Sermon de Mgr Lefebvre – Pâques – 10 avril 1977

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Au cours des jour­nées qui ont pré­cé­dé cette fête de la Pâque, ce n’est pas sans émo­tion que nous avons sui­vi Notre Seigneur. Nous avons sui­vi Notre Seigneur à la sainte Cène, lorsqu’Il consa­crait ses apôtres et en fai­sait des prêtres pour l’éternité. Nous l’avons sui­vi au Jardin des oli­viers ; nous l’avons sui­vi encore sur le che­min du Calvaire.

Et comme le dit saint Augustin dans l’une des leçons que nous lisons au cours de ces saintes Journées. Notre Seigneur s’est pré­sen­té au cours de ces jour­nées, comme homme. C’est vrai­ment un homme qui a sué du sang et de l’eau ; c’est vrai­ment un homme qui a été fla­gel­lé ; c’est un homme qui a été pré­sen­té aux juifs : Ecce homo : « Voici l’homme ». C’est encore un homme qui a été cru­ci­fié, dont le cœur a été percé.

Et c’est pour­quoi ceux qui L’ont cru­ci­fié, rica­naient en face de la Croix où Il était sus­pen­du, en disant : « Si tu es le Fils de Dieu, des­cend donc de la Croix et nous croi­rons en toi ».

Ô les misé­rables ! Ils connais­saient pour­tant, eux, soi-​disant du moins, les Écritures. Ils devaient savoir que lorsque le Messie serait sur terre, il serait cru­ci­fié. Tout cela avait été pré­dit dans les Écritures : son cœur serait trans­per­cé ; Il ver­se­rait son Sang pour la Rédemption des péchés. Mais que, trois jours après. Il res­sus­ci­te­rait par sa propre force, par sa Toute-​Puissance. Comme l’a dit Notre Seigneur : « Je dépose mon âme volon­tai­re­ment et je la reprendrai ».

Et voi­ci que après ces jour­nées, au cours des­quelles d’ailleurs, beau­coup de ses dis­ciples, de ses apôtres, l’ont aban­don­né, ont fui, ont eu peur, voi­ci que tout à coup, Il mani­feste sa divi­ni­té. Et d’une manière ful­gu­rante. C’est dans toute sa splen­deur que Notre Seigneur sort du tom­beau. À tel point que les gardes sont ter­ras­sés par la splen­deur qui sort du tom­beau avec le Corps de Notre Seigneur plus éblouis­sant que le soleil.

Ah, nous aurions bien vou­lu être pré­sents à cet évé­ne­ment ! Comme nous aurions vou­lu pou­voir suivre de nos yeux ce qu’ont pu voir ceux qui ont appro­ché Notre Seigneur dans ces moments.

Et voi­ci que devant cet évé­ne­ment, évé­ne­ment unique dans l’histoire de l’humanité, nous devons choi­sir : Ou nous croyons qu’un homme-​Dieu est res­sus­ci­té et par consé­quent qu’il a mani­fes­té sa divi­ni­té, ou nous le refusons.

Eh bien, mes bien chers frères, nous avons choi­si. Nous l’avons dit au cours de cette nuit de Pâques, lorsque nous avons renou­ve­lé les pro­messes de notre bap­tême. On nous a demandé :

- Croyez-​vous en Notre Seigneur qui est res­sus­ci­té et qui est mon­té au Ciel ?

- Nous croyons.

Nous avons répé­té ce que nos par­rain et mar­raine ont dit pour nous, au jour de notre bap­tême et nous l’avons fat consciem­ment. Mais avons-​nous son­gé que cette pro­fes­sion de foi que nous avons répé­tée au cours de cette nuit, nous engage, comme elle nous a enga­gés au jour de notre bap­tême et qu’elle a des consé­quences très graves, très importantes ?

Car si nous croyons que Notre Seigneur est Dieu, que c’est vrai­ment Notre Seigneur Jésus-​Christ, le Dieu Tout-​Puissant, Celui par qui tout a été fait, qui est res­sus­ci­té le jour de Pâques, alors nous devons Le suivre, nous devons lui obéir.

