé­ment pour nous pro­té­ger de cet esprit qui n’est pas l’esprit de Dieu, qui n’est pas l’esprit catho­lique, que nous avons déci­dé de faire ces chers quatre évêques catho­liques. Afin de trans­mettre à ceux qui vien­dront, et aux géné­ra­tions de sémi­na­ristes, le sacer­doce catho­lique. Et qu’ainsi vous êtes assu­rés que des prêtres conti­nue­ront à vous ensei­gner et à ensei­gner à vos enfants la vraie foi catho­lique et vous trans­mettre la grâce par les vrais sacre­ments et par le vrai Saint Sacrifice de la messe.

Et à cette occa­sion, mes bien chers frères, je vou­drais vous dire quelques mots de la situa­tion actuelle à l’intérieur de l’Église.

Si l’on me posait la ques­tion : « Mais com­ment est-​il pos­sible que l’Église, catho­lique du temps de Pie XII, jusqu’à Pie XII, se soit muée en une église libé­rale et moder­niste ? Comment cela est-​il possible ? »

Mes bien chers frères, vous êtes suf­fi­sam­ment au cou­rant de l’histoire du Concile, on vous l’a suf­fi­sam­ment expli­qué, vous avez lu des livres qui parle de ces sujets mal­heu­reu­se­ment dou­lou­reux, tristes pour nos cœurs de catho­liques. Nous avons sen­ti une rup­ture, un éloi­gne­ment du pas­sé, un éloi­gne­ment de la Tradition, un éloi­gne­ment des pré­dé­ces­seurs des papes qui ont fait le concile.

Et bien, par­mi les nom­breux faits qui ont émaillé l’histoire du Concile, je vou­drais seule­ment rele­ver, par une réponse brève, le fait sui­vant : « Ce qui a pesé sur la déso­rien­ta­tion de l’Église – car c’est bien une déso­rien­ta­tion –, sur le chan­ge­ment com­plet de l’esprit qui ani­mait l’Église, en un esprit libé­ral, ce qui a pesé sur l’avant-Concile, le Concile et le post-​Concile, c’est le Secrétariat de l’unité des chrétiens. »

Trois livres viennent de paraître, très ins­truc­tifs à ce sujet : la vie de Mgr Bugnini, dans un énorme livre fait par lui-​même, auto­bio­gra­phique, mais qui a été publié après sa mort.

Un livre sur le car­di­nal Bea. Énorme livre éga­le­ment, mon­trant toute l’influence du car­di­nal Bea, avant le Concile, pen­dant le Concile et après le Concile.

Et enfin, une vie du car­di­nal Villot qui éga­le­ment, montre les orien­ta­tions du car­di­nal Villot et les influences que le car­di­nal Villot a eu dans le Concile et après le Concile.

Et cela nous montre qu’il y a eu une volon­té ferme de chan­ger l’esprit de l’Église, de faire cet aggior­na­men­to, cette mise à jour de l’Église, d’ouvrir les portes de l’Église désor­mais à tous ceux qui n’ont pas notre foi, de leur don­ner l’impression qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre eux et nous. C’est un chan­ge­ment radi­cal dans la posi­tion de l’Église.

Avant le Concile – et per­son­nel­le­ment j’en ai bien l’expérience –, nous avons été envoyés en mis­sion au delà des mers. J’ai pas­sé trente ans en Afrique – et nos chers Gabonais qui sont ici en sont les témoins – trente ans en Afrique pour quoi faire ? Mais pour conver­tir les âmes à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Pour conver­tir les âmes à l’Église. Pour faire ren­trer des âmes dans l’Église par le bap­tême catho­lique. Qu’a fait saint Pierre après son pre­mier ser­mon à Jérusalem ? Il a bap­ti­sé quatre mille per­sonnes. Parce qu’il savait que par le bap­tême il consti­tuait l’Église et que désor­mais tous ceux qui vou­draient entrer dans l’Église et dans la voie du salut, et suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ et par­ti­ci­per au Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, au Sang rédemp­teur du Divin sau­veur, devaient être bap­ti­sés catho­liques. C’est ce que l’Église a fait pen­dant vingt siècles.

Tout à coup on nous dit : « Non, non, il faut main­te­nant dia­lo­guer. II ne faut pas conver­tir. Il faut res­pec­ter l’opinion de cha­cun. Il ne faut pas leur don­ner l’impression qu’ils sont dans l’erreur. » Alors, où est la mis­sion de l’Église ?

