Sermon de Mgr Lefebvre – L’immaculée Conception en présence du Cardinal Gagnon – 8 décembre 1987

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Nous voi­ci réunis aujourd’hui pour fêter l’Immaculée Conception. Fête bien impor­tante dans le calen­drier litur­gique de l’Église, parce qu’elle réunit en elle comme la syn­thèse de toutes les grandes véri­tés de notre foi.

Dieu a vou­lu que pour notre rédemp­tion Il s’incarnât et qu’Il s’incarnât dans le sein de la Vierge Marie. Évidemment, com­ment sa Mère aurait-​elle pu connaître l’ombre d’un péché !

C’est pour­quoi nous fêtons avec joie aujourd’hui, l’Immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie.

Et mes bien chers amis, c’est une cou­tume main­te­nant dans la Fraternité, de renou­ve­ler les pro­messes, en ce jour de l’Immaculée Conception. Renouveler pour ceux qui l’ont déjà fait, et pro­non­cer ces enga­ge­ments pour la pre­mière fois pour ceux qui sont entrés il y a un an, un peu plus d’un an, dans le séminaire.

C’est à vous sur­tout, mes bien chers amis, qui allez pro­non­cer pour la pre­mière fois vos enga­ge­ments, que je vou­drais adres­ser quelques mots d’encouragement et en même temps vous don­ner – autant qu’il est pos­sible en quelques ins­tants – ce qu’est vrai­ment l’orientation de la Fraternité dans laquelle vous allez vous engager.

Je pense que, au cours des mois qui ont pas­sé main­te­nant, et par­ti­cu­liè­re­ment au cours de l’année de spi­ri­tua­li­té, vos direc­teur et pro­fes­seurs vous ont bien expli­qué les sta­tuts de la Fraternité dans laquelle vous allez vous enga­ger, afin de vous don­ner exac­te­ment quelle est la fin et quels sont les moyens que la Fraternité entend pra­ti­quer, employer pour atteindre sa fin.

Vous le savez, vous entrez dans une Fraternité Sacerdotale, sacer­do­tale. La Fraternité Saint-​Pie X est essen­tiel­le­ment sacerdotale.

Sans doute nous avons la joie d’avoir avec nous quelques chers frères qui ont fait leur pro­fes­sion reli­gieuse et qui nous aident dans notre apos­to­lat, mais la Fraternité est essen­tiel­le­ment sacerdotale.

Et c’est là je dirai, à la fois ce qui explique et la fin de la Fraternité, le but et tous ses moyens.

Il suf­fit pour cela de lire bien sûr les quelques pages de nos sta­tuts qui expliquent d’une manière très pré­cise ce qu’est la fin de la Fraternité et quels en sont les moyens, mais tout sim­ple­ment de réflé­chir sur la concep­tion que l’Église catho­lique se fait du sacerdoce.

Ce sacer­doce qui est la fin de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, est le sacer­doce catholique.

N’allons pas cher­cher ailleurs. N’allons pas cher­cher les défi­ni­tions du sacer­doce ou de l’Église, ou du Sacrifice qui est essen­tiel au sacer­doce. Cherchons le dans la Tradition de l’Église catho­lique et nous sau­rons ce qu’est la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X.

Mais ceci aujourd’hui, mes bien chers amis, est d’une impor­tance capi­tale, d’une impor­tance essen­tielle pour l’avenir de l’Église et le salut des âmes. Car, en cela, l’Église n’a point chan­gé. La doc­trine de l’Église ne peut pas chan­ger. Elle ne peut pas. Même si, hélas, aujourd’hui, et par­ti­cu­liè­re­ment depuis le concile Vatican II, de nom­breuses idées ont été émises à ce sujet. Et il faut bien le dire, encore der­niè­re­ment, dans le der­nier synode. Mais tout cela ne change pas la véri­té éter­nelle de l’Église au sujet du sacer­doce. Car cette véri­té ne dépend pas de l’Église ; elle dépend de Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même, qui Prêtre, a vou­lu trans­mettre son Sacerdoce et non point un autre sacer­doce ; a vou­lu trans­mettre son Sacrifice et non pas un sacri­fice quel­conque. Et Il a ins­ti­tué l’Église sur sa Croix, pour lui confier ce tré­sor extra­or­di­naire de son Sacerdoce et de son Sacrifice.

