Sermon de Mgr Lefebvre – Pâques – 11 avril 1982

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Le Christ est res­sus­ci­té. Nous le croyons de toute notre âme et de tout notre cœur. Et comme le disait le prêtre hier en pla­çant les grains d’encens en forme de Croix sur le cierge pas­cal, nous le répé­tons avec lui aujourd’hui :

Christus heri et hodie : Jésus-​Christ hier et aujourd’hui.

Principium et finis alpha et omé­ga : Jésus-​Christ est le Principe et la fin de toutes choses.

Ipsius sunt tem­po­ra et sæcu­la : À Lui sont tous les temps et tous les siècles.

Ipsius sunt glo­ria et impe­rium per omnia sæcu­la : À Lui la gloire et le pou­voir pen­dant les siècles et pen­dant l’éternité.

Gloriosa vul­ne­ra cus­to­diant nos : Que ses plaies glo­rieuses nous gardent dans la foi.

Vous le savez, mes bien chers frères, aujourd’hui il est mal­heu­reu­se­ment par­mi les catho­liques, un grand nombre qui hésitent sur la réa­li­té de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Notre Seigneur n’aurait pas repris son Corps. Ce Corps qu’il a reçu de la Vierge Marie. Mais ce serait un corps spi­ri­tuel qu’il aurait pris et non pas celui qui a été cru­ci­fié sur la Croix. Or, Notre Seigneur Lui-​même a vou­lu, pour com­battre ces erreurs, qu’il y eut par­mi les apôtres, un incré­dule, saint Thomas, qui n’a pas vou­lu croire à la réa­li­té de la Résurrection de Notre Seigneur. Et alors Notre Seigneur s’est pré­sen­té Lui-​même, lorsque Thomas était pré­sent. Il lui dit : « Thomas voit, pose tes doigts dans mes plaies ».

Douterons-​nous, mes bien chers frères, que Notre Seigneur soit res­sus­ci­té avec le Corps avec lequel Il a été cru­ci­fié et qu’il a reçu de la très Sainte Vierge Marie ? Pour nous, c’est notre foi. Et nous ne vou­lons pas modi­fier cette foi.

Il est clair que cette résur­rec­tion de Notre Seigneur est un argu­ment irré­fu­table de sa divi­ni­té. Le démon qui avait cru en avoir fini avec le règne de Notre Seigneur en Le fai­sant cru­ci­fier sur la Croix, trou­ve­ra main­te­nant d’autres moyens pour essayer d’empêcher que croisse son Corps mys­tique ; que ses membres se mul­ti­plient après l’Ascension.

Et déjà, à peine est-​Il res­sus­ci­té, que les moyens qu’il emploie­ra pen­dant tous les siècles, il les emploie immé­dia­te­ment. Le men­songe par l’argent. On paye­ra les gardes qui ont été témoins de la Résurrection afin qu’ils mentent et qu’ils disent (que) pen­dant qu’ils se repo­saient, pen­dant qu’ils dor­maient, les apôtres sont venus cher­cher le corps de Notre Seigneur. Comme le disait si bien saint Augustin au cours de la Leçon que nous lisions pen­dant les Ténèbres de cette nuit : S’ils dor­maient, com­ment pouvaient-​ils dire qu’ils étaient les témoins que les apôtres étaient venus cher­cher le Corps de Notre Seigneur. Et donc men­songes sur men­songes que les Princes des prêtres ont réus­si à faire dire aux sol­dats, afin de nier la Résurrection de Notre Seigneur. Car évi­dem­ment elle les gênait. Eux qui étaient les ser­vi­teurs de Satan ; eux qui avaient cru aus­si en finir avec Notre Seigneur, eh bien Notre Seigneur est ressuscité.

Et voi­ci bien­tôt vingt siècles que ces faits se sont pas­sés. Dans cin­quante et un ans, on fête­ra le ving­tième siècle de la mort et de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et que s’est-il pas­sé depuis. Eh bien l’humanité s’est divi­sée. Il y a ceux qui sont pour Notre Seigneur Jésus-​Christ ; il y a ceux qui sont contre Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et au cours des siècles on a pu remar­quer, si au cours de cer­taines périodes de l’Histoire chré­tienne, il y a eu une adhé­sion géné­rale, mas­sive pour Notre Seigneur Jésus-​Christ, pro­cla­mant la foi en la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Après les per­sé­cu­tions, à par­tir du règne de Constantin, on peut dire que pen­dant dix siècles la foi chré­tienne s’est répan­due dans le monde. Et que de l’Irlande jusqu’à Bombay, où saint Thomas avait prê­ché l’Évangile, où l’on trouve encore des sou­ve­nirs de l’apôtre saint Thomas, eh bien la foi catho­lique était affir­mée partout.

