8 décembre 1975

Sermon de Mgr Lefebvre – Ordination abbé Schmidberger

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers amis
Mes bien chers frères,

Virgo fide­lis, ora pro nobis
Vierge fidèle, priez pour nous.

S’il est une ver­tu dont nous avons besoin aujourd’­hui d’une manière toute par­ti­cu­lière, c’est bien la fidé­li­té : être fidèle.

Que signi­fie donc cette fidé­li­té ? La fidé­li­té vient du mot fides, qui veut dire avoir la foi. Mais la fidé­li­té dit plus que la foi. C’est la per­sé­vé­rance dans la foi. C’est la per­sé­vé­rance dans l’esprit de foi. C’est la pra­tique de la foi. Non pas seule­ment un jour ; non pas seule­ment un mois, mais tout au long de notre vie. La fidé­li­té c’est être atta­ché aux pro­messes que l’on a faites, à l’engagement que l’on a pris ; Et d’abord cette fidé­li­té est dans sa plé­ni­tude, dans sa per­fec­tion, dans son infi­ni­té avec Dieu Lui-même.

Dieu est fidèle. Dieu est fidèle à Lui-​même. Dieu est fidèle à toutes ses pro­messes. Dieu est fidèle à tous ceux qui l’aiment. C’est cette fidé­li­té qui doit être l’exemplaire, le modèle de notre propre fidélité.

Aujourd’hui, mes chers amis, et vous par­ti­cu­liè­re­ment qui venez de rece­voir la grâce du sacer­doce, cher Franz, vous pre­nez l’engagement devant Dieu, d’être fidèle à la grâce que vous venez de recevoir.

Tout à l’heure, il y avait un terme dans les prières qui signi­fie bien cette fidé­li­té : constan­tia : la constance, par la per­sé­vé­rance dans la pro­messe que l’on a faite.

Et la fidé­li­té, si elle se rat­tache à la ver­tu de foi dans son fon­de­ment, dans sa pra­tique, la fidé­li­té se rat­tache à la ver­tu de force. C’est cette force, ce don de force, que nous deman­dons au Saint-​Esprit de vous don­ner, dans votre sacer­doce. Que vous soyez constant, constam­ment fidèle à Dieu, fidèle aux enga­ge­ments que vous avez pris solen­nel­le­ment aujourd’hui en venant rece­voir cette grâce du sacer­doce, en rece­vant tous les conseils et les avis que vous donne le Pontife lorsqu’il vous donne cette grâce du sacer­doce. Soyez donc fidèle.

Et vous, mes chers amis, qui allez pro­non­cer vos enga­ge­ments dans la Fraternité à nou­veau aus­si aujourd’hui, soyez aus­si fidèles, fidèles à vos engagements.

Et si Dieu a été fidèle et tou­jours fidèle. Il est sem­per idem, tou­jours le même : Dieu est tou­jours le même. Et c’est pré­ci­sé­ment cette constance dans sa per­fec­tion, dans son infi­ni­té, dans son Être infi­ni en qui repose cette fidé­li­té qui est si pré­cieuse pour nous. Si nous sommes atta­chés à notre foi, c’est que nous sommes atta­chés à Dieu. Notre foi n’est pas autre chose que Dieu Lui-​même, pré­sent dans notre esprit, dans notre cœur, dans notre volon­té. C’est la Sainte Trinité habi­tant en nous ; c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est Dieu, habi­tant en nous. C’est cela notre fidé­li­té ; c’est cela que nous avons pro­mis à notre bap­tême, de croire pour l’éternité, pour tou­jours. Non pas pour un jour, mais pour l’éternité.

Or s’il y a un exemple de cette fidé­li­té dans l’histoire de l’humanité, c’est bien la très Sainte Vierge Marie. Elle aus­si a été fidèle. Elle était déjà fidèle avant d’avoir pro­non­cé son Fiat. Elle était déjà toute pure, toute sainte, toute atta­chée au Bon Dieu, fidèle à Dieu jusqu’aux der­nières fibres de son cœur. Mais lorsqu’elle a pro­non­cé son Fiat, alors elle a été fidèle à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Elle a été fidèle à son Fils qui était aus­si son Dieu. Fidèle tout au cours de sa vie, à tra­vers l’épreuve, à tra­vers les doutes, à tra­vers les dif­fi­cul­tés, à tra­vers les contra­dic­tions, à tra­vers les scan­dales, la très Sainte Vierge a tou­jours été fidèle à Notre Seigneur Jésus-​Christ, à son divin Fils. Elle ne l’a jamais aban­don­né, jusqu’à la Croix. Alors que les apôtres l’avaient fui, alors que les apôtres l’avaient aban­don­né, alors que son Fils était cou­vert de sang, mort, aban­don­né de tous, aban­don­né de Dieu en quelque sorte, la Vierge était là, pré­sente : Stabat Mater jux­ta cru­cem.

