Sermon de Mgr Lefebvre – Première messe de l’abbé Cériani – 5 mars 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Cher Monsieur l’abbé Cériani,

C’est à vous que mes paroles s’adresseront d’une manière toute par­ti­cu­lière aujourd’hui, en cette belle céré­mo­nie de votre pre­mière messe.

Il me semble qu’il est bien juste aujourd’hui que vous tour­niez un peu vos regards vers le pas­sé et que vous ren­diez grâces à Dieu, de tous les dons qu’il vous a don­nés par l’intermédiaire de votre famille chré­tienne, votre enfance, votre ado­les­cence, vos études mêmes au sémi­naire de La Plata et aus­si par le choix que le Bon Dieu a fait de vous pour venir dans ce sémi­naire d’Écône.

Autant de grâces que le Bon Dieu vous a faites et dont vous devez le remer­cier aujourd’hui. Sans doute il eut été plus agréable pour vous, pour vos parents aus­si, que vous puis­siez célé­brer cette pre­mière messe par­mi eux soit à Buenos Aires, soit au sémi­naire de Buenos Aires. Mais enfin, dans quelques semaines, quelques jours même, vous serez au milieu d’eux et vous pour­rez à nou­veau célé­brer une messe à laquelle ils par­ti­ci­pe­ront avec joie, avec recon­nais­sance, avec action de grâces.

Heureusement, quelques per­sonnes ici, de votre paren­té ont pu venir et c’est encore une grâce que le Bon Dieu vous fait.

Et vous voi­ci prêtre. Prêtre pour l’éternité, mar­qué de ce carac­tère sacer­do­tal qui fait le prêtre ; qui vous désigne comme prêtre, non seule­ment ici-​bas, mais dans le Ciel déjà, devant Dieu, devant l’Église triom­phante, devant tous les anges et les saints du Ciel, vous êtes désor­mais prêtre pour l’éternité.

Et ce carac­tère sacer­do­tal, nous ne devons pas l’oublier, est une par­ti­ci­pa­tion à la grâce sacer­do­tale de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et cette grâce sacer­do­tale Notre Seigneur Jésus-​Christ l’a reçue au moment de son union hypo­sta­tique. C’est-à-dire au moment où l’âme de Jésus a pris pos­ses­sion de son Corps et que la divi­ni­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ a été unie à son Âme et à son Corps, cette grâce d’union qui fait que Notre Seigneur Jésus-​Christ est essen­tiel­le­ment prêtre, essen­tiel­le­ment. Comme Il est Sauveur et comme Il est Roi, Il est Prêtre.

C’est à cette grâce que vous par­ti­ci­pez et c’est par cette grâce que les paroles que vous pro­non­ce­rez tout à l’heure à l’autel feront des­cendre Dieu Lui-​même sur cet autel.

C’est par ces paroles que vous pro­non­ce­rez aus­si, lorsque vous serez au tri­bu­nal de la péni­tence, que vous absol­ve­rez les péni­tents de leurs péchés, dans la grâce de Jésus.

C’est aus­si auprès des mou­rants, lorsque vous pro­non­ce­rez les paroles du sacre­ment de l’extrême-onction que ces mou­rants rece­vront le par­don de leurs péchés qui les pré­pa­re­ra à la vie éternelle.

Sans doute aus­si, lorsque vous aurez la joie de bap­ti­ser des enfants, c’est aus­si par cette grâce que vous leur don­ne­rez la grâce du bap­tême. Mais d’autres que les prêtres peuvent éga­le­ment baptiser.

Et cette grâce sacer­do­tale que vous avez reçue, vous allez main­te­nant l’exercer d’une manière toute par­ti­cu­lière dans la for­ma­tion des futurs prêtres, dans ce sémi­naire de Buenos Aires qui ras­semble des sémi­na­ristes de toutes les contrées d’Amérique du Sud, depuis le Mexique jusqu’à l’Argentine.

Vous allez donc avoir à par­ti­ci­per aus­si à ce rôle par­ti­cu­lier que Notre Seigneur a vou­lu rem­plir : la for­ma­tion des prêtres, comme Il a for­mé ses apôtres. Quelle grande fonc­tion, quel grand minis­tère, quel minis­tère sublime et impor­tant aujourd’hui : for­mer des prêtres !