Comme l’ont fait les juifs, lorsque les apôtres leur ont rap­pe­lé qu’ils avaient cru­ci­fié Notre Seigneur et que les juifs deman­daient aux apôtres : « Mais alors, que devons-​nous faire ? » Que devons-​nous faire ? Et les apôtres leur ont dit : « Vous devez faire péni­tence et rece­voir le baptême ».

Faire péni­tence et rece­voir le bap­tême. Eh oui, désor­mais, plus aucun homme, aucune âme sur terre ne pour­ra être sau­vé, ne pour­ra aller au Ciel, ne pour­ra atteindre le but pour lequel il a été créé, sans rece­voir le bap­tême catholique.

Eh oui, cela est logique, car il faut que le bap­tême pro­duise la sainte grâce. Il faut que ce bap­tême donne la grâce. Qu’est-ce que la grâce ? La grâce n’est pas autre chose que notre par­ti­ci­pa­tion à la nature de Notre Seigneur Jésus-​Christ, à sa nature divine. Par le bap­tême nous deve­nons par­ti­ci­pants à la nature de Notre Seigneur Jésus-​Christ, à sa nature divine. Et nous avons besoin de cette appar­te­nance pour entrer au Ciel.

Nous ne pou­vons plus rien faire, sans Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il est le seul inter­mé­diaire. Nous ne pou­vons plus accom­plir une seule action qui soit méri­toire, si nous ne sommes pas avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Voilà les consé­quences de la Résurrection. Car il n’y a eu qu’un seul homme qui a pu dire qu’il avait res­sus­ci­té par ses propres forces ; qu’il avait dépo­sé son âme et qu’il l’avait reprise. Il n’y a que l’auteur de la vie et de la mort qui est capable de dire une chose sem­blable, par consé­quent Dieu Lui-même.

Si vrai­ment, c’est Dieu qui est res­sus­ci­té, les hommes ne peuvent pas être indif­fé­rents à la venue de Dieu qui est res­sus­ci­té par­mi eux et qui leur dit : « Vous ne pou­vez plus rien faire sans moi ». Ceci est très grave.

Et si nous jetons un regard sur ces vingt siècles qui ont sui­vi la résur­rec­tion de Notre Seigneur Jésus-​Christ, nous sommes obli­gés de consta­ter que l’humanité s’est divisée.

Il y a ceux qui croient en Notre Seigneur Jésus-​Christ et il y a ceux qui ne croient pas. Et Notre Seigneur l’a dit Lui-​même : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Oui, parce que nous avons le devoir de croire à Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est un devoir strict et un devoir qui a pour consé­quence de nous don­ner la vie éter­nelle ou de nous l’enlever pour toujours.

Or nous voyons au cours de l’histoire, que c’est pré­ci­sé­ment autour de la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ et sur la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, que les hommes se sont divi­sés. Déjà dans les débuts de l’ère chré­tienne, avec Arius, avec Nestorius, avec Eutychès, avec Pelage, toutes ces erreurs qui ont ger­mé dans les débuts de la chré­tien­té, sont toutes à pro­pos de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Ou bien on n’en fait qu’un Dieu, il n’est pas homme ; ou bien on n’en fait qu’un homme. On veut le réduire à un homme pure­ment et sim­ple­ment. On veut divi­ser Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et tout cela, tou­jours, pour échap­per à sa loi, pour ne plus lui obéir, pour être libé­ré de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Parce que si nous croyons que Notre Seigneur Jésus-​Christ est Dieu, alors nous devons obéir à sa loi, au Décalogue qu’il nous a don­né. Nous devons obéir à notre foi, qui nous oblige à réci­ter notre Credo. Nous devons obéir aus­si à toute l’Église, qu’il a ins­ti­tuée et par laquelle Il nous donne le Saint Sacrifice de la messe et les sacre­ments. Tout cela nous engage et nous voyons qu’après toutes ces erreurs des débuts de la chré­tien­té, la lutte contre Notre Seigneur Jésus-​Christ s’est déve­lop­pée sous le pré­texte d’humanisme au moment de la Renaissance qui a pro­duit le pro­tes­tan­tisme, qui, en défi­ni­tive, a vou­lu se libé­rer de la reli­gion chré­tienne, par le libre exa­men de la Sainte Écriture, que cha­cun pense ce qu’il croit devoir pen­ser lorsqu’il lit la Sainte Écriture ; se libé­rer de la Sainte Église de Dieu.

