Sermon de Mgr Lefebvre – Purification – Prise de soutane – 2 février 1983

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

Cette fête litur­gique du 2 février est une fête qui marque d’une manière toute par­ti­cu­lière la vie de notre cher sémi­naire d’Écône. Non seule­ment c’est une fête radieuse par l’expression et la signi­fi­ca­tion de cette belle litur­gie de la Purification de la très Sainte Vierge Marie, toute radieuse de la Lumière qu’apporté Notre Seigneur Jésus-​Christ au monde, entrant dans son Temple, le Temple de Jérusalem ; mais il y a – me semble-​t-​il – une affi­ni­té par­ti­cu­lière entre la signi­fi­ca­tion de cette fête admi­rable et la prise – le revê­te­ment de la sou­tane – que nous allons don­ner dans quelques ins­tants à ceux qui veulent se consa­crer à Notre Seigneur dans le sacerdoce.

Il y a une rela­tion aus­si intime entre cette céré­mo­nie qui va se dérou­ler dans quelques ins­tants, le revê­te­ment de la sou­tane, la ton­sure, le revê­te­ment du sur­plis, la remise d’un cierge. Tout cela a une grande signi­fi­ca­tion, une pro­fonde signi­fi­ca­tion. Et il me semble que l’on ne peut pas envi­sa­ger cette céré­mo­nie sans pen­ser à celle du baptême.

Le bap­tême, mes bien chers amis, mes bien chers frères, nous a fait entrer dans la socié­té de ceux qui ont été élus d’une manière tout à fait gra­tuite, par Dieu, par Notre Seigneur Jésus-​Christ, pour être membre de son Corps mys­tique. Pour être inon­dé de cette lumière que nous fêtons aujourd’hui. Car Jésus Lui-​même s’est défi­ni la Lumière, Lumière de la Lumière : Ego sum Lux mun­di. Et dans notre Credo nous chan­tons : Lumen de Lumine : Lumière de la Lumière. Oui, Notre Seigneur est vrai­ment la Lumière spi­ri­tuelle. C’est le Ciel, la Lumière du Ciel qui est des­cen­due sur la terre, auprès de laquelle la lumière du soleil, la lumière du jour n’est rien. Il illu­mine nos âmes dans la foi, dans l’espérance, dans la cha­ri­té. Lumière qui non seule­ment illu­mine, mais porte une ardeur et une cha­leur qui consument nos âmes et nos cœurs, dans la cha­ri­té de Notre Seigneur, dans la cha­ri­té de l’Esprit Saint.

Voilà ce que Notre Seigneur a fait de nous au jour de notre bap­tême. Mes chers amis, beau­coup d’entre vous ont été bap­ti­sés enfant et par consé­quent n’ont pas eu conscience de cette céré­mo­nie du bap­tême qui a été accom­plie à votre égard. Il est bon de vous la rap­pe­ler aujourd’hui, d’une manière toute particulière.

Revêtant la sou­tane, étant ton­su­ré, c’est en défi­ni­tive toute la pre­mière par­tie de la céré­mo­nie du bap­tême que vous accom­plis­sez. Oui, la sou­tane est comme un exor­cisme ; elle vous sépare du démon ; elle vous sépare du monde ; elle chasse les esprits mauvais.

Et de même la ton­sure marque votre sépa­ra­tion du monde, votre aban­don des choses d’ici-bas, des vani­tés du monde. Et de même qu’il a été deman­dé à vos par­rain et mar­raine : « Renoncez-​vous à Satan, à ses scan­dales, à son esprit », vos par­rain et mar­raine ont répon­du : « Oui, nous renonçons ».

Ils ont répon­du cela pour vous. Mais aujourd’hui, c’est vous-​même qui de toute votre âme, de tout votre cœur, de toute votre foi, dites oui, je renonce à Satan ; je renonce à ses scan­dales ; je renonce à l’esprit du monde, afin d’être chré­tien, vrai­ment chré­tien, atta­ché à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Oui je m’attache à Jésus-​Christ pour toujours.

