Sermon de Mgr Lefebvre – Ordinations sacerdotales – 29 juin 1982

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,
Mes bien chers amis,

Nous voi­ci réunis une nou­velle fois à Écône pour par­ti­ci­per à cette céré­mo­nie si émou­vante de l’ordination de prêtres. En effet s’il est une céré­mo­nie qui nous fait vivre les ins­tants les plus sublimes de l’Église, c’est bien la céré­mo­nie d’ordinations sacer­do­tales. Elle nous rap­pelle en par­ti­cu­lier, la Cène où Notre Seigneur Jésus-​Christ a fait de ses apôtres des prêtres.

Elle rap­pelle aus­si l’effusion du Saint-​Esprit sur les apôtres au jour de la Pentecôte. Et ain­si l’Église conti­nue. Le Saint-​Esprit conti­nue de se répandre par la main des suc­ces­seurs des apôtres.

Et nous sommes heu­reux aujourd’hui de pou­voir confé­rer l’ordination sacer­do­tale à treize nou­veaux prêtres.

Il n’y aurait pas dû avoir d’ordinations sacer­do­tales cette année. En effet, les études pas­saient de cinq à six années et les consé­quences de ce chan­ge­ment devaient inter­ve­nir cette année et c’est pour­quoi nor­ma­le­ment, il n’aurait pas dû y avoir d’ordinations sacer­do­tales du moins pour la Fraternité.

Mais des cir­cons­tances par­ti­cu­lières, des occa­sions spé­ciales ont fait que nous ordon­nons aujourd’hui sept diacres de la Fraternité et six autres qui font par­tie des diverses socié­tés frères, sœurs, qui luttent dans le même com­bat, avec les mêmes convic­tions, avec le même amour de l’Église.

Avant-​hier, j’ai confé­ré l’ordination sacer­do­tale à deux membres de la Fraternité du dis­trict d’Allemagne, ce qui porte donc les ordi­na­tions cette année à quinze.

Nous espé­rons, avec la grâce de Dieu, qu’à mesure que les années avan­ce­ront, le nombre ira en crois­sant, puisque nos sémi­naires, par­ti­cu­liè­re­ment les sémi­naires d’Allemagne et des États-​Unis vont nous four­nir main­te­nant les fruits du tra­vail qui a été fait au cours des années précédentes.

La pre­mière ordi­na­tion, de Ridgefield en Amérique aura lieu l’année pro­chaine, avec trois nou­veaux prêtres. Nous com­men­çons à recueillir le fruit du tra­vail qui a été accom­pli là-​bas, dans ce sémi­naire amé­ri­cain. Et il en est déjà de même du sémi­naire de Zaitzkofen en Allemagne, mais le nombre, avec la grâce de Dieu, ira croissant.

Nous devons prier pour que le Bon Dieu bénisse ces sémi­naires, fasse en sorte que ceux qui se pré­parent à deve­nir prêtre reçoivent vrai­ment en abon­dance les grâces dont ils ont besoin.

Mes chers amis, vous qui dans quelques ins­tants allez être ordon­nés prêtres, vous com­pre­nez je suis sûr aujourd’hui plus que jamais que cette ordi­na­tion va vous situer au cœur même de l’œuvre de la Rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Par son Sacrifice, Notre Seigneur s’engageait en quelque sorte – par son Sacrifice de la Croix – à faire des prêtres, à faire par­ta­ger son sacer­doce éter­nel à ceux qu’il aurait choi­sis pour conti­nuer son Sacrifice, source des grâces de la Rédemption. Car c’est la grande œuvre de Dieu. C’est pour la Rédemption que Dieu a tout créé, qu’il a tout fait. C’est Sa grande œuvre de cha­ri­té et tout ce qui sort de Dieu est charité.

Il a vou­lu nous divi­ni­ser, nous com­mu­ni­quer cette cha­ri­té immense dont Il brûle depuis l’éternité. Il a vou­lu nous la com­mu­ni­quer et Il nous l’a com­mu­ni­quée par une mani­fes­ta­tion extra­or­di­naire, par sa Croix, par la mort d’un Dieu, par son Sang répan­du. Et Il a vou­lu que des hommes choi­sis par Lui conti­nuent son Sacrifice afin de don­ner la vie divine aux âmes, de les gué­rir de leurs fautes, de leurs péchés et de leur com­mu­ni­quer sa propre vie, afin qu’un jour, cette vie nous glo­ri­fie et que nous soyons glo­ri­fiés avec Dieu dans l’éternité.