Mais hélas, Satan, celui qui sème la ziza­nie ne dor­mait pas ! Et vint la Renaissance. La Renaissance qui n’était pas autre chose qu’un retour au paga­nisme, qu’un retour à l’exaltation de l’homme contre Dieu, contre Notre Seigneur. Et c’est alors qu’est né le pro­tes­tan­tisme, refu­sant le magis­tère de l’Église, refu­sant la foi dans la parole de l’Église, reje­tant l’Église en défi­ni­tive, afin de don­ner la place à la rai­son, à la liber­té de cha­cun d’interpréter les Écritures comme il le veut.

Et alors sont venus peu à peu, ceux qui en défi­ni­tive ont créé de toutes pièces un évan­gile sata­nique, contre l’Évangile de Notre Seigneur, avec ses faux prin­cipes. Principes des Droits de l’homme contre les droits de Dieu, prin­cipe de la digni­té humaine sans digni­té chrétienne.

On est digne dans la mesure où l’on est chré­tien. Fausse digni­té humaine par consé­quent, de celle qui serait celle du pécheur, celle de celui qui est dans l’erreur, celle de celui qui recherche le vice et le mal.

Et puis, liber­té : liber­té reli­gieuse, cha­cun a sa propre reli­gion, cha­cun peut croire ce qu’il veut. Il n’y a pas de dif­fé­rence entre l’erreur et la véri­té, pas de dif­fé­rence entre la ver­tu et le vice. Il n’y a plus de dogmes. Il n’y a plus qu’une recherche géné­rale d’une véri­té que l’on ne connaî­tra jamais : Voilà l’évangile de Satan.

Et main­te­nant cet évan­gile s’est répan­du par­tout. Et nous sommes à une époque stu­pé­fiante. Qu’il y ait eu des enne­mis de l’Église, des enne­mis de Notre Seigneur, Notre Seigneur l’avait annon­cé : Le monde me hait et il vous haï­ra, vous mes dis­ciples, ne vous éton­nez pas de cela.

Oui, le monde hait Notre Seigneur et a haï Notre Seigneur. Alors il n’y a en cela rien de sur­pre­nant. Le démon est par­tout ; il cherche à divi­ser l’humanité et à la pous­ser contre Notre Seigneur.

Mais ce qui à notre époque est ren­ver­sant, inouï, qui peut-​être n’a jamais exis­té dans l’Histoire de l’humanité, c’est que ceux qui devraient mani­fes­ter leur foi ; ceux qui devraient affir­mer leur foi dans la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-​Christ, répandent main­te­nant des erreurs, au sujet de cette Résurrection et nous en avons été les témoins, ici à Écône.

Eh bien le 11 novembre 1974, lorsque l’on nous a envoyé des visi­teurs ici-​même, à Écône, eh bien ces envoyés de Rome ont mis en doute la réa­li­té de la Résurrection de Notre Seigneur.

Comment cela est-​il pos­sible ? Nous avons donc été les témoins, de man­da­tés par Rome, de ceux qui étaient venus ici pour voir si nous avions la Vérité ; pour voir si nous gar­dions la foi… Ce sont eux qui cor­rom­paient la foi ! Ce sont eux qui m’ont dit à moi-​même : Mais Monseigneur il ne peut pas être ques­tion de gar­der le céli­bat pour les prêtres. Un jour ou l’autre les prêtres pour­ront se marier. Et ceux-​là étaient les envoyés de Rome !

C’est donc que Satan est entré à l’intérieur de l’Église et que nous nous trou­vons devant une conju­ra­tion comme jamais l’Église n’en a subie.

L’Église subit sa Passion aujourd’hui. Des enne­mis ont péné­tré à l’intérieur et répandent main­te­nant les erreurs. Ce caté­chisme de Satan, ils le répandent par l’intermédiaire de ceux qui devraient prê­cher la Vérité.

Vous avez pu lire ces jours-​ci – si vous lisez le jour­nal Présent – un article de M. Hugues Kéraly, qui dit ouver­te­ment : Les évêques de France ont renié trois fois Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et il avance les faits. Trois fois en effet, publi­que­ment, dans les écrits qu’ils ont répan­dus au milieu des fidèles, les évêques inter­prètent des paroles de l’Écriture, qui affirment expli­ci­te­ment la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Les évêques tra­duisent de telle sorte que l’on ne peut plus recon­naître la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Par exemple lorsque Pilate inter­roge Notre Seigneur et lui dit : Est-​ce qu’il est vrai que tu es Roi ? Tu dicis quia Rex sum ego. Toute la Tradition a tra­duit : « Tu le dis en effet, je suis Roi ». Les évêques tra­duisent : « C’est toi qui dis que je suis Roi ». Ce n’est pas cela que dit Notre Seigneur. Notre Seigneur dit : « Tu le dis je suis Roi », Il affirme sa divi­ni­té. Ce n’est pas une parole de Pilate.

Ainsi des évêques, publi­que­ment, peuvent trans­for­mer des paroles de l’Écriture qui affirment la divi­ni­té de Notre Seigneur en met­tant en quelque sorte en doute, sa divinité.