Toute l’Église n’a de sens et de signi­fi­ca­tion que par cette volon­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est Dieu, pour le salut des âmes, pour notre rédemption.

Mes bien chers amis, vous vous des­ti­nez à être prêtre. Et si la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, n’est pas une socié­té reli­gieuse, puisque, comme il est dit dans nos sta­tuts la Société Saint-​Pie X est une socié­té de vie com­mune sans vœux, comme il y en a un cer­tain nombre dans l’Église : socié­té de vie com­mune sans vœux.

Pourquoi sans vœux ? Eh bien, mes chers amis, il m’a sem­blé que les vœux par rap­port à la fin de la Société Saint-​Pie X pou­vaient être non pas un obs­tacle, mais pou­vaient mettre assez fré­quem­ment les membres de la Fraternité dans une situa­tion, disons d’éloignement des vœux, ou de déso­béis­sance aux vœux. En par­ti­cu­lier dans l’application du vœu de pau­vre­té. Vous avez et vous aurez dans vos fonc­tions à rem­plir dans les prieu­rés, dans quelques fonc­tions que l’on pour­ra vous don­ner dans la Fraternité, vous aurez à dis­po­ser de quelques biens, de quelques moyens. Et pour un reli­gieux, le reli­gieux doit être entiè­re­ment sou­mis pour (obser­ver) la pau­vre­té, à son supé­rieur. Il ne peut rien avoir à lui-​même ; il ne peut dis­po­ser d’aucun bien, d’aucun objet matériel.

Est-​ce que cela veut dire que parce que vous n’êtes pas reli­gieux vous êtes donc plus libres de pra­ti­quer la ver­tu de pau­vre­té, de pra­ti­quer la ver­tu de chas­te­té et de pra­ti­quer la ver­tu d’obéissance.

Mes bien chers amis, je vous en sup­plie, ne tom­bez pas dans ce tra­vers, ne tom­bez pas dans cette erreur. Là encore, je vous ramène au sacer­doce ; je vous ramène au sacri­fice, au Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Pourrez-​vous dire devant la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ, que Celui que vous allez por­ter dans vos mains à l’autel et pour lequel vous pro­non­ce­rez les paroles de la Consécration, de la trans­sub­stan­tia­tion – Notre Seigneur Jésus-​Christ sera pré­sent de vous, tous les jours – dites-​moi si Celui que vous devez imi­ter, n’a pas pra­ti­qué les ver­tus d’obéissance, de pau­vre­té, de chasteté ?

Obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort sur la Croix : Obediens usque ad mor­tem, mor­tem autem cru­cis (Ph 2,8).

Direz-​vous que Jésus n’a pas été obéis­sant et que par consé­quent vous ne devez pas l’imiter, vous prêtre, prêtre du Seigneur, qui renou­ve­lez le Sacrifice de la Croix sur les autels ?

Direz-​vous que Jésus n’est pas pauvre, n’a pas pra­ti­qué la ver­tu de pau­vre­té sur sa Croix ? Que lui reste-​t-​il ? Il a même don­né sa Mère à saint Jean. Jésus meurt dans le plus com­plet abandon.

N’a‑t-Il pas pra­ti­qué la ver­tu de chas­te­té, Lui dont le corps vir­gi­nal est lacé­ré par la fla­gel­la­tion. Oui, Il a pra­ti­qué la ver­tu de chas­te­té. Il s’est entou­ré de vierges. Sa mère était vierge ; son père (nour­ri­cier) était vierge ; saint Jean était vierge. Ce sont les âmes qui L’ont vrai­ment entou­ré de plus près. Alors Jésus a pra­ti­qué la ver­tu de chasteté.

