Sermon de Mgr Lefebvre – Pentecôte – Confirmations – 2 juin 1974

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

Nous voi­ci réunis, cer­tains venant de loin, venant de diverses régions, de divers pays même, pour conduire vos enfants, afin qu’ils reçoivent le sacre­ment de confirmation.

Que vous ayez le désir que le sacre­ment de confir­ma­tion soit don­né à vos enfants d’une manière authen­tique, est bien légitime.

Je n’irai pas jusqu’à dire que le sacre­ment de confir­ma­tion don­né aujourd’hui ne serait pas valide. Il pour­rait se faire que le sacre­ment ne soit pas valide, en tout cas, il peut se faire que le sacre­ment soit dou­teu­se­ment valide. C’est-à-dire qu’il soit dou­teux car le Saint Chrême est la matière du sacre­ment de confir­ma­tion. Et aujourd’hui, mal­heu­reu­se­ment, on entend dire que le Saint Chrême est fait par­fois avec des huiles dont l’origine est dou­teuse. D’après ce que nous ont appris les auteurs de théo­lo­gie – ce ne sont pas des sen­ti­ments per­son­nels – ces matières seraient dou­teuses. On nous a tou­jours dit cela, que l’on ne pou­vait pas employer n’importe quelle huile pour faire le Saint Chrême. C’est pour­quoi, dans les cir­cons­tances vrai­ment tra­giques que tra­verse l’Église, nous com­pre­nons bien votre désir d’être cer­tains que vos enfants reçoivent un sacre­ment valide et par consé­quent qui, si les enfants sont bien pré­pa­rés, donne le Saint-​Esprit aux âmes de vos enfants et leur donne ces dons qui sont essen­tiels à la vie chrétienne.

Les dons du Saint-​Esprit ne sont pas des sup­plé­ments licites ou sur­éro­ga­toires, pas du tout, ces dons sont vrai­ment les ver­tus que nous avons en nous et qui per­mettent les ins­pi­ra­tions du Saint-​Esprit, faci­litent l’action du Saint-​Esprit dans nos âmes. Et nous avons besoin de cette action du Saint-Esprit.

Et vous, mes chers enfants, qui allez rece­voir dans quelques ins­tants, le sacre­ment de confir­ma­tion, vous devez savoir que vous avez besoin du Saint-Esprit.

Et c’est pré­ci­sé­ment parce que vous arri­vez à un âge où vous pre­nez conscience de votre vie chré­tienne, de ce qu’est la vie chré­tienne et vous pre­nez conscience, je crois, que la vie chré­tienne est un com­bat. Le chré­tien est un sol­dat, le chré­tien est un mili­tant. Nous sommes dans l’Église mili­tante. Et par consé­quent, lorsque vous arri­vez à l’âge de dix ans, onze ans, vous avez à combattre.

À com­battre qui ? et quoi ? À com­battre le mal, le péché qui est dans le monde ; le péché qui s’exprime par­tout dans le monde. Les scan­dales – car c’est cela le scan­dale – le scan­dale est l’acte qui conduit au péché.

Eh bien, les scan­dales sont par­tout : dans les lec­tures ; dans ce que l’on peut voir ; dans ce que l’on peut entendre. Hélas, tout incite les âmes à s’éloigner du Bon Dieu, au lieu de les por­ter vers le Bon Dieu.

Alors, vous aurez à prendre des déci­sions désor­mais pour vous-​même et à dire : ceci est bien, ceci est mal, je ne puis pas le faire. Des choix, nous avons à en faire durant toute notre vie. Et vous avez à en faire main­te­nant et des choix importants.

C’est pré­ci­sé­ment pour faire ces choix que vous avez besoin de l’inspiration du Saint-​Esprit. Vous avez besoin de cette aide ; cette aide toute par­ti­cu­lière, toute pater­nelle, je pour­rais dire mater­nelle, de la part du Saint-​Esprit, qui veille sur vos âmes.

Voyez comme le Saint-​Esprit est des­cen­du dans la Vierge Marie et a trans­for­mé sa vie, sa vie de Mère de Jésus. Le Saint-​Esprit est des­cen­du sur les pre­miers chré­tiens d’une manière visible, trans­for­mant leur vie. Il est des­cen­du sur les apôtres le jour de la Pentecôte. C’est pour­quoi les apôtres qui étaient des hommes crain­tifs, peu­reux, qui crai­gnaient la per­sé­cu­tion, qui s’enfermaient, qui se cachaient devant la per­sé­cu­tion des chefs d’alors, des scribes et des pharisiens.