Voilà l’œuvre de Dieu. Et c’est pour cela qu’Il a tout créé, tout ce que nous voyons, tout ce monde qu’il a fait, Il l’a fait pour la Croix. Il l’a fait pour la rédemp­tion des âmes ; Il l’a fait pour le Saint Sacrifice de la messe ; Il l’a fait pour les prêtres ; Il l’a fait pour que les âmes puissent s’unir à Lui, par­ti­cu­liè­re­ment comme Victime, dans la Sainte Eucharistie. Et Il se com­mu­nique à nous comme Victime, afin que nous offrions aus­si nos vies avec la sienne et que nous par­ti­ci­pions ain­si, non seule­ment à notre Rédemption mais à la Rédemption des âmes.

Ce plan de Dieu, cette pen­sée de Dieu qui a réa­li­sé le monde est une chose extra­or­di­naire. Nous sommes stu­pé­faits devant ce grand mys­tère que le Bon Dieu a réa­li­sé ici-​bas. Et pré­ci­sé­ment parce que le Sacrifice de Notre Seigneur est au cœur de l’Église, au cœur de notre salut, au cœur de nos âmes, tout ce qui touche le Saint Sacrifice de la messe, nous touche pro­fon­dé­ment, nous touche cha­cun d’entre nous personnellement.

Parce que nous devons par­ti­ci­per à ce Sacrifice pour le salut de nos âmes. Parce que nous devons rece­voir le Sang de Jésus par le bap­tême et par tous les sacre­ments et par­ti­cu­liè­re­ment par le sacre­ment de l’Eucharistie, pour sau­ver nos âmes.

Et c’est pour­quoi, nous sommes si atta­ché au Saint Sacrifice de la messe et que dès lors que l’on veut y tou­cher pour le rendre soi-​disant plus accep­table à ceux qui n’ont pas notre foi ; à ceux qui n’ont pas la foi catho­lique ; tous ces chan­ge­ments qui ont été intro­duits ces der­nières années, dans ce qu’il y a de plus pré­cieux dans la Sainte Église, dans les réformes litur­giques, ces chan­ge­ments qui ont été opé­rés, l’ont été, pour soi-​disant nous rap­pro­cher de nos frères sépa­rés, c’est-à-dire de ceux qui n’ont pas notre foi.

Alors notre cœur a tremblé.

Nos intel­li­gences aus­si et notre foi s’est émue et nous nous sommes deman­dé : Mais est-​il pos­sible que l’on puisse réduire cette réa­li­té la plus grande, la plus mys­tique, la plus belle, la plus divine de notre Sainte Église, la Sainte Église catho­lique et romaine, la dimi­nuer de telle sorte qu’elle soit mise à la dis­po­si­tion des héré­tiques. Nous n’avons pas compris.

Et dans cette émo­tion, nous nous sommes deman­dé vrai­ment com­ment des clercs qui se sont intro­duits dans l’Église, ayant des idées qui ne sont pas celles de l’Église, n’étant pas mus vrai­ment par l’Esprit Saint, n’étant pas rem­plis vrai­ment de l’esprit de véri­té, mais de l’esprit de l’erreur ; ont pu mon­ter jusqu’au plus haut som­met de l’Église et nous don­ner ces réformes qui détruisent l’Église. Quel mys­tère ! Comment est-​ce pos­sible ? Comment le Bon Dieu a‑t-​il pu per­mettre cela ? Comment Notre Seigneur qui avait fait toutes ces pro­messes à Pierre et à ses suc­ces­seurs et à l’Église et à tous les suc­ces­seurs des apôtres, com­ment cette réa­li­té a pu se trou­ver devant nos yeux, à notre époque.

Jamais peut-​être des fidèles au cours de leur exis­tence, n’ont eu ce pro­blème à se poser ; bien­heu­reux les fidèles qui ont vécu avant nous et qui n’ont pas eu ces pro­blèmes à se poser et à résoudre.