Et ce chan­ge­ment radi­cal a été obte­nu par les pres­sions de groupes qui par­ti­cu­liè­re­ment étaient membres du Secrétariat de l’unité des chré­tiens. D’ailleurs, si nous réflé­chis­sons quelques ins­tants : pour­quoi un Secrétariat pour l’unité des chré­tiens ? N’était-ce pas la Congrégation de la Propagande, c’est-à-dire de la Propagation de la Foi, qui était char­gée de por­ter la Foi à tous ceux qui ne l’avaient pas ? C’est la Congrégation de la Propagande de la Foi qui était char­gée d’envoyer les mis­sion­naires à tra­vers le monde pour conver­tir toutes les âmes, qu’elles qu’elles soient : païens, ani­mistes, athées, boud­dhistes, musul­mans, pro­tes­tants. La pro­pa­ga­tion de la Foi était char­gée d’envoyer des mis­sion­naires pour rame­ner à l’intérieur de l’Église, par le bap­tême catho­lique, toutes ces âmes égarées.

Pourquoi à côté de la Congrégation de la Foi, ins­ti­tuer comme une nou­velle congré­ga­tion qui désor­mais pren­dra sim­ple­ment des contacts, des contacts d’amitié avec toutes les fausses reli­gions et avec toutes les fausses idéo­lo­gies. Et c’est de cela dont meure actuel­le­ment l’Église. Elle ne mour­ra pas évi­dem­ment, vous en êtes les témoins et les acteurs. C’est vous qui êtes l’Église. C’est vous qui serez l’Église. C’est vous qui conti­nuez l’Église par la Foi que vous main­te­nez et par la sain­te­té de l’Église que vous conti­nuez ; c’est vous ! Mais sinon, nous pour­rions nous deman­der où va aller notre sainte Église catholique.

Le car­di­nal Bea, avant le Concile, a par­cou­ru tout le monde entier, réunis­sant les épis­co­pats pour leur deman­der de faire en sorte que ce concile soit un concile œcu­mé­niste. Je ne parle pas de concile œcu­mé­nique, le concile est tou­jours œcu­mé­nique. Mais œcu­mé­niste, c’est-à-dire qu’il fasse l’union entre toutes les reli­gions. Cela n’est pas pos­sible, cela est contraire à la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et c’est pour­quoi il nous est impos­sible dans la situa­tion actuelle, (de nous entendre avec Rome) tant que ce Secrétariat sera sou­te­nu et encou­ra­gé par le Souverain Pontife. Et bien cela mon­tre­ra que désor­mais, les membres de ce Secrétariat peuvent conti­nuer leur action des­truc­trice de l’Église et des­truc­trice du règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le nom de Mgr Willebrands est suf­fi­sam­ment connu pour savoir que c’est pré­ci­sé­ment son rôle d’aller par­tout et de prendre des contacts avec qui que ce soit. Plus per­sonne n’est éloi­gné de l’idéologie de l’Église, de la Foi de l’Église. Mgr de Smedt, secré­taire du Secrétariat de l’unité des chré­tiens, a été celui qui a sou­te­nu pen­dant le Concile, la défense du thème de la liber­té reli­gieuse. Mgr Bugnini fai­sait par­tie du Secrétariat de l’unité des chré­tiens. Et c’est Mgr Bugnini qui a détruit la litur­gie et qui a rem­pla­cé la vrai litur­gie de la Sainte Messe et des sacre­ments par cette nou­velle litur­gie dont on ne sait pas où fini­ra l’évolution. C’est tou­jours en chan­ge­ment. Alors devant cette situa­tion, il est bien cer­tain qu’il est impos­sible pour nous de pou­voir avoir des contacts sui­vis avec Rome, parce que jusqu’à pré­sent Rome demande que si nous rece­vions quoique ce soit, quelque indult que ce soit pour la Sainte Messe, pour la litur­gie, pour les sémi­naires, nous devrions signer la nou­velle pro­fes­sion de foi qui a été rédi­gée par le car­di­nal Ratzinger, au mois de février der­nier. Et cette pro­fes­sion de foi contient expli­ci­te­ment l’acceptation du Concile et de ses conséquences.

Alors, il faut savoir ce que nous voulons.

