Sermon de Mgr Lefebvre – Pentecôte – Confirmations – 22 mai 1988

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers frères,

C’est avec une grande joie, une grande satis­fac­tion que nous vous voyons venir si nom­breux, en cette fête de la Pentecôte, pour accom­pa­gner vos enfants pour la récep­tion du sacre­ment de confirmation.

Y a‑t-​il un jour plus favo­rable pour rece­voir la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion que le jour de la Pentecôte ? Chaque année il y a tou­jours davan­tage d’enfants venant presque du monde entier.

Ce n’est pas un secret que de vous dire que ce matin s’est pré­sen­tée une famille venant des ÉtatsUnis, pour per­mettre à leurs enfants de rece­voir aujourd’hui le sacre­ment de confir­ma­tion parce que je ne puis me rendre là-​bas tous les ans et que je n’ai pas pu cette année me rendre aux États-​Unis pour confé­rer le sacre­ment de confir­ma­tion dans les prieurés.

Alors la famille a déci­dé de venir jusqu’ici le jour de la Pentecôte pour que les enfants ne soient pas sans le sacre­ment de confir­ma­tion, mani­fes­tant ain­si leur foi dans la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion et la néces­si­té pour ces enfants de rece­voir ce sacre­ment. Je les ai féli­ci­tés bien sûr et je vous féli­cite d’avoir cette convic­tion qu’il faut que les enfants reçoivent les grâces par les sacre­ments dont les rites sont sûrs ; dont les rites sont cer­tains et cer­tai­ne­ment valides. On ne peut pas aller dans des églises et rece­voir des sacre­ments dont on se demande s’ils sont valides ou pas valides. Parce que les rites ont été chan­gés, les tra­duc­tions sont nou­velles, la tra­duc­tion du sacre­ment, des for­mules. Et puis même, si c’est le cas, du sacre­ment de confir­ma­tion, on ne sait pas avec quelle huile, le sacre­ment est conféré.

Or, c’est au moins une tra­di­tion dans l’Église, une tra­di­tion de presque vingt siècles que l’huile qui est la matière du sacre­ment de confir­ma­tion, doit être de l’huile d’olives.

Vous pou­vez consul­ter les livres de théo­lo­gie qui enseignent cela. C’est l’huile d’olives. Et même le caté­chisme du concile de Trente nous dit que c’est l’huile d’olives qui doit être employée.

Et toute la consé­cra­tion qui est faite le Jeudi Saint sur les saintes Huiles, fait allu­sion à l’olive, à l’huile d’olives, au Jardin des oli­viers où se trou­vait Notre Seigneur qui par sa sueur et son Sang qui ont cou­lé dans ce Jardin des oli­viers, a sanc­ti­fié en quelque sorte ces oli­viers. Toutes ces images, tous ces sym­boles, toutes ces réa­li­tés sont évo­qués dans la béné­dic­tion des saintes Huiles. Le rameau d’olivier qui est appor­té par la colombe dans l’Arche (de Noé) est aus­si évo­qué dans la consé­cra­tion des saintes Huiles.

Alors, si l’on emploie une huile qui n’est pas l’huile d’olives, tous ces sym­boles dis­pa­raissent ; toutes ces belles réa­li­tés dis­pa­raissent. Alors on peut se deman­der si ceux qui donnent la confir­ma­tion avec de l’huile de soja, ou de l’huile d’arachide, confèrent véri­ta­ble­ment le sacre­ment validement.

Or, c’est ce qui se passe main­te­nant. Pour nous, nous ne chan­geons rien. La céré­mo­nie que je vais faire est celle qui a été faite pour moi, lorsque j’ai reçu le sacre­ment de confir­ma­tion. Nous ne chan­geons rien. Nous gar­dons les bonnes tra­di­tions de l’Église. Par consé­quent vous pou­vez être cer­tains, chers parents, que vos enfants qui vont rece­voir le sacre­ment de confir­ma­tion aujourd’hui, vont le rece­voir vali­de­ment. Et lorsque vous allez ren­trer chez vous et embras­ser vos enfants qui ont reçu le sacre­ment de confir­ma­tion, vous pour­rez dire que vrai­ment cet enfant a été confir­mé dans la grâce du baptême.

Car c’est cela le sacre­ment de confir­ma­tion. C’est la confir­ma­tion de la grâce reçue au jour du bap­tême. Confirmation, évi­dem­ment, par une grâce sup­plé­men­taire, non pas comme le disait l’évêque de Chambéry qui disait qu’il n’y a pas le Saint-​Esprit don­né au moment du sacre­ment de confir­ma­tion, que c’était sim­ple­ment une prise de conscience de la grâce que nous avons reçue au jour du baptême.

Il ne s’agit pas de cela. Il y a une véri­table grâce qui est don­née par le sacre­ment de confir­ma­tion. C’est un sacre­ment qui donne une grâce sacra­men­telle spéciale.

Et quelle est cette grâce sacra­men­telle spé­ciale ? C’est la grâce de com­battre, la grâce de mili­tant. La vie chré­tienne est un com­bat, c’est un fait. L’Esprit Saint est un Esprit de vie, un Esprit qui com­bat l’esprit du péché. Or l’esprit du péché est entré dans le monde par le péché ori­gi­nel et nous en sommes tous infes­tés. Et même après avoir reçu la grâce du bap­tême, si le péché ori­gi­nel est effa­cé, les suites du péché ori­gi­nel demeurent. Nous sommes malades, malades des suites du péché originel.