Alors, en quelques mots, je vou­drais essayer d’éclairer un peu vos esprits sur ce qui me semble devoir être notre ligne de conduite dans ces évé­ne­ments si dou­lou­reux qui inter­viennent dans la Sainte Église. Il me semble que l’on peut com­pa­rer cette Passion que souffre l’Église aujourd’hui à la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Voyez com­bien ont été stu­pé­faits les apôtres eux-​mêmes, devant Notre Seigneur ligo­té, ayant reçu ce bai­ser de la tra­hi­son de Judas, Il est emme­né ; on L’affuble d’une robe écar­late ; on se moque de Lui ; on Le frappe ; on Le charge de la Croix et les apôtres s’enfuient. Les apôtres sont scan­da­li­sés. Ce n’est pas pos­sible. Ce n’est pas pos­sible que Celui que Pierre a pro­cla­mé : « Tu es le Christ, le Fils de Dieu », en soit réduit à cette indi­gence, à cette humi­li­té, à cette ava­nie. Ce n’est pas pos­sible. Ils Le fuient.

Seule la Vierge Marie avec saint Jean et quelques femmes entourent Notre Seigneur. Eux ont gar­dé la foi. Ils ne veulent pas aban­don­ner Notre Seigneur. Ils savent que Notre Seigneur est Dieu ; mais ils savent aus­si qu’il est homme. Et c’est pré­ci­sé­ment cette union de la divi­ni­té et de l’humanité de Notre Seigneur qui a posé des pro­blèmes extra­or­di­naires. Car Notre Seigneur n’a pas seule­ment vou­lu être un homme. Il a vou­lu être un homme comme nous, avec toutes les consé­quences du péché, mais sans péché, hor­mis le péché. Mais Il a vou­lu en subir toutes les consé­quences, la dou­leur, la fatigue, la souf­france, la faim, la soif, la mort, jusqu’à la mort.

Oui Notre Seigneur a réa­li­sé cette chose extra­or­di­naire qui a scan­da­li­sé les apôtres, avant de scan­da­li­ser bien d’autres qui se sont sépa­rés de Notre Seigneur, ou qui n’ont plus cru à la divi­ni­té de Notre Seigneur. Tout au cours de l’Histoire de l’Église, on voit de ces âmes qui, éton­nées devant la fai­blesse de Notre Seigneur, n’ont pas cru qu’il était Dieu.

Et c’est le cas d’Arius. Arius a dit : « Non, ce n’est pas pos­sible, cet homme ne peut pas être Dieu. Sans doute c’est un sur­homme ; c’est le premier-​né ; mais ce n’est pas Dieu, puisqu’il a dit qu’il était moindre que son Père ; que son Père est plus grand que Lui. Il est donc plus petit que son Père ; Il n’est donc pas Dieu ».

Et puis. Il a pro­non­cé ces paroles si sur­pre­nantes : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». Comment Celui qui avait la vision béa­ti­fique, qui voyait Dieu dans son âme humaine et donc qui était beau­coup plus glo­rieux qu’infirme, beau­coup plus éter­nel que tem­po­rel, son âme était déjà dans l’éternité bien­heu­reuse. Et le voi­ci qui souffre et qui dit : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». Et qui pro­nonce ces paroles stu­pé­fiantes que jamais nous-​mêmes nous n’aurions ima­gi­né mettre sur les lèvres de Notre Seigneur : « Seigneur, Seigneur, pour­quoi m’avez-vous abandonné ».

Mais com­ment Notre Seigneur Dieu Lui-​même peut-​Il dire cela ? Pourquoi m’avez-vous aban­don­né ? Alors le scan­dale, le scan­dale hélas se répand par­mi les âmes faibles et Arius entraîne presque l’Église tout entière à dire : « Non, cette Personne, ce n’est pas Dieu ».