Voilà ce que sont les chré­tiens, pas seule­ment ceux qui se des­tinent au sacer­doce. Mais vous aus­si, mes bien chers frères, rappelez-​vous votre bap­tême. Nous devons nous le rap­pe­ler tous les jours. Car nous sommes sou­mis à des pres­sions incroyables, aujourd’hui plus que jamais, par l’esprit du monde, les scan­dales du monde. Alors nous avons besoin de nous rap­pe­ler que nous avons fait cette pro­messe, pris cet enga­ge­ment devant Dieu, devant l’Église : Je renonce à Satan ; je renonce à ses scan­dales ; je renonce à l’esprit du monde, aux mau­vais prin­cipes, prin­cipes de péché, prin­cipes qui, si nous les sui­vions, nous entraî­ne­raient en enfer avec le démon.

Nous vou­lons être chré­tiens ; vous vou­lez être chré­tiens, mes chers amis. Et puis après cette renon­cia­tion dont le revê­te­ment de la sou­tane est l’image et le sym­bole, voi­ci que vous êtes revê­tus, revê­tus du sur­plis – plein de lumière – vous êtes revê­tus de Notre Seigneur Jésus-​Christ : Induat te Dominus. Oui, le Seigneur vous revêt de cette sain­te­té et de cette lumière de la Vérité.

Voici ce que dit l’évêque en vous don­nant le sur­plis : « Que vous soyez revê­tu de cette sain­te­té de Notre Seigneur Jésus-Christ ».

Et c’est aus­si ce qui s’est pas­sé au moment du bap­tême. Après que le bap­tême ait eu lieu, lorsque l’eau sainte a cou­lé sur votre front et que vous avez été rem­pli du carac­tère du bap­tême et de la grâce de Notre Seigneur Jésus-​Christ, le prêtre vous a impo­sé un vête­ment blanc.

Accipe ves­tem imma­cu­la­tam, accipe ves­tem can­di­dum. Reçois ce vête­ment blanc, puisses-​tu le por­ter sans tache jusqu’au tri­bu­nal de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Reçois ce vête­ment blanc et imma­cu­la­tum in pefe­ras ante tri­bu­nal Christi. Que vous le gar­diez imma­cu­lé jusqu’au moment du juge­ment de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, vous allez revê­tir de nou­veau un vête­ment blanc, comme enfant vous l’avez reçu, et vous pren­drez aus­si cette réso­lu­tion de gar­der ce vête­ment imma­cu­lé jusqu’au moment du juge­ment de Notre Seigneur Jésus-​Christ, afin que vous puis­siez obte­nir la vie éternelle.

Et on a mis aus­si un cierge : Accipe lam­pa­nem arden­tem : « Reçois ce cierge ardent », a dit le prêtre à vos par­rain et mar­raine. Recevez cette lumière ardente qui est le sym­bole de la lumière de notre foi ; encore une fois de l’espérance et de la cha­ri­té, des ver­tus que les chré­tiens doivent avoir et qui sont une effu­sion de l’Esprit Saint dans nos âmes. Voilà ce qu’est le bap­tême et voi­là ce que sera aujourd’hui le revê­te­ment de votre sou­tane, le revê­te­ment du surplis.

Et la signi­fi­ca­tion de cette belle jour­née du 2 février, où la Lumière est venue dans le Temple de Jérusalem et s’est répan­due à tra­vers ce Temple pour le monde : Lumen ad reve­la­tio­nem gen­tium, a dit le vieillard Siméon : Lumen ad reve­la­tio­nem gen­tium. Oui vrai­ment la Lumière s’est répan­due dans le monde, pour toutes les nations ; pas seule­ment pour Israël : Gloriam ple­bis tuæ Israël, sans doute la gloire d’Israël, mais avant tout la révé­la­tion de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour le monde, pour toutes les nations, dont nous sommes et dont nous fai­sons partie.

Alors quelle action de grâces nous devons avoir aujourd’hui pour toutes ces magni­fiques céré­mo­nies que l’Église nous donne et nous lègue et qui ont une signi­fi­ca­tion inef­fable, admi­rable, qui nous viennent du Ciel et qui nous trans­portent au Ciel.

