Sermon de Mgr Lefebvre – Noël – 25 décembre 1977

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers amis,
Mes bien chers frères,

Les saints Évangiles, dans la nar­ra­tion qu’ils nous font de tous les évé­ne­ments qui ont entou­ré la venue de Jésus ici-​bas, l’Incarnation de notre Sauveur, nous mani­festent l’action extra­or­di­naire qu’ont eue les saints Anges dans l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Notre Seigneur n’étant pas encore venu. Notre Seigneur n’ayant pas encore paru en public pour accom­plir cette évan­gé­li­sa­tion, il semble que Dieu ait vou­lu que ce soit d’abord les anges qui en soient chargés.

Remarquez que déjà pour le Précurseur, pour saint Jean-​Baptiste, c’est l’ange Gabriel qui vient visi­ter Zacharie et qui lui annonce qu’il aura un fils qui sera le Précurseur du Sauveur.

Mais Zacharie a dou­té de la parole de l’ange et pour­tant l’ange lui dit expli­ci­te­ment : « Je suis Gabriel, l’ange qui vient vous annon­cer ces choses et parce que vous avez hési­té à croire, vous serez muet jusqu’à la nais­sance du fils que Dieu vous envoie. »

Et puis, c’est encore l’ange qui vient visi­ter la très Sainte Vierge Marie, qui vient aus­si lui annon­cer la nou­velle extra­or­di­naire qu’elle serait la mère de Jésus, qu’elle serait la mère du Sauveur. On pour­rait croire, qu’aussi, la très Sainte Vierge a eu une cer­taine hési­ta­tion à accep­ter la parole de l’ange.

Mais non, si elle fait une objec­tion, c’est tout sim­ple­ment parce qu’elle veut gar­der sa vir­gi­ni­té et qu’elle ne com­prend pas com­ment gar­dant sa vir­gi­ni­té elle peut être mère.

Et l’ange lui explique, que l’Esprit Saint la cou­vri­ra de son ombre et que Celui qui naî­tra d’elle sera le Fils du Très-​Haut. Alors, elle pro­non­ça son fiât.

Et puis, ce sont encore les anges qui dis­si­pe­ront les doutes de saint Joseph. Saint Joseph, en effet, ne connais­sait pas le Mystère et la grâce insigne dont était l’objet son épouse la Vierge Marie, il est inquiet. Il se demande com­ment la très Sainte Vierge peut être enceinte et il a l’intention de la quit­ter. Et voi­ci qu’un ange, en songe, lui appa­raît et lui dit que cet enfant que porte la Vierge Marie est né de l’Esprit Saint, qu’il n’hésite pas à prendre Marie pour épouse.

Saint Joseph immé­dia­te­ment obéit aux ordres de l’ange et rejoint Marie.

Ce sont encore les anges qui appren­dront aux ber­gers la Bonne Nouvelle. Les ber­gers sont effrayés par cette lumière qui les entoure, par cette annonce que leur fait cet ange. Mais l’ange leur dit : « Ne crai­gnez point, je vous annonce une bonne nou­velle :Le Sauveur pro­mis par les pro­phètes vous est né. Il est dans la Cité sainte, la ville de Bethléem, cité de David. Vous le recon­naî­trez, cet enfant enve­lop­pé de langes et entou­ré de la Vierge Marie et de saint Joseph. »

Et les ber­gers n’hésitent pas à aller trou­ver la Vierge Marie, saint Joseph et de recon­naître en effet la véri­té de la parole de l’ange.

Et tan­dis qu’ils s’éloignent pour se rendre à Bethléem, ce n’est plus seule­ment un seul ange, mais c’est tout un groupe impor­tant d’anges qui chantent dans le Ciel la gloire de Dieu : « Paix aux hommes de bonne volonté. »

Et ce n’est pas tout. Ce sont encore les anges qui indi­que­ront et qui ins­pi­re­ront le vieillard Siméon, qui lui aus­si recon­naî­tra Jésus.

Or, quel est le résul­tat de ce contact qu’ont les anges avec les per­sonnes qui ont cette grâce insigne d’apprendre la nou­velle de l’Incarnation du Sauveur, ou de voir Jésus de leurs yeux ? Eh bien le résul­tat ce sera que ces per­sonnes chan­te­ront les louanges de Dieu.