C’est le Concile et ses consé­quences qui ont détruit la Sainte Messe ; qui ont détruit notre Foi ; qui ont détruit les caté­chismes ; qui ont détruit le règne social de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans les Sociétés civiles. Comment pouvons-​nous l’accepter !

Voila mes bien chers frères, la situa­tion actuelle. Alors devant cette situa­tion, qu’est-ce que nous devons faire ? Il nous faut gar­der la Foi Catholique, gar­der la Foi Catholique, la pro­té­ger par tous les moyens.

Vous avez dans l’éventaire des livres qui sont expo­sés à la salle de lec­ture, aux tables de vente des livres, vous avez beau­coup de livres désor­mais qui sont à votre dis­po­si­tion pour que vous appro­fon­dis­siez le sens de la crise que nous subis­sons et pour vous aider à gar­der la Foi.

Deux nou­veaux livres viennent de paraître : le livre du Père Marziac et celui de Dom Guillou. Le livre de Dom Guillou en par­ti­cu­lier traite du Canon romain de la messe et de la dif­fé­rence qu’il y a entre le canon de tou­jours et le nou­veau canon. C’est un livre très pré­cieux très inté­res­sant et très ins­truc­tif. Et puis nous avons réédi­ter cer­tains livres très pré­cieux, comme le petit livre « Jésus-​Christ, Roi des Nations » par le Père Philippe, un rédemp­to­riste qui vivait au début du siècle. Il a fait ce petit livre admi­rable dans le style d’un caté­chisme sur Jésus-​Christ, Roi des nations. Il est rem­pli d’extraits des ency­cliques des Papes qui montrent quelle était la Foi de nos ancêtres, la Foi des Papes qui ont pré­cé­dé le Concile. Qui est incom­pa­tible avec ce que l’on nous enseigne actuel­le­ment dans l’Église : la neu­tra­li­té des États, la laï­ci­té des États, la laï­ci­sa­tion des Sociétés civiles. Chose inad­mis­sible, Notre Seigneur ne peut plus régner sur les Sociétés. Il n’est plus le Maître des Sociétés. Depuis quand ? N’est-ce pas lui qui est le Créateur ? N’a‑t-il plus le droit de régner ?

Alors, pro­té­gez votre Foi, entre­te­nez votre Foi par des lec­tures. Je ne peux citer toutes les publi­ca­tions, toutes les revues, tout ce qui grâce à Dieu a été sus­ci­té par des âmes fer­ventes et intel­li­gentes qui ont com­pris la néces­si­té d’aider les fidèles à gar­der la Foi catho­lique. Mais vous les connais­sez. Je cite­rai seule­ment si vous le per­met­tez « Monde et Vie » qui a été ferme dans sa posi­tion vis à vis des sacres des évêques. Et je pense qu’à tra­vers « Radio Courtoisie », nous pou­vons aus­si, grâce à Dieu, faire pas­ser notre mes­sage, celui de la Tradition. Ce sont là des moyens pré­cieux, sans comp­ter toutes les édi­tions : édi­tions de « Fideliter », édi­tions de Chiré-​en-​Montreuil, édi­tions de « Dismas » en Belgique. Je ne peux pas tout citer. Mais, désor­mais vrai­ment, se sont levées des âmes géné­reuses qui ont vou­lu écrire, par­ler en faveur de la tra­di­tion et défendre notre foi catho­lique, alors nous devons pro­fi­ter de cette pro­li­fé­ra­tion bien­heu­reuse de la part de ceux qui veulent vous aider à demeu­rer catholiques.

Et puis ce n’est pas tout, il ne faut pas seule­ment défendre notre Foi, nous devons la pro­fes­ser. Voici la conclu­sion du Serment anti-​moderniste de saint Pie X. Puissions-​nous répé­ter sou­vent ces paroles :

« Je garde fer­me­ment et gar­de­rai jusqu’à mon der­nier sou­pir la Foi des Pères en ce qui concerne le don de la Vérité qui est, a été et sera tou­jours dans l’épiscopat qui suc­cède aux apôtres, non pas dans le sens que la Vérité doive s’adapter à la culture de chaque géné­ra­tion, mais que la Vérité abso­lue et immuable prê­chée dès l’origine par les apôtres ne soit jamais ni crue, ni com­prise dans un autre sens ».

