Sermon de Mgr Lefebvre – Purification prise de soutane – Ordres mineurs – 2 février 1980

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien cher amis,
Mes bien chers frères,

Nous voi­ci réunis à nou­veau, à l’occasion de la fête de la Purification, pour confé­rer les ordres mineurs à quelques-​uns de nos sémi­na­ristes et des com­mu­nau­tés qui nous ont deman­dé de don­ner les ordres mineurs à leurs membres et sur­tout pour revê­tir de la sou­tane ceux qui se pré­parent à la grâce du sacerdoce.

Et c’est à vous, mes chers amis, par­ti­cu­liè­re­ment, que je m’adresserai d’abord, ceux qui vont revê­tir la sou­tane et j’insisterai par­ti­cu­liè­re­ment, non pas tel­le­ment sur le rôle que toute ordi­na­tion – certes le revê­te­ment de la sou­tane n’est pas une ordi­na­tion, mais vous pré­pare aux ordi­na­tions et comme par consé­quent, comme les ordi­na­tions vous pré­parent aus­si à des tâches vis-​à-​vis du Corps mys­tique de Notre Seigneur, de son Église —, j’insisterai par­ti­cu­liè­re­ment – avec l’Église – par les prières que dans quelques ins­tants l’évêque va réci­ter sur vous, au nom de l’Église, sur les dis­po­si­tions inté­rieures que vous devez avoir pour rece­voir les grâces qui vous sont don­nées par le revê­te­ment de la soutane.

On pour­rait com­pa­rer la sou­tane – d’une cer­taine manière – à une clô­ture. Oui, vous allez vous clô­tu­rer ; vous allez en quelque sorte, vous reti­rer dans un ermi­tage. Votre âme désor­mais, sera sépa­rée du monde, comme le disent les prières :

A mun­di impe­di­men­to ac sæcu­la­ri desi­de­rio, vous allez être sépa­rés du monde et des dési­rs de ce siècle.

(…) et ab omni cæli­tate spi­ri­tua­li et huma­na ocu­los, vous allez vous sépa­rer de cet aveu­gle­ment que donnent les choses de ce monde.

L’aveuglement non seule­ment spi­ri­tuel, mais même humain, dit la Sainte Église – huma­na – tant il est vrai que lorsque l’on n’a plus la lumière de Notre Seigneur Jésus-​Christ, le monde – il s’agit du monde du péché, du monde sou­mis à Satan – eh bien on perd aus­si le sens com­mun ; on perd l’intelligence toute simple, toute droite ; on perd par l’erreur la simple intel­li­gence des choses réelles, de la Vérité.

Et dans les psaumes qui sont choi­sis à cette occa­sion, à l’occasion de cette céré­mo­nie, il est dit aus­si : Beatus qui non acce­pit in vano ani­mam suam (Ps 23,4) : Qui n’a pas reçu en vain son âme. Quelle belle parole et quelle parole qui nous fait réflé­chir. Avez-​vous ou n’avez-vous pas reçu votre âme en vain.

Oh, je suis sûr que non. Et si vous êtes au sémi­naire, c’est pré­ci­sé­ment pour répondre à cette inter­ro­ga­tion de Dieu et pour dire : Non, je ne veux pas avoir reçu mon âme en vain.

Et pour­quoi cette sépa­ra­tion ? Pourquoi ce déta­che­ment du monde ? Pourquoi cet éloi­gne­ment de tous les aveu­gle­ments du monde ? Pourquoi réflé­chir sur la gran­deur de votre âme et sur le grand don que le Bon Dieu vous a fait en vous don­nant une âme ?

Eh bien, c’est pour rece­voir la lumière : Et lumen eis æternæ gra­tiæ, vitæ æternæ. C’est encore ce que l’évêque demande pour vous. Que vous rece­viez la lumière de la grâce, de la vie éternelle.

Et cette lumière de la vie éter­nelle, que vous rece­vrez davan­tage parce que vous serez sépa­ré du monde, par la sou­tane elle-​même, par votre habit qui désor­mais vous sépare du monde, vous donne – encore une fois – une clô­ture. Il fau­dra que cette clô­ture soit pour vous l’occasion de rece­voir cette lumière.

Que signi­fie cette lumière ? Eh bien ce sont les lumières des réa­li­tés éter­nelles, des véri­tés de tou­jours, des simples valeurs éter­nelles. Vous réflé­chi­rez à ce qu’est l’éternité par rap­port au temps. Vous réflé­chi­rez à ce qu’est l’esprit par rap­port à la matière. Vous réflé­chi­rez en défi­ni­tive à ce qu’est Dieu par rap­port à vous-même.