Zacharie chan­te­ra cet hymne magni­fique le Benedictus. La Vierge Marie chan­te­ra son Magnificat. Les ber­gers chan­te­ront aus­si la gloire de Dieu.

C’est ce que dit la Sainte Écriture, après qu’ils avaient recon­nu ce que les anges avaient dit, ils ren­trèrent chez eux en chan­tant les louanges de Dieu.

Le vieillard Siméon chan­te­ra son Nunc dimit­tis. Par consé­quent la nou­velle que Dieu nous annonce par l’intermédiaire des anges, nous fait chan­ter les louanges de Dieu ; nous fait rendre un culte à Dieu, d’adoration, de remer­cie­ments, d’action de grâces. Nos âmes doivent s’élever vers Dieu et chan­ter ces can­tiques, chan­ter notre joie, chan­ter nos remer­cie­ments, notre recon­nais­sance, notre gra­ti­tude à Dieu qui est venu pour nous sau­ver, pour nous déli­vrer de nos péchés.

Car c’est bien cela qui est annon­cé, à cha­cun de ceux qui ont eu cette grande grâce d’avoir une des pre­mières annonces de la venue du Sauveur. C’est que c’est le Sauveur qui nous est envoyé. Celui qui nous rachè­te­ra de nos péchés.

Seul saint Joseph, dans son humi­li­té, a vou­lu sans doute lais­ser toute la place à la très Saint Vierge Marie. Il ne se sen­tait sans doute pas digne du tré­sor extra­or­di­naire que Dieu remet­tait dans ses mains : la Vierge et l’Enfant.

Et pour­quoi, pour­quoi Dieu n’a‑t-il pas conti­nué ce minis­tère de l’annonce de la Bonne Nouvelle par les anges ? Puisqu’il l’a fait à ce moment-​là ? Pourquoi ne l’aurait-Il pas fait jusqu’à la fin des temps ? C’eut été sans doute, peut-​être plus effi­cace. Nous ne savons pas. Mais non, Dieu ne l’a point vou­lu. Pourquoi ? Parce que quelqu’un qui était supé­rieur aux anges devait venir : Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-même.

Il est le Roi des anges. Par consé­quent Dieu vou­lait que les anges pré­parent la voie, pré­parent l’annonce à Celui qui est leur Roi ; à Celui qui est beau­coup plus qu’eux ; qui est leur Créateur. Ce n’est pas seule­ment un ange qui est venu nous annon­cer la Bonne Nouvelle, c’est Dieu Lui-​même. Dieu Lui-​même qui a vou­lu prendre une âme et un corps comme les nôtres, pour nous annon­cer cette Bonne Nouvelle.

Mais alors, il eut fal­lu que Notre Seigneur demeure par­mi nous jusqu’à la fin des temps. Eh bien, ce n’est pas encore dans le des­sein de Dieu. Le des­sein de Dieu, c’est qu’il y ait des hommes, des hommes qui soient asso­ciés inti­me­ment au sacer­doce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour por­ter la Bonne Nouvelle à leurs frères. Voilà ce qu’a été l’intention de Dieu ; voi­là ce qui a été le plan divin.

Associer d’une manière tel­le­ment intime, des per­sonnes qui seraient choi­sies pour être d’autres prêtres, pour être d’autres Christs et qui eux répan­draient la nou­velle de la venue du Sauveur.

Et quel sera alors l’objet de leur pré­di­ca­tion ? Comment Notre Seigneur concevra-​t-​il, cette trans­for­ma­tion des âmes ? Comment les âmes chan­te­ront elles aus­si des can­tiques à la gloire de Dieu, pour remer­cier Dieu des bien­faits qui leur sont donnés ?

