Sermon de Mgr Lefebvre – Obsèques du R.P. Le Boulch – 26 novembre 1988

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

N’est-ce pas une déli­ca­tesse de la Providence d’avoir per­mis que notre cher Père Le Boulch soit rap­pe­lé à Dieu en cette fin d’année litur­gique. Lui qui avait une pro­fonde estime pour la litur­gie, qui en a vécu tout au long de sa vie et qui en a com­mu­ni­qué l’estime et l’amour à ses élèves, à ses sémi­na­ristes. Voici que c’est le der­nier jour de l’année litur­gique que nous allons por­ter le Père Le Boulch à sa der­nière demeure.

Comme s’il allait pour l’année litur­gique qui vient, com­men­cer la litur­gie éter­nelle, la litur­gie du Ciel.

Et si nous scru­tons un peu la litur­gie, il est dit que le défunt conti­nue de par­ler Defunctus adhuc loqui­tur (He 11,4). Et je crois que nous pou­vons bien le dire du Père Le Boulch : Defunctus adhuc loqui­tur : Défunt il conti­nue de parler.

Il conti­nue de par­ler sur­tout, mes chers amis, à vous, à nous qui l’avons entou­ré de si près, par son exemple, il nous a don­né une leçon magni­fique du choix qu’il fal­lait faire, de s’attacher avant tout à Notre Seigneur Jésus-​Christ et à son règne.

Combien de fois il nous a racon­té les déci­sions qu’il a du prendre vis-​à-​vis de son monas­tère de Landevenec, qu’il aimait pour­tant de toute son âme. Non seule­ment il l’aimait, parce qu’il avait choi­si d’y pas­ser sa vie béné­dic­tine, mais aus­si parce que ses supé­rieurs l’avaient choi­si pour tra­vailler à la construc­tion de son monas­tère par ses pré­di­ca­tions, par ses retraites et c’est ain­si qu’il a aidé d’une manière très effi­cace ce monas­tère, à trou­ver sa gran­deur, sa magnificence.

Et mal­gré cela, quand le Père Le Boulch s’est aper­çu que les idées nou­velles, libé­rales, moder­nistes s’introduisaient dans son monas­tère, il n’a pas pu conti­nuer à y vivre. Ce n’était plus son monas­tère. Ce n’était plus la vraie vie béné­dic­tine. Ce n’était plus vrai­ment l’honneur de Notre Seigneur qui était recher­ché avant tout.

Alors, dou­lou­reu­se­ment, il s’est éloi­gné de son monas­tère. Il a réflé­chi pen­dant deux ans et il a pris la déci­sion défi­ni­tive de quit­ter son monastère.

Et le Bon Dieu a per­mis, dans sa misé­ri­corde, que le cher Père Le Boulch retrouve trois familles. Il en per­dait une, il en retrou­vait trois. Il a retrou­vé la famille bre­tonne à laquelle il était si atta­ché et par­ti­cu­liè­re­ment dans la per­sonne de sa chère sœur. Mère Marguerite, qui elle-​même, le com­pre­nant, l’a sui­vi, l’a entou­ré de son affec­tion. Et à deux ils ont main­te­nu cette fidé­li­té à la foi de tou­jours. Et à elle se sont joints aus­si ses frères et sœurs et ses neveux et nièces qui l’entouraient de leur affection.

Et cer­tai­ne­ment le sou­tien de sa famille a été pour lui un encou­ra­ge­ment dans le choix qu’il avait fait.

Mais le Bon Dieu lui réser­vait une autre famille, plus grande, plus éten­due, la famille d’Écône. Il est venu ici et il y res­té jusqu’à ses der­niers jours.

Et Dieu sait si au cours des années, il s’est atta­ché à cette famille, non seule­ment à ceux qui se trou­vaient dans cette mai­son – et les jeunes prêtres qui ont été ses diri­gés peuvent en témoi­gner – tous ceux qui ont écou­té ses cours : cours d’Écriture Sainte, cours de litur­gie en par­ti­cu­lier. Tous ceux qui ont reçu ses conseils, qui se sont adres­sés à lui, savent com­bien il était atta­ché à cette mai­son et à toutes les familles qui se regrou­paient autour de cette mai­son, qui se regroupent encore autour de cette mai­son, familles de reli­gieux, de reli­gieuses. Il est allé com­bien de fois prê­cher des retraites, des récol­lec­tions, encou­ra­ger par son exemple et par sa parole tous ceux qui avaient fait ce choix : pré­fé­rer Dieu, plu­tôt que de suivre le cou­rant libé­ral et moder­niste qui enva­his­sait l’Église.