Et nous voyons des choses stu­pé­fiantes. Vous avez pu lire dans les jour­naux récem­ment, qu’en Angleterre des théo­lo­giens catho­liques et pro­tes­tants et angli­cans, s’étaient réunis afin d’en finir avec la division.

Ah, plût à Dieu que cette divi­sion finisse et que les angli­cans reviennent à l’unité de la foi dans l’Église catho­lique. Oh, c’est ce que nous deman­dons au Bon Dieu tous les jours. Mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit d’une union entre les angli­cans et les catho­liques dont le pape serait le Président d’honneur. Et il leur semble que tout est ter­mi­né désor­mais avec les dif­fi­cul­tés qu’il y a eu au cours des siècles entre les angli­cans et les catholiques.

Y a‑t-​il eu des pro­tes­ta­tions des évêques ?

Et cela a été publié et on a dit qu’après dix ans de tra­vail, désor­mais la ques­tion était réso­lue et que le voyage du pape étant proche on pour­rait pro­cla­mer l’union défi­ni­tive des angli­cans et des catho­liques. L’union de la Vérité et de l’erreur, l’union de la Lumière et des ténèbres, l’union de Déliai et de Dieu ! C’est ce que dit saint Paul. Y a‑t-​il pos­si­bi­li­té d’unir ces choses ?

Nous espé­rons bien que ces choses-​là ne se feront point et qu’elles ne peuvent pas se faire sans détruire la Vérité de l’Église. Là encore, les évêques manquent à leurs devoirs de pas­teurs, de pas­teurs de la Vérité.

Un autre exemple : En Allemagne, par deux fois se sont réunis dans le dio­cèse de Rothenburg, 165 théo­lo­giens – ou soi-​disant théo­lo­giens catho­liques – venant de tous les dio­cèses d’Allemagne. Ils ont fait une réunion au cours de laquelle ils ont dit, ils ont conclu en disant : Désormais nous ne vou­lons plus qu’il y ait de divi­sion entre les catho­liques et les protestants.

Encore une fois plût à Dieu qu’il n’y ait plus de divi­sions entre les catho­liques et les pro­tes­tants, mais que les pro­tes­tants se conver­tissent à la Vérité catho­lique. C’est la seule manière de réa­li­ser l’unité.

Non ! Pour eux, il n’en est pas ain­si. Il concluent : Désormais l’union doit se faire, dans les faits, dans la pra­tique et nous deman­dons que les curés catho­liques puissent deve­nir curés dans les paroisses pro­tes­tantes et que les pas­teurs puissent deve­nir des curés dans les paroisses catholiques.

Personne n’a pro­tes­té ! Aucun évêque n’a pro­tes­té : 165 théo­lo­giens catho­liques venant de tous les dio­cèses d’Allemagne !

Nous sommes vrai­ment à une époque où l’on renie Notre Seigneur ; où l’on ne croit plus à la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, mes bien chers frères, pour nous, pour nous aux­quels le Bon Dieu fait la grâce de gar­der la foi de notre enfance, la foi que nous ont don­née nos parents, la foi pour laquelle sont morts tant de mar­tyrs et pour laquelle souffrent encore tant de per­sonnes der­rière « le rideau de fer », abandonnerons-​nous cette foi ? Non ! Aujourd’hui, en cette fête de Pâques, nous affir­mons de nou­veau avec l’Église de tou­jours, que nous croyons en Jésus res­sus­ci­té ! Qu’il est res­sus­ci­té avec son Corps, avec le Corps avec lequel Il a été cru­ci­fié et que ses plaies glo­rieuses nous gardent dans cette foi, comme le disait l’Église hier.

Nous ver­rons un jour – avec la grâce de Dieu – les plaies glo­rieuses de Notre Seigneur, par les­quelles nous avons été rache­tés ; par les­quelles nous pour­rons par­ti­ci­per à la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors nous ne vou­lons pas nier la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-​Christ, ou la mettre en doute. Et nous deman­de­rons à la Vierge Marie de nous gar­der dans cette foi. Peut-​elle, elle, dire que le Corps avec lequel Notre Seigneur Jésus-​Christ est res­sus­ci­té n’est pas celui qu’elle Lui a donné ?

Peut-​elle pen­ser une chose comme celle-​là. Elle a été le témoin du cru­ci­fie­ment de son Divin Fils ; elle L’a sui­vi jusqu’au tom­beau et elle est bien cer­taine que le Corps qu’il a repris est bien celui-​là, est bien celui qu’elle lui a don­né et qu’elle a tou­jours vu jusqu’à sa Résurrection et jusqu’à son Ascension.

Demandons à la Vierge Marie de nous gar­der dans cette foi, de nous gar­der dans la foi catho­lique, dans la foi de l’Église et de ne pas nous lais­ser entraî­ner par toutes ces erreurs modernes qui nous éloi­gne­raient de Notre Seigneur Jésus-​Christ et qui ris­que­raient de nous sépa­rer de Lui pour toujours.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.