Sermon de Mgr Lefebvre – Pâques ‑15 avril 1979

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,
Mes bien chers amis,

En ce temps de confu­sion de la doc­trine de l’Église, on aurait ten­dance à inter­pré­ter la fête de Pâques comme étant la fête qui apporte une conclu­sion défi­ni­tive au pro­blème de notre salut.

Désormais Notre Seigneur étant res­sus­ci­té, nous a tous emme­nés avec Lui, pour le salut, dans la vie éter­nelle et désor­mais nous n’avons plus de sou­cis à nous faire : Jésus est res­sus­ci­té ; Jésus est au Ciel ; nous sommes avec Lui et nous sommes assu­rés de la vie éternelle.

C’est là une inter­pré­ta­tion qui est très sem­blable à celle des pro­tes­tants et qui n’est pas du tout celle de la doc­trine catho­lique. Certes la fête de Pâques est le som­met de la vie litur­gique, de l’Église ; c’est la grande fête.

Mais essayons de jeter un peu de lumière sur ce que l’Église nous enseigne au sujet de la Pâque.

Et pour cela, il nous suf­fit de nous réfé­rer aux magni­fiques pages du concile de Trente sur le sacre­ment de l’Eucharistie et sur le Saint Sacrifice de la messe. Et éga­le­ment sur tout ce que nous avons appris dans notre caté­chisme et sur toute cette litur­gie qui est celle d’aujourd’hui, que nous chan­tons qui mani­feste notre foi véri­table dans le vrai sens de la Pâque catholique.

Que veut dire Pâque ? Transitas, c’est-à-dire le pas­sage. Si nous fêtons la Pâque, c’est parce que nous fêtons le sou­ve­nir d’un pas­sage. Quel fut ce pas­sage ? Ce fut en effet le pas­sage des Hébreux de la terre d’Égypte à la Terre pro­mise. Passage qui fut mar­qué par des évé­ne­ments qui étaient tous des sym­boles vou­lus par Notre Seigneur, vou­lus par Dieu, pour un pas­sage beau­coup plus impor­tant, beau­coup plus profond.

Le pas­sage des Hébreux fut mar­qué d’abord par un sacri­fice. Tous les Hébreux durent sacri­fier un agneau et mar­quer leur porte du sang de cet agneau. Ils devaient le man­ger debout, un bâton à la main, prêts à par­tir aux ordres de Moïse. Ils sont par­tis, pro­té­gés par Dieu d’une manière abso­lu­ment extra­or­di­naire, mira­cu­leuse. Une nuée lumi­neuse les pré­cé­dait. Dieu vint à leur secours, en leur don­nant la manne dans le désert. Ils eurent donc de la nour­ri­ture ; ils eurent de l’eau en abon­dance, que Dieu tira du rocher. Rien ne leur manqua.

Cependant au cours de ces qua­rante années qu’ils pas­sèrent dans le désert pour se rendre à la Terre pro­mise, beau­coup d’entre eux mani­fes­tèrent une mau­vaise volon­té, mani­fes­tèrent une oppo­si­tion à la volon­té de Dieu, dou­tèrent de ses pro­messes et même Moïse et Aaron.

Si bien que Dieu dit à Moïse et à Aaron qu’ils n’entreraient pas dans la Terre pro­mise, que ce ne serait pas eux qui feraient entrer le peuple d’Israël dans la Terre pro­mise. Ce fut Josué.

Voilà le sym­bole – certes qui s’est ins­crit dans l’Histoire –, mais ce pas­sage était le signe d’un autre pas­sage, d’une autre Pâque.

Cette autre Pâque c’est celle de Notre Seigneur. Cet agneau n’était autre que le sym­bole de Notre Seigneur : « Voici l’Agneau qui enlève les péchés du monde », dit Jean Baptiste : Ecce agnus Dei qui tol­lit pec­ca­ta mundi.

Oui, Notre Seigneur est bien l’Agneau et Il sera sacri­fié et Il choi­si­ra pré­ci­sé­ment le pas­sage des Hébreux de l’Égypte à la Terre pro­mise. C’est donc que Notre Seigneur vou­lait signi­fier qu’il s’agissait aus­si d’un pas­sage dans cette fête qu’il a choisie.