Saint Thomas nous dit que nous avons quatre bles­sures dans nos âmes, qui demeurent après que nous ayons reçu la grâce du bap­tême et qui nous mettent dans cet état d’infériorité vis-​à-​vis de la san­té spi­ri­tuelle que nous devons avoir.

Alors nous avons besoin des grâces du Bon Dieu pour nous gué­rir de ces bles­sures. Blessure de l’ignorance. Nous avons de la dif­fi­cul­té de pen­ser au Bon Dieu, de vivre avec le Bon Dieu, de com­prendre que la vie spi­ri­tuelle est une vie bien supé­rieure à la vie maté­rielle, à la vie tem­po­relle. Nous sommes aveu­glés, aveu­glés par les choses de ce monde. C’est comme un écran qui nous cache ce monde spi­ri­tuel qui est infi­ni­ment plus beau, infi­ni­ment plus par­fait, infi­ni­ment supé­rieur au monde d’ici-bas, vers lequel nous mar­chons, vers lequel nous sommes orien­tés ; cette espèce d’aveuglement.

Et puis ensuite, il y a la bles­sure de la malice. Malheureusement nous sommes quel­que­fois… dans nos cœurs il y a des sen­ti­ments qui s’élèvent et qui ne sont pas bons, qui ne sont pas conformes à l’amour du Bon Dieu, à l’amour du prochain.

Et puis il y a la malice de la fai­blesse. Au lieu d’être forts et de nous main­te­nir dans la loi du Bon Dieu, nous sommes faibles et nous fai­sons des chutes parce que nous sommes faibles.

Et puis enfin la qua­trième bles­sure, la bles­sure de la concu­pis­cence. Nous sommes atti­rés par tous ces biens du monde : les richesses, les plai­sirs, les satis­fac­tions, les jouis­sances. Et alors, nous oublions le Ciel et nous déso­béis­sons au Bon Dieu.

Ces quatre bles­sures demeurent en nous et nous avons besoin de lutter.

Mes chers enfants, c’est pour cela que vous allez rece­voir le sacre­ment de confir­ma­tion, pour lut­ter contre tout cela, afin de demeu­rer chré­tien, bon chré­tien, bonne chré­tienne, de ne pas déso­béir au Bon Dieu.

Vous avez pro­mis au jour de votre bap­tême : Je m’attache à Jésus-​Christ pour tou­jours. Je renonce à Satan. Je ne veux pas suivre Satan ; je veux suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ. Satan nous entraîne vers le péché, la déso­béis­sance, vers le mal et l’enfer.

Jésus nous entraîne vers l’obéissance, la sou­mis­sion à la loi du Bon Dieu, l’amour de Dieu, l’amour du pro­chain et Il nous entraîne vers le Ciel ; Il nous conduit vers le Ciel. Eh bien, je veux suivre Notre Seigneur Jésus-​Christ ; je ne veux pas suivre Satan. Vous l’avez pro­mis le jour de votre baptême.

Vous allez main­te­nant le répé­ter dans vos cœurs et tout à l’heure vous allez réci­ter le Je crois en Dieu, le Notre Père, le Je vous salue Marie, pour pro­fes­ser votre foi, après avoir reçu la grâce du sacre­ment de confirmation.

Alors remer­ciez le Bon Dieu, chers enfants, remer­ciez vos chers parents qui vous ont conduits ici aujourd’hui, afin que vous rece­viez cette grâce. Cette grâce qui vous aide dans le com­bat spi­ri­tuel ; qui vous aide à être de bons sol­dats de Notre Seigneur Jésus-​Christ et puis, à être des missionnaires.

Si l’on aime Notre Seigneur, on veut que Notre Seigneur règne dans tous les cœurs, dans toutes les mai­sons, dans tous les foyers, dans toutes les cités, dans tous les villages.

Alors on fait ce que l’on peut pour répandre la grâce de Notre Seigneur autour de soi. C’est cela être mis­sion­naire. Et tout le monde peut être mis­sion­naire en mon­trant l’exemple d’une vie chré­tienne, ne serait-​ce qu’en mon­trant l’exemple. Et l’on attire les âmes à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il faut être mis­sion­naire ! Notre Seigneur est le che­min du Ciel, il n’y en a pas d’autre. Alors il faut grou­per toutes les âmes autour de Notre Seigneur pour arri­ver au Ciel.

Demandons cela à la très Sainte Vierge Marie. Vos parents, vos amis qui sont ici, vont prier, vos prêtres qui vous entourent vont prier aus­si pen­dant cette céré­mo­nie du sacre­ment de confir­ma­tion pour que cette grâce que vous allez rece­voir, vous vienne en abon­dance et ils vous confie­ront à la très Sainte Vierge Marie.

Car cette grâce que vous allez rece­voir, vous allez la rece­voir des mains de la très Sainte Vierge Marie. Toutes les grâces nous viennent par Marie. La grâce que les apôtres ont reçue le jour de la Pentecôte, lorsqu’ils entou­raient la très Sainte Vierge Marie, est venue par Marie. C’est par la très Sainte Vierge Marie qu’ils ont reçu le Saint-​Esprit. Aujourd’hui, réunis autour de vos prêtres, eh bien, rece­vez aus­si cette grâce par la très Sainte Vierge Marie.

Priez la très Sainte Vierge. Lorsque vous êtes dans les dif­fi­cul­tés, les épreuves, le com­bat, eh bien deman­dez à la Vierge Marie de vous venir en aide, je suis sûr qu’elle vous aidera.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.