Eh bien. Notre Seigneur, dans sa Toute-​Puissance et dans sa bon­té infi­nie, dans sa misé­ri­corde, a vou­lu qu’il y ait un sacri­fice, que son Sacrifice conti­nue jusqu’à la fin des temps, par la consé­cra­tion des prêtres et que ces prêtres seraient eux-​mêmes char­gés, non seule­ment de prê­cher l’Évangile, d’annoncer la Bonne Nouvelle, mais de don­ner l’Esprit Saint, non plus à la manière dont les anges ont pu le don­ner par leurs paroles, car il semble bien qu’à la parole des anges, l’Esprit Saint est des­cen­du sur les per­sonnes qui étaient choi­sies par Dieu pour être l’objet de ses grâces particulières.

En effet, la très Sainte Vierge a été à la parole de l’ange, rem­plie de l’Esprit Saint. Élizabeth, elle­même, sim­ple­ment par la visite de la très Sainte Vierge, a été elle aus­si rem­plie de l’Esprit Saint. Zacharie, le vieillard Siméon, saint Joseph cer­tai­ne­ment, à l’annonce de l’ange, ont été éga­le­ment rem­plis de l’Esprit Saint.

Notre Seigneur n’a pas vou­lu qu’il en soit ain­si pour nous. Notre Seigneur a vou­lu, qu’à l’annonce de l’Évangile qui nous est faite, nous puis­sions nous conver­tir certes, mais Il a vou­lu ins­ti­tuer des sacre­ments. Il a vou­lu ins­ti­tuer des signes qui nous consa­cre­raient à Dieu ; qui répan­draient en nous l’Esprit Saint.

Nous rece­vons l’Esprit Saint par le bap­tême, par la confir­ma­tion. Par tous les sacre­ments, l’Esprit Saint est vrai­ment répan­du dans nos âmes. Et alors, l’effet des sacre­ments en nous, devrait être que nous soyons dans l’action de grâces ; que nous soyons dédiés au culte de Dieu. Nous sommes consa­crés, consa­crés au culte de Dieu.

Et c’est pour­quoi, saint Thomas dit si jus­te­ment que le bap­tême nous pré­pare à l’Eucharistie ; nous pré­pare au Saint Sacrifice qui est le cœur de tous les sacre­ments ; qui est le centre, comme le soleil qui rayonne sur tous les sacrements.

Par le fait que nous sommes consa­crés à Dieu, par le fait que nous sommes bap­ti­sés, le prêtre a ver­sé sur nous l’Eau sainte du bap­tême, qu’il a oint notre corps par du Saint-​Chrême et de l’huile des caté­chu­mènes, nous sommes consa­crés au culte de Dieu.

Nous devons pen­ser à cela, res­sus­ci­ter en nous la grâce de notre bap­tême qui nous est don­née par Notre Seigneur Jésus-​Christ et pen­ser que, vrai­ment, nous sommes choi­sis par Dieu pour l’honorer, pour l’adorer, pour le remer­cier, pour nous unir à Lui d’une manière toute par­ti­cu­lière par son Esprit Saint, par tous les sacrements.

Notre Seigneur a vou­lu que toute la Société soit chré­tienne et qu’elle soit consa­crée à Dieu et qu’elle chante les louanges de Dieu.

Et c’est pour­quoi il y a un sacre­ment par­ti­cu­lier pour le mariage. Les époux doivent chan­ter la gloire de Dieu. Ils sont consa­crés, eux aus­si, par le sacre­ment du mariage, pour sanc­ti­fier la socié­té qu’est la famille.

Et plus encore. Notre Seigneur a vou­lu que toute la Société soit consa­crée, consa­crée à la louange de Dieu, à la gloire de Dieu, à ces chants qui ne devraient jamais finir et conti­nuer dans l’éternité, par le Saint Sacrifice de la messe. Par la Sainte Eucharistie qui ne peut pas se sépa­rer de la Croix de Notre Seigneur. C’est le sacre­ment de la Société, le sacre­ment qui unit, non pas seule­ment une famille, mais toutes les familles, toute la Société, les princes, les magis­trats, tous ceux qui ont une fonc­tion dans la Société sont appe­lés aus­si à venir assis­ter au Saint Sacrifice de la messe. Ils doivent chan­ter eux aus­si – ils sont consa­crés par Dieu – pour chan­ter les louanges de Dieu. Et toute la foule des fidèles unis au prêtre, autour de l’autel, doit chan­ter les louanges de Dieu. C’est toute la Société qui doit être consa­crée à Dieu. Voilà ce que Notre Seigneur Jésus-​Christ a vou­lu. Voilà ce qui est dans le plan de Dieu.