Nous lui devons une grande recon­nais­sance pour tout ce qu’il a fait dans notre chère famille d’Écône.

Et quand je vous disais qu’il avait une troi­sième famille, oui, en effet, cette troi­sième famille, c’est la famille valai­sanne. Chers Valaisans, qui êtes ici pré­sents, vous êtes les témoins de cet atta­che­ment du cher Père Le Boulch à toutes vos familles. Vous pour­riez, je pense du moins pour beau­coup d’entre vous, témoi­gner et don­ner des exemples de cet atta­che­ment du Père Le Boulch à vos familles, à vos enfants. Combien de conseils il a don­nés ; com­bien de direc­tives qui ont faci­li­té la pra­tique de la reli­gion, qui ont encou­ra­gé les jeunes ménages à se main­te­nir dans la foi catho­lique. Le Père Le Boulch a été pour vous aus­si, un grand exemple.

Et ain­si il a vécu entou­ré de ses trois familles, avec beau­coup de satis­fac­tion, avec beau­coup de bon­heur. Il aimait sa famille bre­tonne ; il aimait sa famille d’Écône ; il aimait ses familles valai­sannes ; il aimait le Valais, il ne vou­lait plus le quit­ter et il ne l’a pas quitté.

Remercions le Bon Dieu pour lui. Et je suis sûr que de là-​haut, il remer­cie le Bon Dieu, de la misé­ri­corde qu’il lui a faite, grâce à sa fidé­li­té. C’est un choix dou­lou­reux ; c’est un choix dif­fi­cile ; c’est le choix des mar­tyrs. Les mar­tyrs ont choi­si la fidé­li­té. Il est lui aus­si un témoin de la foi de tou­jours. Et on peut dire qu’à tra­vers toutes les vicis­si­tudes de l’Histoire de la Tradition, de l’Histoire d’Écône, le Père Le Boulch n’a pas bou­gé, n’a pas hési­té. Il est tou­jours res­té fidèle, sans aucune hési­ta­tion. C’est le grand exemple qu’il nous a donné.

Alors, mes bien chers frères, mes bien chers amis, nous devons, afin d’exprimer notre recon­nais­sance à ce cher Père, nous devons prier pour lui et c’est ce que nous fai­sons aujourd’hui dans cette céré­mo­nie. Nous prions avec fer­veur, expri­mant nos dési­rs, expri­mant notre atta­che­ment à ce cher Père, par toutes ces prières magni­fiques de la litur­gie des défunts. Et nous le ferons avec beau­coup de fer­veur et beau­coup de reconnaissance.

Nous l’exprimerons à la fin de cette céré­mo­nie par cette antienne magni­fique : In para­di­sium dedu­cant te Angeli : Oui que les Anges conduisent au Paradis, le cher Père Le Boulch.

Cependant, nous sommes cer­tains que vous demeu­rez avec nous et que vous demeu­re­rez à Écône et au milieu de nous par votre exemple, par vos prières, par votre inter­ces­sion auprès de la très Sainte Vierge Marie pour laquelle vous aviez une dévo­tion toute par­ti­cu­lière. Nous sommes per­sua­dé que vous êtes par­mi nous, que vous conti­nuez à y demeu­rer pour le plus grand bien de nos âmes, afin qu’un jour, nous puis­sions aus­si entendre la parole du Seigneur :

Euge, serve bone et fide­lis, quia super pau­ca super mul­ta te consti­tuant intra in gau­dium Domini tui (Mt 25,21) : Venez ser­vi­teur fidèle. Parce que vous avez été fidèle sur peu de choses, je vous consti­tue­rai sur beau­coup de royaumes. Entrez dans la joie du Seigneur.

Qu’un jour, grâce à votre inter­ces­sion, cher Père Le Boulch, cette parole puisse être pro­non­cée aus­si pour nous tous.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.