Alors, d’autres au contraire réagi­ront et diront : « Mais peut-​être que tout ce que Notre Seigneur a subi, ce Sang qui coule, ces bles­sures, cette Croix, tout cela c’est de l’imagination. En fait ce sont des phé­no­mènes exté­rieurs qui se sont pas­sés, mais qui n’étaient pas réels, un peu comme l’archange Raphaël, lorsqu’il a accom­pa­gné Tobie et dit ensuite à Tobie : « Tobie vous croyiez que je man­geais lorsque je pre­nais de la nour­ri­ture, mais non, je me nour­ris d’une nour­ri­ture spirituelle ». »

Ainsi l’archange Raphaël n’avait pas un corps comme celui de Notre Seigneur Jésus-​Christ ; il n’était pas né dans le sein d’une mère ter­restre comme Notre Seigneur naît de la Vierge Marie. Alors peut-​être Notre Seigneur était-​il un phé­no­mène comme celui-​là et que sem­blant man­ger. Il ne man­geait pas, sem­blant souf­frir, Il ne souf­frait pas. Et alors ce furent ceux qui nièrent la nature humaine de Notre Seigneur Jésus-​Christ, les mono­phy­sites, les mono­thé­listes qui nièrent la nature et la volon­té humaines de Notre Seigneur Jésus-​Christ, tout était Dieu en lui et tout ce qui s’est pas­sé n’étaient que des appa­rences. Voyez les consé­quences de ceux qui se scan­da­lisent de la réa­li­té, de la vérité.

Alors, je ferai une com­pa­rai­son avec l’Église d’aujourd’hui. Aujourd’hui, nous sommes scan­da­li­sé – oui, vrai­ment scan­da­li­sé – de la situa­tion de l’Église. Nous pen­sions que l’Église était vrai­ment divine et qu’elle ne pou­vait jamais se trom­per, qu’elle ne pou­vait jamais nous tromper.

Oui, c’est vrai, l’Église est divine ; l’Église ne peut pas perdre la Vérité ; l’Église gar­de­ra tou­jours la Vérité éter­nelle. Mais elle est humaine aus­si – l’Église est humaine – et bien plus humaine que Notre Seigneur Jésus-​Christ !Notre Seigneur ne pou­vait pas pécher. Il était le Saint, le Juste par excel­lence. Mais l’Église, si elle est divine, et vrai­ment divine, elle nous porte toutes les choses de Dieu et par­ti­cu­liè­re­ment la Sainte Eucharistie, des choses éter­nelles qui ne pour­ront jamais chan­ger, qui feront la gloire de nos âmes dans le Ciel. Oui, l’Église est divine, mais elle est humaine. Elle est sup­por­tée par des hommes qui peuvent être pécheurs ; qui sont des pécheurs et qui, si ils par­ti­cipent dans une cer­taine manière à la divi­ni­té de l’Église, dans une cer­taine mesure, comme le pape par exemple par le cha­risme de l’infaillibilité par­ti­cipe à la divi­ni­té de l’Église, mais cepen­dant il reste un homme, il reste pécheur. Et en dehors des cas où il use de son cha­risme de l’infaillibilité, il peut errer, il peut pécher.

Alors pour­quoi nous scan­da­li­ser et dire comme cer­tains à l’image d’Arius – dire alors – il n’est pas pape. Alors ce n’est pas un pape. Comme Arius disait ce n’est pas Dieu, ce n’est pas vrai. Notre Seigneur ne peut pas être Dieu. Alors nous serons ten­tés aus­si de dire : « Ce n’est pas pos­sible, il ne peut pas être pape en fai­sant ce qu’il fait ».

Et comme d’autres, au contraire, qui divi­ni­se­raient l’Église à tel point que tout serait par­fait dans l’Église, et que tout étant par­fait dans l’Église, il n’est pas ques­tion, pour nous de faire quoi que ce soit qui puisse s’opposer à quelque chose qui nous vienne de Rome ; parce que tout est divin à Rome et que nous devons tout accep­ter ce qui vient de Rome, font comme ceux qui disent aus­si que Notre Seigneur était tel­le­ment Dieu, qu’il n’était pas pos­sible qu’il souffre, que c’étaient des appa­rences de souf­frances, mais qu’en réa­li­té Il ne souf­frait pas ; qu’en réa­li­té son Sang n’a pas cou­lé ; que c’étaient des appa­rences que nous avions dans nos yeux, que c’étaient des appa­rences qui étaient dans les yeux de ceux qui étaient autour de Lui, mais que ce n’était pas une réalité.