Elle n’a pas aban­don­né l’œuvre de son divin Fils. Elle ne l’a pas aban­don­née puisqu’elle était à son ori­gine au moment de la Pentecôte. Elle était là, la Vierge Marie, pour répandre les grâces que Notre Seigneur Jésus-​Christ avait vou­lu que les apôtres reçoivent par elle. Elle était donc fidèle à ses enga­ge­ments, fidèle à Notre Seigneur tou­jours. Elle l’est encore, elle l’est encore aujourd’hui. Elle n’a qu’un désir, c’est de nous voir gar­der cet atta­che­ment à Notre Seigneur Jésus-​Christ, cet atta­che­ment à notre foi. C’est son hon­neur. C’est tout son désir ; c’est toute sa vie que nous demeu­rions atta­chés à Notre Seigneur Jésus-​Christ de toutes les fibres de notre âme. Cette fidé­li­té est aus­si remar­quable dans l’Ancien Testament. Si la Vierge a été et est tou­jours l’exemple le plus par­fait de la fidé­li­té par­mi les créa­tures du Bon Dieu, nous voyons que la fidé­li­té est pré­cieuse à Dieu. Que Dieu veut que nous soyons fidèles. Si Lui est fidèle à Lui-​même et à tous ses enga­ge­ments ; Il veut aus­si que nous, nous soyons fidèle à nos enga­ge­ments. Et toute l’histoire de l’Ancien Testament n’est pas autre chose que la fidé­li­té ou l’infidélité d’Israël à son Dieu. Et certes Dieu les a fus­ti­gés dure­ment lorsqu’ils étaient infi­dèles, lorsqu’ils s’éloignaient de Dieu, lorsqu’ils s’éloignaient de leurs pro­messes. Dieu les a livrés à leurs enne­mis. Dieu les a déci­més. Dieu a fait même dis­pa­raître le Temple de Jérusalem, parce qu’ils étaient infi­dèles à leur Dieu. C’est un exemple que nous ne devons jamais oublier. Et il me semble que cet exemple nous est très cher, nous est très pré­cieux dans notre Église d’aujourd’hui.

Ô certes l’Église a les paroles de l’éternité, les paroles de la vie pour tou­jours, l’Église ne som­bre­ra pas. Mais elle peut tra­ver­ser des épreuves pénibles et être infi­dèle à Dieu, au moins dans sa majeure par­tie, puisque l’Écriture nous dit que peut-​être un jour, il n’y aura plus que quelques croyants sur cette terre.

Il y aura donc des moments ter­ribles dans l’Histoire de l’Église, où il sem­ble­ra que l’Église elle-​même perd la foi. Est-​ce que nous ne sommes pas dans ce temps aujourd’hui, ou du moins dans un de ces temps qui pré­parent l’apostasie géné­rale ? Est-​ce que vrai­ment l’on peut dire qu’aujourd’hui nous avons dans l’Église un exemple d’une fidé­li­té remar­quable ? Il semble bien au contraire que l’on est en train d’abandonner Dieu, d’abandonner Notre Seigneur. Car la fidé­li­té contient en soi, je dirai, le mot sem­per, tou­jours. Une fidé­li­té qui ne se donne pas pour tou­jours, ce n’est pas une véri­table fidélité.

Être fidèle tou­jours à Dieu. Ce tou­jours com­prend le pas­sé et le pré­sent, l’avenir. Si nous vou­lons donc être fidèles, nous devons être fidèles au pas­sé, à cette foi qui a tou­jours été la foi de l’Église. Nous devons être fidèles à Dieu, dans ce que l’Église a pro­mis, dans ce que les apôtres ont pro­mis, dans ce que toute l’Église a pro­mis au long des siècles. Nous devons être fidèles à ces pro­messes de l’Église. Et nous qui fai­sons par­tie de cette Église, nous qui sommes membres de cette Église, nous devons être fidèles à nos ancêtres, à la foi de nos ancêtres, à la foi de l’Église de tou­jours. Si nous, nous ne pou104

vons pas dire que nous sommes fidèles, ne serions-​nous infi­dèles que pen­dant quelques jours, nous ne serions plus dignes de ceux qui nous ont précédés.

Cette foi doit durer tout au long des siècles et pour nous, toute notre vie. C’est à cela que nous devons être atta­ché par­des­sus tout, car notre foi, encore une fois, c’est Dieu. C’est Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est l’éternité ; c’est le bon­heur éter­nel ; c’est le Corps mys­tique de Notre Seigneur JésusChrist ; c’est le Ciel. Nous ne pou­vons pas nous déta­cher de ces choses qui sont toute notre vie, toute la rai­son de notre exis­tence, toute la rai­son de notre rédemp­tion et toute la rai­son d’être de l’Église. C’est pour­quoi nous devons gar­der dans nos cœurs, cet amour de l’Église, amour pro­fond de notre Sainte Église catho­lique en laquelle Notre Seigneur a ren­fer­mé tous les tré­sors de sa vie et de sa grâce.

Fidèle aus­si à la très Sainte Vierge Marie à qui Notre Seigneur Jésus-​Christ a remis toutes ses grâces, pour qu’elles nous soient concé­dées par elle. Si vrai­ment nous sommes fidèles à l’Église, si vrai­ment nous sommes fidèles à la très Sainte Vierge Marie, quoi qu’il arrive, quels que soient les scan­dales qui peuvent se pro­duire autour de nous, quoi que l’on puisse nous dire, quoi que l’on puisse pen­ser, quoi que l’on puisse écrire, quoi que l’on puisse publier, nous demeu­rons fidèle, fidèle à ce que l’Église a tou­jours cru ; fidèle à ce que les saints ont tou­jours pratiqué.

Cherchons donc de toute notre âme, de tout notre cœur, à être fidèle, afin qu’un jour le Bon Dieu puisse nous dire aus­si : Euge serve bone et fide­lis : « Bienheureux ser­vi­teur juste et fidèle. Parce que tu es fidèle sur peu de chose, tu seras éta­bli pour l’éternité sur de grandes choses » (Mt 25,23).

Ainsi par cette pro­messe que Notre Seigneur nous a faite, si nous sommes fidèle, de nous don­ner la récom­pense éter­nelle, deman­dons à la très Sainte Vierge Marie, de nous don­ner cette grâce de la per­sé­vé­rance finale et de la fidélité.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.