Sermon de Mgr Lefebvre – Prise de soutane – 2 février 1976

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers amis
Mes bien chers frères,

Vous venez de chan­ter cette antienne qui exprime toute la pen­sée de l’Église et toute la richesse des sen­ti­ments que l’Église éprouve en cette solen­ni­té de la Purification : Adorna tha­la­mum tuum, Sion… « Ouvre ta demeure ô Sion, ouvre tes bras pour rece­voir la Vierge Marie, la Vierge Marie qui porte avec elle la Lumière de gloire, le salut des nations, le salut du monde. »

Imaginons un peu la scène qui a pu se pas­ser lorsque la Vierge Marie, por­tant l’Enfant Jésus dans ses bras, accom­pa­gnée de saint Joseph, est venue au Temple. Elle por­tait, en effet, dans ses bras. Celui qui venait à son temple. Jusque là le Temple ren­fer­mait les tables de la Loi. Des tables qui, par elles-​mêmes, étaient mortes, qui signi­fiaient sans doute la Loi de Dieu. Mais voi­ci que dans ce temple, qui a été éle­vé à cette des­ti­na­tion, vient Celui qui est la Loi vivante : Notre Seigneur Jésus-​Christ, le Verbe de Dieu. Il vient donc dans ce temple qui a été pré­pa­ré pour Lui.

Imaginez la Vierge Marie, radieuse, l’Enfant Jésus, la Lumière du monde, Celui qui est le salut du monde, venant dans ce Temple de Jérusalem et reçu par ce vieillard Siméon, qui dit que, main­te­nant le Bon Dieu peut l’appeler.

Il a vu Celui qui a été pro­mis et qui est le seul salut des Nations : Ante faciem omnium popu­lo­rum : « De tous les peuples. Aucun peuple n’est exempt du salut par Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il est vrai­ment la Lumière du monde. Il est le salut de tous les peuples. »

C’est ain­si que le vieillard Siméon nomme cet Enfant qui monte les degrés du Temple et qu’il reçoit aus­si dans ses bras.

Quem, acci­piens Siméon in ulnas suas, præ­di­ca­vit popu­lis, Dominum eum esse vitæ et mor­tis, et Salvatorem mun­di (Antienne) : « Siméon, le pre­nant dans ses bras, annonce aux peuples que c’est là le maître de la vie et de la mort, le Sauveur du monde ».

Il me semble, mes chers amis, qu’il y a pour vous en par­ti­cu­lier qui allez rece­voir aujourd’hui les grâces des ordi­na­tions, les grâces de la ton­sure et des pre­miers ordres mineurs, il me semble qu’il y a là pour vous une image admi­rable. Vous aus­si vous allez mon­ter les degrés du Temple ; vous aus­si vous allez por­ter Notre Seigneur Jésus-​Christ ; vous aus­si vous êtes des­ti­nés à por­ter Celui qui est la Lumière du monde.

Comme la Vierge Marie, puissiez-​vous un jour por­ter Notre Seigneur Jésus-​Christ dans vos mains, dans vos bras, comme la Vierge Marie l’a fait au Temple, avec les mêmes dis­po­si­tions, avec la même foi, avec la même cha­ri­té, avec le même désir de don­ner et de por­ter cette Lumière au monde. Et c’est cela que les prières des ordi­na­tions, les prières des ordres mineurs, vont vous exprimer.

Désormais, revê­tant la sou­tane, désor­mais revê­tant le sur­plis, désor­mais étant por­tier ; étant lec­teur, vous devez être la lumière du monde. Vous devez, non seule­ment por­ter la lumière, mais vous devez l’être vous-​même. Vous devez donc être vous-​même tout entier lumière, lumière et cha­ri­té, lumière et cha­leur et zèle pour le salut du monde, pour le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Voilà ce que vous devez être. Voilà ce que signi­fient vos ordi­na­tions et ce qu’elles signi­fie­ront d’une manière tou­jours plus claire, d’une manière tou­jours plus expres­sive à mesure que vous avan­ce­rez vers l’ordination sacerdotale.