Pauvre créa­ture. À Celui qui est tout, comme disait si bien la grande sainte Thérèse d’Avila : « À Celui qui est tout et à celle qui n’est rien », comme elle disait. Et donc vous réflé­chi­rez à Celui qui est votre tout et à ce que vous êtes, c’est-à-dire rien.

Parce que vous n’êtes qu’une créa­ture et non seule­ment créa­ture, mais aus­si pécheur. Et alors vous réflé­chi­rez au grand amour de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour vous ; cet amour immense qui vous pré­pare à la grâce du sacer­doce, grâce à sa Croix, grâce à son Sang qui vous a rache­té et qui vous a été don­née par le bap­tême, par tous les sacre­ments que vous avez reçus, grâce immense.

Alors, dans la soli­tude de ce sémi­naire – et même je dirai au milieu du monde – étant sépa­ré du monde vous réflé­chi­rez à ces choses et la lumière des­cen­dra en vous.

Et cette lumière qu’est-elle sinon Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même : Ego sum lux mun­di, dit Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il est la Lumière du monde ; Il est la Lumière qui illu­mine tout homme venant en ce monde. C’est saint Jean qui le dit dans le Prologue de son Évangile.

Et saint Grignion de Montfort, nous dit aus­si ces paroles si simples, mais si sug­ges­tives : Qui scit Christum, celui qui connaît Notre Seigneur Jésus-​Christ, omnia scit, Il sait tout, Etiam scis­ce­te­rat nes­cit : Il sait tout, même s’il ne sait rien d’autre.

Par contre, dit-​il : Qui nes­cit Christum, qui Christum nes­cit, celui qui ne connaît pas Notre Seigneur Jésus-​Christ, omnia nes­cit, même s’il connaît les autres choses, ne sait rien, nihil scit. Etiam scis­ce­te­rat nes­cit nihil scit, celui qui connaî­trait toutes les sciences du monde, qui connaî­trait tout ce que l’homme peut connaître ici-​bas, ne sau­rait rien s’il ne connaît pas Notre Seigneur Jésus-Christ.

Vous, au contraire, vous vous atta­che­rez à connaître Notre Seigneur Jésus-​Christ, à L’aimer, à Le ser­vir. Ce sera votre conso­la­tion, votre bon­heur, votre joie. Et ain­si, comme le disent encore les prières du revê­te­ment de la sou­tane : « Vous rece­vrez la part de votre héritage ».

Et vous réci­te­rez, dans l’esprit dans lequel le bien­heu­reux vieillard Siméon a reçu l’Enfant-Jésus des bras de la très Sainte Vierge, quand il a chan­té son Nunc dimit­tis quia vide­runt ocu­li mei salu­tare tuum : « Mes yeux ont vu notre salut. Mes yeux ont vu Jésus-​Christ le salut du monde ». Alors il demande à Dieu de le prendre avec Lui, pour qu’il soit avec Jésus-​Christ pour tou­jours, dans l’éternité. Eh bien, vous aus­si, tout à l’heure vous réci­te­rez et je suis sûr que vous le réci­te­rez avec toute la fer­veur de votre âme : Dominus pars here­di­ta­tis meæ : Seigneur soyez la part de mon héri­tage, et c’est vous qui m’avez res­ti­tué votre héri­tage. Tues qui res­ti­tues heri­da­tem meam mihi. Vous réci­te­rez ces paroles que l’évêque récite sur vous, au moment où il vous donne la tonsure.

Alors que Jésus soit vrai­ment la part de votre héri­tage et ain­si vous rece­vrez la cou­ronne de cet héri­tage comme vous avez reçu aujourd’hui la cou­ronne de la ton­sure. C’est encore une parole que l’évêque pro­nonce sur vous.

Voilà mes chers amis – en résu­mé – ce que l’Église vous demande ; ce sont les pen­sées de l’Église. Que vous soyez ain­si illu­mi­nés de la lumière de Notre Seigneur Jésus-​Christ afin que vous puis­siez, vous aus­si, être les lumières du monde, comme Notre Seigneur.

Vos estis lux mun­di. Comme Notre Seigneur a dit qu’il était la lumière du monde, Il vous a dit aus­si, à vous, à tra­vers les dis­ciples dans le Sermon sur la mon­tagne, Il vous a dit : Vos estis lux mun­di : Vous êtes la lumière du monde.

