Sermon de Mgr Lefebvre – Noël – 25 décembre 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

La période de l’Avent qui a pré­cé­dé cette belle fête de la Nativité est tout embau­mée de la pen­sée, de la pré­sence de la très Sainte Vierge Marie.

En effet, com­ment était-​il pos­sible de pré­pa­rer cette fête de la Nativité, sans se trou­ver dans la pré­sence de celle de qui devait naître le Verbe de Dieu. Aussi, avec les ber­gers, rendons-​nous auprès de la Crèche. Et nous trou­ve­rons la Vierge Marie por­tant dans ses bras Celui qui vient de naître et qui lui a gar­dé sa par­faite vir­gi­ni­té. Grand miracle en effet. Signe déjà annon­cé par Isaïe : Elle demeu­re­ra vierge et elle enfan­te­ra un Fils.

Essayons de deman­der à la très Sainte Vierge Marie, quelles sont ses pen­sées. Il est dit qu’elle gar­dait dans son cœur, les paroles de ceux qui l’entouraient. Et les ber­gers par­ti­cu­liè­re­ment qui lui annon­çaient ce que les anges leur avaient dit. Oui, la très Sainte Vierge Marie médi­tait ces paroles. Et si on lui demande qui est ce Fils, quel est cet Enfant qu’elle porte dans ses bras, elle nous dira les paroles de l’ange, que l’ange Gabriel lui a dites : « Il sera le Sauveur du monde. Il enlè­ve­ra les péchés du monde et libé­re­ra les hommes de l’esclavage du péché ».

En effet, ce qui défi­nit le mieux l’Enfant-Jésus, c’est bien qu’il est le Sauveur. C’est aus­si ce que l’ange a dit à Joseph lorsqu’il était dans le doute et dans l’hésitation au sujet de la Vierge Marie : « Ne crains point Joseph. Celui qui naî­tra de la Vierge sera le Sauveur du monde ».

C’est encore ce que les anges ont annon­cé aux ber­gers durant la nuit de Noël. Eux aus­si atten­daient le Messie ; ils atten­daient le Sauveur et les anges leur ont dit : « Ce Sauveur est né. Des géné­ra­tions et des géné­ra­tions ont atten­du le Sauveur. Il est né, vous pou­vez aller le voir ». Et les ber­gers se sont ren­dus auprès de la Vierge Marie et ils ont vu le Sauveur.

Quelles étaient donc les pen­sées de la Vierge Marie au sujet de ce Fils ? Est-​ce qu’elle médi­tait sur­tout sa géné­ra­tion tem­po­relle ? Comme l’ont fait par­ti­cu­liè­re­ment les évan­gé­listes, les trois pre­miers, les synop­tiques. Les trois pre­miers évan­gé­listes ont par­lé par­ti­cu­liè­re­ment de la géné­ra­tion tem­po­relle de Notre Seigneur. Ils ont fait sa généa­lo­gie. Il des­cen­dait vrai­ment de David, puisque Joseph et Marie étaient de la famille royale de David. Est-​ce cela qui occu­pait les pen­sées de la Vierge Marie ? Il semble que non. L’Évangile de saint Jean, lui, parle au contraire de la géné­ra­tion divine de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et l’Évangile de saint Jean n’est-il pas l’Évangile de la Vierge Marie ? Pendant les années que saint Jean a gar­dé la Vierge Marie, ils ont pu conver­ser lon­gue­ment ensemble et la Vierge Marie ins­pi­rée bien plus encore que saint Jean, est cer­tai­ne­ment à l’origine des magni­fiques consi­dé­ra­tions de l’Évangile de saint Jean, par­ti­cu­liè­re­ment de ce Prologue de l’Évangile de saint Jean, si admi­rable, qu’il nous emmène dans les hau­teurs de la Trinité Sainte. Et Deus erat Verbum. Et le Verbe était Dieu et c’est par Lui que tout a été fait. Et rien n’a été fait sans Lui.

Voilà le Dieu éter­nel que la Vierge Marie porte dans ses bras. Elle qui est rem­plie du Saint-​Esprit, qui est inon­dée par les grâces de la Trinité Sainte, a sûre­ment médi­té sur les splen­deurs des réa­li­tés qu’elle porte dans ses bras. Réalités humaines, mais sur­tout réa­li­tés divines.

Et c’est bien ce que saint Jean aus­si dans son Évangile – encore une fois ins­pi­ré par la Vierge Marie aus­si – raconte de la Trinité Sainte. Dans aucun Évangile Notre Seigneur ne parle de son Père, comme dans l’Évangile de saint Jean. Nulle part Il ne cite le Saint-​Esprit comme dans l’Évangile de saint Jean. Il révèle vrai­ment sa vie dans la Trinité Sainte. Il fait des­cendre la Lumière et la cha­ri­té. Ce sont les mots qui carac­té­risent sur­tout le Verbe de Dieu : Notre Seigneur. Alors Marie devait pen­ser qu’elle por­tait la Lumière, la Lumière du monde et la cha­ri­té répan­due dans le monde. Charité qu’a si bien magni­fié Notre Seigneur avant sa Passion ; cha­ri­té qui devait pro­duire l’unité, l’unité dans ses dis­ciples. Cette cha­ri­té qui se répand dans les membres de son Corps mys­tique : l’unité avec Notre Seigneur. Notre Seigneur demande que tous ses dis­ciples demeurent en Lui ; qu’ils demeurent atta­chés à Lui, eux et tous ceux qui croi­ront à leur parole. N’est-ce pas aus­si dans cet Évangile que Notre Seigneur nous donne cette magni­fique para­bole de la vigne ? Il est le cep ; nous sommes les sar­ments. Quelle belle image. C’est la même sève qui coule dans le cep et dans les sar­ments. Nous sommes les sar­ments. Et la Vierge Marie devait pen­ser : Je porte la Vigne et je porte les sar­ments. Elle por­tait l’Église ; elle por­tait le Corps mys­tique de Notre Seigneur. Tout était là dans ses bras : le Lumière du monde, la cha­ri­té venue de la Trinité Sainte, la vie qui devait se répandre dans les membres du Corps mystique.