Alors il en est de même de cer­tains aujourd’hui qui suivent, en disant – non – rien ne peut être humain dans l’Église, rien ne peut être impar­fait dans l’Église.

Ils se trompent aus­si. Ils ne suivent pas la réa­li­té des choses. Et alors jusqu’où peut aller l’imperfection dans l’Église ? Jusqu’où peut mon­ter – je dirai – le péché dans l’Église, le péché dans l’intelligence, le péché dans l’âme, le péché dans le cœur et dans la volonté.

Eh bien ce sont les faits qui nous le montrent. De même que je vous disais tout à l’heure, nous n’aurions jamais osé mettre sur les lèvres de Notre Seigneur cette parole : « Mon Dieu, mon Dieu, pour­quoi m’avez-vous aban­don­né ? » Jamais nous n’aurions osé mettre une parole comme celle-​là sur Ses lèvres. Eh bien jamais non plus, nous n’aurions pen­sé que le mal, que l’erreur pou­vaient péné­trer ain­si à l’intérieur de l’Église.

Eh bien, nous vivons cette époque. Nous ne pou­vons pas fer­mer les yeux. Les choses sont là devant nous, elles ne dépendent pas de nous. Nous sommes témoins de ce qui se passe dans l’Église. De ce qui s’est pas­sé d’effrayant depuis le concile, de ces ruines qui s’accumulent de jour en jour ; d’année en année dans la Sainte Église. Et plus nous avan­çons et plus les erreurs se répandent et plus les fidèles perdent la foi catholique.

Une enquête faite récem­ment en France, disait que pra­ti­que­ment on peut pen­ser qu’il n’y a plus que deux mil­lions de catho­liques fran­çais qui sont encore vrai­ment catholiques.

Alors nous allons à la fin. Tout le monde tom­be­ra dans l’hérésie ; tout le monde tom­be­ra dans l’erreur, parce que des clercs – comme le disait saint Pie X – se sont intro­duits à l’intérieur de l’Église et ont occu­pé l’Église et ont répan­du les erreurs à la faveur de l’autorité qu’ils occupent dans l’Église.

Alors sommes-​nous obli­gé de suivre l’erreur parce qu’elle nous vient par voie d’autorité ? Pas plus que nous ne devons obéir à des parents qui sont indignes et qui nous demandent de faire des choses indignes ; pas plus que nous ne devons obéir à ceux qui nous demandent d’abandonner notre foi et d’abandonner toute la tra­di­tion. Il n’en est pas question !

Oh certes, c’est un grand mys­tère. Grand mys­tère de cette union de la divi­ni­té avec l’humanité. L’Église est divine, l’Église est humaine. Jusqu’où les défauts de l’humanité peuvent – je dirai – presque atteindre la divi­ni­té de l’Église – Dieu seul le sait – c’est un grand mystère.

Mais nous, nous consta­tons les faits. Et nous devons nous pla­cer devant ces faits et ne jamais aban­don­ner l’Église, l’Église catho­lique et romaine, ne jamais l’abandonner. Ne jamais aban­don­ner le suc­ces­seur de Pierre, parce que c’est par lui que nous sommes rat­ta­chés à Notre Seigneur Jésus-​Christ, à l’évêque de Rome, suc­ces­seur de Pierre.

Mais si par mal­heur, entraî­né par je ne sais quel esprit ou quelle for­ma­tion, ou quelle pres­sion qu’il subit, par négli­gence, il nous laisse et il nous entraîne dans des che­mins qui nous font perdre la foi, eh bien nous ne devons pas le suivre tout en recon­nais­sant cepen­dant qu’il est Pierre et que s’il parle avec le cha­risme de l’infaillibilité, nous devons accep­ter. Mais lorsqu’il ne parle pas avec le cha­risme de l’infaillibilité, il peut très bien se trom­per. Hélas, ce n’est pas la pre­mière fois que cela arrive dans l’Histoire.