Alors si vous rece­vez la lumière du monde, vous pour­rez la don­ner ; si vous ne la rece­vez pas vous ne pour­rez pas la donner.

Quant à vous, mes chers amis, qui allez rece­voir l’ordre de Portier, vous répé­te­rez sim­ple­ment les paroles que l’évêque va vous dire dans quelques ins­tants, en vous confiant les clefs, les clefs du temple de Dieu :

Sic agite, qua­si red­di­tu­ri Deo ratio­nem pro iis rebus, quæ his cla­vi­bus reclunduntur.

Agissez de telle manière que vous puis­siez rece­voir un bon juge­ment de la part de Dieu, vis-​à-​vis de toutes les choses que ren­ferment ces clefs. Voici ce que l’évêque vous dit :

Sic agi te, qua­si ratio­nem red­di­tu­ri Deo pro iis quæ his cla­vi­bus reclu­dun­tur.

Alors, ima­gi­nez que dans ce temple se trouve Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même et toutes les choses qui servent à l’adoration, au culte de Notre Seigneur Jésus-​Christ, au Saint Sacrifice de la messe.

Et l’Église vous demande alors d’avoir fide­lis­si­ma cura, que vous ayez un soin très fidèle de tout ce que ren­ferment ces clefs, les clefs du temple de Dieu.

Eh oui, ce n’est pas une petite chose que d’avoir le soin du temple de Dieu, où réside Notre Seigneur, le Dieu du Ciel et de la terre ; Celui qui nous a créés et nous a rachetés.

Alors soyez fidèles et si vous êtes fidèles, vous aurez aus­si part à cet héri­tage que le Bon Dieu nous a promis.

Quant à vous, mes chers amis, qui allez rece­voir l’ordre de Lecteur, l’Église vous encou­rage aus­si à pra­ti­quer la ver­tu d’une manière toute spé­ciale, parce que comme le disent si bien les prières et les avis que l’évêque vous donne à ce moment, pour ensei­gner le peuple fidèle, vous devez vous trou­ver dans un lieu éle­vé et pro­non­cer dis­tinc­te­ment et clai­re­ment les paroles de l’Évangile.

Alors, de même que vous êtes éle­vés pour dif­fu­ser la parole de l’Évangile, ain­si vous devez être éle­vés aus­si, avoir une alto gra­do vir­tu­tis, vous êtes dans un haut degré de ver­tu. Et c’est encore l’Église qui vous dit : Quod agen­da dicant, ceux qui disent qu’il faut faire, et dic­ta opere com­pleant, qu’ils le fassent aus­si ; qu’ils ne disent pas seule­ment au peuple fidèle ; qu’ils ne prêchent pas seule­ment la ver­tu au peuple fidèle, mais qu’ils l’exercent eux-​mêmes afin de mon­trer par leur exemple ce que doit être celui qui pra­tique la vertu.

Voilà ce que l’Église vous demande, mes chers amis. Et si vous faites cela, chers Lecteurs, eh bien vous aurez part à l’héritage, comme ceux qui vous ont pré­cé­dés et qui ont déjà prê­ché la parole de l’Évangile dignement.

C’est ce que disent les paroles de l’évêque, lorsque vous rece­vrez le livre des Évangiles :

Partem cum iis, qui ver­bum Dei bene admi­nis­tra­ve­runt ab ini­tio.

Vous aurez la part avec ceux qui ont bien admi­nis­tré la parole de Dieu depuis le début des paroles de l’Évangile.

Voilà, mes chers amis, ce que l’Église vous pro­met ; ce que l’Église vous demande.

Et, comme vous l’avez remar­qué, le vieillard Siméon a reçu Notre Seigneur Jésus-​Christ et la Lumière, cette Lumière qui a illu­mi­né ses yeux et illu­mi­né son âme. Il l’a reçue des bras de la Vierge Marie. Alors c’est bien par Marie aus­si que vous rece­vrez Jésus, que vous rece­vrez la lumière dont vous avez besoin.

Adressez-​vous à Marie, allez à Marie, elle vous don­ne­ra Jésus, elle vous don­ne­ra cette lumière qui éclai­re­ra vos âmes. Et vous lui deman­de­rez de vous aider à mieux com­prendre le grand mys­tère de Notre Seigneur Jésus-​Christ, comme elle l’a si bien com­pris et elle vous fera par­ti­ci­per à l’amour qu’elle a en elle-​même pour son divin Fils.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.