Vous avan­ce­rez vers cette réa­li­té, réa­li­té vivante qu’est Notre Seigneur Jésus-​Christ, que vous pour­rez por­ter au monde. Vous serez mis­sion­naire par nature, par essence, parce que vous por­tez Celui qui est la lumière de nos intel­li­gences, la cha­leur de nos cœurs et de nos volontés.

Cette lumière, elle doit d’abord rési­der dans vos intel­li­gences par les sciences que vous acqué­rez ici dans le sémi­naire. Oh, elles sont peut-​être un peu longues pour vous ces années de sémi­naire. Vous vou­driez peut-​être les rac­cour­cir, vous vou­driez arri­ver plus vite à vos ordi­na­tions. Et cepen­dant sachez bien qu’elles vous sont pro­fon­dé­ment utiles.

Vous avez besoin de médi­ter l’Écriture sainte ; vous avez besoin de médi­ter ces véri­tés qui nous sont ensei­gnées par la Révélation.

Lumen ad révé­la­tio­nem gen­tium (trait, Le 2,32) : « Lumière pour éclai­rer les nations ».

Vous avez besoin de connaître cette Révélation qui est faite aux nations. Vous avez besoin d’approfondir ce que Jésus est venu nous appor­ter, les véri­tés qu’Il est venu nous ensei­gner. Et ce n’est pas trop de six ans pour se pré­pa­rer à prê­cher Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et non seule­ment vous avez à acqué­rir la science, mais vous avez à acqué­rir la foi, une foi pro­fonde, une foi en Notre Seigneur Jésus-​Christ, en Notre Seigneur Jésus-​Christ seul salut du monde, comme l’a pro­cla­mé le vieillard Siméon. Il n’y en a pas d’autre.

Vous avez aus­si besoin de réchauf­fer vos cœurs, par la cha­ri­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et cette cha­ri­té, on l’acquiert par des efforts constants et par une prière assi­due à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Nous ne pou­vons pas espé­rer rece­voir toutes les grâces qui nous trans­forment dans la cha­ri­té de Notre Seigneur, sans prier, sans faire orai­son, sans le deman­der à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Oh, vous le faites, je le sais bien. Vous aimez venir prier dans cette cha­pelle ; vous aimez venir vous recueillir dans cette cha­pelle, auprès de Notre Seigneur, pour Lui deman­der ses grâces de la cha­ri­té et la grâce de toutes les ver­tus qui sont l’expression de la charité.

Car c’est cela que vous serez : la lumière du monde. Non seule­ment par vos paroles, mais par votre exemple. Et c’est bien ce que disent les prières des ordi­na­tions : Désormais, vous devez par votre exemple, être la lumière du monde.

Et par consé­quent, vous devez rayon­ner ces ver­tus de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Vous devez les mon­trer à la face du monde. Et c’est en cela que la marche est peut-​être pénible et difficile.

Rappelez-​vous cette Épître de saint Paul aux Corinthiens, qui magni­fie la cha­ri­té (I, Co 13,1–13). Oh, vous devriez l’apprendre par cœur cette défi­ni­tion de la cha­ri­té par saint Paul. Cette cha­ri­té qui est patiente ; cette cha­ri­té qui sup­porte tout ; cette cha­ri­té qui croît ; cette cha­ri­té qui se réjouit lorsque l’on pro­clame la vérité.

Nous devons avoir cette cha­ri­té dans nos cœurs, afin de repré­sen­ter vrai­ment cette cha­ri­té que Notre Seigneur Jésus-​Christ est venu appor­ter au monde.

Mais vous ver­rez, mes bien chers amis, vous ver­rez aus­si que dans ces prières qui seront faites tout à l’heure, celles que nous expri­me­rons pour vous confé­rer les ordi­na­tions et la ton­sure, qu’il y a un autre volet.

Lorsque Notre Seigneur Jésus-​Christ est venu dans son Temple, por­té par la Vierge Marie, c’est le vieillard Siméon aus­si qui a ajou­té, après son can­tique, le Nunc dimi­tis, après son can­tique, il s’est tour­né vers la Vierge Marie, et il a dit à la Vierge Marie :

Ecce posi­tuus est hic in rui­nam et in res­su­rec­ti­nem mul­to­rum in Israël : et in signum, cui contra­di­ce­tur (Lc 2,34) : « Celui que vous por­tez dans vos bras sera un signe de contra­dic­tion, il sera pour la ruine ou la résur­rec­tion de beau­coup dans le peuple d’Israël et dans les nations ».