Peut-​être à ce niveau et à ce degré, c’est la pre­mière fois que nous consta­tons une chose pareille dans l’Histoire, alors nous sommes vrai­ment pro­fon­dé­ment trou­blé, pro­fon­dé­ment mor­ti­fié, nous qui aimions tant la Sainte Église, qui l’avons véné­rée et la véné­rons tou­jours. Et c’est bien pour cela que ce sémi­naire existe par amour de l’Église, catho­lique, romaine et que tous ces sémi­naires existent, nous sommes pro­fon­dé­ment meur­tri dans l’amour de notre Mère de pen­ser que ses ser­vi­teurs – hélas – ne la servent plus ou la des­servent même.

Alors nous devons prier, nous devons nous sacri­fier, nous devons res­ter comme Marie au pied de la Croix, ne pas aban­don­ner Notre Seigneur Jésus-​Christ, même s’il paraît comme dit l’Écriture : « Il était comme un lépreux sur la Croix ». Eh bien, la Vierge Marie avait la foi et elle voyait der­rière ces plaies, der­rière ce cœur trans­per­cé, elle voyait Dieu, son divin Fils.

Eh bien, nous aus­si, à tra­vers les plaies de l’Église, à tra­vers les dif­fi­cul­tés que nous subis­sons, à tra­vers la per­sé­cu­tion que nous subis­sons même de ceux qui ont une auto­ri­té dans l’Église, n’abandonnons pas l’Église.

Aimons notre Mère la Sainte Église, servons-​la tou­jours, mal­gré les auto­ri­tés s’il le faut, s’ils nous per­sé­cutent, eh bien mal­gré ces auto­ri­tés qui nous per­sé­cutent à tort, nous conti­nuons notre voie, nous conti­nuons notre che­min. Nous vou­lons main­te­nir la Sainte Église catho­lique et romaine. Nous vou­lons la conti­nuer et nous la conti­nue­rons par le sacer­doce, par le sacer­doce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par la vrai sacri­fice de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par les vrais sacre­ments de Notre Seigneur Jésus-​Christ, par son vrai catéchisme.

C’est pour­quoi, mes chers amis, aujourd’hui, voyez, comme je l’ai été ordon­né moi-​même, et comme ici tous les confrères qui sont d’un cer­tain âge ont été ordon­nés éga­le­ment, ont tous été ordon­nés dans la Sainte Messe tra­di­tion­nelle de tou­jours, ils ont reçu le pou­voir de célé­brer la Sainte Messe et le Saint Sacrifice dans ce rite romain de tou­jours. Rappelez-​vous cela : J’ai été ordon­né dans ce rite et je ne veux pas le quit­ter ; je ne veux pas l’abandonner, c’est la messe dans laquelle j’ai été ordon­né et dans laquelle je dois conti­nuer de vivre. Et c’est vrai­ment la messe de l’Église catho­lique romaine.

Alors soyez fidèles, fidèles à votre Saint Sacrifice de la messe qui vous donne tant et tant de conso­la­tions, tant de joie, tant de sou­tien dans vos dif­fi­cul­tés, dans vos épreuves, dans les per­sé­cu­tions que vous ris­quez de subir, vous trou­ve­rez la force de subir avec Notre Seigneur Jésus-​Christ toutes ces ava­nies ; vous le trou­ve­rez dans la Saint Sacrifice de la messe.

Et don­nant vrai­ment Notre Seigneur Jésus-​Christ dans son Sang, dans son Corps, dans son Âme, dans sa Divinité, aux fidèles, vous don­ne­rez aus­si aux fidèles le cou­rage de conti­nuer à suivre l’Église dans sa tra­di­tion et à se confor­mer à tous les exemples des saints qui les ont pré­cé­dés, qui nous ont pré­cé­dés, tous ceux qui ont et cano­ni­sés, béa­ti­fiés, mon­trés comme exemple de Sainteté dans la Sainte Église, ceux-​là conti­nue­ront d’être nos modèles.

Que la Vierge Marie en par­ti­cu­lier soit notre modèle. Demandons-​lui aujourd’hui de faire de vous, mes chers amis, de saints Prêtres, des prêtres comme elle les désire. Et cer­tai­ne­ment si vous l’invoquez au cours de votre vie, elle vous pro­té­ge­ra et fera de vous des prêtres selon le cœur de Notre Seigneur Jésus-​Christ son, divin Fils.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.