Qu’est-ce que cela veut dire, sinon en faire d’autres Christ. Et donc les rem­plir de la Lumière de l’Esprit Saint, de l’Esprit de Jésus, Esprit de Lumière qui chasse les ténèbres, qui chasse les erreurs ; qui leur don­ne­ra toute la Vérité, dans toute sa splendeur.

Et tout cela par l’intermédiaire de la Lumière de la foi, de la Révélation que Notre Seigneur nous a don­née, que le Grand Prophète nous a appor­tée. Lumière de la foi qui éclaire aus­si les lumières de notre rai­son. Nous savons par la foi, que Jésus, que Dieu a créé toutes choses. Nous savons par la foi que Dieu a créé les choses visibles et les choses invisibles.

Ainsi même la phi­lo­so­phie est illu­mi­née par la Lumière de la foi. C’est cette science de la foi que vous aurez à infu­ser dans ces chers sémi­na­ristes, afin qu’il n’y ait plus d’erreur, de ténèbres dans leur esprit afin qu’ils soient vrai­ment conduits par la Lumière de Notre Seigneur.

Et puis vous aurez aus­si à leur com­mu­ni­quer ces grâces qui sont l’onction de l’Esprit Saint, l’onction de Notre Seigneur qui est le Christ, l’Oint.

Onction de toutes les ver­tus de Notre Seigneur Jésus-​Christ, de tous ces dons du Saint-​Esprit qui rem­plissent l’âme chré­tienne et à plus forte rai­son l’âme sacer­do­tale. Quel pro­gramme magni­fique, quel apos­to­lat sublime !

Et vous le ferez dans cette Amérique du Sud, dans ce pays qui a été si magni­fi­que­ment choi­si par Dieu pour deve­nir chré­tien, pour deve­nir catho­lique. Aucun conti­nent au monde n’a reçu les grâces qu’ont reçues les habi­tants de l’Amérique du Sud.

Hélas par­tout les erreurs ont ser­pen­té et ont divi­sé même l’Europe catho­lique, par­tout les héré­sies ont été semées. Ce conti­nent est deve­nu catho­lique entiè­re­ment. Et si aus­si les effets de la Révolution et de toutes les suites de la Révolution n’avaient pas eu lieu dans ce conti­nent, ce serait un modèle encore de chré­tien­té. Hélas, ce conti­nent qui avait été évan­gé­li­sé par tous ces saints reli­gieux : capu­cins, domi­ni­cains, carmes et puis, quelque temps plus tard, par les jésuites, ce conti­nent qui avait répon­du à la grâce du Bon Dieu d’une manière extra­or­di­naire, voi­ci que main­te­nant, hélas, que ceux mêmes qui sont les suc­ces­seurs de ces reli­gieux et de ces reli­gieuses innom­brables qui sont allés là-​bas por­ter la lumière de l’Évangile, détruisent de leurs propres mains, ce magni­fique édi­fice de la chré­tien­té qui avait été construit. Quelle pitié ! Oui, c’est vrai­ment une grande pitié, dans ce conti­nent d’Amérique du Sud.

Alors que les gou­ver­ne­ments eux-​mêmes se glo­ri­fiaient d’avoir des consti­tu­tions où la reli­gion catho­lique était consi­dé­rée comme la reli­gion de l’État, où Notre Seigneur Jésus-​Christ était le Roi des États, voi­ci que main­te­nant, par cette influence moder­niste par­tie du Vatican – il faut bien le dire – a souf­flé sur ces pays la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État. Et par ce moyen c’est l’invasion de toutes les sectes pro­tes­tantes et de toutes les sectes païennes, qui viennent enva­hir ce conti­nent, où des popu­la­tions qui sont encore inca­pables de résis­ter à cette pous­sée et, hélas, perdent la foi.

Alors dans cette situa­tion, vous voi­là envoyé dans ce sémi­naire qui doit réta­blir le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ dans cette Amérique du Sud. Sans doute on pour­ra dire : Qu’est-ce que qua­rante sémi­na­ristes, cin­quante sémi­na­ristes et par consé­quent quelques dizaines de prêtres, pour réta­blir le règne de Notre Seigneur dans un immense conti­nent comme celui-​là. Mais enfin, les douze apôtres que Notre Seigneur a envoyés à tra­vers le monde, ont bien conver­ti aus­si des régions entières et le monde.

