Sermon de Mgr Lefebvre – Pentecôte – Confirmations – 26 mai 1985

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers enfants,

Vous qui allez être confir­més dans quelques ins­tants, c’est à vous d’abord que j’adresserai quelques mots pour vous rap­pe­ler que l’on ne reçoit le sacre­ment de confir­ma­tion qu’une seule fois dans sa vie.

Tandis que l’on reçoit le sacre­ment de péni­tence, le sacre­ment de l’Eucharistie, sou­vent. C’est conseillé par l’Église de se confes­ser fré­quem­ment et de rece­voir sou­vent la Sainte Eucharistie. Mais le sacre­ment de confir­ma­tion n’est reçu qu’une seule fois dans sa vie. Il marque nos âmes d’un carac­tère pour tou­jours. Et vous allez voir, au cours de cette céré­mo­nie, ce que signi­fie ce sacre­ment qui a été ins­ti­tué par Dieu Lui-​même, par Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est Dieu. C’est donc un sacre­ment très important.

L’évêque va d’abord étendre ses mains sur vous, en priant, deman­dant à Dieu de faire des­cendre dans vos âmes tous les dons du Saint-​Esprit. Et l’évêque va les nom­mer ces dons du Saint-​Esprit, ces sept dons du Saint-​Esprit. Et vous allez répondre avec la cho­rale, avec l’assemblée : « Amen, amen, amen », c’est-à-dire : qu’il en soit ain­si. Oui, que le Saint-​Esprit vienne dans mon cœur, dans mon âme, qu’il rem­plisse mon âme, pour que je demeure tou­jours bon chré­tien, bonne chré­tienne. Que je garde ma foi, la foi que j’ai reçue de mes parents. Que je garde la grâce du bap­tême, que mes parents m’ont fait don­ner quand j’étais petit.

Et puis ensuite, vous allez vous appro­cher de l’évêque, avec vos par­rain et mar­raine, qui vont mettre leur main droite sur votre épaule droite, en signe de par­ti­ci­pa­tion aus­si, de res­pon­sa­bi­li­té dans le sacre­ment de confir­ma­tion que vous allez recevoir.

Et c’est à ce moment-​là, quand l’évêque va signer votre front du signe de la croix, avec le Saint Chrême, consa­cré par l’évêque le Jeudi Saint, et que l’évêque met­tant sa main sur votre tête, en même temps va pro­non­cer les paroles du sacre­ment de confir­ma­tion. À ce moment-​là pré­cis, le Saint-​Esprit des­cend en vous. Le Saint-​Esprit n’est pas visible. Vous avez bien une âme, elle n’est pas visible non plus, mais vous croyez bien que vous avez une âme.

Eh bien, nous devons croire au Saint-​Esprit. Nous ne voyons pas le Saint-​Esprit de nos yeux, mais nous en voyons les effets et le Saint-​Esprit va des­cendre dans vos âmes avec tous ses dons, pour faire de vous des sol­dats de Notre Seigneur Jésus-​Christ, des enfants atta­chés à leur foi.

Vous connais­sez votre Credo, vous connais­sez suf­fi­sam­ment votre caté­chisme pour savoir ce que c’est que la foi chré­tienne. Vous voyez com­ment vos parents pra­tiquent la foi chré­tienne dans votre famille. Eh bien, il faut demeu­rer chré­tien, gar­der les bonnes tra­di­tions chré­tiennes de votre famille et de vos cités et de votre pays.

La Suisse, dans les can­tons catho­liques en par­ti­cu­lier, a tou­jours mon­tré l’exemple d’un pays très atta­ché à sa foi. Autrefois il y a eu des mar­tyrs, pour gar­der la foi catho­lique. Si la Suisse a encore gar­dé des can­tons pro­fon­dé­ment catho­liques, c’est bien parce que vos ancêtres ont lut­té et sont morts pour défendre leur foi qui était mena­cée. Alors vous devez être les fils de ceux qui ont mani­fes­té leur foi, témoins de leur foi et qui ont trans­mis cette foi catho­lique à leurs des­cen­dants. Nous admi­rions – hélas aujourd’hui biens des choses sont chan­gées – mais nous admi­rions autre­fois com­bien il y avait de voca­tions dans les bonnes familles chré­tiennes valai­sannes et du can­ton de Fribourg par exemple, dans ces can­tons pro­fon­dé­ment catho­liques, des voca­tions dans presque toutes les familles. Presque toutes les familles pou­vaient s’honorer d’avoir ou un prêtre, ou un reli­gieux, ou une reli­gieuse, un mis­sion­naire, dans la famille. Ce qui prou­vait jus­te­ment la pro­fon­deur de la foi dans ces familles chrétiennes.

Et alors voi­ci que la crise de l’Église est venue. Et main­te­nant c’est à vous, mes bien chers par­rains et mar­raines, mes bien chers parents que je m’adresse sur­tout. Voici que la crise est venue et que s’est abat­tu sur la Suisse comme par­tout dans le monde entier, dans l’Église catho­lique, une crise insoup­çon­née, inima­gi­nable, incon­ce­vable il y a vingt ou trente ans.