Voilà ce que saint Pie X nous deman­dait et deman­dait à tous les prêtres de prê­ter comme ser­ment sur l’Évangile, afin de gar­der la Foi de tou­jours, la Foi des apôtres. Nous n’en avons pas d’autre. C’est celle que nous pro­fes­sons. C’est celle que vous pro­fes­sez dans les petits caté­chismes que vous trans­met­tez à vos enfants. Oh oui, gar­dez bien les anciens caté­chismes et si d’aventure quelques familles se trou­vaient trop iso­lées pour être prises en charge par l’un de nos prêtres, qu’elles s’adressent à nos Sœurs de Saint-​Michel-​en-​Brenne qui font un caté­chisme par cor­res­pon­dance et qui peuvent ain­si ins­truire les familles par du vrai caté­chisme. Elles ont main­te­nant 800 abon­nés. J’espère qu’elles en auront tou­jours davan­tage pour per­mettre à la Foi de conti­nuer pour ceux qui sont éloi­gnés de nos prêtres.

Et enfin, nous devons gar­der la Sainteté, la grâce du Bon Dieu, et cela nous ne le pou­vons pas sans Jésus-​Christ. « Sans moi vous ne pou­vez rien faire » a dit Notre Seigneur ; rien, rien. Par consé­quent, c’est par son Sacrifice, par sa Croix, par sa par­ti­ci­pa­tion à son Sang que nous rece­vons la grâce du Bon Dieu et cela dans tous les Sacrements et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans le Sacrement de l’Eucharistie évi­dem­ment. Alors que nous soyons fidèles à la Messe de tou­jours, aux sacre­ment de tou­jours. Et ain­si nous gar­de­rons la grâce dans nos cœurs et nos âmes seront trans­for­mées et prêtes à aller se rendre au rendez-​vous du Bon Dieu, prêtes pour l’éternité et prêtes pour la vie éternelle.

Je dirai encore deux mots – je m’excuse d’être un peut long –, mais je dirai deux mots encore de la situa­tion inter­na­tio­nale. Il me semble qu’il y a là une réflexion à faire pour nous et une conclu­sion à tirer devant les évé­ne­ments que nous vivons actuel­le­ment et qui ont vrai­ment quelque chose d’apocalyptique.

Vous le savez, les évé­ne­ments : « inva­sion des reli­gions dans nos pays et plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’Islam », inva­sion non seule­ment en France, inva­sion en Angleterre, inva­sion en Belgique, inva­sion en Allemagne.

Vous savez qu’il y a deux ans, 100 000 Turcs ont défi­lé dans les rues de Munich en pous­sant des slo­gans contre l’Allemagne et contre le chris­tia­nisme. 100 000 Turcs ont défi­lé dans les rues de Munich ! voi­là des faits qui sont symp­to­ma­tiques. C’est cela à quoi nous sommes voués, si nos gou­ver­ne­ments ne prennent pas garde et laissent la Chrétienté enva­hie par l’Islam. Ce n’est pas pour rien que saint Pie V et les autres papes, ont vou­lu arrê­ter la marée de l’Islam qui aurait déjà fait dis­pa­raître la chré­tien­té autrefois.

Et puis, autre chose sur­pre­nante, tous ces mou­ve­ments auquel il faut dire, nous ne com­pre­nons pas tou­jours par­fai­te­ment. Des sont ces choses extra­or­di­naires qui se passent der­rière le rideau de fer et à tra­vers main­te­nant le rideau de fer. Nous ne devons pas oublier, à l’occasion de tous ces évé­ne­ments, ni – je dirai – les pro­phé­ties qu’ont faites les sectes maçon­niques et qui ont été publiées par le pape Pie IX ; ils ont fait allu­sion à un gou­ver­ne­ment mon­dial et à la sujé­tion de Rome aux idéaux maçon­niques ; ils ont fait des allu­sions claires, il y a de cela plus d’un siècle. Publiées par Pie IX, par l’intermédiaire de Jacques Crétineau-Joly.