Alors avec le même esprit – et c’est là l’importance de votre voca­tion, l’importance de votre mis­sion et de celle de vos chers confrères d’Amérique du Sud – c’est vrai­ment de faire en sorte que le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ s’établisse d’abord dans le sémi­naire, d’abord dans l’esprit et dans le cœur des sémi­na­ristes eux-​mêmes et par consé­quent dans le vôtre, dans celui des for­ma­teurs. Que Jésus règne, qu’il n’y ait pas autre chose que sa Lumière, que la Lumière de sa foi ; qu’il n’y ait pas d’erreurs qui ser­pentent à nou­veau, comme ces erreurs sub­tiles du moder­nisme, du laï­cisme, de la désa­cra­li­sa­tion. Cette sécu­la­ri­sa­tion du monde qui par­tout s’infiltre ; cet athéisme en défi­ni­tive qui gagne les cœurs et qui fait perdre la foi, qui fait perdre l’esprit de foi. Chassez tout cela de l’esprit de ces chers sémi­na­ristes, afin qu’ils soient vrai­ment tout entiers à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Apprenez-​leur les ver­tus chré­tiennes afin qu’eux ensuite, soient des lumières aus­si dans le monde, qu’ils soient le sel de cette terre, de l’Amérique du Sud ou des saints comme saint Pierre Claver, saint Jean de Brito à Lima, sainte Rose de Lima bien sûr.

Mais les saints prêtres qui ont conver­ti tous ces pays ont été vrai­ment rem­plis de la Lumière de Jésus.

Je pense encore au Père Matteo, né à Arequipa, au Pérou, dont j’ai eu la joie d’entendre la voix étant enfant, dans ma paroisse, il gal­va­ni­sait les foules par sa pré­di­ca­tion : la dévo­tion au Sacré Cœur de Jésus.

Eh bien que ces prêtres que vous allez for­mer, soient eux aus­si des apôtres, qui conver­tissent à nou­veau les foules et qui les ramènent à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous deman­de­rez ces grâces toutes par­ti­cu­lières à Notre-​Dame de Luján. Je sou­haite qu’avant de prendre votre fonc­tion, vous alliez vous recueillir dans ce sanc­tuaire de Notre-​Dame de Luján qui n’est pas loin du sémi­naire – Patronne de l’Argentine – pour lui deman­der de vous don­ner ces grâces.

Tout à l’heure, nous chan­tions dans le Trait (Messe du 3ème dimanche de Carême) :

Sicut ocu­li ancil­læ suæ in mani­bus Domine suæ ita ocu­li nos­tri ad Dominum Deo nos­trum (Ps 122,2).

Que vos yeux soient aus­si dans les mains de la très Sainte Vierge pour lui deman­der ce qu’il faut faire, afin que vous soyez vrai­ment son inter­prète auprès de ces sémi­na­ristes, qu’elle soit vrai­ment elle aus­si la Reine du sémi­naire. Ce sémi­naire mis sous la pro­tec­tion de Notre-​Dame Co-​Rédemptrice. C’est un titre qui est tout un pro­gramme : Vierge Co-Rédemptrice.

Oui, que ces sémi­na­ristes et ces futurs prêtres soient vrai­ment des fils de Notre-​Dame Co-​Rédemptrice. Et ils retrou­ve­ront dans leur pays, dans leur contrée, par­tout, que ce soit au Mexique, que ce soit en Colombie, que ce soit au Brésil, en Bolivie, que sais-​je, par­tout il y a des magni­fiques sanc­tuaires dédiés à la très Sainte Vierge Marie.

Comment ne pas évo­quer celui de Notre-​Dame de Guadalupe, à Mexico ?

Voilà ce à quoi le Bon Dieu vous appelle aujourd’hui. Demain, déjà, vous nous quit­te­rez pour rejoindre ces régions lointaines.

Dites à vos confrères, dites aux sémi­na­ristes, dites à tous les amis fidèles qui entourent les prêtres là-​bas, que nous sommes de cœur avec eux ; que nous prions pour eux – et sur­tout et par­ti­cu­liè­re­ment pour le sémi­naire – afin que Jésus règne dans le sémi­naire et dans ce magni­fique conti­nent de l’Amérique du Sud.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.