Et quel est donc ce pas­sage ? Il le dit Lui-​même – et l’Écriture le dit – sachant qu’Il devait pas­ser de ce monde à son Père, le grand Passage de Notre Seigneur de ce monde à son Père, de ce monde de péché, de ce monde de ténèbres, de ce monde de vices, repré­sen­té par les Égyptiens qui tenaient en escla­vage le peuple d’Israël.

Ce monde est tenu aus­si en escla­vage par le démon. De ce monde il faut pas­ser à la Terre pro­mise ; il faut pas­ser au Ciel. Notre Seigneur sachant qu’il devait pas­ser de ce monde à la Terre pro­mise, ins­ti­tua le sacre­ment de l’Eucharistie et le Sacrifice eucharistique.

C’est donc dans cet esprit que Notre Seigneur a ins­ti­tué à la fois le sacer­doce, le Sacrifice de la messe, le sacre­ment de l’Eucharistie. Et cela d’une manière qui est très conforme au sym­bole que repré­sen­tait le pas­sage des Hébreux de la terre d’Égypte à la Terre promise.

Sacrifice en effet, comme le sacri­fice de l’agneau qui sera le signe de notre salut et qui pro­dui­ra notre salut. Et ce signe quel sera-​t-​il ? Et ce sacri­fice, que sera ce sacri­fice ? Ce sacri­fice, ce sera Notre Seigneur Lui-​même ; Lui-​même qui s’offrira sur la Croix.

Nous avons enten­du tous ces jours-​ci, au cours des Matines, au cours des Laudes que nous avons chan­tées, tous ces offices que nous avons chan­tés depuis le Mercredi saint jusqu’à ce matin même, nous avons enten­du des appels de Notre Seigneur à son Peuple, à sa vigne, à son trou­peau. Notre Seigneur se tour­nait vers Jérusalem ; Notre Seigneur se tour­nait vers sa vigne, vers son Peuple, lui disant : Mais que t’ai-je fait : Qui feci tibi ?

Qu’est-ce que j’ai fait pour être ain­si reje­té ? Pour être cru­ci­fié ? Eh oui. Notre Seigneur vou­lait qu’il fut cru­ci­fié, afin pré­ci­sé­ment de nous entraî­ner avec Lui dans son Passage : le Passage de ce monde à la Terre pro­mise, au Ciel. Et ain­si, nous devons nous deman­der quel est notre point de départ ; quel est notre but et notre point d’arrivée.

Et quel est le moyen pour pas­ser de notre point de départ, jusqu’à la fin de notre voyage, de notre pèle­ri­nage ? Le point de départ pour cha­cun d’entre nous, pour cha­cune de nos âmes, c’est l’emprise du démon avant le bap­tême. Voilà le point de départ. Nous sommes en escla­vage comme l’étaient les Hébreux chez les Égyptiens : l’esclavage du démon. Et c’est pré­ci­sé­ment de cet escla­vage que Notre Seigneur Jésus-​Christ a vou­lu nous déli­vrer. Il nous en a déli­vré par le baptême.

Marqué par le bap­tême, par le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, nous sommes rache­tés de son Sang. Mais nous savons par­fai­te­ment que nous ne sommes pas pour autant sau­vés ; que nous ne sommes pas encore arri­vés au but vers lequel nous ten­dons ; vers lequel nous sommes des­ti­nés : la Terre pro­mise. Nous sommes ici en pèle­rins, comme l’étaient les Hébreux dans le désert. Ils ont pas­sé qua­rante années dans le désert. À tra­vers des souf­frances cer­tai­ne­ment, à tra­vers des dif­fi­cul­tés, mais nour­ris, nour­ris de la manne, nour­ris de cette eau mira­cu­leuse que Dieu leur donna.

Mais nous, nous avons bien plus que cette manne, nous avons bien plus que cette eau mira­cu­leuse, nous avons le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous avons la Sainte Eucharistie, voi­là notre manne. Voilà notre breu­vage ; voi­là notre nour­ri­ture au cours de ce pèlerinage.