Eh bien, les apôtres sont deve­nus des sol­dats valeu­reux, des héros, des témoins, des mar­tyrs. Ils ont osé affron­ter n’importe qui. À ceux qui leur ont dit : Vous n’avez pas le droit de par­ler, saint Pierre a répon­du : Non pos­su­mus, non loqui : « Nous ne pou­vons pas ne pas par­ler. Nous devons par­ler. Vous nous met­trez en pri­son, mais nous parlerons. »

Et saint Pierre a été enchaî­né. Et saint Pierre a été déli­vré par l’ange. Et c’est ain­si que les saints ont fait, tous les apôtres et les suc­ces­seurs des apôtres et tous ceux qui ont vou­lu suivre les apôtres, dans ce témoi­gnage qu’ils ont don­né de leur foi.

Beaucoup ont don­né leur sang ensuite, pour témoi­gner de leur foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est cela l’action du Saint-​Esprit. Sans l’Esprit Saint, ils n’auraient jamais pu faire cela. C’est l’Esprit Saint qui a péné­tré en eux et qui leur a don­né cette force, ce cou­rage qui vient de Dieu.

Alors, je suis per­sua­dé que, rece­vant les dons du Saint-​Esprit, vous pour­rez tout à l’heure vous rendre compte que l’évêque vous impose les mains et énu­mère tous ces dons du Saint-​Esprit qui vont des­cendre en vous.

Comme vous avez sept ver­tus : les trois ver­tus théo­lo­gales – vous les connais­sez – on vous les a apprises : la foi, l’espérance et la cha­ri­té ; vous avez les quatre ver­tus morales : la pru­dence, la jus­tice, la force et la tempérance.

Vous avez sept ver­tus et il y a éga­le­ment sept dons. Et ces sept dons per­fec­tionnent, com­plètent les sept ver­tus que vous avez en vous.

Le don de sagesse, le don d’intelligence, le don de science qui per­fec­tionnent les ver­tus théo­lo­gales et puis : le conseil, la pié­té, la force et la crainte de Dieu, qui per­fec­tionnent les ver­tus morales que vous avez.

J’espère que vous savez tout cela, que l’on vous l’a appris. Car c’est très impor­tant de savoir que le Bon Dieu nous a don­né de si belles choses. C’est si beau de pen­ser que l’Esprit Saint nous aide, nous aide à connaître le Bon Dieu.

Il y en a qui peuvent regar­der ces belles choses, ces belles mon­tagnes que nous avons tout autour de nous, cette val­lée magni­fique et tout ce que nous avons pu voir aujourd’hui en tra­ver­sant la belle nature que le Bon Dieu nous a don­née : des créa­tures magni­fiques, des choses splen­dides… Il y en a qui regardent toutes ces choses-​là et qui ne pensent même jamais au Bon Dieu qui les a créées. Jamais. Bien plus, ils s’imaginent que ce sont les hommes qui ont fait cela. Que l’homme est le maître de la nature et ils ne pensent qu’à ce que l’homme peut faire avec la nature.

Mais ils ne pensent jamais à chan­ter la gloire du Bon Dieu en disant que c’est beau, tous ces gla­ciers, toute cette neige, tous ces fleuves, ces nuages, ces arbres, ces forêts, ces fleurs, ces lumières, tout cela qui nous est don­né par le Bon Dieu. Et tout cela n’est rien en com­pa­rai­son de ce que le Bon Dieu a mis dans nos cœurs et dans nos âmes.

C’est si beau une âme. C’est si beau une âme qui est ver­tueuse, une âme qui a reçu le Saint-​Esprit, une âme qui pense à Dieu, qui est unie au Bon Dieu, qui prie Dieu, qui est une âme de prière. Qui, lorsqu’elle vient dans une cha­pelle, dans une église, s’élève vers le Bon Dieu, remer­cie le Bon Dieu, chante les louanges du Bon Dieu, même dans la souf­france, même dans les croix, même dans les épreuves.

Il y en a com­bien qui ont été dans des camps de concen­tra­tion, com­bien qui ont été empri­son­nés, qui ont retrou­vé la foi dans les camps de concen­tra­tion, dans les pri­sons. Le Bon Dieu sait ce qu’il fait lorsqu’il nous envoie des épreuves. Si nous savons les rece­voir, si nous savons les recueillir, si nous savons por­ter les croix, être de vrais com­bat­tants, le Bon Dieu nous donne la grâce. Il nous donne la lumière.