Et plus nous avan­çons et plus nous voyons que les hommes veulent se sépa­rer de Notre Seigneur Jésus-​Christ, jusqu’au moment où il devien­dra une chose nor­male, que les socié­tés, que les familles ne soient plus chré­tiennes, n’acceptent plus Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et sur­tout la socié­té, que la socié­té ne soit plus chré­tienne ; quelle n’obéisse plus à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et pour­tant tout est entre ses mains. Rien n’échappera à Notre Seigneur Jésus-​Christ au jour du Jugement. Ni les princes, ni les rois, ni les empe­reurs ; ni tous ceux qui ont été les princes des nations, de ce temps et de cette terre, n’échapperont à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et c’est pour­quoi nous devons remettre en hon­neur, la sou­mis­sion que nous devons avoir en Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est Lui qui doit régner en nous, en nos per­sonnes, dans nos âmes, dans nos volon­tés : Il est le Roi. Il est notre Roi, parce qu’il a gagné son royaume par sa Croix et par sa Résurrection. Il est le Roi de nos familles. Nous devons tou­jours intro­ni­ser Notre Seigneur Jésus-​Christ dans nos familles. C’est Lui le Roi de nos familles. C’est Lui qui a créé les parents, les enfants. Et c’est Lui qui les a rache­tés par son Sang.

Dans nos cités, nos cités ont été créées par Notre Seigneur. Toute la socié­té a été créée par Notre Seigneur. Les socié­tés sont des créa­tures, car en défi­ni­tive, la socié­té civile est une créa­ture de Dieu, comme la famille est une créa­ture de Dieu ; elle doit aus­si l’obéissance à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Or qu’entend-on dire aujourd’hui ? Et sur­tout par­ti­cu­liè­re­ment depuis le der­nier concile ? On veut faire échap­per pré­ci­sé­ment toute la socié­té au règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et l’on vou­drait esti­mer, comme étant de même valeur, toutes les reli­gions. Et par consé­quent mettre sur le même pied les auteurs des dif­fé­rentes reli­gions. Eh bien cela nous ne le pou­vons pas. Parce que seul Notre Seigneur Jésus-​Christ est res­sus­ci­té : seul Il est Dieu !

Et nous devons tout faire pour que ceux qui ne croient pas viennent à notre croyance, viennent à notre foi. Que nous ayons un esprit mis­sion­naire. Que si vrai­ment nous croyons que Notre Seigneur Jésus-​Christ est Dieu, nous devons le prê­cher par­tout et essayer d’instaurer son règne partout.

On nous dira : ce n’est pas pos­sible à notre époque. Et nous savons bien que le règne de Notre Seigneur ne sera jamais par­fait. Mais nous devons y tendre. Nous non plus nous n’arriverons pro­ba­ble­ment pas à être tous des saints. Nous aurons tou­jours des défauts, des ten­dances au péché. Est-​ce que c’est pour cela que nous ne devons pas faire d’efforts pour le deve­nir ? Ce n’est pas parce que nous avons de la dif­fi­cul­té d’atteindre notre sanc­ti­fi­ca­tion, que nous devons dire : il est inutile de la rechercher.

Mais c’est la même chose ici dans ce monde. Même si nous avons de grandes dif­fi­cul­tés à faire par­ve­nir le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans nos socié­tés, ce n’est pas une rai­son pour ne pas recher­cher son règne. Car c’est le salut des âmes, des âmes qui, par tous les scan­dales du monde se perdent. Or, on se demande aujourd’hui : Où est le monde ?

