Sermon de Mgr Lefebvre – Obsèques de M. Christian Sermier – 9 septembre 1980

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

Vous devi­nez que ce n’est pas sans une cer­taine émo­tion que je prends la parole aujourd’hui, dans ces cir­cons­tances si dou­lou­reuses qui nous touchent tous pro­fon­dé­ment, nous qui avons connu et esti­mé notre cher ami Christian Sermier. Et nous vou­drions au début de ces quelques mots, adres­ser nos pro­fondes et sin­cères et cor­diales condo­léances à son épouse, à ses enfants et à toute sa famille.

Mais ce serait tra­hir en quelque sorte sa mémoire que de demeu­rer sur ces sen­ti­ments de dou­leur et de stu­pé­fac­tion, car nous avons eu en la per­sonne de cet ami si cher, un exemple extra­or­di­naire, un exemple de foi, un exemple de pié­té, un exemple de père de famille. Nous l’avons vu et plus par­ti­cu­liè­re­ment les membres de sa famille qui l’ont sui­vi plus près que nous encore, ont pu juger du cou­rage et de sa foi, dans l’épreuve que le Bon Dieu lui a envoyée.

Épreuve d’une mala­die qui lui a fait subir des trai­te­ments dou­lou­reux, pénibles, par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’il était à Genève. Et tous ceux qui ont eu l’occasion de le voir, de le ren­con­trer dans ces moments dif­fi­ciles sont reve­nus édi­fiés, pro­fon­dé­ment bou­le­ver­sés en voyant avec quel esprit de foi, avec quel cou­rage, avec quelle maî­trise de lui-​même, avec quel esprit de prière il sup­por­tait ses souffrances.

Et puis l’on a espé­ré que le Bon Dieu lui accor­de­rait encore de nom­breuses années et voi­là que la mala­die le repre­nant de nou­veau, subi­te­ment, il nous a quit­tés, nous lais­sant cet exemple. Leçon pré­cieuse pour ses enfants, leçon pré­cieuse aus­si pour nous, sur­tout en ce temps où la foi a tel­le­ment dimi­nué dans les cœurs, dans les intel­li­gences, dans les volon­tés. Il nous a mon­tré ce que pou­vait être encore un homme qui croyait, qui croyait en Dieu, qui croyait en la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-​Christ, qui croyait en la très Sainte Vierge Marie.

Que de fois au cours des voyages que nous avons faits ensemble, dans les­quels il m’accompagnait si aima­ble­ment, si cha­ri­ta­ble­ment, il réci­tait son cha­pe­let. Il avait une dévo­tion pro­fonde pour la très Sainte Vierge Marie et c’est cer­tai­ne­ment elle qui l’a sou­te­nu dans ses der­niers moments et qui lui a per­mis d’avoir ce cou­rage, ce cou­rage d’accepter l’épreuve, de se remettre dans les mains du Bon Dieu et de mon­trer ain­si à tous ceux qui l’ont connu un exemple admirable.

Où trouvait-​il la force de cette Foi ? Où trouvait-​il la source de cette grâce par­ti­cu­lière qui l’a mon­tré en exemple à ceux qui l’entouraient, dans la Sainte Messe. Il aimait assis­ter à la Sainte Messe et par­ti­cu­liè­re­ment à la Sainte Messe de tou­jours. Il aimait pré­pa­rer l’autel. Il aimait ser­vir la Sainte Messe. Combien de fois je l’ai enten­du par­ler de tout ce qui était néces­saire pour le Saint Sacrifice de la messe. Il vou­lait que le Saint Sacrifice de la messe soit célé­bré digne­ment. Il vou­lait que tout ce qui touche à l’autel soit beau, soit conve­nable et soit digne du Seigneur qui des­cen­dait sur l’autel. Avec quel res­pect, quelle dévo­tion, il m’a ser­vi la messe sou­vent. Oui, il nous a lais­sé un exemple qui doit demeurer.

Bienheureuses les familles qui ont des enfants qui ont vu une pareille foi. Bienheureux le pays qui a encore des hommes qui ont cette foi si rayon­nante et si encourageante.