Vola ce que fait le Saint-​Esprit ; voi­là ce que le Bon Dieu fait pour nous.

Dans quelques ins­tants vous allez rece­voir ce sacre­ment qui confirme les grâces que vous avez reçues au bap­tême. Lorsque le prêtre a dit : Exit immunde spi­ri­tus : « Sors esprit immonde, sors de cet enfant » et donne la place, laisse la place au Saint-​Esprit : « et date locum Spiritui Sancto ».

Le prêtre a dit cela lorsqu’il a pro­non­cé les paroles du sacre­ment de bap­tême sur vos âmes : Exit immunde spi­ri­tus. Donc déjà le Saint-​Esprit avait pris pos­ses­sion de vos cœurs et de vos âmes au moment du baptême.

Mais main­te­nant, gran­dis­sant, Notre Seigneur a vou­lu que nous ayons la confir­ma­tion, une plé­ni­tude du Saint-​Esprit pour pou­voir faire face à toutes les dif­fi­cul­tés que nous pou­vons ren­con­trer dans l’exercice de notre vie chré­tienne et arri­ver enfin au but pour lequel nous sommes créés, arri­ver au Ciel, arri­ver au Paradis, arri­ver à la vie éter­nelle. Voilà pour­quoi nous sommes créés ; voi­là pour­quoi nous rece­vons les dons du Saint-Esprit.

Et les dons du Saint-​Esprit, nous les gar­de­rons et bien plus, ils s’épanouiront de telle sorte que nous serons dans l’émerveillement de ce que le Bon Dieu a fait pour nous

Alors nous connaî­trons Dieu face à face. Ici-​bas, nous ne Le connais­sons que par nos livres, par nos prières, par ce que nous pou­vons voir autour de nous. Nous pen­sons au Bon Dieu, mais au Ciel nous Le ver­rons comme Il est et ce sera pour nous une joie éternelle.

Alors, remer­ciez le Bon Dieu de rece­voir aujourd’hui le sacre­ment de confir­ma­tion. Vous connais­sez déjà les céré­mo­nies qui vont avoir lieu tout de suite : l’imposition des mains pour don­ner les dons du Saint-​Esprit. Puis l’évêque va signer votre front du Saint Chrême, le Saint Chrême qui signi­fie jus­te­ment la force et le signe de Croix qui doit mon­trer le témoi­gnage que nous n’avons pas peur de por­ter devant le monde, le signe de la Croix, qui est le signe de notre foi. Nous croyons en Jésus-​Christ et en Jésus-​Christ cru­ci­fié. C’est ce qu’a dit saint Paul : « Je prêche Jésus-​Christ et Jésus-​Christ crucifié ».

Et c’est cela qui se conti­nue sur nos autels, pen­dant le Saint Sacrifice de la messe : Jésus-​Christ et Jésus-​Christ crucifié.

Eh bien nous n’avons pas peur de por­ter la croix sur notre front devant le monde entier. C’est cela que l’évêque va vous don­ner. Et puis ensuite, l’évêque va vous don­ner un souf­flet qui signi­fie aus­si que vous êtes capable de résis­ter aux dif­fi­cul­tés et dans les épreuves et dans la tentation.

Et enfin, vous pro­non­ce­rez vous-​même votre foi ; vous pro­cla­me­rez votre foi en réci­tant le Credo, le Notre Père et le Je vous salue Marie. Et vous serez ain­si armés et prêts à demeu­rer fidèles, fidèles à vos enga­ge­ments. Soyez fidèles, tou­jours fidèles à Dieu, fidèles à Notre Seigneur Jésus-​Christ, fidèles à la très Sainte Vierge Marie, fidèles aus­si à vos chers parents. Car eux n’ont qu’un désir cer­tai­ne­ment en vous condui­sant ici, c’est de vous voir conti­nuer à gar­der la même vie chré­tienne qu’eux toute votre vie. Ce sera la plus grande récom­pense que vous pour­rez leur faire. De suivre leur ensei­gne­ment, de suivre leur exemple, de faire en sorte que eux, aient cette joie, cette conso­la­tion, au milieu de ce monde qui est en train de perdre la foi, qui est en train de s’écrouler dans tous les sens du mot, dans tous les domaines.

Eh bien que vous, mes chers enfants, grâce à la foi de vos parents, vous vous main­tien­drez aus­si et vous conti­nue­rez la Sainte Église, dont vous êtes membres et à laquelle vous êtes atta­chés et à laquelle vos parents sont fer­me­ment atta­chés aussi.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.