Lorsque l’on nous dit : Les pro­tes­tants sont nos frères sépa­rés. Lorsque l’on dit aux catho­liques : Vous pou­vez désor­mais faire par­tie de la franc-​maçonnerie ; ce n’est plus exclu et il n’y a plus d’excommunication. Vous pou­vez intro­duire dans vos églises des cha­pelles boud­dhistes ou musul­manes, parce que ces gens ont bien droit à avoir leur reli­gion et à pra­ti­quer leur reli­gion comme ils l’entendent.

Mais où est le monde aujourd’hui ? Si Notre Seigneur était encore pré­sent ici-​bas, qu’aurait-Il dit ? Est-​ce qu’il n’aurait plus pro­non­cé ces paroles : « Le monde me hait et le monde vous haï­ra parce que vous m’aimez, parce que vous croyez en moi ». Où est le monde ? N’existe-t-il plus ? Mais il n’a jamais exis­té autant qu’aujourd’hui ; jamais autant qu’aujourd’hui Satan n’a eu d’influence dans notre monde.

Et toute cette influence est contraire à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et c’est pour­quoi nous devons main­te­nir notre foi en Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous conclu­rons en disant que nous devons être fidèles. La fidé­li­té doit être l’apanage des vrais catho­liques. D’ailleurs on nous appelle : les fidèles. Nous sommes fidèles. Si nous sommes fidèles, nous devons pra­ti­quer la fidé­li­té. Qu’est-ce que la fidé­li­té ? Sinon main­te­nir nos enga­ge­ments, main­te­nir notre foi, dans ce qui a été – ce qui s’est pas­sé – la fidé­li­té com­prend le pas­sé, en elle. Il ne peut y avoir une fidé­li­té sans quelque chose qui ait déjà été dit ou qui est déjà conclu. On est fidèle à sa parole, on est fidèle à sa foi. Alors nous vou­lons être fidèles à notre foi, à la foi de toujours.

On ne peut pas chan­ger notre foi. Et nous croyons bien qu’aujourd’hui, comme au temps de Notre Seigneur et comme depuis 2.000 ans, Satan et le monde sont déchaî­nés contre Notre Seigneur Jésus-​Christ ; contre ceux qui croient à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et hélas, aujourd’hui nous le voyons dans l’Église elle-​même, non plus en dehors de l’Église, mais à l’intérieur même de l’Église. On limite le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ. On ne veut plus que Notre Seigneur Jésus-​Christ règne par­tout, en toutes les âmes et de toutes les manières, dans tous les domaines.

Tu nobis vic­tor Rex mise­rere : Ô notre Roi vain­queur, ayez pitié de nous. Oui, qu’il ait pitié de nous et qu’il nous aide à être fidèles. Fidèles dans tout ce qu’il nous a don­né dans notre sainte Religion. Fidèles à la Sainte Église, fidèles au Souverain Pontife, suc­ces­seur de Pierre ; fidèles au Saint Sacrifice de la messe ; fidèles aux sacre­ments ; fidèles à notre foi, à notre Credo, fidèles au Décalogue – dont on vou­drait sup­pri­mer cer­tains articles aujourd’hui.

Eh bien , nous pro­met­tons aujourd’hui, n’est-ce pas mes bien chers frères, d’être fidèles à ce que l’Église nous a tou­jours ensei­gné et de trans­mettre aux géné­ra­tions futures la foi qui nous a été don­née par nos parents, qui nous a été don­née par nos prêtres, qui nous a été don­née par l’Église depuis vingt siècles.

Nous le deman­de­rons à la très Sainte Vierge Marie – Virgo fide­lis – à la Vierge fidèle – elle est res­tée avec Jésus au pied de la Croix, elle ne s’est pas enfuie, elle n’a pas aban­don­né Notre Seigneur.

Alors nous deman­de­rons à la très Sainte Vierge d’être aus­si tou­jours avec elle auprès de Notre Seigneur.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.