Alors que nous pas­sions qua­rante années ici-​bas, ou quatre-​vingts peu importe. Nous sommes dans

le désert et nous ris­quons tou­jours de retom­ber sous l’esclavage du démon. Alors nous devons nous pro­té­ger. Et Dieu nous donne une colonne lumi­neuse éga­le­ment qui nous guide. C’est notre foi ; c’est l’Église qui nous enseigne par la foi, là où nous devons aller et qui nous montre notre chemin.

Mais je vou­drais sur­tout insis­ter un peu sur ce moyen, qui doit être l’objet de notre dévo­tion, le cœur de notre vie, le motif de notre espé­rance et sur­tout, la source de notre cha­ri­té : C’est le Saint Sacrifice de la messe.

Pascha nos­trum immo­la­tus est Christus. Nous venons de le chan­ter et nous le chan­te­rons encore. Notre Seigneur s’est immo­lé comme notre Pâque, pour notre pas­sage. Nous n’avons pas le droit d’ignorer que Notre Seigneur est mort sur la Croix pour nous sau­ver et pour se don­ner en nour­ri­ture à nous, afin que nous ne péris­sions pas.

C’est là notre nour­ri­ture spi­ri­tuelle. Sans cette nour­ri­ture spi­ri­tuelle, sans ce Sacrifice de la messe, nous périrons.

« Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon Sang, n’aura pas la vie éter­nelle » a dit Notre Seigneur.

Alors, nous devons avoir une dévo­tion pro­fonde, envers ce Saint Sacrifice de la messe. C’est là notre Pâque ; c’est là notre Passage ; c’est là notre voie ; il n ‘y en a pas d’autre. Il n’y en a pas d’autre pour aucun homme en ce monde. Non seule­ment pour les catho­liques, mais pour tous les hommes du monde ; il n’y a pas d’autre voie que la voie de la Croix, que la voie de Notre Seigneur Jésus-​Christ, que le Sang de Notre Seigneur Jésus-​Christ, que l’Eucharistie qui nous sauve.

Aussi, nous devons, nous qui avons la foi, nous qui gar­dons la foi, nous devons être atta­chés pro­fon­dé­ment à ce Sacrifice de la messe, à cette réa­li­té mys­té­rieuse qu’est le Sacrifice de la messe. Nous l’oublions trop. Nous devons médi­ter sur cette réa­li­té extra­or­di­naire de cette mort de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui se renou­velle sur nos autels.

Et sur nos autels, ce n’est pas seule­ment un sym­bole, non plus, c’est la réa­li­té même du sacri­fice de la messe. Relisez les pages admi­rables du concile de Trente, qui nous dit : c’est le même Prêtre ; c’est la même Victime. Il n’y a de dif­fé­rence entre le Calvaire et la messe, dit le concile de Trente, que dans la manière d’offrir le Sacrifice. D’un côté, c’est d’une manière san­glante, de l’autre côté d’une manière non san­glante. Mais le Sacrifice est le même, exac­te­ment le même. C’est le même Prêtre, Notre Seigneur Jésus-​Christ qui offre ; c’est la même Victime qui s’offre : Notre Seigneur Jésus-Christ.

Nous prêtres, nous ne sommes que les ins­tru­ments de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous agis­sons in Persona Christi : dans la Personne du Christ pour refaire véri­ta­ble­ment ce drame qui s’est pas­sé au Calvaire et qui nous concerne tous. Nous ne connais­sons pas suf­fi­sam­ment les richesses que le Bon Dieu nous a don­nées. L’amour qui mani­feste ce que le Bon Dieu a fait pour nous.

Voilà le moyen. Et quel est notre but ? Le but c’est de nous faire entrer dans la Sainte Trinité. Voilà la Terre pro­mise. La Terre pro­mise, c’est la Sainte Trinité. C’est le Ciel. Le Ciel c’est Dieu. Dieu c’est la Trinité Sainte. Nous faire entrer dans la Trinité Sainte. Et qu’est-ce donc que la Trinité Sainte ? Que ferons-​nous ? Que serons-​nous ? C’est la cha­ri­té : Deus cari­tas est : Dieu est cha­ri­té. La Trinité Sainte c’est la cha­ri­té. Il n’y a rien de plus beau, de plus grand, de plus aimable, de plus mer­veilleux que la charité.