Chers amis, vous serez les témoins, témoins de Notre Seigneur Jésus-​Christ, témoins de cette Lumière dont les ténèbres ne veulent pas. Ne l’oubliez pas. Les ténèbres ne veulent pas la Lumière ; le monde, l’esprit du monde, ne vou­dra pas de votre esprit qui est un esprit de foi, qui est un esprit de ver­tu ; un esprit de la doc­trine que l’Église a tou­jours ensei­gnée. Cette lumière que Notre Seigneur nous a appor­tée par son Évangile, par toute la doc­trine de l’Église, le monde ne veut pas de ces prin­cipes. Le monde les refuse, parce qu’il est ins­pi­ré par l’esprit de Satan, par les prin­cipes de la déso­béis­sance à Dieu. Il ne veut donc pas de cette obéis­sance que vous prê­che­rez, que votre sou­tane prêche, que votre sur­plis prêche, que la lumière que vous por­tez dans la main prêche. Le monde n’en veut pas. Il vous sera oppo­sé. Et c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même qui l’a dit : « De même que le monde m’a haï, le monde vous haïra ».

Alors nous n’avons pas le droit de pac­ti­ser avec ce monde. Nous n’avons le droit de don­ner l’impression à ce monde que nous l’acceptons. Nous devons être en garde contre ce monde et nous devons lui appor­ter la lumière ; nous devons chas­ser les ténèbres. Nous devons ain­si être mis­sion­naires : por­ter la lumière de l’Évangile qui dis­sipe les ténèbres, qui attire les âmes à Notre Seigneur Jésus-​Christ et qui les entraîne dans la gloire éter­nelle. Voilà ce que sera l’objet de votre vie.

Voyez-​vous, cette céré­mo­nie, aujourd’hui, pour vous est un pro­gramme, pro­gramme que vous vous êtes don­né à votre bap­tême, que vos par­rain et mar­raine ont pro­mis pour vous. Aujourd’hui, vous le pro­met­tez devant Dieu, devant l’Église.

Oui, je renonce à Satan, à ses scan­dales, à l’esprit du monde et je m’attache à Jésus-​Christ pour tou­jours et je prê­che­rai Jésus-​Christ. toute ma vie sera au ser­vice de Notre Seigneur Jésus-Christ.

De même que Notre Seigneur Jésus-​Christ venant sur la terre, a sanc­ti­fié les âmes qui L’ont vu, qui L’ont ren­con­tré, la très Sainte Vierge Marie, sa cou­sine Élisabeth, saint Jean-​Baptiste, tous ceux qui ont ren­con­tré Notre Seigneur, les ber­gers, les Mages, le vieillard Siméon, tous on été trans­for­més par la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Si vous vou­lez, vous aus­si, rece­voir les grâces de Jésus dans vos âmes, allez à Notre Seigneur, venez à Notre Seigneur, Il est ici. Il est désor­mais à demeure dans son Temple. Il n’y vient pas seule­ment une seule fois, comme Il est allé à Jérusalem. Il y est à demeure main­te­nant avec nous, au milieu de nous.

Alors que votre vie au sémi­naire soit cette approche, cette connais­sance, cet amour de Notre Seigneur Jésus-​Christ tou­jours plus grand, tou­jours plus fort, tou­jours plus illu­mi­né afin que vous soyez vrai­ment des prêtres qui apportent la lumière au monde.

Vos estis Lux mun­di. Vous aus­si, vous êtes la lumière du monde, a dit Notre Seigneur : vos estis lux mun­di. Et l’on ne met pas lumière sous le bois­seau. Même si vous devez être per­sé­cu­tés, même si vous devez en souf­frir, vous pen­se­rez que cette lumière conver­tit les âmes, attire les âmes. Qu’il y a dans les âmes un besoin de cette Lumière ; qu’il y a dans le monde un besoin de cette Lumière.

Alors, nous deman­de­rons tous ici pré­sents, au cours de cette céré­mo­nie, à la Bienheureuse Vierge Marie qui a por­té cette Lumière dans le Temple de Dieu ; nous deman­de­rons au vieillard Siméon, de nous don­ner aus­si cette Lumière à laquelle il a par­ti­ci­pé et qui l’a pré­pa­ré à rece­voir la vie éternelle.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.