Notre Seigneur Jésus-​Christ sera donc un signe de contra­dic­tion. En disant ces paroles, il me semble que le vieillard Siméon devait voir autour de Notre Seigneur Jésus-​Christ, mon­ter les armées de Satan, essayant de détruire Notre Seigneur, Comme déjà Satan l’avait fait à Bethléem en essayant par l’assassinat de tous les enfants de Bethléem, d’assassiner Notre Seigneur Jésus-Christ.

Partout le démon suit ici-​bas Notre Seigneur Jésus-​Christ. Là où Notre Seigneur se trouve, se trouvent aus­si autour de Lui, les démons. On l’a vu lorsqu’il a par­cou­ru les sen­tiers de la Palestine. Les démons l’entouraient ; les démons auraient vou­lu l’empêcher de parler.

Partout donc où est la Lumière ici-​bas, sont aus­si les ténèbres. Il fau­dra attendre le Ciel pour être dans la Lumière sans ténèbres.

Vous aus­si, vous aurez les démons qui vous pour­sui­vront, qui essaye­ront de vous faire taire ; qui essaye­ront de vous faire aban­don­ner votre cha­ri­té ; qui essaye­ront de trans­for­mer votre cha­ri­té en égoïsme. Mais vous devrez, avec la grâce des sacre­ments, refu­ser ces démons et vous aurez même la grâce de les chas­ser. Vous pour­rez, par vos prières, vous pour­rez par vos béné­dic­tions, comme le fait le lec­teur qui peut déjà bénir les fruits nou­veaux, chas­ser le démon. Vous pour­rez, comme le por­tier, lorsqu’il agite la cloche, chas­ser éga­le­ment les démons.

Car il faut lire ces magni­fiques prières de la consé­cra­tion des cloches, pour voir comme ces cloches sont des ins­tru­ments bénis et consa­crés par la Sainte Église pour chas­ser les démons ; pour appe­ler le peuple fidèle à prier Dieu, à louer Dieu, à venir dans les temples. Tout cela est tou­jours en second plan, dans toutes les prières de l’Église : chas­ser le démon et venir à la Lumière.

Vous serez donc les ins­tru­ments de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour cela. Rappelez-​vous cela toute votre vie et toute votre vie sacer­do­tale. Nous espé­rons qu’un jour, en effet, vous pour­rez mon­ter aux autels, pour offrir le Corps de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, il nous reste, mes chers amis, à deman­der à la Vierge Marie, de lui res­sem­bler. De lui res­sem­bler dans ses dis­po­si­tions, de lui res­sem­bler dans sa cha­ri­té et sa volon­té de por­ter Notre Seigneur au monde. Mais sans oublier que le vieillard Siméon a dit aus­si à la Sainte Vierge : « Un glaive te trans­per­ce­ra le cœur ».

Vous aus­si, vous aus­si bien sou­vent, un glaive vous trans­per­ce­ra le cœur si vous êtes fidèle à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Vous ne pour­rez pas être fidèle à Notre Seigneur Jésus-​Christ, sans par­ti­ci­per à sa Passion. La Sainte Vierge Marie a por­té Notre Seigneur ; sans doute elle a reçu des grâces immenses, des grâces comme aucune créa­ture ici-​bas n’en a pu avoir. Mais elle a aus­si souf­fert avec Notre Seigneur. Un glaive a trans­per­cé son cœur. Et cela lui était déjà annon­cé lorsqu’elle a por­té Jésus au Temple.

À vous aus­si venant au Temple, nous pou­vons vous dire : un glaive trans­per­ce­ra votre cœur. Vous serez peut-​être cru­ci­fié ; vous aurez peut-​être des dou­leurs pro­fondes qui trans­per­ce­ront vos âmes. Mais tenez ferme. Soyez fidèle à Notre Seigneur Jésus-​Christ, comme l’a été la très Sainte Vierge Marie jusque Sa mort, jusqu’à la mort de la Croix.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.