Mes bien chers frères, voyez comme l’Église est bonne. Toutes ces céré­mo­nies que nous vivons actuel­le­ment, que nous vivons aujourd’hui, nous montrent la mater­ni­té de l’Église.

Si nous, nous ne pou­vons plus rien pour lui en cette vie ici-​bas puisqu’il nous a quit­tés, nous pou­vons au moins prier avec la Sainte Église et éprou­ver un peu en nous, les sen­ti­ments que l’Église éprouve pour celui qui vient de nous quit­ter. C’est l’Église qui le prend en charge en quelque sorte désormais.

Celui qui a été bap­ti­sé, celui qui a reçu sa Première com­mu­nion, celui qui a été confir­mé, celui qui a été marié reli­gieu­se­ment, celui qui a reçu l’extrême-onction et qui s’est nour­ri si sou­vent de la grâce des sacre­ments de péni­tence et de l’Eucharistie, est vrai­ment membre de l’Église. Et alors l’Église ne l’oublie pas. L’Église ne peut pas se sépa­rer de ses enfants. Et en ces der­niers moments, l’Église nous montre son amour mater­nel, elle le reçoit à la porte de l’Église. Elle le reçoit en deman­dant à tous les saints d’accourir :

Sub venite sanc­ti Dei : « Venez, saints de Dieu ».

Occurrite, Angeli Domini : « Accourez, anges du Seigneur ».

Venez accom­pa­gner cette âme et la pré­sen­ter à Dieu et faites-​vous les avo­cats de cette âme qui désor­mais doit par­ti­ci­per à votre bon­heur. Et si quelques taches se trouvent encore dans cette âme, deman­dez à Dieu que la puri­fi­ca­tion de cette âme ne soit pas trop longue et qu’enfin elle puisse arri­ver au bon­heur éternel.

C’est cela le sens de toutes les prières que nous chan­tons, car nous ne devons pas oublier que Dieu est Dieu, que nous, pauvres pécheurs, nous pré­sen­tant devant Dieu, c’est le cri de la Sainte Église qui vient sur nos lèvres :

Si ini­qui­tates obser­va­ve­ris, Domine, Domine qui sus­ti­ne­bit ?

« Si vous tenez compte de nos ini­qui­tés, Seigneur, Seigneur, qui pour­ra sub­sis­ter devant vous ? »

Qui pour­ra sou­te­nir votre regard ? Eh oui, pauvres pécheurs que nous sommes, il y aura tou­jours quelque chose à nous repro­cher. Nous ne serons pas par­faits, nous ne serons pas tout à fait purs. Alors peut-​être qu’il fau­dra que nous pas­sions au Purgatoire, que nous soyons puri­fiés avant d’arriver au bon­heur éternel.

Mais l’Église est toute rem­plie d’espérance. Et c’est l’espoir de cette récep­tion par le Bon Dieu, cette récep­tion défi­ni­tive au Paradis qui la fait chan­ter, qui la fait prier. Et tout à l’heure, nous chan­te­rons encore ce chant In para­di­sium, Oui, que dans le Paradis, les anges vous conduisent. Voilà ce que nous sou­hai­tons pour ce cher Monsieur Sermier. Car, en défi­ni­tive c’est bien pour cha­cun de nous le sort qui nous attend.

Un jour aus­si, nos parents, nos amis, seront autour de nous dans les mêmes condi­tions. Nous devons y pen­ser tous les jours de notre vie et nous pré­pa­rer à ce bon­heur éter­nel pour lequel le Bon Dieu nous a créés.

Confions-​nous à la très Sainte Vierge Marie et deman­dons à ce cher Christian Sermier, de res­ter auprès des siens, auprès de sa famille, afin de nous gar­der dans l’amour de la très Sainte Vierge Marie, cet amour qu’il avait comme un enfant, un enfant auprès de sa mère.

Et bien que cet amour soit aus­si le nôtre. Nous sommes per­sua­dé que cet amour de la Vierge Marie, notre Mère du Ciel, sera pour lui le gage de la résur­rec­tion éternelle.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.