Lisez ces pages de saint Paul sur la cha­ri­té. Celui qui a la cha­ri­té ne pense pas à lui-​même. Celui qui a la cha­ri­té ne pense qu’aux autres. Celui qui a la cha­ri­té fait tout pour les autres. Ne rien faire pour soi. Tout faire pour les autres et d’abord pour Dieu : la cha­ri­té envers Dieu.

Or s’il y a un moyen pour nous, d’estimer un peu d’une manière – oh com­bien faible – ce qu’est cette cha­ri­té, dans le sein de la Trinité Sainte, eh bien c’est bien le Saint Sacrifice de la messe qui nous en donne une image, l’image la plus poi­gnante, l’image la plus réelle. Car s’il y a un acte de cha­ri­té qui a été fait ici-​bas et qui est le plus beau, le plus sublime qui ait jamais été accom­pli, c’est bien la mort de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur la Croix pour la gloire de son Père, pour sau­ver nos âmes : cha­ri­té envers Dieu, cha­ri­té envers le prochain.

Alors, quand nous assis­tons au Saint Sacrifice de la messe, c’est cela qui doit nous prendre. Nous devons être ému par cet acte de cha­ri­té que fait Notre Seigneur en se don­nant pour son Père, en se sacri­fiant pour son Père ; en don­nant tout son Sang pour la gloire de son Père, réta­blir la gloire de Dieu et réta­blir les âmes dans la gloire de Dieu ; leur rendre la vie éter­nelle. Voilà ce que Notre Seigneur fait par le Saint Sacrifice de la messe.

Si vrai­ment, nous nous entre­te­nions tou­jours davan­tage dans ce Sacrifice et que lorsque nous com­mu­nions, nous deman­dions davan­tage à Notre Seigneur de mettre sa cha­ri­té dans nos cœurs, afin d’éloigner le péché en nous – car le péché est pré­ci­sé­ment tout ce qui est contraire à la cha­ri­té – le péché s’oppose à la cha­ri­té, par l’orgueil, par l’égoïsme, il tue la cha­ri­té. Dans la mesure où nous sommes rem­pli de cha­ri­té, nous ne pou­vons pas pécher. Et si nous péchons, c’est parce que nous allons contre le pré­cepte de la charité.

Alors, remplissons-​nous de cette cha­ri­té par le Cœur de Notre Seigneur qui bat dans le nôtre, lorsque nous Le rece­vons dans la Sainte Eucharistie. Lui qui est toute cha­ri­té ; qui n’a qu’un désir, c’est de nous emme­ner là où il n’y aura plus que la cha­ri­té ; où il n’y aura plus rien qui sera contraire à la cha­ri­té. C’est cela le Ciel.

Regardez les familles où l’on s’aime bien, ce sont des petits para­dis. Une com­mu­nau­té où l’on s’aime bien, c’est déjà le com­men­ce­ment du Paradis. Mais si l’on s’aimait encore beau­coup mieux, beau­coup plus, ce serait encore plus merveilleux.

Alors nous n’avons aucune idée de ce que peut être le Ciel, par rap­port à ce que nous avons ici sur la terre comme bonheur.

Alors, cher­chons à nous unir tou­jours davan­tage à Notre Seigneur Jésus-​Christ pour nous rem­plir de sa cha­ri­té et pré­pa­rer aus­si notre Ciel.

Et voi­là pré­ci­sé­ment, en ces quelques mots, je vous ai – je pense – fait com­prendre le drame que nous vivons aujourd’hui. Ce drame des catho­liques fidèles et de ceux qui se laissent entraî­ner par un cer­tain œcu­mé­nisme, un cer­tain pro­tes­tan­tisme, qui fait qu’ils n’ont plus cette foi véri­table dans le Sacrifice de la messe. Et alors l’Église s’étiole, l’Église devient sté­rile. Oh non pas l’Église elle-​même, mais ceux qui ne suivent plus la doc­trine de l’Église.