Et puis, nous ne devons pas oublier non plus les pro­phé­ties de la Très Sainte Vierge. La Sainte Vierge nous a aver­tis. S’il n’y a pas de conver­sion de la Russie, si le monde ne se conver­tit pas et ne prie pas et ne fait pas péni­tence, le com­mu­nisme enva­hi­ra le monde. Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous savons très bien que le but des sectes secrètes, c’est un gou­ver­ne­ment mon­dial avec des idéaux maçon­niques, c’est-à-dire les droits de l’homme, c’est-à-dire l’égalité, la fra­ter­ni­té et la liber­té, com­prises dans un sens anti-​chrétien, contre Notre Seigneur. Que ces idéaux seraient défen­dus par ce gou­ver­ne­ment mon­dial qui éta­bli­rait une espèce de socia­lisme à l’usage de tous les pays et ensuite un congrès des reli­gions, com­pre­nant toutes les reli­gions, y com­pris la reli­gion catho­lique, qui serait au ser­vice du gou­ver­ne­ment mon­dial comme les ortho­doxes russes sont au ser­vice du gou­ver­ne­ment des Soviets. Il y aurait deux congrès : le congrès poli­tique uni­ver­sel qui diri­ge­rait le monde et ce congrès des reli­gions qui vien­drait au secours de ce gou­ver­ne­ment mon­dial, et qui serait évi­dem­ment à la solde de ce gouvernement.

Nous ris­quons d’arriver à ces choses-​là. Nous devons nous y pré­pa­rer. Alors, devant cela, que faire ?

Et bien, ceux qui résistent à cette des­truc­tion du Royaume de Notre Seigneur Jésus-​Christ, – car c’est à cela qu’ils veulent arri­ver, à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment, tota­le­ment – c’est ce que disait Léon XIII dans son ency­clique sur les Francs-​Maçons : « Ils veulent détruire de fond en comble les ins­ti­tu­tions chré­tiennes. Voila leur but ». Eh bien, ils y arrivent. Ils y arrivent !

Alors nous, nous devons les recons­truire. Devant cette des­truc­tion, nous devons nous lever, et c’est ce que vous faites et je vous en féli­cite. Je ne vous en féli­ci­te­rai jamais assez. Je suis sûr que je suis l’interprète de Dieu, de Notre Seigneur, de la Très Sainte Vierge, pour vous dire : « Continuez, conti­nuez à faire ce que vous faites. »

Partout s’élèvent des écoles, des prieu­rés, des paroisses se mul­ti­plient dans tous nos pays, par­tout des églises sont acquises pour la Tradition. Il faut recons­truire le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans ce monde chré­tien qui disparaît.

Vous me direz : « Mais, Monseigneur, c’est la lutte de David contre Goliath ». Et oui, je le sais bien, mais dans la lutte qui l’a oppo­sé à Goliath, David a eu la vic­toire. Comment a‑t-​il obte­nu la vic­toire sur Goliath ? Par un petit caillou qu’il est allé cher­cher dans le tor­rent. Quel est le caillou que nous avons, nous ? Jésus-​Christ, Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous dirons comme nos ancêtres ven­déens qui ont ver­sé leur sang pour leur Foi : « Nous n’avons d’autre hon­neur que l’honneur de Jésus-​Christ ; nous n’avons qu’une peur au monde, c’est d’offenser Jésus-​Christ ». Voilà ce qu’ils ont chan­té en allant à la mort pour défendre leur Dieu. Et bien, nous aus­si, chan­tons cela avec cou­rage, avec cœur : « Nous n’avons qu’un amour, c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ et nous n’avons qu’une peur, c’est de l’offenser ».

Et nous deman­de­rons à la Très Sainte Vierge de nous aider dans ce com­bat. Et pour cela, dans quelques ins­tants, après la Sainte Messe, nous nous réuni­rons, les évêques ici pré­sents, les cinq que nous sommes, pour redire la consé­cra­tion du Monde et de la Russie au Cœur Immaculé de la Très Sainte Vierge Marie.

Persuadés que la Très Sainte Vierge, notre Bonne Mère, qui Elle est tou­jours à la pointe du com­bat, c’est Elle qui nous encou­rage. C’est elle qui vient sur la terre pour nous deman­der de lut­ter, de ne pas avoir peur, que Jésus est avec nous ; qu’Elle est avec nous.

Alors nous Lui deman­de­rons en nous consa­crant, nos familles, nos per­sonnes, nos cités, nos pays, nos patries, au Cœur Immaculé de Marie, nous sommes per­sua­dés qu’elle vien­dra à notre secours et qu’elle fera en sorte que nous la rejoi­gnions un jour dans la vie éternelle.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

23 août 1989 18 mars 1990

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.