Alors, vous prêtres, oserez-​vous dire que parce que vous n’êtes pas reli­gieux, vous pou­vez donc en prendre à votre aise avec ces ver­tus ? Je vous en sup­plie, sui­vons notre Maître. Soyons au contraire aujourd’hui dans ce monde de per­di­tion, dans ce monde désor­don­né, des exemples de ces ver­tus d’obéissance, de pau­vre­té et de chasteté.

Voilà ce que doit être votre idéal, comme membre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X.

Et puis vous médi­te­rez sur le Sacrifice de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ce n’est pas rien ce Sacrifice ! La Croix de Jésus domine l’histoire de l’humanité, domine l’Histoire du monde.

Stat crux dum vol­vit mor­tem : La Croix demeure jusqu’à ce que sur­vienne la mort. La Croix demeure, la Croix est immuable devant les vicis­si­tudes du monde. Plus vous appro­che­rez de la Croix, plus vous serez des croi­sés, plus vous serez des cru­ci­fiés, plus vous par­ti­ci­pe­rez à l’immutabilité de l’éternité.

Fixé à la Croix pour tou­jours, vous ne chan­ge­rez pas, vous ne chan­ge­rez plus. Le Sacrifice et le prêtre sont des notions qui ont une rela­tion non pas acci­den­telle, mais comme vous dites, en phi­lo­sophe que vous êtes : une rela­tion transcendantale.

C’est-à-dire qu’il ne peut pas y avoir… on ne peut pas défi­nir le Sacrifice sans le prêtre et que l’on ne peut pas défi­nir le prêtre sans le Sacrifice. Ils sont essen­tiel­le­ment liés. Le prêtre est fait pour le Sacrifice. Il ne peut pas y avoir de sacri­fice sans prêtre.

C’est pour­quoi vous devez réflé­chir à ce qu’est le Sacrifice, pour savoir exac­te­ment ce qu’est le prêtre, ce que vous êtes.

Or ce Sacrifice est une chose mys­té­rieuse, pro­fonde, divine. C’est un tré­sor que vous pou­vez médi­ter pen­dant toute votre vie sacer­do­tale et qui ne sera pas encore épui­sé au moment de votre mort. Nous ne le com­pren­drons bien que dans l’au-delà, ce qu’est ce Sacrifice de Notre Seigneur et ce Sacrifice que nous renou­ve­lons tous les jours à l’autel.

Or, voyez-​vous, c’est une chose très impor­tante, à bien comprendre.

On nous dit par­fois : « Oh, vos sémi­naires ont un aspect néga­tif. Vous êtes contre ; vous êtes des gens contre ; vous êtes anti-​libéraux ; vous êtes anti-​œcuménistes ; vous êtes anti­com­mu­nistes ; vous êtes des « anti ». »

Mes bien chers amis, nous ne sommes pas des « anti » pour être « anti ». Nous sommes anti, parce que la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ est anti, anti-​libérale, anti-​œcuméniste, anti-​communiste. Pourquoi ? Parce que par la Croix de Notre Seigneur a réta­bli l’ordre, l’ordre vers Dieu, l’ordre vers le pro­chain. Il a réta­bli l’ordre. Et que toutes ces erreurs sont des erreurs sub­ver­sives de l’ordre, qui détruisent l’ordre.

Le libé­ra­lisme détruit la liber­té. Le com­mu­nisme détruit l’ordre à Dieu et même l’ordre natu­rel. L’œcuménisme détruit le pre­mier com­man­de­ment de Dieu qui est l’ordre à Dieu.

Par consé­quent, notre Sacrifice, le Sacrifice de la Croix que nous véné­rons, que nous ado­rons, que nous réa­li­sons tous les jours, nous apprend cela ; nous apprend à réta­blir l’ordre et à nous mettre dans la Paix, car la paix c’est la tran­quilli­té de l’ordre. L’ordre chré­tien, l’ordre de la Croix, c’est l’ordre qu’a pour­sui­vi l’Église pen­dant toute son Histoire. Et vous serez les héri­tiers de l’Église, en recher­chant cet ordre, en le pour­sui­vant, d’abord en vous – comme je viens de vous l’expliquer – par les ver­tus que vous vous appli­que­rez, vous réta­bli­rez l’ordre vis-​à-​vis de Dieu.