Alors ils perdent cette fécon­di­té que l’Église trouve pré­ci­sé­ment dans le Saint Sacrifice de la messe. Tout nous vient de là. Toute la source de la cha­ri­té de l’Église se trouve dans le Sacrifice de la messe, dans le Sacrifice de la Croix. Si nous étouf­fons le Sacrifice de la messe, si nous le com­pre­nons autre­ment, si nous n’avons plus la foi dans la Présence réelle de Notre Seigneur ; si nous ne croyons plus que c’est un véri­table Sacrifice qui se repro­duit réel­le­ment sur nos autels, alors, pré­ci­sé­ment, nous taris­sons la source de la cha­ri­té ici-​bas. Et alors nous en voyons les effets. Dès lors que la cha­ri­té ne des­cend plus de nos autels, la civi­li­sa­tion chré­tienne dis­pa­raît et nous nous trou­vons dans une civi­li­sa­tion que nous n’osons pas nommer.

Quand je pense qu’il y a quelques jours vous avez pu lire comme moi dans les jour­naux, qu’en cinq ans en France, on a tué deux mil­lions d’enfants, deux mil­lions d’enfants ! Est-​ce pos­sible ? C’est cela la cha­ri­té. Est-​ce pos­sible pour un pays qui se dit catho­lique ? Deux mil­lions d’enfants. Et cela dans tous les pays. Si l’on mul­ti­pliait cela par tous les pays, ima­gi­nez le nombre : des mil­lions et des mil­lions, tués par les hommes eux-​mêmes, par des parents eux-​mêmes ! Est-​ce pos­sible, Est-​ce encore la vie chré­tienne ? Y a‑t-​il encore la vie chré­tienne ? La vie catho­lique est-​elle encore dans ce monde ? Notre Seigneur est-​Il encore dans ce monde ? Celui qui est la source de la cha­ri­té. Est-​ce pos­sible qu’une âme qui a encore un peu de cha­ri­té dans son cœur, puisse accom­plir un acte odieux comme celui-​là ? Non, l’Église catho­lique est bien souf­frante aujourd’hui. Et il faut que nous, qui avons la foi, nous gar­dions notre foi dans le Sacrifice de la messe qui est la source de la charité.

C’est parce que l’on ne croit plus au Sacrifice de la messe, parce que l’on ne croit plus à Notre Seigneur pré­sent dans la Sainte Eucharistie, que l’on ne Le reçoit plus dans ces dis­po­si­tions que la cha­ri­té s’en va de nos cœurs et que nous sommes capables de faire des choses abo­mi­nables, que l’humanité est capable de faire des choses qui dépassent tout ce que le monde a fait en abo­mi­na­tion jusqu’à présent.

Gardons à tout prix notre Saint Sacrifice de la messe, mal­gré les dif­fi­cul­tés que nous pou­vons avoir, mal­gré les oppo­si­tions que nous pou­vons avoir.

Puis-​je vous citer un petit exemple ? Il y a quelques jours je rece­vais une lettre de l’évêque de New Castle en Angleterre, parce que les catho­liques qui sont là-​bas – les catho­liques fidèles – m’ont deman­dé d’aller don­ner à leurs enfants la confirmation.

J’ai donc déci­dé de répondre à l’appel de ces catho­liques, por­ter le sacre­ment de la confir­ma­tion et dire la messe de tou­jours à ces catho­liques qui la demandent et qui ont droit d’avoir ces sacre­ments, les sacre­ments qui ont été faits depuis des siècles dans l’Église et qui sont ceux que leurs parents et leurs grands-​parents ont reçus.

Je reçois une lettre de l’évêque de New Castle qui me dit : « J’apprends que vous allez venir dans mon dio­cèse et je regrette infi­ni­ment, vous allez divi­ser mon dio­cèse et par consé­quent je vous demande de ne pas venir. Vous n’avez pas le droit de venir dans mon dio­cèse pour don­ner la confirmation ».

Je lui ai répon­du : « Excellence, je suis tout prêt à obéir à ce que vous me deman­dez et à ne pas venir dans votre dio­cèse. Je vous demande sim­ple­ment d’accorder à ces catho­liques fidèles à l’Église ce qu’ils demandent. Ils vous demandent la confir­ma­tion comme leurs parents, leurs grands-​parents et leurs ancêtres l’ont reçue. Ils vous demandent le Sacrifice de la messe comme leurs ancêtres ont tou­jours connu et véné­ré le Sacrifice de la messe. Et dans ce cas, si vous vous ren­dez aux dési­rs de ces fidèles, je ne me ren­drai pas dans votre ville, car je n’ai nul­le­ment l’intention de m’opposer à vos volontés ».