Toute l’Église au cours des siècles, elle la por­tait, elle le por­tait dans ses bras. Mais s’il est vrai que Marie por­tait la vie, la vie divine dans ses bras et qu’elle nous por­tait déjà dans ses bras, c’est parce que nous avons été rat­ta­chés à Notre Seigneur Jésus-​Christ par le bap­tême, bap­tême dans le Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est encore dans l’Évangile de saint Jean, que Notre Seigneur parle de cette manière la plus expli­cite au sujet du bap­tême, dans cette nuit où Il a reçu Nicodème : Celui qui ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint ne pour­ra pas entrer dans le royaume des cieux. Alors nous avons été bap­ti­sés, bap­ti­sés dans l’eau et dans l’Esprit et ain­si nous sommes membres, membres du Corps mys­tique de Jésus, alors nous sommes vrai­ment les fils de la Vierge Marie. Oui, elle nous por­tait, elle nous por­tait dans ses bras.

Et si le bap­tême nous donne la vie de Jésus, c’est parce qu’il chasse de nous les ténèbres. C’est aus­si une image qui est employée sou­vent par saint Jean. L’opposition entre la Lumière et les ténèbres ; les ténèbres c’est le péché ; les ténèbres c’est ce monde enfoui dans les vices et dans les péchés. Alors il faut que nous deve­nions Lumière, comme le dit saint Paul : « Autrefois, vous étiez ténèbres, main­te­nant vous êtes Lumière dans le Seigneur, dans le Christ-Jésus ».

Et c’est pour­quoi nous devons en cette nuit de Noël, deman­der à la très Sainte Vierge Marie d’une manière spé­ciale qu’elle nous garde dans la Lumière ; qu’elle nous garde dans la cha­ri­té ; qu’elle nous garde comme membre du Corps mys­tique de Notre Seigneur, afin que nous puis­sions tou­jours nous dire ses fils, ses enfants, les enfants de la Vierge Marie.

C’est pour­quoi nous devons prendre une réso­lu­tion ferme de lut­ter contre le péché. Le péché est le can­cer de l’humanité, qui ruine la san­té de nos âmes. Alors nous devons cou­ra­geu­se­ment lut­ter contre tout ce qui peut nous entraî­ner dans le péché et qui nous éloi­gne­rait de Notre Seigneur et de la très Sainte Vierge Marie.

Et si Notre Seigneur a vou­lu, pour nous aider au cours de notre vie ter­restre à gar­der la lumière 586

et la cha­ri­té, à gar­der la vie divine en nous, Il a fait le sacre­ment de péni­tence, afin que si nos âmes, hélas, sont macu­lées par le péché, nous puis­sions les laver à nou­veau dans son Sang, dans le Sang de Jésus-Christ.

N’hésitons pas au cours de ces fêtes qui nous rap­pellent notre appar­te­nance à Notre Seigneur Jésus-​Christ et à la très Sainte Vierge Marie, n’hésitons pas de nous appro­cher du sacre­ment de péni­tence, afin que nous soyons tou­jours davan­tage unis au Sauveur du monde. Et que les grâces qu’il est venu appor­ter soient en nous, que nous en profitions.

Oui, en conclu­sion, il n’y a vrai­ment que par Jésus et Marie que nous puis­sions être sau­vés. Il est la Voie, la Vérité et la Vie. C’est encore dans l’Évangile de saint Jean que nous trou­vons cela. Et il n’y a que Lui qui peut nous sau­ver. Il est le seul Sauveur ; il n’y a pas d’autre sau­veur. Les anges n’ont pas annon­cé un autre sau­veur que Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, gar­dons cette foi pro­fonde. Ne nous lais­sons pas entraî­ner dans ces idéo­lo­gies modernes qui feraient croire que tous les hommes se sauvent ; même ceux qui ne connaissent pas Jésus-​Christ, même ceux qui sont éloi­gnés de Lui, même ses enne­mis. Non, pour nous, nous croyons en la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, comme la Vierge Marie qui contem­plait cette divi­ni­té, comme l’Enfant qu’elle por­tait dans les bras.

C’est en effet la conclu­sion dans l’Évangile de saint Jean.

Saint Jean dit : « Tout mon Évangile se résume dans une phrase : Celui qui croit que Notre Seigneur Jésus-​Christ est Dieu, sera sau­vé ». Voilà le résu­mé de l’Évangile. Résumé encore une fois, sans doute, de la pen­sée de la Vierge Marie. Car enfin, com­ment ima­gi­ner que saint Jean n’ait pas été influen­cé par la Mère de Jésus qui la lui a confiée et avec laquelle il a vécu tant d’années.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.