Et puis, vous vous effor­ce­rez aus­si de réta­blir l’ordre dans les âmes des fidèles en leur don­nant Jésus Crucifié dans la Sainte Eucharistie, afin de réta­blir l’ordre dans les âmes et dans les familles. Vous réta­bli­rez l’ordre dans les familles, vous réta­bli­rez l’ordre aus­si dans la Société afin que Jésus soit le Roi du monde qu’il doit être et que Sa volon­té soit faite sur la terre comme au Ciel et non pas seule­ment au Ciel.

Voilà, mes chers amis, ce qu’est la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. N’allez pas cher­cher des spi­ri­tua­li­tés par­ti­cu­lières, spé­ciales. La spi­ri­tua­li­té de la Fraternité, c’est la spi­ri­tua­li­té du Sacrifice de la Croix, qui est la spi­ri­tua­li­té de l’Église tout simplement.

Regardez tous les saints, ils portent la Croix. On les repré­sente presque tou­jours la Croix dans les mains. Regardez saint Pie V, il a la Croix dans les mains. Pourquoi ? Parce que pour eux, la Croix c’est le centre de leur vie. Ils l’ont plan­tée dans leur cœur et ils veulent imi­ter toutes les ver­tus de la Croix et rece­voir toutes les ver­tus de la Croix.

Alors, c’est un grand pri­vi­lège que vous avez, d’être prêtre. Et par le fait même que vous êtes prêtres, mes chers amis, vous aurez un pou­voir sur le Corps phy­sique de Notre Seigneur, mais aus­si sur son Corps mys­tique. Et c’est pré­ci­sé­ment ce qui va vous dis­tin­guer des laïques.

On ne veut plus aujourd’hui faire de dis­tinc­tion entre le prêtre et le laïque. Mais si, vous serez dis­tinct des laïques par votre sacer­doce. Et les vrais fidèles dési­rent que les prêtres soient des prêtres. C’est-à-dire que les prêtres soient des pères qui leur donnent leur nour­ri­ture ; leur nour­ri­ture intel­lec­tuelle, spi­ri­tuelle, morale et la Sainte Eucharistie, les sacre­ments, la sanc­ti­fi­ca­tion. C’est votre rôle : pre­di­care, sanc­ti­fi­care, redi­gere. Voilà ce qu’est le prêtre vis-​à-​vis du Corps mys­tique de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Eh bien, c’est votre rôle. Il y a l’eccle­sia docens et l’eccle­sia dicens. Il y a l’Église qui enseigne et l’Église qui écoute. C’est cela qu’a tou­jours ensei­gné l’Église et c’est cela qui fait la beau­té, la gran­deur de l’Église.

Soyez cela, mes chers amis, et vous ren­drez gloire au Bon Dieu et vous ser­vi­rez l’Église et vous ser­vi­rez les âmes.

Demandez cette intel­li­gence du Sacrifice de la messe ; deman­dez l’intelligence du sacer­doce, à la très Sainte Vierge Marie. Elle est la Mère du Prêtre. Elle a for­mé dans son sein le Prêtre éter­nel. Entrez dans le sein de Marie – oui – avec Jésus, pour que Marie vous forme, qu’elle forme en vous le vrai prêtre de l’Église, le prêtre atta­ché à Notre Seigneur Jésus-​Christ ; le prêtre à la fois contem­pla­tif des grandes véri­tés, contem­pla­tif de Dieu et en même temps grand mis­sion­naire, dési­reux de por­ter la bonne nou­velle, dési­reux de por­ter Notre Seigneur Jésus-​Christ au monde. Voilà ce que vous serez si vous écou­tez la Vierge Marie et que vous êtes ses fils.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.