Et alors on s’aperçoit que les familles chré­tiennes sont en train d’être ino­cu­lées par un véri­table virus. On ne compte plus les ménages dés­unis, les enfants aban­don­nés, une mau­vaise édu­ca­tion, la drogue dans les écoles, la drogue par­tout, la dis­so­lu­tion de la famille chré­tienne, la dis­pa­ri­tion des voca­tions, plus de voca­tions sacer­do­tales, plus de voca­tions reli­gieuses. C’est un vent qui souffle sur l’Église tout entière, un vent des­sé­chant, un vent qui désor­ga­nise abso­lu­ment les familles chré­tiennes. Et cela c’est par­tout la même chose.

Je reviens d’un long voyage aux États-​Unis et au Canada, eh bien, la situa­tion est la même.

Mais la situa­tion est la même aus­si dans nos groupes tra­di­tion­nels. C’est mer­veilleux je vous assure. C’est mer­veilleux, je n’exagère pas, mon terme n’est pas exa­gé­ré, de voir l’Église conti­nuer dans les milieux tra­di­tion­nels, avec les mêmes familles qu’autrefois, familles avec de nom­breux enfants, ne se limi­tant pas à un enfant, deux enfants. Mais l’on voit cinq enfants, six enfants, dix enfants dans les familles. Nos milieux qui regorgent d’enfants, de bébés qui sont dans les bras. C’est l’avenir ! l’avenir de l’Église. Et une foi fami­liale, un bon­heur fami­lial qui se reflète sur les visages des parents, heu­reux d’avoir de belles familles chrétiennes.

Et en même temps, la fra­ter­ni­té qui se mani­feste dans ces familles. Cela fait comme une grande famille chré­tienne, où l’on se retrouve dans la même foi, les mêmes habi­tudes qu’autrefois. Le même res­pect de Dieu, le même res­pect de l’Eucharistie, le même atta­che­ment au Saint Sacrifice de la messe, à la Sainte Communion, le res­pect des prêtres. Et les voca­tions : voca­tions de prêtres, voca­tions reli­gieuses par­tout dans nos milieux tra­di­tion­nels, par­tout, par­tout. C’est là que se trouve l’Église. Vous repré­sen­tez vrai­ment l’Église, soyez-​en per­sua­dés. Parce que vous avez des familles chré­tiennes, parce qu’il y a dans vos familles chré­tiennes une source de foi sur­na­tu­relle, de grâces, de béné­dic­tions du Bon Dieu qui est mani­feste. Alors c’est un grand espoir – je dirai – c’est le seul espoir ; je n’en vois pas d’autre.

S’il n’y a plus de familles chré­tiennes dans l’Église catho­lique, il n’y a plus d’Église catho­lique et s’il n’y a plus de familles chré­tiennes, il n’y a plus de voca­tions de vrais prêtres, de vraies voca­tions sacer­do­tales, de vraies voca­tions reli­gieuses. C’est la fin de l’Église. C’est donc vous, chers parents chré­tiens qui êtes vrai­ment la source de l’Église et nous vous en féli­ci­tons. Continuez ! de grâce conti­nuez ! Ayez à cœur de don­ner à vos enfants la for­ma­tion que vous avez reçue vous-​mêmes. Cette for­ma­tion pro­fon­dé­ment chré­tienne, pro­fon­dé­ment catho­lique, res­tez atta­chés à l’Église, au Souverain Pontife, aux évêques en géné­ral. Mais mal­heu­reu­se­ment, nous sommes bien obli­gé de consta­ter que ceux qui devraient gar­der la foi et nous aider à vivre cette vie catho­lique, cette vie chré­tienne, au contraire, ce sont eux mal­heu­reu­se­ment qui aident à la détruire.

Ces écoles qui étaient catho­liques, qui for­maient vrai­ment des enfants catho­liques, les voi­ci main­te­nant qui les détruisent, qui détruisent la foi des enfants. Les enfants perdent la foi dans nos écoles catho­liques. Invraisemblable, mais c’est comme cela !

Alors nous devons main­te­nir, abso­lu­ment cette belle tra­di­tion de l’Église catho­lique, cette belle tra­di­tion chré­tienne. C’est vrai­ment une béné­dic­tion de Dieu de voir tous ces groupes fidèles à la Tradition, fidèles à l’Église. Heureux de repré­sen­ter vrai­ment tout ce que l’Église a don­né autre­fois, de ver­tus chré­tiennes, de foi catho­lique et de cha­ri­té chré­tienne entre les familles.

Demandons, mes bien chers frères, deman­dons à la très Sainte Vierge Marie de don­ner en abon­dance les dons du Saint-​Esprit à ces enfants qui vont rece­voir le sacre­ment de confir­ma­tion, car toutes grâces passent par la très Sainte Vierge Marie. Elle est la média­trice de toutes grâces.

Par consé­quent, la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion qui va des­cendre sur vos enfants, vien­dra par la Vierge Marie. Alors, demandons-​lui de se mon­trer géné­reuse des dons du Saint-​Esprit dont elle a été rem­plie. C’est par elle que les apôtres qui l’entouraient, ont reçu le Saint-​Esprit, par la Vierge Marie.

Alors aujourd’hui aus­si, vos enfants vont rece­voir par Marie cette grâce. Demandez à la Vierge Marie de vous aider à gar­der et à faire pro­fi­ter vos enfants et vos filleuls de cette grâce du sacre­ment de confir­ma­tion, afin qu’ils demeurent eux aus­si, pour toute leur vie, des témoins, témoins de la foi catho­lique, témoins de Notre Seigneur, témoins de l’Église, témoins de notre foi afin que l’Église conti­nue et que la foi chré­tienne se pro­page de géné­ra­tion en génération.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.