Mais nous aurons garde d’oublier que le vieillard Siméon a dit à la très Sainte Vierge : « Votre cœur sera trans­per­cé d’un glaive » et « votre Fils sera un signe de contradiction ».

Et ce signe de contra­dic­tion, qu’est Notre Seigneur, qu’est Jésus, révé­le­ra, dit le vieillard Siméon, les pen­sées intimes des hommes. Eh oui. Notre Seigneur Jésus-​Christ se pré­sente à nous, aujourd’hui et tous les jours de l’année. Il est à la porte de notre cœur. Il frappe et nous demande de l’aimer ; Il nous demande de le suivre ; Il nous demande d’obéir à ses commandements.

Quelle sera la réponse des hommes ? Il y en a qui refu­se­ront et il y en a qui accep­te­ront. Et voi­là que les pen­sées intimes des hommes se révèlent à l’appel de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, en ce jour de Noël, nous devons deman­der que les grâces que Notre Seigneur Jésus-​Christ est venu nous appor­ter, soient répan­dues tou­jours davan­tage dans le monde. Or, mal­heu­reu­se­ment, nous sommes bien obli­gé de consta­ter, qu’à notre triste époque, les voix se taisent. L’Évangile est fal­si­fié ; même nos sacre­ments sont déna­tu­rés ; notre messe elle-​même devient une messe dont on ne sait plus exac­te­ment ce qu’elle est, qui n’a plus de définition.

Alors, nous pou­vons et nous devons être inquiets et nous devons être angois­sés devant cette situa­tion déplo­rable, qui a pour résul­tat l’apostasie générale.

Nous ne pou­vons pas aban­don­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous ne pou­vons pas aban­don­ner ce que Notre Seigneur Jésus-​Christ a ins­ti­tué : son Saint Sacrifice de la messe, ses sacre­ments, son Évangile, son ensei­gne­ment. Nous devons res­ter fermes dans la foi et dans les sacre­ments que Notre Seigneur Jésus-​Christ est venu nous appor­ter. C’est cela qui sera cer­tai­ne­ment l’assurance du renou­veau de l’Église.

Chers parents chré­tiens, gar­dez fidè­le­ment le caté­chisme qui vous a été ensei­gné dans votre jeu­nesse. Enseignez-​le à vos enfants. Apprenez à vos enfants ce qui vous a été appris à vous-​mêmes. Apprenez-​leur ce qu’est le Saint Sacrifice de la messe, la Croix de Jésus. Apprenez-​leur ce qu’est le bap­tême, ce qu’est leur confir­ma­tion, ce qu’est la sainte Communion et alors vous leur trans­met­trez vrai­ment ce que Notre Seigneur Jésus-​Christ a vou­lu vous don­ner à vous-​mêmes. Ce que vous avez de plus cher. Soyez fidèles, fidèles à l’enseignement de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et vous, mes chers amis, mal­gré les per­sé­cu­tions, mal­gré les dif­fi­cul­tés, mal­gré les calom­nies qui peuvent peser sur vous, vous serez fidèles aus­si. Fidèles à l’enseignement des saints Anges, de ces anges qui ont annon­cé le Sauveur, qui ont annon­cé Notre Seigneur Jésus-​Christ et qui ont répan­du l’Esprit Saint dans les âmes. Fidèles à Notre Seigneur Jésus-​Christ, fidèles à la Sainte Église, voi­là ce que vous serez. Et si vous faites cela, soyez sûrs qu’un jour le Bon Dieu vous béni­ra ; que le Bon Dieu vous don­ne­ra toutes les grâces dont vous aurez besoin.

Allons donc à la Crèche aujourd’hui et deman­dons à la très Sainte Vierge Marie, deman­dons à saint Joseph, de mettre dans nos cœurs, dans nos âmes, les sen­ti­ments qui fai­saient battre leur cœur vis-​à-​vis de Notre Seigneur, vis-​à-​vis de Jésus qu’ils ado­raient et qu’ils aimaient.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.