Il me répond de nou­veau : « J’ai bien reçu votre lettre, mais pour ce qui concerne la litur­gie, elle a été fixée par une loi et par consé­quent je ne puis rien y faire ; je ne peux pas la changer ».

Alors ce matin, je lui ai fait une réponse et je lui ai dit : « Excellence, pre­nez garde de répé­ter, en disant que la litur­gie a été chan­gée par une loi, ce que vos pré­dé­ces­seurs catho­liques ont dit lorsque de Londres est venue une loi aus­si, qui leur a fait chan­ger la litur­gie. Et que sont deve­nus ces pré­dé­ces­seurs et tous ceux qui les ont sui­vis ? Des pro­tes­tants ! Ils ont aban­don­né la foi, parce qu’une loi était venue de Londres, en leur disant de chan­ger la litur­gie comme on la change aujourd’hui. Et ce n’est pas parce que cette loi nous vient de Rome que cette loi n’est pas mau­vaise pour autant.

« L’ennemi peut très bien s’insinuer dans Rome et dans le Vatican, et nous don­ner une loi qui nous ren­dra pro­tes­tants. L’ennemi qui était à Londres il y a quatre siècles est le même que celui qui est aujourd’hui dans les cou­loirs du Vatican pour faire pres­sion et nous don­ner des lois qui vont détruire notre foi. Alors nous prions, nous, que le pape ait le cou­rage de chas­ser l’ennemi du Vatican ; de chas­ser cet enne­mi qui s’est intro­duit par­tout dans le Vatican et qui est en train de détruire l’Église. Vous devriez vous joindre à nous, aux prières de ces fidèles qui veulent demeu­rer catho­liques et heu­reu­se­ment que dans le monde entier ce sont les fidèles qui, par leur foi tout sim­ple­ment, toute droite qu’ils ont apprise dans leur caté­chisme, ce sont eux qui vont sau­ver l’Église ; N’est-ce pas dou­lou­reux de pen­ser qu’il y a si peu de clercs et si peu d’évêques qui, comme les bons fidèles, les fidèles catho­liques, fidèles à leur foi, réclament de gar­der leur foi catho­lique de tou­jours. Ils refusent de deve­nir pro­tes­tants et d’entrer dans le schisme et dans l’hérésie ».

Je ne sais pas ce qu’il me répon­dra. Mais voyez le drame que nous vivons. Je pense que nous devons res­ter fidèles. Nous ne devons pas avoir peur ; nous ne devons pas craindre, parce que conti­nuant cette foi de l’Église expri­mée dans le concile de Trente.

Et le concile de Trente exprime lui-​même, avant tout la doc­trine sur l’Eucharistie et le Saint Sacrifice de la messe. Il dit : Voici la foi catho­lique qui sous l’inspiration de l’Esprit Saint en lequel nous sommes réunis ici en concile, demande à tous les fidèles de gar­der et qui a tou­jours été ensei­gnée et le sera tou­jours jusqu’à la fin des temps.

Cette doc­trine ensei­gnée par le concile de Trente, eh bien, c’est cela que nous gardons.

C’est la doc­trine que l’Église a tou­jours ensei­gnée et qui dit qu’elle sera tou­jours ensei­gnée jusqu’à la fin des temps.

Nous sommes atta­ché à cela et, fai­sant cela, nous ne pou­vons pas être en dehors de la Vérité ; nous ne pou­vons pas être en dehors de Rome ; nous ne pou­vons pas être en dehors de l’Église. C’est impossible.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie qui elle a gar­dé cer­tai­ne­ment une véné­ra­tion et une intel­li­gence du Sacrifice de la messe extra­or­di­naire, demandons-​lui de nous aider à péné­trer ce grand mys­tère du Sacrifice de la messe, ce grand mys­tère de l’Eucharistie et de nous en faire vivre toute notre vie, pour qu’un jour, nous allions en vivre pen­dant l’éternité.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.